2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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Sunny Sullivan
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Novembre 2075

Sunny avait eu le droit de posséder son propre bureau, plutôt que la salle de réunion. A raison de deux après-midi de consultations par semaine, ce n'était pas négligeable. Elle avait également été assignée à une unité en tant que consultante psychiatrique. Ils ne l'appelaient pas tout le temps, mais c'était un travail qu'elle aimait. Dresser le profil de criminels sortait un peu de son train train au Casino. Les adolescents, c'était bien aimable. Deux fois 4h par semaine au lycée de Sky comme conseillère d'orientation et le reste de son temps, elle le consacrait au Casino. Un équilibre dans son emploi du temps qu'elle entendait bien respecter. Il arrivait également qu'elle n'ait aucun rendez-vous, d'ailleurs et cela lui offrait son après-midi de libre. Elle en profitait pour relire certains dossiers, avancer dans d'autres...

Comme d'habitude, les maux de David lui étaient rapportés avant son entretien avec lui. Le chef lui avait fait lire la lettre de démission qu'elle avait étudiée avec calme et silence. Elle ne montrait aucun jugement, pourtant, elle était un peu curieuse elle-même de savoir ce qui avait bien pu se passer.

Dans son petit bureau - il ne faut pas pousser, le FBI n'avait pas de quoi investir dans une terrasse pour la psy du district - elle attendait David qui ne devrait plus tarder, relisant ses mails - personnels - sur son holoécran.



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David Foster
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Voilà, c'était fait. Ca avait été une décision difficile à prendre, aussi difficile que quand j'avais quitté l'armée, mais je l'avais prise, et pour autant, je ne me sentais pas plus léger. Je ne pouvais pas rester au FBI, pas après ce que j'avais vu aux Everglades. Ce qui s'était passé là-bas, c'était pas pour ça que je m'étais engagé. Pour autant, j'avais eu du mal à la prendre cette décision. J'étais bon dans ce que je faisais, je crois, ma hiérarchie m'aurait elle gardé après ce qui s'était passé là-bas sinon ? Mais c'était tout ce que je savais faire. Alors vers quoi me tourner maintenant ? Dans quel combat me lancer ? J'étais épris de justice, de vérité, je voulais protéger les gens. C'était en moi, ça avait toujours été mon objectif. Mais comment continuer ce combat ?

J'avais donc déposé ma lettre de démission à mon chef. Quelques jours plus tard, il m'avait donné une réponse. Mais ce n'était pas celle que j'attendais. Il m'avait renvoyé vers Sunny. J'avais froncé les sourcils en apprenant que j'avais un rendez-vous avec la jeune femme. Mais je n'avais rien dit. Contrairement à la première fois, je ne la voyais plus comme une intruse. Pour autant, je ne comprenais pas la raison de ce nouvel entretien. J'avais accepté de m'y rendre cependant. J'étais curieux de connaitre la raison de sa présence ici. Qu'est-ce que le chef mijotait en m'envoyant chez elle ?

Je frappai à la porte de son bureau à l'heure précise où je devais me présenter et entrai.

- Bonjour.


Ca faisait une éternité qu'on ne s'était pas vus. Ou du moins, c'était l'impression que j'en avais. Et tout ce temps écoulé n'avait pas joué en sa faveur. A mes yeux, je veux dire. Je n'étais déjà pas complètement à l'aise avec elle après notre dernier rendez-vous, quand bien même j'avais un peu plus de facilité à parler que la toute première fois, mais j'avais repris mes distances, naturellement. Comme si le temps me l'avait à nouveau rendue étrangère.

- Le chef m'a annoncé ce matin que j'avais un nouveau rendez-vous avec vous.

Je refermai la porte derrière moi, fis quelques pas pour me rapprocher de son bureau et enfonçai les mains dans les poches.

- Qu'est-ce qui se passe cette fois ?


Quelque chose me disait que c'était en lien avec ma démission. Mais en même temps, ça me semblait bizarre. On n'envoyait pas un agent chez le psy parce qu'il souhaitait quitter son poste. Je ne voyais pas ce que ça pouvait être d'autre pourtant. Mais en même temps, la première fois qu'on m'avait envoyé vers elle, je n'avais pas la moindre idée de ce qu'on me reprochait alors qui sait, je pouvais avoir une surprise.


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Sunny Sullivan
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"Entrez !"

