2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [Flashback] [CLOS] [Abel/Maddie] Liberation, danger ou espoir ?

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Maddison DeLuca
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Un jour, ça me perdra. Cette impulsion. Celle qui m’empêche de m’endormir le soir. La même qui me réveille sans alarme le matin. Ce qui vive, les odeurs familières que mon esprit rejette. J’ai parcouru les âges sans ouvrir un livre d’histoire ni monter dans une machine à voyager dans le temps et je suis incapable de deviner ce que l’avenir me réserve. Je vis par cette impulsion grâce à laquelle je me sens vivante, le jour présent. J’étais à l’aube de ma vie et je l’ignorais encore. Tout ce qui était sur le point de m’arriver, ce puzzle invisible des péripéties qui m’attendaient sans que je n’en connaisse encore la nature. Tout ce que j’avais connu, qui, je le croyais, avait fait de moi ce que j’étais alors, n’était alors qu'une illusion. Un prologue, l’introduction de mon histoire. Tout était là, l’horizon se profilait, le jour se levait, tout allait changer.

Megalopolis,
Sanctuaire
Octobre 2072


Ce changement, j’ignore si je l’avais pressenti ou non mais l’Underground était en train de s’effondrer, sous mes yeux et j’y étais totalement impuissante. Les disputes étaient de plus en plus nombreuses, on se devait de modérer les bagarres comme jamais cela ne nous était arrivé. J’avais l’impression de perdre mon meilleur et frère d’arme, Reese. La cause ? Parce qu’un groupe de personnes avait fait ce que la plupart d’entre nous n’avions encore jamais osé : ils avaient mis fin à des années de terreur en exécutant notre bourreau. Certains disaient que c’était un acte de barbarie, d’autres s’étaient élevés en ovation pour saluer cette victoire et les derniers ne savaient quoi en penser. Face à leur soulagement, ils continuaient de penser que la mort n’était pas une punition mais un cadeau. J’aurais aimé être celle qui avait appuyé sur la détente et pourtant, je sais que j’en aurais été incapable. Parce que ce n’est pas ainsi que je raisonne. Je voulais en savoir plus, je voulais comprendre ce qui les avait motivés à agir de la sorte, j’avais refusé de faire leur procès sans les avoir écoutés avant.

C’est l’odeur de pancakes qui m’a réveillée ce matin-là. Le jour perçait à peine à travers les rideaux et il m’a fallut plusieurs secondes pour me souvenir d’où j’étais. Un endroit que je ne connaissais pas sur lesquels mes yeux s’ouvraient pour la première fois. Je me sentais si lourde et une douleur chaude me lançait dans le bras alors que je le bougeais pour tenter de me redresser. La dernière fois que cette odeur avait frôlé mes narines, ma mère était encore en vie, et elle m’attendait sur la table de jardin, installée devant le van.

– Maman ?

Un son bien étrange s’échappant de mes lèvres sur lequel je n’avais eu aucun contrôle. C’était comme si la petite fille en moi s’était éveillée avant que je ne prenne conscience de l’endroit où je me trouvais. J’ai replié les jambes sous moi en me redressant et j’ai baissé les yeux sur mon bras qui me brûlait, autant que la migraine qui me cognait dans la tête. Un bleu s’étalait sur tout mon avant bras et les souvenirs commençaient à remonter. J’ai porté la main à ma tête dans une légère grimace. Tout s’était enchaîné si vite. J’avais suivi les traces de Liberation pendant des semaines, sans jamais les trouver, sans jamais même trouver un indice concret. Mais c’est eux qui m’ont trouvée. C’est lui qui a posé son regard le premier sur moi.

J’ai baladé mon regard autour de moi, ressentant la chaleur extérieure du Sanctuaire. J’ai repoussé la couverture et j’ai à nouveau grimacé en laissant mes jambes glisser du bord du lit. J’ai attrapé un t-shirt par terre pour l’enfiler et mes pieds nus ont touché le sol. J’ai perçu un bruit derrière moi. Je me suis retournée vivement, sur le qui vive et j’ai vu la porte, entrebâillée, d’où provenait un son de cuisine. J’ai cligné des yeux, curieuse et en alerte avant de repousser des mèches de cheveux en travers de mon visage. Une fois debout, j’ai marché sur la pointe des pieds à la recherche du reste de mes vêtements. En me penchant pour attraper mon jean, j’ai aperçu un journal, posé sur le bureau et dont la une avait attiré mon regard. J’ai tourné les yeux vers la porte pour m’assurer que le bruit ne se rapprochait pas et que mon réveil n’avait alerté personne. J’ai alors doucement posé mon jean sur la chaise et attrapé le journal de mon bras endolori.

Megalopolis Post
Liberation, danger ou espoir ?
Propos recueillis par Shannon O’Dair


« Liberation a encore frappé. » Ce sont sûrement les mots que le procureur a dû prononcer en ouvrant ses mails hier matin. Dans l’affaire qui oppose L’Etat contre Manning, le poids des Positifs fait pencher la balance. Ce « mutant » condamné à la peine capitale, celle-la même qui avait été abolie en 2007 puis, restituée en 2032 après le procès pour le triple meurtre de l’affaire Conrad, un autre Positif jugé dangereux pour l'humanité, ravive tous les débats. La peur se lit dans les plaidoiries et l’affaire Manning éveille ce groupuscule de Candidats dans la libération des droits Yu. Si leur but est honorable, comment s’assurer qu’ils ne représentent pas un danger pour le reste de la population ? Le 11 septembre dernier, ils exécutaient, de sang froid, un opposant à la retraite, Howard Stenton, ancien PDG de la multinationale PRD, racheté peu de temps auparavant par la Waleman Dynamics. Selon un sondage effectué auprès de 5000 anonymes sur internet, 28% affirment l’acte justifié. Certains proclament même, je cite : « C’est bien fait, pour ce pourri ! ». Ils représentent un espoir, un mouvement au sein de la communauté. D’autres parlent de, je cite à nouveau « Quelqu’un s’est enfin décidé à faire le ménage par le vide, il était temps ». 69% des sondés rejettent un tel traitement, décrétant que Liberation n’a pas à jouer les juges ni les justiciers au sein de la ville. « Positif n’est pas synonyme de macabre ». 51% de ceux-là qualifient Liberation de danger pour Megalopolis. Les 3% restant demeurent sans opinion. Selon eux, l’acte est compréhensible mais injustifié. Dans leur neutralité se lit la crainte de prendre la parole.

A quoi jouent-ils ? Qu’ont-ils en tête et qui est leur nouvelle victime ? Ont-ils déjà dans l’idée d’intervenir pendant le procès Manning ? Le message du leader Candidat était clair « Nous marcherons sur vous. » Le procureur a-t-il une raison de craindre des représailles ? Malgré sa déclaration d’innocence, il est possible que Manning encourt la peine de mort pour clandestinité  de sa puce bio-électronique, neutre au premier degré de deux agents fédéraux lors d’un braquage de banque et utilisation illégale de son « Don ». Autant de charges pesant contre cet homme au visage désespéré qui déclare « Avoir perdu les pédales et demande de l’aide ».

Liberation incarne-t-ils cette aide ?

« Je suis intimement convaincu que Manning plaide la folie pour éviter la peine capitale que l’Etat devra exécuter si Cal Fairbanks, son avocat, perd ce procès. Liberation n’y changera rien et s’ils pensent nous faire peur, ils se trompent. Je ne leur ferai pas le plaisir de regarder sans cesse par dessus mon épaule avec la crainte dans le coeur. Des règles ont été établies, ce pays est gangréné et si les Positifs et les Candidats veulent être traités comme des Négatifs, alors qu’ils commencent à agir comme tels. Leurs pouvoirs sont incontrôlables, il nous incombe le droit, que dis-je, le devoir de mettre fin à cette folie. Des lois ont été mises en place, il ne tient qu’à eux de les respecter. Enfin. »

Personne ne sait qui ils sont, quel est leur nom, ont-ils un visage ou un masque ? Ont-ils une marque ? A ce jour, Liberation est un mystère bien entretenu mais les habitants de Megalopolis sont en droit de se poser la question : entre danger et espoir, qui sont réellement Liberation ?

J’ai vivement relevé la tête en entendant un nouveau bruit. Bientôt, les journaux parleraient de nous mais pas de la même façon. Le futur n’était pas si lointain lorsque nous serions mis en contre-pied de Liberation. Dans un sens, nous pouvions dire qu’ils nous avaient créés. Sans eux, nous n’aurions probablement jamais décidé d’accomplir la moitié de ce que nous avons entrepris les années suivantes. Rassurée dans ma fausse alerte, j’ai reposé le journal sur le bureau mais autre chose a attiré mon attention. J’ai froncé les sourcils et repoussé lentement le quotidien pour y voir un dossier scellé par un fil. J’ai regardé derrière moi pour m’assurer que tout était sous contrôle et j’ai tiré le fichier pour l’ouvrir avec toujours autant de calme et de délicatesse. J’ai parcouru des yeux les feuilles à l’intérieur ainsi que les photos.

– Les rapports de police de l’affaire Manning...

Les yeux ronds, j’ai continué ma lecture en m’installant un peu plus confortablement sur la chaise. Les informations allaient et venaient dans ma tête. La veille, j’avais concouru à la police de Megalopolis pour y entrer. Ma convocation devait être restée dans ma veste. J’avais pris cette décision après la mort de Howard Stenton, quand l’Underground avait commencé à se diviser. J’avais décidé, à mon tour, d’agir mais à la loyale. Pas comme Liberation. Un agneau au pays des loups, une sorte d’infiltration à la Positive. Mais une seule question frappait mes tempes alors que mon coeur battait la chamade : venais-je de passer la nuit avec le leader de Liberation ? D’autres sont alors apparues dans mon esprit : ces dossiers avaient-ils été posés là à mon attention ? Savait-il qui j’étais et d’où je venais ? Je ne connaissais pas son nom, ignorait-il le mien ?

En tournant les pages, j’ai fini par tomber sur les photos des agents fédéraux. Au bout de quelques secondes, j’ai réussi à déglutir, difficilement, face aux images de ces hommes morts en service sous la coupe d’un Positif incontrôlable. Chaque jour, je bénissais le ciel de la chance qu’il m’avait donnée de posséder un pouvoir tel que le mien, incolore, indolore et ne pouvant heurter qui que ce soit. Je connaissais Cal Fairbanks. De nom mais aussi de vue, je l’avais côtoyé quelques années plus tôt, il avait tenté de nous défendre en 2055 et il était devenu un ami proche de mes tuteurs légaux à Boston. C’était un honnête homme, en qui j’avais foi. Mais il jouait à 5 contre 1 et les chiffres n’allaient pas en sa faveur. Malgré tout l’espoir que je nourrissais pour lui, j’avais du mal à croire qu’il pouvait gagner cette affaire.

– Sauf si Liberation…

Cette pensée fugace dite à voix haute involontairement, je l’ai regrettée aussitôt. Ce n’était pas ma façon de penser. J’ai refermé le dossier et alors que je le remettais à sa place, sous le journal, j’ai entendu la porte grincer derrière moi. J’ai alors sursauté, me retournant, dos au bureau, mes mains finissant leur geste dans une inspiration de surprise. Avais-je peur de Liberation ? Incarnaient-ils l’espoir ou le danger pour moi ? Je n’avais pas la réponse à la deuxième question mais je savais que je n’avais aucune peur à avoir…



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Abel Henoch
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Avec le temps, certaines choses étaient inscrites dans le corps aussi profondément que l’ADN. Comme le fait de se lever aux aurores, par exemple. Le fait de n’avoir besoin que de peu d’heures de sommeil aussi, et peu importait ses activités de la veille. Même quand lesdites activités avaient été plus que stimulantes.

Il était sortit du lit bien avant les premiers rayons du soleil - en cette saison, il profitait de l’aurore - et avait laissé dormir la brune dans son lit, le temps de récupérer l’arme qu’il gardait toujours à portée de main. Descendre l’escalier sans trop faire grincer les marches avait été une autre affaire, mais c’était aussi pour ça qu’il avait choisi de s’installer là. Il se souvenait parfaitement de la première fois qu’il avait vu le bâtiment, encore inoccupé dans le Sanctuaire.

Il ignorait quel genre d’excentrique avait un jour choisi de construire une réplique d’un saloon du Far West dans les Apalaches, mais le lieu avait son charme. On y retrouvait tout les clichés du lieu : le bar en zinc derrière lequel s’alignait de vieilles bouteilles - certaines intactes, d’autres brisées, toutes couvertes de poussières - , quatre tables en bois sur un parquet mal jointé, les chaises, des luminaires en laiton passés… Il y avait un espace de stockage d’un côté du bar ouvrant sur l’arrière du bâtiment, un semblant de cuisine de l’autre côté, et un vieil escalier grinçant qui donnait sur une galerie surplombant le bar et donnant sur deux chambres défraichies. Une trappe dans la réserve donnait sur une cave qui couvrait toute la surface du saloon et qui avait fini de le décider à le revendiquer comme sien.
Le bâtiment sentait le bois et la poussière, suffisamment isolé pour ne pas subir les voisins, suffisamment prêt des autres habitants du Sanctuaire pour ne pas attirer l’attention.
L’autre intérêt de se lever tôt était qu’il passait les deux premières heures de sa journée à retaper l’endroit, petit à petit. Ces deux heures lui offraient du temps pour réfléchir, pour planifier, programmer… Se ressourcer… Certains pratiquaient la méditation, le Tai-Chi, le tricot… Lui il retapait « sa » baraque.

Mais ce matin, pas question de sortir le marteau pour aller poser des bardeaux sur le toit - qui en aurait pourtant bien besoin. La brunette dormait comme une souche et avait passé un sale moment la veille - enfin… Peut être pas toute la soirée… Il s’était installé dans la galerie extérieure donnant plein est, sur un banc qu’il avait lui même fabriqué. Un pied sur la rambarde, il avait consulté les nouvelles via son téléphone pour voir ce qu’il se disait sur leur petite excursion de la veille dans les journaux en ligne, tout en regardant l’obscurité se teinter de gris. Dans peu de temps, l’atmosphère serait bien plus lourde, mais ces petites heures offraient une fraicheur appréciable.
Son tour d’information terminé - peu de mentions probantes, il y aurait peut être plus à redouter des éditions du lendemain - il laissa son esprit vagabonder en direction de la belle endormie, un étage plus haut. Il n’avait que des conjectures sur son identité, son origine - son allégeance. La seule chose dont il était sur, c’est qu’elle ne manquait pas de cran. Son regard tomba sur la moto qui les avait ramenés à bon port - pour lui en tout cas - et se leva dans la foulée pour l’observer de plus prêt. Un sacré engin, mais qui ne semblait rien cacher d’autre qu’une motorisation outrageusement puissante - ce qui n’était pas pour lui déplaire.

« Hum… » laissa-t-il échapper, dubitatif. S’il voulait en savoir plus sur elle, ce n’était pas sa monture qui lui en dirait plus.
Il songea alors à la veste qu’elle avait jeté sur une chaise, dans la salle. Il remonta les quelques marches et poussa les deux battants de l’entrée et marqua un temps d’arrêt avant de repérer le vêtement. Il en fouilla les poches sans vergogne mais n’y trouva qu’un téléphone verrouillé et une convocation à l’école de police.
[color=mediumaquamarine}« Au moins j’ai un nom… »[/color] Marmonna-t-il. Il sortit son propre téléphone et lança une recherche sur la jeune femme. Rien de bien probant, là encore, mais il n’avait là que la version publique. Il envoya un message à Jericho. Avec ses gadgets, il allait bien trouver un moyen d’en savoir plus sur la version privée de Maddison DeLuca.

Il reposa le tout exactement comme il l’avait trouvé - déformation professionnelle : ne laissons pas de trace - et réalisa que l’horizon se teintait de rose. Il réfléchit un instant et approuva son idée d’une grimace. Pourquoi pas un petit déjeuner ? Il alla chercher le nécessaire dans la réserve et se glissa dans la cuisine. Voila une autre activité bien terre à terre qui lui plaisait…

Une pile de pancakes et deux cafés plus tard, le tout installé sur une des tables de la salle avec bols et cuillères - et un pot de sirop d’érable importé à prix d’or du Canada - il remontait l’escalier et passa la porte de sa chambre avec le soleil pour trouver Maddison debout. Et un air de gamine prise la main dans le pot de cookies.
Avec un sourire en coin, se doutant bien de ce qu’elle venait de faire, il croisa les bras et s’appuya au chambranle de la porte.

« Bien dormi ? »
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Maddison DeLuca
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– Euh...

J'ai tourné les yeux vers le journal que je remettais en place et j'ai reporté mon attention sur lui, rougissant légèrement. Il n'avait pas l'air de mal le prendre et son comportement m'était familier. Il semblait si confiant, pas le moins du monde gêné que j'ai pu fouiller dans ses affaires. Si cela avait été moi, il était certain que je me serais emballée. J'avais des choses à cacher et ce, depuis des années. J'étais liée à certains grands terroristes du pays, on pouvait facilement me relier à Lux Aeterna si on apprenait qui était mes parents. Heureusement, j'avais pris le nom de ma mère qui était invisible pour le monde, et celui de mon père que j'avais donné à mon frère était suffisamment commun pour passer au coeur de la foule. Mais la veille, la police avait scanné ma puce pour me rentrer dans le fichier. S'ils apprenaient que je la portais pas depuis ma naissance comme je l'aurais dû ? Elvis couvrait toutes nos informations, je me sentais plutôt en sécurité. Quoiqu'il en soit, personne ne pouvait me lier à l'Underground. Cela dit... je n'avais aucune adresse fixe. Ou du moins, il s'agissait d'une boîte postale. Quoi, vous pensiez que nous donnions l'adresse de l'Underground ? Seuls ceux qui nous cherchaient pouvaient deviner et encore... C'était une devinette à la roulette russe, beaucoup de monde avaient des boîtes postales, de nos jours. J'ai dégluti en me décollant du bureau et je me suis mise à bégayer.

– Je suis désolée, j'ai vu...

Et puis, j'ai froncé les sourcils avant de regarder autour de moi. Cette bicoque semblait si vieille et la chaleur qui commençait à monter. J'étais au sanctuaire mais... où ? Il y avait autre chose aussi. Il ne s’était pas énervé. Il était resté là, à la porte, à me regarder portant son t-shirt sur les fesses et attendant de voir probablement quelle excuse j’allais sortir. J’ai porté ma main à mon bras endolori et j’ai cessé de chercher une excuse en me tordant les lèvres. Rien ne me prouvait qu’il s’agissait là d’un membre de Liberation. Et quand bien même c’était le cas… Avais-je envie de le savoir ?

– Oui. Comme un bébé. Merci.

Peut-être était-ce cette odeur de pancakes si familière mais je me sentais suffisamment en confiance pour baisser quelques barrières de méfiances. Et j’avais effectivement très bien dormi… bizarrement. Je ne me vendais pas gratuitement, cela dit, pour une fois, mon esprit n’avait envie de chercher à comprendre. S’il jugeait qu’il n’y avait pas de danger avec moi ? Alors je n’avais pas de raison à lui faire croire que je représentais une menace. Du bout des doigts, j’ai tripoté le dossier de la chaise.

– J’ai mis le premier truc qui me tombait sous la main… Je n’ai pas trouvé… Toutes mes affaires.

Tout était si calme, ici, il n’y avait que le bruit du vent et de quelques corbeaux. Je n’entendais personne d’autre, c’était à se demander où j’étais réellement. De nuit, je n’avais rien vu et entre les coups que j’avais pris en voulant me défendre et les pierres qu’on nous avait balancées pour nous chasser, je ne me souvenais plus de grand chose. Uniquement d’une masse me protégeant au-dessus de moi et me portant. Soudain, je me suis aussi souvenue qu’il avait regardé ma tête, expliquant pourquoi elle me faisait mal comme après une bonne soirée de cuite. Il ne me connaissait pas et pourtant, il avait eu tous les gestes qu’il fallait. J’avais eu cette impression de le connaître sans réussir à mettre un nom ou une date sur son visage. Tout ce qu’il m’inspirait était de confiance. Les pancakes, le sirop d’érable que j’allais bientôt trouver, le regard imperturbable mais amical, la sécurité de ses bras… Je crois que je me mettais volontairement dans des situations difficiles en espérant qu’un jour, quelqu’un viendrait me chercher comme je venais toujours chercher les autres pour les sortir de leurs propres situations complexes.

J’ai levé une main assez timide dans un sourire gêné. Je me connaissais. Je savais qui j’étais mieux que personne, même quand les autres ne me pensaient pas objective. Comment j’ai su qu’il était de Liberation ? Parce que s’il ne l’avait pas été… il ne m’aurait jamais attirée.

– Bonjour...



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Abel Henoch
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Depuis le pas de sa chambre, il n’avait pas bougé, et n’avait pas perdu son sourire en coin. La voir rougir lui fit hausser un sourcil en plus. Il fallait croire que tout le monde n’était pas taillé pour cacher leurs actions. Pour sa part, il n’éprouvait aucune gène à fouiller dans la vie de la jeune femme - ou plutôt à charger Jericho de le faire. C’était une question de sécurité, pour lui et les siens. Ils n’étaient pas nombreux, et le Saloon était aussi un espace commun. Une sorte de QG qui ne s’en donnait pas le nom, mais qui l’était dans les faits. Il avait certes camouflé la trappe descendant à l’Arsenal - nom pompeux attribué au sous-sol du Saloon et qui cachait leurs réserves en armes, munitions, tout ou presque qui pouvait être nécessaire à leurs actions.

Alors pourquoi était-il aussi détendu alors que Maddison représentait une menace potentielle ?
D’abord parce qu’il était convaincu que qui qu’elle soit, elle n’était pas de la police - sinon elle n’aurait pas une convocation pour l’école dans sa poche. Logique imparable. Ca ne pouvait pas non plus être une couverture pour se rapprocher de lui, personne ne savait qu’il devait être sur place la veille, pas même ses plus proches lieutenants. Leur rencontre était donc complètement fortuite.
Ensuite parce que Maddison était seule. Elle n’avait aucun moyen de s’enfuir, aucun moyen de le menacer. Eusse-t-elle tenté quoi que ce soit qu’il avait les capacités de l’en empêcher : une bonne manipulation de l’eau et elle se retrouverait inconsciente avant d’avoir faire deux pas. Il n’arrivait peut être pas encore à vaporiser un être humain, mais par contre, il pouvait influer sur la physiologie humaine depuis longtemps.
C'est donc avec un aplomb total et un brin d'insolence qu'il lui sourit.

" Pas de soucis. Une partie de tes vêtements est en bas. Et sur la rampe de l'escalier. " Il tourna légèrement la tête de côté, genre il refléchit, et fit une grimace. " D'ailleurs, il faudrait ramasser un peu, si jamais quelqu'un passe... " Il la regarda un temps sans se départir de son sourire en coin. " Bonjour Maddison... "

Il se décolla du chambranle et se tourna à moitié, s'arrêtant en cours de route, une main sur le montant et lui décocha sourire narquois et regard en coin.

" Et ne t'inquiètes pas pour ca... " il donna un coup de tête en direction du bureau. " ... j'ai fait pareil avec tes affaires en bas. " Avant de lui tourner franchement le dos et de se diriger vers l'escalier.

" Le petit déjeuner est servi ! " Lanca-t-il d'une voix forte.
Maddison put entendre son pas rapide sur les marches grincantes, le bruit de la chaise, une tasse. Et puis plus rien. Bien installé dans sa chaise de cow-boy, sa tasse à la main, il fixait la porte de sa chambre d'où, il était prêt à y mettre sa main à couper, la tornade risquait fort de sortir.
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Maddison DeLuca
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Si j’avais voulu atterrir dans l’antre de Liberation, est-ce que j’aurais réussi ? Combien de chances pour que je tombe sur eux par hasard ? Bien sûr, des tas de personnes les rencontraient par hasard chaque jour, ils n’étaient pas invisibles. Mais combien de chances pour que, moi qui les cherchais depuis des semaines, je sois là, au coeur de leur habitat ? Avec la moitié de mes vêtements entre la porte d’entrée et la chambre à coucher ? J’ai baissé la tête dans un sourire gêné et je me suis passée le pouce sur les lèvres en relevant juste les yeux sur lui, d’un air sûrement aussi malicieux que le sien. Ce n’était pas vraiment mon genre. J’étais impulsive, oui, mais pas avec des inconnus. Je n’aimais pas l’inconnu, j’aimais savoir où j’étais, avec qui et surtout pourquoi. Je ne savais pas qui il était, ni où j’étais, et encore moins pourquoi je m’étais laissée embarquer au lieu de me laisser déposer à la frontière de la ville pour rentrer chez moi, à pieds s’il le fallait.

En vérité, il devait y avoir une raison pour mon parcours. Tout ce que j’avais fait, tout ce que j’avais accompli, sacrifié, traversé. L’armée, la police, mon frère, Amber… l’Underground. Certains passaient tout une vie sans jamais trouver leur place, à se poser des questions sur ce qu’ils voulaient devenir et accomplir dans la vie. Pour ma part, je l’ai toujours su. Je n’ai jamais vécu que pour ça. Il n’y a pas une époque où je n’étais pas à ma place car j’ai l’impression d’appartenir à toutes. J’avais cette soif de connaissance, cette envie de me battre pour protéger les valeurs de notre monde, la vie en elle-même. Quand bien même on me demandait d’arrêter de jouer à Dieu… J’aimais à penser que nous avions un Don pour une bonne raison, qu’il reflétait qui nous étions réellement, au plus profond de nous. C’était un code génétique, après tout, rien n’était contrôlé, nous n’avions jamais demandé à devenir ce que nous étions. Positifs ou Candidats, ça ne changeait rien : personne ne pouvait deviner le pouvoir dont il serait investi.

Alors quand j’ai entendu mon nom, c’était comme recevoir une baffe. Un élément qu’il avait et moi non. Oui, je le prenais comme une compétition, je prenais beaucoup de choses comme une compétition. Mais je n’avais pas fouillé dans ses affaires, j’étais tombée le nez dessus et je n’avais fait que lire. C’était involontaire, fortuite, Rien de plus que mon esprit d’investigation et ma curiosité. lui avait délibérément ouvert ma veste pour regarder dedans à la recherche de quelque chose. Il en était ressorti avec mon nom. Et moi, qu’est-ce que j’avais ? Il était déjà sorti et mes yeux ne l’avaient plus quitté depuis que mon nom s’était échappé de ses lèvres. C’était si étrange de l’entendre de la bouche d’un inconnu. Quasiment plus personne ne m’appelait ainsi, j’avais des surnoms à travers tout l’Underground. Même Reese m’appelait par mon nom de famille, une habitude du terrain, il appelait tout le monde par son nom de famille. Quand il utilisait mon prénom… Quelque chose me disait que j’allais passer un sale quart d’heure. J’ai ressenti cette impression, très vive, comme si c’était Reese qui s’était tenu là, quelques secondes plus tôt à me dévisager.

Sortant de mes pensées en l’entendant dans l’escalier, j’ai froncé les sourcils. Croyait-il pouvoir s’en sortir de la sorte ?! Je reconnaissais ne pas être sur mon terrain mais ce n’était pas une raison ! J’ai voulu faire un pas vif vers la porte mais mes orteils ont rencontré le pied de la chaise de bureau. Penchée sur le coup, je me suis mordue les lèvres en pestant avant de me mettre à sautiller à cloche pieds. Mais une fois à la porte, je me suis souvenue de mon pantalon. J’ai récupéré ce dernier en vitesse et j’ai longé la rambarde en tentant d’enfiler mes jambes, le visage colérique.

– Hey ! Une seconde Monsieur Pancakes !

