2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 Dark side of the Sun

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Eric Xian
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Une forte lumière transperce mes paupières et me réveille. Quand j'ouvre les yeux, je découvre un océan de sable. Des dunes, un désert à perte de vue. Et ce soleil aveuglant. Brûlant qui plus est. Je ne vois pas le bout de mon nez, il est caché sous une écharpe protectrice. Le vent s'est levé et je préfère éviter de manger du sable.

_ Ohé !

Rien. Personne. Même pas un écho, que du vent et des grains qui se frayent un chemin jusqu'à mes narines. Et puis, cette odeur de brûlé, ça me prend aux tripes. On dirait... Des nachos. Mais j'ai beau regarder partout autour de moi... Rien. Le néant. Le vide. Je n'ai pour seule chanson, le sifflement de la tempête qui approche.

J'entame une longue marche. Curieusement, je ne ressens pas la soif, mais qu'est-ce que j'ai chaud, c'est insupportable. J'ai l'impression de marcher pendant des heures et plus j'avance, plus j'aperçois la tempête au loin. Ca ne s'annonce pas très bon pour moi... Je n'ai nulle part où m'abriter, le soleil est haut dans le ciel, pas un seul coin d'ombre. Même pas une oasis ! Et cette odeur de brûlé... J'ai de plus en plus faim. Bientôt, le vent m'arrache mon écharpe. C'est seulement à cet instant que je me rends compte...

Je suis tout nu.

Je me réveille en sursaut. Le contraste est violent, il fait nuit noire, le panneau du restaurant en bas clignote au bord de ma fenêtre et j'entends le bruit d'une voiture qui passe dans la rue. Est-ce que je rêve encore ? C'est difficile à dire, il y a comme une brume qui enveloppe mon esprit et j'ai la bouche pâteuse. Je tourne les yeux alors que quelque chose ronronne contre moi. C'est mon petit frère, Nemo. Il a encore dû me rejoindre dans la nuit. Soit à cause d'un cauchemar, soit parce qu'il déteste dormir seul. Ou bien les deux.

Je soupire.

Il est 3h30 du matin... et j'ai la dalle.

Doucement, je m'extirpe du lit sans un bruit et recouvre mon frère. Après une inspection rapide de la cuisine, il est évident que je n'ai rien à manger. Ou rien qui ne me donne envie. C'est toujours comme ça les veilles de visite de l'assistante sociale. Ca m'angoisse tellement que mon imagination s'emballe. Juste avant le grand désert, j'étais menoté à une chaise de métal dans une salle d'interrogatoire et la bonne femme n'arrêtait pas de me poser des questions indiscrètes. A quand remonte ma dernière relation sexuelle, est-ce que c'était bien, dans quelle position, ai-je en projet de me marier, comment je veux appeler mes enfants, est-ce que j'aime les nachos, quelle est ma taille de slip... Qu'est-ce que ça peut lui faire ? Du moment que mon frère a à manger sur la table, des fringues propres et que je paye l'école, qu'est-ce que ça peut lui faire si je suis serré dans mes sous-vêtements ? Le pire, c'est que dans mon rêve, elle portait le même prénom que mon ex. C'était elle, d'ailleurs, mais dans le rôle de mon assistante sociale. Finalement, d'elle ou du désert infini, quel était le véritable cauchemar angoissant ?

Je décide de descendre me chercher des nachos, puisque mon subconscient me l'ordonne. Je referme la porte de l'appartement délicatement et une fois en bas, la fraîcheur nocturne me surprend. J'enfonce mes mains dans les poches de mon sweat et fait dix mètres. J'ai de la chance d'avoir des petits trucs comme ça, ouverts la nuit. C'est surtout pour les flics du coin, les veilleurs d'immeuble et tout ça. C'est bien, je dis. En tout cas, cette nuit-là, ça me dépanne bien.

