2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Angie/Garin] A little less conversation

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Garin DeLyons
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Les membres de Liberation

L'important dans un groupe, c'est de se retrouver. Certains d'entre nous le savions. Je soupçonnais parfois Abel de refuser de nous rejoindre pour sortir en douce faire autre chose. C'était un gars à secrets. Jericho animait notre carré. J'avais mon bras passé sur les épaules d'une fille dont les détails de la présence n'avaient absolument aucun intérêt, je crois que c'était une copine de Libby ou un truc du genre. Celle-ci se trouvait à côté de Jericho, buvant ses paroles avec un regard brillant. Gen, quant à elle sirotait son verre en nous couvant du regard. Annie, placée tout au fond, a dû tous nous enjamber pour aller aux petits coins. Plongé dans un récit sans fin, Jericho occupait toute notre attention. Un serveur a déposé un shot que nous avions commandé, devant chacun de nous. Je ne sais plus ce qu'il nous racontait, sûrement une anecdote de comptoir - probablement fausse le connaissant qui aimait impressionner, surtout quand nous avions des invités à notre table. Nous avions besoin de nous retrouver, ces moments, aussi simples et futiles, nous aidaient à oublier d'où nous venions et pourquoi. Même si parfois, il s'agissait de mentir, ce n'était pas grave. J'ai senti quelque chose dans mon cou et j'ai légèrement tourné la tête pour voir ma cavalière de la soirée me glisser des mots à l'oreille et m'attirer un sourire. Nous avons levé notre shot dans un air solennel.

– A... a commencé Jericho en réfléchissant.

– A l'avenir ! a poursuivit Gen en souriant.

– Et au..., a continué Jericho en riant.

Libby a levé le menton en prononçant des mots en Russe que peu d'entre nous avaient pu comprendre et Jericho hocha la tête en brandissant son verre.

– Et à tout ça, ouais, t'as raison !

Dans un rire collectif, nous avons porté le shot à nos lèvres avant de le siffler et de le retourner sur la table. Libby a alors pris le visage de Jericho pour l'embrasser avec fougue, ce qui nous a tous laissés sans voix avant d'éclater de rire. Elle ne souriait ainsi qu'en sa présence. En général silencieuse et triste, Libby était sûrement l'une des plus belles filles que je connaisse quand elle souriait, son visage s'illuminait. Elle a repoussé doucement la tête de Jericho qui en avait le rouge qui montait aux joues.

Jason, quant à lui, a reposé son shot d'un coup sec sur la table et a soupiré un bon cou en scrutant la salle. Se décidant, il s'est levé en m'intimant de ne pas fouiller dans son portefeuille pour m'offrir d'autres verres. Libby a alors tiré Jericho par les mains pour l'inviter à danser avec elle sur la musique en fond. Derrière des airs secrètes et rigides, elle m'apparaissait comme un oiseau blessé doté d'une profonde tendresse. Elle s'est blottie contre lui et Gen a secoué la tête, attendrie. Quand Annie est revenue, elle riait en désignant un endroit du bar qui était à moitié dissimulé par une poutre. Elle s'est réinstallée et j'ai plongé mon nez dans les cheveux de la fille qui m'accompagnait.

– Ca peut pas marcher, ce truc, s'est amusée Gen en suivant Jason du regard.
– Avec lui... a tous les coups !
– Il peut pas fair... Ah, il l'a fait !

J'ai relevé la tête pour entendre Jason s'écrier.

– VITE, APPELEZ UNE AMBULANCE ! a-t-il crié à l'autre bout, tenant une serveuse dans ses bras.

Je ne la voyais pas, elle était cachée derrière les clients et la poutre mais si j'avais reconnu Angie, j'aurais probablement dit à Jason d'éviter ce genre de blague. Jason, le visage contracté par l'inquiétude, fit asseoir la serveuse en poussant quelques clients, tapotant ses bras, ses jambes, pour s'assurer qu'elle allait bien.

– Vous avez fait une chute terrible, appelez 911 ! Il y a peut-être hémorragie interne ! De l'eau, vite, de l'eau !

Gen a secoué la tête en riant.

– Quel abruti, ça ne marchera jamais. On va devoir donner un sacré pourboire à cette fille pour se faire pardonner, je vous le dis.

Annie a agité une main pour faire taire son aînée et je me suis demandé à quel niveau était-elle romantique pour apprécier ce genre de plan de drague. Jason s'est accroupi face à Angela, les yeux brillants, plein d'étoiles.

– Je suis persuadé que vous êtes tombée du ciel, tel un ange rayonnant de beauté.

Gen a pouffé de rire et je l'ai accompagnée, ce qui m'a valu un léger coup sur le torse, pour lequel j'ai froncé les sourcils avec un sourire pour me plaindre. J'ai pris sa main. Je ne voyais que la moitié de Jason et pas la serveuse à laquelle il s'adressait. Mais je savais qu'il la reluquait depuis un moment, maintenant, depuis que nous étions arrivés. Tenant ses mains dans les siennes, Jason s'est mis à sourire et ne s'est pas démonté une seconde.

– Votre père doit être un voleur, vous savez ? Il a pris toutes les étoiles dans le ciel pour les mettre dans vos yeux.

– Oh mon dieu, il ne s'arrêtera pas tant qu'elle ne lui aura pas donné son numéro ! a explosé Gen de rire


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Angela Foster
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Ca faisait quoi ? Une semaine que j’étais embauchée dans ce bar ? Oui ça devait être ça. A force de passer de petit boulot en petit boulot, je commençais à en perdre le compte. Mais je n’avais pas le choix : quand on a aucune qualification, on prend ce qui vient. Bon, ok, je ne pouvais pas non plus dire que je n’avais aucune qualification, j’avais quand même fait des études supérieures. Enfin, j’avais commencé. Mais le domaine auquel je me destinais n’était pas très accessible tant qu’on n’allait pas jusqu’au doctorat. Je voulais être chercheuse en microbiologie dans les laboratoires. Je voulais trouver de nouveaux remèdes, de nouveaux vaccins, pour toutes les maladies qu’on ne pouvait pas encore soigner. Inutile de vous dire que quand on passe son temps, le nez au dessus de boites de pétri et d’éprouvettes à cultiver des souches de maladies, ça ne nous facilite pas les choses quand notre plan de carrière s’écroule.

Bref, le bar était bondé ce soir et on n’était que 3 serveuses en tout et pour tout. Le patron préférait économiser en embauchant moins de personnes et nous, derrière, on passait la soirée à courir et à slalomer entre les tables. Chacune avait son « secteur », ses tables. C’était plus facile de s’organiser comme ça. Et moi, j’étais à l’autre bout du bar par rapport à la table où Garin et ses amis étaient installés. Je venais de poser une commande sur une table et je me dirigeai vers de nouveaux arrivés pour leur demander ce qu’ils souhaitaient quand j’ai senti tout à coup des bras se refermer autour de moi et me soulever de terre. Prise par surprise, je n’ai pas vraiment réagi sur le coup. Je me suis contentée de tourner la tête vers la personne qui tenait : un homme, noir, pas trop mal (mais il faisait sombre dans le bar alors c’était difficile d’en être vraiment sûre), que je n’avais jamais vu de ma vie.

- Mais qu'est-ce que... ?

Il prononça le mot « ambulance » et m’installa sur une chaise, dérangeant quelques clients au passage. Sur le coup, ça m’inquiéta un peu. Qu’est-ce que j’avais qui n’allait pas ? Et puis il a commencé à parler de chute et j’ouvris des grands yeux. Il avait dû se planter de personne. J’allais le lui dire quand il a continué à parler. Et là, en un éclair, j’ai compris ce qu’il se passait réellement. Wow, ça marchait encore ce genre de truc ? Je lui adressai un sourire et secouai la tête.

- Je suis flattée, vraiment, mais là, vous voyez, c’est pas trop le moment. Je suis débordée.

Ni un oui, ni un non. Je n’avais jamais été contre un peu d’amusement… tant qu’il tombait au bon moment. Je surpris le regard du patron, qui me regardait avec curiosité et un peu de contrariété aussi. Pas bon signe.

- D’ailleurs, si je ne remets pas au boulot tout de suite, je vais en prendre pour mon grade.

Et je ne pouvais pas me permettre de perdre ce job. Je n’avais pas encore payé les réparations de ma moto à Elijah et j’étais complètement fauchée. Je me relevai et ramassai mon plateau que j’avais lâché sous le coup de la surprise.

- Mais si vous essayez plus tard, quand il y aura moins de monde, vous aurez peut-être plus chance !


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Garin DeLyons
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Jason se releva, sans quitter son sourire.

– J'attendrai ! a-t-il crié en s'éloignant.

Quand il est revenu s'asseoir avec nous, il a semblé déçu mais pas abattu. Je les ai alors laissés discuter pendant que... Je m'occupais. Puis, le téléphone de Gen a sonné. En raccrochant, elle a secoué Jason pour qu'il sorte.

– C'est Abel, on s'arrache.

– Quoi, tous ? ai-je demandé.

– Nan, juste Jason et moi.

– Hey, vous me déposez si vous rentrez ?

Annie était la seule d'entre nous qui ne travaillait pas. Etudiante en médecine et bénévole dans une clinique, j'avais toujours trouvé sa personnalité rafraîchissante et tout le monde l'aimait. Sans elle, nous nous serions déjà probablement déchirés les uns les autres. Alors qu'ils se levaient tous les trois, Libby et Jericho nous ont rejoints, pas décidés à s'en aller tout de suite, pourtant. Mais Jason s'est penché vers moi après avoir piqué un stylo et un carnet à une des serveuses.

– Garin, tu pourras lui donner à la fin de son service ? Discretos, tu vois ?

J'ai acquiescé en retirant mon bras des épaules de la Fille et je lui ai demandé de quelle serveuse il s'agissait. Quand il me l'a montrée, mon sourire s'est soudainement évanoui. Il y avait des silhouettes qu'il était impossible d'oublier ni même de confondre. J'ai promis à Jason que je lui donnerai son numéro mais je n'en ferai rien. En sortant, il a attiré l'attention d'Angela pour lui montrer notre table, faisant le geste d'un téléphone à son oreille, puis à nouveau vers notre table. J'ai soigneusement évité de regarder Angela des fois qu'elle me reconnaisse et Jericho est reparti dans une nouvelle anecdote.

Près de deux heures sont passées avant que les autres décident de rentrer, à la fermeture du bar. Comme à son habitude, Libby m'a embrassé avant de nous saluer. J'ai raccompagné la Fille à un taxi et je suis revenu dans le bar, quasiment désertique à présent, à l'exception d'une ou deux tables, sûrement des habitués. Les mains dans les poches, j'ai senti mon coeur battre plus fort dans ma poitrine. Ce n'était pas très gentleman de mentir. Mais que voulez-vous. Je la connaissais et je connaissais Jason. Je me suis même demandé lequel des deux aurait le moins bien vécu cette relation. Et puis je l'avais vue le premier.

Au fond de la salle, j'ai vu un piano et je m'en suis approché. J'ai sorti une main de ma poche pour y passer un doigt sur le verni. J'ai ouvert le couvercle lentement, avec un profond respect. Angela n'était pas encore en vue, sûrement à l'arrière pour compter ou grignoter un morceau maintenant que le rush était passé. Je me suis assis, sans demander de permission, une de mes mains toujours dans la poche et j'ai caressé les touches du bout des doigts.


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Angela Foster
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Le type m’a laissé reprendre mon service non sans me lancer un « j’attendrai », comme une promesse. J’ai acquiescé en souriant, mais je pensais qu’il n’en serait rien. Les dragueurs comme ça attendent rarement. Ils jettent leur dévolu sur quelqu’un d’autre, quelqu’un de plus disponible. D’ailleurs, quelques instants plus tard, je l’ai vu du coin de l’œil, s’en aller avec deux autres filles. Je n’étais pas vraiment étonnée. Pas déçue non plus, j’aurais sûrement d’autres occasions de m’amuser ce soir. Après le service, je devais retrouver les garçons du groupe pour une virée en boite, comme on en faisait souvent. Là bas, le noir aidant, je n’hésitais pas longtemps à aborder les hommes accoudés au bar, qui me plaisaient. Les garçons étaient un peu choqués par mon attitude d’ailleurs. Pas vraiment le genre d’attitude qu’on attend d’une fille bien élevée. Mais Hey ! J’avais grandi avec des garçons, je n’avais toujours eu que des amis garçons. Rien d’étonnant à ce que je me comporte comme un garçon manqué parfois. Sans compter que j’en avais le look : cheveux courts, toujours en jeans, baskets et t-shirts, sweats à capuche quand il faisait plus froid.

Pas déçue donc. Mais pourtant, le type eut un geste auquel je ne m’attendais pas. Il attira mon attention, désigna la table à laquelle il était installé et me fit comprendre qu’il y avait laissé son numéro de téléphone à mon intention. Pas très délicat de sa part étant donné la compagnie qu’il avait. J’acquiesçai pour lui montrer que j’avais compris et reportai mon attention sur le boulot. Je n’avais pas le temps d’aller chercher son fameux numéro de téléphone maintenant.

A la fin du service, alors que le bar se vidait, j’avais complètement oublié l’homme et son numéro de téléphone. Ma partie de la salle était complètement vide, du coup j’avais été réquisitionnée dans l’arrière boutique pour aider à la plonge. Je revenais dans la salle régulièrement pour rapporter des plateaux de verres propres. Au moment où je passais près d’une table avec mon plateau chargé de verres, j’aperçu alors une silhouette que je connaissais, près du piano : Garin. Je m’arrêtai un instant, perturbée. Je ne m’attendais pas à le voir là. En fait, je ne m’attendais pas à le revoir un jour, tout court.

Je n’eus pas le temps de tergiverser, je m’étais arrêtée au mauvais endroit. Juste derrière la chaise d’un client qui choisit précisément ce moment pour partir. Il me bouscula en se relevant et je lâchai le plateau qui s’écrasa au sol. Tandis qu’il se confondait en excuses (c’était un client gentil, un habitué d’après ce que m’avait dit Meg, ma collègue), je secouai la tête…

- Non, c’est rien, c’est de ma faute.

… et m'agenouillai au sol pour commencer à ramasser les morceaux de verre. J’avais à coup sûr attiré l’attention de Garin, mais à vrai dire, je ne m’inquiétai pas de ça. Plutôt de la somme qui allait être retenue sur mon salaire pour remplacer les verres cassés. Comme si j’avais besoin de ça.


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Garin DeLyons
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Au moment où j'ai appuyé sur une touche, j'ai entendu un vacarme dans mon dos. J'ai sursauté, me demandant, les yeux ahuris, si c'était moi qui avait causé un boucan pareil mais je n'ai vu qu'un client en train d'enfiler sa veste et Angela, à genou par terre, comme une souillon. J'ai froncé les sourcils. Gentil ou non, il pourrait se pencher pour aider. Je me suis levé pour aller la rejoindre, lançant un regard désapprobateur et bougonnant un "Ca vous ennuierait de faire attention"•

– Hey.

D'une voix basse, je m'adressais à Angela alors que je ramassais les débris pour les mettre sur le plateau. Encore une fois, j'étais persuadé que je la reverrais. Cette ville était bien plus petite qu'elle ne voulait bien le faire croire. Appuyé d'un coude sur mon genou accroupi, j'ai jeté un dernier bout de verre sur le plateau avant de relever les yeux sur elle. Pourquoi avait-elle dit que c'était de sa faute ? C'était pas le cas. J'ai soupiré et je me suis légèrement redressé pour récupérer le morceau de papier dans ma poche arrière. Coincé entre deux doigts, je l'ai tendu à Angela. Je n'étais pas sûr d'avoir envie de sourire à cette éventualité, mais j'ai tout de même essayé. Finalement, je le donnais. Après tout... J'avais déjà essayé d'interagir dans la vie d'Angela, ce n'était pas juste de croire que je pouvais me permettre de le faire à nouveau.

– Je suis désolé pour Jason, il vit parfois sur une autre planète et il n'a que deux techniques de drague à son catalogue. Il les a toutes les deux utilisées sur toi. Il a dû partir alors il m'a demandé de te donner ça.

J'ai serré les dents en crispant la mâchoire. Pourquoi est-ce que ça me dérangeait ? Parce que mes techniques à moi ne marchaient pas ? Parce que quand j'essayais, les seules qui répondaient étaient ou folle ou manquait cruellement d'unités à leur QI ? Et quand je faisais de l'humour, des filles comme Angela ne répondaient même pas. Ca m'était égal, vous me direz mais... Parfois, je m'ennuyais et je ne rechignais pas à un peu de compagnie. Pourquoi j'avais renvoyé la Fille chez elle, au fait ? Je trouvais déjà ça bien étrange que la soeur d'Abel me manque à ce point.


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Angela Foster
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Le client enfila sa veste et commença à s’éloigner. Il s’était excusé oui, mais il n’avait même pas proposé de m’aider. Pourquoi il l’aurait fait d’ailleurs ? C’était mon boulot de faire ça. Je ne lui en voulais même pas. Je sursautai en entendant une voix au-dessus de ma tête et m’entaillai la main avec un morceau de verre. Bah oui, le verre, c’est dangereux, David me l’avait suffisamment répété. J’étais une pro concernant la casse de vaisselle à la maison. Bizarrement, ma maladresse l’inquiétait. J’étais sûre qu’il mettait ça sur le compte de la tumeur. Moi, j’essayais de me convaincre qu’il n’en était rien, que j’étais maladroite naturellement.

Je laissais échapper une légère exclamation de douleur et lâchai le morceau. Je portais ma main à ma bouche, dans un geste réflexe et relevai la tête vers Garin tandis qu’il se baissait pour m’aider. J’aurai du lui dire d’arrêter, que ce n’était pas à lui de faire ça, mais je restai silencieuse. C’était idiot de ne rien lui dire, même pas bonjour, mais je vous ai dit déjà que mon cerveau avait décidé que Garin était mon genre alors j’étais assez troublée de le voir là en fait.

Je m’assis sur mes talons alors qu’il me tendait un bout de papier mais il semblait un peu hésiter. Je le pris en fronçant les sourcils.

- Jason ?

Comme je l’ai dit, j’avais complètement oublié le type qui m’avait abordée deux heures plus tôt. Mais les paroles de Garin me le remirent en tête illico.

- Ah lui ! C’était un de tes amis ? Je l’avais complètement oublié.

Je dépliai le papier qui comportait juste un numéro de téléphone. Je secouai la tête et le glissai dans une de mes poches arrières. Je n’avais pas la moindre intention de l’appeler. Je ne rappelais jamais. Et puis… j’avais quelqu’un d’autre en tête. Et aussitôt après avoir pensé ça, je me fustigeai. Ce n’était pas une bonne idée. Vraiment pas.

- Ouais, c’était pas très subtil. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne manque pas d’audace. Ca compense. Merci pour le numéro mais… je m’en servirai pas. Il ne sera pas trop déçu ?

Simple question pour la forme, à vrai dire, je m’en moquais un peu. Je me relevai en tenant mon plateau. Avec l’aide de Garin, il ne restait plus un seul morceau de verre par terre.


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Garin DeLyons
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Est-ce que j'aurais dû me sentir gêné ou vexé qu'elle ne m'ait pas remarqué avant ? Non, ça m'arrangeait, finalement. J'aimais donner un effet de surprise. Je me suis relevé en l'aidant à soulever le plateau avant de tirer dessus pour le récupérer.

– Tu devrais soigner ça.

J'aurais aussi dû tout ramasser tout seul. Elle n'aurait pas eu le temps de se blesser et il n'aurait rien pu m'arriver. C'était pratique et à la fois déprimant. Il m'arrivait d'avoir envie de m'entailler le bras avec un couteau à viande, juste pour voir la force requise pour avoir une cicatrice digne de ce nom. Mais je crois qu'au fond, je n'étais pas aussi taré que ça. J'ai déposé le plateau sur le comptoir et j'ai attrapé une serviette en papier avant de me retourner vers elle, tendant la main pour qu'elle me donne la sienne pour enfermer son doigt dans le tissu.

