2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [Flashback] [CLOS] [Richard/Abel] Improbable rencontre

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Richard Aberline
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Novembre 2073

Tout avait commencé par une recherche sur internet. Des articles, blogs, interview, j’avais fouillé absolument tout les recoins de la toile pour obtenir le plus d’informations possibles. Au final, la plupart se contredisaient et les autres étaient si creux et vide d’intérêt que j’aurais bien pu interroger le premier passant pour en apprendre d’avantage.
Libération.
Selon les façons dont je l’envisageais, le mot sonnait tantôt comme un glas, tantôt comme un espoir. Aussi, pour ne pas trop me poser de question, j’avais poursuivis ma quête encore et encore pendant de longues semaines. A chaque fois que je pensais tenir quelque chose, mes ambitions tombaient à l’eau en se heurtant à des murs que je ne pouvais abattre pour le moment. Mais à chaque fois aussi, mes yeux se reporter sur une photo d’Elaine et je reprenais ma quête, inlassablement, jour après jour.
Libération.
Finalement, je m’étais résolu à tenter le tout pour le tout. On dit souvent que l’argent peut dépasser tout les obstacles, payer les meilleurs ou les pires… Peut-être avais-je été trop honnête jusqu’à maintenant, car mon répertoire ne contenait le numéro ni de hacker, ni de tueur à gage. Mais comme disais souvent mon grand père, il n’y a que les cons pour ne pas changer d’avis ! J’en avais donc trouvé un, un hacker d’une quinzaine d’année mais au combien plus doué que la moyenne. Le gamin était parvenu à pirater la Waleman en mois de cinq minutes juste pour me convaincre de sa capacité. Ce que je lui demandais pouvais nous coutais cher à tout les deux, aussi, lorsque je lui avais énoncé la somme en billet qu’il toucherait pour sa participation, ses yeux s’agrandir comme des soucoupes et je su que j’obtiendrais ce que je désirais : Libération.
Le gamin su qu’il touchait au but lorsqu’il se fit éjecter à plusieurs reprises du serveur qu’il tentait d’infiltrer. Il lui fallu encore deux semaines de travaille acharné pour obtenir une adresse mail attaché à un nom que j’avais appris à connaître. Abel Henoch. Mon petit hacker ne savait pas trop à quoi me mènerait cette adresse. Mais il était sûr qu’elle était encore active. Je l’avais remercié et lui m’avait assuré que son service après vente fonctionnait parfaitement bien. Si je ne trouvais pas ce que je voulais, il tenterait à nouveau moyennant rallongement de son dédommagement. Evidemment.
Seul devant l’écran de mon ordinateur, j’étais surtout seul face à moi-même. J’avais entrée l’adresse mail dans la case destinataire, mais le contenu quand à lui restait vide. Comment faire pour attirer suffisamment leur attention sans éveiller les soupçons ou tendre le bâton pour me faire battre. Je n’étais pas doué pour raconter des histoires mais ma force était plutôt dans la conviction de ce que je soutenais. Je ne pouvais pas jouer n’importe comment avec une pareille force de frappe, mais savoir utiliser de manière opportune toutes les cartes que j’avais en main.

« Bonjour,
Nous ne nous connaissons pas, mais j’ai à ma disposition des éléments qui seraient susceptibles de vous intéresser, et plus particulièrement Libération. Notamment un apport financier conséquent, se chiffrant à plusieurs zéros et de source parfaitement anonyme et sécurisée. Si vous souhaitez en savoir d’avantage, vous pouvez me recontacter sur cette même adresse. Nous pouvons également convenir d’un rendez-vous afin de pouvoir nous rencontrer.
AR»

Le gamin avait fait en sorte de me créer un propre « bouclier », terme d’inculte mais hautement compréhensible pour un novice, afin que personne ne puisse pirater mon adresse et remonter jusqu’à moi. Deux anonymes perdu sur la toile. J’espérais simplement avoir fait mouche.  
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Abel Henoch
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Mener une petite insurrection n’était pas sans difficultés. Il avait sans cesse de nouveaux imprévus qui se heurtaient à lui. Approvisionnement, moyens de camouflage, besoin en matériel… Le simple fait de devoir manger était une gageure en soi. Etre un agent était une chose, être un leader en était une autre. Encore ne devait-il veiller que sur quelques âmes, heureusement. Mais leurs projets étaient grands, et leurs ennemis plus grands encore.
En témoignaient par exemple les attaques incessantes sur leurs serveurs que Jericho lui rapportait quotidiennement. La plupart n’était pas source d’inquiétude. Des gamins désireux de s’amuser. Des curieux. Des hackers aux yeux plus gros que le ventre. Une partie de ces attaques étaient le fait des agences gouvernementales. Tout bords confondus. Les USA savaient que Liberation oeuvrait principalement sur son territoire et y voyait une menace intérieur majeure. Le MSS quant à lui, soupçonnait fortement qu’il s’agisse de déserteurs et tenait à remettre la main sur eux. Abel préférait ne pas imaginer ce que voudrait dire que de se faire récupérer par la maison mère. Trahir n’était normalement pas une option. Ils étaient traqués par les gouvernements, mais leurs attaques étaient prévisibles. Jericho riait comme une bourrique à chaque fois qu’ils tentaient de les remonter. Protocolaires et sans imagination, voila comment il les décrivait.
Et puis il y avait les jalons. Un jeu de piste savamment orchestré par Jericho, qui menait les plus talentueux et les plus acharnés jusqu’à eux. Il avait d’autres modes de recrutement, mais le réseau lui avait fourni pas mal de contacts de valeur - comme son responsable informatique. Pas vraiment une faille de sécurité. Seulement un fanal pour qui saurait trouver les pistes. En persistant, bien sur… Ce petit jeu de piste, Jericho l’avait appelé le Grand Huit.

Ce jour là, Jericho l’avait fait descendre à l’Arsenal de bonne heure.

