2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Flashback] [Alex/Matt] Bros will be Bros

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Alex Peterson
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Juin 2074

Matt était parti rencontrer cette fameuse assistante sociale que quelqu’un lui avait recommandé. Lexy m’avait convaincu de ne pas être là quand elle viendrait, qu’elle puisse faire son travail sans que je me sente obligé de l’interrompre. Elle avait probablement raison et je m’étais forcé à trouver quelque chose à faire à ce moment-là. J’ignore qui avait recommandé qui à Matt mais je n’avais pas eu le choix que de lui faire confiance. Et je lui avais fait confiance. Comme toujours à y réfléchir.

J’avais pris la voiture pour aller en Ville Haute, récupérer un paquet adressé à Alexandre Peterson. Parce que même avec 100 ans de plus, notre monde n’était pas capable d’avoir une poste qui ne faisait pas de bourde. On aurait pu croire, avec tous ces robots, ces trucs, ces machins qui me rendaient nerveux. Mais ils avaient échangé nos paquets. Pour aller en Ville Haute, il me fallait passer les contrôles, avec mon petit pick-up rouillé, j’attirais l’attention par ici. C’est quand j’ai voulu préparer les papiers… Que je suis retombé sur le CV de Matt, dans la boîte à gants. Mes lèvres se sont étirées en un léger sourire et ma poitrine a sursauté dans un rire. J’ai déplié le papier - j’aimais son côté vieux jeu - et me suis attardé sur sa photo avant de poursuivre...



Mars 2072

Quand j’ai vu sa tête ébouriffée entrer dans le bar. Je me demande quel âge il avait… 21, 22 ans ? La serveuse, une amie de Lexy, était tombée enceinte et il nous fallait la remplacer. Nous avions diffusé quelques annonces sans grande attente. Quand il est entré, avec son sac, j’ai tout de suite su que ce n’était pas un client. Il a cherché quelques secondes à qui s’adresser mais c’est Lexy qui l’a reçu en premier. Elle était - est toujours - ce genre à aller vers les gens, poser les questions, s’enquérir de la santé des uns et des autres, de leur confort… C’est ce qu’elle a fait pour Matt dès les premières secondes où il a passé le pas de notre porte. Je m’occupais des verres derrière le bar, déjà bien animé à cette heure-ci de l’après-midi mais je ne l’ai pas quitté d’un oeil pendant que Lexy lui posait tout un tas de questions avec son CV entre les mains. J’ignore pourquoi ce jour-là je ne suis pas allé vers lui. Avoir un garçon au bar était une bonne idée mais j’étais assez territorial et surtout, je n’aimais pas beaucoup les inconnus. J’ai pourtant toujours été quelqu’un d’assez facile à vivre - quand on n’est pas ma femme - mais ce bar était déjà toute ma vie et je restais sur mes gardes face à un inconnu, tout sympathique qu’il m’apparaissait. Pourtant, je savais en le voyant ressortir du bar après son interview avec Lexy au bout du comptoir, qu’il reviendrait. Définitivement. Une intuition. Quelque chose dans son regard. Le bar attirait les personnes au tournant de leur vie, c’était une thérapie pour chacun d’entre nous. Lorsque nous en avions fini avec nos doutes et fantômes… Nous partions ! Un jour, Lexy partira, quand elle aura compris que ce bar ne fait que la retenir. J’étais celui qui la retenait. Parce que je ne voulais pas partir.

Elle m’a tendu le CV pour que je le regarde et j’ai fait mine de voir ça plus tard… En allant faire une course, j’ai jeté le CV dans la boîte à gants, pensant m’en occuper à un feu rouge. Et j’ai oublié. Quand Lexy m’en a reparlé ? J’ai simplement hoché la tête, en agitant une main pour lui signifier qu’elle me dérangeait. Je lui ai dit que oui oui, il était très bien, qu’on le prenait au sein de l’équipe.

Matt a commencé deux ou trois jours plus tard, je crois, quand Netty, la serveuse enceinte, je crois que c’était son nom, est partie. Il s’est vite avéré qu’il était bon à ce qu’il faisait. Comme s’il l’avait toujours fait. En même temps, ce n’était pas difficile. Une fois ses repères acquis, Matt est vite devenu un membre du bar à part entière. Mais je dois reconnaître que dès le début, nous avons connu cette… Distance, entre lui et moi. Il était dans son monde et j’étais dans le mien. Un jour, peut-être une semaine ou deux après son arrivée, il essuyait les verres à la fin d’un service du soir, pendant que je m’occupais d’une de nos tablées habituelles. Je l’ai appelé mais il n’a pas répondu. Alors, je me suis redressé et je l’ai fixé, les sourcils hauts. Il semblait… Tellement concentré sur son travail ! Un verre après l’autre, c’était comme si tous ses gestes étaient devenus mécaniques. Je me suis approché de lui, le comptoir entre lui et moi et j’ai claqué des doigts sous son nez.

« Hey, Moonwalker, tu es parmi nous ? »

Ce n’était pas que je ne me souvenais plus de son prénom. Je m’en souvenais très bien. J’avais juste pris le malin plaisir de lui donner plein de surnoms. Et « Marcheur sur la Lune » m’avait semblé plutôt approprié à cet instant.



Je n’avais jamais lu son CV avant aujourd'hui. C’était comme faire la rencontre de Matthew pour la seconde fois dans ma vie. Ce qui était passablement ironique compte tenu de ce que nous avions partagé la veille seulement. Contrairement à Lexy, je me demande si un jour Matt quittera le bar. Est-ce que je le retiens lui aussi ? Pour moi, ce n’est pas une thérapie. C’est chez moi. Et je réalise seulement… Que c’est chez lui aussi.



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Matthew Ethan Dare
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Juin 2074, J -2 avant la rencontre avec Sun Sullivan

La journée avait été des plus éprouvantes pour moi, un peu comme les jours qui la précédaient. Je ne m'étais pas rendu compte -ou alors je n'avais voulu rien voir- de l'attachement que je portais à mon collègue, de l'impact que ses réactions profondes ou son rejet pouvait avoir envers moi et tout ça, cette révélation, je venais de me la prendre en pleine figure. J'avais passé la fin de la soirée à me concentrer sur mes tâches : le bar, le service, les clients, Maddie, la vaisselle... Je crois bien que le sourire que je sentis poindre sur mon visage à l'évocation de la vaisselle alors que j'avais mes pensées obstinément tournées vers Alex était le premier sourire vrai -mais empreint de tristesse- et spontané, de ces dernières heures. Et tandis que je tournais mes bracelets entre mes doigts en me remémorant ce à quoi  je m'étais engagé, en me questionnant sur les vraies raisons qui m'avait poussé à presque promettre  l'impossible -deux jours, une échéance somme toute ridicule-, cette chose si simple que la vaisselle me ramena deux ans en arrière et je sentis presque le torchon sous mes doigts, caressant les minces parois d'un verre sur lequel se reflétait les lumières du bar...

Mars 2072

« ...hey, Moonwalker, tu es parmi nous ? »

Je sursautai à  la présence soudainement proche de mon collègue, une fois de plus je m'étais abîmé dans mes souvenirs et pourtant je faisais de mon mieux pour les remiser dans un coin obscur de ma tête. Je forçai un sourire qui ne dut pas paraître très naturel,  j'avais parfois du mal à passer de mon marasme à la comédie ordinaire. Heureusement les moments où je me perdais restaient rares et me prenaient lors de tâches habituelles, banales et mécaniques comme l'essuyage des verres. Tâches dont la simplicité même était un appel au vagabondage de l'esprit.

- "Désolé Alex, tu me parlais ?"

Je le regardais face à moi en reprenant contenance. C'était la troisième fois cette semaine que cela arrivait et je n'étais embauché que depuis peu, si j'avais fait la même chose dans les bars où j'étais employé quand j'étudiais encore à la fac... J'étais d'ailleurs étonné de n'entendre jamais de reproche de la part d'Alex, quand j'étais venu postuler il avait évité de m'approcher mais j'avais quand même perçu son regard qui nous observait tout du long Lexy et moi. Il ne m'avait pas semblé chaud pour que je les rejoigne. Jouait-il ? Pouvais-je lui faire confiance ? Que cachait-il ? Je n'avais la réponse qu'à une seule de ces questions : je ne pouvais pas lui faire confiance, je ne pouvais faire confiance à personne, surtout pas à quelqu'un qui était entré si récemment dans ma vie. C'eut été de la folie, il fallait que j'instaure une distance entre nous. Cette distance que je mettais entre tous ceux qui m'entouraient de différentes façon, je sentais étrangement que je ne pouvais pas faire comme avec Lexy, c'était... dangereux et je n'avais nulle envie de jouer les papillons de nuit devant la flamme ardente.