Derrière la caisse, une télé diffuse les informations en continu et j'y jète un oeil en attendant mon dû, mais c'est tout juste si je suis vraiment les banderolles défilantes parce que mon esprit est occupé ailleurs par cette maudite visite. Elle doit vérifier que l'appartement est bien tenu, que j'ai bien reçu mon salaire et qu'il peut couvrir tous nos frais. Elle doit également vérifier l'avancée scolaire de mon frangin. Au moindre faux pas, ils me l'enlèvent et c'est foyer pour lui et redressement financier pour moi. Ca fait déjà un an que j'arrive à vivre comme ça. Plus, si on compte le temps qu'il a fallu à cette poufiasse de balance pour me dénoncer. Tout allait très bien, je m'en sortais très bien tout seul. Et puis, Nemo a eu un souci à l'école, impossible de joindre mes parents et quelqu'un a fini par comprendre que c'était moi le parent en question et que j'avais déjà imité leurs signatures pour éviter de me faire choper. Mais j'ai bientôt 21 ans et à cette date-là, tout ça ne sera qu'un souvenir pénible. Encore trois mois et je serai libre. Nous serons libres. Alors ok, on vit pas dans un palace, mais mon frère, je m'en occupe, moi.

Alors perdu dans mes pensées, j'entends vaguement le son des clochettes de la porte d'entrée du menu restaurant, et quelqu'un qui rentre. Deux personnes discutent autour d'un café à une table, un flic a laissé son assiette de frites sur le comptoir le temps d'aller faire pipi et le restaurateur est occupé à honorer ses demandes.

_ Donne le fric !

Je regarde mollement par-dessus mon épaule pour voir un type cagoulé, arborant un baggy dépravé et un pull trop grand avec une langue de vipère dessinée dans le dos, une arme pointée sur le restaurateur. Ce dernier n'a pas l'air rassuré, mais quelque chose me dit que ce n'est pas la première fois. Normalement, je suis pas le genre à jouer au héros. Mais je suis tellement dans la brume, mal réveillé que je ne réalise même pas la situation.

_ Hey, je m'exclame en désignant son pull, moi aussi, j'écoute ce groupe, il est trop b--

Un coup part et une balle se loge dans le mur à quelques centimètres de l'épaule du tenancier. Le type tourne son arme vers moi et j'écarquille les yeux - oui c'est possible, même chez les chinois, ce que je ne suis pas mais pour tout le monde, il paraît que c'est pareil.

_ Toi, tu restes à ta place ! Je veux pas t'entendre ! Montre-moi tes mains !

Lentement, je lève les mains et mon coeur s'emballe. Cette fois, je suis bien réveillé.