– Je croyais t'avoir déjà dit de faire attention. T'es vraiment têtue.

J'ai souri en levant brièvement les yeux sur elle avant de lâcher sa main. J'étais plus moqueur que sérieux. Je n'ai pas relevé pour Jason. Assurément qu'il serait déçu mais il l'aura probablement oubliée le lendemain. Il avait juste eu besoin de se prouver quelque chose. Comme nous tous. Mais je pensais que Jason était un peu plus comme moi que les autres. Mais bizarrement, aucun de nous - en dehors de Jericho - n'avait des envies très romantiques. La vie que nous menions était déjà bien assez remplie, ménage. J'ai regardé derrière moi avant de revenir face à elle et j'ai désigné le piano du pouce.

– Je sais qu'il est tard mais... Ca dérange si je reste un peu ?

J'ai commencé à reculer. Si je devais être déçu, c'est si elle m'empêchait de taper quelques touches avant de rentrer chez moi.


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Angela Foster
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Je l’ai laissé me prendre le plateau sans rien dire. Quelque chose me disait que je n’aurais pas dû, ma conscience professionnelle certainement. Mais je n’arrivais pas à réfléchir correctement depuis que je l’avais vu à côté du piano. J’ai mis ma main dans la sienne et je l’ai laissé s’occuper de mon doigt tout en l’observant. Sa remarque me fit sourire. Je baissai la tête et passai mon autre main sur la nuque.

- Je sais. Mais c’est plus fort que moi. Et tout ce que tu pourras dire n’y changera rien. Mon frère a déjà essayé de me raisonner, mais il n’a réussi à rien alors toi, il faudrait que tu te montres sacrément convaincant.

Je haussai les épaules et relevai la tête avec un petit sourire en coin.

- Je suis une tête brûlée doublée d’une sacrée maladroite. Je te laisse imaginer le résultat.

S’il avait besoin de preuves pour me croire, je pouvais lui en donner des dizaines. J’étais téméraire, un peu trop, et forcément, il m’arrivait de me blesser, souvent. En réalité, je ne comptais plus les égratignures, foulures et fractures que j’avais pu me faire.

Au moment où Garin me posait sa question à propos du piano, mon patron est sorti de son bureau, a jeté un regard au plateau plein de débris, puis à moi.

- Qu’est-ce que c’est que ce foutoir Foster ? T’as intérêt à me débarrasser de tout ça avant de partir. Et reste pas plantée là, je te rappelle que c’est à ton tour de nettoyer la salle pour demain !

Je serrais les dents. J’avais toujours eu du mal avec l’autorité, et je ne supportais pas qu’on me parle comme ça. Mais comme je l’ai dit, j’avais besoin de ce boulot alors je restai silencieuse et hochai la tête.

- Oublie pas de remettre l’alarme en partant.

J’ai hoché la tête une nouvelle fois et je l’ai suivi des yeux tandis qu’il quittait le bar, la caisse des recettes sous le bras. Meg et Jessica, les deux autres serveuses étaient déjà partie depuis un moment. Quand on n’était pas de ménage, on finissait le service plus tôt. Je soupirai quand il ferma la porte derrière lui et reportai mon attention sur Garin qui attendait toujours une réponse à propos du piano.

- Vas-y, je t’en prie, je ne serais pas contre un peu de musique pendant que je fais tout ça.

J’indiquai la salle d’un signe de la main et attrapai mon plateau.

- Désormais, y’aura plus personne pour te dire de dégager d’ici alors… fais toi plaisir.


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Garin DeLyons
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Il m'avait fallu... Beaucoup de volonté pour ne pas envoyer mon poing dans la tronche de ce type. J'avais un travail tout aussi fatiguant et pas forcément moins détestable mais personne ne nous traitait de cette façon. Une lueur de maturité m'avait rappelé que je ne pouvais pas intervenir de la sorte sans m'attirer des problèmes alors je n'avais rien dit, me contentant de serrer la mâchoire à m'en faire mal aux dents. J'ai reporté les yeux sur Angie sans me détendre, le visage rouge de colère. Ca ne me regardait pas ! Je ne devais pas intervenir ! Ce n'était pas mon problème !

J'ai acquiescé en la laissant se remettre au travail mais je n'ai rien dit sous peine de faire à nouveau montre d'impulsivité déplacée. Quoique vous pensiez, je me soignais. La preuve. J'ai jeté un oeil à la porte. Si ce type revenait, je ne donnais pas cher de sa peau. Je voulais bien me contenir une fois, mais pas deux. J'avais une réputation de voyou à la petite semaine à respecter. Et puis un piano m'attendait.

– Je suis là, si tu as besoin.

Je n'en avais plus touché depuis des années, depuis que j'étais arrivé ici, en fait. Il y en avait bien un chez Abel mais on ne pouvait pas dire que j'y allais fréquemment. Je le regardais toujours avec envie, c'était un vieux machin auquel il devait manquer pas loin de la moitié des accords, je parie. Mais quand nous nous retrouvions là-bas, c'était pour parler affaire, je n'avais jamais le temps de m'arrêter pour jouer un peu. Une fois seulement, je l'avais fait et Gen m'avait surpris. Je n'ai plus reposé mes doigts sur cet instrument depuis.

Je me suis installé à nouveau et j'ai posé les mains sur les touches en inspirant profondément. J'ai appuyé sur une... Puis deux. Et je me suis arrêté à la troisième. J'ai reposé mes mains sur mes cuisses et je me suis raclé la gorge avant de frotter mes paumes l'une contre l'autre et de craquer mes doigts. J'étais rouillé, à n'en poins douter mais vous savez ce qu'on dit, c'est comme le vélo... Certaines choses ne s'oublient jamais.

L'Adagio de Beethoven était le morceau préféré de ma mère. C'est pour elle que mon père avait acheté un piano quand j'étais petit et j'avais voulu en jouer alors j'avais pris des cours, me révélant être un prodige en la matière. J'ai entamé les premières notes d'une seule main, l'autre sur la cuisse et je me suis laissé le temps de me réhabituer à la musique avant que l'autre main ne rejoigne la première. Je n'avais joué que pendant une petite minute et je me suis arrêté, laissant une note en suspens dans l'air. Pas que j'avais oublié les notes, elles étaient parfaitement imprimées dans ma tête et dans mes doigts. Mais je n'avais pas vraiment réfléchi au morceau que j'avais commencé. Je revoyais ma mère que je n'avais pas réussi à sauver et j'avais l'impression de ne pas mériter - comme la plupart des choses dans la vie - ce don du piano. En pensant à ma mère, je pensais à mon père. Me rappeler mon père, c'était me transporter face à Howard Stenton et mon coeur était sur le point d'exploser dans ma poitrine en me repassant la scène dans la tête.

J'ai soupiré en penchant la tête et j'ai levé la main pour refermer le capot. Aider Angela serait bien plus engageant que me rappeler des mémoires aussi macabres. Sauf que je n'arrivais plus à me lever, comme si mes jambes étaient enracinées dans le sol et mes fesses clouées au siège.


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Angela Foster
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J’avais surpris cette étrange lueur dans le regard de Garin tandis que mon patron me hurlait ses ordres à la figure. Je m’étais interrogée quelques secondes. Il avait l’air tendu soudain, prêt à bondir. Il ne devait détester l’autorité autant que moi apparemment. Mais il n'intervenait pas et je lui en étais reconnaissante. C'est qu'il aurait été capable de me faire virer si ça avait été le cas ! Parce que le patron n'aurait pas tardé à nous mettre dans le même sac, Garin et moi.

Je le laissai s’installer au piano et emportait le plateau de verre dans l’autre pièce. J’en vidai le contenu dans la poubelle en soupirant. Quel gâchis. Mes affaires, posées dans un coin de la pièce attirèrent mon regard. En particulier mon casque de moto. Il avait été magnifique, il n’y avait pas si longtemps : noir, avec deux aigles aux ailes déployées sur les côtés. Aujourd’hui, l’un des aigles était éraflé, souvenir de mon accident de moto. Ce casque m’avait certainement sauvé la vie. J’aurais dû le changer, m’en acheter un nouveau. Parce qu’un casque qui subit un tel choc n’est plus aussi efficace en cas d’accident. Mais je n’avais pas les moyens. Et avec ce que le patron allait retirer de ma paye pour la casse dont j’étais responsable (je me demandais d’ailleurs si j’allais finalement en avoir une avec tout ce que j’avais cassé depuis une semaine), je n’allais pas pouvoir le remplacer tout de suite. Je soupirai, secouai la tête et attrapai le balai posé dans un coin.

Je revins dans la salle du bar et commençai à balayer. Garin faisait connaissance avec le piano. Je l’observai à la dérobée pendant un moment, continuant mon travail. Plus vite j’aurai fini, plus vite je pourrais rejoindre les garçons. Si je n’étais pas trop fatiguée pour ça. Parce que pour être honnête, j’étais épuisée. J’écoutai les notes du piano s’élever. Je ne connaissais pas ce morceau mais je le trouvais très beau. Et je devais reconnaitre que Garin était doué, parce qu’il ne semblait pas évident à jouer. Et puis, au bout d’un laps de temps beaucoup trop court à mon goût, Garin s’interrompit. Je jetai un œil vers lui et le vis refermer le capot. Et il resta là, assis sur le tabouret. Je fronçai les sourcils, posai mon balai et m’approchai de lui, les mains dans mes poches.

- Est-ce que ça va ?

Mon instinct me disait que non, et j’avais un bon instinct en général. Mais ses réactions à lui m’avaient surpris plus d’une fois l’autre jour alors je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne savais même pas s’il répondrait à ma question. Je posai la main sur son épaule avant de me rappeler que la dernière fois que je l’avais touché, il n’avait pas vraiment eu l’air d’apprécier. Je retirai donc ma main aussitôt et la remis dans ma poche.


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Garin DeLyons
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En entendant sa voix, j'ai sursauté. Je ne l'avais même pas entendue s'approcher, absorbé par mes pensées. J'ai levé la main comme pour prendre la sienne mais elle l'avait déjà retirée. J'ai secoué la tête en me raclant la gorge et je me suis relevé.

– Non, non, tout va bien ! J'avais juste plus remis un doigt sur un truc pareil depuis des années, ça me fait un peu bizarre et c'est pas le mien, alors...

J'ai souri, assez gêné qu'elle ait pu percevoir que quelque chose se passait dans ma tête. Le souvenir de ma mère, Libby, Stenton... Tout s'est effacé doucement de mon esprit comme une bulle qui éclate. Je n'avais pas imaginé combien les frissons me remonteraient dans le dos au toucher d'un piano. J'avais terriblement envie de m'y remettre et en même temps, j'en avais une peur bleue. Et si ça en disait trop sur moi ? Ca aussi, la CIA connaissait mon petit talent secret. J'en devenais tellement parano que c'était à se demander si je vivais réellement pour ce que j'étais moi-même ou pour ce que je ne voulais pas qu'on me trouve. J'ai haussé les épaules en remettant les mains dans mes poches.

– C'est nul de laisser ce truc-là pourrir dans un coin. Personne s'en sert ?

Et puis j'ai quitté le piano des yeux pour les reporter sur Angela.

– Tu laisses souvent les gens te parler comme ça ?

Ma question pouvait paraître déplacée mais ça me restait dans la tête. J'ai levé les sourcils.

– La prochaine fois, je promets pas de garder mon calme, si je revois ce type. Il me fait pas peur et je serais pas contre lui enseigner les bonnes manières.

Si je m'écoutais, d'ailleurs, c'est ce que je ferais. Je l'attendrais ou bien je ferais mine de devoir partir pour aller le chercher et lui donner une bonne leçon. Ma conscience me disait de laisser tomber, que ce n'étaient pas mes affaires. J'ai fait un pas vers elle en regardant le comptoir.

– Tu veux que je t'aide pour aller plus vite ?

j'avais déjà fait du service en restaurant mais je m'ennuyais vite. Et je ne supportais pas qu'on me parle comme ça. Je préférais les docks ! Charger, décharger, pas de questions, pas de clients, juste du travail manuel, c'était une sorte de sport pour moi. Joindre l'utile à l'agréable. Et ce qu'il me manquait comme argent à la fin du mois ? Je le volais. Mais c'était somme toute assez rare, finalement parce que nous nous contentions de presque rien.


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Angela Foster
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Je lui ai rendu son sourire, pas totalement convaincue par son explication. Mais qu’est-ce que j’en savais après tout. Il était peut-être sincère. Je décidai d’en rester là et retournai vers mon balai. A sa question, je levai les yeux et les posai sur le piano en question.

- Pas depuis que je suis arrivée, mais ça fait qu’une semaine que je suis là alors… J’imagine que s’il est là, c’est qu’il y a des clients qui s’en servent parfois. Sinon, il y a belle lurette que le patron l’aurait viré pour mettre des tables à la place je pense. A moins qu’il n’en joue, quand on n’est pas là. Mais il semblerait qu’il parte rarement le dernier alors…

J’ai recommencé à jouer du balai. J’allais vite, mais j’étais une experte en balayage alors je faisais quand même mon travail correctement. Je ne relevai même pas la tête sur Garin pour lui répondre.

- En général non. Je suis pas le genre de personne à me laisser faire sans rien dire. Je crois que tu t’en es rendu compte l’autre soir. Mais… là, j’ai pas trop le choix, j’ai besoin d’argent. Et je crois que je l’ai énervé aussi, quand j’ai refusé de lui donner ce qu’il voulait. Mais tu peux être sûr que dès que j’aurais trouvé un autre poste, je partirai sans aucun regret !

Ah ça non, vraiment aucun. Je finis cependant par relever les yeux sur Garin.

- Fais moi une faveur. Si tu recroises ce type, avant de lui dire tout ce que tu penses de lui, assures toi que je ne suis pas dans les parages avant. Parce que je risquerais d’être emportée par ton élan, et j’ai rien de mieux pour l’instant. Alors si je pouvais garder ce boulot encore un peu, ça serait pas plus mal.

Il me fit rire alors, en me proposant son aide. Bizarrement, je ne l’imaginais pas avec un balai dans les mains. Je ne savais pas ce qu’il pouvait bien faire comme travail, ni même s’il en faisait un, mais non, dans mon esprit, les notions de « Garin » et de « balai » étaient tout simplement pas cohérentes.

- C’est gentil, mais il n’y a qu’un seul balai. Et j’ai presque fini de toute façon.

Ce qui était vrai. J’allais chercher une pelle à poussière dans l’autre pièce et revint pour ramasser les saletés que j’avais rassemblées. En me baissant pour le faire, mon t-shirt remonta légèrement dans le dos, dévoilant mon tatouage : le symbole hindou Om̐. Je l'avais fait faire peu de temps après avoir appris pour la tumeur et ses conséquences. C'était Simon, un de mes amis, tatoueur de son métier qui me l'avait fait.

Je me relevai et allai vider la pelle dans la poubelle. En passant devant Garin, une question vint frapper mon esprit. Qu'est-ce qu'il faisait encore là ? Il avait demandé à rester pour jouer un peu de piano, mais là, il ne jouait plus. Je m'abstint cependant de poser la question. Je ne voulais pas qu'il pense que sa présence me gênait parce que ce n'était absolument pas le cas.


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Garin DeLyons
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Je me serais bien approché pour lui prendre le balais des mains mais elle était déjà partie. J'ai tordu mes lèvres dans une moue et j'ai tourné les yeux vers le piano en m'éloignant de lui. Peut-être qu'une nuit... je viendrais le chercher si tout le monde l'avait oublié dans son coin. Quoi ? Ne me regardez pas comme ça, j'ai déjà dit que je n'avais rien d'un saint. Et ce ne serait pas la première fois que je me faufile pour chiper des trucs que je n'avais pas les moyens de m'offrir - ou dont je n'avais pas fondamentalement besoin. J'ai eu un léger rire quand elle a émis la possibilité de m'imiter face à son patron. Je n'en doutais pas un seul instant mais autant que je me savais différent des Négatifs, je n'aimais pas qu'une femme réagisse comme moi, encore moins avant moi. Ne me regardez toujours pas autant de travers, vous n'avez toujours pas compris ?

Je suis revenu près du comptoir et vu qu'elle n'avait pas besoin de mon aide, ou n'en voulait pas, je me suis hissé sur un tabouret, les coudes en arrière en appui et un pied relevé sur la barre plus bas. J'ai haussé un sourcil en voyant sa peau se dévoiler. On sous estimait toujours le pouvoir d'un tatouage. J'aurais voulu en avoir un aussi, mais je n'avais pas prévu que ma peau devienne à ce point impénétrable. Parfois, la douleur dans mon poignet me réveillait en pleine nuit et j'en avais la main tremblante. Avec toute la volonté et la force dont j'ai eu besoin pour retirer ma puce de mon poignet, je vois mal un tatouage s'imprimer. J'ai poussé un profond soupir sans oublier de profiter de la vue.

J'ai attendu qu'elle repasse pas loin de moi. Pourquoi j'avais l'impression de juger tout ce qui se passait dans sa vie ?

– Et sinon... Il voulait quoi que tu lui as refusé pour qu'il s'énerve ?

Si vous saisissez bien l'intention de ma question, j'étais à deux doigts de me transformer en un monstre assoiffé de sang. Peut-être que j'étais encore parano comme pas deux. Peut-être que j'allais très vite savoir qui était ce type et lui faire sa fête sans que personne ne sache ce qui a bien pu lui tomber dessus.  Si je n'avais pas tiré sur Stenton, j'avais une bonne raison, vous savez ? Ce n'était pas de la lâcheté, ça ne me semblait juste pas une bonne idée, encore moins alors qu'il était à terre et que je tenais une arme à feu à quelques centimètres de lui. Mais à mains nues ? Avec un chien galeux comme ça ? Ceux qui m'avaient déjà vu savaient parfaitement que j'en étais capable et au Sanctuaire, ils évitaient de trop s'en prendre à moi. Je me demande si ça se voyait dans mes yeux, en fait...


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Angela Foster
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Si j’avais su que Garin était en train de me mater, je crois que j’en aurai joué. A quoi ça sert d’être une fille si on ne peut pas mettre ses atouts en avant hein ? Sauf que me concernant, je n’avais pas beaucoup d’atouts... mais bon c’était des choses qui arrivaient.

Quoiqu’il en soit, je n’avais pas d’yeux derrière la tête et je ne me rendis compte de rien. Sa question me cueillit alors que je repassais devant lui pour aller ranger le balai et la pelle. Je m’arrêtai et lui jetai un regard un peu étonné, haussant un de mes sourcils dans une mimique qui était ma spécialité (et celle d’un certain Teal’c d’après ce que j’avais pu voir à la télé). Etait-il vraiment naïf ou posait-il juste la question pour avoir la confirmation de ses soupçons ? J’hésitai un peu avant de répondre, j’avais parlé trop vite, révélé un détail que j’aurais dû garder pour moi. Même David n’était pas au courant. C’était mieux comme ça d’ailleurs, sinon, il aurait étripé ce type à mains nues.

- A ton avis ? Qu’est ce qu’un type comme lui pourrait vouloir d’une fille comme moi ?

L’allusion était évidente. Je secouai la tête avec un sourire. Je ne prenais pas la chose tellement au sérieux, ça m’était déjà arrivé, plus d’une fois. Ca n’avait rien de surprenant de nos jours. Ou en tout cas, moi, ça ne me surprenait pas. Les hommes ont toujours été des porcs. Pas tous, c’est vrai, mais certains. Et ça ne changerait pas de sitôt.

- Mais je crois qu’il ne s’attendait pas à ce que je lui tienne tête.

Je savais que Meg et Jessica, elles, avaient fini par céder. Elles avaient vraiment trop besoin de ce boulot. Mais je ne comprenais pas comment elles avaient pu en arriver là. Du coup, je ne m’entendais pas des masses avec elles. Je crois qu’elles m’en voulaient parce que contrairement à elle, j’avais eu le courage de m’y opposer et la présence d’esprit de l’avoir fait après avoir signé mon contrat.