Tout en attendant sa réponse j'avais continué mon occupation, ces verres n'allaient pas s'essuyer tout seul...Cependant je me fis vite happer de nouveau. Ce reflet, là, sur le verre... on aurait dit le visage flou de ma Jaelyn. Le temps avait beau défiler -le plus souvent à une lenteur douloureuse- je revoyais les évènements comme s'ils dataient d'hier, surtout le dernier quand une des sage-femmes pleine de remord et de compassion -ou de sadisme comme me le murmurait parfois mon amertume- nous avait remis le petit corps pour que nous puissions l'enterrer et faire notre deuil. A croire que la mort avait fait passer notre enfant de foetus insignifiant à petite fille partie précocement... C'était si simple à leurs yeux de nous détruire puis de nous donner un sucre à croquer pour se dédouaner ? Il me fallut un moment pour remarquer que la douleur que je ressentais à ce souvenir était aussi celle de ma lèvre que je mordais inconsciemment. Je pris une inspiration et chassai la douleur de mes yeux en même temps que les images. Alex s'était-il aperçu de quelque chose ? J'espérais que non, que ma tête baissée avait caché la majeure partie de mon ressenti, il était après tout la dernière personne avec qui j'aurais envie de partager... ça. Cette distance instinctive entre nous, ces mondes qui nous séparaient... J'en avais besoin. Désespérément besoin. Je crois que ça m'aidait quelque part, comme un drapeau blanc au milieu d'une bataille tumultueuse. Je ne saurais dire pourquoi c'était si différent avec lui... Peut-être parce que pour une fois nous étions deux à vouloir maintenir une distance ?

Je lui offris un sourire désolé :

- "Je crois que si tu as quelque chose à me demander tu peux récidiver"

Parce que oui si mon collègue a répondu à ma question, je n'ai pas entendu sa réponse. Et s'il est venu jusqu'au bar claquer des doigts sous mon nez, ce n'était certainement pas pour prendre le thé avec moi n'est-ce pas ?



[HJ : Laborieux et pas top, j'essayerai de faire mieux en prochain :/ ]


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Alex Peterson
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Est-ce que je lui parlais ? J’ai souri et ai été secoué d’un bref rire mais je n’ai pas relevé. J’ai donc réitéré ma question, à savoir, pouvait-il me donner la bouteille derrière lui que je gardais pour l’anniversaire d’un des clients. Ne vous méprenez pas. Ce n’était pas que je ne supportais pas Matt, au contraire, j’avais presque un peu de peine pour lui, il semblait si loin et perdu mais je n’étais pas celui qui lui demanderait d’où il venait, alors...

Avec son sourire, j’ai puisé dans ma patience et je lui ai répondu avec le même rictus. Je n’étais pas du genre à m’énerver, ce n’était pas mon style et puis je n’aimais pas ça, cela faisait ressortir des choses de moi-même que je n’aimais pas du tout, d’autant que j’appréciais être perçu comme un mec jovial que rien n’atteint. Je lui ai montré les étagères derrière lui.

« La bouteille... Matt. Tu peux me la donner ? Celle avec l’étiquette autour du goulot. » Pendant qu’il s’accomplissait, cette fois, j’ai inspiré profondément en le dévisageant une seconde et j’ai froncé les sourcils. « Tu es sûr que tout va bien ? » Il me répondrait « Oui, bien sûr », je m’en contenterais et nous passerions à autre chose. Mais la vérité, c’est que je m’inquiétais déjà un peu pour ce garçon. On savait tout juste son nom, que sa barbe lui sortait enfin des joues et qu’il était loin d’être méchant. Je n’ai jamais senti de résistance face à lui, et pourtant, il a toujours dégagé une grande force, mais je n’ai jamais été capable de dire d’où cette idée me venait. Peut-être parce que j’étais doué pour cerner les gens.

J’allais m’éloigner mais je me suis souvenu d’un détail. J’ai fait volte face, un index en suspens dans l’air et j’ai reposé un coude sur le comptoir. « Je dois aller chercher la commande demain matin et puisque je ne suis plus le seul gros bras du bar, ça t’ennuierait de m’accompagner ? On irait plus vite mais ça te ferait arriver tôt demain matin. Je comprendrai si tu as d’autres choses de prévues ou besoin de dormir. »

Je comprendrai, en effet, oui, c’est certain ! Mais l’implication que j’avais dans ce bar, j’aurais aimé que tout le monde ait la même, que cela entre dans nos heures de travail, ou non.



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Matthew Ethan Dare
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Ce n'était pas mes plaines et encore moins mes montagnes. L'air n'avait pas la même saveur et l'horizon n'avait pas les même couleurs, tout y était beaucoup moins pur et sauvage mais c'était un des rares endroits de Megalopolis où je pouvais me sentir entouré par la nature. Relativement. Il m'arrivait régulièrement de me rendre dans cette partie de la Ville Médiane quand j'avais besoin de faire une pause, de me ressourcer. Je pouvais presque entendre la respiration de Grandpa, son soutien silencieux sous son apparence bourrue, le vent qui agitait paresseusement la végétation entourant le rocher sur lequel nous étions assis. De longue minutes passèrent puis j'ouvris les yeux, apaisé, et profitai de la vue qui s'offrait à moi. Un lever de soleil restait une des plus belles choses offertes par la nature où qu'on se trouve et celui-ci ne faisait pas exception. Pas aussi magnifique que celui du Wyoming mais néanmoins très beau, le soleil apparaissait doucement et nimbait l'horizon de couleurs chaudes, effaçant pour un  temps les vicissitudes des hommes pour les remplacer par la sereine souveraineté de dame nature.

Je me relevais finalement, de la rosée parsemant mon jean, et je me dirigeais vers ma Baby qui m'attendait sagement plus loin. Je lui caressai le flanc et appréciai le ronronnement qu'elle m'envoya en réponse avant de prendre mon casque et de l'enfourcher. Venir ici m'avait permis d'éloigner la journée d'hier et les souvenirs douloureux engendrés par un simple reflet sur un verre... Ce moment d'oubli j'en avais eu plus que besoin, même après avoir quitté mes collègues en acceptant la proposition d'Alex je n'avais pas réussi à isoler mes pensées, elle m'avait poursuivi la soirée, la nuit... Pendant que je grattais ma guitare, que j'essayais de m'occuper en réparant des babioles récupérées ici et là... Ca avait été très difficile ce matin de me tenir devant le miroir de la salle de bain, les deux mains posées sur le lavabo et de me positiver les yeux dans les yeux en faisant le récit de ma vie, mauvais côtés exclus. Mais là tout de suite j'étais... bien. Je quittai la Ville Médiane et pris le chemin du bar sans m'arrêter à mon petit studio, je n'avais rien à y récupérer et de toute façon je devais rejoindre mon collègue de bonne heure, d'ailleurs j'allais sûrement être un peu en avance... Mais c'était mieux que l'inverse non ? Etrangement je ne voulais pas décevoir Alex même si je ne m'expliquais pas pourquoi. Ca aurait pu être parce qu'il était l'un de mes nouveaux collègues, qu'il était le seul autre homme du bar mais non ce n'était pas ça. Peu importe, j'avais accepté de venir parce que je ne rechignais pas à donner un coup de main, que tout avait l'air de vouloir se passer bien dans ce bar et que je me sentais bien y travailler longtemps et tout cela -j'avais bien dû me l'avouer plus tôt- arrivait même à passer au-dessus des deux raisons principales : mon besoin d'activité pour tenir mes errances en laisse et la paye qui me permettait de garder mon petit studio dans la Ville Basse.

Une fois mon bien le plus précieux bien garé je m'approchais de la porte arrière du bar, casque à la main, et découvris avec surprise que la porte était encore fermée. Pourtant même quand je prenais mon service à l'ouverture Alex faisait en sorte de me laisser la porte ouverte... Je jetais un oeil par la petite lucarne -la seule fenêtre sans volet du bar- pour vérifier s'il y avait de la lumière. N'en voyant pas j'hésitai un instant, vérifiai l'heure -qui sait j'étais peut-être encore plus à l'avance que je ne le pensais- et constatai que non je n'avais qu'une dizaine de minutes d'avance.

Je revins vers l'entrée et m'apprêtai à frapper...