Vous savez ce qui m’énervait le plus ? Cette impression d’être prise au piège. Non volontairement mais, il y avait ce sentiment. Aussi méfiant qu’il avait été de fouiller dans mes affaires, il venait juste de me prouver ce qu’il était, à défaut d’un nom. C’était lui qui nous avait amenés chez lui, non ? Pourquoi avoir pris si peu de précautions avant de fouiller ma veste ? Il me prenait tellement à la légère, j’avais donc pourtant l’avantage sur lui ! Liberation était tellement plus simple à reconnaître que les habitants de l’Underground. Par ailleurs, à cette époque, nous n’étions pas encore "clairement en guerre". Combien de fois me suis-je battue contre Maze pour lui faire comprendre que nous ne pouvions être en guerre contre les nôtres. Je ne voulais pas de séparation, je ne voulais pas de discrimination. Liberation était un groupe en colère, je voulais croire, intimement, que j’étais capable de les apaiser. Je n’en faisais pas moins pour notre communauté, ni pour aucun autre Négatif. Je traitais tout le monde pareil. Dans ma propre fureur et mon désir de vengeance, ma colère envers le monde entier… Comment pouvais-je être celle qui avait le plus foi en l’avenir ? En nous ? Comment pouvais-je comprendre les choix de Liberation, les accepter mais pas les cautionner ? Voilà des semaines que je les cherchais pour leur dire qu’il y avait d’autres solutions. Pour qu’ils nous rejoignent...

J’ai sautillé jusqu’aux escaliers avant de relever mon jean sans prendre le temps de le refermer. Son calme commençait déjà à me taper sur les nerfs. J’ai baissé les yeux sur mon bouton de ceinture pour le refermer mais mon pied a alors glissé sur la marche, me punissant de vouloir aller trop vite sans faire attention où j’allais. Je n’étais qu’à mi étage quand j’ai senti mon poids basculer en avant. J’ai écarquillé les yeux et j’ai voulu me rattraper à la rambarde mais j’ai mal évalué la distance. Ratant une marche, je n’ai vu que le sol se rapprocher dangereusement, meurtrier. Dans un réflexe, j’ai crispé les yeux et caché ma tête dans mes bras en prenant une profonde inspiration.

J’ai alors disparu dans un éclat de fumée sombre, rétablissant un silence spatial dans la maison. Quelques secondes plus tard - plus tôt en ce qui me concernait-, j’ai atterri sur le ventre, me coupant le souffle et je me suis mise à tousser avec l’impression de boire la tasse. En relevant les yeux, commençant à me redresser, je me suis vue tomber sur ce qui me semblait être une énorme flaque d’eau épaisse. On aurait dit une piscine pour enfant mais dans le vide ! J’ai haussé les sourcils d’un coup dans un petit hoquet de surprise. Je ne m’étais jamais vue disparaître avant. J’ai senti quelque chose me monter dans la gorge et je me suis remise à tousser en crispant les yeux. En m’appuyant de mes mains sur le sol, je me suis redressée avant de me rendre compte que mes cheveux, du moins mes mèches de devant, étaient mouillées. J’ai froncé les sourcils en les regardant, m’apercevant que ma poitrine était trempée aussi, ainsi que les cuisses de mon jean. J'ai finalement relevé les yeux sur lui, les lèvres entrouvertes. C’était un sentiment très particulier de devoir sa vie à quelqu’un. Je ne l’avais que très rarement ressenti, je me débrouillais toujours seule grâce à mon pouvoir mais c’était autre chose de sentir que quelqu’un avait contribué à vous donner encore une chance de respirer dans ce monde. Les escaliers à présent trempés, et mes esprits recouvrés, j’ai fait plus attention en descendant, non sans me dépêcher. S’il se montrait toujours aussi imperturbable, j’avais des questions. D’un pas vif, je me suis dirigée vers lui.

– Comment ça se fait que tu aies le droit de fouiller dans mes affaires pour avoir mon nom mais que je n’ai pas l’honneur de connaître le-

J’ai freiné devant la table, mon regard alerté par quelque chose que je n’avais plus vu depuis des siècles. Il était là, au milieu, à côté d’une assiette qui m’était destinée. L’odeur de pancakes était encore plus forte ici et mes narines me ramenaient des années en arrière. Je me suis désintéressée une instant de mon hôte pour prendre la bouteille délicatement entre mes mains. Vous saviez que les sushis étaient un plat de riches mais la cuisine astatique de la Ville Basse était tellement meilleure ! C’est parce que nous étions obligés de cultiver nos propres produits. Quand la Chine a bombardé notre pays, la nourriture aussi a été touchée. Dans le Maine, la pêche étant une des ressources principales de l’Etat, la côte est avait vite souffert des mutations et de la contamination. Si notre population mondiale s’était divisée en deux, celle des poissons aussi. Nous avions donc dû faire avec autre chose, nous avions développé des marchés avec d’autres clans du pays. Megalopolis s’était développée mais certains produits, jugés de luxe, n’atteignaient pas nos belles ruines dans la Ville Basse. Comme cette bouteille de sirop d’érable. Nous l’avions remplacé par d’autres produits, on ne le trouvait qu’en Ville Haute. Bons nombres d’arbres avaient aussi été contaminés, il fallait le double des ressources pour réussir à remplir une telle bouteille, aujourd’hui. J’ai lu l’étiquette en l’essuyant d’un pouce, sursautant presque de la texture que j’avais oubliée. Les sourcils hauts, j’ai porté mon doigt à mes lèvres pour en sucer le sucre et vivement, je me suis tournée vers lui pour lui montrer la bouteille.

– Où est-ce que tu l’as eue ?!

Ma question ne relevait d’une simple question mais véritablement d’un réel intérêt. Les yeux ronds, je me suis approchée de lui comme si je voulais qu’il me la donne. J’ai tourné les yeux une seconde sur la bouteille avant de reporter mon regard sur lui, les yeux animés par la découverte.

– Je croyais qu’ils avaient arrêté l’exportation à cause de l’appauvrissement des ressources fiables !

Vous savez… Je crois intimement que ce qui a permis aux gens de continuer à m’apprécier, c’est parce que j’ai su conservé une certaine innocence. Je n’ai jamais été une mauvaise personne, je n’ai jamais souhaité faire de mal à qui que ce soit et quand ça a été le cas, j’ai su que je ne l’oublierai jamais et que je m’en voudrais toute ma vie.

– Je peux ?

Au prix qu’avait dû coûter cette bouteille, je me sentais obligée de demander la permission. Je ne pouvais pas me contenter de la vider sur un de ces pancakes qui constituaient un petit déjeuner gargantuesque comme je n’en avais plus connu depuis que ma mère était partie. Mes yeux brillants étaient accompagnés d’un très faible sourire, plein d’espoir.



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Abel Henoch
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Il avait eu raison, Maddison n'avait pas vraiment aimé sa petite provocation. Seulement il ne l'avait pas amenée au Saloon juste pour passer la nuit en charmante compagnie - ca n'avait été qu'un plus. Quand la brune avait surgit sur les lieux, il ne faisait aucun doute pour Abel que la jeune femme n'était pas juste une passante ordinaire. Alors quand elle s'était retrouvée en difficulté, il y avait vu une opportunité de la ramener au Saloon pour en savoir plus. Un risque. Un risque calculé. Fouiller dans les affaires de la jeune femme faisait donc partie intégrante de son plan initial, et il n’avait aucun scrupule à agir de la sorte. C'était leurs ébats qui n'étaient pas prévus, et ca avait rajouté un plus tout ce qu'il y avait de sympathique.
Pour ce qui le concernait en tout cas, il était en guerre, et tous les moyens étaient bons pour avancer. Le renseignement était le nerf de tout conflit, que ce soit sur ses alliés que sur ses ennemis. Et quand on trouve un nouveau joueur dont on ignore le statut comme Maddison, les renseignements le concernant deviennent encore plus vitaux…

Mais pour l’heure, il savourait son petit effet et regarda la jeune femme descendre vivement les escaliers. Il s’était attendu à une explication musclée, mais apparemment, ça allait attendre. Comme au ralenti, il vit Maddison déraper et plonger bien malgré elle la tête la première vers le sol. Abel réagit au quart de tour. Le Sanctuaire n’était pas la zone la plus humide du pays, mais il réussit néanmoins à matérialiser un « coussin » d’eau pour réceptionner Maddison plus en douceur. Pourtant, elle n’était déjà plus là, seul une fumée noire persistait. Il capta un mouvement en haut de l’escalier. La jeune femme était revenue en haut, et seuls ses cheveux dégoulinants témoignaient qu’elle avait effectivement été quelques metres plus bas une fraction de seconde plus tôt.

Une Slider. Voila un renseignement des plus intéressants…

Il intégra l’information avec un plissement des paupières fugitif avant de hausser sourcils et épaules « well … so… Whatever… » et reprit une gorgée de café. Au bas de l’escalier, le coussin d’eau se dissipa dans un nuage de vapeur que Maddison traversa comme une furie. Abel lui servit un sourire angélique, mais elle ne finit même pas sa phrase.
Avec l’air d’avoir vu un fantôme, elle contempla le sirop d’érable comme une relique sacrée. Le sourire d’Abel se fit amusé et il la scruta, guettant ses réactions. Apparemment, la bouteille réveillait en elle des trésors de souvenirs, et s’il était curieux de savoir lesquels, il s’abstint de toute question. Le précieux sirop avait au moins eu le mérite de stopper sa vindicte.

« Sers-toi. La bouteille est là pour ça. » Il désigna à la fois la pile de pancakes, la chaise face à lui et le sirop d’érable, l’invitant de fait à s’installer face à lui.
L’autre question de Maddison demandait de révéler des informations sur ses activités, et il s’appliqua à choisir ses mots pour lui en donner le moins possible.
« Je l’a trouvée dans un marché local, dans un patelin au bord de Great Bear Lake. Des gens du coin produisent leur propre sirop, c’est assez au Nord pour avoir été à peu prêt épargné. Mais c’est clair qu’ils ne cherchent pas à le vendre ailleurs que là-bas... »

Avec tout ça, elle ne lui avait toujours pas demandé son nom - et il ne comptait pas le lui donner de lui même.

« Comment va ton bras ? »
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Maddison DeLuca
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Mon bras ? J'ai baissé les yeux sur mon coude en posant la bouteille de sirop sur la table. J'avais un bleu digne des plus belles chutes et je sentais mes muscles raides, mes articulations quelque peu bloquées par  la douleur et l'hématome. J'ai légèrement bougé le bras en crispant et dépliant la main, puis j'ai haussé les épaules avant de sourire brièvement à Abel.

– Ca va... Merci pour la pommade.

J'ai hésité un instant en me mordant la lèvre et je me suis finalement installée à table, le tout en délicatesse. Ma petite démonstration dans les escaliers avait suffit. J'en avais assez qu'on me croit sauvage, ce n'était pas le cas. Je me suis appuyée sur le bord de la table, mes doigts glissant sur le bois dans une moue des lèvres et j'ai soigneusement évité de me jeter sur les pancakes. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui m'en manquait. Je me suis légèrement tortillée sur ma chaise pour me donner une certaine contenance et je l'ai dévisagé quelques secondes, comme si j'attendais qu'il me donne le feu vert. D'un coup, je lui ai souri en gardant le silence. L'Underground face à Liberation, c'était là tout ce qu'on avait à se dire ? Savait-il d'où je venais ? J'en doutais très fortement, notre réputation n'était pas encore à son sommet bien qu'elle grandisse de jour en jour au sein de la Ville Basse. Je me suis humectée les lèvres avant de les pincer tout en étudiant mon environnement, les mains levées pour m'attacher les cheveux, utilisant mon élastique autour de mon poignet. Ce saloon, je l'avais déjà vu mais de loin, je m'étais toujours demandée s'il était habité. J'ai laissé ma queue de cheval retomber sur mon épaule et j'ai remué le nez. J'avais ma réponse à présent. Il ne devait pas y avoir de femme de ménage, mais... Pour avoir vu plus que la pièce principale, je devais avouer que c'était une petite cachette comme je les aimais bien. Les belles maisons, c'était pas pour moi. J'aurais voulu lui dire combien son chez lui me rappelait une maison où j'avais vécu il y a bien longtemps, quand j'étais encore une enfant sur les routes avec mes parents. Mais je me suis abstenue. Cela faisait déjà deux fois qu'il me rappelait ma mère. Et je ne voulais pas qu'il le sache. Et une troisième fois, il m'avait rappelé une autre femme qui avait sauvé également ma vie. Et je ne savais toujours pas qui il était... J'ai laissé Abel vaquer à ses propres... occupations et j'ai tendu la main de mon bras indemne vers l'assiette pour la ramener plus près de moi. Je me suis redressée et de mon autre main, j'ai attrapé la bouteille de sirop pour dessiner des formes rigolotes sur le pancake, comme le faisait ma mère. Et je m'appliquais en pinçant les lèvres. J'ai relevé la tête pour admirer mon adorable petit bonhomme qui allait bientôt être dévoré par mes soins, le tout avec un immense sourire satisfait sur les lèvres.

Je me suis coupé un petit morceau religieusement, avec dans l'idée de le savourer, me léchant d'avance les babines. J'ai ouvert la bouche en sentant par anticipation le frisson qui allait me parcourir l'échine. Et puis mon téléphone a sonné. Du moins, je savais qu'il s'agissait de mon téléphone. J'ai sursauté au son aigu d'une vieille chanson dont le refrain à la voix électronique vrillait les tympans d'un "Furiously dangerous". J'ai sauté sur la chaise en lâchant ma fourchette, regardant partout autour de moi où se trouvait ma veste, et donc mon téléphone. Le temps que je farfouille sur le siège à côté du mien où étaient posées mes affaires, le rap lourd et le son métallique de la chanson résonnait déjà dans toute la pièce principale. Dans un réflexe, j'ai éteint la sonnerie en manquant de tomber car appuyée sur mon bras endolori. J'ai changé de main et grimacé en me redressant et j'ai posé le téléphone à côté avant de le lâcher. J'ai secoué mon bras légèrement et j'ai décrispé mon regard en me remettant droite face à Abel qui devait commencer à sérieusement me prendre pour une folle cinglée. Fort heureusement, mon téléphone n'avait pas sonné plus tôt. Je n'avais toujours aucune confirmation qu'il s'agissait d'un membre de Liberation mais s'il avait décroché à ma place ou qu'il avait seulement vu le nom de Reese clignoter, je n'aurais pas donné cher de ma peau, peu importe la possibilité. Je me suis raclée la gorge.

– Désolée.

J'ai montré d'un coup mon téléphone du pouce, toujours droite sur ma chaise. Il fallait reconnaître que c'était plutôt violent pour un petit matin. Mais après tout, j'avais déjà raté une marche, il avait déjà fouillé dans mes affaires, moi dans les siennes et nous nous étions déjà raconté la bible entre bons inconnus consentants que nous étions.

– C'est comme ça qu'ils m'ont appelée quand j'ai gagné le bébé à deux roues là-dehors y a quelques mois, ici. Je dois reconnaître que ça me va assez bien !

J'ai haussé les épaules en acquiesçant dans une moue satisfaite. Il fallait avouer qu'il avait déjà eu un bref aperçu de quel bois je me chauffais ! Bonne ou mauvaise chose ? Je l'ignorais encore. J'ai enfin repris ma bouchée parfaite et je l'ai savourée dans un sourire à rendre jaloux un homme. J'ai fermé les yeux en dégustant mon cadeau du petit matin, lui pardonnant toute Liberation possible et inimaginable.

– C'est Dieu dans ma bouche.

Je ne me suis même pas arrêtée de manger pour manifester mon contentement. Et alors que je prenais une deuxième bouchée telle l'affamée que j'étais, j'ai repris.

– Tu habites ici depuis longtemps ?

J'ai relevé un index et le nez vers lui pour l'empêcher de répondre.

– Ne le prends dans le mauvais sens mais je pourrais très aisément me faire à ce genre de réveil. Peu importe ton nom, pitié, ne me dis rien tant que je n'ai pas fini de savourer cette nourriture divine tombée du ciel et un souvenir impérissable... Au moins l'un de nous deux aura eu le droit de profiter des joies de l'anonymat... Tu sais pas ce que tu rates. Tant pis pour toi.

Il resterait ainsi l'inconnu qui m'avait éveillée à l'odeur d'un pancake chaud avec du sirop d'érable, sauvé la vie et fait passer une nuit à vous décontracter les muscles que vous ne pensiez même plus exister à force ! Je n'avais même pas encore rouvert les yeux tellement je savourais. J'avais appris à mesurer l'importance des petites choses de la vie, d'en apprécier chaque seconde, chaque goût. Le tout, religieusement. J'avais quasiment dévoré le premier pancake que mon téléphone sonnait à nouveau. J'ai grogné dans un juron discret et j'ai rouvert les yeux avant de soupirer. Je n'ai même pas pris la peine de finir ma bouche avant de répondre.

– Je ne suis pas disponible pour l'instant, veuillez me rappeler quand j'aurais terminé mon petit déjeuner. Merci, au revoiiiiir !

Mais Reese a hurlé mon nom à m'en faire reculé le combiné et j'ai soupiré en roulant des yeux. J'ai terminé ma bouchée avec une grimace d'exaspération proche du "je vais te sauter à la gorge", attendant qu'il ait fini. J'ai jeté un oeil à Abel.

– Non, je ne suis pas seule. Owen, tout va bien, ok ? Je suis pas à Tijuana, non plus, d'accord ? Oui c'est ça, allez, bonne journée.

J'ai pris une voix grave en secouant la tête. Vous la sentiez la Mexicaine qui dormait en moi ? J'ai regardé mon combiné pour répondre à Satan au bout du fil.

– Chef, oui, Chef.

J'ai raccroché en soupirant et j'ai repris mon pancake d'un geste plus calme.

– Désolée... Mon frère s'inquiétait de pas me voir au réveil. Il faut dire que ce n'est pas forcément dans mes habitudes. Il s'en remettra.

J'étais toujours la première sur le pont dans le quartier. Ne me voyant pas, Dean avait dû demander à Elvis où j'étais qui avait dû s'inquiéter, anxieux comme il était, et prévenir Logan qui avait sûrement cru que je me trouvais avec Reese comme ça pouvait éventuellement, parfois, de temps en temps, sur un malentendu, arriver. Et comme Reese était, pensant que ça ne savait pas, bien plus angoissé que nous tous réunis, il avait sûrement lancé un avis de recherche avant d'essayer d'appeler. Imaginez alors quand j'ai raccroché aussi sec. Portant la fourchette à nouveau à ma bouche, j'ai relevé les yeux sur Abel. Est-ce que j'avais envie de savoir ? Non, pas encore.

– Toi, au moins, personne te demande des comptes. Ca doit être rudement reposant.

J'ai tourné la tête vers les escaliers en finissant ma bouchée. J'ai dégluti et me suis passée le pouce sur la lèvre avant de reporter mon attention sur lui, une fourchette plantée dans un morceau de pancake.

_ C'est un pouvoir sympathique que tu as là. La dernière fois que j'en ai vu un comme celui-ci, ça remonte à bien longtemps, dis donc. Je croyais que les Elémentaires se faisaient rares.

J'ai fini mon pancake en pinçant la fourchette entre mes lèvres, ne le quittant plus des yeux. Le petit déjeuner fini, l'anonymat disparaissait. Et maintenant, j'avais des questions. J'ai laissé la fourchette retomber près de l'assiette alors que je la tenais encore par le bout du manche pour jouer avec. Et j'ai souri.



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Abel Henoch
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Le sourire qu’il lui fit en retour avait un gout de scepticisme : l’hématome sur son bras, la raideur de son geste et la grimace qu’elle fit niait un peu le fait que son bras allait si bien. La douleur avait été suffisante, la veille, pour qu'il doive intervenir et la tirer du feu croisé dans lequel ils s'étaient retrouver. Comment une mission supposée simple pouvait autant mal tourner le laissait toujours perplexe - encore qu'ils ne pouvaient pas se plaindre, personne n'était mort.
Il s'était posé brièvement la question de ce qu'il allait bien pouvoir faire de la brunette. Il avait sérieusement envisagé de la laisser dans une ruelle avec sa moto et retrouver son propre engin laissé dans un banal parking pour rentrer se mettre en sécurité. Mais ce n'était pas tant la fille que la moto qui l'avait retenu : laissé seul à l'abandon, le véhicule n'aurait pas fait long feu. Quant à la fille... c'aurait quand même été dommage de l’abîmer. Par ailleurs, sa présence sur les lieux, son comportement avait éveillé son intérêt, mélangée de suspicion. Elle n'avait rien d'une touriste. Il avait une intuition concernant ses motivations, et le meilleur moyen d'en savoir plus était encore de la ramener au Saloon. Dalila allait surement criser, mais c'était un risque calculé.

En attendant, il balaya ses remerciements d'un vague mouvement d'épaule. Des restes de sa formation paramilitaire : on ne laisse pas quelqu'un sur le carreau. Même un ennemi : tant qu'il est en vie, il peut toujours parler... Bon ok, dans le cas de la jeune femme, ce n'était une question d'ennemi. Mais elle n'était pas une alliée non plus. Pas tant qu'il n'en saurait pas plus.
Mais en attendant, il se contente de la regarder préparer ses pancakes derrière sa tasse de café avec un sourire en coin, passablement content de son petit effet. Faire la cuisine était encore un autre moyen de focaliser son esprit sur autre chose, changer de perspective pour mieux appréhender la suite des événements. Et comme il n’était pas question de donner du marteau avec la jeune femme endormie… Vu le plaisir évident avec lequel elle attaquait ses pancakes, il avait fait le bon choix.
Elle n’eut cependant pas le loisir de savourer sa bouchée, interrompue par son téléphone, qu’elle éteignit de façon acrobatique - et le sourire d’Abel s’élargit.

« Oui en effet… C’est un surnom de circonstance… » Il ouvrit la bouche pour répondre à la suite, mais elle l’en empêcha en dissertant sur les joies de l’anonymat. Qu’elle retarde le moment où elle lui demanderait son nom ne le dérangeait pas outre mesure. Le seul nom qu’il s’autoriserait à lui fournir était une image, un symbole. C’était une part de ce qu’il était, mais pas qui il était. C’était une réalité à laquelle il s’attachait pour ne pas oublier qui il était ni d’où il venait. Aujourd’hui, seule Dalila le connaissait vraiment, et il doutait que les choses changent un jour. Alors ne pas avoir à se « présenter » dans l’immédiat lui convenait.

« Je ne crois pas que le fait de savoir ton nom change quelque chose au goût de mon café, mais si ça te rend les pancakes plus savoureux, aucun problème. »

D'autant que donner son identité d'emprunt avait un poids particulier depuis le 11 septembre dernier, la déclaration qu'il avait diffusée avec ce nouveau nom et le tapage qui avait été fait autours. Les questions suivraient forcément, et il n'avait pas envie de briser cette quiétude matinale. Pas encore. En cela, il partageait son envie de rester anonyme encore un moment.

Lorsque le téléphone sonna une deuxième fois, il ne détourna pas plus le regard, ni ne s’éloigna. Il resta face à elle, étudiant ses expressions, et ce qu’elle disait - et ce qu’il pouvait percevoir de la voix en colère à l’autre bout de la ligne. Pas des mots clairs, mais le ton était suffisant. Il voulait en apprendre un maximum avec le peu d’info qu’il pouvait recueillir. L’excuse que Maddison lui offrit ne le convainc pas. Son frère ? Dalila et lui n’était peut être pas le modèle de la fratrie stable, mais ils avaient suffisamment de liens pour savoir reconnaitre une telle relation. Et il aurait juré que ce n’était pas son frère que Maddison avait eu au téléphone.

Il haussa un sourcil en voyant la fourchette tendue vers lui, attendant la question qui arriva, inévitablement.

« Qui te dit que ce n’est pas le cas ? »
Elle n’avait certes pas entièrement tort, mais si Dalila découvrait Maddison attablée au Saloon, elle ne manquerait pas de piquer une crise d’anthologie sur la sécurité, la discrétion et tout ce qui s’en suivait.Ce en quoi elle n’aurait pas tord s’il l’avait fait sans y penser. Mais ils savaient tout les deux qu’Abel ne faisait rien sans y avoir réfléchi au moins deux fois. En tout cas, elle était encore la seule qui pouvait - et dont il acceptait - lui gueuler dessus de cette maniere, depuis qu'ils avaient décidé de briser leurs chaines.
« J'ai juste coupé le téléphone pour éviter ce genre de blagues...  » La probabilité que sa soeur interrompe leur tête à tête était de toute facon proche de zéro.

Il étudia ensuite la remarque de Maddison. Il n'avait toujours pas détourné le regard ni quitté son sourire. La rareté de certains pouvoirs étaient liés au degré d'exposition à l'agent Yu, et à un certain affaiblissement de leur expression au fil des générations. Les enfants des premiers Positifs n'avaient pas de pouvoirs aussi manifestes que leurs parents, et leurs descendants tendraient à se fondre dans la masse.
Pour les Candidats, les choses étaient différentes : pour eux, c'était comme s'ils avaient été concus à l'époque de la dissémination, et leur pouvoir s'exprimait dans toute leur puissance, sans l'influence des générations.
En fait, la question de Maddison était indirectement celle de savoir s'il était Candidat. Il lui rendit son sourire, amusé, en reposant sa tasse sur la table et en croisant les mains sur ses cuisses devant lui.

« Là d'où je viens, ce n'est pas si rare. Quoique pas assez fréquent au gout de certains...  »   Doux euphémisme... Il savait que certains pontes du MSS usaient de tous leurs "charmes" pour "encourager" les scientifiques à réussir à sélectionner quel type de pouvoir s'exprimerait sur les Candidats, après l'exposition à Yu. Et le MSS n'était à priori pas le seul à se préoccuper de ce genre de détail... « Le tien aussi est pas mal. Ca doit être bien pratique pour s'éviter certains désagréments. Me demande de qui tu le tiens... »   Il pencha la tête légèrement sur le côté en testant sa théorie. Elle était Positive - plus fréquents que les Candidats dans cette partie du monde - il en était certain, et n'aurait pas besoin de grand chose de la part de la jeune femme pour le confirmer.

« Ce que je me demande aussi, c'est quel genre d'activités t'as attirée dans le coin hier soir... Tu n'avais - et n'as toujours pas - le style de celle qui s'est trouvée là bas par erreur... »  

Ils n'avaient pas grand chose de différent de deux fauves se tournant autours en se jaugeant mutuellement, en cet instant, si ce n'est qu'ils le faisaient de façon plus civilisée - et que les ébats avaient déjà eu lieu.


No profit ever came
without costing another man
everything.
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Maddison DeLuca
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A sa remarque, j'ai haussé un sourcil. Si je savais qu'il doutait sur l'identité de mon frère, j'aurais probablement ri. Sans avoir voulu mentir, j'avais simplement pris un raccourci. Reese ne m'avait pas appelée de lui-même et il avait sûrement fallu au minimum mes trois bras droits pour l'inquiéter à ce point. Il me connaissait, il savait que si je n'étais pas là, il faudrait attendre deux jours avant de s'inquiéter réellement. Il savait qu'il m'arrivait de... Disparaître. Et à ce moment-là, la situation à l'Underground était un véritable poids pour moi. Reese le savait. Je n'ai pas quitté Abel des yeux non plus, un léger sourire sur mes lèvres. J'ai reposé la fourchette sur mon assiette et, soudain, le menton haut et la gorge déployée...

– HEHO ! Y A QUELQU'UN ? JE SUIS LÀ ET TOUT LE MONDE S'EN FOUT ? QUI EST PARTANT POUR UN TWISTER ?

En silence, j'ai haussé les sourcils, regardé à droite et à gauche mais rien n'est venue. J'ai dessiné une moue sur mes lèvres avant de regarder Abel. Mon index est allé de mon oreille au reste du Saloon.

– Ca ? C'est une musique à mon oreille. Quand il n'alerte pas les médias de ma disparition en moins de 10h, il va chercher ma cousine pour me chanter la météo sous les fenêtres soit disant parce que je ronfle trop.