(potin, bretzel, merle)
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Shannon Parker
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Check ta montre pétasse.
3h47.
3 putain d’heures de ce putain de matin et 47 putain de minutes.
Check à travers ton parebrise dégueulasse ? Oui et bien tu repasseras pour le matin, il fait encore nuit. D’ailleurs t’as l’impression d’avoir du pâté de maquereau plein la bouche, et te passer la main sur le visage n’y change rien. T’es toujours aussi myope quand tu regardes dehors, mais c’est surement à cause du sommeil qui t’as surprise en pleine planque et des larmes que t’as dans les yeux du coup.
Merde.
Si Merle sait que tu t’es endormie comme une prostipute de Bangkok après un jour de perm’ des Marines, t’es bonne pour l’avertissement. Vois le bon côté des choses, ils pourront pas te mettre au placard, tu y es déjà. D’ailleurs… en parlant de maquereau et de prostipute… il fout quoi Swift ? Ce petit con devrait être là depuis des plombes à relever les compteurs ! « T’inquiète Sharon ! J’te jure sur la vie d’ma mère j’l’aurai ton info ! Tu m’connais j’suis un gars d’parole ! Sur la vie de mon frère ! »
Cet enfoiré n’avait ni mère ni frère. T’es à peu près certaine qu’il les a vendus pour une dose d’héro, pas vrai ? Ouais, sûrement. Bon, t’as les boules, c’est vrai. T’as le dos cassé à t’être affalée dans ce siège de bagnole, t’as poireauté des plombes apparemment pour rien, et t’as toujours pas cette info de tes deux qui vous sortirez un peu de la boue dans laquelle cette enquête s’enfonce.
Rico t’avais dit qu’il était OK pour planquer. Pourquoi tu lui as pas dit « Sympa, t’es cool, j’vais aller me bourrer la gueule dans ce bar miteux en bas de chez moi, toute seule, à raconter ma vie de merde au premier poivrot venu, à écouter ses potins comme si j’en avais quelque chose à foutre. Et si j’en trouve pas, y’aura toujours le barman ! ». Non ben non. Au lieu de ça tu lui as dit, comme la grosse conne trop bonne que tu es, « Laisse tomber, partenaire ! Va rejoindre ta femme et tes gosses, j’m’en occupe, j’ai que ça à foutre de mes nuits ! ». Ça l’a fait rire. Mais il était content de se ramasser tôt pour une fois, non ?
N’empêche que si tu rentres les mains vides, c’est encore toi qui vas te faire engueuler. Allez vas-y pétasse, sois honnête. Voilà. Tu vois c’est pas si dur. Donc… redis-le ? T’en as rien à foutre ? C’est bien. Bravo. Brave fille.
Oh et puis merde. Le pâté de maquereau onirique ça vous remplit la bouche, mais pas l’estomac. Swift joue les filles de l’air, c’est pas pour autant que tu dois entamer une grève de la faim. Allez. Bouge ton cul. Y’a un boui-boui qui vend des tacos au coin de la rue plus loin. Tu l’as vu quand t’es passé devant dans la soirée, t’as même hésité à t’y arrêter. C’est ça. Étire-toi, descends tes grolles du tableau de bord et enfile ton cuir.
Tu prends pas ton flingue ? Attends réfléchis pétasse. Si jamais un petit connard décide de te fracturer la bagnole pour y trouver de quoi se payer son petit plaisir nocturne et qu’il te chourave ton péteux de service, Merle te chantera pas la même chanson. Et tu peux jouer les rebelles à grande gueule, t’as besoin de ce job. Tu sais rien faire d’autre et aux dernières nouvelles, t’avais un loyer à payer. Ouais c’est vrai. T’as deux mois de retard. Mais bon c’est pas ta faute si ton proprio vit le jour, lui. Juste t’as pas eu l’occasion de le croiser pour le payer.
Glisse le dans ta ceinture plutôt, faudrait pas effrayer le péquin moyen qui vient juste acheter du sucre à 3 h du mat’. Même si c’est très con de se lever à 3h pour du sucre, mais hey, t’es qui pour juger hein ?
Vas-y, fais-toi plaisir. Claque bien la porte pour réveiller tout le quartier. Ça a fait un de ses bruits ! comme si t’étais pas toute seule à jouer !
Tes pieds pèsent des tonnes. Les soulever, c’est comme soulever de la fonte. Tu sens les fourmillements dans tes muscles encore endormis et tu peux pas t’empêcher de te demander si tu devais vraiment répondre à l’appel de l’estomac. Allez, va ! Tu y es. Regarde la lumière à travers la porte qui macule le bitume. On dirait une flaque de peinture jaune, peinte proprement, aux arêtes bien définies. T’es poète maintenant ? Pousse la porte plutôt.
Oh la vache ! Ils manquent pas de lumière dans ce bouge. Ça t’aveugle presque et il faut quelques secondes à tes yeux pour s’y faire. Les clochettes ont joué avec tes nerfs quand tu es entrée et tu ne réalises pas encore vraiment que tu viens de t’enfoncer un peu plus dans la merde. Ouais c’est possible ouais. Tu viens de démontrer que les tas de cacas sont sans fond. Mais t’as encore du réflexe pétasse, pas vrai ? C’est même ce qui te rend efficace. T’as des réflexes de dogue allemand quand tu sens le sang. Qu’il ait coulé ou pas encore…
Tu plonges la main à ta ceinture et tu tiens illico en joue le type au sweat merdique qui te braque avec un fusil à canon scié. Un calibre 12. Le trou du canon te regarde avec son œil noir, abyssal. Il fume encore, il a dû l’utiliser. Tu prends pas le temps de repérer si y’a un mort, ou plus.
Dans ta ligne de mire, derrière ta cible, t’as le vendeur près de sa caisse et un chinois devant. Marrant. À cette heure, dans la plupart des restaus pourris, c’est l’inverse. Mais t’as pas envie de rire, pas du tout même. Tu sens cette putain d’adrénaline qui grimpe en flèche dans tes veines. T’as pas peur de mourir, non, mais qu’est-ce que ça te ferait chier de finir sur le carrelage jauni de ce bordel. T’imagines ? Enterrée avec les honneurs, parce que morte en service ? Merle perdrait pas l’occasion de donner les circonstances, cet enfoiré, juste pour prendre sa petite revanche post-mortem. Non, pétasse. Tu vas pas crever. Tu vas pas lui faire ce plaisir.