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Alex Peterson
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C’est dans cette période que j’ai connu Cosima, je crois. Ses longues jambes qui allaient jusqu’au sol, ses cheveux blonds et scintillants, ses immenses yeux bleus. Quand je l’avais vue entrer dans le bar la première fois, je me croyais assoupi, en train de rêver. Elle portait cette robe noir qui lui descendait à mi-cuisse et ses cheveux étaient ramenés en arrière, lâchés et bouclés. Son maquillage faisait ressortir ses yeux et je me demanderai toujours ce qui l’avait amenée chez nous. J’aimerais vous dire qu’elle est la femme parfaite, mais je pense que je manquerais d’objectivité. Quoiqu’il en soit, elle ne semblait pas être là pour rien, elle cherchait quelqu’un… Qui n’est jamais venu. A la place, elle m’a trouvé moi. Mais ce soir-là, le temps que je me tourne, elle avait disparu. Une femme comme elle ne s’oublie pas. Quand elle est revenue deux semaines plus tard, j’avais l’impression d’avoir dormi pendant tout ce temps. Son sourire a illuminé la pièce et je suis resté derrière le bar avec mon torchon à la main, attendant qu’elle daigne venir commander un verre. Elle ne portait plus cette robe noire, mais je n’arrive plus à me souvenir quoi. En revanche, elle se rappelait de mon nom. J’avais l’impression qu’elle découvrait tout, qu’elle s’extasiait de la moindre chose. Elle avait une beauté sauvage de femme fatale qui me rendait nerveux, je dois l’admettre. J’ai toujours cru qu’elle était Négative mais à mon sens, elle aurait pu être n’importe quoi, je ne l’aurais jamais su. Elle possédait juste une incroyable force autant physique que mentale, quelque chose que je n’avais que très rarement vu, sinon chez Lexy.

Le soir, elle est restée. On a discuté, elle voulait tout savoir sur le bar et le projet du club est né avec elle. A l’époque, je voulais l’appeler comme elle. Je trouvais qu’elle avait un nom particulièrement intéressant, qui lui correspondait tellement. J’étais dingue de cette fille. Après mon échec avec Lexy, qui avait suivi celui de mon ex, je m’étais dit que jamais je ne pourrais éprouver des choses aussi fortes pour une autre femme. Et en même temps… Jamais deux sans trois, pas vrai ? C’est assez étrange, d’ailleurs ! Trois femmes totalement différentes et au jour où je vous parle, elles n’ont pas perdu en importance dans ma vie mais aucune autre n’est venue les rejoindre dans mon tableau. De toute ma vie, il y a eu ces trois femmes là pour lesquelles j’ai ressenti des choses différentes, vécu des moments différents mais toujours intenses. Pour mon ex, l’intensité a duré des années, mais ça n’a pas pris feu tout de suite. Pour Lexy, il y avait plus de complicité mais nos caractères étaient trop forts pour co-exister ce qui menait à des étincelles. Pour Cosima, j’ai ressenti tout ça en même temps, dès la première seconde. Son regard m’électrisait, j’avais le coeur qui s’emballait et notre relation n’a été basée que sur l’intensité de ce qui se passait entre nous.

Le premier matin, je ne l’ai même pas entendue partir. Le second non plus… Et les suivants non plus, c’était comme ça avec elle. La rage au ventre et au coeur toute la nuit, et le matin, un simple rêve. Mais c’était de bonne guerre, il m’arrivait régulièrement de me lever la nuit pour aller par exemple incendier un entrepôt où on avait largué 10 cadavres à faire disparaître… « Le Nettoyeur » on aurait pu m’appeler. Et bizarrement, on m’appelait toujours quand Cosima était là ! La laisser me rendait dingue, lui mentir aussi. A force, je me réveillais en même temps qu’elle pour ne pas la louper et c’est là que les choses sont devenues bizarres. Une fois, j’ai cru qu’elle ne me reconnaissait pas. Elle détalait comme un lapin et je ne la voyais plus pendant des jours. Je n’avais aucun moyen de la retrouver, Cosima me semblait plus être un pseudo qu’autre chose - j’avais donc imaginé une Candidate - et je ne connaissais pas son nom de famille. Des fois, elle m’apparaissait si… Différente ! Son visage était si doux et elle portait des lunettes, elle se cachait derrière ses vêtements ou la couverture, elle regardait autour d’elle comme si elle ne comprenait pas où elle était et elle disparaissait… Encore. Ca me rendait dingue.

La dernière fois que je l’ai vue, c’était un peu avant l’arrivée de Jane. Elle avait été étrange toute la soirée, elle souriait moins, ou alors elle se forçait. Je lui avais demandé si tout allait bien, mais… rien. La plupart du temps, elle arrivait lorsqu’on fermait, ainsi Matt ou Lexy ne la voyaient jamais. Et quand je la touchais, je sentais sa réticence. Elle avait la chair de poule et elle rougissait, on aurait dit une collégienne ou… Quelqu’un d’autre, une jumelle peut-être ? Elle n’avait aucune cicatrice, comment j’aurais pu faire la différence ? A son odeur ? J’imagine que les jumeaux ont la même. Elle savait où étaient les choses et sa façon de me regarder, curieuse et si intriguée, m’avait presque rendu fou. Quoi qu’il se soit passé dans sa tête, elle ne m’en a rien dit. Cette nuit-là, je dois dire qu’elle a été différente… Tout le temps. En bien. Elle n’était plus cette tigresse sauvage qui venait prendre un peu de bon temps avant de filer en douce, elle ne possédait plus cette rage vivace et toute la force qui avait jusque là émané d’elle avait… Disparu. Ses convictions, sa volonté, tout ça était toujours là mais, elle était si tendre et fragile tout à coup. Elle était tout à coup beaucoup plus humaine. Non que Cosima ne l’était pas avant, mais nous passions plus de temps à rire, à refaire le monde pendant des heures, à nous gaver de cochonneries, certainement pas à… Nous imaginer une vie ensemble. Mais cette fois-là, si. Du moins, moi. Dans ma tête. Sans rien dire. Cette nuit-là, je lui ai avoué que je l’aimais et je lui ai dit pourquoi, ce qu’elle m’apportait, à quel point j’étais heureux quand elle était là, que je voulais l’emmener dans un restaurant un soir, aller à une galerie d’art avec elle, je voulais découvrir ce qu’elle faisait dans sa vie aussi. Je n’avais pas idée que ce n’était pas à Cosima que je parlais. Enfin si, c’était elle mais… Bref, passons. Je voulais marcher avec elle, je voulais faire un bout de chemin de ma vie avec elle, j’en aurais sacrifié le bar, j’aurais demandé à Matt de faire plus d’heures pour me couvrir… Elle m’a souri, et ses yeux brillaient, je ne sais pas si c’était parce qu’elle était émue ou terrifiée à l’idée. Je ne l’ai plus jamais revue.

Je me suis endormi en la serrant contre moi et… le matin, elle n’était plus là. Matt ne l’avait pas croisée en arrivant et elle n’est plus jamais revenue. Je l’ai cherchée partout mais en vain. A partir de là, j’étais plus tendu, plus à cran. Je m’énervais plus vite, Jane n'aidait pas, je manquais définitivement de patience, et j’en voulais à la terre entière. J’avais envisagé de changer de vie pour Cosima et j’avais même commencé, sur la fin. Tout ça pour rien. J’étais furieux. Plus de deux années de ma vie, comme dans un rêve, et je venais de me réveiller aigri, à cran et frustré.

Bref… Ce matin-là, alors que « tout allait encore bien », elle a poussé la porte pour sortir, cognant Matt au passage. Lui ne pouvait pas faire la différence, il ne la connaissait pas comme je la connaissais. Celle qu’il avait face à lui n’était pas Cosima. Enfin, si mais… Passons. Encore. Elle avait les yeux d’un panda et même sans ça, elle restait époustouflante de beauté. Sur son pantalon en simili-cuir, elle portait un maigre débardeur et ma chemise en jean. Elle portait ses bottines à la main et avait attaché ses cheveux en une queue de cheval. Pour Matt, c’était une fille… « basique » avec une paire de lunettes qui masquaient partiellement les taches de rousseur sur son nez. Elle a écarquillé les yeux en le voyant, comme si elle était prise sur le fait, et elle a refermé ma veste sur sa poitrine. Bon sang, j’aurais pu tuer pour être cette chemise à cet instant. Je l’ai cherchée partout, d’ailleurs. Je crois que Cosima m’a piqué pas mal d’affaires, d’ailleurs. Elle voulait fuir.. Mais Matt se trouvait sur son chemin. La force tranquille qu’il représentait l’a laissée interdite. Elle n’avait encore jamais croisé qui que ce soit d’autre, le matin. De quoi avait-elle peur ? Ce n’était pas comme si nous avions causé l’apocalypse ! J’imagine que je ne le saurai jamais...