Et d'où venait-il ? Ca, c'était une bonne question. S'il avait un accent, je ne le reconnaissais pas. Son visage ne m'inspirait rien sinon de la méfiance... et encore. J'ai pris ma tasse de thé avec mes deux mains tout en l'écoutant mais sans rien dire. Je le trouvais soudain bien curieux. Je n'étais pas sûre d'aimer ça mais la curiosité était un vilain défaut. J'ai porté le breuvage à mes lèvres en gardant les yeux sur lui, comme il l'avait fait avant. Il me scrutait, il repérait tout. Il me rappelait tellement Reese quand il cherchait un coupable. Et lui... Il cherchait l'Underground. Ou bien il cherchait quelque chose qui y ressemblait. Bien sûr que je n'étais pas la première passante dans la ville. Néanmoins, à sa remarque sur mon pouvoir, j'ai manqué de m'étouffer dans mon café. Je me suis mise à tousser en reposant la tasse et j'ai porté mon poing devant ma bouche pour rire.

– Ouahou. Quelqu'un qui pense que j'ai un pouvoir fantastique ? Je me demande ce que tu crois avoir vu. Et de qui je le tiens ? J'espère que c'est une blague.

J'ai pouffé de rire un peu plus, toujours aussi sincère et je me suis frotté la lèvre du pouce pour enlever les dernière gouttes de café. Les pancakes étaient terminés. La nuit avait filé. J'étais à présent devant un quelqu'un de bien plus méfiant qu'il ne pensait le montrer et à cela s'ajoutait que me fixer ainsi ne m'aiderait pas à faire comme si de rien n'était. J'ai pincé les lèvres dans un sourire que j'étais incapable de retirer de mon visage et au bout d'un silence, j'ai secoué la tête. Je me suis levée, toujours aussi amusée par l'ironie de la situation. En m'approchant de lui, j'ai pris sa tasse de thé pour la reculer et la poser plus loin sur la table. Je me suis alors hissée sur celle-ci, m'appuyant d'un pied sur sa chaise, entre ses cuisses. J'ai posé un coude sur mon genou et, sans jamais cesser de sourire, j'ai approché mon visage du sien.

– Pour quelqu'un qui a fouillé dans mes affaires, je trouve que tu poses beaucoup de questions. J'ai raté le moment où tu m'avoues que je suis prisonnière ?

Je me suis redressée et j'ai tendu mes poignets vers lui pour recevoir les menottes. Clignant des yeux, je ne l'ai pas quitté du regard, même si mon sourire était moindre.

– Devrais-je m'inquiéter ?

Les sourcils hauts, j'avais l'impression de le mettre au défi. Les Elémentaires se faisaient rares car ils étaient les plus faciles à traquer et les plus dangereux.

– Tu aurais tort de croire que c'est ma première fois. Dis-moi qui tu es, je te dirais ce que je suis...

Entre paramilitaires... On se comprenait, non ? Et puisqu'il attaquait, que nous étions certain de la culpabilité de l'un comme de l'autre au sein de la ville, j'ai répondu.

– Liberation ?

Je n'aimais pas beaucoup tourner autour du pot et puisqu'il souhaitait mettre les pieds dans le plat, je lui donnais la fourchette, une esquisse de sourire demeurant encore au coin des lèvres, défiante et à la limite provocatrice.



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Abel Henoch
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Il n'avait pas anticipé l'explosion de voix de la jeune femme, ce qui lui tira un haussement de sourcils surpris. Le temps de silence qu'elle laissa, il la regarda, les sourcils hauts et l'air à mi-chemin entre l'étonnement et l'amusement. L'explication de Maddison lui tira un rire franc.

" Je te rassure, personne ne viendra perturber ce calme. Ou te chanter la sérénade. J'y veillerai. "

La lueur dans son regard était ambiguë : était-ce son instinct de protection qui parlait ? Une pointe de jalousie ? Ou une simple protection de son domaine ? Difficile à déterminer, et il en jouait aussi. Il n'aimait guère qu'on devine le fond de sa pensée si facilement, par contre brouiller les pistes...
En vérité, il s'agissait avant tout que l'on respecte son domaine. Les habitants du Sanctuaire ne faisaient pas grand cas de sa présence, et les autres membres de sa petite insurrection venaient rarement à l'improviste, ou alors c'est qu'il y avait un probleme.
Mais peut être, aussi, autre chose... La brunette était intéressante, piquante et il avait le sentiment qu'elle pouvait être importante. Ou utile. Distrayante ? Mais avant tout, il devait savoir d'où elle venait.

Il lui rendit son sourire lorsqu'elle ironisa sur son pouvoir.

" Ma foi, je t'ai vu passer de là... " il désigna le bas de l'escalier. " ... à là... " en indiquant ensuite le haut dudit escalier. " ... sans transition. Perso, je trouve ca plutôt cool oui... "
Il plissa les yeux lorsqu'elle éluda la suite de la question en riant. Il n'avait pas vraiment de doute sur son statut, même si sa réaction pouvait laisser penser le contraire. Il supposait plus simplement qu'aucun de ses deux parents n'avait ce type de capacité.
En tout cas, il ne se départit pas de son flegme dans le silence qui suivit, ni lorsqu'elle se leva pour s'installer sur la table, en face de lui, posant le pied entre ses cuisses. Il y jeta un coup d'oeil avant de relever à nouveau les yeux sur elle, amusé de son attitude. Dommage qu'il soit peu probable qu'ils deviennent vraiment alliés un jour... Elle n'était pas belle au sens strict du terme, mais elle avait un charme certain, et un magnétisme animal qui ne le laissait pas de marbre, de loin pas. Et ce qu'il avait vu la veille lui soufflait qu'elle était une femme de terrain, d'action. Un mélange détonnant qui en ferait une recrue de choix. Plus tard, peut être...

En attendant, elle se tenait là avec une question on ne pouvait plus directe. Le ton avait clairement changé, même s'il n'avait pas eu la moindre intention de la menacer. C'était des informations qu'il voulait, rien de plus. Et elle était l'une des leurs, Positive et donc destinée à dominer, tot ou tard. Pas question de s'en prendre à elle sans raison valable. Et il n'y en avait aucune.

Il finit par s'avancer légèrement pour lui passe les mains autours des poignets d'un geste lent, presque tendre, mais c'est d'une poigne assurée qu'il les referma. Puis, d'une traction qui ne souffrait pas la moindre résistance, mais toujours sans brutalité, il la rapprocha de lui jusqu'à ce que leurs visages soient diablement proches. Sans la lacher, il posa ses coudes sur ses genoux et joignit leurs quatre mains.

" Je pense que tu sais aussi bien que moi que parfois, les questions sont nécessaires à la sécurité de ceux dont on a la charge. Ca ne veut pas dire que je te retiendrai ici contre ta volonté ou que tu doives te sentir menacée. " il caressa le dos de sa main de son pouce. " Mais je ne t'ai pas faite venir ici pour nos distractions nocturnes - non préméditées d'ailleurs. Ca, c'était un plus appréciable. Mais je pensais plutôt que tu passerais la nuit dans l'infirmerie... " Il se fendit d'un petit sourire. " Mais oui, tu es ici parce que j'ai des questions. "

Il laissa passer un temps avant de poursuivre. Elle ne lui avait pas vraiment demandé son nom encore, et ne comptait pas le faire directement. Ce nom était sur les déclarations diffusées sur Internet, il était chargé déjà - alors qu'il n'avait même pas un an. Qu'elle ai deviné qu'il était de Liberation aussi facilement l'interppelait, mais ils auraient le temps d'en parler. A quelques centimètres l'un de l'autre, il continuait à la regarder dans les yeux, avec un sourire en coin.

" Underground ? " C'était une rumeur, peut être encore plus diffuse que son propre groupe. Mais il en savait assez pour se douter d'où elle venait.


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Maddison DeLuca
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Bizarrement, je n'avais absolument pas peur. Je n'avais jamais eu peur de beaucoup de choses mais quelque chose en lui me donnait confiance. Je n'avais pas encore, à ce moment-là, la lucidité de notre opposition. J'en étais consciente mais pas de ses conséquences. Sûrement qu'il m'avait endormie d'une façon ou d'une autre, que je n'avais pas envie d'y penser, ou tout simplement qu'il ne m'avait encore rien montré qui puisse me faire penser que nous étions des rivaux comme nous étions destinés à le devenir plus tard. En sentant son pouce sur ma main, j'ai baissé les yeux pour suivre son geste puis j'ai relevé le regard dans le sien, mon faible sourire en coin toujours présent, comme le sien. J'ignore s'il s'agissait de la proximité avec son pouvoir ou de son geste, était-ce dû au coussin d'eau quelques minutes plus tôt ou ce qu'il agitait dans mes veines, mais j'ai senti quelque chose dans mes yeux, plus faible que lorsque je me retrouvais immergée, mais c'était là, scintillant dans le vert de mes iris. Dans ma tête, c'était assez logique au regard de son pouvoir et de mon héritage génétique. Alors, quand il répondit à ma question par une autre, j'ai su.

Il était de Liberation, j'en étais presque certaine mais rien ne pouvait me le prouver encore. Il me faudrait attendre. J'appréciais cette petite joute sûrement plus que lui, et mon regard ne devait sûrement pas me trahir. Si j'avais représenté une menace pour lui, il l'aurait su, de la même façon que j'aurais ressenti la même chose. Et puisqu'il voulait jouer, alors je prenais les paris. J'étais moi-même encline à ces petites devinettes. Alors, au bout d'un moment à le fixer sans rien dire, réfléchissant à une manoeuvre suffisamment intéressante pour le tenir en éveil sans pour autant lui délivrer tous les secrets de ma vie - les siens n'étaient pas gratuits mais les miens non plus - j'ai finalement acquiescé.

– Ok. Je commence.

J'ai eu un très léger rire en me redressant et j'ai levé la deuxième jambe pour venir la caler de l'autre côté de sa cuisse, sur la chaise pour être mieux installée. J'ai glissé mes pieds au chaud et me suis raclée la gorge en rejetant ma queue de cheval en arrière. J'ai libéré mes mains des siens mais sans les éloigner. En gardant une au creux de ma paume, j'ai inspiré profondément, lui montrant sa propre paume, mon visage toujours proche du sien.

– Je ne vais pas... De là - j'ai doucement posé mon index près de son poignet - à là. - j'ai tapoté la naissance des phalanges - Mais... De ce moment... - J'ai posé mon index à la naissance de sa ligne de vie et l'ai lentement fait glisser autour de sa paume en relevant les yeux vers lui dans un sourire - à celui-ci.

J'ai refermé sa main au chaud dans la mienne et me suis accoudée à mes genoux avant de reprendre, en penchant légèrement la tête pour le dévisager. Je créais, en fait, une carte mentale de son visage comme s'il pouvait m'en dire plus sur lui. Pas ce qu'il était mais qui il était, peu importait son nom, ce n'était pas vital pour moi.

– Mes parents étaient des Elémentaires. Tous les deux. Mon père était un glacier humain mais ma mère... Avait de la chlorophylle dans les veines et la viande la rendait malade. Son pouvoir la rendait très sensible à l'eau et elle se déshydratait plus vite que n'importe quel autre mutant. De qui je tiens mon pouvoir ? Je n'en ai aucune idée et je crois que ça ne m'intéresse pas de le savoir. J'ai des questions bien plus importantes que celle-ci. On en connaît la cause, ce n'est pas suffisant pour toi ?

Encore une fois, j'ai conservé un court silence avant de sourire un peu plus et j'ai décalé mon regard vers son cou, y consacrant soudain plus d'intérêt. J'ai levé une main pour la porter à son visage et lui tourner légèrement. J'ai glissé les doigts dans son cou, comme si je cherchais quelque chose, mon pouce passant sur sa veine avec intérêt, le menton à peine levé. J'étais passée maître dans la connaissance de nos mutations. D'abord à cause d'Ari qui m'avait élevée mais aussi par ma curiosité et l'apprentissage que j'avais moi-même fait - bien contrainte - de mon propre pouvoir. Tout ce que je savais, je l'enseignais aujourd'hui et continuerai encore longtemps. Alors si un Candidat prenait Yu au plus fort de sa mutation, j'étais étonnée que celui-ci ne ressemble pas plus à Lynn. Ce qui ébranlait ma théorie, pour le coup.

– Je t'ai dit... Que je pourrais aisément me faire à ce genre de matins ?

J'avais prononcé ma question à voix haute sans m'en rendre compte. Mais si tous mes "ennemis" pouvaient être comme lui, alors notre guerre ferait moins de morts. En temps normal, ma voix se serait sûrement perdue dans la pièce, mais dans le silence et si proche de lui, il n'avait pu en rater une miette. J'ai reporté mon regard dans le sien en redressant la tête, ma main se refermant sur la sienne.

– Je veux bien répondre à tes questions... Mais ce ne sera pas gratuit. Car si tu es bien celui que je crois, alors sache que je te cherche sans relâche depuis un moment et que j'ai moi aussi de nombreuses questions. J'ai commencé. C'est à toi, maintenant.

J'avais dégainé la question la première et j'espérais qu'il honorerait sa partie du contrat. J'avais également accepté de répondre à au moins une de ses questions en échange de la mienne, en guise de bonne volonté.



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Abel Henoch
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Il avait capté le scintillement dans les yeux de Maddison, scintillement qui l’avait intrigué. Sans doute une composante de son pouvoir, mais il ignorait de quelle manière. Il nota l’élément et se promit de lui poser la question plus tard, se concentrant simplement sur elle et ce qu’elle lui disait.
Il l’écoutait avec attention et sans l’interrompre. L’information était le pouvoir, il le savait. Même la plus infime d’entre elles pouvait se révéler capitale au bon moment, au bon endroit. Il attachait donc de l’importance à tout.

Il la regarda lui montrer comment fonctionnait son pouvoir à renfort de schémas sur sa main, puis lui expliquer son ascendance. Elle était donc bien Positive. Hériter de ses capacités n’avait rien de bien glorieux. Prendre le risque de s’exposer était plus courageux à son avis. Choisir la différence de la grandeur au risque de se faire exclure n’était pas donné à tout le monde. Certains avaient rejeté ce cadeau, dans leur centre d’entrainement. Pour ce qui le concernait, le choix avait été celui de la survit et du pouvoir. D’abord pour lui même et les sien, ensuite pour le profit des autres, et maintenant… C’était plutôt au bien des autres qu’il pensait. Des gens comme Maddison et lui qui subissaient encore les peurs et la haine des autres. Ces gens qui croyaient savoir, mais qui ignoraient tout et ne méritaient que d’être relégués au second plan. La survie du plus apte… ce n’était pas eux. Il aurait tout aussi bien pu choisir Darwin comme pseudonyme. Mais l’idée associé à Abel et Henoch était tout aussi intéressante… Premier assassiné - son enfance - , premier disparu d’une liste qu’il espérait voir s’allonger… le symbole était là. Restait à le transformer en réalité.

Lorsqu’elle lui prit la tête comme pour l’ausculter, il haussa les sourcils en se demandant ce qu’elle pouvait bien chercher, mais ne s’attarda pas sur le sujet.

« Oui tu me l’as dit. Mais on n’aura jamais assez de sirop d'érable… » Sans parler du fait qu’il était déjà bien conscient - sans vouloir le reconnaitre - qu’ils se heurteraient à un mur, tôt ou tard. Si elle n’avait pas répondu positivement au fait qu’elle appartenait à l’Underground, le doute était peu permis. Or leurs deux groupes avaient des objectifs bien différents. Ils arpenteraient sans doute le même chemin plusieurs fois. Mais tôt ou tard, ils prendraient irrémédiablement des directions différentes, il en était persuadé. Il ne voulait pas y penser pour l’instant, reléguant la question aux tréfonds de son esprit.
D’autant que pour l’instant, elle lui retournait ses questions. Elle avait répondu aux siennes, il était normal qu’il lui réponde.

« Je manipule l’eau, comme tu l’as vu. Je peux puiser dans l’eau en suspension dans l’atmosphère, je peux faire ce que je veux de l’eau liquide, mais la glace… pas moyen. Aucune idée de pourquoi ! » Ce disant, il avait manipulé leur environnement pour former une boule d’eau de la taille de son poing, la sculptant en forme de fleur avant de la vaporiser à nouveau, tout ça sans même regarder ce qu’il faisait ni avoir l’air de forcer. De la frime ? Oui un peu. Il ne se l’autorisait pas souvent, et il n’avait pas abordé la partie la plus dangereuse de son pouvoir - entre autres parce qu’il ne la maitrisait pas encore : pouvoir déshydrater complètement un corps était pour l’instant hors de sa portée. Même s’il commençait à pouvoir jouer avec les fluides corporels - le sang, par exemple. Un univers de possibilités qui s’ouvrait à lui… Il avait commencé cet entrainement en Sibérie, et il commençait seulement à être efficace. Encore un an ou deux d’efforts et il serait sans doute à même d’influer réellement sur la physiologie des individus...

Il s’adossa à sa chaise, remettant un peu de distance entre eux, volontairement. Pas question de parler de ses parents, elle ne lui avait de toute façon rien demandé. Mais ils entraient dans une autre danse…

« Et qui crois-tu que je sois ? Et que veux-tu savoir ? » Avant de lui répondre, autant mesurer d’abord ce qu’elle savait - ou croyait savoir. La distance, cela dit, prit un caractère contraignant, en cette instant. Il ne prenait que très - trop - rarement de temps pour lui, et Maddison avait ouvert une porte qu’il n’avait pas envie de refermer tout de suite. D’un seul mouvement, il se releva et se rapprocha d’elle. Il plaqua ses mains sur les cuisses de la jeune femme assez haut, à la limite de ses fesses et rapprocha leurs deux bassins. Puis il repoussa une mèche des cheveux de Maddison derrière son oreille, suivant son propre geste d’un regard intense, et ses doigts se perdirent le long de sa nuque.
« Je t’écoute... » souffla-t-il.


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Maddison DeLuca
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J'ai eu un rire léger à la mention du sirop d'érable et j'ai acquiescé, dans un demi ton de voix qui n'était destiné qu'à lui - des fois que d'autres puissent entendre.

– Ce serait embêtant vu que je suis surtout là pour ça, à bien y réfléchir.

Et quand il y avait une question sur un pouvoir, elle était pour moi. Autant qu'il frimait avec sa grosse goutte d'eau que j'entendais glouglouter à côté de mon oreille, autant j'aimais étaler ma science du savoir mutagène. J'ai souri à son pouvoir qui s'évaporait doucement en me rappelant de Lynn à une époque où personne ne pensait un jour que tout ce petit monde volerait un jour en éclat. Ou alors, pas à ce point. Ils étaient toujours partis du principe que rien ne pourrait les séparer mais... Il faut croire qu'on est pas tous unis dans l'adversité. C'était triste, à y penser. J'avais connu l'inverse. Cole, Reese, Dean... Nous avions traversé le pire et nous étions aujourd'hui incapables de nous séparer. Cependant, notre équilibre était branlant en ce moment. C'est bien pour ça que j'étais ici, non ? J'ai reporté mon attention sur lui sans quitter mon sourire que j'avais décidé de porter au moins toute la matinée !

– C'est comme si tu demandais à un pyromane de contrôler une vitre. Ca ne marche pas. Les molécules changent. Cela dit, ça viendra peut-être avec le temps, qui sait. Un pouvoir évolue sur plusieurs paliers, il ne suffit pas de l'entraîner. Quand tu avais 5 ans, tu n'avais pas la même voix qu'à 15 ou celle d'aujourd'hui. Et bien ton pouvoir, c'est pareil. Il évoluera à son rythme et selon ta maturité.

Alors qu'il se reculait, j'ai laissé sa main glisser des miennes en lui souriant un peu plus. J'avais envie de lui hurler de revenir, que pour une fois, je n'avais pas l'impression d'être réprimandée pour tout. Mon pouvoir, mes manières, ma façon de manger, mon caractère... Je tenais quelque chose et je savais parfaitement que c'était réciproque. Mais ce petit jeu du chat et de la souris, ce n'était pas tout. Il y avait autre chose derrière tout ça. Une autre chose confirmée lorsqu'il s'est redressé, en posant ses mains sur mes cuisses, j'ai perdu un peu de mon sourire avant de relever les yeux sur lui. Je n'avais pas peur de lui, j'avais simplement peur de ce que je voyais dans son regard. Un intérêt certain. Pour moi, pour mon pouvoir peut-être, pour ce que j'étais et qui j'étais. Il jouait le jeu et c'était plaisant mais peut-être que mon esprit commençait à se poser la bonne question. Alors à sa question, j'ai ri plus franchement en donnant un petit coup contre sa poitrine pour l'écarter d'à peine quelques millimètres mais pas plus.

– Ce que je crois, c'est que t'es un foutu frimeur ! Voilà ce que je crois. - J'ai rentré la tête dans le cou en prenant une grosse voix pour l'imiter et me moquer de lui, le plus ouvertement qu'il était possible - "Je peux puiser dans l’eau en suspension dans l’atmosphère." - D'un index, je l'ai repoussé un peu plus en secouant la tête, mon sourire toujours là mais plus ironique - Et non, non, non... Je ne traite pas avec les sous-fifres...

Ou l'art de vous faire penser à quelque chose qui ne vous avait pas encore traversé l'esprit. Sa main dans mon cou, à toucher mes cheveux. C'était la première fois qu'il agissait comme ça avec moi depuis que j'étais réveillée. Je croyais que ce n'était qu'un jeu mais si c'était plus alors mon esprit commençait à s'emballer. La veille, il avait pris soin de ma blessure et la proximité faisant que j'avais passé la nuit ici. Peut-être que je ne lui avais pas vraiment laissé le choix non plus. L'Underground, c'était vraiment tendu actuellement. Mes disputes avec Maze prenaient le pas sur l'ambiance générale et tout le monde savait que Amber et moi étions en guerre. Avec Logan au milieu, Reese faisait tout pour tenter de calmer le jeu. En vain. J'étais trop en colère, trop animée. J'étais furieuse contre Liberation mais j'avais un secret. Je ne me mettais jamais en colère pour rien, en tout cas pour moi. Ce qu'ils avaient fait était impardonnable mais ce n'était pas tant leur geste qui me mettait hors de moi mais la signification. Ce qu'ils m'avaient pris en éliminant cet homme. Alors non... il était hors de question que je parle à un inconnu de ce que j'avais sur le coeur sans être sûre de son identité. Je ne parlerai qu'à une seule personne. Et j'espérais réellement que ce soit lui. En même temps, combien y avait-il de chance que je tombe sur lui par hasard, de la sorte ? Et chaque fois que sa peau entrait en contact avec la mienne, d'autant plus réactive par ces gestes, je sentais comme un frisson. Une idée tordue dans ma tête s'est posée la question de savoir si je supportais mieux la chaleur ambiante du Sanctuaire que d'habitude, par sa simple présence. Et en était-il seulement conscient ?

J'avais gardé ma main valide contre son torse mais quelque chose m'empêchait de l'éloigner. Et pourtant, mon esprit me le hurlait. J'aurais menti si j'avais dit que je n'avais jamais eu d'aventure. Il y avait eu Reese et puis Steve avant lui. Ne me posez jamais la question de "Qui est Steve ?", je vous jure que vous ne voulez pas savoir. Et puis dans un passé très lointain, il y avait eu Dean. Vous savez, vous grandissez avec un garçon, c'est le seul que vous connaissez, alors... Voilà, vous apprenez des choses ensemble, vous fréquentez les mêmes instituts, le même parcours. Mais celui-ci... Aussi proche de Reese qu'il était, tout semblait si différent à la fois. Nous dansions tous les deux en rythme mais pas sur le même pied. Disons qu'au lieu de nous arracher les yeux pour nous torturer l'un l'autre afin d'en savoir plus, nous jouions... un jeu dangereux. Je ne connais pas une seule personne qui serait en accord avec moi en cet instant.

– Autrefois, peut-être...

Mais j'aimais sa façon de me regarder, de me toucher et de m'appréhender. Même s'il respirait l'intéressé à plein tube. J'avais, moi aussi, besoin de cette fenêtre. Je n'étais pas prête à sacrifier l'Underground au profit d'une petite escapade mentale, non... Mais j'avais aussi le droit que n'importe qui de prendre du temps pour moi. Et joindre l'utile à l'agréable était un vilain de mes défauts. Les yeux baissés après avoir répondu à sa question sans mentir mais tout en jouant avec les mots, j'ai soupiré profondément en penchant la tête dans le creux de sa main et j'ai laissé la mienne retomber de son t-shirt. J'ai roulé des yeux avant de les reporter dans les siens.

– Plus maintenant. Les gens changent... Les choses avec eux.

Je faisais toujours partie de l'Underground, bien sûr. Mais aujourd'hui, j'appartenais à mon propre quartier. Il n'était pas encore né à proprement parler et je n'avais pas encore l'idée dans ma tête. Nous en étions encore au stade de la déchirure. Et... oui. Ce jour-là, j'ai vraiment cru que c'était la fin pour moi. Et... Oui. S'il était bien de Liberation alors il se pourrait que je change de camp. Fort heureusement, ma carte à puce se remettait à zéro toutes les nuits et la suivante, je retrouverai ma lucidité. L'Underground était ma maison et j'entendais m'y faire respecter. Reese avait été mon leader pendant trop longtemps alors que j'avais déjà survécu des années sans lui. Il était temps que je parle pour moi. J'ai pris sa main dans la sienne et lui ai embrassé la paume avant de la ramener avec sa soeur jumelle sur ma cuisse ou la table, peu importait. Je voulais encore jouer, je n'étais pas prête à lui demander réellement qui il était. Je voulais qu'il m'aide à deviner. A sa manière et s'il en avait envie. je voulais apprendre à le connaître avant de l'affliger d'un jugement qu'il ne mériterait probablement pas.

– Ce sont beaucoup de preuves réunies dans un seul dossier. Des têtes pourraient tomber. Ce n'est pas donné à tout le monde de regrouper autant d'informations. Il n'est pas plus prudent de les laisser traîner à la vue de n'importe qui. Ce n'est pas très malin pour quelqu'un qui se soustrait à ce point au monde en faisant grand cas de dissimuler qui il est.

J'ai tourné le buste pour prendre la bouteille de sirop d'érable. Sans le quitter des yeux, j'ai posé une goutte de sucre sur l'index que j'ai porté à mes lèvres.

– Je me demande ce que je pourrais trouver si je me mettais à fouiller.

J'ai secoué la tête et j'ai reniflé en reposant la bouteille, me frottant les doigts pour les sécher.

– Underground ou pas, ça n'a pas d'importance en ce qui me concerne. - j'ai relevé les yeux sur lui en haussant les sourcils - Je t'assure. Si tu as des vraies questions, j'attends... je commencerais presque à m'ennuyer.

S'il voulait vraiment m'interroger, qu'il me demande d'où je venais, avec qui j'avais grandi, ce que j'avais fait comme étude, quels pays j'avais traversé... Pourquoi mes yeux brillaient à son contact, qu'il avait manqué de me faire suffoquer la nuit précédente et que pourtant j'avais tant besoin de respirer. J'ai penché la tête de l'autre côté. Mon sourire avait disparu en majorité mais il était pourtant toujours là, plus faible. J'ai soupiré à nouveau en posant mes mains sur ses hanches, le menton relevé vers lui, presque désolée.

– Mon nom ne t'a rien apporté, n'est-ce pas ?

Il ignorait qui j'étais, sinon une flic en devenir si toutefois je réussissais les examens. Il pouvait se faire une idée sur moi mais... Ce ne serait jamais confirmé s'il ne posait pas les bonnes questions. J'ai souri un peu plus.

– Il n'est même pas complet sur la convocation. - Je me suis gratté la commissure des lèvres du pouce - Ils ont même trouvé le moyen de faire une faute à mon nom. Pas que je leur en tiendrai rigueur, mais ma maman aimait ce nom.

J'ai pouffé dans un rire avant de retrouver mon sérieux. Il avait piqué ma curiosité. S'il ignorait que j'étais de l'Underground... Alors que cherchait-il pour m'avoir ramenée ici ?

– Choisis mieux tes mots si tu as véritablement des questions à me poser.