− Attention je tire !

Le mec te regarde comme s’il avait pas compris les mots qui sortaient de ta bouche.
Il a du se demander si tu venais pas de lui dire que t’allais le buter sans sommation, mais que non, en fait il a pas du comprendre.
Mais hey, t’es pas si conne ! T’allait quand même pas le tuer alors que t’es flic, en service en plus, non ? Tu vises le genou. C’est bien un genou. Ça a l’avantage de l’handicaper à vie et du coup il aura pas l’occasion de recommencer. Il courra plus assez vite.
Seulement bon, t’es en plein réveil et tu sens une délicieuse odeur de Bretzel encore chaud qui te plonge directe du nez à l’estomac et… tu foires. La balle lui fait une belle entaille sur la guibolle, mais elle va se loger dans le carrelage juste aux pieds du chinois.

− Merde !

Tu réfléchis pas. Tu réfléchis jamais de toute manière. Tu plonges, c’est tout, en espérant que les autres auront la même idée.
Puis tu l’aperçois. Derrière la porte des chiottes, planqué, le flingue en main, un flic en uniforme. Du genre qui se coltine les patrouilles nocturnes pour faire grimper un peu son salaire avant la retraite.
Le braqueur tire une fois dans ta direction, mais tu ne restes pas immobile.
Il doit recharger la culasse. Ça te laisse le temps de le détourner de ton collègue alors tu tentes le tout pour le tout.

- Lâchez votre arme ! que tu hurles pour pouvoir dire après que t’as bien suivi le protocole tout ça, que t’as été un bon flic, tout ça….

Mais en fait tu l’as déjà en joue et tu tires. Cette fois tu ne le rates pas. C’était ça en fait ! Il te manquait une pincée de panique pour que tu réussisses. Pétasse.
Le flic sort enfin de sa cachette, mais le type au sol refuse d’accepter la défaite et il riposte.
Putain, mais jamais ils comprennent quand ils ont perdus ? C’est dingue ça ! Ça te rend dingue ! Ça va encore mal finir cette affaire !

(Gorge, Piranha, Accès)
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Eric Xian
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Au premier coup de feu, je plonge au sol. Il y aurait eu de l'eau en dessous, j'aurais gagné les jeux olympiques du plus beau saut de l'ange du monde. Et en guise de médaille... Un joli impact de balle à quelques centimètres de mon pied. La gorge serrée, aucun son ne sort. C'est tant mieux, je me serais sûrement ajouté l'humiliation à la trouille, rien de très glamour. Pas que je sois un type très porté sur l'apparence avec mon jean troué délavé, mon sweatshirt à capuche trop grand qui donnait l'impression que je pesais au moins 20kg de plus - entre nous, je tiens plus de la baguette que de l'armoire à glace, donc c'est pas un mal. Bref, je réussis à évincer le cri perçant purement royal en détresse.

Dans une chorégraphie parfaite, les autres se mettent à plat ventre comme moi, les mains près de la tête. Je sais qu'il y a un flic dans les toilettes, je me demande ce qu'il fait... Et s'il est avec la brunette présente ici. Espérons que l'un comme l'autre ait demandé des renforts. En attendant, moi je scrute tous les accès du boui boui à la recherche d'une sortie de secours.

J'ignore si cette affaire va mal finir, mais je sais une chose : je dois rester en vie à tout prix. Me prendre une balle perdue alors que j'ai juste eu envie de jouer les piranhas sur des nachos, si ça, ce serait pas avoir une mort conne, je sais pas ce que ce serait. Donc ! Autant éviter.

S'ensuit une échange de coups de feu. Moi, j'ai la tête qui fusionne avec le carrelage miteux et les oreilles qui sifflent. Quand je rouvre les yeux, il fait noir. C'est le panneau électrique au coin de la caisse, dans le petit couloir menant à l'arrière boutique, qui a pris une balle perdue. Et tout s'est éteint. Une aubaine pour moi. Je grince des chaussures sur le sol pour ramper le long du comptoir et me planquer derrière, dos contre les frigos. Visiblement, le tenancier a eu la même idée que moi. Il n'y a que les lampadaires dans la rue qui nous éclairent suffisamment pour qu'on se distingue au moins. Et ce que je distingue, c'est le type tendant le bras vers un bouton.