« Ca groove Abel ? »
« Ca ... groove ? C’est nouveau ? »
« Je tente... » Lacha Jericho, avant de s’esclaffer devant l’air perplexe de son leader. « Blague à part, regarde le mail qu’on a reçu. »
Abel se pencha sur l’écran et son regard s’étrécit.
« Piège ? » Jericho eu un signe de dénégation.
« Il est arrivé par le Grand Huit. Les protocoles utilisés n’ont rien d’une stratégie d’école. Enfin si… La stratégie de la couche-culotte ! » S’amusa Jericho avant de préciser devant l’incompréhension d’Abel. « C’est un gamin. Doué, mais un gamin. »
« Alors comment peut-il nous promettre ce genre de chose ? Blague ? » Jericho haussa les épaules.
« Y’a que ceux qui ont vu qui ont su ! » Celle-la au moins, Abel la comprit sans traduction. Il hocha la tête.
« Ok envoie lui la réponse. »
« Quel repère ? » Abel réfléchit un instant. Si c’était un gamin qui rigolait, un lieu de rendez-vous bien lugubre le dissuaderait de venir. Mais ferait peur aussi à un riche sympathisant. Il fallait un lieu protégé des petits rigolos, et où l’anonymat serait garanti.
« Le sept. » Jericho eut l’air peiné.
« Oh laisse moi y aller ! J’ai envie de couvrir des arrières ! » La nuance tira un sourire en coin à Abel.
« J’emmènerai Gen. Elle aura au moins l’air naturel, et elle ne se laissera pas distraire aussi facilement que toi. Si c’est sérieux, autant que je traite avec cette personne directement. Demain soir ! » Conclut-il en remontant à la réserve.
Jericho soupira avec un sourire amusé et se mit à la rédaction de la réponse. Courte, sobre. Destinée à laisser le moins d’indice possible sur l’auteur.

The Fithy Feather - demain - 22 h - Peacock


Le lendemain, à l’heure dite, Abel se trouvait à une table, seul, un verre devant lui. Il s’agissait d’un de ces boxes, le long du mur, avec des murets qui remontaient assez haut pour donner une certaine intimité La musique langoureuse coulait à ses oreilles. Devant lui, une estrade traversait la salle. A l’extrémité, une barre en métal montait jusqu’au plafond. Et le long de cette barre, une femme se tortillait d’une manière supposée aguichante. Et de l’autre côté, au bar, une Gen à l’air revêche calculé surveillait l’endroit.

La notion était un peu abstraite pour Abel, mais les bars à strip-tease faisaient partie de la culture américaine. Qui plus est, un tel endroit avait l’intérêt majeur d’être interdit aux mineurs. Abel avait utilisé une puce acquise au marché noir pour passer le vigile. Si l’auteur du mail était un jeune freluquet, il resterait sur le pas de la porte, et Abel aurait perdu sa soirée. Mais s’il s’agissait d’un contact de valeur…

L’hotesse à l’entrée, qui accueillait les clients dans un corset tout en plumes roses et bleues, avait la consigne claire - moyennant généreux dessous de table - de lui amener quiconque demanderait le fameux Peacock. Restait à savoir si « AR » viendrait. Et qui il était.


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Richard Aberline
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The Fithy Feather - demain - 22 h – Peacock

Je me trouvais dans l’ombre d’une ruelle, au coin de l’avenue, le regard braqué sur le Fithy Feather et un morceau de papier griffonné dans le fond de mon poing. La réponse était arrivée quelques heures après l’envoi de mon mail. Par la brièveté du texte, je savais que j’avais tapais juste. Par quelle porte j’étais entré, je l’ignorais, mais la personne que j’allais avoir en face de moi allez assez vite me l’apprendre. Je me demandais si m’aventurer seule dans le club de strip-tease était une bonne idée, mais je n’avais pas d’autres options à ma porter. Etre accompagné impliquerait forcement de partager ce que je m’apprêtais à faire et pour moi, cela était hors de question. Un instant je pensai à Helaine, au regard réprobateur qu’elle devait sûrement m’adresser de là haut mais aussi à ce que je voulais faire pour Megalopolis et ses habitants. Nous ne pouvions plus perdre de temps à tergiverser, parce que ce temps là était celui où d’autres innocents devenaient victimes d’un conflit qui n’était pas le leur.

Soupirant, je pris le pas et traversai la rue en ne fixant des yeux que mon objectif. Le videur me détailla du regard et dû me rangeait aussitôt dans la case héritier pervers ou quelque chose du genre. Vêtu d’un costume gris simple, j’avais ôté ma cravate en sortant de la Waleman, je mis mes mains dans les poches de mon pantalon et prenait l’air de l’habitué. J’étais doué pour cela. Lorsque l’hôtesse tout en plume me demanda si je désirais quelque chose, je lui demandais Peacock et elle m’adressa une table en retrait d’un mouvement de tête.

Disposé en boxe, les tables étaient suffisamment isolées les unes des autres pour permettre les discutions plus ou moins privées. En m’approchant, je découvris un homme assis devant un verre. Je n’avais pas besoins de demander, je savais que c’était lui. Il était plus jeune que moi, la mâchoire carré et le regard froid. Pour piloter une faction comme Libération il fallait avoir un caractère et un charisme fort. Il les avait, pourtant, malgré moi, je l’aurais imaginé sans doute plus vieux et plus impressionnant physiquement. Et puis, je me fis la remarque qu’il devait sûrement être en train de se demander ce qu’un bourgeois de la haute lui voulait. Je me laissais glisser sur la banquette lui faisant face puis croisais les mains devant moi.

- Abel Henoch…

Ce n’était pas une question mais simplement l’affirmation de ma pensée. Il aurait sans doute était plus responsable de le craindre, mais en vérité nous étions là tout de suite sur un même pied d’égalité. J’avais à lui proposer quelque chose qu’il ne pouvait décemment pas refuser en contre partie de la promesse d’un avenir meilleur.

- Ce que j’ai à vous proposer ne relève pas d’une blague de mauvais goût mais d’une véritable opportunité pour vous. Pouvons-nous parler librement ?