« Qui êtes-vous ?! », a-t-elle demandé dans un souffle coupé. C’est probablement ce que Matt aurait dû lui demander en premier mais elle l’a devancé ! Sauvage et sans gêne. J’adorais ça. Vous pensez que me souvenir de tout ça juste avec un CV, ça vous paraît grossier et improbable ? Exagéré ? Essayez de mener la vie que je mène ou prenez un objet chargé de mémoire, vous verrez tout ce qui vous revient à l’esprit en l’espace d’une dizaine de secondes !



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Matthew Ethan Dare
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… et je restai la main levée alors que la porte s'ouvrait presque à la volée sur une jeune femme qui se cogna à moi dans sa fuite. Et elle était agressive avec tout ça, je ne venais quand même pas pour cambrioler sa maison ! Remis de ma surprise je haussai un sourcil et lui offris un sourire de circonstance.

- "Matt, enchanté."

J'aurais bien ajouté un « Vous devez être une amie d'Alex » mais quelque chose me disait que ce n'était pas le moment. Je ne savais pas ce qu'elle fuyait, Alex ? Un moment de laisser-aller ? Ou alors avait-elle peut-être juste quelque chose d'urgent à faire ? Je ne savais pas mais il était évident que la discussion polie ne serait pas pour aujourd'hui. Je me décalai un peu et comme je l'imaginais elle s'engouffra dans la brèche et disparue rapidement au coin de la rue. Vraiment. Je la suivie du regard encore sous le coup de l'étonnement, si je m'attendais à ça en venant ce matin... Je me demandais si elle était la petite amie d'Alex ou juste une fille d'un soir voir même un plan régulier mais ça ne me regardait pas. Quelques minutes passèrent puis j'entrai dans le bar à la recherche de mon collègue. Quand même, heureusement que j'étais plus « zen » le matin...


Cette femme je la revis plus d'une fois dans les années qui suivirent. La scène était toujours sensiblement la même, elle fuyait et on se croisait soit devant le bar soit à l'intérieur. Les matins où ce genre de rencontres se produisaient étaient souvent ceux où j'arrivais tôt que ce soit pour récupérer une commande ou pour réparer une des machines. Tacitement Alex et moi ne parlâmes jamais d'elle, je ne posais pas de question et il tenait sa langue muette. C'est à peine si j'appris un jour qu'elle s'appelait Cosima et qu'il la voyait souvent. « Rien d'important » m'a-t-il dit ce jour-là. Je n'avais rien répondu et pourtant... Je me souvenais bien de certaines de ces fois où il descendait de bonne heure pour finalement ne trouver que moi, il avait cette lueur dans le regard... Alors je faisais comme si de rien n'était et je quittais mon occupation en souriant avec naturel et lui proposais un café. Bien sûr je n'avais pas encore pris le mien et bien sûr je me préparais à en faire, je pouvais bien en faire pour deux ! En vérité je n'aimais pas le café et je ne voyais pas pourquoi tant de monde en raffolait autant. Encore que dans une pâtisserie... Je préférais nettement un chocolat chaud. Viennois un vrai délice... Mais ça n'aurait pas marché aussi bien pas vrai ?


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Alex Peterson
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Cosima n’a pas demandé son reste. Le temps que j’arrive en bas, je prenais Matt en train de poser ses affaires et elle était déjà loin. J’ai soupiré en donnant un léger coup dans l’encadrement de la porte et j’ai pincé les lèvres avant de sourire à Matt comme si de rien n’était. Elle était partie et je l’avais ratée. J’ai passé une main dans mes cheveux pour les ramener en arrière et je me suis approché de Matt sans perdre mon sourire.

« Ponctuel. Super. Je vais… M’habiller et on pourra y aller. »

Parler de Cosima était exclu pour moi. J’avais un peu honte d’avouer qu’elle me plaisait vraiment et que je n’avais pas envie de la voir disparaître le matin. Quant à en parler à Matt, il y avait un gouffre. Qu’aurais-je dit ? ‘C’est personne.’ ‘Oh elle ? Juste une fille.’ ‘Une groupie.’ ‘Elle m’a piqué mon sweatshirt !’ Et la liste aurait pu être longue. Mais autant mentir aux autres ne me dérangeaient pas, autant à moi-même était exclu. J’avais un jour finalement opté pour ‘Rien d’important’ avant d’ajouter dans ma propre tête ‘Pour vous.’ Quant à son nom, il l’avait éventuellement entendu un jour que je l’avais crié dans les escaliers pour la retenir. Sans succès et bien sûr, Matt ne s’en était pas mêlé. Ne pas poser de questions était une valeur sûre mais un jour viendrait où ce confort me pèterait au nez. Nez que j’avais fort proéminent. Mais à ce moment-là, je ne connaissais pas Matthew et qu’il ne se mêle pas de ma vie me convenait parfaitement.

Mais une fois dans la voiture, le même gros tas de ferraille qu’aujourd’hui, je me suis un peu intéressé à lui. Ne pas savoir de quoi notre passé était fait, c’était une chose. Notre présent, quant à lui… Et puis je n’aimais pas les silences.

« Donc… Matthew. » J’ai acquiescé avec un sourire, les yeux sur la route. « Ca fait longtemps que tu es arrivé à Megalopolis ? Tu viens d’où, au fait ? J’ai jamais quitté la ville pour ma part, donc… Enfin, presque pas ! J’ai un peu vécu au nord de Boston, sur la côte. » Je me suis raclé la gorge et j’ai jeté un bref regard sur lui. « Le bar, c’est… Un hobby ? Pour payer tes études, je veux dire, ou un truc comme ça. »

Je n’avais pas lu son CV. S’il parlait de photos, de journalisme ou que sais-je… Je n’en savais rien. J’ai toujours préféré lorsqu’on me dise soi-même les choses plutôt que de les lire ou de les entendre de la bouche d’une tierce personne. Je ne sais pas pourquoi je ne me sentais pas à l’aise avec Matt. ce n’était que Matt mais… Il m’intimidait. Ce n’était pas une fille, pour commencer. Et il avait plu à tout le monde presque à la première seconde. C’était comme si ce type était magique et que son charme opérait sur moi alors que je cherchais des contre arguments. Un peu comme… Une sorte de rival. Des questions triviales, pour passer le temps, taper la discussion et établir un… Contact.

« Une copine, sinon ? »

Matt avait rencontré Cosima. C’était ma façon de demander un juste retour des choses. J’avais une façon étrange de communiquer, je sais. Mais je savais mentir, ça ne signifiait pas que j’étais à l’aise avec tout et tout le monde.



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Matthew Ethan Dare
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J'ai retenu un sourire. Si si j'ai essayé avant qu'il ne parte en coin et que j'ouvre la bouche pour taquiner mon collègue, faussement sérieux et pleinement malicieux.

- "A ton aise mais tu peux y aller comme ça si tu préfères."


Je ne taquinais pas Alex habituellement ça ne faisait que deux ou trois semaines que je travaillais ici après tout mais là c'était pour ainsi dire partit tout seul et puis quand on voyait tous les surnoms qu'il me donnait... il n'allait quand même pas faire son pisse-froid pas vrai ? Une fois Alex disparu il ne me restait plus qu'à attendre ce que je fis devant le bar, le dos appuyé contre le mur jusqu'à ce que nous rejoignîmes ensemble une damoiselle en salopette bleu. Un vieux tas de ferraille qui devait bien être aussi vieux que ma Baby - même plus avouons-le - mais qui était bien entretenu ce qui faisait un bon point pour Alex. Avec la relation particulière que j'avais avec les machines j'appréciais toujours de voir les gens prendre soin d'elles. Quand j'étais plus jeune - il y a un ou deux ans encore - cela me serrait le cœur de voir certaines d'entre elles délaissées voir même détruites sans autre forme de procès. Je la contactais doucement mais sans chercher à un faire plus, je ne voulais pas qu'Alex remarque que j'étais en train d'utiliser mon pouvoir. Le regard tourné vers l'extérieur je souris quand il se présenta. Oui c'était un "il", j'avais affaire à un solide gaillard en blue jeans et non à une demoiselle en salopette bleue. Roméo. Cela faisait très... Shakespear ? La voiture - enfin le camion excusez-moi - émit une légère vibration ronronnante, c'était presque imperceptible mais j'espérais qu'Alex qui le connaissait bien n'y verrait que du feu.

