2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Sunny/David] Je n'abandonne jamais

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Sunny Sullivan
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Octobre 2074

Sunny était de retour en Ville Haute, au siège du FBI. Elle savait que l’agent Foster finirait par la rappeler mais elle dut reconnaître qu’elle s’attendait à ce qu’il le fasse plus tôt. En réalité, elle commençait à croire qu’il n’en ferait plus rien. Elle s’apprêtait même à le rappeler à l’ordre quand il l’avait devancée, ce qui l’avait rassurée, dans un sens.

Ses notes, elle les avait relues, déjà. En attendant l’agent Foster dans la salle de détente prévue pour les interventions de Sunny, elle travaillait à un autre dossier, cherchant la moindre faille qui pourrait l’aider, Matt et elle. Elle eut d’ailleurs le temps de se demander ce qui avait changé pour qu’il daigne la rappeler, elle avait hâte qu’il lui raconte ce revirement. Sunny se demanda un instant si David ne pourrait pas leur être utile dans l’enquête des foyers d’adoptions de la ville. Si la police refusait de s’y coller, le FBI daignerait peut-être y jeter un oeil. Mais Sunny n’avait pas encore osé demander, pourtant, voilà qui lui brûlait les lèvres.

Quand elle entendit la porte s’ouvrir, elle prit une profonde inspiration et se redressa en fermant son dossier pour arborer un magnifique et immense sourire. Elle tendit sa main pour serrer celle de David.

« Je suis contente de vous revoir, j’espère que vous allez bien ! »



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David Foster
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Ca n’avait pas été facile, comme démarche, mais j’avais fini par rappeler mademoiselle Sullivan. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, c’était ma rencontre avec Garin (enfin, la deuxième) qui m’avait persuadé de le faire. A force de discussion, j’avais admis l’idée que j’avais énormément de choses sur la conscience, des choses qui me tiraient en arrière et m’empêchaient de faire la paix avec moi-même.

J’avais longuement réfléchi, seul devant mon ordinateur, le soir. J’avais pesé le pour et le contre. Je ne me sentais pas prêt à déballer tout ce que j’avais sur la conscience à une parfaite inconnue, mais je savais que c’était le seul moyen de m’apaiser.

Cela m’avait pris plusieurs jours avant d’en venir à la conclusion que je n’avais pas le choix, qu’il fallait que je saute le pas si je voulais que ça aille mieux. Alors je l’avais rappelée. Sunny avait paru surprise, elle ne s’attendait probablement pas à ce que je le fasse étant donné la réticence que j’avais montré lors de mon première rencontre.

Arrivé devant la porte, j’hésitai quelques secondes avant d’entrer. J’avais la démarche de l’appeler, oui, mais je n’étais pas sûr de pouvoir lui parler. Je n’étais pas prêt (en même temps, le serai-je un jour ?), je n’en avais pas tellement envie, non plus. Mais j’étais là maintenant, je n’étais pas du genre à revenir sur une décision. Je pris une profonde inspiration et poussai la porte.

Elle était là, bien sûr, penchée sur un dossier. Elle releva la tête quand j’entrai et m’adressa un sourire radieux. Sourire que je me sentis, sur le coup, incapable de lui  rendre. Je n’étais pas à l’aise avec l’idée d’être ici, d’avoir à lui parler. J’étais venu de moi-même, de mon plein gré, mais je ne pouvais m’empêcher d’être sur la défensive, un vieux réflexe. Si elle voulait que je lui parle vraiment, elle devrait d’abord me mettre en confiance. On ne va pas si facilement à l’encontre de sa personnalité, même si on sait que c’est nécessaire. Mais c’était moi qui l’avais rappelée, c’était déjà ça, non ?

Je pris la main qu’elle me tendait et la serrai légèrement.

- Aussi bien que possible, merci.

En tous cas, physiquement, j’allais beaucoup mieux que la dernière fois. Mon visage et mes mains ne montraient plus la moindre trace de mon altercation avec Garin.

- Merci de prendre le temps de me recevoir. Je doutais que vous soyez d’accord après la réaction que j’ai eue l’autre fois.
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Sunny Sullivan
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Il était réticent, Sunny pouvait le sentir. De plus, elle le comprenait, ce n'était jamais évident pour quelqu'un d'accepter qu'il avait besoin de parler à quelqu'un. Elle n'aimait pas beaucoup être ce "quelqu'un", elle préférait lorsqu'on lui parlait comme on le ferait avec une amie, quelqu'un qui compte et avec qui on a envie de partager quelque chose.

« Quelle réaction ? Agent Foster, vous n'êtes pas le pire, je vous rassure. Vous n'avez pas tenté de m'étrangler ! » Elle se réinstalla dans un sourire et posa son dossier sur la table. Elle croisa les jambes et serra ses genoux dans ses mains en se penchant légèrement vers David. Aujourd’hui, elle avait choisi une tenue plus formelle, un tailleur avec un foulard, ce qui la rendait plus adulte. Elle avait une réunion parents d’élèves le soir et n’avait pas envie de passer pour la mère fofolle qu’on désigne du doigt comme mentalement déséquilibrée.