Sunny ferma ses fenêtres et sourit à David quand il entra. Elle était toujours aussi radieuse, même en plein hiver. La posture de distance de l'homme ne lui échappa pas et manqua même de la faire soupirer. Elle était lassée de ces traîne-les-pieds à la volonté plus que douteuse. Pour autant, son sourire se maintint. David n'était pas de ces personnes volontaires. Pour lui, Sunny, c'était le bagne. La corvée, le truc chiant par lequel il faut passer pour avoir l'accord de l'un ou de l'autre. Bref, bien qu'intéressant pour son travail personnel - une victoire importante à remporter, le challenge était entier - il lui fallait puiser dans une motivation extérieure qui ne viendrait ni du FBI, ni de David lui-même.

La jeune femme croisa ses mains sur son bureau et fit glisser un papier vers David.

"Ce matin, on m'a donné ça. J'ai d'abord trouvé ça curieux car, selon nos entretiens, il m'a toujours semblé que vous étiez à votre place au FBI, dans les forces de l'ordre en général, d'ailleurs. Et puis j'ai réalisé qu'il n'y avait aucun motif. Une simple... Démission. Vous savez, le FBI n'est pas du genre à laisser s'enfuir ses meilleurs éléments, alors, ils ont fait appel à moi pour comprendre..."

Le temps passé au FBI avait affirmé la jeune femme et d'avoir accompli son rêve avec le Casino, de pouvoir y travailler tous les jours, de faire avancer des choses, d'être importante aux yeux de quelqu'un, ça la comblait, gonflant son optimisme et son bien être, équilibrant sa vie jusqu'à enterrer de façon définitive la pseudo maniaco-dépressive suicidaire qu'elle était à peine dix ans plus tôt.

"Ils auraient pu vous demander eux-mêmes, mais je crois qu'ils préfèrent mes méthodes. Dites-moi, agent Foster, qu'est-ce qui s'est passé pour en arriver à un tel revirement. Logiquement, avant de démissionner, on établit des problèmes, on essaye d'arranger ce qui nous dérange. Vous, vous avez juste... Posé votre lettre. Je pense que travailler régulièrement au FBI à présent force certains automatisme, mais... Je trouve ça très suspect."



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David Foster
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Distant, certes, mais pas hostile. Ce qui, il fallait bien l'avouer, dénotait l'habileté que la jeune femme avait eu à gommer cette enseigne "méfiance" que j'avais placée au dessus de sa tête lors de notre première rencontre. En soi, ça relevait d'une très nette amélioration.

Je m'avançai vers son bureau pour prendre le papier qu'elle avait fait glisser vers moi. Je reconnus immédiatement la lettre que j'avais donnée à mon chef la veille. Alors c'était bien ça. En même temps, il aurait fallu que je sois le dernier des imbéciles pour ne pas faire le rapprochement. J'avais espéré, tout de même, qu'il eut s'agit d'autre chose.

Je soupirai, reposai la lettre sur son bureau et me passai la main dans les cheveux avant de m'asseoir sur la chaise en face d'elle, résigné. Résigné mais pas moins curieux de sa présence, je devais bien l'avouer. Aussi, avant de répondre à la question implicite qu'elle me posait, je décidais de poser la même. Non pas que je n'étais pas prêt à répondre, je le ferai, comme je l'avais toujours fait durant nos derniers entretiens, avec autant de sincérité possible, mais je voulais comprendre pourquoi le FBI ne me laissait pas partir, tout simplement. Après tout, tout agent n'était pas irremplaçable et je me doutais bien que mes supérieurs n'appréciaient pas toujours mon manque de discipline.

- Mademoiselle Sullivan, j'ai délibérément fait capoter une intervention du groupe armé du FBI et j'ai refusé d'exécuter les ordres qu'on me donnait. L'insubordination est généralement mal vue dans les forces de l'ordre. Quand bien même j'avais, je pense, d'excellentes raisons d'agir comme je l'ai fait, mon comportement aurait-dû me coûter ma place. Pour autant, je suis toujours là. Alors pardonnez-moi, mais je trouve étonnant qu'on ne soit pas, au contraire, plus que ravi de me voir prendre la porte par moi-même, quand bien même je serais un bon agent.

Et comme pour lui faire preuve de ma bonne volonté, je me décidai à lui donner les informations qu'elle me demandait.