Finalement je rompis le contact quand Alex prononça mon prénom et tournai légèrement la tête vers lui. Ah, les questions personnelles... J'aurais dû me douter qu'on en arriverait là un jour. Je n'avais nulle envie de m'appesantir là-dessus, je commençais une nouvelle vie loin de tout, loin de mon passé et puis... Je sentis mon cœur se serrer et une certaine angoisse monter en moi, mon corps se tendit de lui même.  Je lui répondis d'une voix atone et avec un visage plus fermé que je ne l'aurais voulu.

- "Un mois." - Un peu moins en vrai - "Kansas." - C'était vague mais c'était de là que je venais même si mon cœur appartenait à d'autres terres. - "Joli coin." Je n'étais jamais allé sur la côte de Boston mais je l'avais vu en photo, peut-être irais-je un jour.

Je lui renvoyai brièvement son regard et haussai les épaules.

- "Comme tout le monde : loyer, factures, manger."

Un petit silence se forma avant que je n'ajoute quelques mots comme on révélerait un secret.

- "J'aime bien."

Et c'était vrai. J'appréciais de travailler dans un bar pour le peu qu'il carbure à cent à l'heure, j'avais besoin de me dépenser et l'air de rien ça peut être très social un bar en plus. Bien sûr je n'avais jamais imaginé faire carrière là-dedans mais ma vie avait brutalement changée. L'avenir me dirait si je resterais ici ou si je reprendrais mes études de journalisme... Je me revoyais mal retourner à l'université pour l'instant, trop de souvenirs. Pourtant je savais bien que si je le voulais... Après tout j'avais arrêté une fois les examens finaux commencés et on était loin de se plaindre de moi. Mais je ne voulais pas penser à ça, j'avais eu assez de mal à faire le vide ce matin pour ne pas prendre le risque que tout vole en éclat.

Puis Alex mit les pieds dans le plat et je me crispai sous une vague de douleur tandis qu'une alarme résonnait en moi, me faisant répondre d'une manière plus brusque et froide.

- "Aucune, j'ai d'autres chats à fouetter."

Je détournai résolument le visage vers l'extérieur pour regarder le paysage défiler et dans le même temps ma main se crispa sur mon genou jusqu'à blanchir. J'adorais Lisbeth, je l'aimais à la folie et notre petite Jaelyn avait déjà conquis mon cœur bien avant sa naissance mais je ne voulais pas parler d'elles surtout avec un inconnu, je ne le supporterais pas. J'essayais d'être fort mais je n'étais pas un surhomme, mon cœur saignait encore et se languissait de leur présence. Je n'étais plus dans une optique inconsciente d'autodestruction mais je les pleurais chaque jour que la vie m'offrait, quand j'étais seul le soir, brusquement dans la nuit...

Alex ne pouvait pas le savoir mais il n'aurait pas pu me faire plus mal qu'en cet instant.


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Alex Peterson
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« Honnête. »

Je n’ai pas pu dissimuler ma gêne lorsque Matt a reconnu qu’il était au bar pour des factures et non parce qu’il voulait travailler. Mais je me suis éventuellement adouci quand il a dit qu’il aimait bien. C’était au moins ça. J’ai tourné la tête pour lui sourire brièvement. Mon amitié avec Matt n’est pas tombée d’un immeuble. Elle ne s’est pas faite en un jour et a pris des mois. Au début, c’était tout le temps comme ça. Il était froid, je n’étais pas toujours très engageant. Il n’avait probablement rien à dire et moi je ne savais pas quoi faire de lui. Mais j’essayais. Facture ou pas, nous étions amenés à travailler ensemble et ce n’était pas quelque chose que nous pouvions faire sans un minimum d’effort.

Cependant, la rigidité de sa réponse concernant une éventuelle mademoiselle Matt m’a piqué au vif. Je l’ai regardé, détournant le regard, mais cette fois, je n’ai pas souri. Un sujet sensible que je n’avais plus jamais abordé. Je n’étais pas idiot. J’avais moi-même décidé de partir alors quand on me demandait si j’avais quelqu’un, je feintais d’un sourire charmeur. Je n’étais plus vraiment affecté. Elle me manquait mais j’avais déconné, pas elle. Je ne regrettais pas mon choix et j’espérais même qu’elle avait trouvé quelqu’un de mieux que moi. Oubliez ce que je viens de dire, c’est la plus grosse erreur de ma vie que j’ai jamais commise.

J’ai gardé le silence. Matt n’était de toute évidence pas quelqu’un de bavard et je n’étais pas celui qui le forcerait. J’ai inspiré profondément avant de soupirer, le regard sur la route. Très bien, Matt, restons muets, donc. J’aurais pu m’excuser, ce que font la majorité des gens, vous savez, lorsque vous leur demandez où vit leur mère et qu’ils vous répondent « Elle est morte. » C’est un automatisme « Je suis désolé. » Non, vous ne l’êtes pas, vous n’avez même pas connu la personne en question. Une mère, une soeur, des parents, une femme, un mari, un enfant… Toujours la même réponse. C’est moche, oui, mais pas de quoi être désolé. Quand ma grand mère est décédé, c’est ce que les gens n’ont pas cessé de me dire « Je suis désolé ». J’en suis devenu ivre de rage. J’étais peut-être un fier menteur, mais pas un hypocrite. Une fois à destination, je me suis garé sur le parking et j’ai sauté de la voiture. Oui, sauté, la marche était au moins à 1m10 de haut.

« J’arrive. »

Aussi laconique que Matt, j’avouais. Nous étions au bord d’une marina, au sud de la Ville Basse, non loin des frontières de la ville fantôme, et le vent soufflait plutôt fort. Mais je n’avais pas froid, au contraire, ça me rappelait chez moi. L’odeur de l’océan, le rivage, l’immensité de la mer… J’ai salué mon fournisseur dans un grand sourire et un claquement de mains. Nous avons discuté un petit moment au loin avant qu’il ne me présente le camion où se trouvait ma commande un peu spéciale. J’avais des contacts, quelques ficelles à tirer et j’en gagnais des produits qui faisaient notre réputation. Sirop d’érable importé au meilleur prix, viande certifiée, un peu de poisson suivant les jours de fête… On faisait tous ça dans le Ville Basse, c’était un immense marché. J’ai montré le Bronco dans lequel Matt m’attendait et à tous les deux, on a commencé à ramener les cartons.

« Hey Matt, tu peux ouvrir le coffre, s’il te plaît ? »

J’en ai profité pour le présenter et au dos du camion, mon fournisseur lui a serré la main dans un grand sourire. La vérité, c’est que je l’avais amené pour l’impliquer, d’une certaine façon. Malgré ce qu’il venait de me dire, j’avais cru plus tôt qu’il était au bar avant tout par plaisir, non par nécessité. D’où ma déception, mais j’espérais qu’il n’y verrait que du feu.

« Salut Petit, moi c’est Karl ! »
« A peine arrivé en ville, il a atterri chez nous ! »
« Tout le monde atterrit chez vous. Bienvenue parmi nous, Matt ! Hey, comment va ta charmante princesse Viking homonyme ? »
« Ses yeux sont toujours incroyablement bleu foncé, comme l’Atlantique, oui, comme tu aimes. Elle va bien, elle travaille beaucoup, tu sais comment elle est. Le genre qui ne tient pas en place. »
« Moi une femme pareille, je l’inviterais bien à tenir en place ! » Karl s’est agité d’un rire et a donné un coup amical dans l’épaule de Matt. « Meh ! J’imagine que je suis trop vieux pour elle. Si j’avais ton âge et la moitié de ton charme, je n’hésiterais pas une seconde ! Tu pourrais penser à moi, je vis par procuration, là ! »

Deux hommes ont amené d’autres cartons pour les lui tendre et les ranger dans le coffre. Pendant ce temps, je payais mon fournisseur.

« Toujours un plaisir de faire affaire avec toi, Alex ! »

Je lui ai souri, ponctuant d’un clin d’oeil et je lui ai tendu la monnaie. Je ne sais pas si j’avais du charme mais on me donnait assurément plus que l’âge que j’avais réellement ! Les expériences forgent votre caractère mais aussi votre physique. Une fois le Bronco chargé, j’ai serré la main de Karl et je l’ai laissé repartir. J’ai brièvement souri à Matt avant de fouiller les cartons à la recherche de quelque chose. Et une fois mon paquet de chips au paprika préféré trouvé, je me suis assis sur le bord du coffre. A cette heure-ci, autant profiter de la vue et de la mer. Et j’ai tendu mon paquet vers Matt pour partager en dégainant une bouteille de jus d’orange d’un autre carton que j’ai posée entre nous. Oui, le mélange n’était pas des plus délicieux mais on a le goût des bonnes choses et que celles-ci sont dans vos mains, on a juste tellement faim qu’on voudrait tout engloutir sans sommation.