« Bien, Agent Foster, je vous rappelle que tout ce qui se dit ici n’appartient qu’à vous et moi. Je n’ai pas le droit d’en parler à qui que ce soit d’autre en dehors de cette pièce, pas même à la maison. » Elle le désigna d’une main légère. « Alors, vous pouvez tout me dire.. Vous pouvez aussi ne rien dire, ce n’est pas très grave. Peut-être que vous pourriez commencer par me dire ce qui vous a convaincu de me rappeler ? »

Sunny s’efforçait de ne pas paraître trop rigide. Elle aimait se différencier des autres, c’était sûrement une erreur de s’approcher si près des patients, ne pas leur donner de barrières. Mais c’était sa méthode, sa façon de faire et elle ne semblait pas être si terrible, cette méthode. Elle avait des résultats convaincants. La preuve en était même que David l’avait rappelée. De lui-même. Il aurait pu parler à quelqu’un d’autre, il aurait pu choisir quelqu’un d’autre mais il avait préféré revenir vers elle. Et elle sourit à cette pensée. Elle était vraiment ravie qu’il l’ait fait, car elle prenait chacun de ses patients très au sérieux. Elle avait déjà remarqué que David avait des choses à dire mais au moins cette fois, il le ferait parce qu’il l’a choisi.



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David Foster
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Sun Sullivan, son sourire jovial, charmante en toute occasion, comme si rien ne pouvait ternir sa bonne humeur. Pas même un rendez-vous professionnel avec un agent du FBI qui avait, apparemment, des problèmes et qui était là plus par nécessité que par réelle envie. Je devais bien avouer qu’elle m’impressionnait. En cet instant précis, je n’arrivais pas à lire son visage ce qu’elle pensait vraiment et c’en était assez perturbant. Il faut dire que j’avais tellement l’habitude de scruter le visage des gens à la recherche du moindre petit truc qui pourrait trahir leurs émotions (et en particulier leurs mensonges) que oui, je me sentais un brin mal à l’aise.

Je m’installai néanmoins dans un fauteuil libre et adoptai, sans m’en rendre compte, la même posture que l’autre fois : le dos bien calé contre mon dossier, les jambes allongées devant, les coudes posés sur les accoudoirs et le bout des doigts se rejoignant, ma position d’analyse, de réflexion. Quand elle commenta ma réaction, j’écarquillai les yeux quelques secondes et penchai la tête sur le côté, en signe d’assentiment. Oui, c’est vrai, je n’avais pas cherché à l’étrangler. Je me plaisais à me dire que je n’étais pas tellement violent et que j’arrivais, généralement, à garder le contrôle de moi-même. Sauf que l’épisode avec Garin venait contredire tout cela. Et pour être honnête, je ne comprenais pas comment j’avais pu en arriver là. Je n’étais pas d’un naturel violent. Quand j’étais ado, je me défendais d’abord avec mes mots avant d’utiliser mes poings. Mais seulement si les mots n’étaient pas suffisant, et seulement en cas de défense, jamais d’attaque. Comment avais-je pu changer à ce point ? J’en avais bien une petite idée, nous verrions si Sunny la validait, à condition que nous allions sur ce terrain-là.

Je hochai la tête tandis qu’elle me rappelait les principes de base de ces rencontres. Je les connaissais déjà, évidemment, mais c’était toujours rassurant de les entendre à nouveau. En revanche, qu’elle me donne de l’ « agent Foster » ne m’aidait pas tellement. C’était pourtant ce que j’étais, mais cela instaurait une espèce de distance qui ne me facilitait pas la tâche. Comme je le disais, j’avais besoin qu’elle me mette en confiance et pour le coup, ça n’était pas gagné. Mais il me semblait déplacé de la corriger, pas maintenant du moins.

Sa question me laissa songeur quelques secondes, le temps que je réfléchisse à ce que je pouvais lui dire. La première réponse qui me vint fut : «  Vous vous souvenez du type que j’ai tabassé l’autre fois ? Et bien je l’ai revu, et c’est lui qui m’a convaincu ». Non il était évident que je ne pouvais pas dire quand bien même c’était la vérité. Une vérité résumée du moins.

- J’ai discuté avec un « ami » il y a quelques temps.

Qualifier Garin d’ami, ça me faisait vraiment bizarre. Certes, je ne ressentais plus aucune hostilité à son égard. Je lui faisais même confiance désormais, sur certains points du moins. Mais de là à dire qu’il était mon ami. Et pourtant, j’avais accepté de l’aider, et j’allais faire pour lui quelque chose que je n’aurais probablement accepté de faire que pour un ami proche. Alors oui, l’appeler « ami » avait quelque chose de perturbant, mais je n’en montrai rien. Au lieu de cela, je continuai à m’expliquer.

- Vous savez, quand plusieurs personnes vous font la même remarque, vous finissez par comprendre qu’il y a quelque chose qui cloche.

Je levai les mains pour me justifier.

- Je m’en doutais déjà, mais je voulais régler ça par moi-même. Il m’a fallu du temps pour prendre conscience que je n’y arrivais pas.
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Sunny Sullivan
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Sunny acquiesça. S’il était difficile de la « percer à jour » sur ses émotions, c’était probablement parce qu’elle les exprimait sans honte ni gêne, sans pudeur. L’expression faisait partie de son mode de vie, c’est le meilleur moyen de communication qu’elle connaissait et celui dont elle se servait pour son travail. Certains usaient de stylo, d’un carnet, d’une prise de notes… Elle… Parlait. David employa cette même posture de défense que la première fois, manière qui n’échappa pas à l’oeil aiguisé de Sun. Elle lui sourit d’autant plus et croisa ses bras sur ses genoux pour l’écouter, tout en acquiesçant.