Je me tenais droit, le regard déterminé et le visage un peu fermé. Lorsqu’il s’agissait de parler affaire, l’heure n’étais pas à la plaisanterie.
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Abel Henoch
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Abel n’eut pas à attendre longtemps. Depuis sa place, il surveillait les entrées tout en gardant un oeil de rigueur sur le « spectacle », les femmes qui s’effeuillaient sans égard à leur pudeur ni leur dignité. Il parait qu’elles sont bien payées pour ca. Et puis il vit le mouvement de tête dans sa direction de l’hôtesse après qu’un homme très BCBG se soit adressé à elle pour plus des deux mots que les autres clients lui offraient. Et le client vint à lui sans hésiter. Abel croisa le regard de Gen, le seul de la soirée, pour lui signifier qu’il était là. Le vrai spectacle pouvait commencer.

En considérant l’élégant costume, même défait de sa cravate, Abel eu un petit crispement de la lèvre. Bon sang, il s’était attendu à autre chose. Certainement pas à l’image du riche con qui cherchait des sensations. Comment il avait trouvé le Grand Huit, Abel avait des soupçons : les hackers se monnayaient. Il aurait bien aimé mettre la main sur celui qui avait permis à son vis à vis de les trouver, mais ceux capables de se donner les moyens d’atteindre leurs objectifs étaient tout aussi précieux : vouloir était une chose, pouvoir une autre. Faire… Faire était sans doute la plus grande des valeurs.

Lorsqu’enfin l’homme s’assit face à lui, qu’il evoque directement son identité le fit marquer un temps d’arrêt. Passer par un pseudo pour entrer en contact était un moyen de rencontrer les soutiens potentiel en se faisant passer pour une seconde main et éviter de s’exposer. Les gens se découvraient quand ils ne pensaient pas être sous les regards de ceux qu’ils cherchaient à impressionner.

« Vous ne manquez pas de culot… Si je suis effectivement celui que vous pensez que je suis, ne pensez vous pas que c’est effectivement pour pouvoir parler librement ? On n’envoie pas un lieutenant pour traiter le genre de promesse que vous avez faite, mais dites moi, qu’est ce qui m’a trahi ? »

Il prit le temps d’analyser un peu l’homme. Celui qui l’avait rejoint présentait bien, c’est le moins qu’on pouvait dire. Un air avenant et une confiance comme seul le pouvoir pouvait en donner. Il n’avait pas l’air très fort physiquement, alors soit il avait une mutation qui s’exprimait de façon violente, soit il avait de l’argent. Ce dernier point expliquerait sans conteste le message qu’ils avaient recu.

« Apparemment vous savez qui je suis. Mais je n’ai pas l’heur de connaitre votre nom… Je ne traite pas avec des inconnus. » Il haussa un sourcil interrogatif pour appuyer ses dires.


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Richard Aberline
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Je regardais l’homme en face de moi et vit son hésitation lorsque j’utilisais son nom sans retenu aucune. Sa voix résonnait calme et autoritaire avec cependant comme un brin d’irritation. L’idée d’avoir était trouvé par quelqu’un comme moi, qui n’avait rien d’un hacker ou d’un mafioso devait l’intriguer et lui faire peur à la fois. Libération existait parce qu’ils étaient invisible aux yeux de la société. Leur vie ne prenait consistance que lors de leur mission. En dehors de quoi, il n’avait aucune existence officielle.
Je haussais les épaules comme si la réponse paraissait évidente.

- Nul n’est infaillible. En cherchant bien et longtemps, on finit toujours par découvrir une faille. Laquelle et selon quel procédé, je ne suis pas assez cultivée dans ce domaine pour vous en dire d’avantage. Et j’ai promis de taire le nom de mon informateur.

Relevant la tête devant le leader de Libération, je l’observais un instant. Pour lui, je ne devais me positionner que comme un homme de pouvoir ambitieux sans autres talents particuliers. Je ne possédais aucune mutation, je n’existais aux yeux de cet homme que par le portefeuille potentiel que je représentais et je ne devais surtout pas l’oublier.

- Mon nom est Richard. Richard Aberline. Je suis l’actionnaire principal de la Waleman Dynamics mais également un de leur conseiller financier les plus avisé. Je ne possède pas de mutation, je ne serais jamais un candidat, mais vos idées entre en corrélation avec une certaine idée que je me fais de ce monde.


Soutenant toujours le regard de l’homme assis en face de moi, je n’avais sans doute jamais eu l’air aussi déterminé.

- Je ne serais pas un guerrier, mais je peux vous aider d’une autre manière, non négligeable, pour qui veut obtenir des résultats satisfaisants.


Posant sur la table la mallette que j’avais emmenée avec moi, je tournais l’ouverture vers lui, offrant à Abel tout le loisir de découvrir son contenu. A l’intérieur se trouvait le récapitulatif d’un compte sécurisé dans un paradis fiscal non répertorié. Aucun nom, aucunes coordonnées, juste des numéros s’alignant démesurément les uns derrières les autres.

- Ce compte est à vous si vous me promettez une seule chose…

Un instant ma mâchoire vibra d’une colère sourde avant de retomber aussi subitement.

- Changez le monde… et changez le bien !
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Abel Henoch
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Abel eut l’ombre d’un sourire en coin. Apparemment, il y avait eu méprise. Abel ne s’étonnait pas le moins du monde que l’homme l’ait effectivement trouvé par le biais du réseau. Le Grand Huit était là pour ca. Non ce qu’il ne comprenait pas, c’était ce qui avait amené cette personne en face de lui à déduire qu’il était Abel et non une seconde main. Pouvoir passer inaperçu, ne pas se révéler être le leader de Liberation était précieux.
Maddison avait eu des doutes lors de leur première rencontre. Mais celui face à lui n’en avait eu aucun… Peut être que, comme Abel l’avait dit lui-même, son vis-à-vis était-il arrivé à la conclusion logique qu’on n’envoie pas un simple soldat traiter avec un général… Néanmoins, si quelque chose le trahissait, Abel aurait bien aimé savoir à quoi s’en tenir.