« Voilà ce que je sais. » J’ai reniflé légèrement et me suis frotté le nez avant de reprendre. « Au bar, personne n’est là pour payer ses factures ou juste pour manger. On est là pour travailler et aussi parce qu’on s’entend bien et qu’on s’amuse bien. Lexy y veille. Moi, je vis à l’étage depuis un moment maintenant, autant te dire que le bar, c’est plus qu’un job, c’est une partie de ma vie. » Et je me trompais rarement sur ce que je ressentais. Matt dégageait quelque chose et mon intuition me disait que j’allais devoir composer avec lui un bon moment. J’ai inspiré profondément. « Ce que je te propose... Si tu as faim, tu me demandes. Parfois des trucs qui tombent du Bronco. Si ton loyer est trop élevé, tu viens me voir, on trouvera une solution. Mais si tu aimes bien… » J’ai levé la bouteille pour la porter à mes lèvres. « …Alors il se pourrait que tu sois là un bon moment. » J’ai refermé la bouteille et l’ai reposée entre nous. « J’ai débarqué comme toi, Matt, il y a quelques années. Et j’ai atterri dans ce bar, Lexy est arrivée quelques mois après. Une page de ma vie se tournait et… Tadaaaa » Je me suis tourné vers lui, les bras ouverts. « Je suis encore là et regarde-moi. Tout le monde croit qu’il s’agit de mon bar ! » Je l’ai dévisagé quelques secondes et j’ai fini par lui sourire, même faiblement. « Peu importe ce qui t’a amené ici. Le bar… N’est pas juste un bar. »



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Matthew Ethan Dare
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Le reste du trajet comme souvent dans de telles circonstances fut à la fois long et court et je le passais fixé sur l'extérieur, plus à ne penser à rien qu'à ressasser. De toute façon qu'y avait-il d'autre à ajouter ? J'avais bien perçu la gêne d'Alex et même si j'avais quelques hypothèse sur sa réaction je ne m'y penchais pas plus que cela, je ne voulais pas que nous nous rapprochions. Surtout pas !

Une fois arrivés et mon collègue parti rejoindre son fournisseur je jetai un regard autour de moi. Une marina... J'avais beaucoup déménagé dans mon enfance mais jamais mes parents ne s'étaient installés si près de la mer et je me surpris comme à l'accoutumée à me frotter les bras pour les réchauffer avant de me décider à descendre de la voiture. Non je n'avais pas attendu qu'Alex me hèle pour ça mais je n'étais pas sitôt descendu qu'il me demandait d'ouvrir le coffre ce que d'une certaine manière je me dépêchais de faire. Rester assis bien sagement dans la voiture sans bouger ? Je n'avais plus huit ans tout de même. Il me présenta à son fournisseur et nous échangeâmes quelques mots sur un ton complaisant, oui oui j'avais été plus sociable avec notre bonhomme. Quoi de plus normal ? Il était nécessaire au bon fonctionnement du bar et je risquais rien avec lui, du moins rien qui ne soit flagrant au premier regard. Je les laissai à leur discussion sur Lexy et profitai de l'arrivée des prochains cartons pour me rendre utile. Que voulez-vous, j'étais bourré d'énergie et je ne supportais pas de ne rien faire, en tout cas pas en ce moment. Je ne savais pas quelle impression je leur faisais au bar de ce côté-là, j'étais quelqu'un de tout à fait dynamique quand je n'étais pas perdu dans mes pensées... Quand j'y pense ça doit faire un sacré mélange, un jour/nuit répété dans une même journée, j'allais devoir me reprendre plus vite que ça.

Si j'avais cru qu'une fois notre affaire réglée nous allions repartir aussitôt je m'étais trompé, mon collègue se dépêcha tout à fait lentement de fouiller les cartons et de s'asseoir sur le bord du coffre après m'avoir souri. J'aurais préféré être au bar, vraiment. Je m'y sentais à l'aise avec Lexy et l'ambiance qui y régnait, je ne l'avais pas dit à Alex mais mon « j'aime bien » que je lui avais sorti tout à l'heure voulait dire tellement plus que ce que je sous-entendais...

Et il me tendit son paquet de chips que je contemplais un instant avant d'y prélever quelques pétales.

- "Merci."

Je ne m'assis pas à côté de lui ce qui n'était pas spécialement une façon de garder mes distances cependant j'étais resté dans cette position suffisamment longtemps dans la voiture. Non Roméo Jean je ne voulais pas dire pour autant que tu manques de confort. Je me sentais bien mieux adossé sur le côté du coffre le corps tourné vers la mer, le bronco était tellement haut et l'ouverture du coffre si forte que je n'étais même pas gêné par celui-ci. La vue de toute cette étendue d'eau me donnait envie de faire un bon dans le temps et de refaire du kayak mais quelque chose me disait que je n'aurais plus ce plaisir avant des années peut-être. Je retins un soupir et me tournai légèrement vers mon collègue quand celui-ci entama la conversation. D'où me venait ce sentiment que ça n'allait que très moyennement me plaire ? Trois chips et demi. Non trois chips un quart, c'était tout ce que j'avais pour m'occuper pendant son laïus et c'était... peu.

Je ne pus retenir un petit haussement de sourcils quand il commença avec le bar. Mais bien sûr ! Aucun d'eux n'avait de facture à payer et ni besoin de se nourrir... Il croyait quoi que je n'étais pas là pour travailler aussi ? Je n'avais jamais été du genre inactif et l'air de rien j'avais sélectionné les bars dans lesquels je souhaitais postuler. Besoin d'un boulot rapidement mais pas n'importe quoi non plus. Et pour l'ambiance rien à y redire ce n'était pas pour rien que je m'y plaisais et j'envisageais d'y rester.

« Si tu as faim » Première chips. « Si ton loyer... » Deuxième chips. « ...comme toi » Troisiè- fail, il ne me restait plus que le quart de chips.

Malgré les pétales de pommes de terre saupoudrés de paprika qui m'avaient servi de – ô combien faible – distraction je m'étais montré attentif aux paroles de mon collègue. Attentif quoique distant. Quand il conclut sur le bar à la manière d'une voix off au démarrage d'un épisode d'une vieille série de SF ou de l'étrange, j'esquissai un sourire en coin un brin malicieux avant de prendre la parole.

- "J'avais bien noté qu'il s'agissait d'un sanctuaire."

Le leur surtout.

Je me tournai à nouveau vers le paysage devant nous et réfléchis quelques instants avec sérieux. Ses offres étaient sympathiques mais je ne les souhaitais pas. D'ailleurs il avait dû remarquer ma crispation à un moment donné... D'une, je ne m'en sortais pas si mal que ça. Quand Grandpa avait compris où m'amenait ma vie c'est-à-dire loin pour un nouveau départ ou une longue quête il avait tenu à me donner un peu d'argent ce que j'avais refusé d'ailleurs, mes grands-parents ne roulaient pas sur l'or. Au final je n'avais pas eu d'autre choix que d'accepter, c'est qu'il est coriace pour son âge. Ca m'avait donc aidé pour le premier loyer même s'il fallait avouer qu'à part ça je commençais à un avoir un peu marre de toujours manger la même chose. Mais ce n'était qu'une question de démarrage n'est-ce pas ? De rodage même, j'aurais bientôt la mécanique bien huilée. De deux... j'avais besoin de reprendre ma vie en main et seul. Ca pouvait paraître enfantin mais j'avais des choses à me prouver. Ces derniers mois m'avaient fait atteindre le fond et je devais me montrer à moi-même que je n'avais pas tout perdu, que j'étais encore capable de quelque chose, que ce qui était arrivé à ma famille ne venait pas d'une défaillance de ma part ou du moins pas uniquement. Et dernièrement... ça pourrait nous rapprocher Alex et moi. Trois fois non, on ne m'y reprendrait plus.

- "Je ne me débrouille pas si mal tu sais, je mange à ma faim - ou presque - et j'ai un toit sous lequel dormir même si dormir à la belle étoile ou sous une tente ne m'aurais pas dérangé outre mesure ailleurs ."