« Et qu’est-ce qui cloche, alors ? Qu’est-ce que vous avez compris ? Il est essentiel que vous soyez celui qui prend conscience d’un trouble, d’un problème, de quelque chose qui sonne faux. Le fait que les gens autour de vous le disent et le répètent n’est pas, en soi, une bonne chose. C’est un peu comme la radio, plus vous entendez la même chanson, plus vous en êtes malade et vous finissez par éteindre la radio. Cet ami dont vous parlez a dû employer une manière différente, des mots inédits, pour vous toucher. Ca, en revanche, c’est une bonne chose. Quelqu’un dans votre entourage s’inquiète pour vous, visiblement, mais a décidé de ne pas être la personne qui changerait le cours de votre vie. Néanmoins, il vous a sommé d’être votre propre guide. » Elle se redressa légèrement pour se désigner. « C’est le genre de personne que je vais être pour vous. Je ne suis pas là pour régler vos ennuis, ni pour réparer le rouage enrayé dans votre cerveau. Mon travail, mon but, à moi, c’est de vous aider à vous poser les bonnes questions, à comprendre ce qui vous fait souffrir et vous guider sur le bon chemin. C’est ce que j’ai tenté de vous expliquer la première fois mais vous n’étiez pas prêt. Vous m’avez sûrement vue comme une ennemie, ou un juge. Quelqu’un qui veut vous faire croire qu’elle vous connaît mieux que vous-même. Ce n’est pas le cas, Agent Foster, je ne sais strictement rien de vous sinon cet état de fait qui vous a mené à moi. Je suis là pour en apprendre sur vous, autant que vous. »

Elle se redressa complètement et ouvrit les bras en prenant une voix plus assurée. « Voyez-moi plutôt comme… Un coach ! Si nous étions dans un bar, je serais votre « Win-Man ». En d’autres termes, la personne qui vous aide à vous taper la bombasse fadasse au comptoir, la seule qui n’a pas la bague au doigt, mais qui en porte pourtant la marque. Mon job serait donc de vous dire, d’après mon expérience et mon ressenti, mon avis extérieur, que cette fille n’est pas pour vous, parce qu’elle porte la marque de bronzage sur son doigt, preuve qu’il y avait une bague là… Ce qui signifie que cette voie est obstruée. Pourquoi ? Parce que vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous tire vers le bas, vous avez besoin que l’on vous aide à retrouver la surface. Il me faudrait donc trouver une jeune femme, délicate, prête à prendre soin de vous. Vous-même ne portez pas d’alliance, mais y a-t-il quelqu’un dans votre vie ? Quelqu’un vous soutient-il émotionnellement dans votre vie de tous les jours ? »

David lui apparaissait plutôt comme ces flics solitaires, seuls parce qu’investit d’une mission. Le genre à se caler dans un coin et se priver de toute distraction. Le problème principal n’était pas là, mais il en faisait certainement partie. Sunny eut un sourire, plus moqueur.

« Vous voyez, vous n’êtes pas celui qui parlera le plus, mais qui sait… »



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David Foster
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«  Qu’est-ce qui cloche ? ». Ça c’était une bonne question. Je pris une profonde inspiration tandis que je réfléchissais à la réponse que je pourrai apporter à sa question. Le souci, c’est que je n’avais que des suppositions, pas de réelle conviction. Et je comptais sur l’aide de Sunny pour mettre tout ça au clair. Je me calai un peu plus confortablement dans mon fauteuil et laissai mon regard se perdre dans le vague. Comment exprimer ce que je ressentais avec des mots ? C’était, là, la plus grande difficulté pour moi, hormis le fait de parler de moi. Je n’étais pas du genre à parler beaucoup. Je laissais généralement mes gestes ou mon regard s’exprimer plutôt que ma bouche. Il allait falloir que je passe au-dessus de ça également.

Une chose était sûre, cependant, Sunny n’avait pas les mêmes difficultés que moi à parler. Depuis qu’elle avait repris la parole, elle ne s’arrêtait plus. Mais elle disait des choses intéressantes, c’était déjà cela. Je l’écoutai, le regard baissé, n’osant pas vraiment l’interrompre. Nous avions à peine commencé la séance qu’elle m’amenait déjà à réfléchir. Je m’efforçai de garder un visage neutre, en particulier lorsqu’elle me parla de Garin comme d’un ami qui devait s’inquiéter pour moi. Tu parles ! Il s’était juste contenté de me dire ce qu’il pensait de mon comportement vis-à-vis d’Angie, de là à s’inquiéter pour moi, y’avait un sacré fossé. En fait, je commençais même à me demander pourquoi il m’avait parlé ainsi. A l’évidence, ce n’était pas à moi qu’il s’intéressait, mais à Angie. C’était, du moins, l’impression que j’avais, et en réalité, c’était ce qui me semblait le plus logique. Mais je me gardai bien de le dire à Sunny. Je me gardai également de faire le moindre geste ou de lui lancer le moindre regard qui aurait pu trahir mes pensées à ce sujet.