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Abel Henoch
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Une présence féminine était en soi déjà extraordinaire. Non qu'il ne mène une existence monacale, mais il ne ramenait jamais personne au Saloon. Ses escapades, il les faisait dans un coin de Megalopolis, ou plus loin, de temps en temps, quand il était sur de ne jamais revoir la demoiselle. Ramener Maddison chez lui avait été une impulsion, la faire entrer dans sa chambre, un accident - qu'il ne regrettait en rien. Mais elle avait raison sur une chose : il avait certains secrets qu'il conservait jalousement.

" Qui te dit que tout es là ? En tout cas, peu de gens arrivent jusqu'ici, et encore moins auraient l'idée d'aller chercher de la paperasse la haut. La réserve alimentaire serait une cible beaucoup plus intéressante pour le commun des mortels. Et les vraies informations ne sont pas là haut. "
Le fichier Stenton, tout comme les données sensibles les concernant et concernant leurs cibles étaient à l'abri, sous leurs pieds, à l'Arsenal.
Masquer la trappe avait été un des premiers travaux qu'il avait effectué dans le Saloon, et le résultat était probant : la trappe était quasiment indétectable.

Qu'elle le traite de frimeur le fit doucement rire. Ce n'était vraiment pas son habitude, et il n'allait pas lui dire qu'elle était celle qui lui donnait envie d'agir de la sorte.
" Ce n'est qu'une facette de ma personnalité, ca ne te dira pas plus sur moi que le nom sur ta convocation ne m'a appris sur toi ! Ah si... Que tu t'enflammais vite, au mépris de ta propre sécurité... " il prit un air pensif, une lueur moqueuse au fond des yeux. " C'est déjà une information capitale pour la sécurité de ceux qui t'accompagnent... "

Il reprit un air plus sérieux, mais lui non plus ne lacha pas son sourire en coin. Il posa ses deux mains à plat sur la table, de chaque côté de Maddison, et prit appui sur elles.

" Le fait que "tu ne traites pas avec les sous-fifres", c'est aussi intéressant. Ca veut dire que tu diriges. Tu pourrais être seule, mais le fait que d'autres s"inquietent autant de ta disparition et que tu aies à rendre des comptes... Non tu n'es pas seule, même si l'idée ne te laisse pas indifférente. D'autres comptent sur toi. Et si tu dois rapporter tes actions, ca signifie un fonctionnement en communauté. Ou d'autres responsables du même niveau que toi, je n'ai pas encore tranché. " Le coin de sa lèvre se souleva fugitivement. " Ta convocation ne m'a rien appris à part ton nom mal orthographié, c'est vrai. Mais toi, tu m'en as déja appris beaucoup. Néanmoins si tu ne traites pas avec les sous-fifres, je n'agis jamais au hasard. Les déductions peuvent être utiles, mais les certitudes sont vitales. Ma seule question pour l'instant est celle de savoir si oui ou non tu viens de l'Underground. Mes réponses dépendront de celle que tu me donneras. "

Son ton était posé, celui d'un homme qui sait exactement ce qu'il fait, où il va et pourquoi. Il avait énoncé les choses simplement et aurait tout aussi bien pu lui expliquer le fonctionnement d'un moteur de voiture, et son léger sourire lui donnait une apparente décontraction que démentait son regard : il entrait dans le sérieux, dans la raison de la présence de Maddison au Saloon et comptait bien obtenir ce qu'il voulait.


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Maddison DeLuca
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_ J'espère bien que tout n'est pas là, sinon on friserait l'inconscience !

J'ai pouffé de rire et j'ai penché la tête pour l'écouter, prenant moi-même appui sur la table pour me pencher vers lui, appréciant notre proximité. J'en profitais pour détailler son visage. Quand il proclama apprendre à me connaître juste par ma présence, j'ai agrandi mon sourire en coin.

_ Je suis un livre ouvert.

Ce n'était pas vraiment vrai, cela dit mais ce n'était pas non plus totalement faux. Disons que je n'ouvrais pas mes chapitres à n'importe qui. Un inconnu ? Peut-être était-ce une erreur. Je ne sais pas. Aujourd'hui, quand j'y repense, je n'arrive pas à regretter. Je n'arrive pas à me dire que je vais revenir dans le passé pour m'empêcher de le connaître, de le rencontrer. De partager tout ce que nous avons vécu l'un avec l'autre, l'un pour et contre l'autre. Il y a des erreurs, dans ma vie, que je ne désire aucunement corriger. J'ai baissé les yeux sur ses lèvres, passant l'index de mon bras défaillant près de son menton. Sa peau, légèrement rapeuse de barbe naissante, me rappelait que c'était encore le matin et que j'appréciais bien trop sa présence alors que j'ignorais tout de lui. J'en oubliais presque de l'écouter, comme charmée par sa simple voix. Mais à la mention de l'Underground, j'ai redressé les yeux sur lui et reculé la tête. Je l'ai dévisagé quelques secondes, les sourcils froncés, avant de secouer la tête.

_ Je viens de te le dire. Qu'est-ce que tu veux de plus ?

D'accord, peut-être que je jouais un peu trop sur les mots.

_ Et je ne dirige rien, d'accord ? - à ce moment-là, c'était vrai - Je n'ai jamais rien dirigé en dehors de ma propre vie - encore que... - et peut-être celle de mon frère, je veux bien le reconnaître. Et je te le répète, encore une fois, l'Underground n'a plus rien à voir avec moi. - c'était totalement faux mais c'était ce que je pensais à l'époque - Tu fais fausse route ou tu n'as pas capturé la bonne personne. Je ne vois même pas ce que ça peut te faire. Tu n'as pas l'air d'avoir besoin de les rejoindre.

Le sujet de l'Underground face à Liberation était extrêmement sensible, pour moi. Cela devait même se voir dans mon regard brillant et mes lèvres pincées. D'abord, le PRD... Puis Liberation et maintenant l'Underground. J'ai dodeliné de la tête - des restes hispanniques, sûrement - et j'ai enfoncé mon index dans son torse en haussant les sourcils.

_ Tu prends tellement de soin à éviter de répondre à la question, que j'ai posée en premier, que je pense que je sais déjà quelle est la réponse. Ma nouvelle question est donc la suivante :

Je le fixais, la tête droite, mes yeux allant dans les siens, de l'un à l'autre. Il avait instauré un cadre plus sérieux, que je n'aimais pas beaucoup mais qui me semblait inévitable. Et par mimétisme, je poursuivais. Sans être froide, j'avais été ferme, d'une voix intelligible et sans appel. Probablement était-ce un des traits qui m'avaient conduite à devenir leader de mon propre quartier. Mais pour l'instant, ce n'était pas le cas, l'Underground était en pleine déchirure et je portais Liberation pour responsable. J'avais voulu me redresser pour le repousser, m'éloigner de lui et même partir en laissant tomber ce pour quoi j'étais à présent ici. Mais je n'y arrivais pas. J'étais pendue à son regard malgré l'ambiance sérieuse qui s'installait. J'avais récupéré mon index et je sentais qu'à force de bouger, mon coude me faisait moins mal contrairement au réveil où il était assez raide de froideur. Le peu que j'avais reculé la tête ne m'avait pas tellement écartée de lui ce qui rendait ma position comme un défi, plus que comme une soumission face à lui. Ce que je prenais pour une période extrêmement sombre de ma vie n'était en fait qu'un trampoline géant qui n'en était encore qu'à amortir ma chute avant de m'envoyer balader dans le ciel. J'étais à un tournant de ma vie sans en être encore consciente.

_ Ton grade.

Parler de grade et non de position donnerait sûrement un nouvel indice à mon propos mais je n'avais rien à cacher en ce qui me concernait, à part l'Underground. Le fait que j'ai pu être militaire n'avait pas lieu d'être un secret de toute façon. Mais quelque chose me disait qu'il ne répondrait pas directement alors j'ai inspiré profondément en tournant la tête et je me suis humectée les lèvres avant de reprendre.

_ Ecoute - j'ai reporté les yeux sur lui - Je me fiche de savoir ce que tu fais de tes nuits, qui sont tes informateurs, si tu en as, combien vous êtes, est-ce que vous avez un port d'armes légal, est-ce que vous avez des armes, point. Je suis là à titre personnel, personne ne sait où je me trouve ni pourquoi, encore moins la communauté hypothétique que tu penses que je dirige. Je suis pas un rat, d'accord ? Je veux juste poser quelques questions. Mais pas à n'importe qui.

Non, vraiment, je détestais ce côté sérieux et solennel. D'accord, je ne m'étais pas enfuie comme une voleuse le matin venu parce que j'avais vu le dossier sur son bureau. D'accord, jusque là, je cherchais à savoir si j'étais bien face à un membre de Liberation... Mais bon sang, je ne m'étais pas non plus sentie si légère depuis des semaines (des mois ?). J'aimais la façon dont il me regardait et le fait que je lui semble intéressante me donnait des frissons. Alors non, je n'avais pas envie que mes yeux n'expriment qu'un affrontement. Je ne voulais pas que ce soit ce qu'il signifie pour moi. Alors, j'ai pris mon plus magnifique sourire et je me suis d'autant plus penchée vers lui, passant les index dans la ceinture de son pantalon pour le rapprocher un peu plus, mes lèvres près de son menton.

_ A moins que tu me conduises à la personne en charge, comme ça, je ne conserve que le meilleur rien que pour moi.

J'ai baissé les yeux et d'un doigt, j'ai écarté le col de son t-shirt pour regarder à l'intérieur, un sourcil haut. Puis, j'ai lâché d'une voix basse...

_ Je m'en voudrais tellement de gâcher.



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Abel Henoch
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Son sourire s'élargit lorsqu'elle l'attrapa par les passants de son pantalon pour réduire encore l'espace entre eux, et plus encore quand elle passa le doigt dans le col de son t-shirt. Autant parce qu'il aimait ce petit jeu que parce qu'il appréciait son caractère. 

" Quoi que tu en dises, tu te comportes comme si tu dirigeais. Et n'essaie pas de me faire croire que tu as laissé l'Underground derrière toi. Tu essaies trop de me convaincre du contraire pour ça. Et peut être aussi que c'est toi que tu essaies de convaincre ... " Une nouvelle fois, il passa un doigt dans les cheveux de la jeune femme, suivant son geste du regard tout en admirant le chatoiement de leurs reflets à la lumière. " Mais tu as raison, je n'ai absolument pas besoin de rejoindre ta communauté, et encore moins l'envie de le faire. " il la regarda droit dans les yeux pour souligner cette affirmation.

L'Undergroud n'avait pas d'intérêt pour lui, à part surveiller que leurs actions n'interfèrent pas avec les siennes. Pour ce qu'il en savait, ils étaient trop timorés. Or ils avaient besoin d'actions tranchées pour avancer. Il fallait montrer au monde qui avait le pouvoir de le rendre meilleur, et non se contenter de demi-mesures. 

La question pour le moins abrupte sur son grade lui fit hausser brièvement les sourcils. Cela lui apprenait effectivement quelque chose de nouveau la concernant. Rien de fondamental, mais cela faisait partie d'elle.
" Je n'ai jamais fait le moindre pas dans l'armée. J'ai un titre, si on peut dire, mais je ne pense pas qu'il ait le moindre sens pour toi. Alors pour toi, disons que j'étais agent spécial... " En ramenant son rang du MSS au niveau américain, c'était sans doute ce qui s'en rapprochait le plus.

Elle continuait à tourner autours de la vraie question, mais il rechignait à lui fournir la réponse directement. Elle voulait savoir quelle était sa place au sein de Liberation, cette réponse se trouvait dans son identité "publique". Il n'avait pas envie de lui donner ce nom directement en de présentant sans qu'elle le lui demande, mais ne comptait pas plus y répondre indirectement en lui confirmant qu'il était le leader de Liberation.
Il détourna légèrement la tête, effleurant l'oreille de Maddison de ses lèvres. Il leva les mains pour caresser légèrement les bras de la jeune femme.
" je n'ai pas vraiment d'inquiétude sur ce que tu pourrais raconter à tes petits camarades. Et je te l'ai déjà dit, tu n'es pas captive. Je voulais savoir qui tu étais et la raison de ta présence la-bas hier soir, je pense y avoir répondu... " Il effleura sa tempe de son nez, posant son front contre la tête de Maddison. Il savourait pleinement sa présence, la douceur de sa peau et la chaleur de sa présence, sans arrière pensée. Il n'y avait encore rien d'autre entre eux qu'une nuit partagée et un attrait égal pour les situations risquées. Elle l'attirait, mais ce n'était encore qu'un attrait physique. Les émotions, ce serait pour plus tard.

" Quant à ce que tu voudrais savoir, si tu t'adresses a la bonne personne, il n'y a qu'une question à poser pour avoir les certitudes dont tu as besoin. Les réponses que tu attends suivront. "

Il recula la tête pour la regarder à nouveau dans les yeux. Il savait que le nom qu'il donnerait changerait leur relation. Imperceptiblement au début, mais ce serait une première fissure dans ce qui deviendrait un fossé entre eux. Les choses auraient pu être différentes sans cette guerre - mais sans cette guerre, ils ne se seraient jamais connus - même si cette analyse se ferait à posteriori.

Quoi qu'il en soit, Abel n'a pour l'instant qu'une seule certitude : qu'elle sache son identité allait rompre le charme de cette matinée.


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Maddison DeLuca
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Je n’avais jamais eu dans l’idée de diriger. Je m’étais toujours contentée d’obéir aux ordres, à Reese. J’avais beau posséder une âme indépendante et une franche volonté d’émancipation mais quand il venait aux ordres donnés par un supérieur hiérarchique… J’obéissais. Plutôt paradoxal, non ? C’est sûrement ce qui a fait de moi un bon soldat. Et aussi probablement pour cette raison que je n’ai jamais été aussi bonne leader de quartier que Maze ou Reese. J’étais à la tête des Sliders, oui… Mais tous ensemble, nous formions une unité. Je n’ai été qu’une porte parole pendant des années. Reese a toujours été notre véritable leader à tous. Marrant, non ? Le moins Positif d’entre nous...

J’ai relevé les yeux sur lui à son geste, mes mains posées sur son torse en attendant la suite. J’aimais sa voix, pas le moins du monde empreinte de danger ou d’angoisse. Il ne semblait pas se sentir en danger et ne me menaçait en rien. Il aurait pu tenter de me faire peur, il aurait pu s’énerver, il aurait pu m’envoyer bouler… Mais il n’en a rien fait. Et puis… Quand il m’a donné son titre, une puissante envie de rire m’est remontée dans la gorge pour s’échapper dans un grognement. j’ai porté une main à ma bouche pour essayer de ne pas lui manquer de respect mais le mal était fait…

– Tu es vraiment un gros frimeur. Et avec un « titre » pareil, tu ne veux pas me faire un peu de piston chez les flics ? Ils sont un peu douillet à l’idée d’embaucher une Positive comme moi, alors… Si un gars plutôt bien placé au FBI leur donnait de bonnes références, ça pourrait aider. Pas que j’en manque mais on n’en a jamais assez, tu crois pas ? Elle marche sur beaucoup de femmes cette réplique ?

J’ai pouffé d’un rire léger en rapprochant un peu plus le visage du sien, avant tout pour m’amuser. Mais je n’avais pas spécialement envie qu’il pense à d’autres alors avant qu’il n’y songe, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, j’ai passé ma main sur son torse pour la remonter jusqu’à sa nuque, le bout de mes doigts allant se mêlant dans la naissance de ses cheveux et mon pouce contournant son oreille.

Je me suis forcée à l’écouter parler et mon rire s’est tu à la seconde où j’ai senti son souffle contre ma peau, près de mon oreille. Prise d’un léger hoquet, j’étais contente qu’il ne puisse pas voir à quel point mes joues étaient devenues rouges. J’ai fermé les yeux un instant et j’ai senti ma poitrine brûler quand son front est venu se poser contre le mien. Il avait peut-être l’habitude de montrer son affection ainsi aux femmes et en ce qui me concernait, je les maudissais toutes. Je n’avais aucune envie d’être « une de plus » quand bien même je n’aurais probablement pas le choix. Qui qu’il fut, il restait de Liberation. J’en mettais ma main à couper. Le fait est qu’à nos yeux, Liberation était un groupe d’un certain nombre de personnes. Si j’avais appris ce jour-là qu’ils n’étaient même pas 10, je crois que je me serais ouvertement fichue de sa tronche. A mes yeux, il aurait fallu une armée bien mieux organisée et bien plus conséquente pour venir à bout d’Howard d’un claquement de doigts. Mais ça, c’était parce que j’ignorais d’où ils venaient, tous. Avec la force de trois hommes, l’intellect d’une dizaine et l’entraînement de toute une armée…

J’ai rouvert les yeux pour le dévisager. J’avais là l’occasion de lui demander qui il était, s’il était de Liberation alors lequel ? Quel était son rôle, que faisait-il ? Avait-il tiré ? Etait-il celui auquel je pensais depuis des semaines et à cause de qui ma colère s’était réveillée, enflammant les couloirs de l’Underground et manquant de me transformer en une hystérique dingo prête à éclater la tête de sa cousine contre un mur en béton ? J’ai cligné des paupières et j’ai glissé mon pouce, qui n’avait pas bougé, contre sa mâchoire pour apprécié l’aspérité de sa barbe naissante. Je ne nourrissais absolument pas les mêmes pensées que lui à cet instant. Je voyais autre chose, j’attendais également autre chose.

J’avais attendu un moment comme celui-ci depuis longtemps mais maintenant que mon sourire s’était évanoui - sans pour autant laisser place à un sentiment négatif -, j’avais l’impression que j’avais fait fausse route. Comme si je n’avais pas poursuivi le bon ennemi, ou la bonne personne, ou la bonne idée. Alors que je figeais mon regard sur ses lèvres, mon pouce est venu s’y attarder, pour en contempler les courbes et la douceur.

– Je voudrais savoir…

La suite de ma phrase s’est perdue dans un souffle, comme si je me dégonflais comme un ballon de baudruche face à lui. J’avais l’impression d’être une gamine à nouveau. D’être ce petit soldat insignifiant qui cherche à séduit son supérieur pour devenir sa favorite et sa fayote. Mais ce n’était pas la bonne idée, pas vrai ? J’ai quitté ses lèvres des yeux - et de mon pouce - et j’ai relevé le regard dans le sien. Est-ce que j’avais envie de savoir qui il était ? Abel ou un autre n’aurait pas changé grand chose pour moi car finalement, à bien y réfléchir, ce n’était pas tant le leader que je voulais, pas vrai ? J’ai dégluti en rouvrant la bouche et j’ai laissé ma main tomber sur ma cuisse dans un bruit sourd. Il était là, il attendait, il m’ouvrait la porte, j’aurais pu avoir tout ce que je voulais mais j’avais soudain l’impression… Que ce n’était pas ce que je cherchais, réellement.

Je me suis grattée la tempe et il a du trouver le temps long. J’ai pouffé de rire à nouveau, la tête penchée.

– Tu dois me trouver stupide de vouloir rencontrer ce fameux type à la tête de son armée, hein ? Comme si… Comme s’il allait ouvrir la porte à Sainte Maddie sans savoir ce qu’elle lui voulait. Je veux dire, je me mets à ta place, et je me dis que jamais je ne pourrais ouvrir un passage vers mon supérieur à un inconnu dont j’ignore tout. Mon nom ne t’apprendra rien et cette convocation est probablement totalement insignifiante aujourd’hui, alors autant dire que tu ne sais rien de moi. Je comprends et tu as totalement raison. Je suis une idiote qui croit pouvoir arriver à ses fins d’un simple battement de cils ! Si ça se trouve, tu admires juste Liberation de loin et je suis montée sur mes grands chevaux avec mes conclusions hâtives parce que… Je ne suis qu’une grosse impatiente qui pense avoir raison sur pas mal de choses.

J’ai souri en secouant la tête.

– La vérité, c’est que ça m’importe peu, tout ça. Je me fiche de savoir… Qui est de Liberation ou non, je veux juste…

J’ai levé les mains avant de serrer les poings. Qu’est-ce que je voulais, au juste ? Ne pas qu’il s’en aille, déjà. Ne pas m’en aller non plus. Je voulais qu’il repose sa tête contre la mienne et sentir à nouveau ses mains chaudes sur ma peau. Je voulais conserver cette petite magie entre nous, qui n’appartenait qu’à nous. Tant que j’ignorais qui il était, ma raison n’avait aucune place à prendre et je restais libre, sans engagement avec juste un moment parfait à vivre. Mais tout attirant qu’il était, mon désir, ce besoin de mettre un terme à une page de ma vie, était bien plus brûlant que le reste. J’ai dégluti à nouveau et j’ai relevé les yeux sur lui, prenant les pans de son t-shirt entre mes mains pour éviter qu’il ne s’échappe, comme le reste de mon monde. A cet instant, il était la chose la plus stable et la plus solide que j’avais.

– Je voudrais juste savoir qui a tiré...

Mes joues et mes pommettes, ainsi que tout mon visage se sont empourprés. Je me suis mordue la lèvre en tremblant légèrement. Je me sentais fébrile, rien qu’à l’idée de poser cette question. Je ne pouvais pas prononcer son nom alors j’espérais qu’il comprenait de quoi je parlais. J’avais 1 chance sur 10 000 que ce soit lui et j’espérais que ce n’était pas le cas. J’avais posé la question un peu en l’air et il pourrait aisément me mentir. Mais j’avais l’intime conviction que ce ne serait pas le cas. Il n’avait pas l’air d’un menteur. Prenant plus d’aplomb en hochant la tête, j’ai repris.

– Je veux savoir qui m’a volé ce droit. Qui a appuyé sur la détente et s’est octroyé le droit de descendre l’homme qui je m’étais jurée d’abattre de mes propres mains.

Ma voix s’était éteinte. Du moins, elle était restée audible pour Abel mais empreinte d’une rage sourde que je ne me reconnaissais pas.



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Abel Henoch
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Il avait haussé un sourcil dubitatif en la voyant rire, et visiblement, elle n’avait pas saisi l’implication de ce qu’il avait voulu dire, si elle croyait qu’il pouvait la pistonner en tant qu’agent du FBI. Ce qu’il était loin d’être… Mais ce n’était de toute façon pas le sujet. Il ne voulait pas - ne pouvait pas - lui donner plus d’information, pas encore. Il était beaucoup trop tôt pour lui parler de cette part de son passé - si toutefois venait un jour le moment de lui en parler... Sans parler du fait que c’était un pan de son histoire qu’il n’aimait pas évoquer.
Quoi qu’il en soit, il ne prit pas la peine de la détromper sur ce point, d’accord avec lui même sur le fait que le moment n’était pas venu. Après tout, elle n’était qu’un coup d’un soir, pas sa future femme… Et puis surtout, elle répondait au quart de tour sous ses mains et ses lèvres, ce qu’il trouvait jouissif au possible. Or il s’agissait là de quelque chose dont il usait et abusait quand il en avait l’occasion. Il n’était pas forcément très tactile, mais il prenait un plaisir un peu pervers à sentir les femmes réagir parfois violemment sous ses caresses.

Lui faisant face, il ne la lacha pas des yeux en attendant qu’elle prenne sa décision - visiblement difficile à prendre. Il ne voulait pas la presser, car il avait l’impression, à la regarder, qu’il avait mis le doigt sur quelque chose qu’elle n’avait pas vraiment réfléchi de son côté. Le voila qui devenait psy…
Il se contenta donc de sourire doucement quand elle passa son pouce sur ses lèvres, et ne fit rien de plus que lui laisser le temps de réfléchir.

Quand enfin elle répondit, il lui servit un nouveau sourire en coin.

« Je ne te trouve pas stupide… plutôt… ambitieuse. Et un peu naïve… Mais tu as raison sur le fait que tu ne pourrais pas obtenir toutes les réponses que tu veux aussi facilement et sans rien donner en échange. La clandestinité est encore plus vitale pour Liberation que pour l’Underground. » Et pour cause : les quelques membres de Liberation avaient tous trahis leurs bureaux, leurs employeurs, leurs pays… Lui-même et sa soeur avaient clairement mis ses parents en danger en quittant le MSS. Il fallait donc que ce sacrifice en vaille la peine, et il ne pouvait donc pas se permettre de faire confiance à la première venue.

Maddison mit finalement en mots ce qu’elle voulait vraiment. Il fut un brin surpris d’entendre ce qui l’avait effectivement motivée. Il se doutait bien évidemment qu’elle était une personne entière, sans doute impulsive et entêtée. Il ne l’avait pas imaginée rancunière à ce point. Car à n’en pas douter, si elle s’était fait la promesse d’abattre Stenton, c’est qu’il y avait une idée de vengeance derrière.

Il la scruta dans le blanc des yeux encore un moment avant de poursuivre.

« J’imagine, oui, que tu l’aurais abattu sans hésiter. Mais la vengeance… ce n’est pas une bonne chose. Tu l’aurais tué, et après ? » Il secoua la tête légèrement. « Tuer pour tuer n’a aucune valeur, parce que c’est quelque chose sur lequel on ne peut pas revenir. Il faut que ça ait un sens, un but. Liberation a abattu Stenton pour faire passer un message. Et si tu voulais simplement régler un compte… Alors je suis ravi que quelqu’un t’ai brulé la priorité. Cette colère là ? Elle t’aurait fait du mal, et tuer Stenton ne l’aurait pas apaisée. » Il poussa un léger soupir et se redressa de toute sa hauteur, mettant une certaine distance entre eux, même s’il n’avait pas reculé. « Cela dit, puisque c’est ta question… Je ne peux pas te dire qui a tiré... » Il ne voulait pas mentir, mais désigner Libby revenait à parler de Libération, de ses membres. Il ne lui faisait pas assez confiance pour aborder ce sujet avec elle. « … à part que ce n’était pas moi. » Pas qu’il n’en ait pas eu envie, mais ce n’était pas le plan.


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Maddison DeLuca
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Peu à peu, je m'étais assombrie. Je l'avais même silencieusement remercié de s'être redressé auquel cas il aurait entendu mon coeur accélérer au fur et à mesure qu'il parlait. Je suis restée silencieuse, les lèvres pincées et j'ai attendu qu'il finisse. J'ai attendu car il n'avait toujours pas prononcé la réponse que j'attendais. Ses yeux dans les miens, je les ai soutenus. Je n'avais pas peur, ni mal. Je n'ai pas baissé le regard un seul instant. Je voulais - il le devait - qu'il comprenne combien j'étais sérieuse, déterminée et sûre de moi.

– Tu n'étais pas là !

Alors quand il a enfin répondu, j'ai bondi sur mes pieds au sol en me mesurant à lui. Je m'étais écriée plus fort que je ne l'aurais voulu, mais cela sortait du coeur - et du corps. J'aurais préféré que ce soit lui qui ait tiré. Au moins, j'aurais été au bout du tunnel, j'aurais eu ma clôture, mon "The End" à ce chapitre de ma vie. La déception qui m'animait était si grande qu'il fallait que je puisse tout de même m'en prendre à quelqu'un. Je l'ai défié du regard malgré ses centimètres en plus et j'ai brûlé d'une rage sourde qu'il a dû entendre jusque dans sa tête.

– Je ne me souviens pas de toi. C'est la première fois que je te vois. Tu as quoi ? 28... 29 ? 30 ans tout au plus ? Je n'oublie pas un visage, encore moins des yeux comme les tiens. Tu n'étais pas là. Qui es-tu pour me parler de vengeance ? Tu ne l'as pas vu tuer un Positif et un Candidat. Et puis un autre et encore un autre ! Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne sur son passage ! Tu n'étais pas là quand il a envoyé son armée de clones sur nous ! Tu n'as pas vu les Négatifs nous défendre comme si nous étions de leur propre famille ! Je ne t'ai pas vu recevoir cette roquette en pleine poitrine, c'est pas toi non plus qui m'a sauvée des flammes, je crois bien ! Tu ne sais pas ce qu'il leur a fait ! Tu n'as pas eu le temps de compter le nombre de cadavres !

D'accord, il y avait peut-être un peu de vengeance. Je l'ai repoussé de mes deux mains sur son torse mais je n'ai pas bougé. Je ne l'avais toujours pas quitté des yeux et j'ai senti mon menton trembler quelque peu. Cela faisait des années que je n'y avais plus repensé, que je n'en avais plus parlé, avec qui que ce soit. C'était mon secret, tuer Stenton était mon secret, mon hommage.