_ J'ai appelé les flics ! qu'il beugle.

Ils sont déjà là les flics, banane ! En levant la tête, je vois ce qui se passe en reflet dans le miroir. J'espère surtout que mon frère ne va avoir l'idée de descendre voir. Non, il est plus intelligent que moi...

Je crois que j'ai pas assez prié dans ma vie. Il n'est jamais trop tard pour commencer, pas vrai ? C'est dans quel sens le signe de croix, déjà ?

(danger, cowboy, salut)
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Shannon Parker
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Et vos tires se croisent.
Mister BigFuckingBastard de l’année décharge son fusil sur ton collègue. Le panneau lumineux juste derrière lui encaisse le calibre. Des morceaux s’éparpillent en rayon sans blesser personne mais plonge le magasin dans la pénombre.
Toi, tu le chopes dans le genou, comme t’avais dit, et là il se met à gueuler de douleur ce con. Pas pour autant qu’il arrête. Tu le vois déjà recharger. Tu sais quoi ? Il doit tourner au GHB ou à ce liquide, là, qui les rend invincible. T’es prête à parier qu’il est défoncé. Si tu vises pas la tête, t’en viendras pas à bout.
Putain elle est belle la flicaille ! Après ça Pétasse, si y’en a un qui a encore confiance en les forces de l’ordre en sortant d’ici, soit il aura les pieds devant et n’en aura plus rien à foutre, soit il tourne au antidépresseurs à haute dose. D’ailleurs, hey ! Tu savais que c’était la drogue la plus consommée au monde ? Ca t’en bouche un coin sombre hein ? Ouais pardon. Tu bosses là. On a parfois du mal à faire la différence entre quand tu bosses et quand tu bosses pas, faut dire. Quoi « idée parasite » ? Attend c’est lui qui te parasite là, à gueuler comme un cochon qu’on est en train de saigner alors qu’il a juste pris une bastos dans le genou. Dans le genou putain ! Hey pétasse, quand t’en as pris une dans le buffet, toi, t’es restée digne, non ? Au moins le chinois la ferme, lui, alors que la balle lui a chauffé l’orteil. Ca a l’air d’être un type courageux. Essaie de lui tirer dans le genou aussi pour voir ? Non ben oui, bien sur qu’on déconne !
Bon.
Rapide tour d’horizon.
Les rares clients sont à plat ventre, les bras repliés sur la tête. Bien. Si le magasin s’écroule ils devraient pouvoir esquiver la bosse. Penche toi doucement de derrière ta cachette. Dou-ce-ment. Voilà. Tu avises ton collègue qui tient toujours son flingue mais qui n’a pas l’air de savoir quoi en faire.
Le chinois a disparu derrière le comptoir pour rejoindre le vendeur. Bien. Au moins ces deux là seront à l’abri.
« J'ai appelé les flics ! »
Oh putain le con ! Ca te suffisait pas Pétasse que tu tombes sur le bon taudis, fallait en plus que le taulier soit un abruti. Ca rate pas. Le cochon au fusil scié se met à crier plus fort. Il crache autant qu’il hurle :
− Si j’vois un flic j’le bute ! Ta mère la pute j’le bute !
Le trou du fusil se tourne vers un autre gamin terrifié, la vingtaine peut-être, le visage collé contre le carrelage. On voit même pas sa tête ramassée entre un petit bonnet noir et ses épaules.
− Reste tranquille mon garçon ! lui répond Sheriff-fais-moi-peur. Reste tranquille. J’suis le seul flic, ici ok ?
C’te blague. T’es la junkie déjantée de service, Pétasse, heureuse ? C’est pas complètement faux. Tu te shootes au danger, pas vrai ? M’enfin il a de la merde dans les yeux papa Schultz ou il le fait exprès de balancer des conneries pareilles ? Ah bah ça rate pas. C’est pas parce que t’as une balle dans le genou, que t’as mal, que t’as plus de cerveau. Notre braqueur de merde en fait une brillante démonstration.
− Et elle ? C’est pas un flic ?
Oui oui il parle de toi Pétasse.
− Haaaan…
Ouais, belle entrée en matière. Ca te laisse le temps de réfléchir. Allez vas-y, vite. Vite. Viteuh.
− Nan j’voulais la caisse ducon et t’as été là le premier ! Tu fais chier putain ! Tu pouvais pas choisir un autre bouge ? Ou juste « Hey salut ! J’viens pour le pognon, tu me le files, merci, au r’voir » et tu te barres ?
Y’a comme un moment de flottement. C’est bien. T’en profites pour essayer de trouver une idée lumineuse pour te tirer de ce merdier. Tu te penches de nouveau. En levant les yeux, tu repères un miroir dont l’angle t’offre une vue imprenable sur les deux planqués derrière le comptoir.
- Mais t’es qui putain de Salope ??? D’où tu sors….
Il gémit quand il parle. Il a mal. Très. On dirait qu’il va pleurer.
- Pétasse.
- Mais ta gueule putain !
Son arme quitte le gamin au sol et se tourne vers toi. Bon point.
- Pétasse, pas Salope ! Connard de merde…
Allez il va falloir agir. Le Cowboy à la presque-retraite n’a pas l’air de vouloir prendre les initiatives mais tu peux pas lui en vouloir.
Si t’arrivais à te glisser vers le comptoir, t’es certaine que le gérant a un flingue.
Tu te campes sur tes pieds, accroupie, prête à user des muscles de tes cuisses comme des tendeurs de compétition. En deux enjambées tu peux atteindre ton but.
Prête ?
1.
2.
3.
GO !