Ce ne fut que lorsqu’elle s’intéressa à ma vie privée que je relevai le regard vers elle. Un réflexe me fit froncer les sourcils et je me sentis me refermer comme une huitre (oui, je sais, je n’étais déjà pas très ouvert) tandis que je me posais cette question « En quoi est-ce que ça la regarde ». J’étais, manifestement, encore trop sur la défensive. Mais je m’exhortai au calme. Je l’avais appelée pour qu’elle m’aide, elle n’arriverait à rien si je n’y mettais pas du mien.

J’accueillis sa dernière remarque avec un léger sourire. Oui, elle était bavarde mais à vrai dire, ça ne me dérangeait pas outre mesure. Au moins, je n’avais pas besoin de parler pendant ce temps-là. Mon sourire s’effaça cependant rapidement tandis que je prenais une profonde inspiration pour lui répondre.

- Non je… Je n’ai pas le temps pour ça. Enfin, j’ai quand même ma sœur, et je sais que je pourrais compter sur elle, mais je préfère ne pas lui parler de moi. Elle a… suffisamment de soucis sans que je ne lui en rajoute.
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Sunny Sullivan
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« Votre soeur n’est pas suffisante. Elle n’est pas extérieure à votre monde, elle n’est pas objective en ce qui vous concerne. »

Sunny pencha la tête et avisa David en le couvant d’un regard attentionné et passablement inquiet. Pour quelqu’un comme elle, vivre seule était hors de question. Elle ignorait comment faire. Elle ne supportait pas quand son fils était absent et quand son ex partait pour le weekend à l’époque, elle angoissait chaque heure. Pour une psy, Sunny n’était pas ce que l’on pouvait qualifier des plus équilibrée, mais elle cachait assez bien son jeu.

« C’est un temps que vous devriez prendre. Peu importe quels sont les soucis de votre soeur, il semble évident que vous vous sentez responsable. Une jeune soeur, j’imagine, alors. Dans ce cas, elle ne peut être un soutient émotionnel. Vous soutenir dans vos choix est une chose. Mais un ami, avec une vision périphérique de votre environnement est bien plus avisé. Un ou une amie. Un ou une petite amie. Vous savez… Si je ne prenais pas le temps de faire des rencontres, que pensez-vous que je ferais le soir en rentrant ? Travailler ? Repenser à des cas particulièrement difficiles que je traite ? Car le vôtre est plutôt simple, mais certains, j’y pense chaque jour, et chaque nuit. Je deviendrais folle. J’ai un petit garçon de 4 ans, si je ne m’octroie pas des pauses sociales et émotionnelles, ce n’est pas sain. Ni pour lui, ni pour moi. Vous devez prendre ce temps, David. Je peux vous appeler David ? Je viens de vous livrer un détail très personnel de ma vie, je pense que je peux vous appeler David. Une stabilité sociale est très importante pour votre équilibre. Vous devez voir autre chose que votre travail. Je sais qu’il est important, bien sûr qu’il est important, et vous le faites bien, ça je n’en doute pas un instant. Mais à ne pas vous en déconnecter, vous perdez votre objectivité, votre distance par rapport à votre enquête. Les flics les plus obsessionnels ne sont pas… de bons flics, Agent Foster. Pourquoi est-ce que vous ne prenez pas le temps d’une relation ? A cause de votre soeur ? De la responsabilité que vous avez envers elle ? Quel âge a-t-elle ? »



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David Foster
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- Angie est…

Je ressentais l’impression de me justifier, comme si le fait de n’avoir que ma sœur était mal. Je comprenais pourtant où Sunny voulait en venir, mais elle ne connaissait pas ma sœur et elle ne me connaissait pas moi. J’avais grandi en me disant que le soutien de ma famille était le plus important. Angie et moi avions grandi en sachant que nous pouvions toujours compter l’un pour l’autre, quelles que soient les circonstances  et quand bien même l’un de nous n’était pas d’accord. Angie, en tout cas, ne se gardait pas de me balancer tout ce qu’elle pensait réellement à la figure. Si je faisais quelque chose qui lui déplaisait, elle me le faisait sentir. Alors oui, elle n’était pas objective, mais elle était là. Et c’était toujours ça.

J’allais dire tout ça à Sunny, mais elle reprit la parole sans m’en laisser le temps. Et voilà qu’elle était de nouveau lancée. J’ouvris plusieurs fois la bouche pour ajouter quelque chose ou commenter ce qu’elle venait de dire, mais elle ne m’en laissait pas le temps et finalement, ça ne gênait pas outre mesure. Alors je réagis à ma façon, suivant le cours de son discours. J’hochai la tête lorsqu’elle supposa qu’Angie était plus jeune que moi, ouvris des yeux ronds lorsqu’elle me parla de petite amie. A ce sujet, si elle m’avait laissé le temps de m’exprimer, j’aurais probablement levé les mains en secouant la tête comme pour dire que déjà, un petit ami, non, clairement non (pourquoi d’ailleurs avais-je ressenti le besoin de la démentir à ce sujet), et que je n’en étais pas encore là. Même si je devais bien avouer que l’idée d’une petite amie m’avait effleuré l’esprit plus d’une fois. Mais évidemment, tout cela, elle ne me laissa pas le temps de l’exprimer. Elle ne me laissa pas le temps non plus de lui dire que je préférais David, en effet. Je me contentai d’un simple hochement de tête pour exprimer mon approbation et l’écoutai continuer, gravant chacune de ses réflexions dans mon esprit.