- Prendre cette décision n'a pas été chose aisée, croyez-moi. Cela fait des mois que j'y réfléchis. J'aime ce que je fais, c'est certain, et j'ai toujours fait mon possible pour garder mon poste. C'est la seule chose que je sache faire, et je crois que je ne le fais pas trop mal. Mais je tiens plus à mon intégrité qu'à ce boulot, même si c'est ce pour quoi je suis fait. Et je me suis rendu compte lors d'une mission que les deux n'étaient pas toujours compatibles. J'ai quitté l'armée parce qu'on m'obligeait à suivre des ordres qui contredisaient mes convictions profondes. Et j'ai la sensation qu'il commence à se passer la même chose ici.


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Sunny Sullivan
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Sunny croisa les bras sur le bureau, sans se départir de son sourire sur ses lèvres.

"Agent Foster. Vous semblez croire qu'au FBI, il n'y a que des saints. Que des Superman. Vous devriez accepter que cette image que vous avez est une illusion. Si l'on ne vous a pas radié, c'est peut-être parce que, justement, vous avez conservé votre intégrité et que, quelque part, cela a plu à quelqu'un. Désobéir à un ordre n'est pas forcément signe d'insubordination."

Elle se redressa pour hausser les épaules dans une légère moue.

"Parlez-moi de cette mission. Elle semble vous avoir retourné, blessé même si j'ose dire. Dites m'en plus."



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David Foster
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Je baissai les yeux et me passai la main sur la nuque avec un sourire désabusé. Je savais déjà tout  ce qu'elle me disait. Combien de fois n'avions nous pas entendu parler d'agents véreux qui s'alliaient avec des criminels pour leur profit personnel ? J'en avais croisé des comme ça, j'avais même contribuer à démasquer l'un d'entre eux. Mais jusqu'à présent, on parlait d'agents isolés. Là, ça remontait beaucoup plus haut. Ca remontait à des gens qui avaient le pouvoir d'envoyer une unité d'intervention sur un village de civils qui n'avaient rien demandé du tout. Et personne n'avait rien trouvé à y redire. En tant qu'agents des forces de l'ordre, nous étions censés défendre la justice quoiqu'il arrive. Où était la justice là-dedans ?

- Désobéir à un ordre, dans un métier comme le mien, c'est presque toujours perçu comme un signe d'insubordination Mademoiselle Sullivan. Que ce soient l'armée ou les forces de l'ordre, quand on a un grade comme le mien, tout ce qu'on vous demande, c'est d'obéir aux ordres de votre hiérarchie. Ca fait partie du serment du FBI, d'ailleurs : "Je jure solennellement d’obéir aux ordres et aux directives de mes responsables". Quand j'étais chez les Rangers, on m'envoyait au trou pendant plusieurs jours pour beaucoup moins que ça.

Non vraiment, je ne comprenais pas pourquoi je m'en étais sorti aussi bien. Sunny avait peut-être raison, il devait y avoir quelqu'un en haut lieu qui m'avait évité d'être viré, mais qui ? Et pourquoi ? Je crois que ça demeurerait un mystère. Je pris une profonde inspiration et me lançai dans le récit de la mission, version courte.

- Ce n'était pas vraiment une mission officielle. J'ai eu vent de disparitions étranges dans les Everglades et j'ai décidé d'aller enquêter sur place. Arrivé là-bas, j'ai découvert qu'en fait ces disparitions n'en n'étaient pas vraiment. Il y avait un village, bien caché, bien protégé, qui servait de refuge à des positifs ayant des mutations physiques importantes et qui les empêchaient de vivre dans la société. Les disparitions n'étaient en fait que des gens qui souhaitaient se retirer du monde pour aller vivre dans ce village. En soi, rien de bien méchant et ça aurait dû en rester là, fermeture du dossier. Mais pendant que j'étais là-bas, une unité d'intervention du FBI est passée à l'action. Je ne sais pas vraiment ce qu'ils voulaient, ce que je sais, c'est qu'ils en avaient après ces gens. Je me suis rangé du côté des villageois, j'ai essayé de convaincre les agents de repartir d'où ils venaient et de laisser ces gens tranquilles. J'ai échoué et ça a dégénéré. La quasi-totalité des agents ont été blessés. Le commandant de l'unité est mort. Et du côté des villageois, une jeune femme s'est pris une balle par ma faute, parce que j'avais mal évalué la situation. Elle ne doit sa survie qu'à beaucoup de chance et l'intervention d'un autre homme arrivé en même temps que moi.