Mais le sujet présent n’était pas celui-ci. Celui qui se présenta sous le nom de Richard Aberline n’avait pas le profil de ses recrues. Il n’avait aucune formation militaire, et pire, aux yeux d’Abel, il était Negatif, jusqu’au bout des doigts. Un état incompatible avec ce qu’était Liberation, peut importait le nombre de zéros alignés - bon d’accord, ça en faisait un paquet.
Abel le fit refermer la mallette pendant que Aberline finissait son petit discours, sans doute maint fois répété. Il regarda autours d’eux pour s’assurer que personne n’avait rien vu et revint à Richard, à temps pour entendre sa derniere phrase et en sentir l’intensité.

« Vous feriez mieux de ranger ça avant qu’un de ces abrutis n’ait les yeux qui traine et l’envie de vous faire cracher le pognon par tous les orifices… »

Et puis il resta silencieux un temps, jaugeant Richard du regard tout en faisant son petit chemin dans sa tête.
Liberation prônait l’hégémonie des Positifs et des Candidats. Quel intérêt un Negatif blindé de thune aurait à les soutenir ? Il aurait plus sa place à l’Underground - Maddison saurait sans doute quoi faire d’autant d’argent. Quelle contorsion idéologique avait pu amener cet homme, pourtant pur produit de la civilisation que Liberation se proposait de renverser, à être prêt à comploter contre cette société ?

Abel finit par s’avancer, posa les coudes sur la table, croisa les doigts et plongea un regard inquisiteur dans celui de Richard, et il n’avait qu’un seul mot pour lui.

« Pourquoi ? » Et puis il réalisa que ça ne suffisait pas forcément pour que Aberline comprenne qu’est ce qui motivait cette question. « Qu’avez vous à gagner à nous aider ? Ou peut être… » Il eut une petite moue. « … qu’est-ce que vous n’avez plus à perdre ? »


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Richard Aberline
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Comment ne pas savoir qu’il était Abel ? Un aveugle en pleine nuit l’aurait senti. Ou bien étais simplement parce que je n’étais pas si mauvais que ça pour déterminer la nature des gens. Jack Waleman sortait du lot mais pour des raisons qui me dépassait encore. Je n’étais certes pas un homme de terrain, mais je n’en étais pas moins avisé pour autant. Je savais également être prudent. De cette mallette, nul ne pouvait rien en sortir sans l’entièreté des données. Mon capital et moi ne risquions strictement rien, mais il n’y avait que moi pour le savoir. Ce qu’Abel pouvait penser de moi, au fond je n’en avais rien à faire. Refermant la mallette, je l’enlevais de la table pour la remettre entre mes pieds. Je n’avais pas véritablement réfléchis à quoi faire ou quoi dire. Je m’étais contenté de m’intéresser aux moyens, les subtilités de l’entretient, j’avais préféré ne pas y songer. Non pas que je redoutais cette première confrontation, mais je savais que la spontanéité serait surement mon meilleur atout. Elle l’avait toujours été jusqu’à aujourd’hui.

Sa question me laissa pensif un instant, mais je soutins son regard sans faiblir, aussi sûr de moi qu’il pouvait l’être de lui.

- Je n’ai plus rien à perdre.


J’avais cessé d’exister en tant qu’homme le jour où Elaine était morte. Cela faisait longtemps qu’il ne restait plus que l’homme d’affaire. J’avais recalé mes sentiments au rang de vieilles reliques, rangées dans un carton au fond du placard. Ce que je faisais, je ne le faisais plus pour moi, mais pour un idéal mort en même temps que ma femme. Je n’avais plus rien à perdre, mais ce monde avait tout à y gagner, du moins en étais-je persuadé en cet instant. L’argent, le pouvoir… pour ceux qui ne le possédaient pas, le désir était toujours immense. Pour moi, tout cela ne signifiait plus rien s’il ne pouvait être utile à ceux qui en avaient besoins. Ceux dont personnes ne voulaient entendre la voix. Libération s’était imposée comme la seule solution évidente pour soigner une Megalopolis vérolée par les manigances des uns et la folie meurtrières et idéologique des autres. Après… après cela je n voulais pas y penser. Pas maintenant.

- Mais ce que vous avez à apporter à ce monde et la seule chose qui compte à présent. Vous êtes la seule véritable force de frappe, rapide et sans équivoque que possède Megalopolis. Le gouvernement n’en mène pas large, l’underground ne représente qu’une faction d’idéalistes fractionnés… Vous êtes le seul à même de changer les choses aujourd’hui.

Je n’étais pas idiot. Je savais bien qu’ils étaient considérés par tous comme des terroristes sans pitié ni retenu. Mais que pouvions nous leur reprocher d’autres. Ces exilés soumis à la folie de gouvernements peu scrupuleux avaient saisi leur propre destin en main et j’en faisais de même. Qu’est ce que cela pouvait bien faire que je ne sois pas un positif ou même un candidat ? Relevant la tête vers le chef de Libération, mon regard se fit soudain moins amical. Je n’étais pas non plus venu pour trainer à genoux devant lui.

- Abel… je ne suis pas venu pour vous convaincre. Le reste de ma vie ne dépend pas de Libération et je n’en ai pas besoins pour poursuivre ma propre route. Cette offre est à prendre ou à laisser, à vous de faire votre choix. Mais je perdrais pas plus de temps en vains bavardages. Vous et moi avons bien d’autres chats à fouetter !

Je n’avais jamais rampé devant personne, cela ne commencerait pas maintenant. Si Abel préférait marcher sur l’opportunité que je lui présenté, tant pis pour lui. Je trouverais d’autres moyens, d’autres solutions. Plus longues et moins efficaces mais je ne renoncerais pas. Je portais en moi l’acharnement familiale, celui du travailleur qui ne renonce jamais. Peut-importe le mur qui se dresserait à présent devant moi. Je ne voulais pas rejoindre la milice de Libération, apprendre à me battre et livrer mon corps et mon âme à leur croyance. Je ne voulais que du résultat. Toujours et avant toute autre chose du résultat.