(Antibiotiques,étapes,symphonie)
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Eric Xian
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Je grimace. Si elle c'est pas un flic, alors c'est quoi ? Un règlement de compte entre rivaux ? Note que ce serait pas complètement stupide dans le quartier. J'ai les oreilles qui sifflent. Je secoue la tête une fois que les tirs ont cessé, mais un échange verbal s'en suit. Pourquoi les malfrats peuvent jamais s'empêcher de l'ouvrir ? Je veux dire, c'est vrai, quoi ! Les types sont toujours là à déblatérer sur le nombre d'oiseaux nocturnes qui les constituent pendant que d'honnêtes gens, comme moi, sont à plat ventre à attendre que le destin - ou le karma - décide de l'avenir qui leur est réservé.

Non, sincèrement, c'est chiant.

Mais pendant ce temps-là, la tavernier est occupé. Je le vois tatoner ses placards, un oeil sur le miroir. Je fronce les sourcils. Il cherche quoi le futur macabée ? Et puis, il finit par ouvrir un tiroir d'où il sort un flingue. Pas un gros, juste de quoi tenir discrètement entre ses doigts tremblants. Sans bruit, il tente de l'armer et de le charger, mais son Parkinson se réveille avec quelques années d'avance.

Bien. Réfléchissons. Je vois la flikette/pasflik croiser mon regard à travers le miroir. Elle a clairement l'intention de venir par là. De toi à moi, j'en ai pas très envie. Bien, j'ai moins de cinq secondes pour réfléchir à la vitesse lumière. Je suis le Luke Skywalker du hold up. Procédons par étape. Je sais qu'il reste un flic, un vrai je l'ai vu dans son uniforme, aux toilettes et il attend sûrement les renforts parce que c'est pas un trou de balle suicidaire, encore qu'il aurait pu appeler le magicien pour qu'il lui donne un peu de courage. Malheureusement, nous vivons dans un quartier pas hyper populaire, donc avant que les renforts arrivent - s'ils arrivent - on a le temps de se faire arracher le slip, tous, et de vider la caisse pour se la partager, tous.

Il ne me reste que trois secondes pour agir vite, aude-là, ce sera trop tard. J'inspire profondément et je me lance. Je me penche vers le vendeur pour lui prendre son arme des mains et ne me demande pas comment j'arrive à enfiler une balle dans le chargeur, retirer la sécurité et viser la gonzesse en trois secondes top chrono, tu n'aimerais pas la réponse. La quatrième seconde, je suis dos au mur, face comptoir et je la vise au moment où elle se glisse vers notre petit endroit de paradis. J'ai une jambe repliée juste au cas où j'ai besoin de lui en décocher une dans la cuisse. Ca fait mal la cuisse. Malgré tout, je le sais, je suis en position de faiblesse, mais si elle tire, j'aurai le temps de tirer aussi. Donc, méthodiquement, si je tombe, elle tombe aussi.