J'avais parlé d'un ton mécanique, presque indifférent, comme si je faisais mon rapport à mon supérieur. Pourtant, sur la fin, lorsque j'en étais venu à mentionner Iris, l'intonation de ma voix avait légèrement changé. Sunny avait raison, cette mission m'avait pas mal retourné et pour qui était attentif aux détails, comme l'était certainement Sunny, mon léger changement d'intonation ne paraitrait pas anodin.


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Sunny Sullivan
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"Désobéir à un ordre pour sauver des vies, dans un métier comme le vôtre, c'est être un héros."

Sunny le fusilla du regard. Si on avait refusé la démission de David, ce n'était sûrement pas parce qu'il avait fait une faute. Elle croisa ses bras sur son bureau. Il avait mis sa vie en danger pour protéger des Positifs. Elle était Positive. Il s'était mis en première ligne pour défendre les siens. Et des comme elle, il y en avait d'autres dans les rangs du FBI.

"Agent Foster."

Son ton était assez tranché et dur. Mais lui parler gentiment ne fonctionnait pas avec David. Il ressortait du bureau en se disant 'Ca, c'est fait, j'aurai la paix.' Il avait besoin de comprendre les véritables enjeux de sa manoeuvre, ce qu'il avait accompli.

"Je suis Positive. Je suis née avec un don très particulier. Il n'est pas très visible, mais il est suffisamment important pour avoir ruiné la moitié de mon existence. J'ai fondé une association pour protéger les miens, comme les Négatifs. Je me suis opposée aux autorités, j'ai tout mis en oeuvre pour réussir car c'était une oeuvre en laquelle je croyais."

Elle garda une seconde de silence sans le quitter des yeux avant de reprendre.

"Beaucoup d'entre nous sont morts pour que la génération suivante connaisse la liberté... Mais surtout l'égalité des genres. Nous vivons une époque charnière dans l'histoire de l'humanité et vous ne semblez pas en être conscient. Vous vous êtes dressé devant une unité du FBI toute entière pour protéger un village de Positifs tout entier. Des gens qui se sont réfugiés, qui ont fui une oppression. Cette unité avait elle-même désobéi aux ordres, quelque part. Vous avez suivi votre instinct et qui sait, si vous ne l'aviez pas fait, peut-être que le village serait à présent un simple souvenir dans la mémoire de ceux qui y auraient éventuellement survécu."

C'était sûrement la première fois que David la voyait aussi sérieuse, aussi peu souriante. Elle abordait un sujet grave, selon elle. Et que David n'en soit même pas conscient lui fit mal. Il souhaitait démissionner... Mais ses raisons n'étaient pas justes. Si le FBI l'avait convoquée, c'était sûrement parce qu'ils pensaient la même chose qu'elle.

"Le FBI et les autorités en général ont besoin de personnes comme vous pour faire respecter notre égalité. Offrir à mon fils un monde meilleur en lequel il croit. Notre population a besoin de plus de héros de votre trempe. Si le FBI souhaitait se débarrasser d'un élément pourri, il aurait tout bonnement accepté votre résignation."

Elle se pencha un peu vers lui.

"Imaginez que tous ceux comme vous prennent la même décision. Imaginez... Si tout le monde avait fait comme vous depuis le début de cette histoire... Les chances que je ne sois pas assise face à vous à cet instant sont assez grandes."



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David Foster
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Je tiquai en l'entendant prononcer le mot "héros". Je ne parvins pas à m'en empêcher. Mon regard dans le sien, je surpris son expression. Jamais encore elle ne m'avait regardé comme ça. Mais il faut dire que je ne lui avais jamais parlé de ces choses que j'avais pu faire et qui continuaient à me hanter jour après jour.

Face à ce regard, je ne pus m'empêcher de me sentir mal à l'aise, mais sans réellement savoir pourquoi. Je me disais c'était probablement lié à ce que je venais de lui raconter, le fait que mon comportement durant cette mission avait coûté la vie à un homme, laissé sur le carreau un bon nombre d'autres (qui, certes, s'étaient remis, mais tout de même) et surtout, blessé cette jeune femme alors que je m'étais donné pour objectif de la protéger. Mais si c'était vraiment cela, la raison de son regard, n'était-ce pas un peu contradictoire avec ce qu'elle venait de me dire ?