– VINGT ANS, j'ai attendu ! J'ai tout affronté pour en arriver là ! Je me suis battue, j'ai tout perdu ! Ne me dis pas à moi qu'il ne s'agit que de régler un compte ! Tu n'as pas vu toutes ces familles se déchirer les unes après les autres, tu ne les as pas vus mourir d'inquiétude !

J'ai senti mes yeux briller sous la rage. Je me suis à nouveau rapprochée de lui et j'ai ouvert la bouche en cherchant mes mots et surtout la force de le dire. Mais je me suis sentie submergée par la tristesse à un point que je n'aurais jamais cru possible. J'ai secoué la tête et j'en ai perdu la voix.

– Il a tué mes parents. A petit feu, jour après jour. Liberation n'avait... aucun droit... C'était mon devoir. C'était à moi d'en finir. C'est mon héritage. Pas le tien. Pas celui de Liberation. Idiot !

Et puis la gifle est partie toute seule. Elle n'était pas très forte, la simple manifestation ce qui se passait dans ma tête. J'ai encadré son visage de mes deux mains. J'aurais tellement préféré que ce soit lui qui ait tiré... Cela faisait un moment que la colère telle qu'elle m'avait jusque là animée avait disparu pour laisser place à ce malaise de l'inévitable.

– As-tu la moindre idée... De ce que Liberation a causé en commettant cette erreur ? Vous avez fait de lui un martyr. Pauvre petit Howard Stenton, maître des génocides, il a maintenant une belle place dans les plus beaux cimetières du monde. Et notre situation est PIRE qu'avant ! - J'ai agrippé son t-shirt pour qu'il n'essaye pas de se dérober - Liberation ne se rend pas compte du mal qu'ils ont causé en voulant aider les leurs ! Vous n'êtes que des idiots ! Si l'Underground avait commis ce meurtre, tout le monde aurait pris le parti de la vengeance et personne n'aurait cherché un coupable simple ! On aurait réussi à tout mettre sur le dos de mutants qu'ils croient encore vivants ! Ils ne peuvent PAS nous trouver ! Vous vous êtes condamnés ! Vous n'aviez AUCUN DROIT sur ce qui nous appartient. Howard Stenton ne vous appartenait pas ! Il était à nous !

J'ai lâché son t-shirt et je me suis reculée pour me décaler et lui tourner le dos pour faire quelques pas, une main couvrant ma bouche et mon nez. Tout ce que j'avais fait, c'était pour rien. D'une voix basse, j'ai fermé les yeux un instant en laissant mes mains retomber. Je les ai rouverts sur la fenêtre donnant sur le Sanctuaire en plein soleil. J'aurais aimé pleurer, j'aurais aimé me lâcher, vider mon sac mais je n'y arrivais pas. Je me suis sentie soudain profondément épuisée. Alors j'ai regardé dehors d'un air las.

– Mes entraînements, l'armée, l'Underground... Tout ça, réduit en cendres. Je voulais entrer dans la police pour le cueillir proprement et lui offrir une cellule au frais jusqu'à la fin de ses jours. L'enfermer comme il nous avait tous condamnés. Vingt années pour rien... Et puis un jour, c'est tout ce qu'on écrira sur ma tombe... - Je me suis tournée vers lui, les yeux gorgés de larmes et j'ai souri ironiquement en levant les mains - Maddison Clare DeLuca, c'était un brave soldat.

J'ai roulé des yeux et ouvert la bouche avant de regarder ailleurs. L'air me manquait et les mots aussi. Je me suis rendue compte seulement à cet instant que je ne connaissais pas son nom, et que j'aurais bien aimé. car c'était dans ces moments-là que j'aurais aimé le prononcer et demander pour demander de l'aide.

– Qu'est-ce que je suis supposée faire, maintenant...



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Abel Henoch
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Il avait croisé les bras en lui parlant et avait bien noté le changement d’humeur de Maddison. Il avait plissé le front en même temps qu’elle s’assombrissait en se demandant ce qui pouvait motiver ce revirement. Est-ce qu’elle allait lui reprocher de se montrer paternalisme ? Est-ce qu’il y donnait de l’importance ? En l’état actuel des choses, Maddison n’était qu’une distraction bienvenue, puis une rivale potentielle de par son appartenance à l’Underground - même si elle s’en défendait. Il la trouvait intéressante, mais ils n’avaient aucun lien.

Alors lorsqu’elle explosa, il plissa les yeux brièvement et serra les lèvres. Il n’avait pas mesuré à quel point elle était impliquée, et plus elle parlait, plus la conviction qu’elle avait effectivement recherché la vengeance, et qu’elle aurait abattu Stenton pour de mauvaises raisons. Il n’avait peut être pas été là, à Baltimore, au coeur de ce drame qui avait bouleversé tant de destins, mais ce qu’il était devenu en était la conséquence directe. Il était autant concerné qu’elle. Bon peut être pas autant… il n’était cependant pas plus distant du sujet qu’elle ne semblait le penser. La plus grosse différence était qu’il n’en avait pas fait une histoire personnelle, ce qui, à ses yeux, lui donnait plus de légitimité pour agir. Il avait le recul. Elle non.

Il avait pris une expression d’indulgente désapprobation tout le long de son éclat, attendant calmement - passivement - que la tempête passe. Si le sirop d’érable avait calmé la première vague, il pouvait lui proposer des gaufres. Ou des muffins. Ce genre de distraction lui convenait parfaitement, et si les humeurs de la belle se régulaient par le sucre, ma foi…
Néanmoins, son parti de laisser passer placidement l’orage fondit comme neige au soleil lorsqu’elle lui asséna cette gifle qui l’avait pris totalement par surprise - il l’aurait arrêtée d’un geste, sinon. Aussitôt l’expression d’Abel se glaça, et Maddison aurait tout aussi bien pu être face à un iceberg, la différence semblait impossible à trouver.

Lorsqu’enfin elle se tut, il en profita pour entamer son propre discours.

« Ce que tu va bien pouvoir devenir, je m’en moque. Tu te prétends soldat, mais tu n’as aucune des qualités qui leur sont nécessaires. Aucun recul. Aucune tempérance. Aucune vue d’ensemble. Tu es tellement le nez sur ton objectif que tu en oublies le reste. Les enjeux ne sont pas de satisfaire ta petite vendetta personnelle. » Il parlait d’une voix monocorde, toute aussi froide que son attitude. Il avait voulu savoir ce qu’était l’Underground. Pour autant qu’il en voyait, ils n’avaient rien d’un groupe armé. Juste un groupe d’anarchistes qui prétendaient mener une guerre qu’ils ne maîtrisaient pas.
« Stenton n’est pas un martyr. C’est un exemple. Il prouve à tout ceux qui voudront se lever contre notre cause qu’ils ne sont pas à l’abri. Nulle part. Jamais. Si l’Underground l’avait tué - si tu l’avais tué - par vengeance ? C’est là qu’il aurait été un martyr. Victime d’une vendetta. Ca aurait plus nuit à notre cause qu’autre chose. Tu crois qu’une vengeance est meilleure pour l’image des Positifs ? Un groupe d’excités tout juste bons à tuer par caprice ? C’est de l’or pour vos détracteurs. Mais une attaque menée par un groupe militaire, une mission comme une autre ? Ca devient un acte de guerre sur une cible désignée. Stenton symbolisait l’oppression. Avec sa mort, c’est la domination des Négatifs qui est attaquée. Ce n’est pas la personne qui était dans la mire, mais tout ce qu’il représentait. Et son enterrement en grande pompe ? C’est le moyen que ces laches de Negatifs trouvent pour se prouver qu’ils sont assez forts pour se défendre. Ca les rassure. La vérité, c’est qu’une petite bombe au milieu de ces réjouissances aurait fait le plus grand bien en débarrassant le pays de quelques uns des adversaires les plus redoutables des Positifs et Candidats. Mais ça en aurait fait des martyrs, des vrais. Pourquoi tu crois qu’on n’a pas agit ce jour là ? » Il eut un sourire acide. « Il ne sera jamais un martyr parce que Liberation t’a soufflé la priorité, et heureusement. »

Il n’ajouta pas qu’il s’en fichait que l’assassinat de Stenton les ai condamnés. A dire vrai, les membres de Liberation s’étaient condamnés le jour où ils avaient retiré leur puce. Ils étaient des soldats, ils ne cherchaient pas à se faire une place pour vivre, ils combattaient pour un idéal. Partant, ils étaient prêts à accepter les conséquences de leurs actions.
Mais c’étaient des détails qu’il ne comptait pas donner aussi facilement - même si la cicatrice à l’endroit où se trouvait la puce donnait un indice assez clair sur ce qu’il s’était passé. Cependant, face à Maddison, il n’engageait que lui-même. Mais s’il donnait ce genre d’information sur Liberation, c’était encore une fois tout le groupe qu’il exposait.

Sa tirade terminée, il se saisit du dossier de sa chaise et se réinstalla avec son café. Aurait-il eu un journal qu’il s’y serait plongé aussitôt histoire de marqué son dédain pour la suite éventuelle de cette discussion, mais il se contenta de boire une gorgée de café avant de conclure :

« En tout cas, tu as raison, tu ne diriges pas. Avec une attitude pareille, ce n’est pas possible... »


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Maddison DeLuca
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La première chose qui m’a faite me retourner, c’est son jugement sur ma vision du soldat. Je l’ai dévisagé, les yeux ronds, abasourdie parce que j’entendais. Je n’avais pas de vue d’ensemble ? Après tout ce que j’avais attendu et les plans que j’avais échafaudés puis remplacés parce qu’ils ne me semblaient pas encore suffisamment bons… Stenton n’était pas un objectif, il était ce pour quoi je me battais si vaillamment. Et puis, je me suis indignée en fronçant les sourcils, le montrant d’une main ouverte. Ma voix partait dans les aigus mais je sentais mon nez pris, comme si quelque chose coinçait, comme si j’étais sur le point de m’effondrer en larmes mais que j’arrivais encore à me contenir, à rester droite et digne.

– Il ne s’agit pas d’une vendetta ! Il en va de toute une communauté ! Je n’agis pas que pour moi ! - Et puis dire que Stenton n’était pas un martyr m’a faite sortir de mes gonds, alors que je me rapprochais de lui comme pour mieux l’entendre - Bien sûr que si, c’est vous qui en avez fait un martyr, bon sang ! Bien sûr que j’ai voulu le tuer, qui ne l’a pas désiré ardemment ! Mais, je t’en prie. On agit tous par vengeance un moment ou un autre. Ose me dire que ça n’a pas été le cas de Liberation… Vous n’auriez jamais dû le tuer, vous auriez dû trouver un moyen de le mettre au frais jusqu’à la fin de ses jours, vous avez juste abrégé ses souffrances, il a gagné ! Il a gagné parce que vous - J’ai désigné son torse de mon index -  avez montré au monde entier que nous étions dangereux ! Vous avez instauré la peur chez eux !

J’ai levé une main en me détournant. Nous étions si différent que j’en revenais à peine de m’être sentie aussi bien avec lui à peine quelques minutes plus tôt. J’ai passé mon index sur un sourcil en l’écoutant, le regard porté vers l’extérieur. Mais le reste de son discours a fait parcourir un voile glacé dans mes veine. Les yeux ronds, je me suis figée et j’ai dégluti, sans qu’il ne me voit. J’ai pincé les lèvres en me retenant de pleurer comme une gamine mais il me terrifiait. Je n’imaginais pas un seul instant que cet homme pour lequel j’avais eu autant d’affection sans même connaître son nom, pouvait me tenir un discours pareil, avec une telle froideur, droit face à moi. Si Reese avait été là, je ne sais pas sur lequel j’aurais dû parier. Ils étaient de force égale et j’avais déjà entendu Reese s’en prendre à quelqu’un de cette manière. L’autre s’était fait tout petit. J’ai senti un frisson me parcourir l’échine, les lèvres entrouvertes pour réussir à respirer. J’ai dégluti à nouveau et je me suis lentement tournée vers lui pour recevoir son sourire acide.

Des discours comme celui-ci, j’en avais souvent entendu, mais à ma propre encontre. L’armée m’avait appris à les encaisser. Le racisme et l’oppression, toutes ces choses qui s’étaient calmées avec le temps, de façon encore assez imperceptible mais c’était bien là. Et puis mon visage s’est durci. Je l’ai laissé retourner à son siège en serrant les dents. J’ignorais toujours pourquoi, je ne savais toujours pas pourquoi j’étais encore là, pourquoi je n’avais pas sauté sur ma moto pour m’enfuir. Il était de Liberation et à présent, je le savais. Je savais que nous étions ennemis. Et qu’un jour, nous serions voués à nous haïr purement et simplement car nous n’avions pas le même chemin. Mais j’étais là. A cause de ce que j’avais ressenti plus tôt. De plus, je cherchais autre chose - qui n’avait plus rien à voir avec Liberation. Il y a quelques années, j’avais trouvé l’armée, salvatrice, lucide. Aujourd’hui, je le trouvais lui. Et puis, j’ai compris. J’ai compris que l’Underground avait une mission, que nous étions extrêmement différents mais que c’était ce qui faisait notre force. Nous étions alors environ une centaine dans le centre mais nous pouvions être tellement plus. Il nous était impossible de diriger avec un seul à la tête de notre communauté. Non… Je venais de comprendre. Cette séparation entre Abel et moi, c’était la même qu’entre Maze et moi - sur des niveaux différents. Et je savais à présent quoi faire. Cette pensée ne m’a pas assoupie, elle ne m’a pas apaisée, elle m’a cependant redonné confiance. Je n’avais plus Stenton mais finalement, c’était un cadeau de Liberation. Je n’avais pas à porter ce meurtre, ils le faisaient pour moi. Et à présent, ma mission, c’était que plus personne n’ait un jour à tenir un discours pareil en ce qui nous concernait.

Malgré tout… J’avais besoin de sauver quelqu’un dans cette guerre. Je ne connaissais pas les autres de Liberation, mais je voulais croire que lui était différent, qu’il y avait une raison à ce discours. Je ne me contentais pas d’avoir des frissons face à autant de haine, j’avais envie de la transformer en autre chose. Du moins, c’était un raisonnement qui me viendrait peu à peu dans les semaines suivantes. Pour l’heure… Je me suis approchée de la table, lentement, sans me presser et je me suis appuyée d’un pied sur son siège avant de croiser mes bras sur mon genou. J’ai baissé la tête vers lui et pris une voix que je ne me serais pas imaginée aussi calme et à peine perceptible.

– Le dernier à avoir tenu un tel discours, un pseudo groupe terroriste de Dégénérés lui a mis une balle entre les deux yeux.

C’était, peu ou prou, ce qu'écrivaient certains journaux à scandales se voulant insultants et démesurés. Mais qui, malgré tout, existaient bel et bien à la vue de tous. J’ai penché la tête, comme pour capter son regard, celui que je soutiendrais, quoi qu'il arrive. Il allait de soi que je parlais bien sûr de Stenton. Je reconnais… J’espérais qu’il se dresserait contre moi. Mais c’était de bonne guerre, vous ne trouvez pas ? Pourquoi avais-je tant envie de le voir se dresser de toute sa grandeur face à moi ? Il ne me faisait pas peur, d’ailleurs. Au contraire. Je le cherchais. Volontairement.



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Abel Henoch
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Tout comme elle, Abel prenait conscience de ce qui les séparaient en l’écoutant parler. Cela dit, cela le confortait dans son analyse : Maddison et l’Underground auraient tué Stenton pour qui il était. Liberation et lui avaient visé ce qu’il représentait. Il n’ajoutait pas non plus que cela leur avait apporté quelque chose d’inattendu avec des informations importantes sur les activités de la Waleman : autre avantage d’avoir organisé cela en mission paramilitaire. Ils allaient pouvoir faire beaucoup pour les Positifs et les Candidats, et leur petit nombre serait leur protection. Il n’ajouta pas non plus qu’un procès et un séjour en prison aurait été hautement improbable pour Stenton.

Maddison avait fini par lui tourner le dos, le regard se perdant à l’extérieur du Saloon, mais il n’y prêta aucune attention. Il ne rebondit pas non plus sur ce qu’elle avait dit. La discussion était close, et il avait le sentiment que rien ne pourrait rapprocher leurs points de vue, mais ça n’avait pas d’importance - pas pour l’instant. Plus tard, il ressentirait douloureusement le canyon entre eux. Mais pour l’heure, il avait surtout l’intention de la renvoyer à son souterrain insalubre. Il avait eu plus qu’il n’espérait en la ramenant au Saloon - et il ne pensait pas seulement à la nuit qu’ils avaient passé, un extra appréciable. Il semblait qu’il était temps de fermer le chapitre.

Pourtant, Maddison ne semblait pas encline à en rester là. Elle lui fit à nouveau face, posant un pied sur la chaise et se penchant vers lui pour le menacer à mi-voix.
Dans le silence qui suivit, Abel ne la lacha pas du regard et ne quittait pas son expression de froideur. Il connaissait le danger aussi bien qu’elle, peut être même mieux. Il n’avait pas été soldat, il avait été agent du MSS. Il avait perdu son innocence et son enfance lorsque le « service de recrutement » chinois avait fait irruption chez eux, en Islande, parce que lui et sa soeur étaient Candidats. Parce que la Chine avait décidé qu’elle avait besoin d’agents Positifs, et qu’à défaut de les trouver naturellement dans sa population, elle allait les fabriquer, à partir des gens qu’ils pourraient trouver, toujours plus loin de chez eux. A partir du moment où lui et sa soeur avaient accepté de les suivre pour protéger leurs parents, leur vie n’avait été qu’une question de survie. L’exposition à Yu, l’émergence de son pouvoir, l’entrainement plus douloureux chaque jour, et puis les missions, toujours plus risquées, et l’obligation de réussir pour un pays qui n’acceptait pas l’échec.

De fait, la menace de Maddison n’en représentait qu’une nouvelle dans sa vie, mais il ne craignait pas vraiment que cela vienne d’elle. Elle ne tuerait pas un Candidat ou un Positif - après tout, elle avait été prête à mettre le grand ennemi de sa vie derrière des barreaux. Et elle était la seule à savoir où le trouvait dans la nébuleuse de ses opposants.
Il savait que ce ne serait probablement pas pour ce genre de discours qu’il risquait le plus d’être abattu. Dehors, des agents du MSS - ses anciens camarades - le traquaient pour sa désertion. Il savait aussi qu’ils ne s’annonceraient pas.
Il finirait sans doute une balle entre les deux yeux. Mais pas à cause de ce qu’il venait de dire.

A mesure de sa réflexion, la lueur au fond de son regard avait viré du glacial au sombre, de cette obscurité qu’on trouve dans les yeux d’une personne qui connait son destin et qui en a accepté toutes les issues.
Et prit une décision. Elle s’était abandonnée, elle lui avait donné une part de ce qu’elle était. Il pouvait faire de même au moins sur ce point, sans prendre de risque pour lui ou son groupe.

« Je suis déjà mort. » répondit-il sur le même ton qu’elle.


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Maddison DeLuca
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Et juste comme ça, en une fraction de seconde, tout est retombé. Je ne l'ai pas quitté des yeux, je me fichais bien qu'ils soient encore rougis et que mes traits soient tirés par la frustration, la colère et une profonde tristesse que je lui avais révélée plus tôt. J'ai attendu, et attendu, de longues secondes, qu'il se lève, qu'il me pousse, qu'il me frappe, qu'il me vire, quelque chose. Qu'il hurle, qu'il me menace. Mais rien n'est venu. S'il y avait bien quelque chose que nous partagions - enfin - c'était ça.

_ Je sais.

En déglutissant, ma voix s'était brisée et j'ai senti quelque chose de chaud dans ma poitrine. Je le savais parce que je l'avais peut-être compris durant la nuit, qu'on n'agit pas ainsi avec un inconnu, n'attendant que le matin pour se réveiller pleinement. On ne s'abandonne pas de cette manière si on ne sent pas qu'on n'a plus rien à perdre. Je comprenais aussi qu'un Positif n'aurait jamais eu cette réaction, contrairement à un Candidat. Ceux pour qui j'avais une admiration toute particulière. Je n'avais jamais vraiment mis les mots sur ce que je ressentais au fond de moi, sur ce que j'étais, d'une certaine manière. Mais il venait de le faire. Et soudain, tout est devenu lucide.

Je me fichais du reste. J'en avais envie, je voulais y aller, je voulais y courir. Je savais, je le comprenais, que c'était probablement la pire erreur de toute ma vie, celle dont je ne me relèverai jamais complètement. Celle que je ne pourrai pourtant jamais regretter, quoi qu'il arrive. J'ai levé une main pour la poser sur sa joue, mon pouce glissant de son arcade sourcilière. Je l'ai dévisagé de longues secondes en captant la chaleur diffuse dans la paume de ma main. J'ai pincé les lèvres alors que mes yeux avaient du rougir un peu plus que je me retenais d'exploser de rage comme une bombe. Néanmoins, personne ne pouvait être comme il l'avait été cette nuit s'il était déjà mort. Mon pouce a glissé sur ses lèvres sans que mes yeux ne l'aient abandonné une seule fois. J'ai retiré ma main de son visage et l'ai délicatement posée contre son torse pour entendre les battements de son coeur résonner contre ma paume. J'ai haussé les sourcils et ma voix est devenue tel un murmure.

_ Mais pas pour moi.

Et je ne connaissais même pas son prénom.



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Abel Henoch
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Sa paupière tressaillit lorsqu’elle répondit. Comme elle, il s’était attendu à autre chose. Ce genre de phrase assénée comme cela pouvait paraitre futile, ridicule même. Il s’était attendu à ce qu’elle lui rie au nez. Mais non.

En deux mots, Maddison venait de lui donner l’impression d’être plus vulnérable qu’il ne l’avait jamais été, ce qui lui déplaisait fortement. Il savait qu’il avait livré une part de lui en disant cela, mais il ne pensait pas qu’elle ait pu seulement effleurer ce qu’il avait caché en lui, bien barricadé. Mais à la regarder, il avait le sentiment qu’elle avait touché bien plus qu’il ne l’aurait souhaité, et cette conviction faisait hurler en lui toutes ses défenses. Si elle avait eu l’intention de le faire réagir violemment contre elle, ce n’était pas avec une menace qu’elle y avait réussi, c’était avec ces deux simples mots. Il avait furieusement envie de la repousser et de la renvoyer dans son Underground, mais il resta assis, tendu comme un arc, le visage vide d’expression.
Il n’avait pas l’habitude de baisser sa garde, même d’un iota. Il était un agent du MSS, une machine de guerre, habitué à compartimenter sa vie, ses sentiments, et à s’oublier totalement pour ne voir que ce qu’il avait besoin de voir, l’objectif à atteindre. Mais ce simple échange, sans arme, sans même lever la voix, avait atteint un point de son être qu’il pensait avoir hermétiquement enfermé.

Il la laissa lui toucher le visage, la joue immédiatement en feu au contact de sa paume étrangement fraiche, mais il ne bougea pas plus ni ne détourna le regard. A peine s’il contracta sa mâchoire. Et puis sa main quitta sa joue pour la poser contre sa poitrine, dans laquelle son coeur avait largement accéléré. A l’instant, il avait tout du serpent sur la défensive, tous les muscles prêts à se détendre pour frapper mortellement ce qui le menaçait.

Lorsqu’elle eut terminé sa phrase, il laissa passer une fraction de seconde. Il ne voulait pas la laisser approcher de lui plus qu’elle ne l’avait déjà fait. Les choses étaient déjà assez compliquées comme cela. Mais il n’avait qu’une seule réponse à apporter, malgré tout ce que ça entrainerait comme difficultés par la suite.

Toute la tension qu’il avait accumulée sur les dernières minutes se libéra soudainement. Il repoussa violemment la main de Maddison encore sur son torse et se mit sur ses pieds d’un même mouvement. Tout aussi vivement, ses mains prirent la tête de la jeune femme et ses lèvres trouvèrent les siennes et il l’embrassa avec férocité tout en la forcant à reculer jusqu’à la plaquer sans ménagement contre la rampe de l’escalier derrière elle. D’une main, il enserra la nuque de la jeune femme, pendant que l’autre descendit le long de son corps pour la prendre sous une fesse et la soulever franchement, plaquant ses hanches contre les siennes. Il la maintenait avec force pour lui couper toute possibilité de se soustraire à son étreinte.


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Maddison DeLuca
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J'ai reculé d'un pas sous la surprise lorsqu'il a rejeté ma main en se levant. J'attendais qu'il s'en prenne à moi et j'ai aspiré l'air en restant en apnée pour me préparer. J'ignorais à quel point je l'avais approché ni même touché. Tout ce que je savais, c'est que j'étouffais sous les propres battements de mon coeur. Je ne sais pas s'il l'a vu, je ne sais pas s'il l'a remarqué, j'ignore s'il l'a senti mais j'avais franchi les centimètres de trop qui me séparaient de lui pour agripper son t-shirt et l'attirer à moi.Je ne m'étais pas attendue à une telle force de sa part, en tout cas. Je me suis accrochée d'une main à sa nuque comme on se maintient tant bien que mal à une branche au-dessus d'une rivière endiablée.

J'ai étouffé un soupir quand j'ai senti mon dos heurter la rampe mais je ne m'en suis pas pour autant décollée de lui, me serrant même d'autant plus. Quand il m'a soulevée, j'ai enroulé mon bras autour de son cou, mon autre main tenant son visage au creux de ma paume J'ai passé mes jambes autour de ses hanches et mes doigts ont commencé à tirer son t-shirt dans son dos jusqu'à le passer par dessus sa tête. J'ai agité la main pour m'en débarrasser alors je me cramponnais à nouveau à ses lèvres. Il m'était difficile à expliquer ce qui m'animait. Ce n'était ni de l'amour, ni de la haine, c'était totalement autre chose.

Avec le recul, je me dis que j'étais tellement à fleur de peau, à tel point que j'en avais perdu toute lucidité. J'étais impulsive, démesurée, je ne réagissais qu'à ce que mon instinct me dictait, sur l'instant et non sur le long terme. Sa force était tel un aimant, je désirais tant vaincre le gouffre qui nous séparait, je ne voulais pas croire que deux personnes, aussi similaires soient-elles, puissent être aussi différentes. Jamais personne ne m'avait parlé sur ce ton et jamais personne ne m'avait touchée de la sorte. Je crois que jamais personne, en dehors de lui, n'avait un jour pu prétendre comprendre ce que j'avais vécu dans ma vie.

Mes mains soutenant sa nuque, j'ai posé mon front contre le sien, écartant mes lèvres pour reprendre mon souffle une seconde, juste le temps de lui murmurer de s'accrocher à moi. Sur l'instant, je parlais littéralement. Mais en y regardant de plus près, je pense que j'ai voulu lui dire de ne pas me lâcher. Jamais. Je ne m'étais jamais sentie autant en sécurité qu'avec lui, pas même avec Reese. Il était probablement aussi désespéré que moi, à un tournant de sa vie, comme moi. Nous n'avons jamais été aussi proches l'un de l'autre que ce jour-là, et jamais aussi différents qu'en cet instant. J'ai pressé mes doigts dans son dos, m'accrochant à son cou. Deux secondes plus tard, il s'était écoulé pas loin de 10 minutes.