Et puis, soudain, le flot de parole s’interrompit, me laissant perplexe face à ses dernières questions. Des questions que je trouvais relativement gênantes. J’adorais Angie et parler d’elle ne me posait pas de problèmes, mais là, Sunny abordait un sujet délicat. Un sujet dont nous discutions souvent avec Angie, et que je fuyais systématiquement, parce que je savais à l’avance ce qu’elle allait me dire et que je n’aimais pas ça.

Je me décollai de mon dossier, appuyai mes coudes sur mes genoux et me passai la main dans les cheveux. Par où commencer ? Je pris une profonde inspiration, relevai les yeux vers elle et me lançai.

- Elle a 25 ans.

Ok, c’était un bon début, et maintenant ? J’hésitai un peu avant de continuer.

- Angie est malade. Elle est condamnée. Je n’ai pas le temps d’avoir une relation parce que je m’occupe d’elle. Et à vrai dire, je ne tiens pas tellement à en avoir pour l’instant. Il me reste peu de temps avec ma sœur, je ne veux pas le perdre avec quelqu’un d’autre.

Le début n’était pas un secret, tout le monde le savait, c’était un sujet que j’abordais difficilement mais que je ne pouvais pas cacher à mes supérieurs, ni même à certains de mes collègues. Il avait fallu justifier le fait que j’ai besoin d’un jour fixe de congé dans la semaine à l’époque où Angie suivait un traitement particulièrement difficile. Il avait fallu aussi que j’explique pourquoi parfois je devais quitter mon poste précipitamment parce qu’Angie avait été conduite à l’hôpital.

En revanche, la deuxième partie était plus secrète. Cela faisait partie de l’un de ces trucs que je gardais pour moi. Je n’en parlais pas parce que j’estimais que ça ne regardait que moi. Quant à Angie, pourtant la principale intéressée, je ne voulais pas qu’elle se sente coupable, et je savais qu’elle ne manquerait pas de le faire si elle le savait.
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Sunny Sullivan
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Si David voulait un temps de réaction, cette fois il l’avait. Il était si persuadé d’avoir raison. Le secret dévoilé d’Angie ne la fit pas réagir outre mesure. Ou en tout cas, elle n’en montra rien. Des cas désespérés, elle en connaissait beaucoup. Mais ce qu’elle retenait, c’était David. Et uniquement lui, sa soeur n’était pas sa patiente, elle n’était pas sa responsabilité. Sunny avait appris à faire la part des choses pour survivre à ses journées stressantes. Aussi, elle se leva et vint s’asseoir à ses côtés, une jambe reposant sur le bras du fauteuil. Elle prit son temps afin de lui démontrer une chose. Parler, la plupart du temps, ne servait strictement… à rien. Elle attendit quelques secondes, qu’il s’habitue à sa proximité, d’autant plus celle d’une inconnue.

Elle leva une main, qu’elle porta délicatement à la tempe de David pour lui caresser la peau doucement. Elle ne dit rien, se contentant de lui sourire, les yeux suivant son propre geste sans un mot. Elle lui offrit toute son attention pendant de longues secondes, son index glissant sur sa joue. Finalement, elle lui posa la question que tout psy finissait par poser. « Qu’est-ce que vous ressentez ? » Elle fut d’une tendresse sans égale. « C’est plutôt agréable d’avoir quelqu’un qui prend soin de nous, non ? » Elle récupéra enfin sa main - qui devait bien le déranger, au passage - et croisa ses doigts dans une moue de réflexion.

« David… Il ne s’agit pas de vous retirer le temps qu’il vous reste avec votre soeur. Il s’agit de la rassurer. Qu’elle ne vous laisse pas seul, que la vie continuera sans elle. Que vous continuerez de vivre sans elle. Vous instaurerez un périmètre de normalité, de banalité. C’est ce dont votre soeur a besoin, tout comme vous. Vous… Avez besoin de prendre du recul, sinon, votre perte sera insurmontable. Pendant ce temps, qui prend soin de vous ? Votre soeur ne peut rien pour vous. Je crois qu’il est temps d’accepter… Qu’un jour elle ne sera plus là et que oui, ça craint, mais vous, vous le serez toujours. C’est très dur, j’en suis consciente. Mais je suis là pour vous apprendre aussi à songer un peu à vous. »



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David Foster
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Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne me sentais pas très bien après avoir dit tout ça. Comme à chaque fois que j’évoquais la maladie d’Angie, je sentais comme une espèce de chape de plomb s’abattre sur mes épaules et, instinctivement, je courbai légèrement le dos, comme si la charge était réelle.

Mais j’étais loin de m’attendre à la réaction que Sunny allait avoir. Je la regardai se lever, un peu surpris et écarquillai les yeux tandis qu’elle s’installait sur l’accoudoir de mon fauteuil.  Inutile de vous dire que ce simple fait me mettait mal à l’aise. Instinctivement, je me raclai la gorge et me décalai au maximum contre l’autre accoudoir, l’interrogeant du regard. Mais qu’est-ce qu’elle faisait ?