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Abel Henoch
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Abel l’écouta en silence, cherchant la vérité dans l’attitude d’Aberline. Pour autant qu’il pouvait en juger, l’homme était sincère. Mais il n’était pas le meilleur pour juger la nature humaine. Gen ou Annie auraient sans doute pu lui en apprendre plus que ce qu’il pouvait découvrir par lui-même. Néanmoins, savoir si Aberline lui mentait ou non était encore dans ses cordes. Et il ne mentait pas. Ses motivations profondes, Abel n’en avait cure, mais au moins l’homme était-il vraiment prêt à s’investir - et à investir - dans leur combat. Qu’un Negatif s’intéresse à eux à ce point était une douce ironie aux yeux du Candidat.

Le leader de Libération restait aussi concentré sur sa vision périphérique. Il n’avait pas besoin de regarder Gen pour être conscient de sa présence, suffisamment pour détecter si elle changeait de place ou non. C’était le signal en cas de problème. le Filthy Feather avait d’intéressant que n’importe quel agent cherchant à les espionner serait facilement repérable : certes, Liberation utilisait très régulièrement l’endroit pour ses affaires, créant une habitude qui pourrait être une faille. Mais d’un autre côté, ils savaient ainsi les mouvements habituels, les habitués des lieux, les réguliers, les occasionnels… Les visages étaient fichés, surveillés et donc connus… Une nouvelle tête attirerait immédiatement leur attention, et Gen pourrait alors traiter avec Jericho en faction à l’Arsenal pour découvrir les secrets du nouveau venu. Il leur faudrait moins de temps à identifier un flic que lui-même à lancer un assaut contre eux. Ses équipes étaient en place et connaissaient leur travail. Il pouvait donc faire le sien en paix. En l’occurrence, s’assurer qu’Aberline n’était pas un Cheval de Troie pour une agence gouvernementale quelconque.
Ce qu’il n’était manifestement pas. Par contre, le changement de ton de l’homme d’affaires ne lui plaisait pas vraiment. Abel eu un petit mouvement de tête tandis que son regard se fit plus froid. Il eut cependant un sourire sans joie.

« M Aberline… Je ne suis pas arrivé à ce point en prenant des décisions inconsidérées ou en faisant confiance au premier venu. Vous connaissez la précarité de notre situation, sinon vous n’auriez pas fait cette offre. Mais cette situation n’est pas désespérée au point d’accepter votre offre sans prendre de précaution. »

Pour ne pas être un soldat, Aberline n’en manquait pas moins de cran. Il était venu, à priori seul, rencontrer un homme qu’il savait être capable de le tuer le cas échéant. C’était toujours un point pour lui.

« Un homme qui n’a rien à perdre peut aussi prendre des décisions inconsidérées. Votre soutien - au demeurant appréciable - peut aussi se retourner contre nous. Qu’est ce qui me prouve que votre loyauté ne sera pas remise en question parce que nous n’allons pas dans votre sens ? Serez vous prêt à faire les concessions nécessaires ? Parce que croyez bien que tout votre argent ne me fera pas changer ma façon de mener mon groupe. » Le ton était sans animosité, mais néanmoins ferme. Il ne comptait pas accepter la moindre ingérence dans sa mission.


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Richard Aberline
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Je toisais le leader de Libération sans mot dire, l’écoutant patiemment mais n’en pensant pas moins. Je comprenais parfaitement son point de vue, mais je ne voulais pas compter parmi ses nouvelles recrues à traumatiser pour tester leur fidélité. Je ne voulais rien avoir à faire dans ses affaires au fond. Je n’étais qu’un mécène et je ne voulais pas vraiment être traité autrement. J’œuvré de mon côté pour ce que je croyais juste et je leur donnais les moyens de l’autre pour agir plus aisément sur le terrain. Fin de la discussion. Les seules armes que j’étais prêt à prendre étaient celles que je maîtrisais. La finance, les grandes relations, la médiatisation, toutes ces clés là était à moi, mais sans contre parti sur le terrain je n’avais pas véritablement de poids à moi seul.
Au sourire sans joie d’Abel, je répondais par un visage sans expression, l’œil froid et sûr.

- Ce que vous faite de cet argent, vous êtes le seul à le décider. Vos actions et vos motivations n’appartiennent qu’à vous et je n’ai jamais eu l’intention de réclamer ne serais ce qu’un droit de regard dessus. Ce que je vous offre n’est pas à double tranchant car je n’en demande aucune contrepartie. Vous le dites vous-même, vous êtes le leader de Libération, à vous de vous débrouiller avec cela.

Je n’avais jamais utilisé mon argent comme pression pour obtenir plus de pouvoir. Même maintenant que la situation exigeait de sortir des sentiers battus, je ne comptais pas changer de moule. Je n’avais pas besoins d’imposer quoique ce soit à Libération tant ils étaient différents de moi et que dans toute autre circonstance, nous n’aurions jamais été amené à nous rencontrer. Cependant, il y avait bien une chose pour laquelle j’accepterais d’agir sans conditions. Si Libération souhaitait mener une action dans la Waleman et que cela concernait directement ce que j’avais découvert quelques semaines plus tôt… Là, je les laisserais entrer sans rien dire, je leur en faciliterais l’accès même s’il m’aidait à découvrir ce que Jack Waleman trafiquait avec tout l’argent qu’il faisait disparaître dans ses faux plans comptables. Cependant, nous n’en étions pas encore là avec Abel. Je ne souhaitais pas lui devoir quoique ce soit et pour cela je ne devais encore rien demander. Mais si nous parvenions à un accord lui et moi, je ne doutais pas que nous pourrions faire bouger pas mal de choses… En bien ou en mal, ça je ne pouvais pas encore le prévoir…

- Monsieur Henoch… Je ne prends jamais aucune décision de manière inconsidérée. Je n’ai plus rien à perdre mais j’ai encore des affaires à mener. Je suis loyal à la cause que je défends et pour le reste… il faudra vous en satisfaire.

Me relevant, prêt à partir, je ne quittais pourtant pas l’homme des yeux.