10 minutes où le saloon avait été d'un silence de plomb, comme s'il n'y avait personne. Un silence pendant lequel mon téléphone avait sonné sans avoir de réponse. Quelques boules de poussières et petits morceaux de papier abandonnés avaient volé sous le coup et puis plus rien. Pas âme qui vive dans ce laps de temps. Je n'avais jamais transporté qui que ce soit. Je ne savais même pas si j'en étais capable alors. Je l'ai juste fait. Je lui ai fait traverser mon monde, celui que personne ne voyait en dehors de moi, une spirale de vent qui n'avait rien à voir avec ce qui se voyait de l'extérieur. Je ne sais pas si c'est parce que je maîtrisais mon pouvoir mieux que personne sur cette planète ou parce que nous ne formions qu'un, ça a été le meilleur atterrissage comme je n'ai jamais pu en refaire un. Nous sommes réapparus à quelques centimètres au-dessus du lit. Je l'ai accompagné dans sa réception, pas peu fière, mes doigts glissant autour de son visage. Pour ma part, j'avais l'habitude mais je savais que le voyage, même court comme celui-ci, pouvait perturber. Aussi, je me suis redressée dans un sourire en me mordant la lèvre inférieure et j'ai enlevé mon t-shirt à mon tour, le sien, d'ailleurs. Suffisamment lentement pour l'agacer. Et puis, j'ai défait mes cheveux avant de secouer la tête. Je ne les avais pas aussi longs à cette époque mais mon visage disparaissait vite parmi les boucles.

Je me suis à nouveau penchée sur lui, encadrant son visage de mes bras. Je ne sentais même plus la douleur ! J'ai rejoint ses lèvres avant de faire glisser les miennes sur sa joue, que ma main avait frappée quelques minutes plus tôt. Je m'y suis attardée un instant avant de descendre dans son cou puis de longer les lignes de son torse en le baignant de baisers. Je brûlais d'envie de lui demander son prénom cette fois mais quelque chose m'en empêchait. Je n'avais pas envie de parler, j'avais tellement la crainte qu'il me file entre les pattes, qu'il s'enfuit ou qu'il revienne sur sa décision. Il ne m'aimait pas, c'était certain, notre relation était aussi fragile qu'une soie d'araignée. De plus, je me demandais combien de temps je pourrais tenir sans avoir besoin de prononcer son nom. Mais j'étais plongée dans l'intensité, celle que j'aimais le plus. Je ne me posais pas de questions, je vivais tout simplement l'instant comme s'il était totalement unique. J'ai embrassé son ventre plus longuement alors que je défaisais à nouveau son pantalon et puis, je suis revenue presser mes lèvres contre les siennes en inspirant profondément. Et plus le bouton résistait entre mes doigts, plus je m'agaçais. J'ai fini par me redresser, toujours assise sur ses cuisses et j'ai laissé mes cheveux me tomber sur le visage, mes deux mains s'affairant à ouvrir mon sésame, ce qui me rendait de plus en plus impatiente.



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Abel Henoch
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Qu’elle réponde à son étreinte à la limite de l’attaque ne lui fit ni chaud ni froid. Si elle avait voulu se refuser, il lui aurait fallu qu’elle y mette beaucoup d’énergie pour l’arrêter. Mais elle n’en fit rien, mettant la même puissance que lui dans ses caresses.

Par le passé, il ne s’était jamais attaché à personne, il ne s’était jamais permis de s’abandonner de la sorte avec qui que ce soit. Sa soeur était celle qui le connaissait le mieux, et elle était loin de connaitre ses pensées les plus profondes. Le MSS avait bien fait son travail, mais pas seulement. L’autre raison pour laquelle il s’était toujours bridé était que peu de personnes pouvaient comprendre la violence de ses émotions et encore moins les supporter. Il était entier, exigeant, et ne se sentait pas en droit de demander à qui que ce soit de satisfaire sa soif d’absolu.
Mais là, avec Maddison, ses défenses s’étaient fissurées en quelques minutes, le laissant vulnérable. Il n’était pas familier de cette sensation, et il luttait contre elle, de la seule façon qu’il connaissait : en se battant, d’une façon qui n’avait rien de conventionnel.
En réalité, il ne se battait pas contre elle mais contre lui-même. Contre ce qui commençait à poindre en lui et dont il ne voulait pas - qu’il mettrait du temps à reconnaitre. Contre ce qu’il considérait comme une faiblesse : se préoccuper des autres déconcentrait de l’objectif, de la mission. Il se faisait déjà du soucis pour sa soeur. Il ne voulait pas s’attacher à qui que ce soit d’autre. Les responsabilités inhérentes à sa fonction de chef étaient différentes de ce à quoi il s’exposerait avec Maddison. Ils avaient enclenché quelque chose contre lequel il voulait lutter - et ne pouvait déjà plus le faire. Si les contraires s’attirent, alors ils ne pouvaient que se fondre en une seule entité...

Elle interrompit leur baiser et l’invita à s’accrocher à elle. Il n’eut pas le temps d’en dire plus, ni de lui intimer l’ordre de se taire qu’elle les transporta dans sa chambre.

Si on lui demandait, il aurait été incapable de décrire ce qu’il avait pu voir, trop surpris par l’expérience pour en graver les détails dans sa mémoire. Par contre, le vertige qui le prit en « arrivant » était parfaitement descriptible. Pendant un temps, il fut incapable de déterminer le haut du bas. Il ferma donc les yeux pour calmer son étourdissement et lutter contre la nausée qui le prenait, se pinçant l’arrête du nez d’une main. D’abord concentré sur son malaise, ce furent les caresses de Maddison qui le ramenèrent au présent, allumant une trainée de feu partout où elle passait. Il s’y attacha comme à une bouée dans la tempête. Le déchainement de ses sens se calma progressivement, et il se sentit suffisamment sur de lui pour rouvrir les yeux.
Elle était là, cachée par ses cheveux, purement consentante - vu comment elle s’énervait sur son pantalon, on ne pouvait pas faire plus consentante.
Petit à petit, la violence qui était née en lui reprenait ses droits. Avec la même soudaineté que quelques minutes plus tôt, en bas, il se redressa - easy, genre j’ai des abdos en béton armé tu peux pas test - repoussant ses cheveux pour reprendre possession de ses lèvres, exigeant. A son tour, il explora le corps de la jeune femme, redécouvrant sa peau, ses mains descendant jusqu’à ses hanches. Il saisit son fessier avec fermeté et la fit pivoter sans ménagement pour l’étaler sur le lit. Avec la même hargne, il déboutonna sans difficulté le bouton qui s’était montré récalcitrant avec Maddison, et jeta son pantalon au pied du lit avant de faire de même avec le dernier vêtement de la jeune femme. Il prit une fraction de seconde pour contempler son corps offert avant de poser ses lèvres sous le nombril de Maddison et remonta progressivement, s’attardant sur sa poitrine - sans trop de ménagement - et reprit ses lèvres.
Il passa ses bras sous elle. Il n’avait pas une musculature en volume, mais en muscles fins, secs et puissants, et il la serra contre lui, s’emparant de sa nuque. Il quitta ses lèvres et s’empara du lobe de son oreille pour finalement la pénétrer sans retenue. Il lui fit l’amour avec intensité, différemment que la nuit précédente. Cette nuit avait été teintée d’amusement. Cette fois, leurs ébats étaient plutôt empreints de rage.


Il était allongé sur le côté, face à la fenêtre ouverte, tournant le dos à Maddison, tachant de reprendre son souffle. Il finit par s’assoir, les coudes sur ses genoux. Il tourna la tête vers elle, le front plissé. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais une seule chose lui vint.

« Désolé… » Il n’était pas bien fier de ce qu’il venait de faire, même s’il se sentait passablement détendu. Mais il avait l’impression tenace d’avoir abusé d’elle, et il s’en voulait.


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Maddison DeLuca
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Il valait mieux de la rage que de la haine. Je crois qu'au fond de moi, c'était une expression des plus sincères. Cette folie qui m'animait tous les jours, cette colère qui me tenait en vie, je ne pouvais jamais l'exprimer. Je le faisais en bousculant les autres, en les poussant à bout, je me vengerais du monde entier sur le monde entier. Je ne savais pas faire autrement. J'abusais de la planète tout entière. Alors comment... Comment pouvait-il croire qu'il avait abusé de moi ? Je le provoquais sans relâche depuis des heures, c'était, finalement, tout ce que j'avais cherché. J'avais connu des relations plus saines que celle-ci, c'est vrai. Mais je n'étais pas sûre d'avoir envie d'être raisonnable. Abel m'offrait à ce moment-là l'occasion d'être moi-même, de m'exprimer, d'exorciser ce trop plein de frustration, de colère et de rage aussi. Sans lui, je me demande souvent ce que j'aurais pu devenir, ce que j'aurais fini par être si personne n'avait réussi à désamorcer cette bombe en moi, cette... Furie. Je la détestais. Je la haïssais. Je voulais en finir avec elle, je ne voulais plus être comme ça. Mais c'était plus fort que moi, je ne savais m'exprimer que de cette manière. Je n'avais juste jamais trouvé qui que ce soit... Capable de supporter mon poids.

Je me suis redressée doucement. Il ne faisait pas froid, ici et ma peau devait sûrement y réagir après tout ça. Mes yeux brillaient probablement et ma peau ruisselait. Je ne savais pas si ça venait de lui ou bien de la chaleur. Quand bien même je n'étais pas pudique, je me suis entourée du drap avant de venir poser une main sur son épaule et lui embrasser délicatement.

– De quoi ?

J'ai posé mon menton sur son épaule et j'ai penché la tête pour capter son regard. De quoi avait-il si honte ? J'aurais été à sa place, je ne me serais pas excusée. Ce n'est pas comme si j'avais dit non. Ni comme si je n'avais pas répondu. Prenez-moi pour une folle, ou tarée, ce que vous voulez, mais la force qu'il avait mise était probablement la même que j'avais donnée. Mais je suis une femme alors vous n'avez qu'à vous dire qu'il y avait plus de sentiments de mon côté. Quand il avait tourné le dos, j'avais même souri. Il était vraiment rare que je me sente pleinement satisfaite. Cela faisait deux fois, maintenant et jamais je n'avais connu une communication aussi pure et intense qu'avec lui. Aucune fausse note. Il était enflammé, brûlant, un vrai feu sauvage, ce qui était étrange parce qu'un instant, je me suis demandée si Chase était comme lui, ce qui m'aurait permis de mieux le cerner. J'avais hérité de la froideur de mon père, je le savais, et en ce sens, je ne pouvais m'entendre qu'avec des feux sacrés comme Abel. Paradoxal pour quelqu'un qui contrôle l'eau, vous ne trouvez pas ?

J'ai doucement caressé le haut de son dos, suivi les lignes de son tatouage en suivant mon geste du regard. Mes doigts ont joué sur ses muscles, ses quelques cicatrices et sa colonne vertébrale d'un air pensif. Je ne m'en suis jamais lassée. A défaut d'être sur la même longueur d'onde, nous étions au mieux complémentaires, au moins compatibles. Nous ne partagions rien en terme politique et nous avions sérieusement besoin d'éviter certains sujets mais pour le reste... J'ai posé ma main à plat dans son dos, là où je sentais le mieux son coeur battre de l'autre côté. Je l'avais senti si vivant que j'avais peine à croire ce qu'il m'avait dit plus tôt. Mais c'était ça le but, non ? J'ai fait glisser mon autre main sur son épaule pour y poser mon menton. Je le dévorais du regard, encore. Il était tout ce que je cherchais, finalement, si on mettait de côté nos opinions opposées, ce qui était vital si nous voulions survivre l'un à l'autre. Paisiblement, je lui ai souri.

– Comment tu t'appelles ?

J'ai tendu les lèvres pour lui embrasser le cou et j'ai finalement ramené ma main de son dos à son visage, mon pouce dessinant à nouveau un arc le long de son sourcil. J'y mettais une telle tendresse que je n'étais pas sûre de me reconnaître. J'ai caressé son visage d'un index en lui embrassant l'épaule et ma main a parcouru son bras, jusqu'à son poignet. Mon index a suivi sa cicatrice que je devinais être celle de sa puce et j'ai finalement mêlé mes doigts aux siens avant de les relever à mes lèvres pour les embrasser à leur tour.

– Tu peux me le dire, maintenant... Non ?

C'était étrange. Quand quelqu'un veut quelqu'un d'autre, en général, il le prend. Surtout si l'autre dit non. Je n'avais pas dit non, il me semble. Au contraire. Mais plus j'y repensais, plus j'en demeurais silencieuse. Qui embrasse avec tant d'ardeur quand il s'agit juste de prendre ce qu'on veut ? Il y avait autre chose, Abel ne se contentait pas juste de dire "Je vois, je veux, je prends". J'avais provoqué ça. Moi. J'ignorais quoi mais je savais que j'avais réveillé cet homme-là. Ca en disait si long sur lui que son prénom n'avait même plus d'importance. Du moins, l'importance de ne pas le connaître. De ce fait, ne sachant pas vraiment sur quel bord je dansais, peu m'importait ses réponses, je n'avais pas envie qu'il se sente obligé, je n'avais pas voulu le piéger, je n'avais pas voulu qu'il se sente mal à cause de moi. J'ai baissé les yeux avant qu'il n'est le temps de me répondre.

– Je peux partir, si tu préfères.

Je lui laissais la porte ouverte, ce qui était une grave erreur mais je savais qu'à un moment, il se réveillerait. Il redeviendrait ce gars calculateur et froid que je détestais, même du peu qu'il m'avait montré. Et ce serait fini. Ce petit voile magique, ce petit voyage entre les mondes prendrait fin. Et je ne le voulais pas. J'en voulais encore. De lui, de sa peau, de son eau, si j'étais loin de prendre conscience les sentiments qui me gagnaient au fil des secondes, contrairement à lui, je savais que pour l'heure... J'avais surtout besoin de lui.



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Abel Henoch
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Il la regarda venir s’installer contre lui comme un chat venait se lover contre la chaleur. Il baissa légèrement les yeux quand elle lui embrassa l’épaule et eut un sourire en coin en sentant un frisson sous ses lèvres. Il la regarda à nouveau pour voir ses yeux luire, plus que ce qu’il avait constaté plus tôt, en bas.

« Ce n’est pas mon habitude de… » Il secoua la tête avec un sourire d’auto-dérision. « … manquer de retenue... » Cela étant, il était clair qu’elle n’avait pas l’air de protester du traitement qu’elle avait subit. En fait, elle avait répondu à ses caresses avec la même intensité… Lui aussi, il pourrait s’habituer à ce genre de réveil. L’espace d’un instant, il ne se sentait plus autant responsable, plus autant guerrier. Mais pour agréable que ce soit, c’était aussi un risque. Celui de baisser sa garde, de manquer de vigilance… Mais hé… ce n’était qu’une fois, n’est-ce pas ?

Et puis la bulle de tranquillité explosa quand elle lui demanda son nom. Son sourire s’effaça et il plissa le front. Il n’avait pas envie de cette question. Il suivit les gestes de Maddison le long de son bras jusqu’à la cicatrice, dernier vestige de sa puce. Pour elle, le traceur devait sans doute encore y être. Il n’avait pas envie de mentir, de lui mentir, mais est-ce que ne pas dire quelque chose était un mensonge ? Il n’en savait rien. Mais il réalisait qu’il n’avait fait que lui dire la vérité depuis le début, et pour une raison inconnue, il ne voulait pas le changer. Il aurait bien aimé savoir pourquoi, d’ailleurs…

Mais la question était surtout de savoir ce qu’il allait lui dire…
Il hocha vaguement la tête.
« Reste… » et il se leva. Il renfila son boxer et s’avança doucement jusqu’à la fenêtre en réfléchissant à ce qu’il pouvait lui dire. Ce qu’il devait lui dire. La vérité n’était pas envisageable, l’autre vérité lui déplaisait. L’une solution comme l’autre n’avait aucun attrait. Son regard se perdit sur le paysage par la fenêtre : une étendue stérile, maintenant écrasée par le soleil. Il fallait se rendre à l’évidence, ils étaient différents, ne poursuivaient pas les même objectifs. Ils n’avaient pas d’avenir ensemble. Pire ! Qu’il envisage un avenir était dangereux. L’attachement faisait prendre des risques inutiles, détournait de l’objectif. Il devait déjà prendre en compte sa soeur - quoique Delilah lui écraserait sans doute le crâne pour penser à elle en tant que personne à protéger… Maddison aussi, sans doute… Se ramollissait-il ? C’était exclu, il avait une mission. C’était ce qui devait primer. Alors… autant mettre de la distance immédiatement.
Il se retourna pour lui faire face et s’appuya contre l’appui de la fenêtre, les bras croisés.

« Je suis Abel. » Et même comme ça, il n’avait pas pu se résoudre à mentir. Il ne s’appelait pas Abel, ce n’était pas son nom. C’était l’identité qu’il avait adoptée, un symbole. C’était ce qu’il était. C’était le mieux qu’il pouvait lui offrir.


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Maddison DeLuca
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J'ai laissé ma main glisser de son dos lorsqu'il s'est levé et puis je l'ai suivi du regard. J'étais autant déçue qu'il s'éloigne si vite de moi que ravie qu'il me demande de rester. J'ai gardé mon sourire, même faible en attendant la suite. Mais je n'imaginais pas ce qui m’attendait. Il avait été si précieux, si discret, finalement. Il m’avait parlé de ses opinions mais pas de lui, il m’avait embrassée mais pas donné son nom. Il m’avait préparé un petit déjeuner mais il était désolé d’avoir « manqué de retenue ». Je me suis une seconde demandée s’il serait aussi intéressant sans ça. Je n’avais jamais vu autant de colère que dans ses yeux mais il m’avait dit de rester. C’est ce paradoxe qui a fait que je me suis raccrocher à lui par le futur. Je crois.

A son nom, je me suis figée en le fixant. Je n’ai rien dit, mon visage n’était pourtant pas impassible et ne pouvait masquer ma surprise. Je l’ai étudié pendant de longues secondes sans rien. Il n’existait qu’un seul Abel au sein de Liberation et ce n’était pas le second. Il était un peu… Notre Reese. Mais même si mon coeur a raté un battement, ce n’était sûrement pas pour ce qu'il croyait penser.

– Ouah. Toi, on peut dire que tu sais te faire remarquer pour séduire les femmes.

Sorti droit du coeur, je n'avais pas voulu que ma voix paraisse si... franche.J’ai souri en me retenant de rire. Je ne m’attendais pas à ce que je voyais, ni à cette totale indifférence qui venait me marquer. Aussi étrange que cela paraissait, je m’en fichais totalement ! J’en étais étonnée et surprise moi-même mais ça n’avait aucune espèce d’importance. J’ai acquiescé doucement et j’ai fini par me lever, sans me départir de mon sourire et sans même prendre la peine d’emmener le drap avec moi. Nous étions seuls, non ? Une fois à sa hauteur, j’ai soupiré et j’ai posé mes mains sur son torse avant de me hisser sur la pointe des pieds pour aller poser mes lèvres sur les siennes et m’y attarder quelques secondes.

– Mais ce n’était pas ma question… Je n’ai pas demandé qui tu étais. Mais comment tu t’appelais. Si je te demande si je peux prendre une douche, tu vas me montrer les toilettes ?

J’ai souri un peu plus, mes lèvres s’étirant malicieusement. Le plus fort de la bombe en moi, il l’avait désamorcée. Pour cette fois. Elle était toujours là, elle dormait dans ma poitrine, dans mon ventre, mais son grondement s’était tu. J’ai distraitement caressé son torse de mon pouce avant de reprendre, d’une voix plus sérieuse et basse, vraiment navrée.

– Puisqu’on en est à se dire les trucs qui fâchent… Je suis désolée de t’avoir frappé tout à l’heure. C’est le seul moyen de communication que je connaisse. Cela dit, je dois reconnaître que le tien est bien plus efficace. La prochaine fois que tu manques de retenue, appelle-moi…

S’il avait bien fouillé dans mes affaires, il avait mon numéro. Mais je savais qu’il ne l’utiliserait pas. Ce n’était ni son genre, ni le mien. Et quand bien même je nourrissais déjà l’envie de le revoir, je m’en préservais. Pas parce que nous étions « ennemis » mais parce que je n’avais aucun désir d’une quelconque relation, que je n’y étais pas douée et surtout, que je n’avais pas envie d’entendre avant lui qu’il était inutile d’espérer quelque chose. Dites-vous que j’ai cherché à le devancer, si vous préférez. C’était plus simple de me persuader que ce que j’avais ressenti auprès de lui n’était qu’une illusion.



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Abel Henoch
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Il s’était attendu à toute autre réaction. Elle avait semblée tellement déterminée à rencontrer le leader de Liberation qu’il avait cru qu’elle allait lui bondir dessus. Au final, elle semblait presque… indifférente. Mais peut être le fait qu’il lui ait permis de formulé ce qu’elle voulait réellement - savoir qui avait tiré - l’avait calmée…
Et évidemment, du coup, ça n’allait pas lui suffire. Seule une idiote se serait contenté de cela. Mais elle, elle avait saisit la nuance et le lui faisait bien sentir. Elle avait raison, bien sur. Mais que pouvait-il d’autre ? Il n’avait pas que lui à se préoccuper. Il avait des responsabilités, un devoir. Et il ne la connaissait pas.

Il lui offrit donc un sourire sans joie. L’image qu’elle avait utilisée était drôle, mais ce n’était pas cela. Il réfléchissait à ce qu’il pouvait lui répondre, mais elle continua sur sa lancée. Cette fois, Abel rit un peu.

« Va falloir que tu revoies ton mode de communication. Je ne suis pas sur de pouvoir te retourner le compliment… Servir de punching ball, très peu pour moi. Non que tu ne frappes très fort. J’ai rien senti. T’es sure que tu as une formation militaire ? »

Il la provoquait, bien évidemment. Il était curieux de savoir comment elle répondait à ce genre de vanne. Après tout, elle était militaire, elle devait avoir l’habitude de l’humour de caserne.
Mais avant de seulement penser à poursuivre une éventuelle joute verbale, il voulait clore l’histoire de son nom. Il n’avait guère envie qu’elle revienne à la charge. Il reprit donc une expression plus sérieuse.

« Ecoute… » Il poussa un court soupir. Il aurait pu la confondre et prétendre qu’il n’avait pas d’autre nom. Mais encore une fois, il rechignait à mentir. « J’imagine qu’après cette nuit et ce matin, on ne peut pas dire qu’on est les premiers venus. Mais je n’ai pas l’intention de te donner autre chose. Il y a trop de choses qui ne dépendent pas de moi pour prendre ce genre de… risque. »

Il revint s’assoir à côté d’elle et lui repoussa une mèche de cheveux derrière l’oreille, effleurant sa joue au passage.

« Et puis… A quoi te servirait d’avoir un nom ? Un autre nom, je veux dire ? Ca ne changerait rien… »


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Maddison DeLuca
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A sa question, j'ai souri un peu plus en hochant la tête. Je me suis mordue la lèvre, espiègle et j'ai acquiescé.

– Je n'avais pas dans le but de te faire de mal. Alors non... Je n'ai pas frappé fort. Tu es mon Kissing-Ball !

Mon sourire s'est lentement évanoui alors qu'il reprenait son sérieux. J'appréciais de retrouver l'homme en restant à l'écart de Liberation. Mais comme chaque bonne chose, il y a une fin à tout. Je m'attachais à l'homme mais pas au groupe. Alors, j'étais quelque peu déçue. J'aurais préféré sa joute verbale, j'imagine. J'ignorais totalement ce qu'il pensait de moi, ce qu'il en ressentait. J'ai pourtant essayé de le décrypter mais rien ne venait. J'ai perdu mes yeux dans les siens comme s'il allait m'aider à comprendre mais tout ce que j'ai reçu en retour, ce sont des mots que j'aurais pu prononcer moi-même. Ou bien Reese. Ou n'importe lequel d'entre nous, finalement. Je comprenais sa position mais je n'avais aucune envie de l'accepter.

Je l'ai suivi de retour sur le lit. J'ai alors croisé mes jambes en tailleur en repassant sous le drap et j'ai penché la tête au contact de sa main, continuant de boire ses paroles sans y réagir. J'ai fermé les yeux une seconde avant de les baisser. J'étais tout de même frustrée, il en savait plus sur moi que je ne pourrai en apprendre sur lui. Et malgré tout, j'ai retrouvé mon sourire. J'ai enjambé ses cuisses pour venir m'y asseoir, posant mes mains sur ses épaules et j'ai inspiré profondément avant de venir appuyer mes lèvres contre les siennes. Je m'y suis attardée peut-être quelques secondes avant de redresser le menton et glisser mes mains sur sa nuque pour mêler mes doigts à ses cheveux.

– Je comprends ce que tu veux dire, oui.

J'ai baissé les yeux, tendant mon pouce pour venir lui caresser les lèvres, mon sourire s'effaçant quelque peu. Néanmoins, c'est d'une voix douce que je lui ai répondu.

– J'aime savoir qui je regarde.

J'ai relevé les yeux pour les plonger dans les siens.

– Ca changerait tout, pour moi. Le maître à penser de Liberation ne m'intéresse pas. Je trouve ça un peu injuste que tu connaisses mon vrai nom et que tout ce que j'ai le droit de savoir de toi, c'est... Un pseudo que tu as laissé entendre aux médias ou que les journaux t'ont prêté. C'est ce que tu es. Pas qui tu es. - J'ai haussé les épaules en ouvrant les mains, comme si j'étais désolée en baissant le regard. - Et dans la mesure où je ne veux pas te mentir, que je n'aime pas ce que tu es, que ça n'a jamais été le cas et que ça ne changera jamais... - J'ai fait une moue en haussant les sourcils et j'ai doucement secoué la tête. - J'aimerais pouvoir mettre un nom sur... Tout ça.

Je n'étais pas capable de mettre un mot sur ce qui nous caractérisait, sur cette expérience, cette rencontre fortuite. Mais c'était quelque chose d'unique. Qui, quoi qu'on tenterait de me dire, n'appartiendrait qu'à moi. En retrouvant mon sourire, j'ai à nouveau caressé son sourcil de mon pouce, suivant mon geste lent du regard et ma voix a baissé encore d'un ton.

– Mais je comprends. Après tout, la magie... C'est de ne pas savoir. C'est de se demander où, quand, comment... Et qui. Ce sera mon secret. Que je le trouve vraiment beau.

J'ai reporté mon regard dans le sien et souri un peu plus. Pour ça, oui, je le trouvais beau. La fenêtre qu'il m'avait offerte m'avait aidée à respirer même si je manquais toujours d'oxygène. J'aurais voulu rester avec lui encore longtemps, de quoi regonfler mes poumons pour mieux reprendre ma route. Mais j'étais persuadée que ce n'était pas son cas. Il avait pourtant pris un risque déjà en me donnant le nom d'Abel. J'ai soupiré face au spectacle qu'il m'offrait. Je voulais tout mémoriser, avoir quelque chose pour me tenir chaud les nuits d'hiver.

– Et ton secret est bien gardé avec moi.

Et c'était vrai. Pendant des mois, et des années, je n'ai rien dit à qui que ce soit malgré l'envie, la frustration et le besoin de partager. Combien de fois des hommes ont tenté de filtrer ou de s'attirer mes bonnes grâces, mais j'ai poliment refusé. Quand on me demandait qui était ce fantôme vers lequel je semblais courir parfois sans que personne n'ait le droit de connaître même le nom, je ne répondais pas. Abel était mon secret. Et parfois, pour vivre heureux, il faut vivre caché. Doucement, j'ai reposé mes lèvres contre les siennes. Dans un sourire espiègle, sans m'écarter de lui, j'ai repris.

– Et sinon, c'était une vraie question. Ca t'ennuie si je prends une douche ?

[Désolée, à la base je partais sur un truc court, je savais pas trop comment étoffer en plus... Mais en ce moment, il semble que plus je pense faire court, plus je fais long :/ Une joueuse m'a dit "Fais toi plaisir, tank." quand jui ai dit que j'aimais trop ce rp, donc... Je m'exécute.]



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Abel Henoch
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Il la regarda fermer les yeux sous sa caresse. Elle prit un temps avant de croiser à nouveau son regard. Il pouvait le comprendre : après tout, elle avait posé une question simple, à laquelle il avait refusé de répondre. Ca pouvait être frustrant. Mais il ne prendrait pas ce risque. Jamais. Même avec la meilleure intention du monde, le MSS avait des psy qui pouvaient se trouver n’importe où, et lire les esprits. Il suffisait que l’information flotte à la surface de ses pensées pour que tout soit découvert. Probabilité infinitésimale, mais le risque existait, et il ne le prendrait pas pour ce qui était pour l’instant que l’histoire d’un soir. Il avait des ennemis puissants et dangereux, il ne voulait pas retomber entre leurs mains : leur prochaine rencontre serait beaucoup moins plaisante que les précédentes.