Je l'avais déjà fait après tout mais ici ça aurait été de la folie. Je le regardais pour voir sa réaction lui et son paquet de chips qu'il n'avait à l'évidence pas fini vu son renflement croustillant et finalement j'eus un élan de spontanéité qui me ramena à ma jeunesse.

- "Je pourrais ravoir une ou deux chips ?"

Non sincèrement je ne voulais pas voir l'air que j'avais à l'instant sur le visage, interrogateur ça c'est sûr, pour le reste... Hey je n'y pouvais rien si Numéro Trois avait fugué par terre !


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Alex Peterson
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« Ce n’est pas un sanctuaire. Si j’avais voulu un sanctuaire, je me serais trouvé un lot de terre, quelque part loin d’ici et de toute civilisation et je me serais enfermé avec une femme et des enfants et une arme sans une arme sous l’oreiller. sans oublier le chien. Si j’avais voulu un sanctuaire, je serai resté là où j’ai grandi. Enfin en quelques sortes. »

Je ne pouvais pas vouloir refaire ma vie et rester là-bas au lieu de venir ici. Mon enfance, telle que je l’avais connue, n’avait rien de romanesque, ni de paisible. J’aimais ma vie telle qu’elle était aujourd’hui. En définitive, Matt avait sûrement raison. Je ne le reconnaissais que maintenant. Avec une voix plus basse, j’ai haussé les épaules.

« Je veux dire que je ne me cache pas au bar. »

J’en étais à me mentir à moi-même ! Un comble. Je m’étais promis d’être honnête avec moi-même, même lorsque ma survie demandait à ce que je leur mente à tous.

Je comprends ce que pensait Matt. Ma vision des choses était la même. J’avais abandonné tout ce que je connaissais pour refaire ma vie, seul, sans erreur. Je veux dire… Bon sang. Je veux dire que j’ai essayé d’être quelqu’un de meilleur. J’ai offert à ma famille un environnement plus sain grâce à mon absence. Cet argent dont j’ai hérité, j’aurais pu leur donner, au moins une partie. En fait, peut-être que je leur en ai donné une partie. J’avais toujours accès à mon compte joint, après tout. Elle a d’ailleurs mis du temps à rejeter ce que je donnais parfois pour la petite. Un jour, j’ai remarqué que ce que je donnais, elle le rendait à la banque, prétextant d’une erreur de virement, que cette somme ne correspondait à rien. Mais ça ne m’a pas arrêté. Nous déclarer divorcés ou moi disparu ne lui aurait causé que des ennuis administratifs, alors elle n’a rien touché aux comptes.

Vous me demanderez, pourquoi m’attacher à Matt, Lexy… Et puis ensuite Angela et Yuna ? Pourquoi m’imaginer une autre vie alors que j’en avais déjà une ?! Il arrive un temps, pour certaines personnes, où les erreurs du passé sont un danger et où se fondre dans la foule est encore la meilleure planque. Une fois mieux entouré à Megalopolis et mieux installé, j’aurais probablement pu la retrouver et lui assurer une vie meilleure. Mais on n’efface jamais ce que l’on a été. Je me suis trouvé - et je me trouve encore - égoïste et détestable de vouloir être quelqu’un de meilleur et de bon… Mais pas pour elle. Je crois que je pensais qu’il était trop tard, j’avais eu ma chance, je l’ai gâchée. Alors je lui ai rendu sa liberté pour qu’elle trouve quelqu’un de mieux, qui saurait faire attention à elle et avec qui elle pourrait mener une vie normale sans craindre les flics à 5h du matin à la porte parce qu’ils auront creusé dans le jardin de ma mère.

L’Alice, c’était ma seconde chance, ma seconde vie. Un sanctuaire ? Non… Un havre, plutôt. J’ai pincé les lèvres en levant une main.

« Je ne dirais pas que c’est un sanctuaire. »

Mais je n’étais pas capable de le définir. Pas encore. C’était trop tôt. Ca viendrait, avec Matt, bientôt, le bar deviendrait une famille.

Bien sûr que Matt s’était raidi, qui ne l’aurait pas fait quand on vous proposait de l’aide de la sorte ? Moi-même je me serais raidi dans mon coffre. J’ai relevé une jambe pour appuyer mon pied sur le bord du coffre et j’y ai posé un coude en l’observant une seconde. Il avait l’air… Jeune. Mais il semblait avoir déjà vécu des choses, comme moi. J’avais pourtant plus de 25 ans, mais j’étais loin d’être âgé. J’avais seulement l’impression de vivre « normalement » que depuis quelques années.

« Je veux dire que tu sais. Si tu as besoin, quoi que ce soit… On est là avec Lexy. Tu nous demandes et on trouvera une solution. On espère juste que tu n’es pas de passage, c’est tout. »

Je lui ai tendu le paquet de chips.

« Finis-le, fais-toi plaisir. »

Je me suis frotté les mains et j’ai reporté mon attention sur l’horizon en soupirant.

« C’est vrai quoi… » J’ai haussé les épaules. « On aimerait bien que les gens restent au bar et tu es plutôt un mec sympa. Facile à vivre, qui fait bien son travail. Il faudrait délacer un peu ton corset de temps en temps mais j’imagine que ce sont des choses qui viendront avec le temps. » J’ai à nouveau tourné la tête vers lui. « Positif ou Négatif ? »

Entendons-nous bien. Je n’avais pas envie de parler de ma vie, d’où je venais, ce qui m’était arrivé, ce que j’avais fait. Mais je n’étais pas fermé à répondre aux questions si on m’en posait. Pour moi, Positif ou Négatif revenait à demander quel salaire par mois. Ou bien un âge. Ce n’est pas grave, on est en Ville Basse… J'aurais mal imaginé Matt réagir de façon totalement désinvolte à ma question. J’ai haussé les sourcils.

« Quoi ? » J’ai ouvert ma main dans l’air. « Je demande juste ! J’ai le droit de savoir si tu risques d’exploser dans ma cuisine ou si je dois faire attention à mes pensées, non ? » Cependant, je rechignais à l’idée de lui parler de ce dont j’étais capable. Ce n’était pas quelque chose d’aussi glamour que lui. « Je dois faire attention à mes pensées ? Parce que tu sais… Il m’arrive de songer à des trucs franchement pas catholiques. Je te déconseille d’essayer d’entendre ce que je pense quand une nana entre dans mon champs de vision pour la première fois. C’est un mix de ‘Ouah, balèze’ et ’T’as vu ta gueule de cheval, mon vieux ?’, alors… » J’ai froncé les sourcils. « Je dois craindre que tu exploses dans ma cuisine ? » J'ai alors tendu ma main vers lui. « Tu sais que tu as le droit de me renvoyer la balle, je me sentirai pas agressé, j'essaye de communiquer avec toi si tu veux tout savoir ! »



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Matthew Ethan Dare
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Je ne m'appesantis sur l'aspect sanctuaire du bar, Alex avait beau se défendre c'était ainsi que je le voyais et qu'importe le nom que d'autres lui donnaient. Havre, refuge, c'était du pareil au même. De plus je ne voulais pas ergoter sur sa vision du lopin de terre loin de la ville, je me dévoilerai trop en abordant le sujet. Mais sérieusement, il pensait vraiment que c'était la paix et la tranquillité ? Et bien il me fallait avouer que ça l'était d'une certaine façon... si on oubliait la propension des campagnards à être des pro-négatifs extrémistes. Et je savais de quoi je parlais ! Non son havre de paix là, à moins d'être Négatif il ne pouvait le trouver que sur une île déserte. Je ne commentais pas non plus sa défense, je n'avais même pas songé qu'il puisse se cacher au bar mais en même temps je n'étais là que depuis très peu de temps. On pouvait difficilement tout découvrir de ses collègues en moins d'un mois surtout quand on avait des rapports distants comme Alex et moi.

Il ne devait franchement pas me trouver bavard. J'avais répondu avec un petit hochement de tête quand il avait insisté sur l'aide que Lexy et lui m'offraient, prononcé un petit merci alors qu'il me donnait le reste des chips et maintenant je me préparais à l'écouter s'épancher silencieusement en croquant lesdites chips. 'New Matthew Dare', du bonheur en boîte pour individus lassés d'entendre jacasser une troupe de pompom-girls. Sur ce coup-là cependant il semblerait que mon collègue se soit trompé de boîte... Avait-il déjà essayé la tombola ? Ca lui réussirait peut-être mieux que les pinces des fêtes foraines.