- Je...

... m'interrompis aussitôt, ne sachant pas trop quoi répondre à ça. Ce fut elle qui repris la parole, d'une voix sèche, que je ne lui avais jamais entendue avant. Je relevai les yeux sur elle tandis qu'elle entamai son argumentation. Et la première chose qu'elle me dit était vraiment la dernière chose que je m'attendais à entendre de sa part. Mais si mon regard trahit quelque chose de mes pensées, ce ne fut rien d'autre que de la surprise.

La suite me fit froncer les sourcils. Comme toujours, Sunny avait un don pour aborder les choses sous un angle que je ne regardais pas forcément. Ou du moins, sur lequel je ne m'appesantissais pas. Je veux dire, j'étais conscient de ce qu'elle disait. Que mon intervention avait probablement eu pour effet d'empêcher ces positifs d'être, au mieux expulsés de leur village, au pire tués, je n'en doutais pas. Cependant, je ne pouvais m'empêcher de me focaliser sur les erreurs que j'avais commises.

Mais la jeune femme passait outre mes erreurs, elle n'y prêtait pas tellement attention. Elle se focalisait surtout sur mes résultats. Et ces résultats semblaient lui plaire. Je cillai encore une fois tandis qu'elle utilisait à nouveau le mot "héros" et secouai la tête. Elle se trompait sur mon compte.

- Sun...
Ne me demandez pas pourquoi, tout à coup, je l'appelais Sun, c'était sorti tout seul. Je soupirai et pris une profonde inspiration avant de plonger mon regard dans le sien. Je suis tout sauf un héros. Je m'efforce de faire mon boulot du mieux que je peux tout en respectant mes convictions. Je n'ai fait que ce que me dictait ma conscience, ça ne fait pas de moi un héros. Croyez-moi, je n'en suis pas un.

L'espace d'un instant, je me pris à espéré que son pouvoir ne consistait pas à lire dans les pensées. Si elle savait ce que j'avais pu faire par le passé et qui continuait à hanter ma conscience, nul doute qu'elle me regarderait autrement à ce moment précis.

- L'égalité, la justice, c'est précisément ce que pour quoi je me bats chaque jour, c'est ce en quoi je crois, et c'est pour ça que j'ai choisi ce métier.

Je me penchai en direction de Sunny.

- Cette unité d'intervention, les hommes n'ont pas pris la décision d'aller attaquer ce village tous seuls. Ils en ont reçu l'ordre. Un ordre qui ne pouvait émaner que de nos supérieurs. Supérieurs qui ont juré, comme moi, de protéger la population et de défendre la Constitution et la justice. Et pourtant, cet ordre allait à l'encontre de tout cela.

Je secouai la tête et repris ma position initiale.

- Alors dites-moi, Mademoiselle Sullivan, quand même mes supérieurs ne respectent plus les principes fondamentaux du FBI, comment puis-je continuer à travailler pour eux ? Comment pourrais-je continuer à recevoir des ordres qui iront à l'encontre de ce pour quoi je me bats et que, pourtant, je suis censé suivre sans poser de questions ?


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Sunny Sullivan
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"Votre modestie est tout à votre honneur, agent Foster."

Rédigeant quelques notes, elle appuya sur son titre, signifiant que, quand bien même elle l'aidait, quand bien même, elle lui parlait d'un sujet qui la touchait de près, ils n'avaient pas élevé les mutants ensemble et qu'elle restait sa psychothérapeute, pas sa meilleure amie.

Modestie ou fausse modestie, elle ne sut quoi en penser. Pour un peu, elle se serait même montrée un tantinet agressive. Pendant des années, Sunny n'avait pas réellement compris l'ampleur de son pouvoir. Celui-ci avait changé par deux fois, déjà, ou du moins s'était-il révélé singulièrement en fonction de la région dans laquelle elle se trouvait. Et elle avait négligé le danger jusqu'aux attentats du parvis de justice. Elle avait alors pris conscience de la haine des Positifs, de la terreur sourde qui régnait dans la ville et depuis, elle faisait de son mieux pour aider ceux qu'elle pouvait.

"Vous avez raison." Dit-elle sans relever le nez de sa feuille. "Démissionnez, laissez donc le FBI pourrir et d'autres décisions comme celles-ci être ordonnées, des villages saccagés de par leur simple existence."