Maddison finit par relever la tête et lui sourire avant de venir s’installer sur lui. Les mains d’Abel trouvèrent leur place le long des cuisses de la jeune femme, caressant sa peau douce. Une sensation agréable qu’il aurait pu prolonger indéfiniment. Il lui rendit son baiser tout en lui massant les fesses et laissa remonter ses mains le long de son dos.
Caresser le corps d’une femme était une distraction apaisante et fascinante. Les apparentes similitudes entre elles disparaissaient sous un examen approfondi, révélant alors leurs trésors uniques. Et la latino était sans nulle doute une mine de merveilles.
Il plongea lui aussi son regard dans le sien avec un sourire en coin.

« Pourtant c’était lui que tu voulais tout à l’heure. »

Ses mains redescendirent le long de son dos et enserrèrent sa taille, souriant plus largement quand elle lui dit très clairement qu’elle n’aimait pas ce qu’il représentait.

« Au moins, ça a le mérite d’être clair ! » Et il ne pouvait être plus d’accord avec elle : ils n’avaient pas la même vision des choses, depuis le début, et même avant qu’ils ne se rencontrent. Cette différence de point de vue serait entre eux en permanence et les mènerait à leur perte. Mais ça n’avait aucune espèce d’importance pour l’instant.

« Puisqu’on en est à se dire les choses en face, je vous trouve trop timorés. On ne peut pas sauver tout le monde. Mais pour ce qui te concerne... » il eut un sourire en coin. « … Je trouve ça mignon. Mais ça ne changera rien. Jamais. Une seule personne connait mon identité et sait que celui rattaché à ce nom est encore en vie. Personne ne pourra atteindre le niveau de confiance nécessaire pour en arriver là. » Et pour cause : il s’agissait de sa soeur, ils se connaissaient depuis toujours, et c’était sans doute la seule personne à qui Abel faisait une confiance aveugle. Avec tout ce qui les séparait, Maddison ne pourrait jamais rivaliser, peu importerait le degré d’attachement qu’ils atteindraient par la suite. Ni qui que ce soit, d’ailleurs.

« Ok… Au moins je saurai qui rechercher si jamais quelque chose fuite... » Le sourire qu’il lui offrit laissait un doute sur le fond de sa pensée. Etait-ce une plaisanterie, ou une menace voilée ? Un peu des deux sans doute. Dans le genre de jeu auquel ils jouaient, rien n’était jamais pris totalement à la légère. Un des inconvénients de leur position : tout pouvait avoir un autre sens, et tout pouvait se révéler dangereux. Chaque situation devait être pesée soigneusement s’ils voulaient rester en vie.

Elle lui demanda finalement si elle pouvait prendre une douche. Il lui sourit plus franchement avant d’acquiescer.

« Mhm… Tu as besoin d’aide ? » Il haussa un sourcil interrogatif, et la lueur au fond de son regard n’avait plus rien de menaçant, plutôt une invite à prolonger le plaisir, quitte à ce qu’elle soit encore là. Il n’imaginait pas la revoir, ou si c’était le cas, il pensait qu’il y aurait une arme ou deux entre eux, vu l’incompatibilité de leurs convictions. Mais pour l’instant, ils pouvaient encore profiter de cette parenthèse.


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Maddison DeLuca
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– Il n'y a que le gouvernement qui ne change pas d'avis, pas vrai ?

J'ai haussé un sourcil à sa remarque sur le leader de Liberation. Il était vrai que je l'avais longtemps cherché. Mais c'était pour une raison particulière qui, en cet instant, n'avait plus lieu d'être. Avec ses mains sur mon corps, je n'ai que plus encore ressenti ma morphologie quelque peu masculine. Charpentée et assez ronde, j'ai souvent désiré être plus mince et plus fine. Si je ne pesais pas aussi lourd que Reese, je ne me contentais toutefois pas que de la moitié de sa masse. J'étais même relativement musclée, ce qui m'enlevait suffisamment de féminité pour devoir la compenser par autre chose. Par le sexe, par exemple. Seulement, on ne pouvait pas dire que dans ma vie, ça se bousculait au portillon pour me faire la cour. Alors, quand un homme montrait un certain intérêt à ce que j'étais, je me transformais en... Cette femme féline, voire même docile, câline et tactile. Ce que je n'étais pas en réalité. Sauf avec lui. Surtout avec lui. Peut-être que dans un sens, j'espérais qu'il changerait d'avis sur Liberation grâce à moi. Je voulais posséder ce pouvoir. Alors autant vous dire qu'être "mignonne" à ses yeux parce que j'avais le désir utopique de poser ma marque dans le monde, participer à sa guérison, je m'en serais bien passée. Mais je n'ai rien dit, ni n'ai relevé. En fait, je baladais mes lèvres dans son cou, mes mains longeant ses bras jusqu'à ses mains pour y mêler nos doigts. Je l'écoutais des deux oreilles mais c'était ma façon de réussir à ne pas répliquer. A conserver notre instant de paix qui ne tenait qu'à un fil à cet instant. Intelligente, maligne ou aveugle... Choisissez.

– Alors il n'y a qu'à espérer que tu ne me donnes aucune raison de... fuiter.

Je redressai la tête, quittant la chaleur de son cou, pour lui offrir le même sourire que le sien. Aussi dangereux que rempli de promesses et de menaces, comme un "attention". Je n'aimais pas ce ton et je ne pouvais que deviner qu'il ne lui plairait pas non plus. Alors j'ai levé une main pour poser mon index sur ses lèvres et l'empêcher de répliquer. Je l'ai dévisagé quelques secondes avant de reprendre en secouant la tête. L'entendre me répéter que je "n'étais rien" vis à vis de lui était pour moi si inutile que j'en étais presque à m'énerver. Néanmoins, j'ai eu assez de retenue pour transformer ce léger agacement en un point d'honneur entre lui et moi.

– J'ai compris. Ne t'en fais pas. Je ne veux plus entendre parler de Liberation. Ou de l'Underground. Ni de... Abel ou du rôle que je tiens au sein de ma communauté. Cependant... Si tu as des problèmes de plomberie, n'hésite pas à venir me trouver, en effet.

Mon sourire s'est agrandi alors que caressais son front du mien. Je l'ai embrassé une seconde avant de pouffer de rire à sa remarque. J'ai relevé la tête en me mordant une lèvre. Une douche, un bain, une piscine ou un océan, ceux qui me connaissaient sous l'effet de l'eau se comptaient sur les doigts d'une main. Et il y restait encore de la place. Il y avait Reese, bien sûr. Mon frère... Et Ari, ma tutrice. Et sûrement quelques gars m'ayant percée à jour dans les douches à l'armée mais la plupart d'entre eux étaient soit morts, soit ne s'en souvenaient plus. De par les réactions que j'avais eues, je n'étais pas sûre d'avoir envie que Abel me voit sous cet angle alors... j'ai rougi quelque peu en baissant la tête.

– D'ordinaire, j'aurais dit non. Je suis une grande fille, après tout et je n'ai pas pour habitude de partager le seul et unique moment où je peux être totalement seule, pas même avec un homme. Ces quelques minutes où j'en profite pour me retrouver, réfléchir... Prendre un peu de recul sur les choses, j'y tiens.

Mais il y avait... Ce truc. Ce pouvoir qu'il possédait. C'était un élémentaire et pas n'importe lequel. J'avais hérité de la nature de ma mère et de la fraîcheur de mon père, deux choses qui caractérisaient Abel. Ce n'était pas propre à mon pouvoir, cela faisait partie de moi, c'était en moi, dans mon sang, dans mes veines, sous ma peau. C'était mon ADN, pas mon don. Autant, je considérais ce dernier comme un muscle, un organe vital comme un second coeur, autant qu'un homme me voit sous ce jour me donnait l'impression d'être... Nue. Ce que j'étais déjà mais cela n'avait tellement rien à voir. Des femmes nues, il en avait déjà vu, je n'étais ni la première, ni la dernière et encode moins la seule. Alors me balader ainsi devant lui, je m'en moquais. Je ne pouvais en dire autant pour mon héritage génétique. Mais, n'étant pas amenée à le revoir, compte tenu de tout ce qui nous séparait, j'ai souri un peu plus en me laissant glisser de ses genoux. Ses mains ont par conséquent lentement quitté ma peau alors que je me relevais, mon sourire s'agrandissant toujours plus.

– Mais si tu es sage, je pourrais peut-être te révéler mon secret à moi que tu devras garder. Je te donne un indice : ce n'est pas ce petit cul de déesse.

J'ai tourné les talons en posant une main sur ma hanche, me dandinant vers la salle de bain. Mais en ouvrant la porte, je me suis tournée vers lui et j'ai haussé un sourcil en montrant le bas de son corps d'un index, après l'avoir étudié de haut en bas.

– Mais pour ça, ton petit pote devra rester ici. Mon secret ne tolère pas le synthétique.



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Abel Henoch
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Sa maxime le fit pouffer légèrement. Elle avait de la suite dans les idées, apparemment. Il ne pensait pas le moins du monde que cela ait un quelconque rapport avec un changement d’avis inconsidéré. Elle avait cherché Abel pour ses motifs personnels, choses qui avaient finalement été traitées plus tôt. En effet, Abel ne devait plus trop l’intéresser, maintenant. Apparemment, elle préférait se concentrer sur diverses parties de son anatomie, qu’elle explorait de ses lèvres et de ses mains. Abel ne voyait aucun inconvénient à se laisser faire, même lorsqu’elle lui prit les mains, l’empêchant du même coup se continuer son exploration.
S’il avait sur les pérégrinations mentales de sa partenaire, il aurait sans doute rit. Pour sa part, il voyait sa silhouette athlétique d’un très bon oeil. Il n’aimait rien moins que les bimbos sans envergures qui respiraient le besoin à plein nez, incapable de se défendre si on les bousculaient et traumatisées par un ongle cassé. Il aimait les femmes fortes, indépendantes, capables de se débrouiller seules. Ces traits de caractère avaient tendance à les rendre d’autant plus agréables lorsqu’elles s’autorisaient à se laisser aller. Apparemment, Maddison rentrait dans cette catégorie.

Pour ce qui le concernait, il ne s’était jamais posé de question sur son physique. Ayant grandit loin des considérations qui animent habituellement les adolescents - look, mode, prom bal, team Edward ou team Jacob [vivi, même en 2072 !! ] - il n’avait jamais considéré son corps comme un objet d’attraction ou de curiosité, jusqu’à ce que sa formation entre dans le vif du sujet.
Le MSS, conscient du mode de vie de ses adversaires, avait pris soin d’intégrer le jeu de séduction et le sexe dans ses programmes d’entrainement, non comme une source de plaisir mais comme un moyen de soutirer des informations. Un outil de l’attirail du bon petit soldat, en somme, assorti d’un dépucelage en règle.
En posant les pieds sur le territoire américain, Abel avait découvert une autre façon de penser et un autre usage des relations intimes. Par contre, s’il avait désormais acquis la notion de sexe-plaisir, il n’attribuait ses éventuels succès à ses techniques d’approche dûment enseignées par le MSS et certainement pas à cause de son physique - qu’il aurait de toute façon été incapable d’évaluer, faute de repères.

Il plissa les yeux légèrement quand elle lui répondit sur le même ton que lui. Il ne fallait pas se tromper : malgré tout, ils n’étaient pas alliés. Ils étaient deux joueurs sur un échiquier plongé dans la pénombre et dont les seules pièces adverses dont ils étaient surs étaient eux mêmes. Bluff, pas en avant, pas en arrière… Une danse ancestrale sans cesse recommencée…

Quoi qu’il en soit, ce fut Maddison qui recula en décidant de poser un mouchoir sur leurs histoires respectives en demandant à ne plus évoquer le sujet. Soit.
Il fronça les sourcils fugitivement quand elle parla de plomberie.

« Je suis capable de réparer ma plomberie tout s… Oh… » Il eut un rire d’autodérision. « Je vois… Eh bien... » Il repoussa une nouvelle fois une mèche de cheveux derrière l’oreille de Maddison et sa main s’attarda. « Pourquoi pas… » Elle serait sans nul doute une distraction attrayante. S’il avait su où cela les mènerait ensuite, aurait-il agit différemment ? Rien n’était moins sur…

Elle commença par repousser sa proposition de profiter de la douche ensemble et il fit une petite grimace en acquiesçant. Si elle n’avait pas envie de prolonger, grand bien lui fasse. Cependant, alors qu’elle se dégageait de lui, il réalisa qu’il s’agissait sans doute d’une sorte de jeu de séduction. Il s’allongea, appuyé sur son coude en la regardant se diriger vers la douche, au coin de la pièce.

« Pourtant, il parait qu’il y a des filles qui tueraient pour un cul pareil… D’accord, si ce n’est pas ton fabuleux fondement, c’est quoi ton secret ? » demanda-t-il en retirant son caleçon puis en se levant pour la rejoindre. Il s’appuya des deux mains de chaque côté de la porte avec un regard qui tue. « Le texte de ton tatouage ? C’est le secret de ce que les femmes ont dans la tête ? »

Il se fendit d’un sourire moqueur. Il savait que c’était une blague de circonstance, mais il n’avait jamais vraiment compris ce qu’il y avait dans ce soi-disant mystère. Pour sa part, il ne comprenait pas comment les femmes pourraient penser différemment des hommes. Ni même pourquoi il en serait ainsi. Dans sa conception du monde tel que le MSS le lui avait montré, hommes et femmes étaient logés à la même enseigne.


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Maddison DeLuca
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J'ai franchement ri à sa remarque sur mon... Derrière. J'ai allumé la lumière et attendu qu'il me rejoigne, un faible sourire sur les lèvres. Sa question sur mon tatouage me fit hésiter. Songeuse, j'ai relevé les yeux sur un point dans le vague et j'ai inspiré profondément et mon sourire s'est agrandi quelque peu après quelques secondes.

– Le secret des femmes... Non. Le mien, peut-être.

Maintenant que j'y songeais, ce n'était pas totalement idiot ! J'ai reporté mon regard énigmatique sur lui et lui ai fait mine d'approcher. En faisant quelques pas en arrière jusqu'à la douche, j'ai pris ses mains dans les miennes pour l'attirer.

– Ce sont les mots d'une chanteuse icelandaise, il y a bien des années. Je les ai juste faites traduire en Espagnol. Certains crient au sacrilège. J'y vois surtout mes origines et qui je suis mais surtout d'où je viens.

Je l'ai lâché d'une main pour allumer l'eau, laissant quelques secondes le temps que la chaleur monte. Mais j'avais également monté l'eau froide. J'étais d'accord pour lui montrer certains de mes... talents. Mais je ne nourrissais aucunement l'envie ni le besoin de lui dévoiler mes faiblesses les plus obscures. Ma petite démonstration plus tôt au rez-de-chaussée avait bien suffit.

– Ferme les yeux. Allez, aie confiance en moi et ferme les yeux ! Tu veux savoir ce qui est encore mieux que mon séant ? Alors tais-toi et fais ce que je te dis !

J'ai ri à nouveau en l'attirant avec moi, mais lui mettant une main devant les yeux pour qu'il ne triche pas. En sentant l'eau ruisseler dans mon dos, j'ai fait un dernier pas en arrière et me suis serrée contre lui. J'ai penché la tête en arrière pour m'immerger totalement avant de ramener mes cheveux en arrière. D'une voix basse, j'ai repris, malicieuse.

– J'ai vu comment tu me regardais... Et j'ai bien senti tes mains. Je dois avouer que ce n'est pas quelque chose qui arrive fréquemment, voire est-ce que ça m'est un jour arrivé ? Je crois même pouvoir dire, non sans avoir à cacher une certaine gêne, que tu peux te vanter d'être le seul à m'avoir embrassée comme tu l'as fait. Mais... Je me demande ce que tu penserais de ça.

Parce qu'il y a toujours un "mais", n'est-ce pas ? Un jour, sous la pluie, un des soldats m'avait surnommée "Disco", un autre "Boule à facettes", et on m'avait accusée d'attirer l'oeil de nos ennemis sur nous. La "Team Edward" avait bien tenté de me défendre mais c'était cause perdue. On avait dû me recouvrir de boue - ce qui n'était pas difficile ce jour-là - afin de cacher ces trucs nacrés qui me pourrissaient la vie sur le terrain. En terrain humide ? On râlait parce que j'étais trop visible. En terrain chaud, on me critiquait parce que mon allergie me ralentissait. Finalement, qu'est-ce qui faisait de moi un bon soldat ? Mon honnêteté ? Ma passion ? Ma dévotion ? Autant dire : de l'amour et de l'eau fraîche. Et en parlant d'eau...

– Ok... Tu es prêt ? Si tu ris, je te promets de me venger. D'accord ? Promets que tu ne riras pas ! Promets-le !

Si je n'avais rien à voir avec un vampire de 4e zone issu d'un monde parallèle victime de son propre succès avant d'être éradiqué de la planète, c'était pourtant à ça que les gens pensaient en premier lieu. J'ai lentement baissé ma main du visage d'Abel, hésitant même quelques secondes. Je n'aurais pas dû, après tout, nous avions déjà parcouru plus de kilomètres ensemble en une seule nuit qu'il n'en avait fallu à Reese pour me mater. Et ce n'était pas peu dire ! Le coeur battant, j'ai laissé Abel me découvrir petit à petit. D'abord, mes yeux brillants, leur vert émeraude comme la sève d'une plante et ma peau scintillante comme de la nacre. J'étais curieuse de savoir si le pouvoir d'Abel résonnait avec moi, s'il pouvait jouer avec mon ADN si particulier. Je lui ai souri, bien que plus faiblement que je ne l'avais habitué.

– Il paraît que c'est assez impressionnant vu de l'extérieur, mais je ne m'en rends plus vraiment compte après près de 30 ans. Cela dit... Je ne connais qu'une seule personne que ça n'effraye pas.

J'avais parlé d'une voix très basse comme si on pouvait m'entendre. Mon teint s'était teinté d'un rouge timide. J'avais tellement l'impression d'être mise à nue que j'en restais collée à lui en espérant qu'il ne cherche pas à s'enfuir. Cette particularité, causée par l'eau, était un peu une curiosité qui avait parfois été même mal placée pendant un temps, avant que Reese ne décide d'intervenir de façon ferme et stricte. Un Négatif défendant un Positif au plus fort de la guerre, notre unité ne s'était pas forcément attiré les meilleurs regards. Abel aurait pu faire partie de ces moqueurs, de ces quelques personnes assez violentes envers les Positifs, tout Candidat que je le devinais être. Mais quelque chose me disait que non, alors j'avais naturellement eu confiance.



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Abel Henoch
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Apparemment, le tatouage n’était pas quelque chose d’anodin. Qu’elle annonce que ce texte représentait son secret à elle lui tira un sourire en coin. Mais lorsqu’elle parla de l’origine de cette citation, il se raidit. Oh son expression ne changea en rien. Mais qu’elle mentionne son pays le fit réagir, intérieurement. Quelles chances y avait-il pour qu’il rencontre et ramène chez lui une femme qui s’était fait tatouer quelque chose en rapport avec l’Islande ? Néanmoins, à l’opposé de ce qu’il ressentait, il lui lança, ironique : « Je sais même pas ce qu’ils parlent, là bas ! L’espagnol doit probablement sonner mieux. Et puis t’as pas grand chose à voir avec cte coin du monde… » Il n’y avait aucune trace de son trouble. Il n’avait pas remis les pieds chez lui depuis que le MSS les avait emmenés, lui et sa soeur. Il aimerait pouvoir y retourner, mais il était probable que cela attirerait un peu trop l’attention sur lui...
Il n’avait pas poussé le vice à se faire tatouer quelque chose en rapport direct avec l’Islande. Son choix s’était porté sur un dragon qui lui évoquait les vikings. Le lien avec ses origines était plus vague, mais c’était aussi un moyen de se protéger. La aussi, avoir quelque chose en lien direct avec sa terre aurait risqué de le trahir.

« Rien n’est mieux que ton séant, mais ok... » Il ferma les yeux pendant qu’elle faisait couler l’eau. « Si t’abuses sur l’eau chaude, faudra qu’on discute d’un moyen de paiement. Elle pousse pas sur les arbres, ici… »

Cela dit, il se laissa faire lorsqu’elle le tira vers elle, en lui mettant une main devant ses yeux de toute façon fermés. « C’est beau la confiance... »

Il écouta son petit discours et se fendit à nouveau d’un sourire moqueur.

« Une fille comme toi, tu ne vas pas me faire croire qu’aucun mec ne t’a jamais regardée. Ni touchée. T’es sure que t’as pas été touchée à la tête hier soir ? » Elle n’était pas tombée de la derniere pluie, et même si le monde n’était pas des plus sympathiques avec les Positifs, mais ça ne voulait pas dire non plus qu’une jolie fille n’aurait pas le moindre succès auprès des hommes. Ou alors ses repères acquis concernant les femmes n’étaient pas aussi bons qu’il le pensait…

« Est-ce que j’ai le choix ? Oui je ne rirai pas. Promis. Enfin à moins que tu aies une queue en tire-bouchon entre les seins, je ne vois pas ce qui pourrait être drôle. Et je sais que tu n’en as pas, je t’ai déjà vue nue. Deux fois. »

Et il ouvrit les yeux. Il croisa aussitôt ses yeux dont la couleur avait changé. Ca ne le surprenait pas vraiment, il en avait déjà vu un échantillon plus tôt, en bas. Par contre, le scintillement de sa peau, c’était nouveau. Il se recula d’un pas pour la voir dans son entier. Son regard effleura chaque partie du corps de Maddison. Il avait un léger sourire aux lèvres, songeur.
Une chose était sure, il n’était pas le moins du monde terrorisé par son apparence. Même pas inquiet, et pour cause. La manifestation brute de l’impact de Yu sur ses « camarades de promotion » avait été la même que sur les premières générations de Positifs. Il avait fait partie des chanceux pour qui la modification n’avait pas laissé de trace visible. Mais d’autres avaient été déformés, parfois de façon dramatique. Certains en étaient même morts, les déformations influant de la pire des façons sur les organismes. Alors ce qu’il avait sous les yeux…

« C’est magnifique... » souffla-t-il. « Tu ne devrais pas avoir honte, encore moins peur de te montrer comme ca. Et ceux qui te craignent… Ils ont sans doute peur de ce que ça représente. Tu es Positive, tu vaux mieux qu’eux… oui, ils peuvent te craindre. Et toi... » Il se rapprocha d’elle en passant une main autours de sa taille, et repoussa ses cheveux mouillés de l’autre, la regardant dans les yeux avec intensité. Il rapprocha son visage du sien, s’arrêtant qu’à la limite de la toucher. « … tu devrais être fière de ca. » Et il l’embrassa avec force.


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Maddison DeLuca
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En réponse à mon tatouage, j'avais juste posé un doigt sur mes lèvres en réfléchissant.

– Je crois qu'ils parlent islandais. A chaud, comme ça. Mais ma mère était Mexicaine, alors...

Et puis j'avais ri. Très franchement. Croyait-il sincèrement que j'avais autant de succès que ça ? Pour ça, il était clair que Abel détenait une sacrée palme. Je n'avais pas énormément de points de comparaison mais jusqu'à présent, il avait animé en moi plus de sentiments et d'émotions en l'espace d'une douzaine d'heures que d'autres en y mettant plusieurs mois d'efforts.

Quoiqu'il en soit, si je m'étais à une réaction totalement tolérante de sa part, je ne m'étais pas attendue à... Ca. J'en ai perdu mon sourire alors qu'il me dévisageais de la tête au pied et je n'ai cessé de rougir. Le fait d'être qualifiée de "magnifique" sous ma forme la plus "naturelle", me laissa un goût étrange dans la bouche. Je crois que jamais je ne me suis sentie aussi vulnérable. Mon pouvoir, de temps en temps, me jouait des tours, mais moi-même... Alors, finalement, j'ai été contente qu'il revienne contre moi et mon sourire est réapparu sur mes lèvres. J'ai glissé une main sur son bras et puis j'ai compris. J'ai compris dans ses yeux et dans son geste que j'étais amenée à le revoir. D'une manière ou d'une autre, ça ne se terminerait pas maintenant. J'ai fermé les yeux en sentant son visage contre le mien et j'ai remonté ma main jusqu'à sa nuque pour mêler mes doigts à la naissance de ses cheveux. J'ai reçu ses lèvres contre les miennes et me suis raccrochée à lui en soufflant un "Mais je le suis." Je ne sais pas si c'était lui qui était particulièrement en forme, moi qui n'avais pas envie de partir ou simplement que nous nous étions bien trouvés, mais je n'étais pas du tout fatiguée. Et s'il était partant... Alors moi aussi.

L'effet de l'eau sur ma peau, c'était comme recharger ses batteries. C'était comme retrouver son énergie et sentir son coeur se remettre à battre malgré la chaleur qui se dégageait. En réalité, si j'avais été fatiguée, l'eau m'aurait rendu ma vitalité. A cet instant, elle n'a fait que l'amplifier et ma réponse à son baiser en était bien la preuve. J'ai resserré mon bras autour de sa nuque pour me soulever légèrement jusqu'à lui, emprisonnant l'autre côté de son visage avec ma main. A ce moment-là, j'ai commencé à me demander à quoi il pensait. Si tout ça n'était qu'un jeu pour lui. J'en doutais fortement, je n'étais pas assez naïve pour croire qu'un homme feignait son intérêt. Encore moins pour moi.

J'ai fait glisser ma main le long de son bras, celui qui enserrait ma taille, l'invitant par ce geste à s'aventurer plus bas. Mais c'était sans compter sur l'espace réduit. Dans un mauvais mouvement, mon coude a percuté le robinet de la douche, coupant nette l'eau mais m'arrachant un vif cri de douleur alors que je recroquevillais mon bras contre moi. J'ai crispé les yeux sans réussir à retenir un gémissement alors que la douleur se répandait  sans pudeur jusqu'à mon épaule. Je me suis mordue la lèvre en posant mon front contre son torse, me forçant à ne pas pleurer en lâchant plusieurs grossiers jurons étouffés. La douleur faisait toujours vomir les pires mots de ma bouche. Des coups durs, j'en avais déjà eu, ce n'était pas le premier et ce ne serait sûrement pas le dernier. Mais il avait fallu que je me cogne précisément à l'endroit qui m'avait finalement amenée ici. L'ironie d'un "la boucle est bouclée" m'est bien passée par l'esprit et je me suis alors mise à grogner. Les genoux, les coudes... Les petits doigts de pieds... Des inventions grotesques, inutiles et sadiques.



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Abel Henoch
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Il s’était fendu d’un « ha… ha… ha…. » moqueur quand elle lui avait répondu sur l’islandais. Il avait été surpris de la voir marquer une certaine réserve à son compliment. Pourquoi donc ? Il semblait à Abel qu’il s’agissait de la forme la plus pure de sa mutation. Si ça ne tenait qu’à lui, elle pourrait rester comme ça en permanence.

En fait, c’étaient ses formateurs qui s’étaient félicités de ce que sa mutation soit physiquement invisible. Ca faisait de lui potentiellement un bon agent infiltré. Pour ce qui concernait Abel, qu’une mutation entraine une manifestation visible était un temple à la gloire des Positifs et des Candidats. C’était l’expression de la puissance. Et quand en plus cette manifestation était aussi belle… Il ne pouvait qu’être fasciné et séduit. Décidemment, Maddison méritait que l’on s’intéresse à elle… indépendamment de ce qu’elle pouvait représenter pour l’Underground. Il était fort à parier qu’il chercherait à la revoir. Quand on pouvait allier l’utile à l’agréable… Et puis il se surprit à imaginer ce qu’ils pourraient faire ensemble, s’ils se battaient côte à côte…

Cela dit ce n’était pas son soucis du moment. Maddison répondit avec ardeur à son étreinte et tourna son esprit vers le moment présent, ce qui était nettement plus intéressant.
Les mains de Maddison couraient sur son corps, réveillant des chemins de feu sous sa peau et lui réclamant plus. Abel s’empara de ses fesses, plaquant de fait son bassin contre lui - ce qui fait qu’elle ne pouvait plus douter de ses projets. Seulement ces projets furent coupés court par un choc dont il ignorait l’origine, suivi par un cri et un chapelet de jurons.
Abel se recula, l’air partagé entre l’inquiétude et la moquerie à mesure qu’elle se perdait en imprécations. Bon, il fallait admettre que le fait qu’elle se cogne à l’endroit même où elle s’était blessée la veille au soir devait être d’autant plus douloureux. Mais il ne pensait pas que ça soit si terrible que ça...