- La décision vous appartient désormais. Prenez cependant le temps d’y réfléchir. Je ne suis pas un homme pressé. Si cela ne vous intéresse pas, cette entrevue était la dernière et je ne vous recontacterais plus jamais. En d’autre cas…

Je sortis de la poche de ma veste une carte blanche sur laquelle un numéro de téléphone était écrit en noir. Sans nom, sans adresse.

- C’est une ligne sécurisée et intraçable. Vous pouvez me joindre quand vous le souhaitez.

Le saluant d’un geste de la tête, je saisis la mallette et sortie de table.

- Bonne soirée Monsieur Henoch.

Tournant les talons, je vis du coin de l’œil une femme me dévisager d’un air étrange. Abel n’était pas venu seul, il était un homme plein de précaution. Je supposais que l’on ne devait pas arriver à son niveau en étant adepte des risques inconsidérés, d’un autre côté, n’en faisait-il tout de même pas un peu trop ? Quittant le club, l’air frais de la rue chassa l’instant présent et je me fis la réflexion qu’il me restait encore un peu temps pour moi finalement. Hélant un taxi, je quittais le quartier pour rejoindre la ville haute sans un regard en arrière. Ce qui arriverait ? Seul les dieux pouvaient le savoir à présent.



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Abel Henoch
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A mesure qu’Aberline parlait, l’intérêt d’Abel augmentait. Il avait besoin de cet argent, bien sur. Mais qui était Aberline, au fond ? Il était prêt à financer un groupe qualifié de terroriste les yeux fermés, sans se poser la question de ce qu’ils en feraient. Pourtant, les hommes de pouvoir n’avaient pas l’habitude de laisser les autres décider pour eux. Ils n’avaient pas l’habitude de ne même pas avoir un droit de regard sur ce qu’ils finançaient. Qui plus est, il ne manquait pas de cran pour un civil.

Alors pourquoi ? Quelle était la réelle motivation du financier ? Abel lui avait bien posé la question, mais Aberline n’était pas entré dans les détails, et Abel ne pouvait pas lui en vouloir. De la même façon que lui-même ne faisait pas confiance sans raison, il pouvait comprendre que Aberline ne lui racontat pas les détails de sa vie. Loyal à la cause qu’il défendait… Laquelle précisément ? La suprématie des Posifits et des Candidats sur le monde ? Et pour quelle raison ? Vraiment très intriguant…

Mais il n’eut pas vraiment le loisir de poser plus de questions. Aberline se levait et s’apprêtait à partir. Abel ne ferait rien pour le retenir. Il avait besoin de discuter avec Gen. C’était elle qui était la mieux placée pour percer les gens à jour, pour connaitre leurs réelles motivations. Il aurait aussi la possibilité de fouiller le passer d’Aberline pour y trouver des éléments de réponse. Ou en tout cas, Jericho pourrait le faire. Laisser partir Aberline était la meilleure chose à faire pour l’instant.

Il le suivit du regard lorsqu’il sortit, ne répondant pas à son salut. Ce n’est qu’une fois Aberline sortit qu’il ramassa la carte. Il jeta un coup d’oeil au numéro inscrit avant de jouer avec le bout de papier. Il tapota plusieurs fois la table avec la tranche de la carte avant de croiser le regard de Gen. Il n’en fallut pas plus aux deux complices pour décider qu’ils n’avaient plus besoin de rester sur place. Il se leva en laissant un généreux pourboire sur la table et sortit du club. Il récupéra sa moto. Pas besoin d’attendre Gen : ils étaient venus séparément, ils repartaient de même. Le rendez vous étaient au Saloon.



Plusieurs semaines avaient passé. Plusieurs semaines durant lesquelles la carte d’Aberline était restée fichée entre deux planches des étais de l’Arsenal. Plusieurs semaines durant lesquelles il avait conversé à plusieurs reprises avec Gen sur les quelques mots échangés avec Aberline, et surtout, le temps nécessaire à Jericho pour découvrir tout ce qu’il pouvait sur le financier. Finalement, ils avaient planifié une réunion à trois pour faire le point dans le sous sol plus sécurisé qu’il n’y paraissait.

« Ok Jericho, je t’écoute. »
« Yes my lord ! » Gen et Abel échangèrent un regard faussement navré. « Bon j’ai trouvé tout le blabla habituel, que des trucs bien chiant. Aberline est né et a passé pas mal de temps à Londres, héritier tout mignon de la fortune familiale qu’il a fait fructifié  en bon petit soldat. Il a une soeur, rien de bien lumineux de ce côté, quoi que j’y tremperais bien mon biscuit… » Jericho partit d’un rire idiot avant de poursuivre. « Il a atterrit à Megalopolis suite au décès de papa quand il avait 16 ans - en pleine guerre de 55 qui plus est. C’est là qu’il est devenu le big boss chef de la boite familiale. Un peu jeune pour renoncer aux Spring Break, si tu veux mon avis… »
« Rien pour nous dire pourquoi il s’est donné autant de mal pour nous contacter ni pourquoi il est prêt à nous financer sans discuter ? »
« Oh si. C’est la question intéressante, c’est la réponse à 12 millions de crédits que je vais te donner. » Jericho ménagea un silence, préparant son petit effet, avec un sourire gourmand.
« Jericho ! » Abel jeta un regard amusé à Gen, mais elle avait raison. Il trainait.
« Ok ! Aberline… a été… marié… Pas longtemps. Sa femme a été tuée lors d’une altercation entre positifs et négatifs. Elle a pris une balle perdue, d’après les rapports. Sa femme… était… positive… »
Gen se tourna vers Abel.
« Tu tiens là le probable coeur de ses motivations. Et pourquoi il t’a dit qu’il n’avait rien à perdre. Ca peut se tenir. » Conclut-elle en haussant les épaules.
« Rien d’autre ? »
« Pas d’araignée au plafond, la lumière à tous les étages. Je n’ai pas eu vraiment besoin de chercher, en fait. La mort de sa dulcinée n'a pas fait les gros titres, mais ce n'est pas non plus inaccessible… Sinon... il n’y a pas l’ombre d’un chat tapi dans un coin. J’ai fouillé autant que j’ai pu, ce type n’a rien de louche. Je dirais même que c’est un saint. »
« Je pense qu’il est sincère… Et qu’il veut la même chose que nous. Pour sa femme. »

Le regard d’Abel alla de l’un à l’autre, silencieux. Il finit par hocher la tête et attrapa la carte. Il composa le numéro, s’attendant plus à un répondeur que de tomber directement sur Aberline. De toute façon, même pour une ligne sécurisée, il préférait traiter en direct. Il donna rendez vous à Aberline à un point de rendez vous au bord de la baie, le lendemain.