- Et comme il ne peut pas me virer sans une vraie raison valable, il se venge comme il peut. Il essaie de m’avoir à l’usure, certainement. Mais ça ne marchera pas.

J’aperçus le regard de Garin et il était troublant. J’avais l’impression qu’il était animé par autre chose que des bons sentiments. Je ne savais pas vraiment quoi, mais je sentais que mes révélations seraient loin de l’apaiser.

- Garin... je ne sais pas à quoi tu penses, mais si j'en crois tes yeux... tu ferais mieux d'oublier. Des salauds de son genre, il en existe des centaines. Il ne mérite pas que tu t'attires des problèmes. Et je...

J'allais ajouter que moi non plus, je ne le méritais pas, mais au dernier moment, j'ai trouvé ça bien présomptueux. Qu'est-ce qui me disait qu'il se souciait de moi ? Il s'en fichait peut-être comme de sa première paire de chaussettes. J'ai secoué la tête et j'ai changé de sujet avec un sourire.

- Bon aller, j’ai fini pour ce soir.

Je m’éloignai dans l’autre pièce, rangeai mon balai et ma pelle et revins vers Garin avec mes affaires : mon sac à dos, mon blouson de moto et mon casque, quand même bien abîmé.


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Garin DeLyons
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Donc, ça se voyait. Il y avait des choses que je ne savais pas cacher. Ca en faisait partie. Mais je n'ai rien dit. Je n'ai pas bougé, je n'ai pas baissé les yeux. Si elle était têtue, j'étais bien pire. Quand elle est passée derrière pour récupérer ses affaires, j'ai renversé la tête en arrière sur le comptoir pour chercher la licence du bar et y lire le nom du gérant. Un léger sourire en coin et l'idée a fait son chemin dans ma tête. Je me suis légèrement penché sur le côté et quand Angela est revenue, j'étais en train de taper un message sur mon téléphone. Je me suis laissé glisser de mon siège en envoyant le dit message et j'ai rangé mon portable avant de relever la tête vers elle. J'ai acquiescé en inspirant profondément et je suis passé à côté d'elle pour me diriger vers la sortie.

– Sympa, ton tatouage, lui ai-je glissé d'un air innocent.

Un dernier regard au piano et j'ai ravalé mes caprices pour ouvrir la porte et la laisser passer avec un sourire. Si je lui donnais ne serait-ce qu'un indice de ce que je comptais faire, ce soir, elle m'en voudrait à vie. Aussi, j'ai tout gardé pour moi et j'ai feinté l'indifférence. C'était une grande fille, qui pouvait se défendre seule ! Soit ! Très bien. Mon excuse ? Elle n'était pas la seule fille dans le monde. Et j'ai beau avoir fait des choses pas jolies jolies dans ma vie et de ne pas toujours avoir été extrêmement clément avec les filles, je savais encore reconnaître un abus. Et moi, au moins, je le reconnaissais et je faisais en sorte que ça ne se reproduise plus.

– Tu sais, c'est un mec bien, Jason.

Je me suis retourné pour lui faire face, enfournant mes mains dans mes poches.

– Tu devrais lui donner sa chance. C'est un mec plutôt calme, assez neutre, il te taperait pas sur les nerfs. Et de ce que j'ai entendu dire, paraît qu'il embrasse comme un dieu !

J'ai levé les mains en guise de méfiance et j'ai secoué la tête, les sourcils hauts.

– Je ne fais que répéter ce qu'on m'a dit. Après je te cache pas que tu risques de t'ennuyer avec un mec comme ça Mais hey ! L'ennui est un luxe, de nos jours, non ?

Avais-je seulement conscience de ce que je disais ?


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Angela Foster
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- Mon tatouage ?

Non non, je n’avais pas oublié que j’en avais un. J’étais juste surprise que Garin l’ai vu. Et pour qu’il puisse le juger « sympa » c’est qu’il avait dû faire plus que seulement l’apercevoir. Je tendis le bras devant lui pour l’arrêter.

- Attends, dis-moi si je me trompe parce que je suis pas sûre de comprendre. T’étais en train de me mater là ?

Parce que bon, je n’étais pas non plus totalement idiote. Je savais bien que la plupart des hommes ne se contentaient pas de regarder que mon tatouage. Pas que ça me gêne, remarquez. Sinon je ne l’aurais pas fait là. J’adressai un sourire enjôleur à Garin et passait devant lui pour sortir du bar, après avoir entré le code de l’alarme bien sûr. Sinon, nul doute que mon patron me tomberait dessus demain matin ! Je fermai la porte à clefs et me retournai vers Garin pour l’écouter me vanter les mérites d’un autre.

- Un mec bien ?

Je secouai la tête.

- Raison de plus pour que je ne le rappelle pas. Je ne voudrais pas lui briser le cœur. En plus les mecs calmes, c’est pas trop mon genre. Je préfère le style mauvais garçon.

La dernière réflexion de Garin me fit rire.

- Ouais, mais tu sais, j’ai pas l’intention de rester avec qui que ce soit assez longtemps pour m’ennuyer. Je suis pas une de ces filles qui se cherchent un copain pour passer le reste de leur vie avec. Je suis…

Je cherchai l’expression adéquat, une expression qui ne me ferait pas passer pour une croqueuse d’hommes. Quelque chose de pas péjoratif quoi.

- Je suis plutôt du genre de celles qui disparaissent au petit matin sans plus jamais donner de nouvelles.

Je penchai la tête sur le côté. Cette formulation me convenait, elle ne me faisait pas non plus passer pour ce que je n’étais pas vraiment. Je n’étais pas insensible, j’étais juste… trop protectrice. Je ne voulais pas laisser à un homme le temps de s’attacher à moi et par là-même, le faire souffrir quand mon heure serait venue. Je savais pertinemment que David et les garçons n’étaient pas d’accord avec ma façon d’agir mais hey ! C’était ma vie, ma décision.

- Et puis, je préfère aussi quand c'est spontané, dans le feu de l'action. Si je l'appelais, ça serait comme si c'était prémédité. Tout de suite, ça serait moins... intéressant.

Parce que oui, faut que je vous dise aussi, que mon moment préféré dans une relation, c'était ce qui se passait avant : le regard qui veut tout dire, la phase de séduction, la découverte de l'autre, le premier baiser, la première fois avec un homme aussi. Ce qui se passait après ne présentait aucun intérêt. C'était du moins ce que je pensais.


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Garin DeLyons
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J'ai souri - plus franchement - sa question. Non, je ne mattais jamais. Encore moins quand on se penchait devant moi. J'avais même eu un léger rire sans pour autant répondre et j'avais tourné la tête le temps qu'elle sorte.

– Il en a vu d'autres, tu sais ? C'est un grand garçon. ai-je ri à nouveau.

Jason, Jericho, Abel même ou moi, on n'était plus à ça près. C'était marrant de se rendre compte que quelque part, nous étions tous égaux en matière de fille. Je n'avais jamais vu Abel accompagné et Jericho n'avait d'yeux que pour Libby. Mais Jason et moi aimions bien nous amuser. j'imagine que ça nous faisait passer le temps et que nous avions trop de choses en tête et Liberation à nous occuper. De la même façon qu'Angie, je ne voyais pas comment faire subir tout ça à une fille si elle n'était pas déjà chez nous, consciente de ce que nous représentions.

– Et tu ne devrais pas tant te sous-estimer ou te sous-évaluer comme ça. Tu sais, ça lui a pris la moitié de la soirée pour se lever et venir te faire son numéro. Et au moins un shot de vodka. Si ça, c'était pas spontané... Tu ne devrais pas disparaître le matin. Tu serais assez surprise de combien de types pensent comme toi et se suffisent avec juste un bon moment. Ca veut pas pourtant dire que ça consiste à faire de la relation mouchoir jetable.

J'ai haussé les épaules. C'était ma philosophie, quoi qu'il arrive. Si je sentais qu'une fille avait autre chose en tête ou des désirs que je ne partageais pas, elle s'effaçait automatiquement de ma vue. J'ai levé les mains et je me suis mis à marcher quelques pas lents.

– Il a mal choisi son moment, okay. On se plante tous. Mais je vais te présenter les choses dans l'autre sens.

Je me suis retourné vers elle en marchant à reculons et la désignant de mes deux index.

– Si tu le rappelles pas, il va m'accuser de ne pas avoir transmis le message. Il sait même pas qu'on se connaît mais il pensera que j'ai voulu garder le paquet pour moi tout seul. Il va me piquer ma bouffe pendant des jours, je vais écoper des pires tâches au boulot à cause de ça. Bref, il va faire de ma vie un enfer parce qu'il sait que je mens comme je respire. Alors si je lui dis que non, j'ai pas profité de la situation... Il ne me croira pas.

C'était un pur mensonge éhonté, je n'avais pas pu mentir plus sur toute la ligne. Jason et moi ne travaillons pas ensemble. Du moins, pas en dehors de Liberation. Mais je crois que j'essayais de comprendre ce qui clochait chez elle. Ca ne pouvait pas être que le fait d'être malade. J'étais comme intimement convaincu qu'il y avait quelque chose d'autre. Et puis j'ai haussé les épaules. Pour moi, ce qui venait avant, je m'en souvenais rarement. J'étais bien trop impulsif pour ça. Je n'attendais pas qu'on me donne de signal. Si je voulais embrasser une fille, je le faisais. Certaines en avaient été surprises ! Je me souviens quand...

– Ne le rappelle pas simplement parce que tu penses que tu vas lui briser le coeur. C'est pas ce genre de mec. Tu lui as plu, il te l'a fait comprendre, basta. La balle est dans ton camp et si tu le rappelles pas ? ne le fais pas parce qu'il ne te plaît pas. Je pense que ta vie est suffisamment compliquée comme ça pour pas rendre les choses moins simples qu'elles ne pourraient l'être. Tu serais surprise ! Mais ce n'est que mon conseil, on sait ce que ça vaut. Les mauvais garçons, c'est incontrôlable. C'est toi qu'ils vont briser en deux. C'est pas ce que tu veux, si ?


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Angela Foster
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J’ouvris des yeux ronds.

- La moitié de la soirée ? Je suis si intimidante que ça ?

J’avais bien du mal à le croire. Comme le disait Garin, j’étais du genre à me sous-estimer. Je ne me trouvais pas particulièrement jolie, plutôt de celles dont on dit rien : pas moches mais pas non plus exceptionnelle. J’étais assez musclée, mais je n’avais pas vraiment de formes. J’étais persudée que mon charme résidait dans ma personnalité uniquement. J’étais une forte tête, une sacrée comique aussi parfois, je mettais facilement les gens à l’aise. Mais pour savoir ça, il fallait parler avec moi, ce qui n’avait pas été le cas de Jason. Tout ça, ce n’était pas de la fausse modestie, c’était juste ce que je pensais réellement. Du coup, je ne comprenais pas comment on pouvait hésiter aussi longtemps à m’aborder.

- J’en avais pas l’impression pourtant.

Je baissai les yeux sur moi. Sincèrement, Jason m’avait surprise à m’aborder comme ça. Ce soir, j’étais loin d’être séduisante. J’étais habillée comme tous les jours, comme un garçon manqué pour faire simple, et j’étais tellement épuisée par le boulot que ça se lisait sur mon visage. David m’en avait fait la remarque avant que je ne parte. J’étais vraiment pas à mon avantage quoi.

Quand Garin se mit à me donner des conseils, je relevai la tête et plantai mes yeux dans les siens.

- Hey hey… c’est de moi dont il s’agit ! Je ne veux pas prendre le risque qu’on s’attache à moi, c’est tout. Alors, c’est sûr, y’a beaucoup d’hommes qui ne cherchent rien de plus, mais j’ai aucun moyen de savoir lesquels. Et si je leur laisse le temps de me montrer qu’ils sont comme ça, je laisse également le temps aux autres de commencer à me connaitre et peut-être à m’apprécier. Alors je préfère partir avant.

Je baissai la tête et haussai les épaules.

- Et puis, peut-être aussi que je n’ai pas envie de m’attacher à eux. Je ne peux pas me le permettre.

Mais Garin continuait à me vanter Jason. A croire qu’il voulait me pousser dans ses bras. Et je ne me retins pas de lui en faire la remarque en riant.

- Si tu continues comme ça, je vais finir par croire que tu en fais une affaire personnelle. Ca te tient tellement à cœur que je lui laisse une chance à ton ami ? Mais dis, ce dont j’ai envie, moi, ça intervient à quel moment dans ton calcul ?  

Mais il continuait. Je finis par céder et lever les mains devant moi.

- Ok, tu sais quoi ?

Je fis basculer mon sac et farfouillai à l’intérieur à la recherche d’un bout de papier et d’un crayon. Je notai mon numéro dessus et le tendis à Garin.

- Donne-lui ça la prochaine fois que tu le verras et si je l’intéresse toujours à ce moment là, lui, il appellera. Et s’il le fait, alors il aura toutes ses chances.

Je remis mon sac dans sa position initiale et plantai à nouveau mon regard dans celui de Garin.

- Mais s’il te plait, arrête de me dire ce que je dois aimer ou pas. Je vais finir par croire que je t’intéresse, mais que ma personnalité te dérange. Je suis attirée par les mauvais garçons, c’est comme ça. N’oublie pas que j’aime les grands frissons. S’ils sont incontrôlables c’est tant mieux. Je pense être assez forte pour m’en sortir indemne. Et si finalement ils doivent me briser en deux… ce n’est pas tellement ton problème. Tu ne seras pas là pour le voir que je sache.

J’étais restée calme. Je n’avais pas l’intention de le vexer, ou de le mettre en rogne, juste de mettre les points sur les i. C'était ma vie, et j'entendais bien la vivre comme je le voulais.
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Garin DeLyons
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J'ai haussé les épaules dans un sourire, quoiqu'un peu triste.

– Il faut croire qu'on est pas tous égaux devant le courage. Je pense pas que ce soit tellement le fait que tu sois intimidante, plus que le fait qu'il ait eu besoin... De faire le premier pas. Le premier pas. C'est tout ce qu'il nous reste, finalement, pas vrai ?

J'ai attendu qu'elle soit à ma hauteur pour baisser les yeux sur elle, sans avoir quitté mon sourire et son numéro dans la poche. Et puis, j'ai parlé d'une voix douce, peut-être plus douce que je l'aurais voulu intialement.

– Je n'essaye pas de te dire ce que tu dois aimer ou qui tu dois aimer. Juste que tu te poses les bonnes questions. Et les bonnes barrières. Je veux juste que tu vois les choses autrement, sous un autre angle, que tu ne t'imagines pas qu'il n'y en a qu'un... Tu veux te protéger sous prétexte que quelque chose n'en vaut pas la peine, c'est ça ? Je me dis l'inverse. Je me dis que je préfère vivre un million d'années dans la même journée, même si je dois exploser le soir d'avoir trop vécu. Au moins, j'aurais vécu, j'en aurais profité et je l'aurais ressenti dans ma poitrine. Je sens pas grand chose, alors... Je vis à l'inverse.

Je suis resté un instant silencieux sans l'avoir quittée des yeux.

– Je t'ai pas dit d'appeler Jason si tu le voulais pas. Je t'ai dit de ne pas le faire pour les bonnes raisons. - J'ai penché la tête - Est-ce que tu m'intéresses ? Oui. - J'ai penché la tête de l'autre côté - Et non. Ca ne m'intéresse pas d'être intéressé, j'ai pas ce temps à perdre. Je veux juste vivre. Le reste ne m'importe pas. C'est comme avoir une vie entière de parfums de glace et d'avoir la possibilité de tous les goûter. Est-ce que la pistache m'intéresse ? Pas plus que le chocolat, ni moins que la vanille. Est-ce que j'aime la fraise ? Non, je préfère la framboise mais j'aurais goûté les deux.

J'ai baissé les yeux un instant et je me suis pincé les lèvres en soupirant. J'ai souri un peu plus et relevé le regard dans le sien.

– Toi, tu as... Une date "à peu près". Si personne ne trouve une solution, tu as un compte à rebours, bien précis. Je t'ai dit qu'il ne pouvait rien m'arriver, pas vrai ? Et en même temps, je peux mourir dans la seconde si j'ai pas de chance. Et de la chance, on peut pas dire que j'en ai beaucoup gagné.

Ma voix était proche du murmure. Je ne souffrais d'aucune colère, ni d'aucune exaspération. Seulement du regret. Et peut-être un peu de tristesse.

– Alors oui... Ca me met en colère de te regarder passer à côté de toutes ces possibilités. Ca me rend triste, j'ai l'impression de voir du gaspillage.

Et malgré tout, je comprenais son point de vue, j'étais trop imprudent, trop impulsif, et peut-être aussi trop "mauvais garçon" pour ralentir, pour me calmer et profiter de choses plus... sur le long terme. Qui sait... Mes crises étaient tellement aléatoire, William pouvait me retrouver à n'importe quel moment, un autre mutant pouvait me tuer juste en me passant à côté. Cette fille, Amber, pouvait à nouveau me faire écrouler en plein Sanctuaire... Ma vie était une roulette russe géante.


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Angela Foster
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Je me mis à tourner mon casque entre mes mains tandis que Garin me parlait, m’expliquait ce qu’il en pensait, de tout ça. Mon regard s’arrêta sur l’aigle éraflé et je passais la main dessus. Garin me parlait avec douceur, c’était étonnant, lui qui m’avait dit que ce n’était pas son truc. Mais en tout cas, ce qu’il me disait avait un sens.

- Tu sais… depuis 2 ans, je vis avec la certitude que je vais mourir, d’un jour à l’autre. Le jour où je l’ai appris, j’ai eu l’impression que tout s’écroulait autour de moi. C’était tellement injuste. Et tellement ironique en même temps. Je passais mes journées à manipuler des tubes à essais, à étudier des maladies pour en chercher un vaccin. Et voilà que j’étais atteinte d’un mal qu’on ne pouvait pas guérir. Il m’a fallu du temps pour l’accepter.

Je soupirai et repris, toujours sans quitter mon casque des yeux.

- J’ai vu la souffrance dans les yeux de mes parents, de mes amis. Je m’en suis tellement voulu de leur infliger ça alors j’ai pris une décision. J’ai décidé de faire mon possible pour les épargner. Alors je ne leur en parle pas. Quand j’ai un nouveau symptôme, je le garde pour moi, même si ça me terrorise. Je ne supporte plus de voir la souffrance dans les yeux de mes proches alors je fais de mon mieux pour les protéger. Quelqu’un m’a dit une fois, que ça serait pire pour eux de me perdre sans avoir le temps de s’y préparer avant. Il avait certainement raison, mais je suis incapable de faire autrement. Je les inquiète déjà bien assez comme ça. Mon frère surtout. J’ai l’impression de lui gâcher la vie. Il s’occupe de moi en permanence. Il est jeune, il devrait profiter de sa vie au lieu de prendre soin de sa petite sœur jour et nuit comme il le fait…

Ce que je disais là, je n’en avais jamais parlé à personne. Pas vraiment du moins, j’avais abordé certaines choses, comme le fait que je protégeais continuellement mes proches, mais sans me révéler totalement comme je le faisais là. Je ne sais pas ce qu’il me prenait. Est-ce que c’était les paroles de Garin ? Sa soudaine douceur à mon égard ? Quoiqu’il en soit, cela faisait un bien fou de dire tout ça à quelqu’un.

- J’ai aussi décidé de vivre ma vie à fond, au jour le jour, sans me soucier du lendemain. Je n’attends pas pour réaliser mes désirs, je le fais tout de suite, parce que je sais que je n’aurais probablement pas le temps de les réaliser si j’attends. Et je ne veux pas avoir de regret quand viendra mon heure. Je veux juste être heureuse autant qu’il est possible de l’être.

Je relevai la tête et regardai droit devant moi mais sans regarder Garin.