Elle releva les yeux sur lui et posa son stylo devant elle et prit un tampon.

"Si vous avez peur d'aller au bout de vos convictions, alors en effet." Elle prit un autre tampon qu'elle plaça à côté du premier et reprit la lettre de démission de David. "Vous n'êtes peut-être pas fait pour ce métier."

L'un était marqué "VALIDÉ" et l'autre "REJETÉ". Elle croisa les mains derrière les tampons et étudia la lettre avec un soupir.

"Même au sein du FBI, il existe une police des polices. Trouvez les fautifs, listez les preuves et dénoncez les ripoux. Vous vous êtes engagé pour rendre la ville meilleure, pour offrir à vos enfants, vos voisins, à votre nation, un avenir meilleur. Si vous partez maintenant... Vous abandonnerez. Tout simplement. Et vous n'êtes pas un lâche, agent Foster, vous êtes simplement perdu et vous avez besoin que quelqu'un vous rappelle ce pour quoi vous vous battez chaque jour. Trouvez une personne que vous avez aidée et écoutez ce qu'elle a à vous dire. Laissez-la vous redonner confiance en vous et regonfler votre foi."



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David Foster
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La froideur et la distance de Sunny à mon égard était assez étrange. Inhabituelle. Enfin, ce n'était pas comme si je la voyais régulièrement, mais de ce que conservais comme souvenir d'elle et de nos précédentes rencontres, elle était plus chaleureuse, plus souriante.

Ses paroles me firent froncer les sourcils et je ne pus m'empêcher de penser qu'elle était un peu injuste. Elle donnait l'impression que si les choses finissaient par dégénérer, ce serait de ma faute. Comme si j'étais le seul agent du FBI capable de changer les choses ! Elle n'allait pas me faire porter la responsabilité de la déviance du FBI, si ?

Sunny était particulièrement douée, parce qu'elle appuyait là où ça faisait mal. Elle jouait avec ma conscience, ma culpabilité. Je savais pertinemment que je m'en voudrais toujours de laisser faire des actions comme celle des Everglades sans rien tenter pour les empêcher. Et elle le savait aussi. Elle se servait de mes faiblesses et de mes cas de conscience pour les retourner contre moi. Et c'était peut-être l'une des meilleures stratégies qu'elle pouvait utiliser avec moi.

Je me laissai aller contre le dossier de la chaise, le temps de réfléchir. Mon regard suivit ses gestes alors qu'elle prenait les tampons, l'un après l'autre, pour les placer à côté de ma lettre de démission. Alors mon avenir était suspendu à ces deux tampons, n'est-ce pas ? Tout dépendrait de celui que Sunny choisirait.

Le silence qui suivit ses paroles dut lui sembler particulièrement long, le temps que je me décide. Le fait est qu'elle avait raison et je le savais. Je ne supportais pas l'idée d'avoir à obéir à des supérieurs pourris. Mais je supportais pas non plus l'idée d'être un lâche. Parce que j'étais d'accord avec elle, c'était ce que je serais si j'abandonnai mon combat.

Je soupirai, me redressai et tendis la main pour reprendre la lettre.

- S'il y en a au moins une qui est à sa place, c'est vous, Mademoiselle Sullivan.

Et je déchirai la lettre. Je n'étais pas certain de me montrer à la hauteur de la mission que j'étais en train de m'octroyer en faisant ça. Mais j'allais faire mon possible, en tout cas.


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Sunny Sullivan
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Sunny n'eut pas le temps de lever la main pour arrêter son geste que déjà il déchirait sa lettre. Elle soupira et laissa retomber son bras sur le bureau avec un sourire. La jeune mère n'avait jamais prétendu que le monde reposait sur les épaules de David. Elle avait même dit qu'il n'était pas le seul à se battre. Mais s'il se croyait investi d'une mission personnelle, peut-être y mettrait-il plus de coeur. Elle se laissa retombée dans le fond de son siège avec un sourire plus étiré à son compliment.

"Et je suis ravie de vous voir conserver la vôtre, agent Foster."

Elle prit son tampon et ouvrit le dossier de David pour y dévoiler une copie de sa lettre. Elle la marqua au fer rouge d'un "REJETÉ" en plein milieu et y glissa ses notes avant de le classer dans son cartable. Elle ne laissa pas à David la possibilité de changer d'avis. Il ne fallait pas.