Et là, il me posa THE question à laquelle je répondis avec un regard acéré dans sa direction. Je lui en posais moi des questions ? Et il ne me laissait même pas le temps d'y répondre ! Je ravalai mes mots et détournai à nouveau la tête vers le paysage en levant les yeux au ciel. Non mais j'vous jure... Stop. J'aurais mieux fait de laisser passer le tout avec un simple haussement d'épaule non ? Et zut.

A la fin de son laïus je pris une profonde inspiration puis me détachai de la voiture pour faire quelques pas et me retrouver face à lui les bras croisés, l'ensemble un peu cassé par le paquet de chips vide qui pendait à une de mes mains.

Je le regardai fixement puis commençai :

- "Si tu t'étais arrêté à « Positif ou Négatif ? » je me serais contenté de te répondre sarcastiquement un « Moi ou le corset ? » comme j'en avais très envie tout à l'heure mais vu que tu insistes de crainte de retrouver tes possibles proies en jupette éparpillées dans la cuisine..."

Je fermai brièvement les yeux en expirant fortement puis je plongeai à nouveau mon regard dans le sien.

- "Sache ceci : quand tu te fais ce genre de réflexions aromatisées de bave libidineuse comme le serait un baba imbibé de rhum, certaines de ces dames conclues leurs pensées d'un à peine plus élégant « mais il en a peut-être aussi la queue..? »"

Je secouai la tête l'air désabusé et détournai le visage vers les docks. Quand je le vis lever une main du coin de l'oeil je fis de mon mieux pour donner l'impression que mon regard était resté uniquement concentré sur le paysage et je l'interrompis d'une voix ennuyée.

- "L'autre queue, Alex."

Puis je conclus finalement avec une moue, le visage à nouveau tourné vers lui, mon faux don de télépathie semblant peser sur mes épaules.

- "Et après on s'étonnera que je courre partout dans le bar ou que j'essaye de me noyer dans mes propres pensées..."

Communiquer qu'il disait ?


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Alex Peterson
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[Comme dit, c'est court, cette fois, mon bro sad]

Il y a eu... Un grand moment de silence. Plus Matt parlait et plus je ne savais quoi dire et surtout quoi penser.

J'ai cligné des paupières et Matt a repris "L'autre queue, Alex." Les yeux ronds, j'ai secoué la tête. Mais il n'avait pas encore fini ! Je toute évidence, son pouvoir était faux et il se jouait avec moi. Ce qu’il disait ne correspondait pas à ce que je pensais. Ce que je pensais ressemblait plus à quelque chose du genre : « La queue de quoi ? » ayant déjà oublié de quoi je parlais plus tôt. Mais sa réaction, peu importe s’il plaisantait ou non, m’a laissé sans voix. Soit il plaisantait et nous venions de faire un bond incroyable dans notre relation amicale, soit il ne plaisantait pas et quoi qu’il arrive, il se confiait. Dans les deux cas, c’était quelque chose que je n’avais encore jamais vu chez lui.

J'ai surtout cru à un moment qu'il s'insurgerait, d'une manière ou d'une autre, qu'il s'énerverait contre moi, ou même qu'il éluderait la question - ce qu'il faisait quand même, d'ailleurs - pour me la retourner. Non, il a choisi l'humour, je ne sais pas trop pourquoi, mais ça a ouvert une porte entre nous. J'étais réceptif à son humour, il l'était au mien. Ce n'était que le début, mais ce n'était déjà pas rien.

Mais je ne le plaignais pas, je ne me suis pas non plus excusé de lui faire vivre l'enfer dans mes pensées, j'aurais pu lui demander un tas de choses... J'aurais pu me montrer indiscret ! (encore plus), mais j'en suis resté à un simple fait.

Finalement, remis de ma surprise - et sans avoir eu la réponse à ma question initiale... J'ai haussé les sourcils avec une légère moue des lèvres malicieuse, accompagnée d'un rictus.

« Ca veut dire Positif ? »



"The secret to happiness with men ?
Lower your expectations.
Because deep down, in my heart... I know Big Foot is real."
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Matthew Ethan Dare
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Naturellement une partie de l'ancien moi était revenue au galop. Mais qu'avais-je pensé en réagissant de la sorte ?! Je sentais qu'une barrière venait de céder entre nous, tout ça à cause de ma soudaine impulsivité. Impulsif, moi ? Paumé et affolé comme un animal traqué oui ! Et voilà que lui et moi nous étions plus proche d'un seul coup, cette chose que je souhaitais à tout prix éviter venait d'arriver. Je le voyais à ses réactions, à mon ressentis. J'avais été faible, très faible. Mais les autres avaient toujours été ma faiblesse... J'avais beau essayer de conserver une certaine distance je finissais toujours par m'attacher inlassablement à certains d'entre eux. A chaque ville que je traversais, pour les quelques années que j'y vivais... Ma volonté de ne plus me faire piéger était-elle si dérisoire ? La vérité c'était que je n'étais pas le genre de personne à pouvoir vivre totalement sans chaleur humaine, sans le moindre contact, j'en avais un besoin crucial. Ce pouvoir qui me possédait depuis l'enfance, ce contact intime avec les machines... j'avais toujours obscurément senti le danger d'être dépossédé de moi-même qui l'accompagnait. Sans humain autour de moi, ne deviendrais-je qu'une machine à mon tour ? Serais-je capable de me tenir éloigner d'elles ? Que devais-je faire ? Je ne pouvais pas, je ne pouvais tout simplement pas... Plutôt mourir que revivre cet enfer... Ils finissaient tous par partir, par être détruits...

Mon expression avait sûrement dû changer à un moment donné mais je regardais à nouveau Alex dans les yeux, le menton relevé en signe de défi, combatif, souvenir de ma longue et courte déchéance.

- "Ca veut dire que je suis une vache violette à rayures menthe à l'eau croisée avec une chèvre des montagnes rose bonbon. Autrement dit rien du tout."

Sarcasme, quand tu nous tiens...

J'attendis un moment sans parler et je sentis la tension monter en moi, j'avais juste une envie celle m'éloigner de tous pour me ressourcer. Impossible évidemment. Peu à peu je m'en rendais compte, je devenais fébrile.

Finalement je n'y tins plus et pris une inspiration avant de lâcher quelques mots à l'égard de mon collègue chevalin.

- "On devrait y aller avant que le bar n'ouvre sans nous non ?"

Et je le plantais là, faisant le tour de la voiture les bras inconsciemment croisés autant en signe de rejet que de protection puis me réinstallais dans la voiture, la tête collée contre la vitre. Il ne faudrait pas s'étonner si je passais l'entièreté de la route à regarder vaguement dehors...

Ce n'était vraiment pas ma putain de journée.


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Alex Peterson
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Le sarcasme de Matt m'a laissé sans voix. J'ai souri mais je n'ai pas bougé. J'avais ma réponse, dans un sens mais je la trouvais triste. Comment Matt pouvait-il penser ça de lui ? De nous, en général ? Quelque part, ça m'a attristé. Notre relation fraternelle est née de là. J'y ai vu comme... Un oiseau blessé qui avait bien besoin d'une attèle. A une autre époque, j'avais eu la mienne et ça m'avait bien servi. J'avais réussi à me relever et à devenir un homme bien grâce à elle. Je ne savais rien de Matt mais si tout ça ne m'intéressait pas quand il était entré dans le bar, maintenant, oui. Il n'était pas qu'un personnage lunaire au regard triste, il avait visiblement connu quelque chose et je ne voulais plus entendre ce genre de discours. Je voulais qu'il soit fier de ce qu'il était, peu importe ce que c'était.

J'ai été secoué d'un léger rire en entendant la portière claquer derrière lui et j'ai conservé mon sourire en finissant les chips rapidement. Froissant le sac, je me suis relevé et j'ai fermé le coffre avant de monter à mon tour dans la voiture. Mon sourire ne m'a pas quitté. En démarrant, je lui ai jeté un regard et j'ai acquiescé, comme si je voulais bien le laisser croire ce qu'il voulait croire. Pour le moment.

Il me faisait un peu penser à moi.

"Rentrons vite, alors !"

J'étais moqueur et je ne m'en cachais pas. Si Matt pensait qu'être Positif ou Négatif changeait quelque chose pour moi, il devrait comprendre que ce n'était pas le cas. J'avais un gamin à la tête dure à côté de moi et je dois admettre que ce n'était pas pour me déplaire. Je savais que Lexy et moi trouverions un moyen de l'aider à voir les choses autrement.

Dans un sens, nous avons réussi.



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