C’est alors que je sentis sa main sur ma tempe, ses doigts sur ma joue. J’eus comme un mouvement de recul et je me crispai. Ce n’était pas que c’était tellement désagréable comme sensation. En fait, c’était même… plutôt l’inverse. Elle avait la peau douce et son geste avait quelque chose de tendre. Mais je ne me détendis pas pour autant. Son geste était totalement inattendu et plutôt déplacé si vous voulez mon avis. Ses questions achevèrent de me troubler.

- Arrêtez ça !

Je me levai soudain et m’éloignais d’elle, comme si je préférai conserver une certaine distance entre elle et moi. C’était d’ailleurs le cas.

- Je… Oui, c’est sûr, je ne dis pas le contraire mais…

Je ne continuai pas. J’avais toujours eu du mal à exprimer ce que je ressentais alors il ne fallait pas s’attendre à ce qu’y arrive aujourd’hui. Sans compter que, quelque part, j’avais aussi ressenti son geste comme une intrusion dans mon espace. Elle me poussait dans mes retranchements et je n’aimais pas ça.

Je secouai la tête et me tournai vers la fenêtre tandis qu’elle se remettait à parler. Evidemment tout ce qu’elle disait était plus que censé (c’était son boulot en même temps non ?) et je le savais, quelque part, au fond de moi-même. Seulement je me sentais tellement coupable. J’enfonçai les mains dans mes poches et baissai la tête.

- Vous ne comprenez pas. Je n’ai pas besoin qu’on prenne soin de moi. Pas pour l’instant. J’aurai tout le temps d’y penser… après. Je ne pense pas le mériter d’ailleurs.

Je secouai à nouveau la tête et posai mon front contre la vitre.

- C’est à moi de prendre soin d’elle. Je lui dois bien ça.
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Sunny Sullivan
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Sunny ne réagit pas à l’indignation de David. Elle s’y était attendue et même, s’il n’avait rien fait, elle s’en serait étonnée. Elle resta assise sur le bras du fauteuil, les mains croisées sur ses genoux. Elle le dévisagea pendant qu’il s’éloignait, tout en l’écoutant. Elle n’avait pas peur de le repousser au-delà de ses limites, bien au contraire, c’était ce qu’elle cherchait. Quant au reste, elle était désolée de constater que David n’était ni plus ni moins comme n’importe qui. Un flic têtu, borné, et qui croit tout savoir de lui-même, sans, prendre les risques de se découvrir de peur de ce qu’il pourrait découvrir en grattant la surface.

« Vous ne méritez pas que l’on prenne soin de vous ? Que l’on vous porte de l’attention ? »

Sunny finit par lever la main pour le faire taire. Elle n’avait jamais vu l’abnégation d’un bon oeil. Ce n’était, selon elle, qu’une bombe destructrice à retardement. Elle s’approcha doucement de lui, cette fois en respectant la distance, tout en conservant une proximité rassurante.

« Vous avez peur. Et c’est tout à fait normal. Le problème étant que ce qui vous affecte est de longue durée, c’est une souffrance qui vous accompagnera tout au long de votre vie et qui ne peut être compartimenté. Vous ne pouvez vous forcer à ne pas y penser avant le moment venu, vous devez apprendre à vous y préparer. Il n’est pas seulement question de prendre soin de vous, il est question de vous accompagner dans cette épreuve et je ne parle pas de moi, ni d’un médecin spécialisé. Je parle de quelqu’un en qui vous avez confiance, quelqu’un qui vous soutiendra, votre soeur et vous et qui sera à même de comprendre votre peine. »

Inspirant profondément, Sunny ouvrit les bras à l’évidence et haussa les sourcils.

« Une thérapie ne passe pas uniquement par une personne ayant parcouru des études spécialisées. Ce n’est pas l’affaire d’un médecin qui vous donnera des pilules pour mieux dormir. Il s’agit de trouver un ami. Vous devriez laisser une personne vous apprivoiser, vous ne pourrez pas rester seul éternellement. Vous savez, je ne suis pas convaincue par ces gens qui décident que vivre seuls est une possibilité ou une fin en soi. Personne ne devrait vivre ainsi. Et quand votre soeur ne sera plus là, que ferez-vous ? Travailler ? Vous serez tant obsédé par vos enquêtes que vous en oublierez le monde extérieur, le monde réel, celui qui vous fournit l’équilibre. Mon travail à moi est de vous faire prendre conscience de ce danger qui vous guette, avant qu’il ne soit trop tard. Et je suis certaine que votre soeur serait ravie de vous accompagner dans cette démarche, faire quelque chose pour vous. »

Elle le détailla avec compassion, un léger sourire aux lèvres et s’assit sur l’accoudoir du fauteuil le plus proche de David.