Peut-être le reverrait-elle pour la même raison d'ici quelques temps. Peut-être, cette fois, aurait-il raison, peut-être qu'à ce moment-là, le FBI serait perdu. Elle en douta, pourtant, elle avait bien entendu les dires de David, et ses craintes. Mais elle était une étrangère et il avait besoin d'alliés plus personnels. Il avait besoin d'un véritable entourage, c'était ce qui lui faisait véritablement défaut. En tout cas, c'était ce qu'elle pensait.

Elle lui désigna alors la porte d'un geste de la main.

"Je vous libère de mon emprise."



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David Foster
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J'eus une drôle de sensation en la voyant tamponner "rejeté" sur la copie de ma lettre qu'elle avait conservé dans son dossier. Un mélange d'appréhension et de soulagement à la fois. Quand on se débrouille pour vous convaincre de rester à votre poste, c'est que quelque part, on considère que vous faites du bon boulot, non ? Et en même temps, j'appréhendais quelque peu la suite des événements.

Quand elle m'indiqua la porte, m'annonçant qu'elle me libérait, j'acquiesçai et me levai.

- Merci.

Je fis quelques pas, posai la main sur la poignée de la porte mais n'ouvris pas tout de suite.

- Je suis sûre que vous pensez que pour moi, ces entretiens étaient plus une sanction qu'autre chose mais... Je lâchai la poignée, glissai la main dans ma poche et me tournai vers elle. J'ai apprécié nos discussions. Vous m'avez amené à me reposer certaines questions auxquelles je pensais avoir déjà répondu, à me remettre en question. Et pour ça, je haussai une épaule et acquiesçai pour confirmer les paroles qui allaient venir, je vous en remercie.


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Sunny Sullivan
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Les bras croisés contre sa poitrine, Sunny sourit un peu plus.

"Personne n'aime les visites chez un psy. N'oubliez pas ce que je vous ai dit : trouvez quelqu'un en qui vous avez confiance pour vous aider à conserver le cap. N'attendez pas que votre chef acariâtre m'envoie pour vous ramener à la raison. Constituez-vous un entourage solide. Ne restez pas seul."

Sunny était plutôt fière de son coup. Pour quelqu'un qui, un an plus tôt, n'était pas vraiment consciente du conflit Négatifs / Positifs, elle s'en sortait plutôt pas mal et elle avait également beaucoup mûri et grandi. Petit à petit, elle finissait enfin par trouver son équilibre, celui qui lui avait manqué presque toute sa vie.



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David Foster
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Me constituer un entourage solide. Ca me semblait plus facile à faire qu'à dire. Cela dit, j'étais beaucoup moins réfractaire à cette idée que je ne l'étais un an plus tôt, quand j'avais rencontré Sunny pour la première fois et qu'elle m'avait dit qu'il fallait que je m'ouvre plus aux autres. J'avais encore du mal à me laisser approcher, mais je faisais des efforts. Sauf que concrètement ça n'avait pas donné grand chose encore. J'avais essayé de m'ouvrir à Lizzie, et j'avais été tellement maladroit qu'elle s'était littéralement enfuie. Depuis, je n'avais pas tellement eu d'autres occasions. Ah mais si, attendez, Betty. Ne m'avait-elle pas proposé de sortir un peu en dehors du boulot ? Ca m'avait tellement interloqué que sur le coup, je n'avais même pas répondu. Sans compter que j'étais en plein milieu de ma mission aux Everglades à ce moment-là. D'ailleurs, je n'avais même pas honoré ma promesse de l'emmener au resto pour la remercier de l'info qu'elle m'avait donnée. C'était peut-être le moment de le faire ?

- Vous savez, je suis plutôt un solitaire.
Je haussai les épaules avant de relever les yeux et d'esquisser un sourire. Mais c'est vous la psy, je suppose que vous savez de quoi vous parlez.

Je posai à nouveau la main sur la poignée et ouvris la porte. J'eus envie de lui demander si je pouvais revenir vers elle si jamais j'avais de nouveau besoin de ses services, mais je n'en fis rien. Je connaissais déjà la réponse. Sunny n'était pas du genre à refuser d'aider quelqu'un, n'est-ce pas ?

- Merci encore pour votre aide.

Et je sortis de son bureau. Une fois la porte refermée derrière moi, je pris une profonde inspiration et me dirigeai vers l'antre de Betty.


[HJ, C'est bon pour moi du coup.]


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