- Et puis, petit à petit, est venu le besoin de me sentir vivante, constamment. Et c’est une sensation que seule l’adrénaline me procure. Alors depuis 2 ans, je pratique les sports extrêmes, plus c’est dangereux, mieux c’est. Je mets la mort au défi de me prendre, juste pour me prouver que je suis encore en vie. Quelques fois, souvent même, je me mets volontairement en danger et je n’en sors pas toujours indemne.

Je levai mon casque pour montrer à Garin l’éraflure sur le flanc. L’accident de moto avait eu lieu pendant une course que je faisais avec mes amis. J’avais perdu le contrôle de ma moto parce que j’avais essayé d’éviter un gamin sur mon chemin, une simple hallucination. Mais pendant tout le début de la course, j’avais pris des risques intentionnellement, prenant mes virages bien trop vite. J’aurais très bien pu avoir cet accident même si je n’avais pas vu de gamin.

- J’ai conscience que je n’ai pas pris les meilleures décisions. Qu’à ma place, tu n’aurais pas fait les mêmes choix. Mais je ne savais pas quoi faire d’autre.

Je posai enfin les yeux sur lui.

- Tu penses que c’est du gaspillage ? Certainement, mais dis moi, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Qu’est-ce que je dois faire d’autre ? Je suis prête à voir les différents angles de vue comme tu dis. Mais je ne suis pas capable de le faire toute seule. Pas après avoir passé tout ce temps à suivre mon chemin sans prendre de recul.

Mon cœur avait manqué un battement quand il m’avait avoué que je l’intéressai, et encore un autre quand il m’avait dit le contraire.

- Je me suis aussi promis de ne pas faire souffrir plus de personnes. C’est pour ça que je m’éclipse au petit matin. Mon frère me répète sans arrêt que j’ai tort, que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue sans amour, que l’amour d’une personne peut nous aider à passer au travers de toutes les épreuves, que chaque personne a besoin d’une autre pour la soutenir, pour nous aider à rester fort, comme une ancre dans la tempête. Je me suis promis de ne jamais laisser cette personne approcher. Mais peut-être que je me trompe encore une fois… Comment savoir ?

Je relevai les yeux sur Garin, secouai la tête et eut un sourire désabusé.

- Laisse tomber, je ne sais même pas pourquoi je t’ai dit tout ça.


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Garin DeLyons
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Plus son sac se vidait sur moi, plus je me sentais déprimé. C'était moche à dire mais c'était le cas. Et je n'aimais pas cette sensation. Pas du tout. Je la rejetais depuis des années, je la transformais en colère, la plupart du temps. Prendre sur moi était souvent une épreuve mais il m'arrivait de réfléchir. Quand elle a parlé de ne pas faire les choses seules, j'ai secoué la tête en regardant au loin. Je ne pouvais pas être cette personne, je ne pouvais pas autoriser une personne à prendre sur mon temps que j'estimais bien trop précieux. Je n'étais pas quelqu'un de très altruiste et j'avais besoin de ma propre vie. Le temps que je passais avec elle, plus d'une heure ou deux, c'était peut-être... Si Annie m'entendait penser, elle me tuerait de ses propres mains. Mais elle était si petite, si gentille, on la protégeait tous, je ne m'attendais pas à ce qu'elle comprenne si tôt ce qui se passait à l'intérieur de moi.

Rentrant la tête dans les épaules, j'ai inspiré profondément et froncé les sourcils. Elle devait penser que ce qu'elle disait n'avait aucune importance à mes yeux ou bien que je ne l'écoutais pas. C'était faux, j'étais juste... J'ignorais comment répondre ! Personne ne me confiait jamais rien ! Personne ne me disait jamais rien. Et puis, je me suis dit qu'après tout, c'était injuste. Elle me parlait de sa vie, elle me disait tant de choses sur elle, profondément intimes, le genre d'expression de soi qu'on ne déballe pas à n'importe qui. J'ai regardé autour de nous et puis je lui ai pris la main pour l'amener vers un lampadaire, me positionnant le mieux face à la lumière.

– Je t'ai dit qu'il ne pouvait rien m'arriver, pas vrai ? Et bah, j'ai peut-être menti un peu.

J'ai serré les dents une seconde et d'une main mal assurée, j'ai soulevé mon t-shirt pour dévoiler une partie de mon abdomen.

– Ca fait 7 ans bientôt que je vis avec ça.

La cicatrice était si marquée qu'elle faisait une légère ombre à la lumière du lampadaire. Plus longue qu'un couteau, l'entaille dépassait les 5cm. Je préférais lui montrer celle-ci. J'avais toujours peur qu'on me repère avec celle dans mon poignet. Elle était bien dissimulée mais c'était aussi parce que je n'avais aucune envie de la voir moi-même. J'ai dégluti en laissant Angela faire son diagnostic.

– L'amour, ouais... C'est un truc que je veux connaître. Ca fait partie de mes parfums de glace.

J'ai laissé retomber mon t-shirt.

– Chaque fois que j'ai ces hallucinations, c'est ce qui m'arrive. Je suis... Je sais pas où, sur une jetée à Acre, dans le désert de Mauritanie, dans une prison de Jérusalem... Je sais jamais vraiment où je suis mais c'est une version différente de la même scène à chaque fois. La première fois que j'ai fait ce genre de rêve, je me suis réveillé avec ça sur le ventre. Mon esprit a tellement cru que je me faisais tuer qu'il s'est marqué à vie. J'ai même failli claquer ce jour-là, je peux me vanter d'avoir foutu la trouille à une bonne vingtaine de médecins ! Chaque fois que je revis ces scènes dont je ne comprends toujours pas le sens, d'ailleurs, je me demande ce que mon esprit est capable de supporter et combien de temps avant qu'il ne passe croire à mon coeur qu'il a arrêté de battre. Tu sais l'ironie dans tout ça ?

J'ai souri un peu plus en pouffant d'un rire sans joie.

– C'est que c'est pas ça, mon pouvoir. Ca, c'est juste le bonus qui avec... La monnaie d'échange, ce que tu disais l'autre jour ? C'est relativement cher payé pour avoir des os en béton armé, tu ne trouves pas ? Et encore, je rentre pas dans les détails, c'est franchement trop déprimant et puis c'est moche.

J'ai grimacé en secouant la tête.

– Tout ça pour dire que... Ouais. L'amour, ça doit être un truc cool à connaître une fois dans sa vie. J'espère que j'aurai le temps. Mais ça se contrôle pas alors j'imagine qu'on peut vivre une vie entière sans le trouver. Ca te rend pas curieuse ? T'as pas envie de savoir quelle gueule ça a avant de partir ? On en dit plein de bien, j'ai pas envie de crever con sans me faire ma propre opinion. Pas toi ?

Ca pouvait sembler bizarre mais je me posais mes propres questions. Je n'osais pas les prononcer à voix haute.

– Je dirai à Jason que t'as refusé son numéro...


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Angela Foster
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Je n’aurais peut-être jamais dû lui dire tout ça. C’était lui en dire beaucoup trop sur moi. Et ça faisait de lui la personne qui me connaissait le mieux désormais. C’est un peu idiot de dire ça, parce qu’il ne connait pas ma couleur préféré, le film que je préfère, le livre qui m’a le plus touchée, la musique que j’écoute, choses que mes amis savaient sur le bout des doigts. Mais il connaissait désormais ce que je cachais à l’intérieur de moi, ce que j’étais réellement, et ça, même David, même Tom, les deux personnes dont j’étais le plus proche, ne le savaient. Je n’aurais certainement pas du lui en dire autant, mais en même temps, je me sentais… plus légère. Je ne lui demandais pas d’être celui qui m’ouvrirait les yeux, cette personne là, je la trouverai moi-même. Mais je lui étais reconnaissante de ne pas être parti en courant pendant que je parlais.

Je ne m’attendais pas à ce qu’il me réponde quoique ce soit. Mais je ne m’attendais pas non plus à ce qu’il se mette à me parler lui aussi. Je l’ai laissé me prendre la main et me tirer vers le lampadaire. J’ai froncé les sourcils et retenu mon souffle tandis qu’il m’avouait m’avoir un peu menti. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre quand il a soulevé son t-shirt et qu’il m’a montré sa cicatrice. Elle était assez impressionnante, mais je ne cillai pas. Je restai impassible tandis qu’il m’en expliquait la provenance. S’il m’avait parlé de la sorte quelques jours auparavant, je crois que je ne l’aurais pas cru, que je n’aurais pas compris. Mais depuis que je l’avais rencontré dans l’immeuble abandonné, j’avais fait du chemin.

Quand il eut terminé de parler, je relevai les yeux sur lui. Je ne savais pas trop ce que mon regard pouvait transmettre mais, ce que je savais en revanche, c’est que j’avais compris ce qu’il me disait. J’avais compris également que ça n’avait pas du être facile pour lui de m’en parler. Et j’avais compris, enfin, ce qu’il n’avait cessé de me répéter l’autre soir dans l’immeuble. Il était différent. Mais ça ne l’en rendait que plus attirant à mes yeux. Il ne se passerait certainement rien entre nous, mais c’était comme ça, je ne pouvais pas m’en empêcher.

Et puis il s’est mis à me parler d’amour, lui aussi, je hochai la tête pour répondre à sa question. Bien sûr que j’étais curieuse, bien sûr que j’avais envie de savoir ce que ça faisait avant de partir. Je lui adressai un petit sourire.

- Si… mais qui sait, avec un peu de chance, il est peut-être déjà sous notre nez et on ne s'en est pas encore rendu compte.

Et puis Garin me parle de Jason à nouveau. Mais pas comme je m’y serais attendue compte tenu du discours qu’il m’avait tenu un peu plus tôt. Sans me départir de mon sourire, je haussai un sourcil.

- Pourquoi ? Tu ne veux plus que je lui donne sa chance finalement ?

J’avais cru comprendre quelque chose derrière cette phrase. Mais peut-être que je me trompais.


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Garin DeLyons
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– Si... Il le mériterait. Mais quelque chose me dit que ça t'intéresse pas. Et, en revanche, il mérite pas qu'on se force.

Je n'aimais pas connaître les filles que je croisais. Je n'aimais pas qu'elles me posent la question de ma cicatrice quand elles la voyaient. "Tu verrais l'autre gars..." que je répondais à chaque fois histoire de me faire valoir sans qu'elles ne poussent plus loin leur investigation. Je détestais, viscéralement, qu'elles soient présentes quand un cauchemar, bien violent, survenait et qu'une crise se déclarait en me faisant suffoquer en pleine nuit. Ma plus longue relation, c'était avec la soeur d'Abel. Et elle n'était plus là. je la cherchais tous les jours mais aucun signe d'elle. J'étais même pas sûr d'être amoureux de cette fille. Je savais juste que ça me rendait complètement dingue et que j'avais failli tuer Abel pour ça. Depuis, je passais moins de temps avec eux, c'est vrai, je crois que j'avais besoin de comprendre certaines choses. Alors ce que je voyais dans les yeux d'Angela ne me plaisait pas. C'était un sentiment terrible d'en avoir envie et en même de ne pas s'en sentir capable, de flairer la mauvaise idée avant même de l'avoir.

Mais en fait, tout ce que je ressentais, c'était le moment actuel. Et puis le lendemain, ce serait différent. J'aurais oublié ou autre chose en tête. Ce serait profondément égoïste mais c'était ma philosophie de vie, après tout. J'en avais envie, je le pouvais, alors je le faisais. Peu importaient les conséquences, pas vrai ? Je n'étais pas sûre de le faire pour les bonnes raisons mais je ne pouvais pas, avec ce que je venais de dire, me retenir. Sans quoi, je me demanderais pendant des jours pourquoi je l'avais pas fait ou ce qui m'en avait empêché. Je n'avais jamais encore rencontré de personne aussi susceptible de comprendre ce qui m'arrivait. C'était attrayant, je devais le reconnaître.

Au fil de mes pensées, je ne m'étais pas rendu compte à quel point je m'étais rapproché d'elle. J'avais baissé les yeux sur ses lèvres et le bout de mon nez frôlait le sien. C'est marrant... Elle ne m'avait jamais demandé ce que j'étais venu chercher dans l'immeuble, l'autre jour. Peut-être qu'elle ne voulait pas poser la question. Peut-être qu'elle s'en fichait réellement, comme elle l'avait dit. J'ai à nouveau regretté qu'elle n'ait pas les cheveux longs. J'ai posé ma main sur son visage, mes doigts glissant vers son oreille et mon pouce est venu effleurer sa lèvre inférieure. Je m'en rendais à peine compte mais j'hésitais chaque seconde un peu plus. J'avais l'intime conviction que c'était une très mauvaise idée. Et plus je la trouvais mauvaise, plus ça me dissuadait de ne rien faire. C'était pourtant ça que je cherchais. Précisément. Je sentais mon coeur battre dans ma poitrine, si fort, qu'une vague de soulagement m'a submergé. J'aimais cette impression d'être vivant, j'aimais savoir que je pouvais réagir à autre chose qu'à des visions, à quelque chose de réel. Ca me rassurait. Cette sensation, c'était mon adrénaline, c'était ma drogue à moi. Alors, je me suis pas arrêté.

J'ai fait glisser mon pouce de ses lèvres pour laisser la place aux miennes et j'ai encadré son visage de mon autre main en sentant une chaleur remonter de ma poitrine à mes joues. J'avais toujours l'impression de connaître un premier baiser quand j'embrassais une fille que je connaissais pas. C'était cette sensation que je cherchais à chaque fois. C'est pour ça que je n'aimais pas les connaître ni les relations longues. J'aimais redécouvrir ça à chaque fois un peu plus. C'était là que je me sentais le plus vivant par tout mon corps y réagissait.

Passées les premières secondes, qu'Angela considérait probablement comme "douces" ou "tendres", la fougue m'a submergé. J'ai dit que la douceur n'était pas mon truc, c'est vrai. Mais j'ai pas dit que j'en étais pas capable non plus. Je me suis alors pressé contre elle, la faisant reculer d'un pas contre le lampadaire dans son dos. J'ai porté une de mes mains sur sa hanche pour la faire glisser dans son dos, sous son haut, juste au niveau de son tatouage que j'avais vu plus tôt. En revanche, si elle essayait de s'approcher de ma cicatrice, il y avait de fortes chances que je l'en empêche, sans pour autant m'éloigner d'elle. C'était électrique. Quand j'ai plongé le nez dans son cou pour y promener mes lèvres, j'ai entendu mon téléphone sonner en recevant un message, mais je n'y ai pas prêté attention. Ce n'était qu'un message et ça pourrait attendre.

Mais alors que, le souffle court, je revenais contre ses lèvres, il s'est remis à sonner, cette fois pour un appel. J'ai toujours pensé que c'était une mauvaise idée. Et cette fois, l'univers lui-même m'envoyait un signe. J'ai crispé les yeux en serrant la mâchoire alors que je posais mon front contre celui d'Angela. J'ai pincé les lèvres avant de rouvrir les yeux avec un murmure.

– Désolé...

J'ai redressé la tête pour porter le téléphone à mon oreille et grogner.

– Quoi ?

J'ai regardé mon écran pour voir le message reçu quelques secondes plus tôt et j'ai reporté le combiné à mon oreille. J'ai pressé mon pouce dans le coin de mon oeil en grimaçant légèrement, les paupières closes.

– Non, il n'y a plus de taxis à cette heure-ci alors je rentre à pieds, c'est pour ça. Non, je rentre, c'était prévu comme ça de toute façon, viens pas me chercher. Oui, merci je l'ai reçu, j'avais pas entendu. Ca peut pas attendre ? Tu m'expliqueras tout ça demain, d'accord ? Ouais... C'est ça, allez, à demain.

J'ai raccroché et secoué la tête. Jericho était imparable. Quand on lui demandait une information, il la dégottait avec une telle rapidité ! Ma respiration l'avait alerté mais il n'était pas rare que je rentre à pieds, comme ce soir. Ce n'était pas une question de taxis, j'aimais marcher pendant des heures même si je manquais de m'effondrer en arrivant à cause du surplus d'oxygène dans mes poumons. Je me suis frotté le front avant de rouvrir les yeux sur Angela, toujours à quelques centimètres de mon visage.

– Je suis désolé, il faut que je rentre. J'ai du travail demain et...

J'ai pincé les lèvres en donnant un léger coup du plat de la main sur le tronc du lampadaire avant de sourire en reportant mon regard sur elle.

– Bref, il faut que j'y aille. Ca va aller pour rentrer chez toi ?


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Angela Foster
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Sa réponse à ma question me déçut un peu. Je m’étais attendue à autre chose. J’avais dû mal comprendre finalement. Mais je m’efforçai de ne rien montrer et je conservai mon sourire. Me contentant de hocher la tête. Il avait raison, Jason ne m’intéressait pas plus que ça. C’était lui, Garin, qui m’intéressait à l’instant présent. Demain, ce serait peut-être différent, dans quelques jours je ne penserai peut-être plus à lui. Mais là, dans cette rue, sous ce lampadaire, c’était lui que je voulais.

Je baissai la tête pour dissimuler mes pensées. Je n’étais pas certaine qu’elles lui plaisent. Il m’avait bien dit que ça ne l’intéressait pas, qu’il n’avait pas de temps à perdre pour ça. En même temps, avec ce qu’il venait de me dire, je ne savais plus vraiment sur quel pied danser. Je restai silencieuse, cherchant quelque chose à dire, mais rien ne venait. Il valait peut-être mieux que je laisse là, que je rentre.

Quand je relevai la tête pour le lui dire, il était là, à quelques centimètres de moi. Nos nez se touchaient presque. Et mon cœur manqua un nouveau battement. Je retins mon souffle et plongeai mon regard dans le sien tandis que sa main se posait sur ma joue et que son pouce glissait sur mes lèvres. J’avais décidément bien du mal à le suivre, mais là, cette fois, je savais ce qui allait arriver.

Au départ, ce fut… doux. Etonnamment doux d’ailleurs. Ca contrastait avec ce qu’il m’avait montré de lui jusqu’à présent. Mais ce n’était pas désagréable, loin de là. Et puis la douceur laissa place à la fougue et là, je le reconnus mieux. Je laissai échapper un gémissement quand il me plaqua contre le lampadaire mais je ne me dérobai pas. Sentir sa main, dans mon dos, contre ma peau me fit l’effet d’une décharge électrique. Je m’embrasai et répondis à son baiser avec autant de fougue que lui. J’avais toujours mon casque dans une main, et un réflexe m’empêcha de le lâcher. Mais je glissai l’autre bras autour de sa taille et remontai ma main dans son dos jusqu’à sa nuque. Je me pressai encore plus contre lui, si c’était possible. J’avais le cœur qui battait à tout rompre et la respiration haletante. Je n’avais pas envie que ça s’arrête.

Sauf qu’il devait y avoir quelque chose ou quelqu’un, là haut, qui n’était pas de cet avis. J’ai laissé échapper un soupir de frustration quand il s’est détaché de moi pour répondre à son téléphone. Saleté de portable. Si j’avais osé, je lui aurai arraché des mains et écrasé sur le sol. Mais je ne le fis pas. A la place, je posai ma tête contre le lampadaire, cherchant à reprendre mon souffle. Et puis, j’ai reposé les yeux sur lui lorsqu’il s’est adressé à moi.

Quand il m’a dit devoir rentrer, j’étais, déçue et terriblement frustrée mais je m’efforçai de ne pas le montrer. Je me contentai de hocher la tête. Pour répondre à sa question, j’ai levé mon casque et j’ai indiqué ma moto, garée un peu plus loin dans la rue, avec un geste du menton.

- T’en fais pas pour moi.

Je lui adressai un sourire et me décollai du lampadaire, me pressant à nouveau contre lui pour me dégager car il n’avait pas bougé.

- Il faut juste que je reprenne mes esprits avant. Parce que ce casque ne me protégera pas contre un choc de plus !