« Tu crois pas que tu exagères ? Viens là... » Il ralluma l’eau à la meme température pour le plaisir des yeux, et s’agenouilla, le bras de Madison entre les mains et posa doucement les lèvres sur l’endroit où elle s’était cognée tout en lui massant la paume. « Essaye de te détendre... » Son autre main se posa sur sa jambe et il lui caressait le mollet et la cuisse d’une main ferme mais douce.
Ses lèvres remontèrent le long du bras de Maddison. Il se releva, laissant glisser sa main le long de la cuisse de la jeune femme et lui prit la hanche en lui massant la fesse. Il lui embrassa l’épaule, puis se perdit dans son cou. Ses mains quant à elles semblaient multiples, enserrant sa taille, effleurant son ventre. Et puis il s’empara de son dos à pleines mains, prolongées de ses avants bras qui serraient Maddison contre lui alors qu’il venait quémander ses lèvres à nouveau. En cet instant, il la voulait entière, rien que pour lui, avec l’illusion qu’il n’y avait que cette douche et eux au monde. Ca ne durerait pas éternellement, mais l’oubli était quelque chose qu’ils pourraient leur être profitable à tout les deux.
Il la plaqua contre le mur de la douche et libéra ses lèvres pour la regarder dans les yeux, réalisant qu’il y avait fort à parier qu’elle ne soit pas si détendue que ça, mais ça n’avait pas d’importance.

Il l’embrassa à nouveau, fougueusement, exigeant l’accès à son corps en soulevant une des jambes de la jeune femme pour l’enrouler autours de sa taille. Plus tard, c’était son coeur et son âme qu’il réclamerait. Mais là, ce n’était qu’un nouveau tribu physique qu’il lui demandait.
Il ne s’octroyait pas si souvent ce genre de distraction, et jamais à domicile. Il voulait en profiter. Et force était de constater qu’ils étaient bien assortis. A son sens en tout cas.

Finalement, haletant, il se recula légèrement pour croiser son regard, avec un sourire en coin.

« Tu as encore mal au bras ? »


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Maddison DeLuca
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Et un poing vexé s'est abattu sur le torse d'Abel.

– N'imagine même pas te foutre de moi ! T'es vraiment trop nul ! Je t'y vois bien, tiens ! Tu as une idée à quel point ce chien a su viser où il ne fallait pas ?! Sans arme ni rien. Juste avec un caillou ! Il a de la chance que tu m'aies empêchée de faire demi tour pour lui remettre la face au carré ! Oui, j'ai mal dans mon bras mais aussi à mon égo, tu permets ?! On sous estime trop souvent les blessures superficielles ! Tu devrais essayer, ça te remettre les idées en place !

J'ai haussé les sourcils en le dévisageant, même si je savais qu'Abel était plutôt du genre de Reese à rire dans un "Même pas mal" le jour où il aurait une hache qui lui dépasserait du crâne. J'ai soupiré en le laissant faire, profitant de l'eau, et j'ai roulé des yeux à ses "baisers qui guérissent". Je n'avais plus 5 ans ! Et puis je me suis ravisée de lui faire un commentaire quand je l'ai senti remonter. Volontairement, je n'ai pas baissé les yeux. J'ai retenu ma respiration en fixant le mur d'en face, jusqu'à ce qu'il arrive à ma hauteur. Jusque là, Abel avait surtout agi avec une certaine brutalité non dissimulée. Alors sa "douceur" m'a laissée interdite. Encore. Si j'ai rougi, c'est surtout en réalisant l'effet qu'il me faisait et le fait que oui, j'avais encore envie de lui. J'ai penché la tête en fermant les yeux, mes bras venant entourer à nouveau son cou. D'ordinaire, je l'aurais probablement repoussé. J'avais des choses à faire, l'Underground devait aussi commencer à se demander où j'étais, ce que je faisais et pourquoi je n'étais toujours pas rentrée à la maison. Pourquoi je ne répondais pas. La parenthèse était beaucoup plus longue que prévu et j'en étais consciente. En réalité, ce n'était plus une parenthèse. De ça, j'étais certaine. Cette relation, j'aurais dû y mettre un terme au moment où il m'a fait part de ses opinions. J'aurais dû récupérer mes affaires... et partir pour ne jamais me retourner ni jamais revenir. Mais j'aimais à penser qu'il en avait décidé autrement. Je ne me lassais pas non plus de sa façon de me regarder et de me toucher alors pour cette raison, je n'avais aucune envie de partir. Une fois de retour à la maison, je me rendrais compte que tout ça n'était qu'un rêve. Et puis, j'oublierais. Il le faudrait.

J'ai à nouveau reçu ses lèvres, retrouvant ma respiration par là même. De la complicité à la passion, en passant par l'impulsivité, c'était comme si nous avions exploré toutes les possibilités. d'être ensemble sans avoir besoin de parler. Ce qui me dérangeait quelque peu, cette fois, mais je me suis bien gardée de le dire parce que de toute façon... Qu'est-ce qu'on aurait bien pu se dire. Il était clair que quelque chose nous attirait l'un à l'autre de façon inexplicable et surtout physiquement magnétique. Quoiqu'il en soit, je n'avais pas idée que ce... magnétisme qui nous rendait fusionnel en cet instant, se transformerait un jour en quelque chose d'encore plus intense. Non, cette idée ne m'a même pas effleurée jusqu'à ce que j'y sois confrontée, plusieurs mois plus tard. Je me suis retenue à ses épaules en sentant le mur dans mon dos, étouffant un léger soupir en le sentant pleinement contre moi.

Son regard dans le main, ça a été mon tour de le fixer... avant de sourire de façon tout à fait espiègle et j'ai hoché la tête pour dire "Volontiers", allié à un léger rire alors qu'une de mes mains se perdait quelque part entre nous pour le serrer d'autant plus contre moi. Il n'a d'ailleurs pas eu besoin de ma permission pour devenir plus entreprenant. Je lui ai offert de moi-même un sauf conduit jusqu'en Terre Sainte. Néanmoins, l'habitacle était loin d'être mon environnement préféré. Tout d'abord à cause de la chaleur qu'il emmagasinait ce qui, alliée aux battements de mon coeur qu'Abel faisait accélérer, commençait à me tourner la tête, mais aussi parce que je manquais de prise. Alors, je me suis raccrochée à lui avec dans l'idée que nous étions totalement seuls et que donc, je pouvais m'exprimer sans retenue, jusqu'à laisser ma marque dans les entrelacs de son tatouage sur l'épaule. Je me dois de dire la vérité. Ce n'était pas dans mes habitudes et je n'avais jamais fait ça. Si Reese et moi avions eu une relation peu pudique, je n'avais jamais ressenti tout ça à la fois. L'eau avait un tel effet sur moi que je ne l'avais jamais soupçonné. Si c'était ce que ma mère avait ressenti également, je comprenais encore moins ce qu'elle avait trouvé à mon père qui était son total opposé.

Mon tribu offert, je me suis attardée sur ses lèvres, une main encadrant son visage, l'autre tremblant légèrement dans son dos, s'y accrochant toujours avec force de peur de s'écrouler. Le souffle court, le tournis faisant chanceler mon équilibre, je l'ai dévisagé avant de rire dans un sourire qui illuminait mon visage.

– Je vivrai. Je t'ai dit que je m'étais cognée le pied en me levant, aussi ?

J'ai passé mon pouce sur ses lèvres, forçant son visage à rester près du mien. Si mon corps réagissait à l'eau, je me demandais bien à quoi il pouvait ressembler après ça... sous l'effet de l'eau ! Je savais que mes yeux avaient une forte tendance à devenir d'un vert très vif face à une forte lumière, mais j'avais déjà remarqué une fois en sortant d'une douche un peu trop longue, qu'ils viraient surtout au bleu. Ma peau devait faire l'effet des rayons de soleil sur la surface de l'eau, scintillante et irisée. Je soupçonnais mon ADN de rappelait ces bijoux qui "affichaient" l'humeur en fonction de la température. Mes yeux étaient un peu comme ça, finalement. j'ai remplacé mon pouce sur ses lèvres par les miennes, me pressant contre lui en serrant sa nuque dans mes doigts. Je suis restée contre lui quelques secondes avant de me défaire, posant mon front contre le sien, le temps de retrouver mon souffle, les yeux fermés. je voulais prononcer son nom mais quelque chose m'en empêchait. Ce n'était pas le sien, je le savais. Aussi, je n'avais aucune envie de prononcer le nom de quelqu'un qui représentait ce contre quoi j'essayais de me battre pour le bien des miens. J'ai reniflé, jouant de mon nez contre le sien, le sang battant fort contre mes tempes alors que je caressais son front du mien.

– Mais je crois qu'il est temps de couper l'eau, maintenant...

Cette remarque n'avait d'implicite que ses mots, mais son sens, lui, était on ne pouvait plus compréhensible. Je me suis rappelée à ses lèvres, serrant sa mâchoire dans la paume de ma main. J'ai même entendu mon téléphone sonner en bas, de loin, comme lisant dans mes pensées. J'ai pressé mes lèvres un peu plus fortement contre les siennes alors que ma main glissait lentement de son cou à son torse. Je me suis forcée même à me séparer de ses lèvres, mais pas de son visage, mon front venant se poser contre sa joue, tant pour m'y retenir alors que je sentais mes jambes chanceler sous mon poids, que parce que je n'avais aucune envie de le quitter.



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Abel Henoch
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Il aurait été incapable d’expliquer pourquoi il retenait Maddison de la sorte. Après tout, il aurait pu la remettre dans la rue - non prostitute sense, obviously - dès son réveil, dès qu’ils avaient échangé leurs points de vue divergents. Dès qu’il avait obtenu les réponses aux questions qu’il s’était posé en la ramassant la veille. Mais qu’elle représente un exutoire ou une échappatoire, le fait était qu’il ne pouvait se résoudre à la laisser partir. Etait-ce un signe de faiblesse ? Etait-il déjà las de son combat ?

Il est vrai que sa position de paria et de leader l’avait quelque peu enfermé dans une tour d’ivoire. Une seule personne avait toute sa confiance, mais d’un autre côté, ses relations avec Dalilah étaient spéciales. Ils avaient toujours été seuls même au MSS, même dans la foule des recrues de leur camp d’entrainement. Certaines étaient quasiment nées au camp. En fait, Dalilah et lui faisaient partie des rares à être arrivés « vieux » au camp. Il y avait forcément un décalage. Et le MSS n’encourageait pas la camaraderie. Et maintenant, ils avaient en plus la responsabilité d’une petite insurrection - enfin lui surtout, Dalilah ne pouvait pas être considérée comme responsable, faut pas déconner !
C’était plutôt que cette situation avait un caractère inédit pour lui. Il ne dépendait plus d’ordres supérieurs, mais avait au contraire la charge d’autres. Il devait s’adapter, et c’était sans doute ce qui lui posait problème - après tout, ça ne faisait qu’un an.

Il se retrouvait donc avec un événement qui s’était transformé en parenthèse bienvenue dans le tumulte qui l’entourait. Et il se surprenait à retarder le moment de la refermer. Dès l’instant où Maddison franchirait la porte du Saloon, elle redeviendrait l’ennemi, à tout le moins l’adversaire, avec qui il ne partageait rien si ce n’était un peu d’ADN. Et une étreinte passionnée qui avait rendu son rythme cardiaque un peu fou.
Il se laissa aller sous les gestes tendres de la jeune femme, les yeux fermés, savourant cet intermède. C’aurait pu être n’importe qui - quoiqu’avec le recul, il finirait par dire que c’aurait été différent avec une autre. Et puis elle proposa d’éteindre l’eau. Le double sens ne lui échappait pas vraiment. Pourtant Maddison restait contre lui. Abel la sentait frémissante contre lui. Il finit néanmoins par ouvrir les yeux et tendit lentement la main pour couper net l’arrivée d’eau et il se redressa, s’éloignant de fait légèrement mais irrémédiablement de la jeune femme. Lorsqu’il la regarda à nouveau, son expression était plus fermée, même s’il lui sourit. Il avait retrouvé une certaine neutralité, sans être encore rentré dans son masque de chef intrépide.

« oui… Je crois qu’on a assez profité… » il eut un léger sourire, un peu triste, mais resta face à elle, le temps qu’elle se reprenne totalement.


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Maddison DeLuca
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Son regard, la distance qu'il a prise à cet instant, je l'ai senti brutal. Mais je ne pouvais pas le blâmer, je le comprenais et il valait mieux que je fasse de même. J'ai alors acquiescé en baissant les yeux. S'il arrivait à sourire, ce n'était pas vraiment mon cas. Mais j'ai essayé. Ma main a glissé de son torse alors qu'il s'éloignait et je l'ai posée sur le mur pour me retenir de glisser. Abel a été mon mur porteur assez souvent après ça mais je ne crois pas lui avoir dit un jour. J'ai soupiré en allant pour sortir de la douche en lui demandant une serviette. La chaleur de la douche commençait à me monter à la tête et mes jambes chancelaient alors que je sortais. Je me suis essuyé le visage et chaque parcelle de peau sèche retrouvait son aspect naturel. Ou du moins : un aspect normal, tout comme mes yeux ont retrouvé leur vert ambré, nettement plus terne. M'entourant de la serviette, je me suis épaulée au mur de la douche pour y essorer mes cheveux en tournant les yeux vers Abel.

– Je crois que la plupart de mes vêtements sont en bas, tu pourrais aller me les chercher ? Je ne voudrais pas croiser quelqu'un... Comme ça.

Je lui ai souri, mais sans grande conviction. Il était vraiment étrange de constater à quel point je n'avais pas envie de m'en aller. J'allais le faire, j'étais sur le point. Mais quelque chose me donnait tellement envie de revenir contre lui, comme s'il incarnait un vide que je cherchais à combler depuis des années.

Dans la chambre, ce que j'ignorais, c'était un autre membre de Liberation qui attendait. Ses cheveux roux feu en bataille et ses grands yeux bleus glacials attendaient près du lit qu'Abel fasse son apparition, enfin. Ses affaires à lui étaient pliées, consciencieusement sur une chaise. Les miennes, en revanche, elle les tenait en boule dans ses mains. Elle a attendu qu'Abel la voit et l'a fixé. De longues secondes, sans rien dire. Et puis elle a laissé mes affaires tomber à ses pieds. Elle a haussé un sourcil en levant les mains dans lesquelles elle tenait mes sous-vêtements... et mon téléphone portable. Il y avait une chose à laquelle je n'avais pas pensé : c'est que l'Underground n'avait pas pour habitude que je ne réponde pas. Quand c'était le cas, c'est qu'il m'arrivait quelque chose. Si Elvis décidait d'activer le tracker de l'appareil, ils remonteraient directement ici. J'étais confiance, ils ne le feraient pas. Reese avait dû comprendre à ma façon de répondre plus tôt que j'allais bien et que je n'avais juste pas envie de leur parler. Mais qui aurait pu savoir ça en dehors de moi ? Pas la rouquine, en tout cas. Elle a ouvert simplement les doigts et le reste de mes affaires sont tombées par terre, sur le tas. Il était clair, de par son attitude, qu'elle n'approuvait aucunement ma présence et je pouvais totalement le comprendre. J'aurais fait exactement la même chose si Reese nous avait ramené une surprise d'une telle taille. Mais ce n'était pas non plus dans les habitudes d'Abel, pas plus que celles de Reese. Alors elle n'a rien dit.

Elle a finalement tourné les talons pour ressortir. Depuis combien de temps elle était là, qu'avait-elle entendu et à quel moment, il n'y avait aucune façon de le savoir. Elle a lancé un dernier regard d'avertissement à Abel et a disparu pour redescendre. Elle repasserait plus tard, lorsqu'il serait seul et que les lieux seraient à nouveau sûrs. Libby, c'est une Abel au féminin. Une véritable poupée russe que je préfèrerais ne jamais retrouver sur ma route... J'étais sûre de perdre.



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Abel Henoch
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Il hocha vaguement la tête et sortit chercher une serviette - la seule qu’il avait - pour son invitée. De son coté, il se contenta de vaporiser l’eau qui le couvrait. L’avantage de son pouvoir : il n’avait guère de problème d’humidité. Sécher ses mains, ses cheveux, n’importe quoi… se faisait d’un battement de paupières.
Cela lui laissa tout loisir pour la regarder sécher progressivement, et sa peau reprendre son aspect classique, beaucoup moins attrayant quand on connaissait sa face cachée. A part lui, il se dit que ce n’était pas plus mal qu’il ne l’ait pas séchée lui-même : sa beauté unique aurait disparu beaucoup plus vite. Il enfila un jean noir qui trainait là - dieu sait depuis combien de temps - tandis qu’elle croisa son regard pour lui demander ses vêtements. Il se fendit d’un sourire, un brin moqueur.

« Et pourquoi pas ? Je ne connais pas beaucoup de monde que ça dérangerait ! » Il eut un petit rire et leva une main. « Ok j’y vais. » A dire vrai, qu’elle croise quelqu’un pourrait se révéler délicat. Le Saloon n’était pas un open space. Mais d’un autre côté, son apparente ouverture était sa meilleure protection : un bâtiment aussi peu protégé ne pouvait pas cacher grand chose, n’est-ce pas ?
Il se retourna donc pour partir, mais se trouva aussitôt face à face avec Libby. Son expression se refroidit aussitôt pour devenir aussi glacial que le regard de la jeune. En une fraction de seconde, il était redevenu le bon petit agent du MSS, froid et calculateur.

Il n’était pas question qu’il détourne le regard. D’abord parce qu’il était le leader, ensuite parce qu’il savait parfaitement ce qu’il avait fait, pourquoi il l’avait fait et comment il l’avait fait. Certes, il avait sans doute été plus loin que ce qu’il avait eu en tête à l’origine. Mais en aucun cas il avait mis le groupe en danger, et ce que ça pouvait leur rapporter était inestimable en l'état. Il rendit donc regard pour regard à Libby, imperturbable, aussi sévère qu’elle. Ils auraient une explication plus tard, quand il aurait remis Maddison en route pour Megalopolis. Mais de toute façon, Libby n’arriverait pas à lui faire dire qu’il avait fait une erreur. Même si, effectivement, il y avait toujours la faille du téléphone portable… que la rouquine lui brandit sous le nez, emmêlé dans le soutien-gorge de Maddison. Le message était on ne pouvait plus clair. C’était le seul point faible de sa petite escapade. Mais il n’allait certainement pas en discuter avec Libby. Encore moins maintenant.

Il la regarda faire son petit cinéma sans broncher. Mais lorsque Libby fut sortie il poussa un soupir et baissa la tête sur les affaires de Maddison. Il ramassa le téléphone et le jeta sur le lit, récupéra ensuite les vêtements pour se tourner vers Maddison.

« Elle va me le faire sentir passer... » Il haussa un sourcil comique avant de lui tendre les vêtements. « … La récréation est terminée. »


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Maddison DeLuca
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Pas beaucoup de monde, c'était déjà pas mal de gens qu'il ne valait mieux pas que je rencontre. Abel n'était sûrement pas le seul membre de Liberation. Je lui ai offert un immense sourire lorsqu'il s'est décidé et me suis mordue la lèvre en le regardant s'éloigner de quelques pas, mes yeux portés avec un certain intérêt sur son dos... Et peut-être un peu plus. Sa salle de bain me faisait penser à la mienne : le strict nécessaire, rien de notable, question entretien, ce n'était pas la femme de ménage qui travaillait ici mais de toute façon, ça n'avait aucune importance, ce n'était qu'une douche ! Je me suis approchée du miroir et j'ai observé mon visage en plissant le nez. Je n'avais pas l'impression de vieillir beaucoup, contrairement à mon frère . C'était curieux, d'ailleurs. J'avais beaucoup épaissi ces dernières années. Aux dernières nouvelles, je touchais les 75 kilos. Quand bien même j'étais grande, il ne me semblait pas que mon visage soit beaucoup victime du temps. C'était une chance, finalement ! Ma mère était un peu comme ça, il avait toujours été si complexe de le lui donner un âge. Mais j'étais un peu marquée. Je me demandais si cela jouait dans mon autorité. Est-ce que les gens me pensaient trop jeune ? Ou bien me trouvaient-ils trop sévère ? A en croire Reese, j'étais parfois immature. J'ai poussé un profond soupir en l'entendant revenir et lui ai souri pour le remercier en récupérant mes affaires. A sa remarque, j'ai même haussé un sourcil.

– Elle ? Qui ça ?

J'ai penché la tête pour tenter de voir dans l'entrebâillement de la porte, mon sourire perdu. Quoi, il y avait quelqu'un ? Je n'avais rien entendu. Et à la réflexion, je n'avais pas entendu Abel descendre non plus. J'ai relevé le regard sur lui, méfiante. Ce n'était pas de la peur, ni de la crainte. Mais je m'éveillais doucement à la réalité et au fait que je n'avais rien à faire là. Encore moins avec lui. J'ai commencé à me rhabiller avant de sécher mes cheveux et de les attacher en une haute queue de cheval, ce qui faisait briller mes yeux quelques minutes encore. "La récréation est terminée". Je n'aimais pas beaucoup le ton employé, quand bien même il "souriait". Bien sûr, cette bulle d'air m'avait fait du bien et ce n'était rien d'autre mais... C'était le côté "maîtresse" peut-être qui ne me plaisait pas. Cependant, je ne m'en suis pas plainte ni offusquée ! Car c'était bien la vérité de la situation. Et je savais accepter une vérité. Enfin... La plupart du temps.

– J'imagine, oui.

J'ai bu rapidement quelques gorgées au robinet histoire de supporter le chemin jusqu'à l'Underground et j'ai relevé la tête en passant mon poignet sur mes lèvres. Une fois prête, je me suis retournée vers lui et j'ai poussé un profond soupir. Il était tout de même bien à mon goût. Encore plus maintenant, finalement. Et je crois même que j'en ai rougi dans un sourire. Un homme ne m'avait pas plu depuis des années et je me sentais régresser rien qu'à y penser. J'ai rejoint la chambre, baissant les yeux en lui passant à côté. Mon regard se portant instinctivement vers le lit, j'y ai trouvé mon téléphone que j'ai récupéré amoureusement avant de le caler dans la poche de mon jean. J'aurais bien relevé le fait que les vêtements d'Abel était bien pliés mais je ne l'ai pas fait. Quelqu'un était effectivement passé, quelqu'un que j'aurais pu rencontrer sur le chemin de ma quête de vêtements. Ce à quoi j'ai d'autant plus rougi. J'ai montré l'extérieur en enfilant ma veste.

– Je vais y aller. Tu as sûrement des choses à faire et je crois qu'on m'attend.

Mais ça, ça m'était égal. Il était hors de question que je rentre directement. Pas avec des membres de Liberation dans le dos, peu importait combien ils étaient et si je connaissais leurs tatouages à des endroits qu'il m'avait été donnés d'explorer. J'allais sûrement tourner un bon moment avant de rentrer. Je suis descendue, balayant le rez-de-chaussée de mon regard des fois qu'il y ait à nouveau quelqu'un mais la pièce était désespérément vide. Abel sur les talons, je suis finalement sortie, plissant brutalement les paupières à la lumière du soleil, portant ma main en visière pour me protéger de l'agression. Je n'avais qu'une envie : retourner dans cette douche où je m'étais sentie particulièrement complète et aussi bien que je ne l'avais peut-être encore jamais été. Au frais, en sécurité et aimée. Le tout, en même temps. Du moins, c'était ainsi que je l'avais ressenti quelques minutes durant à peine. Mon casque dans une main, j'ai enfourché mon bolide à quelques mètres de là et je l'ai redressé quelque peu avant de relever les yeux sur Abel. Je lui ai souri à nouveau, plissant légèrement le nez à cause de la lumière du soleil qui me dérangeait. Je l'ai admiré quelques secondes puis je lui ai offert un dernier sourire. J'allais enfiler mon casque et je me suis ravisée avant de me mordre une lèvre.

– Hey... - Je l'ai désigné du menton et j'ai penché la tête avec un certain défi et un sourire espiègle - Tu as mon nom, d'où je viens et où je vais. Je ne trouve ça pas très fairplay. Il y a quelque chose sur toi que tu pourrais me donner ?



I've made some mistakes. And I paid for them. I just hope I don't have to keep paying for them my entire life.
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Abel Henoch
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Il réalisa que Maddison n’avait pas été consciente de la présence de Libby jusqu’à cet instant. Ce n’était pas plus mal. Même quelques années plus tard, il craignait toujours la rencontre entre la rousse en la brune. Leurs deux caractères n’étaient pas propre à ce que cela reste platonique. Une telle rencontre tournerait probablement à l’explosif. Mais en l’occurrence, qu’elles ne se rencontrent pas arrangeait pas mal Abel.

« Laisse tomber, rien d'important. » Oh bien sur, Maddison avait bien tenté de vérifier qui était présent, mais bien sur, elle ne trouva rien. Libby devait se trouver déjà loin. Et elle ne représentait rien pour Maddison.

Pendant que la jeune femme se rhabillait, Abel enfila lui-même un t-shirt et prit son portable en main et le regarda un instant. Bien sur, l’écran était verrouillé. Il avait une clé de copie quelque part dans la chambre, normalement. Et de toute façon à l’Arsenal. Mais il était certain de ne pas avoir le temps de pomper les informations dans le dos de Maddison. Or s’il le faisait, il fallait que ça soit discret. Pas question de laisser à Maddison une preuve qu’il avait fouillé dans ses affaires. Dans ces affaires. L’Underground était et resterait un adversaire, à défaut d’ennemi. Et Abel n’était pas homme à perdre de vue son objectif, même avec la plus belle des distractions.
Mais il finit par reposer le téléphone sur le lit, et alla se poster à la fenêtre, regardant au dehors sans rien voir. Il était plutôt concentré par les bruits venant de la salle de bains. Il ignorait où le chemin le menait. Aurait-il changé sa route s’il avait su, à ce moment là, où celle qu’il venait d’emprunter le mènerait ? Probablement non. Abel n’était pas homme à regretter. Il assumait ses actes, l’avait toujours fait, et le ferait toujours.
Pour l’instant, il n’était pas encore sur ce chemin, du moins le croyait-il. Mais ramener Maddison et sa moto au Saloon était le premier pas de ce voyage dans lequel ils se croiseraient souvent, mais n’iraient jamais dans la même direction.
Quant à savoir ce qui l’avait poussée à la ramener ici… Etait-ce ce vraiment pour des informations, ou y avait-il eu déjà autre chose ? Même des années plus tard, Abel n’en avait aucune idée. Encore pour cela aurait-il fallut qu’il fasse une grosse introspection. Ce qu’il ne ferait jamais. Leur relation était. Nul besoin d’en savoir plus.

« Pas de soucis. » Il descendit avec elle jusqu’à la galerie et resta en haut des marches, les mains dans les poches. Son expression était neutre alors qu’elle se préparait à partir. Et puis elle se ravisa, le temps de lui demander quelque chose. Le coin de la lèvre d’Abel se souleva légèrement et il tourna la tête de l’autre côté de Maddison d’un air concentré. Avant de finalement regarder ses pieds puis Maddison.

« C’est déjà fait. » Il la regarda un instant en silence. « Bonne route. » Et il tourna les talons pour rentrer dans le Saloon.


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