« Vous savez, j’ai rencontré beaucoup de personnes malades, certaines en fin de vie. C’est très difficile, éprouvant, mais il s’avère que la sagesse qu’ils gagnent alors est multipliée au centuple. C’est quelque chose que vous et moi serons incapables d’atteindre et ce, malgré l’âge. Que vous dit votre soeur ? »



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David Foster
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Je restai face à la fenêtre un moment, le front collé contre la vitre. La question de Sunny, en réaction à ce que je venais de dire, me fit relever la tête. A l’entendre, elle semblait incrédule. Et à vrai dire, c’était normal, j’aurais probablement réagis de la même façon qu’elle si quelqu’un m’avait parlé de la sorte. Mais là, c’était de moi qu’on parlait. Et même si je me trompais, ce qui, à entendre Sunny, devait être le cas, c’était ce que je ressentais, en cet instant. Alors je ne dis pas que j’avais raison de penser ça, que c’était la meilleure chose à faire, mais c’était comme ça, je ne me posais pas la question.

Je me tournai à nouveau vers elle tandis qu’elle marchait vers moi. Quelque part, je préférais lui faire face plutôt que lui tourner le dos. C’était juste une réaction idiote, certainement, le besoin de l’avoir dans mon champ de vision tandis qu’elle se déplaçait. Juste histoire de vérifier qu’elle ne s’approchait pas de trop près, qu’elle n’allait pas recommencer comme tout à l’heure. Inconsciemment, je me tendis, peut-être bien que j’avais peur, j’étais mal à l’aise en tout cas. Je sentais encore sa main sur ma joue et ça me troublait quelque peu, je devais bien l’avouer.

Mais elle garda ses distances et, rassuré, je baissai la tête tandis qu’elle se remettait à parler. Oui, bien sûr, tout ce qu’elle disait était censé, je devais bien le reconnaitre. Je savais bien, aussi, qu’il fallait que je suive ses conseils, mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Non pas que je ne veuille pas faire d’efforts pour ça, mais à force de vivre ainsi, je m’étais forgé des habitudes, une carapace, qu’il n’était pas facile de faire tomber.

Sa question sur Angela me fit relever la tête. Je fronçai les sourcils et haussai les épaules.

- Que je dois continuer à vivre ma vie, faire comme si elle n’était pas malade. Mais elle n’a pas toutes les cartes en main pour comprendre pourquoi j’agis de la sorte et elle est plutôt mal placée pour me donner ce genre de conseil en fait.

Je secouai la tête avec un sourire désabusé. Ma sœur était très différente de moi, dans sa façon d’appréhender sa maladie. Mais quelque part, je me demandais si sa façon de faire était meilleure que la mienne. J’en doutais. Je sortis alors la main de ma poche et la passai dans mes cheveux.

- Vous savez, je n’ai pas envie de jouer ce rôle, celui du grand frère, toujours sur son dos, qui la surveille et la surprotège. Mais j’ai parfois l’impression qu’elle ne me laisse pas le choix. Elle donne l’impression que sa vie, du fait qu’elle est presque arrivée à terme, n’a plus aucune valeur. Elle n’a plus aucune notion du danger, au contraire, on dirait qu’elle le recherche en permanence. Alors que moi, pour avoir failli perdre ma vie plus d’une fois, j’ai conscience qu’elle est précieuse et qu’il ne faut pas la gaspiller. Je passe mon temps à essayer de le lui faire comprendre, mais elle s’en contrefiche et je me retrouve à devoir jouer le rôle du grand frère rabat joie qui ne la laisse pas faire ce qu’elle veut et je n’aime pas ça. J’ai beaucoup à me faire pardonner mais je préférerai le faire autrement.

Je levais alors mes mains en signe d’impuissance.

- Mais qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Qui la protégera si je ne le fais pas ? Qui fera ce qu'il faut pour la garder en vie le plus longtemps possible ?
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Sunny Sullivan
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Sunny soupira. Si elle comprenait le point de vue de David, il lui fallait lui montrer une autre façon de voir les choses. « Votre soeur a besoin de son frère pour la soutenir dans sa propre épreuve, pas que vous jouiez le rôle de son père. Plus vous la protègerez et plus elle défiera votre autorité, simplement pour vous prouver qu’elle peut s’en sortir sans vous. Personne n’est parfait, agent Foster, et la maladie de votre soeur ne la rend pas exempt de cette remarque banale. » Elle ouvrit les mains en se rapprochant à nouveau de lui. « Vous voulez vous faire pardonner de torts qu’elle a probablement déjà pardonnés ? Alors écoutez-la. Et si vous vous égosillez parce qu’elle n’est pas capable de faire ce que vous dites, alors sachez qu’elle pense très probablement la même chose de vous. Pour une fois dans votre vie : faites ce qu’elle vous demande. Les choses changeront. Ayez confiance en elle. Elle est peut-être malade. Mais elle n’est sûrement pas stupide ni moins intelligente que si elle était parfaitement saine. »

Elle l’étudia un instant avec un léger sourire, les bras croisés contre sa poitrine. Son travail lui avait appris à se protéger de l’empathie qu’elle ressentait pour les personnes qui la consultaient, autant que pour les jeunes qu’elle tentait vainement d’aider. Mais elle faisait son possible, et le maximum. La détresse de David était réelle mais mal orientée. Le travail de Sunny consistait à lui faire reprendre la bonne route. Un chemin plus doux, plus sûr. Elle inspira profondément et tendit les mains vers lui.