Le lendemain, face à la mer, accoudé à la balustrade, il attendait Aberline comme on attend un rencards. Détendu. C’était Libby qui assurait ses arrières ce coup-ci. Elle était perchée sur un immeuble à 500 m, fusil et lunette braqués sur son dos. Elle tirerait sur Aberline ou qui que ce soit qui menacerait la vie d’Abel. Ils étaient prêts pour la transaction du siècle.

« Appui en place. »
« Toujours ravi de savoir que tu veilles sur mes arrières. »
« Plus souvent que tu ne le souhaiterais, hein... » Il savait parfaitement à quoi elle faisait allusion. Elle n’y était jamais revenu, mais il savait qu’elle lui gardait toujours une certaine rancune d’avoir fait entrer une fille dans leur refuge. C’était même la premiere fois qu’elle en parlait même indirectement. Peu importe… il sourit vaguement.
« Et tu sais que je t’en suis reconnaissant... » Il l’entendit grogner dans son oreillette et son sourire s’élargit un peu. Libby et lui étaient fait du même moule, étaient allés à la même école. Il ne pouvait pas lui en vouloir...


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Richard Aberline
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Je raccrochais le téléphone en soupirant. De soulagement ou d’aise ? Je ne savais pas, mais j’avais le sentiment que le poids qui pesait sur mes épaules depuis plusieurs semaines se dissiper enfin. Abel avait rappelé. Un accord allait pouvoir être passé. Maintenant que j’étais tout prêt du but, je ne pouvais plus faire marche arrière. Peu importait les derniers scrupules qui me tenaillaient encore, je ne reculerais pas. J’avais noté le point de rendez-vous, quelques parts sur la baie de Manhattan pour le lendemain. Un frisson d’excitation me parcourais l’échine et j’avais hâte que toute cette histoire puisse être close et signer ainsi le début du changement. J’avais lutté pour et je possédais à présent une nouvelle carte dans mon jeu. Je n’avais pas dans l’idée de ne me reposer que sur ce que Libération pouvait bien apporter à mes ambitions. Je devais poursuivre mes recherches et continuer de trouver des pistes. Des hommes pleins d’idées, il y en avait des tas dans cette ville, le tout était de dégoter les bonnes !

Ce jour là, j’avais troqué mon costume trois pièces de grande marque pour un jeans sombre et une veste en cuir passé au dessus d’une chemise brune. Mon air de premier de la classe ne se masquait pas aussi facilement que ça, mais j’avais tenté de faire des efforts au moins pour limiter le prix de la course du taxi qui me conduisait à mon rendez-vous. Ces hommes là savait avec qui ils faisaient affaires, je les payés suffisamment grassement pour l’avoir compris.  Il me déposa en avance à deux pâtés de l’endroit où je devais retrouver Abel. Marcher un peu ne me ferais pas de mal et me permettrais d’ordonner mes idées. Je ne savais pas de quelle manière il m’impliquerait dans les agissements du groupe. Se contenterait-il de mon argent ou ma position en tant qu’investisseur principal de la Waleman lui donnerait soudain l’envie d’accéder un peu plus au pouvoir ?  J’avais toujours fait vœux de loyauté et de confidentialité envers la société dont j’étais aujourd’hui le premier actionnaire. Devrais-je un jour rompre mes engagements ? Mon grand-père m’avait toujours appris que n’importe quelle chose, personne ou pensées avait un prix en se monde. Et les prix, je savais toujours les négocier…

Lorsque j’arrivais au point de rendez-vous, Abel m’attendait et je sentais bien qu’il ne devait pas être le seul. J’étais prêt à parier qu’une lunette de sniper était braquée sur moi et qu’au moindre faux pas ma cervelle viendrait couvrir le parterre de la baie. Etrangement, cela ne me fit pas peur. Nous avions l’un et l’autre quelque chose à donner et à recevoir. Tant que cet équilibre serait maintenu, personne n’irait répandre le sang de l’autre sur l’asphalte. Je n’étais peut-être pas un homme de terrain, cela ne voulait pas dire que je n’étais pas bien protégé… A commencer à traîner dans les bas fond, j’avais dégoté un numéro de téléphone fort intéressant…
M’avançant vers le leader de Libération, je lui tendis une main tout en le saluant.

- Mr Henoch. Je suis content de pouvoir vous rencontrer à nouveau. Etes-vous parvenu à trouver une utilité à ma proposition d’investissement ?

« Hayden avait prévu d’assister à la scène à environs cinq cents mètres de là. En poste depuis le matin même, il avait vue une femme armée comme une tireuse d’élite s’installer sur le toit d’à côté et avait souri face à l’ironie de la situation. Suffisamment malin pour ne pas se faire repérer, il avait attendu aussi désinvolte qu’à son habitude, un sourire cynique sur le visage et l’air de ceux qui savent parfaitement où se situe leur intérêt. L’un dans l’autre il ne pouvait s’empêcher de ricaner en voyant Richard Aberline s’approcher d’Abel Henoch d’un pas sûr. Ce type l’avait payé dix fois plus que ne ferais jamais le leader de libération tout ça pour être sûr de ne pas être le premier à se faire descendre… Libération le payait dix fois moins pour aller risquer sa peau à tuer des indésirables et de temps en temps lui ramener un otage ou deux. Non vraiment, l’ironie de la situation lui plaisait bien. Rien que pour ça, il trinquerait à la santé de l’investisseur en rentrant chez lui ce soir ! S’il doutait fortement d’avoir à intervenir ce soir, au moins aura-t-il bien rigolé ! Il regrettait juste de ne pas avoir installé un mouchard sur la veste d’Aberline, la radio l’aurait distrait un peu ! »



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Abel Henoch
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Aberline arriva à pied, avec des allures du type qui n’était pas destiné à venir dans un coin pareil. On ne reniait effectivement pas ses origines. Abel ne se demandait jamais quelle image il pouvait bien renvoyer. Il n’avait pas vraiment éduqué pour se poser ce genre de question, et s’en moquait donc passablement. On l’avait par contre formé à identifier les tenues du quidam moyen dans un environnement donné, qui dépassait cette moyenne, et qui était en dessous. Et qui dénotait dans ce décor. Des compétences précieuses quand on voulait savoir identifier une cible ou déterminer qui pouvait vous suivre. Dans le cas d'Aberline… il ne rentrait pas dans le décor, même s’il ne portait pas l’étiquette « riche héritier » trop en travers du front.