Je lui tournai le dos et fit quelques pas en direction de la moto. Mais rapidement, je me retournai vers lui, je n’aurais pas dûu écouter sa conversation, mais, étant donné la distance qu’il y avait entre nous à ce moment là, je ne pouvais pas faire autrement qu’entendre.

- J’ai cru comprendre que tu étais à pieds. Tu veux que je t’avance un peu ?

J’avais bien dit "avancer", pas "raccompagner". Je ne lui proposai pas de le ramener chez lui, je me doutais bien qu’il ne serait pas d’accord. Mais je pouvais le laisser à quelques pâtés de maisons. A moins qu’il ne préfère marcher, bien sûr.


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Garin DeLyons
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Je n'avais en effet pas bougé quand elle s'était dégagée. J'ai cependant fermé les yeux en me sentant profondément stupide et j'ai pincé les lèvres en gardant ma main contre le lampadaire que j'aurais volontiers plié en deux si j'en avais eu la force. J'ai porté mes doigts à mes lèvres avant de laisser mon pouce glisser lorsqu'elle a reprit la parole. J'ai rouvert les yeux sur elle en me redressant, ma main quittant le lampadaire.

– Non, non, c'est pas la peine, j'avais prévu de marcher ce soir. J'en ai besoin. C'est gentil, merci.

"C'est gentil, merci". Plus froid et indifférent, tu meurs. Mais je n'avais surtout pas prévu de rentrer chez moi tout de suite. Le Sanctuaire était à des kilomètres et Angela n'avait pas besoin de savoir ce que je prévoyais de faire. J'ai inspiré profondément, jusqu'à gonfler le torse et j'ai ouvert la bouche.

– Hey, si jamais tu as besoin de me joindre ou que tu as besoin de quoi que ce soit et que je sois pas là... Appelle Jason. D'accord ? Il saura me trouver.

J'aurais pu lui donner mon numéro après tout ! Mais je n'avais pas envie qu'on puisse la trouver à cause de moi. Ou inversement. Jason était aussi le seul d'entre nous - ou presque - à avoir conservé son véritable prénom. Je n'étais même plus certain de me souvenir du mien. Je n'avais pas non plus envie que quelqu'un tombe sur elle en train de m'appeler et réponde à ma place. Bref, Jason avait donné son numéro et je m'en débrouillerai avec ça. Alors que je me repassais la scène dans la tête, j'ai senti mon coeur rater un battement avant de cogner plus fort, symptôme d'une crise approchante. J'ai cligné des yeux plusieurs fois en me raclant la gorge.

– Fais attention à toi, ok ?

A force de me retenir et de serrer les dents, mon visage a pris une teinte rouge. Il m'aurait suffit de respirer normalement pour éviter la crise mais je n'arrivais pas à déglutir. Ca commençait par la difficulté à inspirer qui engageait un besoin d'oxygène. Et puis, trop d'un coup et c'était la crise assurée. Alors j'essayais de mesurer ma respiration par le nez pour ralentir mon coeur. Je n'ai jamais compris ce qui provoquait réellement ces crises. Elles survenaient la plupart du temps à la suite des cauchemars que je faisais, ou quand je subissais un choc, comme la nuit où Liberation a assassiné Stenton. Mais il arrivait aussi qu'elles apparaissent quand j'étais calme et posé, comme à ce moment-là. C'était l'occasion de tester ce nouveau médicament mais je ne pouvais pas décemment le faire en sa présence. Elle aurait posé trop de questions. Alors je lui ai souri en levant une main et j'ai commencé à reculer. Mes doigts sont venus claquer sur ma cuisse alors que je les laissais retomber. Une fois de dos, j'ai crispé les yeux et inspiré profondément par la bouche, gonflant mes poumons qui ne tarderaient plus à me punir. Mais d'ici là... Elle serait assez loin et je pourrais m'en sortir tout seul ! En attendant, j'avais l'impression que je brûlais de l'intérieur.


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Angela Foster
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Je hochai la tête en entendant  sa réponse et lui adressai un sourire.

- Comme tu veux.

Je me détournai à nouveau et me remis à marcher. J’étais arrivée à côté de ma moto quand il s’est remis à parler. Je penchai la tête sur le côté et le regardai, l’air intriguée.

- Pourquoi j’aurais besoin de te joindre ? Qu’est-ce qui te dit que je pourrais avoir envie de garder le contact hein ?

Ce n’était pas un reproche, juste une simple question que j’accompagnai d’un sourire.

- Mais je tâcherai de m’en souvenir.

Sa dernière phrase se perdit tandis que j’enfilai mon casque. J’allais enfourcher ma moto quand, je ne sais pas pourquoi, j’ai tourné la tête vers lui. Comme si j’avais voulu le revoir une dernière fois, graver son image dans ma mémoire. Et c’est à ce moment là que j’ai su que quelque chose n’allait pas. Je n’étais pas très loin de lui. Je l’ai vu rougir, et pendant quelques secondes, j’ai eu l’impression qu’il n’arrivait pas à respirer. Il me faisait penser à David, quand il avait une crise d’asthme. Il m’adressa un signe de la main mais je n’étais pas dupe.

Je ne pouvais pas savoir qu’il attendait que je sois partie avant de prendre son médicament. Son comportement m’inquiétait et je ne pouvais décemment pas le laisser comme ça, partir comme si je n’avais rien vu. Alors je l’ai rappelé.

- Hey, Garin !

Et je suis revenue vers lui. Je le dépassai et l’arrêtai en posant une main sur son torse. Il ne semblait pas respirer normalement et son cœur battait la chamade.

- Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Avec mon casque, il ne pouvait voir que mes yeux, mais ils reflétaient mon inquiétude. Ce n’était certainement pas une crise d’asthme. Mais je réagis avec lui comme je le faisais avec mon frère autrefois. Bizarrement, j’étais la seule à pouvoir le calmer à cette époque.

- Hey, doucement. Garin, regarde-moi.

Je retirai mon casque et le laissai tomber. Dorénavant, un choc de plus ou de moins... Et je plongeai mes yeux dans les siens. Je m’efforçai à rester calme et à le lui transmettre, pour l’apaiser.

- Calme-toi. Respire, doucement. Pas trop d’air à la fois.

Quand David faisait ses crises, je lui faisais adopter la technique de respiration du petit chien. Oui, je sais ce que vous vous dites, c’est la technique de respiration des femmes enceintes. Il n’empêche que ça marchait. Parce que ça forçait à prendre de petites inspirations rapidement. Et ça calmait beaucoup mieux que les grandes, parce que l’air ne se pressait pas au portillon, vous voyez ce que je veux dire. Et puis au bout d’un moment, on ralentissait le rythme et on prenait un peu plus d’air. Ca le calmait plutôt bien.

- Et respire par le ventre.

Sans le quitter des yeux, je posai une main à plat sur son ventre, comme pour le guider. Comme pour lui donner un repère sur lequel se concentrer. Il aurait pu m’envoyer bouler, il en avait le droit. Mais je ne partirai pas. Hors de question que je le laisse là, dans cet état. Je n'étais pas certaines que mes conseils marcheraient. Mais ce dont j'étais sûre, en tout cas, c'est qu'ils fonctionnaient à chaque fois que je les appliquais à David. Et désormais, il était capable de se passer de ventoline depuis un bon moment déjà.
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Garin DeLyons
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J'aurais voulu pousser un juron quand je l'ai entendue m'appeler. Et comme je n'ai pas répondu, forcément, elle s'est ruée vers moi en m'arrêtant des mains sur le torse. Je n'ai même pas pris la peine de la repousser. Je me suis retenu à un horodateur sur la chaussée et j'ai crispé les yeux en me pliant légèrement en deux. J'ignore comment, mais j'ai réussi à maîtriser le gémissement qui pointait dans ma gorge. La volonté de ne pas vouloir paraître faible devant elle était si forte que ça me rendait stupide. Mais ce qu'elle me conseillait, je le savais déjà. Mais ça ne marchait que sur des crises légères. Pourtant, j'ai rouvert les yeux pour la regarder, le front plissé par l'inquiétude et j'ai essayé de faire ce qu'elle me disait. Ca marchait avec Annie !

Je me suis mis à tousser et mon dos a glissé le long de l'horodateur avant que je ne me retrouve assis par terre. Sa main sur mon ventre m'a réchauffé et j'ai senti comme de l'électricité me parcourir toute la poitrine. J'ignore si c'était bon ou mauvais signe mais quoi qu'il en soit, j'ai serré sa main dans la mienne avec l'impression que mon coeur allait tout simplement et douloureusement s'expatrier de mon torse. Et puis j'ai senti la chaleur au creux de mes mains. J'aurais pu en pleurer si elle n'avait pas été là. Mon coeur battait si fort que tout ce à quoi j'arrivais à penser, c'était la dernière fois qu'il avait été dans cet état, à peine quelques minutes plus tôt. Une faible lueur a commencé à briller dans mes paumes et j'ai imaginé qu'il se passait la même chose dans ma poitrine. C'était là que je commençais généralement à paniquer. Il fallait que j'arrête ça sur le champ. Quelque chose avait provoqué cette crise sans que je puisse la contrôler et je n'avais aucune idée de quoi. Haletant, je me suis légèrement soulevé en fouillant la poche arrière de mon pantalon.

C'est alors que les cris se sont faits entendre, au fond de mon esprit. Ce n'était pas qu'une crise, le choc des épées me parvenait de plus en plus clairement et se rapprochait. J'ai commencé à jurer grossièrement à voix haute en me raidissant. Ces trucs ne s'arrêteraient JAMAIS ! J'ai entendu la voix de William au creux de mon oreille, menaçant et vicieux. Je tremblais de tous mes membres et je voyais de moins en moins bien, ma vue se troublait, la nuit faisant place au soleil aveuglant. J'avais rouvert les yeux en espérant voir quelque chose et la lueur s'était propagée dans mes iris. Ils avaient pris un ton ambré chaud et brûlant avec un voile nacré. J'ai sorti difficilement le sachet de ma poche et l'idée de m'injecter un truc pareil par les narines m'a valu une grimace de répulsion. Mais je devais le faire. Qui sait si ce machin n'était pas de la pure bombe qui me changerait la vie, après tout !

J'avais gardé la main d'Angela dans la mienne et je l'ai levée pour qu'elle me tienne le poignet. ils étaient doués ces médecins, ils savaient rendre les choses plus faciles. Le sachet était compartimenté en doses égales. Aussi, je prenais précisément ce dont j'avais besoin au regard des analyses qu'ils avaient reçues sur mon cas. Et puis tout à coup... Plus rien.

Mon coeur a cessé de battre pendant peut-être trois ou quatre secondes, mais je suis resté totalement conscient, les yeux ahuris. Et puis, il est reparti. Lentement, calmement... Normalement. Je n'entendais plus rien, ni William, ni les épées, ni les cris. J'étais à nouveau dans la rue avec Angela mais j'avais l'impression de planer. Des couleurs étranges dansaient devant mes yeux et mes gestes se secouaient comme au ralenti. J'ai voulu secouer la tête pour que tout redevienne lisse et net mais je n'ai réussi qu'à rire, dans un sourire béat. Tout était si calme, si paisible. La lueur dans mes mains a disparu et des fourmis se sont invitées dans mes jambes.

J'ai tourné les yeux vers Angela et j'ai souri un peu plus. Elle avait de si beaux yeux ! Je les voyais d'une couleur si intense. J'ai levé ma main pour caresser son visage avec un sourire des plus enjôleurs. Je ne manquais pas de souffle ! Les battements de mon coeur résonnaient dans mes oreilles. Je n'entendais quasiment plus rien, en dehors d'un sifflement et du mécanisme interne de mon corps. J'ai regardé partout autour de moi, mes doigts glissant de sa joue et j'ai cherché à toucher les couleurs vives qui scintillaient devant moi, comme de la 3D. Est-ce qu'il y avait des effets secondaires à ce truc ? Si j'étais en train de les vivre alors je voulais bien plus d'effets secondaires dans ma vie. En entendant quelque chose, comme une femme, j'ai retourné la tête vers Angela et lui ai à nouveau souri. Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'elle racontait mais ça m'était égal.

J'ai pris sa taille dans un bras et je l'ai attirée à moi, sur mes cuisses. J'ai eu l'impression qu'elle volait jusqu'à moi, dans cette lenteur inouïe et voluptueuse. Aussi blonde, avec ses yeux bleus, je l'ai prise pour la femme dans mes visions et je me suis abandonné à ce sentiment étrange qui m'oppressait à chaque fois. C'était l'envie dévorante.

– Hey...

C'est tout ce que j'ai réussi à dire dans cette espèce de délire psychédélique. Et puis, j'ai encadré son visage de mes mains pour la dévisager avec intensité. J'avais tout juste conscience de la sensation dans mes doigts, tout se passait dans ma tête et dans ma poitrine. Je lui ai posé le front contre le mien en prenant une voix amusée.

– Ton père, c'est un sacré voleur...


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Angela Foster
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Il n’arrivait pas à se calmer. Mes conseils ne l’aidaient pas. Au contraire, ça semblait empirer. Je l’accompagnais dans sa descente, me baissant en même temps que lui, sans retirer ma main de son ventre. Je ne savais pas si ça pouvait l’aider, mais je me disais que peut-être un peu quand même.

Il prit ma main dans la sienne et la serra. Je le sentais partir mais je ne savais pas comment le retenir.

- Garin, reste avec moi !

Avec mon autre main, je lui soulevai le menton pour qu’il accroche mon regard. Mais il n’était déjà plus vraiment là. Je m’efforçais de rester calme, sans cesser de lui parler mais intérieurement, je commençais à paniquer. J’avais laissé ma main dans la sienne et je continuais à sonder son regard pour essayer de le capter. Je me disais que peut-être il finirait par accrocher mes yeux et qu’ils le ramèneraient, comme une sorte de bouée.

Du coin de l’œil, je le vis sortir quelque chose de sa poche. Ca ressemblait à de la poudre. De la drogue ? Ou un médicament peut-être ? Je le laissai le prendre sans rien dire. Il semblait encore assez conscient pour savoir ce qu’il était en train. C’était étrange d’ailleurs, c’était comme s’il était là et ailleurs en même temps. Et puis tout à coup, il se calma. La crise était terminée. Quoique puisse être ce produit, ça semblait être sacrément efficace.

Je restai quand même penchée au dessus de lui, cherchant dans ses yeux le signe que ça allait mieux. Il se mit à rire, posa sa main sur ma joue et fit mine d’attraper quelque chose, quelque chose que je ne voyais pas. Ma parole, mais il était complètement défoncé ou quoi ? Mais j’étais quand même rassurée. Il avait retrouvé une respiration normale et son cœur avait repris un rythme plus lent. C’était le plus important non ?

- Hey, Garin ? T’es de nouveau avec moi ?

Pour toute réponse, il m’attira contre lui. Je me laissai faire et me retrouvai assise sur ses cuisses. Pendant quelques secondes, je me demandai si c’était bien moi qu’il voyait, si dans son délire il ne me prenait pas pour une autre. Il prit mon visage entre ses mains et l’approcha du sien jusqu’à ce que nos fronts se touchent. La dernière phrase qu’il prononça me fit sourire.

- Ma parole, mais tu serais pas en train de me draguer là ?

Je sais, faire de l’humour maintenant, c’était vraiment pourri. Mais j’étais un peu secouée par ce qu’il venait de se passer. J’avais besoin de ça pour me remettre les idées en place.

- Mais continue, tu t’en sors bien…

Et je lui adressai un petit sourire en coin, enjôleur. Ce n'était peut-être pas à moi qu'il parlait, peut-être même pas moi qu'il voyait. Mais il était là, la crise était passée. Le reste, je m'en moquais, je n'avais pas le coeur de le décevoir en le ramenant à la réalité.


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Garin DeLyons
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– C'est ce qu'elles disent toutes.

Comprenez bien qu'en temps normal, je n'aurais jamais réagi de cette manière. Avec une inconnue, peut-être mais pas avec Angela. Ce nouveau médicament était d'une force phénoménale. Je ne sentais plus mes extrémités. Mes jambes me faisaient l'effet de longues tiges de coton et mon torse pesait une sacrée tonne. Ma tête tournait à une vitesse grandiose mais étrangement, mon coeur avait un rythme plus normal que jamais. Les yeux clos, j'ai gardé mon visage contre le sien avec un sourire bienheureux. L'air était si doux, c'était si agréable ! Je n'avais plus respiré aussi bien depuis des années. Une violente envie de dormir m'a pris et j'ai légèrement grogné de mécontentement en rouvrant les yeux pour redresser la tête. Il fallait que je reste éveillé. Je voulais encore profiter de cette sensation si agréable, si apaisante. Angela me tenait chaud et je me sentais si bien, si on mettait de côté la raideur de mon derrière !

Je suis resté dans cet état second pendant de longues minutes, le temps que mon corps réapprenne à respirer normalement. Les sons ont finalement recommencé à affluer et j'ai froncé les sourcils en ronchonnant. Je voulais retourner dans mon dance floor disco où tout ce que j'entendais, c'était le bruit de la mer. J'ai posé ma tête contre son épaule et j'ai à nouveau senti mon coeur battre comme avant. Même calme, il avait ses irrégularités qui provoquaient mes crises de temps à autre. J'ai soupiré sans me séparer d'elle, cette furieuse envie de m'effondrer de sommeil toujours présente. Je ne pourrais définitivement pas rentrer à pieds ce soir.

– Jason...

J'avais peine à parler, je me suis senti à nouveau extrêmement lourd. Comme d'habitude. Tout était redevenu... Normal, dans tout ce que ça signifiait pour moi. Sans savoir pourquoi, je me suis souvenu à ce moment-là de ce qu'elle m'avait dit une fois à sa moto. Alors elle était réellement du genre à ne pas s'attacher, hein ? J'ai plissé le front en me souvenant de la gêne que ça m'avait occasionnée, comme si j'avais été déçu qu'elle m'envoie bouler aussi rapidement. Je l'avais mérité, cela dit. J'ai décollé ma tête de son épaules pour aller la renverser contre le tube de métal contre lequel j'étais adossé. J'ai porté une main à ma poitrine et j'ai eu une légère quinte de toux qui n'a duré que quelques secondes.

J'ai lâché un juron en fermant les yeux, mes mains tombées sur ses cuisses. Et puis la migraine est arrivée. Bien sûr que j'avais des effets secondaires. On ne faisait pas voir tout ça à mes yeux gratuitement ! J'ai grimacé en portant une main à ma tête. Je m'étais peut-être aussi cogné.

– Je t'ai pas fait mal ?


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Angela Foster
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Sa réponse me fit sourire de nouveau et je me laissai aller contre lui. Conte toute attente, moi aussi j’étais bien. Un peu trop bien même. Et puis, une pensée s’est immiscée dans mon esprit, et a fait son chemin petit à petit. Je commençais à m’attacher à lui. Mais qu’est-ce qui tournait pas rond chez moi ? C’était une très mauvaise idée ! Je ne pouvais pas rester là sans rien faire ! Et en même temps, ce qu’il m’avait dit un peu plus tôt dans la soirée, à propos de l’amour, additionné au discours de David, tout ça me faisait douter. Et si, je me trompais de direction hein ? Et si finalement, j’avais tort de repousser tout le monde ? Parce que ses bras autour de moi, sa tête sur mon épaule, ce n’était pas si désagréable que ça. Sauf que j’oubliais un détail : c’était un candidat et moi je n’étais rien d’autre qu’une négative et il m’avait bien fait comprendre, l’autre jour, que cette différence était bien trop importante à ses yeux. Je soupirai. Tout ça, c’était bien trop compliqué pour moi. Dans quoi je m’embarquais ? Mais je n’avais pas envie de faire marche arrière pour autant. Et si c’était le prix à payer ?