Je respire fort parce que, disons-le franchement, tenir une arme, c'est pas trop trop mon kif de la journée, mais j'ai pas le choix. Ce vieux pétard, c'est comme les antiobitiques, c'est pas un automatique. Mais je ferai avec. Je me suis défendu avec pire. Mais je sais une chose ! On pense que plus l'arme est lourde, plus elle dégomme, mais d'expérience, je sais que plus une arme est vieille, plus elle fait des dégâts. Un oeil à son arme à elle et je me dis que c'est bien une arme de flic. Mais elle aurait pu l'avoir chourré avant de venir ici. Elle a pas franchement l'attitude d'une poulette, faut le reconnaître, non ?

Je serre les dents.

_ Dans notre quartier, on fait la loi nous-même, on a pas besoin des poulets pour venir nous siffler la symphonie.

C'est quitte ou double. Ou bien elle me fait un trou dans le buffet et l'assistante sociale remporte la guerre, ou bien elle m'épargne et je jure de prier tous les soirs.

(Armure, jour, short)
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Shannon Parker
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C’est parti !
Tu jaillis de ta cachette comme un diable hors de sa boite. Ta voix lui a donné une indication très précise d’où tu étais et la première cartouche est pour toi.
BANG !
Seulement il est blessé, acculé et t’es super rapide. Il a bien failli te tailler un short mais c’est manqué.
Tu l’entends qui ré-arme son chien. La vache mais il a récupéré les codes pour « munitions illimités » ou quoi ? Qui vient faire ses courses avec toute une boîte de cartouches ? T’es mal barrée Pétasse ! J’te l’dis !
Tu glisses plus que tu ne coures derrière le comptoir que tu visais. Le vieux flic n’a pas l’air de vouloir faire la conversation, il a balancé les niaiseries habituelles et il reste planqué, à attendre l’arrivée de renforts qui ne se précipitent pas, ou du jour, qui n’est pas plus pressé. Il te laisse bien te démerder avec tout ce foutoir.
Allez, respires ! T’as passé le baptême du feu. Te voilà en sureté pour un temps derrière ce… OHOHOHO ! Qu’est-ce qu’il fout lui à te viser comme un glandu là ? Et il compte faire quoi avec ce vieux péteux ? Cuire la dinde en même temps que la tuer ? Dans un réflexe d’auto-défense ancestrale tu lèves les mains pour lui montrer que t’es pas agressive. Enfin si… mais pas contre lui en tous cas. Surtout ne pas le menacer. Il a l’air d’avoir la trouille et les mecs, quand ils ont la trouille, ils défouraillent en fermant les yeux et ça se termine avec au moins un mort. Et tu veux pas mourir, tu l’as déjà dit.
Lentement, tu glisses ta main libre dans la poche de son cuir. Tu lui parles en même temps pour qu’il comprenne bien que t’es pas là pour lui. De base en fait, t’es là pour les tacos et même si t’as plus faim, t’aurais quand même vachement envie d’un tacos. Pour le principe.
Toujours tranquille, sans geste brusque, de ta poche tu sors ton insigne et sans un mot tu le pousses vers lui pour qu’il le voit bien.
C’est ton graal. Ton armure la plus sûre contre la plupart des citoyens de cette ville pourrie. S’il est pas trop con, il comprendra que t’es de son côté, mais franchement, t’es pas certaine que de tenir un flingue ce soit le meilleur moyen pour lui de rester en vie.
Tu l’observes dans la pénombre.
Il donne bien le change, on dirait vraiment qu’il est sur de lui. S’il avait fermé sa gueule, peut-être même que tu te serais laissée berner.

− J’sais pas siffler.