Il n’était toujours pas sur que les motivations réelles ou supposées du financier le satisfasse pleinement. Il ne pouvait cependant pas nier qu’ils auraient l’utilité d’une telle manne pour leurs activités. Il n’était pas en mesure de dire non. Néanmoins, lorsque Richard parla d’investissement, Abel se fendit d’une grimace teintée d’ironie en lui serrant la main.

« Un investissement suggère un retour. J’avais plutôt compris qu’il s’agissait d’un mécénat… » Il reprit sa main et la mit dans sa poche, faisant de même avec sa jumelle. « Quoi qu’il en soit, ne doutez pas que j’aurai pleinement l’usage de ces fonds. » Il n’ajouta pas qu’il espérait que Aberline en apprécierait la destination, il aurait menti. Il avait retenu que le financier n’avait pas l’intention de se mêler des activités de Liberation, il ne comptait pas lui donner un pouvoir sur eux qu’il n’avait pas demandé. Ca commençait dès à présent.

« Si vous êtes toujours partant, je pense qu’on peut finaliser cet accord... » Proposa-t-il, un peu sur la réserve. Il craignait toujours une marche arrière, ou pire, un piège quelconque. Et il n’était ni en position ni dans son caractère de faire confiance facilement.


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Richard Aberline
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Je sentais bien que le leader ne Libération n’était pas prêt à me faire confiance, cependant je ne me faisais moi-même aucune illusion. Nous nous servions l’un de l’autre pour nos propres objectifs, il était normal d’être sur la réserve et ce n’était pas parce que je passais cet accord que je baisserais la garde. Ma position au sein de l’économie de Megalopolis était aussi importante que délicate et un suicide médiatique, pour avoir fourni des fonds à la plus grande organisation terroriste du pays, n’était surement pas ce qui le plus indiqué. Je n’étais pas idiot et c’était sûrement ce qui avait fini par convaincre Abel. Ça et sans doute mon casier judiciaire vierge tout comme ce qu’il restait de ma vie privée.

- Ni plus ni moins qu’une bonne utilisation de ces fonds et l’optimisation de vos actions. Mais je vous l’ai déjà dis, je ne compte en rien m’immiscer dans vos projets. Etre simple spectateur me suffit amplement.

Je me doutais bien que mon argent n’irait pas gonfler la caisse des bonnes œuvres, mais à ce moment là, j’étais persuadé du bien fondé de mon action. J’étais persuadé que pour aboutir à un grand bien, il fallait parfois consentir à quelques mauvaises actions et que le nombre prévalait toujours sur l’élite. Un coup de poing pour répondre à un harcèlement permanent qui n’avait que trop duré. Croisant le regard d’Abel Henoch, je lui tendis une main grave pour sceller notre accord alors que l’autre lui tendait la mallette et avec elle l’assurance d’un avenir pécuniaire sans surprise.

- Il est évidement convenu que mon nom apparaîtra dans aucun rapport écrit qui puisse nous relier tout comme de mon coté je vous assure toute la discrétion de la provenance et du dépôt des fonds. Par cet accord, nous nions tout deux avoir eu un jour un quelconque rapport l’un envers l’autre. Nous ne nous sommes jamais vue, jamais parlé et nous n’évoquerons cet événement avec quiconque. Ainsi, ni vous, ni moi, n’aura à répondre des actes de l’autre et notre sécurité sera assurée tout comme celle des causes pour lesquelles nous luttons…

Pour le meilleur et pour le pire à n’en pas doutais, mais j’en étais sûr, il n’existait pas d’autres choix…

- Marché conclu ?



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Abel Henoch
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Aberline croyait sans doute très fort à ce qu’il disait. Qu’il ne voulait rien avoir à faire avec les décisions de Liberation, simplement les voir continuer à agir comme ils le faisaient - en plus grand. Mais Abel était persuadé que tôt ou tard, l’homme d’affaires exigerait de Liberation quelque chose dans son intéret personnel, ce qui lui tirait un sourire en coin teinté d’ironie. La question était de savoir si ce qu’il proposait valait une légère entorse à leur indépendance. Et la réponse était oui, assurément. Avec autant de fonds, ils pourraient mener bien plus d’actions qu’Aberline pourrait jamais en contrôler.

Il regarda ensuite Aberline lui tendre main et mallette avec un petit discours d’agent secret qui fit rire doucement Abel. Des rapports écrits ? Quels rapports écrits ? Imaginait-il que les membres de Liberation faisaient un travail de scribouillards ? Ses membres rendaient compte à l’oral, et l’attribution des missions se faisait par la même voie. Ce qu’ils avaient par écrit - numérique - était les informations de leurs cibles. Des dossiers compromettants pour leurs sujets qui ne porteraient pas atteinte à Liberation s’ils tombaient entre des mauvaises mains. Mais construire des pièces à charge contre eux-mêmes ? Abel avait pris soin d’éviter cette erreur.

« Ne vous inquiétez pas, personne ne trouvera de trace de votre implication dans Liberation… » dit-il en prenant main et mallette dans le même geste. Autant dire qu’il emporterait ce secret dans la tombe.

« Marché conclu. »


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[Flashback] [CLOS] [Richard/Abel] Improbable rencontre
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