Je secouai la tête. J’étais un peu perdue. Beaucoup même. Et réfléchir à tout ça ne m’aidait pas. Et si je me contentais de prendre les choses telles qu’elles arrivaient ? Peut-être que la situation s’éclaircirait d’elle-même, avec un peu de temps ? Ouais, c’était ce que j’allais faire. Laisser les choses suivre son cours et m’occuper de l’instant présent. Et pour le présent, j’avais la tête de Garin sur mon épaule et ses bas autour de ma taille. Pas trop mal comme présent non ?

Le nom de Jason me fit froncer les sourcils. A quoi Garin pouvait-il bien être en train de penser pour que Jason se balade dans son esprit ?

- A quoi tu penses ?

Je n’aurais peut-être pas dû me permettre de poser cette question, mais j’étais curieuse. Tant pis s’il m’envoyait bouler.

Je me redressai légèrement tandis qu’il avait sa quinte de toux et qu’il me lâchait. Quand il me posa sa question, je secouai la tête et me tournai vers lui avec un sourire.

- Non, ne t’inquiète pas pour moi. Mais toi, ça va mieux ?

Je scrutai son visage à la recherche d’un signe me prouvant le contraire. Il n’avait toujours pas l’air au meilleur de sa forme même s’il semblait redevenu lui-même.

- Il vaudrait peut-être mieux que je te raccompagne finalement… A moins que tu ne préfères que j’appelle Jason pour qu’il vienne te chercher ?

Au fond de moi-même, je préférais la première option, mais était-il capable de tenir sur une moto ?


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Garin DeLyons
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J'ai soupiré doucement en me frottant le front et j'ai secoué la tête.

– Non, Jason, il sera là plus vite. Et qu'il ne dise rien à Annie.

J'ai rouvert les yeux sur elle et j'ai redressé la tête en me sentant vaseux. j'ai doucement acquiescé pour signifier que ça allait mieux. J'avais connu des crises tellement pire que compte tenu de la situation, je m'en sortais plutôt bien. C'était juste épuisant à cause de la cadence cardiaque. J'ai repris le petit sachet qui avait glissé de ma cuisse et je l'ai montré à Angela en haussant les sourcils.

– Je vais pouvoir leur dire que leur machin, c'est de la bombe. Mais ils devraient y aller encore plus fort sur l'exta ! J'ai revisité un siècle entier de son et lumière avec ça. De quoi faire des jaloux.

J'ai rangé le tout dans ma poche arrière, non sans une grimace. Je n'ai même pas essayé de me lever. Je suis resté là et j'ai fermé les yeux, la tête appuyée en arrière.

– Ca me fatigue. Je bougerais bien mais j'ai les jambes enfoncées dans le sol. Bien essayée ta technique, au fait. Mais ça marche pas sur ces crises-là.

Je me suis redressé en commençant à retrouver les sensations dans l'intégralité de mon corps. J'ai posé les mains sur ses cuisses et les ai tapotées doucement. J'ai relevé les yeux dans les siens dans un léger sourire.

– Merci d'être restée mais fallait pas. J'ai l'habitude, ça m'arrive n'importe où, n'importe quand. Et encore, celle-ci, c'était une toute petite, du genre alerte. Ca veut sûrement dire que je vais en manger une plus grosse d'ici quelques jours. Et tu sais quoi ? Je crois que c'est ta faute.

Mon sourire s'est agrandi d'une oreille à l'autre, plus charmeur, tu meurs. Dans ma tête, les élancements avaient cessé et je me sentais à nouveau comme une heure plus tôt : normal. Doucement, j'ai retrouvé mon sourire et j'ai acquiescé.

– Avant d'appeler Jason, aide-moi à me relever.


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Angela Foster
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Il avait choisi Jason finalement. Pas de problèmes. J’étais un peu déçue, mais c’était mieux comme ça. Et puis de toute façon, je n’avais qu’un seul casque. Je fronçais tout de même les sourcils en l’entendant prononcer le nom d’Annie. Une petite pointe de jalousie vint s’enfoncer dans mon cœur. Je n’aurais pas cru cela possible.

- Ok, je vais l’appeler.

Il me mit alors le sachet de poudre sous les yeux. Mon regard passa du sachet à lui et je penchai la tête mais sans poser de questions cependant. Je bougeai pour me retrouver à genoux à côté de lui. On n’allait pas rester éternellement comme ça, dans cette rue. Quand bien même ça ne m’aurait pas dérangée outre mesure. Quand il me parla de ce que j’avais fait pour essayer de le calmer, je haussai les épaules.

- Qui ne tente rien n’a rien. Ca marche à chaque fois sur mon frère, mais seulement quand je suis là. Je commençais à croire que j’avais peut-être un pouvoir moi aussi, finalement. Mais il semblerait que non.

Je plongeai alors mon regard dans le sien.

- Je ne pouvais pas te laisser comme ça. Pas après ce qu’il venait de se passer…

Je baissai les yeux sur mes mains et en prit une entre les miennes. Et je pris une profonde inspiration avant de continuer. Ce que j’allais dire, ça n’était pas vraiment facile de le lui dire, mais j’en avais envie.

- Garin, ce que j’ai dit tout à l’heure… c’était pas tout à fait vrai. J’ai envie de garder le contact, de te revoir. Mais c’est peut-être pas ton cas. Tant pis, j’aurais essayé au moins.

Je lâchai sa main et relevai les yeux sur lui avec un sourire. J’attrapai son bras, le passai autour de mon coup et l’aidai à se relever. J’avais pas l’air comme ça, mais j’avais un peu plus de forces qu’il n’y paraissait. Et puis, tandis que je le soutenais, quelque chose qu’il venait de dire me revint en tête.

- Attends, ça voulait dire quoi « je crois que c’est ta faute » ?

J’avais capté le regard et le sourire qui avait accompagné cette phrase, je n’avais juste pas relevé sur le moment. J’adoptai la même attitude que lui, précédemment et continuai.

- Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour te mettre dans un état pareil hein ?


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Garin DeLyons
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Qu'est-ce que vous vouliez que je réponde ? Je n'avais pas d'idée. Alors au lieu de dire n'importe quoi, j'ai rien dit. Est-ce que j'avais envie de garder contact ? En un sens, j'avais eu ce que je voulais et en même temps, je me serais trouvé lâche de "l'abandonner". Mais qu'est-ce qu'elle pouvait attendre de moi ? Si encore j'avais quelque chose à offrir, mais j'en doutais très fortement. J'ai grimacé en me redressant, m'appuyant d'une main sur l'horodateur. Et à sa question, j'ai relevé la tête vers elle, un sourire s'agrandissant chaque seconde un peu plus sur mon visage. "A ton avis..." je lui disais d'un regard.

– J'ai pas de preuves mais je dirais bien que tu as un nouveau symptôme, c'est la perte de mémoire à court terme. Je peux te la rafraîchir, si tu veux. Paraît que je m'en sors bien. Ce serait pour la bonne cause.

Chassez le naturel... J'ai repris mon sérieux et j'ai enlevé mon bras de ses épaules sans quitter mon appui de l'autre main. Je me sentais à nouveau normal mais mes jambes avaient semble-t-il tout pris.

– Ne dis rien à Jason, d'accord ? Ce que tu m'as vu prendre... Il est pas au courant et je veux pas qu'il le sache. Il me poserait trop de questions. Il ne comprendrait pas. Dis-lui juste que tu as réussi à me calmer parce que j'ai fait une crise d'asthme et ce sera bien suffisant. Par contre, qu'est-ce que ça défonce le bide...

J'ai fermé les yeux et j'ai grimacé en me penchant sur l'horodateur, la tête entre les bras.

– Je vais mourir.

C'est typiquement le genre de trucs qu'on dit sans réfléchir. "Je vais mourir", en langage de rue signifie "J'ai trop mal, je vais virtuellement décéder". Mais je ne me suis pas dit un instant qu'à côté d'Angie, cette interjection était profondément déplacée.


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Angela Foster
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Pour tout dire, je n’attendais rien de Garin. Je ne savais pas si tout ça allait nous mener quelque part. Peut-être que demain, on ne penserait plus l’un à l’autre. Ou bien peut-être au contraire qu’on serait incapable de penser à autre chose. Mais comment on pouvait le savoir maintenant ? Là, ce soir, j’avais juste envie de vivre le moment présent. Et je verrais bien plus tard ce qu’il se passerait. Si ça devait continuer, ça continuerait et si ça devait en rester là et bien… ça en resterait là.

Quand Garin a répondu à ma question, j’ai secoué la tête en riant.

- Ca doit être ça, ouais ! Et je serais pas contre que tu me la rafraichisses. Mais ce n’est peut-être pas une bonne idée. Je ne voudrais pas que tu aies une nouvelle crise à cause de moi. Je m’en voudrais.

Je lui adressai un regard à la dérobée et me détournai de lui.

- Après, si tu penses pouvoir le faire sans que ça recommence, vas-y. Ne te gène pas.

Je le laissai retirer son bras tout en gardant le mien autour de sa taille quand même, au cas où. Et puis, comme il semblait tenir sur ses jambes, je l’ai lâché moi aussi, et j’ai reculé d’un pas.

- T’en fais pas, je lui en parlerai pas. Et je lui dirai pas non plus que tu t’es débrouillé pour lui casser son coup mais ça, il s’en rendra peut-être compte par lui-même. Tu t’arrangeras avec lui.

Sa dernière remarque me fit l’effet d’une douche froide. Je m’efforçai de garde mon sourire cependant, même si je savais qu’il avait perdu de son éclat.

- A qui le dis-tu…

Comme je ne voulais pas qu’il sache l’effet que cette phrase avait eu sur moi, je m’empressai de reprendre la parole.

- Si t’as besoin de tuyaux pour te préparer, tout ça… Demande-moi, je suis une experte en la matière !

Je m’indiquai d’un geste de la main… Et revins à un sujet plus sérieux.

- Dis, c’était ça, ce que t’es venu chercher à l’immeuble ?

Je fis un geste du menton en direction de la poche de son jean. Je sais, la curiosité, toujours la curiosité.


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Garin DeLyons
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J'ai ri à la mention de Jason. Ah ça oui... Et puis, j'ai grogné en sentant mon coeur au bord des lèvres. C'était dégoûtant. Et puis je me suis rendu compte de ce que j'avais dit et je me suis redressé, le teint pâle.

– Je suis qu'un con, désolé, j'avais oublié. C'est pas ce que je voulais dire.

Je me suis accoudé à l'horodateur et j'ai porté mon visage dans mes mains. Je crois que je commençais à percevoir ce que vivait un drogué après avoir pris sa dose. Si c'était vraiment ça alors je n'en voulais pas ! Quand elle a repris, j'ai tourné la tête pour la voir par dessus mon épaule et j'ai froncé les sourcils. Etait-ce vraiment le bon moment ?

– Tu appelles Jason ou je dois le faire ? Bien sûr que c'est ce que je venais chercher ! Tu croyais vraiment que j'avais une tête de drogué ?

J'ai roulé des yeux et je me suis redressé pour me retourner, m'adossant à l'horodateur. J'ai pris ses mains dans les miennes pour la ramener vers moi et j'ai soupiré.

– C'est pour ça que tu ne dois le dire à personne. C'est un traitement expérimental, ils l'essayent sur moi parce que je me suis porté volontaire. Je dois dire que ça marche mieux que le précédent. Je leur parlerai de toi quand je leur ferai mon rapport. Ces gars-là font des miracles. Ils ont sûrement quelque chose en test actuellement, j'en sais rien, c'est pas mon rayon mais je leur demanderai, je te le promets.


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Angela Foster
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Je le regardais, et plus je l’écoutais parler, plus je sentais monter quelque chose de bizarre. De la colère ? Probablement. Je retirai mes mains des siennes, brutalement.

- Je t’ai déjà dit que j’en parlerai pas. Tu me prends pour une balance ou quoi ? Et je n’ai pas besoin de ton aide !

Je reculai d’un pas, pour me mettre hors d’atteinte au cas où.

- T’es qui, toi, pour faire ça hein ? Pourquoi est-ce que tu voudrais me sauver ? Qu’est-ce que ça peut te faire que je meure ou pas ? Je suis qu’une pauvre négative sans grand intérêt !

J’allais trop loin, beaucoup trop loin. Mais… j’avais toujours été trop impulsive et pas assez réfléchie. Il s’en était déjà rendu compte de toutes façons.

- Je veux pas de nouveau traitement. Et il est hors de question que je te laisse me redonner espoir. Je supporterai pas un nouvel échec.

Voilà, il était là, le fond du problème. C’était ça qui expliquait ma réaction. Tout ce que j’avais dit avant et tout ce que je dirai après, ça serait sur le coup de la colère. Je ne le pensais pas vraiment. Mais ça, c’était la seule chose vraiment vraie que je lui balançais à la tronche. Là, j'étais quasiment au bord des larmes. Mais je ne voulais pas pleurer. Pas devant lui. Je lui lançai un dernier regard et me détournai. Je m’exhortai au calme avant de sortir mon portable et le numéro de Jason de ma poche.

- Salut, c’est Angie… euh, la serveuse du bar de tout à l’heure. Je suis avec votre ami, Garin… Oui, il m’a transmis votre message… Ouais, mais c’est pas pour ça que je vous appelle en fait. C’était pour vous demander de venir le chercher. Il est pas en état de rentrer tout seul… devant le bar… oui je vais rester avec lui jusqu’à ce que vous arriviez. A tout de suite.

Quand j’eus raccroché, je me tournai à nouveau vers Garin, tout en gardant la tête baissée. Je réfléchis quelques secondes à ce que j’allais lui dire et puis, finalement je relevai les yeux sur lui.

- Ecoute, Garin… Je suis désolée pour ce que je viens de te dire. Je… je le pensais pas vraiment. C’est juste que…

Je haussai les épaules, cherchant mes mots.

- J’ai subi des tonnes de nouveaux traitements soi-disant miraculeux, sans résultats. J’en ai marre de… d’espérer à chaque fois que je commence un nouveau traitement et… d’avoir l’impression qu’on m’arrache le cœur à chaque fois qu’on me dit que ça n’a pas marché. Alors… si mon sort t’intéresse, parles en à tes médecins, si tu veux. Mais ne t’attends pas à ce que je te saute au cou si tu reviens me voir avec une solution prétendument miracle. Mais… s’il te plait, ne le fais pas parce que tu as pitié de moi. Ce n’est pas ce que je veux.


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Garin DeLyons
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Sa réaction m'a laissé sans voix. C'était qui le plus impulsif des deux ? J'ai gardé mes mains en l'air sans trop comprendre ce qui était en train de m'arriver. Elle m'a tellement roulé dessus que j'en ai sentie la migraine remonter dans ma colonne vertébrale, jusqu'aux tempes. Je parlais d'expérience ou non ? je n'ai pas dit qu'ils allaient lui trouver un traitement, j'ai dit qu'il était possible que ce soit le cas. Je l'ai suivie du regard téléphoner à Jason et m'assommer encore de reproches dissimulés mais je n'ai rien dit. Rien du tout. Je crois que ce traitement me rendait complètement amorphe et à moitié stone, encore. Quand elle est revenue face à moi, je me suis gratté l'arcade sourcilière sans dire quoi que ce soit. J'en avais déjà pas mal pris pour mon grade, qu'est-ce que j'étais censé faire ? Et puis j'ai soudainement froncé les sourcils. Je me suis redressé, vexé au possible et j'ai gonflé le torse en montrant le sol.

– Qui vient de s'écrouler devant moi ? Qui a vu danser Tic et Tac devant ses yeux pendant que tu paniquais à tenter de m'aider ? C'est le souffle de qui que j'ai senti contre moi quand je me suis approché ? Et à côté de ça, c'est lequel de nous deux qui s'arrache les poumons sur je ne sais combien de traitements illégaux et classés confidentiels depuis trois ans ? J'ai le droit de m'inquiéter et d'insister sur le fait que tu ne dois parler de ça à personne, oui ! Mais je ne vois PAS en quoi c'est avoir de la pitié pour toi ! La pitié, je la vois à chaque fois qu'il m'arrive un truc pareil, je m'en offusque pas pour autant, je crois. Je t'ai déjà dit que je trouvais ça moche et injuste. Tu ne sais pas ce que c'était ma vie avant que j'entre en contact avec ces gars. Tous les jours je suffoquais ! Toutes les nuits je cauchemardais ! Je ne t'ai jamais dit qu'ils étaient infaillibles ! Je ne t'ai pas non plus dit qu'ils te guériraient ! J'ai dit qu'ils faisaient des miracles en général alors pourquoi pas sur toi. C'est pas te donner de l'espoir, c'est te rappeler que c'est possible. J'ai pas dit qu'ils réussiraient, je suis pas cruel au point de te mentir à ce sujet. J'ai dit que je parlerai de toi, où est le mal là-dedans. Tu veux pas que je le fasse ? Okay ! Parfait ! Ca m'arrange, je disais ça pour toi, pour t'aider. Pas parce que j'ai pitié parce que contrairement à ce qu'on pourrait croire... Je suis pas que la moitié d'un petit con et je suis encore capable d'aider mon prochain.

J'ai penché brièvement la tête sans l'avoir quittée des yeux, malgré la migraine qui me montait de plus en plus fortement à la tête. M'énerver la rendait plus vive, plus forte et plus brûlante encore.

– Satisfaite ?

Je me suis retourné pour m'accouder à l'horodateur. De toute façon, je ne pouvais pas m'en éloigner, je n'étais pas capable de faire un seul pas, mes jambes étaient tellement en coton... j'ai pincé les lèvres en retenant un juron. Des deux, lequel parlait de pitié ?

– Jason ne sera pas long, t'es pas obligée de rester.


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Angela Foster
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Je baissai la tête, tandis qu’il me disait tout ce qu’il avait à me dire. Et je ne comprenais pas. Comment on en était arrivé là ? Pourquoi est-ce que l’atmosphère avait soudainement changé comme ça ? Qu’est-ce qu’il s’était passé ? Minute, je savais ce qu’il s’était passé. C’était de ma faute, c’était moi qui lui avais posé LA question qui avait tout fait basculer.

Et là, j’ai eu une réaction à laquelle Garin ne s’attendait certainement pas. D’ailleurs, même moi, je ne savais pas pourquoi je réagissais comme ça. J’ai relevé la tête vers lui et je me suis mis à rire. Non non, je n’étais pas folle, je n’avais rien pris, rien bu. Je n’avais pas reçu de coup sur la tête non plus. Enfin, si mais ça remontait à longtemps maintenant. J’étais morte de rire et je n’arrivais plus à m’arrêter. Trop de tension qui s’évacuait, certainement. J’en avais mal aux abdos, j’étais littéralement pliée en deux, je devais me tenir au mur pour ne pas tomber.

Il me fallut quelques bonnes minutes pour finir par retrouver mon calme. Ce n’était pas si simple, à chaque fois que je relevai les yeux sur lui, pensant que la crise était passée, je me remettais à rire. J’en pleurais !

- Hey !

J’étais à bout de souffle mais cette fois, c’était bon. C’était passé. Mais je souriais toujours.

- Tu nous as vu tous les deux ? Bon sang, je sais pas lequel de nous deux est plus borné que l’autre !

Je me rapprochai de lui et m’appuyai, moi aussi, sur l’horodateur, mais de l’autre côté, pour lui faire face.

- Tu sais quoi ? C’est bon, je laisse tomber. Tu m’as convaincue. Parles-en à tes médecins et on verra bien ce qu’ils te diront. Mais je veux juste que tu répondes à une dernière question. Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu essayes de m’aider comme ça ?

Je levai les mains pour le dissuader de me répondre tout de suite.

- Je sais, t’es pas un monstre, t’es pas un petit con. Mais… tu fais pas ça pour tous les « malheureux » que tu croises… si ?

Je posai à nouveau mon coude sur l’horodateur et appuyai mon menton dans ma paume. J’étais plus petite que Garin, mais de la façon dont il se tenait, j’avais les yeux à la hauteur des siens.

- Et je vais rester. J’ai envie de rester. Et pas seulement parce que Jason me l’a demandé.