T’as jamais su et comme tous les mômes t’as essayé à en rendre dingue ta mère, des journées entières. Tu te rappelles de Korn ? Il savait lui ! Avec deux doigts dans la bouche il réveillait le quartier ! Tu l’as envié plus d’une fois ce petit connard et il adorait le faire sous ton nez pour que t’enrages. Hey ! J’y pense ! Peut-être qu’il te draguait en fait ? Quoi « ma gueule » ? Non j’ai pas oublié qu’on est en pleine prise d’otages mais si on peut même plus se détendre un peu ! Tu fais chier Pétasse. T’es pas marrante comme meuf.
D’un petit coup d’œil dans le miroir, tu repères que le braqueur a les yeux rivés sur le comptoir. La bonne nouvelle, c’est qu’au moins il lâche les otages. La mauvaise, c’est que t’es derrière ce comptoir.

− Hey ! Tu lui cries. Si je reste tu laisses partir les autres ?

Gagner du temps que tu puisses réfléchir.
Tu te rapproches du chinois armé en poussant le taulier sous une étagère pour qu’il soit moins exposé. Tu baisses le ton quand tu t’adresses à lui pour qu’il soit seul à entendre.

− Tu sais tirer ?

Putain son flingue ! Il pourrait être exposé dans un musée Tex Avery...

(Physique, Luzerne, Graves)
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Eric Xian
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J'espère que t'as de bonnes genouillères, mon Riri, parce qu'à partir de maintenant, tous les soirs, tu vas prier sur ton dodo. Ah, c'est beau les promesses. Elle a pas l'air d'un flic et en même temps, elle ressemble à tous ceux qu'on voit dans les séries à la télé. C'est... Curieux. Et puis, elle a un physique particulier, j'arrive pas à savoir si elle me fait penser à une femme fatale, une gérante de réseaux sociaux pour trouver l'âme soeur ou à une prostituée. Du coup, je sais pas trop quoi penser, je suis un peu emmerdé, je reste là à la fixer, l'air pas rassuré. Mes mains ne tremblent pas, c'est pas la situation qui me rend nerveux, c'est l'autre gars là-bas. S'il flanche, il va se passer quoi ? Si l'assistante sociale apprend que je suis impliqué dans une connerie pareille, qu'est-ce qui va m'arriver ? Est-ce qu'elle s'en servira pour m'évincer ? Ca fait un moment qu'elle essaye de me péter les genoux. Comme si mon frère était son fils aussi et que moi j'étais la père kidnappeur... Ma vie est géniale. Le juge m'avait fait promettre, je n'avais pas droit à l'erreur.

Alors... Est-ce que je sais tirer ? Bon sang, oui, je sais, mais est-ce que j'ai envie ?! Non ! Je jette un oeil à mon arme. Encore que, est-ce que je sais tirer avec ce machin ? Ca marche comment, y a une sécurité sur ces pétards ? La balle est déjà engagée, ou... On dirait un truc de Steampunk. En gros, je hoche la tête, puis je la secoue. Non en fait, je sais pas.

J'entends le malfrat grogner de l'autre côté du comptoir. Le gars doit être sérieusement amoché. Je serais lui, je détalerais comme un lapin sansa demander mon reste. Il fait quoi ce satané flic dans les toilettes ? Ils arrivent ses renforts ? Ils sont graves, ces types, c'est dingue comme on a le temps de crever la gueule ouverte, ici. Je soupire.

_ Je voulais juste... Un tacos.

D'une manière ou d'une autre, l'autre flic devait avoir le malfrat en ligne de mire au cas où il bougerait. En tout cas, de nouveaux coups de feu résonnent et me vrillent les tympans. Je me protège la tête de mes mains tenant toujours l'arme et me recroqueville d'autant plus contre le comptoir. Je suis sûr que ça amuse beaucoup mon karma.

L'assistante sociale va me pourrir. Je suis un homme mort. J'ai menacé un flic avec un flingue ! Outrage à magistrat + outrage à agent. Ca va faire beau sur mon CV judiciaire...

Le silence gagne à nouveau la pièce après qu'un "pof" se soit fait entendre. Lequel des deux est mort ? S'il y a un mort. Bon sang, s'il y a un mort, je sens que je vais être malade. Où est le couple qui était avec nous tout à l'heure ? Hein ? Je pâlis rien qu'à l'idée d'être seul entre la fliquette zarbie et le restaurateur en sueur.

_ Si je meurs aujourd'hui, je veux une luzerne sur ma tombe...

(chardon, star, recycler)
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