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Garin DeLyons
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Et puis elle a éclaté de rire. J'ai tourné la tête pour la voir par dessus mon épaule et j'ai haussé un sourcil. Elle riait vraiment, elle se fichait de ma tronche ou quoi ?

– Pourquoi tu ris ?

Je n'en revenais pas. Elle ne s'arrêtait pas ! Et plus je la regardais, plus elle riait.

– Pourquoi tu ris, dis-moi pourquoi tu ris, qu'est-ce qu'il y a de drôle là-dedans, réponds-moi ! Arrête de te payer ma tête, comme ça, pourquoi est-ce que tu ris ?

J'ai secoué la tête en reportant mon regard devant moi.

– Tu sais même pas pourquoi tu ris.

J'ai baissé les yeux sur elle quand elle s'est rapprochée de moi. Je ne voyais vraiment pas ce qu'il y avait de drôle. La migraine me cognait toujours mais la nausée s'en allait doucement, au moins. J'ai ouvert la bouche pour lui répondre mais elle reprenait déjà, alors je l'ai fermée. Et puis je l'ai dévisagée. Pourquoi je faisais ça ? Aucune idée. Elle avait un air de ma mère à bien y regarder. Les cheveux blonds, courts, des yeux clairs et un visage souriant qui affichait de la tristesse en permanence sans s'en rendre compte. Mais c'était pas pour ça. Ou peut-être que si. Pourquoi fallait-il toujours se poser des questions sur tout ?! Et comme je n'avais pas de réponse, je me suis redressé et je lui ai attrapé le poignet pour la ramener contre moi, une main dans son dos tombante sur ses reins. Je ne m'appuyais plus sur la machine mais sur elle à présent.

– Et pourquoi pas ?

J'avais soufflé ma propre question en écartant une petite mèche de son front avec un sourire en coin. J'ai approché mon visage du sien en souriant un peu plus mais je n'ai rien fait.

– Tu poses trop de questions.


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Angela Foster
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Suite à ma question, il est resté silencieux un moment. Je lui laissai le temps de réfléchir, sans rien ajouter de plus. Je ne savais pas trop pourquoi je lui avais demandé ça. Mais je me posais la question depuis un bon moment déjà. Et puis, oui, son comportement vis-à-vis de moi m’intriguait, vraiment. En y réfléchissant bien, j’avais plus ou moins le même vis-à-vis de lui. Tour à tour méfiante, séductrice et énervée. Mais moi, je savais très bien pourquoi j’étais comme ça. Il m’attirait, comme un aimant, mais j’avais du mal à me faire à l’idée. C’était contraire à tous mes principes. Jusqu’à ce soir, je n’avais pas imaginé une seule seconde que ce n’était pas forcément une mauvaise chose de partager un peu plus qu’une simple nuit avec un homme.

Alors je crois qu’en fait, en lui posant cette question, j’avais juste besoin d’une réponse, d’un signe, de quelque chose qui pourrait me confirmer ce qu’il pensait réellement de moi. Bah oui, finalement, malgré les apparences, j’étais juste une fille comme les autres.  

Garin ne pas donnée de réponse, pas par oral en tout cas. Il se contenta de m’attirer à lui et de me sourire. Il se contenta d’un énigmatique « pourquoi pas ». Et vous savez quoi, cette « réponse » me suffisait. Son attitude voulait tout dire non ? Ou peut-être que je me faisais des idées. De toute façon, je le saurai bien assez tôt si c’était le cas.

Il se pencha vers moi, sans cesser de sourire et me sortit cette petite phrase, toute simple.

- Je sais. Mais j’ai l’intention de travailler là-dessus aussi.

Je passai mes bras autour de sa taille, me haussai sur la pointe des pieds et je parcourus le reste du chemin jusqu’à ses lèvres. Mon baiser à moi, était doux, léger, loin de la fougue de celui de Garin. C’était pas l’envie qui m’en manquait pourtant. Mais je me retenais. J’avais bien senti qu’il s’appuyait sur moi plus qu’il ne l’aurait fait s’il avait été au meilleur de sa forme. Alors je préférais ne pas le brusquer. Même si je mourrais d’envie de le plaquer contre cet horodateur. Mais je crois qu'en fait ça se sentait quand même, un peu, dans ma façon de l'embrasser. C'était pas si facile à cacher.

Et puis, comme chaque bon moment doit forcément se finir, je m’écartai légèrement de lui, sans pour autant retirer mes bras et plongeai mes yeux dans les siens. Une pensée venait de traverser mon esprit et j’avais envie de la partager avec lui. Quitte à en subir les conséquences.

- Dis… et si on se donnait une chance ? C’est peut-être une mauvaise idée mais… on peut essayer, et voir où ça nous mène… Il va bien falloir qu'on la commence quelque part, notre quête de l'amour.
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Garin DeLyons
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Quand elle est venue m'embrasser, j'ai souri un peu plus, ma main dans son dos se rattrapant à l'horodateur pour ne pas tomber. J'ai ri contre ses lèvres. Ma voix n'était pas plus élevée qu'un murmure.

– Y a pas que sur ça que tu devrais travailler, d'ailleurs.

Je l'ai senti venir. Comme tout le reste, j'avais de bonnes intuitions. Je le savais, et c'était pour cette raison que je me faisais toujours suffisamment insupportable pour les repousser au bout moment et leur faire croire que c'était leur idée de me jeter. Mais pas celle-ci. A croire que plus insupportable j'étais, plus ça l'attirait. Je l'ai dévisagée quand elle a reculé le visage. Ce n'est pas tant que j'ai perdu mon sourire... C'est qu'il s'est légèrement effacé.

– Quoi ?

J'ai froncé les sourcils en plissant le nez. Elle semblait si sérieuse derrière ce petit sourire que j'en ai raté un battement. Mon visage est peu à peu redevenu sérieux.

– Quoi ? Non ! C'est... Pourquoi tu parles de ça ? Je croyais que tu étais pour... Tu sais ? Je veux dire, pas...

J'ai repris une voix normale et haussé les sourcils.

– Après les laïus que tu m'as offerts, maintenant, tu veux d'un copain ! Angie... Je suis désolé mais c'est pas... J'ai pas-- Non, on s'amuse ! Pas vrai ?

Comment lui dire ?! Je me sentais pris au piège, je ne pouvais lui rien lui expliquer, j'étais pieds et poings liés. Personne ne m'avait mis au pied du mur comme ça, avant. Bon sang, elle appliquait mes conseils. Les miens !

– C'est pas avec moi que tu vas trouver ce que tu cherches. Ou ce que tu sembles chercher ou je ne sais pas, mais je ne suis pas... C'est pas ce que moi, je cherche. Tu sais pas, hein ? Tu sais pas reconnaître les gars qui s'en ficheront si tu rappelles ou pas ? Commence par t'intéresser à ceux qui te proposeront un verre, ou un dîner, voire juste un café... AVANT de t'embrasser dans une rue déserte pas très nette...

Comme Jason, par exemple. Celui-là était du genre bien plus romantique que nous tous réunis. Je vantais ses mérites parce qu'il les méritait. Ce mec était audacieux, volontaire, la tête sur les épaules, je l'enviais. Il ne cherchait rien comme nous. Il cherchait quelque chose de précis. Vous savez, dans la vie, quand vous voulez vraiment quelque chose, vous vous battez pour l'obtenir. Jusqu'aux ongles, vous vous transformez en une sorte de... Croisé ou de Templiers et vous parcourez le monde entier afin d'acquérir votre Saint Graal. Et bien quand vous vouliez repousser la même chose, vous étiez toujours à même de trouver une solution. Je n'ai jamais aimé ceux qui se trouvaient des excuses. Je dis les choses comme elles sont. Je mens... Oui, beaucoup. parce que des fois, la vérité est bien pire. Alors, je savais que j'allais passer pour un monstre mais... C'est ce que j'étais, pas vrai ? J'ai secoué la tête avant de baisser les yeux.

– J'ai déjà quelqu'un... En fait.

J'ai relevé les yeux sur elle. Si elle ne baffait, je l'aurais mérité plus que n'importe qui. J'ai patienté une ou deux secondes avant de reprendre. La question, c'était, est-ce que j'avais déjà quelqu'un ? Où était-elle ? Que faisait-elle à cette heure-ci ? Je me demandais si elle me cherchait. Pourquoi elle ne nous avait toujours pas contactés ?

– Elle n'est pas... là en ce moment, c'est tout.

Est-ce que je l'aimais ? Non... Je ne crois pas non plus. Mais elle comptait pour moi. Est-ce que Angela comptait pour moi ? Et bien, oui, bien sûr ! Je suis pas sans coeur non plus ! Mais elle ne semblait avoir besoin de personne ! Qu'est-ce que je pouvais bien pour elle ? Elle n'avait pas besoin de moi... Ni de personne ! Si ? Non ?


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Angela Foster
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Je m’y étais préparée. Parce que je m’en doutais un peu, en fait. Si moi j’étais prête à changer, ce n’était pas encore son cas. Ce qu’il venait de me répondre m’avait fait mal, un peu, mais je le cachai derrière un sourire.

- Détends-toi, je plaisantais. Bien sûr qu’on s’amuse. Je te l’ai dit, je ne cherche rien de plus.

C’était faux, bien sûr, mais il n’avait pas à le savoir.

- A croire que mon jeu d’actrice s’est considérablement amélioré depuis l’autre fois !

Je lui adressai un clin d’œil. Je ne savais pas mentir en règle générale, mais je savais plutôt bien jouer la comédie. Ce n’était pas vraiment un mensonge, c’était juste un jeu. Quand on joue, on ne ment pas, n’est-ce pas ? De toute façon, quand on joue, on n’est pas nous alors quand on n’est pas nous-mêmes, comment pourrait-on mentir ?

- Mais bon, si cette seule idée te file des boutons, je ferais peut-être mieux de me tourner vers Jason. En plus, je crois que je lui ai tapé dans l’œil, j’aurais pas besoin de me fatiguer à le séduire. Et puis, il est pas mal en fait, dans son genre.

Et vlan, prends-toi ça dans la tronche Foster… J’étais restée souriante et j’avais laissé mes bras autour de sa taille pendant que je disais tout ça. Mais ce qui vint après, ben… Ce n’est pas le genre de truc qu’on aime entendre de la bouche d’un homme qui vous plait n’est-ce pas ? Particulièrement quand cet homme vous a donné l’impression que vous lui plaisiez aussi un peu. Mon sourire s’effaça donc, d’un coup et je retirai mes bras de sa taille comme si je venais de me brûler. Sans reculer pour autant, je plongeai mon regard dans le sien, cherchant à y décrypter s’il était sincère ou pas. Et il me sembla que oui. Alors je finis par reculer, un peu blessée.

- Ok… je vois. Et tu comptais me le dire quand ? Avant ou après t’être bien amusé ? Parce que, tu vois, c’est pas que ça me gêne particulièrement, ça m’empêche pas de m’amuser, mais je préfères savoir à quoi m’attendre quand même. On ne sait jamais, si je dois me retrouver avec une furie sur le dos un jour, je préfère y être préparée.

Je croisai les bras et fronçai les sourcils.

- Mais dis moi, tu dois pas beaucoup l’aimer alors, si t’es capable d’en draguer une autre quand elle a le dos tourné…
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Garin DeLyons
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J'ai haussé les épaules. Elle pouvait enlever ses bras de ma taille mais je ne préférais pas encore essayer de m'éloigner de cet horodateur et donc, pas d'elle non plus.

– J'en sais rien, je me suis dit que ça n'aurait pas besoin de venir sur le tapis, c'est pas comme si j'étais marié ou un truc du genre. Et... Quoi ? Non ! Je suis pas de ce genre de gars. J'ai pas besoin de beaucoup pour m'amuser, je suis pas... Il s'agit pas que de s'amuser !

Je bégayais légèrement, ça devait sûrement se voir. Ou s'entendre. A n'en point douter, je cherchais mes mots. Je l'ai laissée parler en baissant les yeux. Non, je n'étais pas très fier mais hey... J'avais le droit de mener ma vie comme je l'entendais, pas vrai ?

– Elle a disparu.

J'ai relevé les yeux sur elle, pas bien malin. Et puis j'ai repris.

– Ca fait des semaines, maintenant. Elle me manque et je la cherche partout mais... Je commence à me dire qu'elle reviendra pas. C'est pour ça que je n'ai rien dit. Et de toute façon, j'imagine qu'elle est bien mieux là où elle est ? Je crois. Et euh... Je pense pas être quelqu'un qui soit du genre à... J'en sais trop rien... Se poser ? Tu crois que je suis du genre nocturne ? Façon "le soir mais pas le matin", genre de gars ? Non, je... Je suis ce genre de gars...

Et d'un pouce, j'ai montré le lampadaire.

– C'est ce que je préfère. C'est... Comme ça, c'est tout. Tu as le droit de m'en vouloir, je sais bien que c'est pas très gentleman ou quoi que ce soit mais je n'ai pas... Le luxe de m'offrir plus que ça. Pas en ce moment, en tout cas. Je ressens quelque chose, je le dis, c'est tout. J'attends pas d'être seul, j'attends pas une heure passée, je le pense, je le sens, je le dis, je le fais. C'est tout. C'est comme ça que je vis et c'est comme ça que j'aime vivre, c'est... Je suis désolé. Je pensais pas que tu tiendrais compte de mes conseils.

Et j'ai à nouveau baissé la tête. Pas une fois je ne me suis énervé. Pas une fois je n'ai élevé la voix. J'étais réellement désolé.


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Angela Foster
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- Garin, écoute…

Je m’assis au bord du trottoir et tapotai le sol à côté de moi pour lui dire de faire de même.

- Je comprends que tu penses toujours à elle. Mais… elle n’est plus là. C’est comme ça, il faut que tu ailles de l’avant. Tu dis que tu vis l’instant présent, moi, à t’entendre, j’ai surtout l’impression que tu es prisonnier du passé. Je la connais pas cette fille, et pour que tu t’attaches à elle, ça devait être une fille géniale, mais… Si elle n’est pas revenue, si elle ne te donne pas de nouvelles, si tu n’as pas réussi à la retrouver. C’est peut-être parce qu’il y a une raison. Elle n’a peut-être pas envie que tu la retrouves…


Je pris une profonde inspiration et je continuai.

- Je ne sais pas quel genre de gars tu es, toi seul peux le savoir. Mais je te regarde, ça fait un moment qu’on discute maintenant. Et j’ai l’impression que même toi, tu ne sais pas vraiment ce que tu veux. On dirait que tu te mets des bâtons dans les roues… Tu m’as dit tout à l’heure que je posais trop de questions. Moi je crois que tu te mets trop de barrières. Tu réfléchis trop Garin. Si je peux te donner un conseil, la vie est trop courte pour se prendre la tête. Crois-moi, je sais de quoi je parle. Arrête de freiner des quatre fers, laisse la vie te porter au moins une fois de temps en temps et regarde ce qui se passe. Ca fait du bien de se lâcher des fois tu sais. De faire ce qu’on a vraiment envie, sans se soucier des conséquences que ça aura.

Je relevai les yeux sur lui et lui souris.

- Tu dis que vis l’instant présent ? Alors prouve-le. Vis-le. De quoi as-tu envie, en cet instant précis ? Que Jason arrive au plus vite pour être débarrassé de moi ? Désolée, sur ce coup là, je peux pas faire grand-chose… Que je parte d’ici et que je te laisse tranquille ? Ca serait dans mes cordes, mais j’ai promis à Jason que je l’attendrai… De boire jusqu’à oublier qui tu es et ce que tu fais là ? Ca tombe bien, j’ai les clefs d’un bar dans ma poche.

Je plongeai mon regard dans le sien et le fixai, intensément, comme si je voulais voir ce qu’il avait au plus profond de lui-même.

- Alors vas-y, dis moi. Qu’est-ce que tu veux, tout de suite, maintenant ? Si tu peux le prendre, prends-le. Si je peux te le donner, je le ferai. Et peu importe les conséquences que ça pourra avoir. Oublie les barrières, oublie ta raison, dis à ta conscience d'aller se faire foutre. Ce soir, c’est soir. Demain est un autre jour. Dis toi que ce que tu feras ce soir ne changera pas le cours de ta vie. Et…

Je lui adressai un nouveau sourire.

- … C’est pas la peine de t’excuser, moi aussi c’est ce que je préfère.



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Garin DeLyons
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Sans lâcher la machine, je l'ai contournée et je suis venu m'asseoir à côté d'elle, sur le trottoir. J'ai poussé un soupir en relevant mes genoux pour m'y accouder. Je me suis frotté le visage en fermant les yeux pendant qu'elle parlait, avant de rire.

– Le passé, c'est tout ce que j'ai. C'est pas que je veux mais j'ai pas le choix, c'est en moi.

J'ai haussé les épaules. Je ne lui demandais pas de comprendre. Je ne voulais pas qu'elle comprenne non plus. J'ai relevé la tête en l'écoutant. Elle avait peut-être raison pour la soeur d'Abel mais quelque chose me disait que ce n'était pas tout. Ce n'était pas son genre, je la connaissais, il y avait autre chose. Si elle ne nous avait pas contactés, c'est qu'il y avait quelque chose. Abel était bien trop silencieux et calme à ce propos et ça me rendait malade. J'espérais seulement qu'elle n'était pas morte de ses blessures sans qu'on le sache. J'espérais... Qu'elle allait bien. D'un sourire en coin, j'ai montré le lampadaire.

– Faire ce que je veux quand je le veux, je l'ai fait là. Et là. - j'ai montré l'horodateur - C'est déjà ce que je fais, Angie. C'est ce que je t'ai expliqué tout à l'heure. Ok, je vois un truc, je le veux, je le peux alors je le fais ! Je t'ai vue, le moment était parfait, je l'ai voulu, je l'ai pris !

J'avais ouvert les mains en regardant devant moi et à sa question, je les ai levés plus hauts avant de prendre une voix forte.

– JE VEUX UN MILLION DE DOLLARS !

J'ai éclaté de rire avant de reporter mon regard sur elle. Je savais ce que je voulais. J'avais juste du mal à le faire comprendre car c'était si complexe ! Je ne pouvais rien dire de moi sans mentir ou trop en dire sur d'où je venais et pourquoi. Qui voudrait d'un mec avec un passé comme le mien ? Vous savez quoi ! Le plus de merdes qu'on raconte sur notre passé douloureux, le plus les filles vous aiment parce qu'elles pensent pouvoir venir vous sauver et vous sortir de là, être vos héroïnes. Et bien, c'est un complexe très masculin aussi. Fort heureusement, je ne l'avais pas.

– Et des filles. PLEIN de filles ! Partout. Dessus, dessous, sur les côtés, j'en veux partout !


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Angela Foster
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Je secouais la tête en souriant.

- Non Garin, tu as aussi le présent… et le futur ! Le passé est en toi, d’accord. Il est en moi aussi, il est en chacun de nous, qu’on soit négatif, positif ou candidat. On a tous un passé qui nous retient. Et on doit tous vivre avec. Mais ne fait pas l’erreur de croire que tu n’as que ça. Garin, la vie te tend les bras, il ne tient qu’à toi de te tourner vers le futur et d’en faire quelque chose qui vaille la peine d’être vécu. Tu as droit à un futur heureux, toi aussi. Même si pour l’instant, tu n’en as pas encore conscience.

Il avait retrouvé son enthousiasme, et ça faisait plaisir à voir. Je n’avais pas de pouvoir, mais je pouvais me vanter de ramener le sourire sur le visage des gens. Bon, certes, ça ne marchait pas à tous les coups. Mais les pouvoirs aussi pouvaient être défectueux non ? C’était bien ce que m’avait dit Elijah après tout. Sa première demande me fit rire.

- Ok, là, je peux pas faire grand-chose ! Je pourrais vider les comptes de mon frère remarque, je doute qu’il ait un million de dollars mais je suis sûre qu’il est bien plus riche qu’il ne veut me le faire croire !

Je portai ma main à mon menton et le tapotai, faisant mine de réfléchir à un plan.

- Mais je ne suis pas sûre que dévaliser un flic, ça soit une si bonne idée. Donc oublie. Et pour ce qui est des filles… t’en v’la une, déjà…

Je m’indiquai d’un geste de la main.

- Et les autres devraient pas être trop difficiles à trouver. Je t’aurais bien présenté mes copines mais… il se trouve que j’en ai pas. Mais bon je suis sûre qu’un mec aussi sexy que toi n’a aucun mal à faire des conquêtes ! Je t’aide si tu veux, je suis curieuse de savoir si je peux faire tourner quelques têtes ! Ca doit être une expérience intéressante.  

Je pris un air mystérieux avant de continuer.

- Et si ton physique n'est pas suffisant... je dois pouvoir être capable de te concocter un truc à base de phéromones ou un truc dans le genre. Un truc qui marche, bien sûr. La chimie, ça me connait !
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Garin DeLyons
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J'ai secoué la tête dans un sourire. Le passé, comment l'oublier quand il revenait vous hanter la nuit ? Ca n'avait rien à voir mais je n'avais pas envie de lui expliquer. Et puis j'ai pouffé de rire, parlant d'une voix basse sur la sienne. Je regardais devant moi mais ça ne m'empêchait pas d'écouter.

– Je vais pas dévaliser ton frangin, j'ai pas tant besoin d'argent... T'as de ces idées. C'est vrai, tu me trouves sexy ?

Je l'ai regardée avec un sourire malicieux et j'ai plissé le nez en la bousculant doucement de mon épaule contre la sienne.

– Et encore, t'as rien vu. Mais c'est vrai, je reconnais qu'en général, j'ai pas à chercher très loin. J'ai jamais bien compris pourquoi mais ça doit être mon... Charme ambiant. J'ai pas besoin de phéromone, non je... Tout est naturel chez moi !

J'ai fermé les yeux en levant le menton pour humer l'air de ma perfection avant de rire en la regardant. Je l'ai dévisagée avec un sourire sur les lèvres, un regard sur les siennes. Et puis j'ai repris ma voix basse.

– C'est gentil mais... Je veux pas de futur pour le moment. Je suis bien comme ça. J'ai du travail, j'ai pas le temps de penser au futur. Et ça ne m'intéresse pas. Je ne vis pas dans le passé, je vis avec. C'est mon quotidien. Mais c'est pas ça qui me retient, c'est juste... Que je suis pas là. Physiquement, je suis à côté de toi mais ma tête est loin. Je fais ce qu'il me plaît, je vais où j'ai envie d'aller. Je suis libre et j'aime ça, je l'ai pas toujours été. Je n'ai plus personne qui m'attend le soir, je n'envisage pas que ça chance, j'ai pas fini de rattraper les années que j'ai manquées. - J'ai haussé les épaules, pensif, le regard dans le vague - J'ai encore plein de choses à voir et j'ai pas envie d'avoir des attaches. Peut-être qu'un jour je tomberais amoureux et que je déciderais de me poser. Peut-être qu'un jour, tout ça m'arrivera. Quand je l'aurais décidé, ce qui n'est pas le cas pour l'instant ? - Je jouais avec mes doigts en tirant sur un fil d'un de mes bracelets. Je crois que c'était un tic de nervosité, je me rendais compte que ça revenait souvent - Mais j'aime pas beaucoup être seul alors j'apprécie la compagnie. Principalement des filles, je reconnais - j'ai pouffé de rire - J'aime l'idée. je me fiche pas mal de passer la nuit avec ou sans, j'aime bien leur compagnie, c'est tout. Et je sais que je perds rien, qu'elles me retiendront pas. Je vais les chercher quand j'ai besoin d'elles, parfois elles ont aussi besoin de moi. Ca renforce mon capital du moral et puis ensuite, je repars, faire ce que j'ai à faire. Elles m'aident à respirer, à retrouver mon équilibre. Parfois, elles me font de la peine, parfois elles me font rire. Du moment qu'elles me rappellent que je suis vivant et que dans ma cage de béton, j'ai encore un coeur qui bat. Le sentir, c'est comme... Une musique à mes oreilles. J'aime être vivant, j'aime le sentir et je me fiche pas mal de ce que les gens peuvent dire à ce sujet parce que ça les regarde pas. Parce qu'ils ne peuvent pas comprendre ce que j'ai traversé pour en arriver à penser ça, à vivre de cette manière. Parce que je ne suis pas sûr de comprendre moi-même tout ce qui m'arrive. - J'ai à nouveau reposé mes yeux sur elle. J'ai posé une main sur sa joue pour lui caresser doucement et puis j'ai franchi quelques centimètres en m'approchant de son visage - Mais ça m'arrive et le reste, je me pose pas de question. J'agis et j'avance. C'est tout ce qui compte.

– Garin !

Je n'avais pas entendu la voiture. J'ai redressé la tête pour voir Annie arriver en courant vers nous. Le rouge m'est monté aux joues. Jason arrivait d'un pas rapide derrière et j'espérais qu'il ne m'ait pas vu sur le point d'embrasser Angela. Il avait un sacré crochet du droit. La jeune fille à la peau basanée et aux immenses yeux noirs se jeta sur moi pour enfermer ses bras autour de mon cou en se laissant tomber à côté.

– Tu n'as rien ?

Et elle a commencé à m'ausculter, me regarder les yeux, la chaleur de mon front... Son diagnostic, quoi.

– Ca va, c'est rien, juste une petite crise d'asthme.

– Combien de fois, il faudra te dire de ne pas rentrer à pieds depuis la Ville Basse ! Et s'il n'y avait eu personne ?!

J'ai fusillé Jason du regard. Pour se défendre, il a haussé les sourcils et levé les mains.

– Mec, elle dormait chez moi, c'est plus près de l'hôpital ! Tu te doutes bien que si t'étais pas en état d'appeler toi-même, elle s'est imaginé que tu pourrissais déjà dans un caniveau ! Et t'es vraiment sérieux ?! - Il désigna Angela dans un sourire - Je peux pas te laisser me rencarder sans que tu testes la came !

– Tu m'as laissé seul avec une serveuse au charme exceptionnel et tu t'attendais à ce que je reste là à lui vendre ton gros derrière doublé d'un type mal rasé. Tu sais quoi ? La prochaine fois, fais tes courses toi-même.

– Ok, je vois qu'il est temps de ramener Casanova dans ses appartements avant que ses chevilles n'enflent et qu'il commence à nous réciter du Cyrano de Bergerac.

– T'es juste jaloux parce que je connais la tirade par coeur, avoue.

Jason a balayé l'air d'une main en secouant la tête et s'est tourné vers Angela.

– Désolé pour ce qu'il a pu te dire, il devait juste transmettre mon message, j'espère qu'il t'a pas importuné. Allez Shakespeare... On rentre. Tu nous décriras les rues de Londres à la maison, c'est plus sûr pour ta face de pet.

J'ai attrapé son poignet fermement et il a serré le mien pour m'aider à me relever. Mais tout à coup, c'est comme si ma tête se renversait et que mes pieds marchaient sur le ciel. J'ai tangué et Annie a posé une main sur mon torse pour m'éviter de chavirer en avant. Je suis redevenu tout pâle avec des perles de sueur sur le front. La tête me tournait et la nausée était de retour.

– Je crois qu'en prime, j'ai un peu trop bu.

– Ca va, mec ? Je t'ai jamais vu aussi pâle. Et venant de ton p'tit cul d'Anglais, c'est pas peu dire.

– Continue comme ça et je repeins l'intérieur de ta nouvelle bagnole.

J'ai fermé les yeux un instant et j'ai senti le regard inquiet d'Annie sur moi. C'était la plus jeune d'entre nous et aussi la plus douce. parfois, je me sentais encore plus immature qu'elle alors que je la dépassais de quelques années. On la protégeait tous comme notre propre soeur mais la vérité, c'était qu'elle était plus forte et plus intelligente que nous tous réunis. Mais Jason aussi était inquiet pour moi. Il avait glissé un bras sous le mien pour me soutenir. Je crois que ce médicament, doublé à tout ce que j'avais bu ce soir avait engendré une très... très mauvaise réaction. J'étais rarement malade mais je ne faisais jamais semblant. Cela dit, je riais. Tout ce petit monde à mes pieds pour m'empêcher de tomber, c'était si attendrissant.

– Au moins, ton humour de chiottes est intact. - Il se tourna vers Angela - On te ramène quelque part ? La Ville Basse, c'est mieux en voiture qu'à pieds à cette heure-ci.


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Angela Foster
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Je lui adressai un sourire et tournai la tête pour regarder droit devant moi.

- Je mentirai pas pour un truc pareil. De toutes façons, je sais pas mentir, tu t’en es déjà rendu compte. Mais…

Je fis semblant de triturer mes mains, comme si j’étais gênée.

- Bon ok, j’avoue, j’ai déjà vu mieux. Mais je t’assure, dans ton genre t’es vraiment pas mal.

Je pouffai de rire en l’entendant se vanter, et du coin de l’œil, je le vis relever le menton. Il était temps de le ramener sur terre. Une taquinerie par-ci par là, ça peut pas faire de mal.

- Ton « charme ambiant » ? Pff, laisse-moi rire ! T’as autant de charme que…

Je me tapotai le menton, cherchant à quoi je pouvais bien le comparer. Et puis, ayant trouvé, mon sourire s’agrandit.

- Le virus Ebola !

Ce qui n’était pas vraiment une insulte en fait, venant de ma part. Pas avec mon passé d’étudiante en microbiologie.

Je l’écoutai ensuite me parler, m’expliquer ce qu’était sa vie, maintenant. Je restai silencieuse, sans me départir de mon sourire. La partie sur les filles me fit sourire. C’était marrant, mais sur ce coup là, il me rappelait un peu moi. J’avais un peu la même façon de penser que lui. Parce que bon, même si l’idée de changer ma façon de voir les choses avait germée dans mon esprit, elle n’était pas encore assez grande pour me faire changer.

- Et bah… si jamais un jour tu te sens un peu trop seul et que t’as envie de compagnie. Tu sais où me trouver ! Je dis pas que je serai toujours partante, mais ça, tu le sauras que si tu tentes ta chance !

Je tournai la tête vers lui tandis qu’il posait sa main sur ma joue et… j’entendis alors quelqu’un crier son nom. Une fille courait vers nous, enfin, surtout vers Garin en fait, suivie de près par Jason. Et vous savez quoi ? Les anciennes habitudes ont la peau dure.

- Hey, vu que t’es pas hyper intéressé…

J’avais connu plus empressé, vraiment. Et puis, ça faisait référence à notre petite conversation de toute à l’heure.

- …Ca te dérange pas si je tente ma chance avec Jason ?  Parce que j’ai bien envie d’essayer finalement.

Et au moment où je terminai ma phrase, la fille se jeta au coup de Garin. Je haussai un sourcil interrogateur, avant de me remettre debout, ramassant mon casque au passage. J’adressai un sourire à Jason, qui disparut presque instantanément quand ils se mirent à parler de moi… comme si je n’étais pas là, d’une part, et comme un objet, d’autre part. Et je ne savais pas trop si je devais être vexée par ça ou flattée par ce que Garin venait de dire. Mais à vrai dire, le temps que je me décide, ils étaient déjà passés à autre chose.

Je secouai la tête tandis que Jason s’excusait.

- C’est pas grave, y’a pas de soucis.

Quand ils l’ont relevé, je l’ai vu tanguer légèrement. J’esquissai un geste pour le retenir mais me retins finalement. Il avait ses amis avec lui, il n’avait plus besoin de moi désormais. Quand Jason se tourna de nouveau vers moi, je secouai la tête et lui adressai un sourire.

- C’est gentil. Je dirai pas non mais j’ai ma moto. Et j'ai pas spécialement envie de la laisser passer la nuit dans la ville basse.

Et comme pour confirmer mes dires, je levai légèrement mon casque pour le lui montrer. Le pauvre casque en avait encore pris un coup quand je l’avais laissé tomber alors que j’essayai d’aider Garin. Lorsque je le vis, j’eus un peu honte et me dépêchai de le baisser avant que Jason n’ait le temps de remarquer son état. C’était vraiment pas prudent de rouler avec un casque comme ça, j’en étais consciente, mais je n’avais pas d’autres solutions pour le moment. Je me retournai, fis un pas vers ma moto. Maintenant que Garin était bien entouré, je n’avais plus de raison de rester. Et puis finalement, je cédai à un impulsion

- Jason ?

Je revins vers eux. Au passage, je glissai ma main dans la poche de Garin… (et sans la moindre gêne !)

- Tu permets que je récupère ça ?

… et en sortis le papier que je lui avais donné, sur lequel j’avais écrit mon numéro de téléphone. Papier que je tendis à Jason.

- Au fait, je lui avais demandé de te donner ça. Mais j’ai pas confiance en lui. Alors comme je vois…

J’hésitai un moment et me hissai sur la pointe des pieds pour lui chuchoter à l’oreille. Je ne tenais pas particulièrement à ce que Garin entende. Pas que j’avais peur de ce qu’il pourrait penser de moi, après tout, j’étais libre de faire ce que je voulais non ? Mais parce que je ne voulais qu’il vienne me contredire.

- C’est pas parce qu’il a tenté sa chance qu’il a remporté la mise.

Je reculai un peu et lui décochai un sourire aguicheur. Ce je venais de dire n’était pas entièrement exact, mais mince quoi ! J’allais pas rester focalisée sur Garin après ce qu’il venait de me dire et alors que le monde était rempli d’hommes qui me tendaient les bras !

- Si t’as envie d’aller prendre un verre un jour, hésite pas. Je suis plutôt dispo en ce moment.
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Garin DeLyons
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A sa question sur Jason, j'avais acquiescé dans un sourire. J'étais content qu'elle change finalement d'avis sur lui. C'était une bonne chose. Et je me suis soudain senti nettement moins coupable. C'était plus facile, comme ça. Je savais qu'un jour, elle reviendrait et j'avais hâte de la revoir. Ce n'était pas sympa d'infliger ça à Angela, après tout. Alors, quand elle l'a rappelé quand on se dirigeait vers la voiture pour rentrer, on s'est tous les trois retournés comme si on s'appelait tous Jason.

Angela a plongé sa main dans ma poche et j'ai eu un sourire très fier en gesticulant, une fois la surprise passée.

– Ca chatouille.

Jason m'a regardé et a soupiré, lassé de mon attitude et en même temps amusé. J'ai feinté de me sentir vexé à sa remarque et j'ai tenté de tendre l'oreille. Mais Jason m'a repoussé d'une main sur le visage après avoir pris le morceau de papier. Il semblait tout autant étonné et s'est penché pour qu'elle approche son oreille. C'est qu'il était bien immense, plus grand qu'Abel, encore. Parfois, j'enviais sa couleur de peau. Il l'ignorait mais les filles l'adoraient. Il avait ce côté exotique et jeune premier. C'était un agent d'exception. Je me suis souvent demandé ce qui avait claqué dans sa tête pour qu'il finisse comme nous. On ne parlait pas tous des raisons qui nous avaient conduits à Liberation. Parfois... Ca valait mieux.

– Hey, qu'est-ce qu'elle te dit ! Aouh !

Annie m'a donné un coup sur le torse pour me faire arrêter et j'ai ri avant de me frotter la poitrine. Chacun d'entre nous avait quelque chose qui était réel. A force, c'était à se demander qui nous étions réellement et pourquoi, pour qui ! Mais nous avions tous un détail, quelque chose, qui nous rappelait que nous étions, avant tout, des êtres vivants. Ca valait pour Liberation mais ça valait pour chacun d'entre nous, Négatifs y compris. Pour Jason, c'était son sourire. Si naturel, si franc et sincère. On ne voyait plus que ça sur son visage. Il avait une bouche si grande qu'on aurait pu croire qu'il était capable de nous avaler tout cru. Ses bras et ses mains étaient si puissantes ! Quand il s'agissait de tirer, il ne manquait jamais sa cible. J'aurais aimé qu'il soit là pour l'affaire Stenton, ça m'aurait épargné bien des cauchemars.

Jason a regardé le numéro puis Angela et a acquiescé, comme un adolescent qui a décroché son premier ticket. Son sourire a alors irradié son visage et j'ai été surpris de ressentir de la jalousie. Pourquoi je ne ressentais pas ça ?

– Volontiers. Je connais un endroit où ils font les meilleurs petits dej du monde. Je travaille de nuit, peut-être qu'un matin, quand je termine mon shift...

Annie a posé sa tête contre mon épaule en me tenant le bras. Je l'en remerciais parce que je n'étais pas sûr de tenir droit tout seul tant la migraine cognait contre mes tempes. J'espérais survivre le long du voyage jusqu'au Sanctuaire.

Jason a levé une main pour saluer Angela. S'il n'avait pas été noir, on lui aurait vu les joues rougir à l'oeil nu. Pourquoi je ne savais pas draguer comme ça ? Il était si naturel, son innocence, malgré tout ce qu'on avait vécu, il l'avait conservée. Il n'était pas comme moi. Il se posait beaucoup de questions. Le genre que je me posais quand la soeur d'Abel était face à moi.

– Tu vois, j'ai assuré. Elle est pile pour toi, maintenant. Je suis le connard de service et toi le prince charmant sur son cheval noir !

J'ai manqué d'étouffer lorsque Jason a cogné mon torse pour me faire taire en repassant à côté de moi.

– La ferme, t'as essayé, t'as perdu, c'est tout.

J'ai souri et Annie a suivi Jason en gardant mon bras sur ses épaules pour m'aider à marcher. Je me suis retourné pour voir Angela et je lui ai fait un clin d'oeil. Quelque chose me disait qu'on serait très vite amenés à se revoir. Quelque chose d'autre au fond de moi m'a chuchoté que ce ne serait pas forcément comme je l'entendais. Je n'avais pas oublié ma petite Croisade intérieure. Jericho était le seul au courant mais Angela n'aurait plus longtemps à craindre son patron. Je ne pouvais plus m'en occuper ce soir mais c'est comme si c'était fait. Je vous promets que ce n'était pas de si tôt qu'il reposerait la main sur une fille.


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Angela Foster
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Je décochai un nouveau sourire à Jason et commençai à reculer vers ma moto.

- Ca me va. J’attends ton appel alors.

Je rendis son salut à Jason et posai les yeux sur Garin.

- Hey, Garin, la prochaine fois que tu viendras dans ce bar, essaie de pas me refaire le même coup. C’est pas que ça me gêne de faire des heures sup’ à jouer les babysitters, mais je bosse pas gratuitement !

A force de reculer comme ça, j’avais fini par arriver à côté de ma moto. Et quand on recule sans regarder derrière, qu’est-ce qu’il se passe ? Ben… je me suis pris les pieds dans mon sac. Mais juste un peu hein, pas assez pour que je tombe. Je vous ai déjà dit que j’étais maladroite ? Oui, je crois, j’en ai un vague souvenir. Coup de pot pour moi, j’avais un sens de l’équilibre exceptionnel. C’était dû à ma pratique de la slackline intensive. Vous savez, la slackline, cette espèce de sangle de 5 cm de large, un peu élastique qu’on tend entre deux arbres ou deux poteaux à une certaine hauteur du sol et qui tangue quand on marche dessus ?

Bref. Tout ça pour dire que je me suis rattrapée avant de tomber. J’ai jeté un œil dans leur direction pour m’assurer qu’il n’avait rien remarqué. Parce que là, pour le coup, la « serveuse au charme exceptionnel » venait de se tourner en ridicule. J’enfilai mon blouson et mon casque, et enfourchais ma moto.

En passant à côté d’eux, j’adressai un clin d’œil à Jason et un sourire à Garin (ce qui était complètement idiot, vu que j’avais mon casque), rabaissai la visière et pris la direction de la ville médiane, en prenant de la vitesse. Je vous l’ai dit, à force de passer tout son temps libre avec des garçons, on finit par adopter leur attitude. Et moi, je conduisais ma moto comme un mec un poil frimeur sur les bords quand même.


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