« J’aimerais vous revoir dans un autre contexte, un élément qui vous est plus rassurant que cette pièce, sans pour autant être chez vous. Un endroit où vous êtes vous-même, qui n’appartient qu’à vous. Vous avez sûrement quelque part où votre soeur ne fait pas partie du paysage, où la seule personne qui existe, c’est vous. Quand vous avez besoin de recul et de réfléchir, de vous déconnecter de toute cette pression. J’aimerais vous voir là-bas. Et que vous me parliez, de là-bas. Si vous ne souhaitez pas vous ouvrir à votre soeur ni à qui que ce soit, vous allez devoir le faire avec moi. Je ne dis pas ça parce que c’est mon travail. Je dis ça pour votre propre santé et votre propre bien. » Un léger sourire naquit sur ses lèvres. « J’aime mon travail, agent Foster, et je le fais bien. Sachez que je n’abandonne jamais. Je ne trouverai pas de repos tant que le vôtre ne sera pas acquis. Aussi, je vous recommande de vous livrer sans opposer de résistance. Le plus vite vous cèderez, le plus vite vous serez débarrassé de moi et plus aucun supérieur ne vous ennuiera avec vos… « Problèmes de gestion de colère et de stress. », vous me suivez ? »



There's a certain beauty to your resistance.
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David Foster
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J’enfonçai une main dans ma poche et me passai l’autre sur la nuque. Je n’avais jamais pris le problème dans ce sens-là. J’avais toujours été plus ou moins le nez dans le guidon avec toute cette histoire et je n’avais jamais réussi à relever la tête suffisamment pour voir qu’il y avait d’autres voies possibles.

Alors comment vous expliquer ce que je ressentais, là, face à Sunny, tandis qu’elle tentait de me remettre sur les rails ? J’avais des sentiments mitigés. Je n’étais pas à l’aise parce que j’avais l’impression que Sunny s’immisçait dans ma vie, dans ma tête. Je n’aimais pas cette sensation, quand bien même j’en étais à l’origine cette fois. Et en même temps… hey, ça faisait du bien quand même de pouvoir parler à quelqu’un, même si c’était une inconnue. Et c’était aussi, d’ailleurs, ce côté « inconnue » qui faisait que j’arrivais à parler finalement. On parle plus facilement à quelqu’un qui ne nous connait pas et qui ne risque pas de nous juger ou de nous rejeter en fonction de ce qu’on va dire. On parle plus facilement aussi à quelqu’un qu’on sait qu’on ne reverra pas. Je veux dire, Sunny, j’allais certainement la revoir un peu, lors de prochains rendez-vous comme celui-ci, mais il viendrait un moment où tout cela serait terminé et où elle sortirait de ma vie aussi brusquement qu’elle y était entrée.

Je relevai la tête en la sentant se rapprocher. Et vous savez quoi, si je n’avais pas été déjà contre la fenêtre, un reflexe m’aurait certainement poussé à reculer légèrement. Un reflexe que j’allais devoir apprendre à contrôler. Comment pourrais-je laisser Sunny m’aider si je ne la laissais même pas s’approcher à moins de deux mètres ?

Un éclair de douleur passa dans mon regard au moment où elle aborda le fait qu’Angie m’avait probablement déjà pardonné mes erreurs. Comment aurait-elle pu ? C’était un épisode qu’elle avait totalement oublié, il avait disparu de sa mémoire, comme s’il n’avait jamais existé. Je n’avais pas eu le courage de lui en parler et j’avais imploré mes parents de se taire, ce qu’ils avaient fait. Je me pinçai l’arrête du nez, comme pour le dissiper ou le cacher aux yeux de Sunny, ou peut-être pour ces deux raisons à la fois et croisai mes bras sur la poitrine.

- Vous avez certainement raison. Je…

Je soupirai, comme si cette décision était la plus difficile que j’avais à prendre de toute ma vie, ce qui n’était pas le cas, mais n’était pas non plus d’une simplicité enfantine, pas pour moi en tout cas.

- Je vais essayer de suivre vos conseils.

Je fronçais les sourcils tandis qu’elle évoquait un endroit dans lequel elle pourrait me revoir. Un endroit à moi, dans lequel je serais moi-même et qui n’était pas hanté par ma sœur, un endroit dans lequel je me sentais bien et où j’allais lorsque j’avais besoin de respirer ou de réfléchir…. Je n’eus pas besoin de chercher longtemps, une image de la baie s’imposa aussitôt à mon esprit. La baie, le petit parc dans lequel nous venions régulièrement en famille avant que je ne parte à l’armée, l’océan, qui avait le don de me calmer quelques soient les circonstances. Je hochai légèrement la tête, comme pour faire signe à Sunny que je tenais l’endroit en question. Et en même temps, je n’étais pas persuadé que Sunny y trouverait vraiment ce qu’elle y cherchait. Quand j’étais là-bas, j’étais plus calme, plus lucide aussi, et plus nostalgique, plus sombre. Ce lieu, indéfectiblement, me ramenait à ce que j’étais avant et il m’arrivait parfois de regretter certaines de mes décisions.

- Vous êtes sûre que c’est vraiment ce que vous voulez ? Je crains que vous ne soyez déçue par ce que vous y trouverez.

Et puis, elle me parla de repos, me disant, comme une promesse tacite, qu’elle n’abandonnerait pas tant qu’elle n’aurait pas mené sa mission à bien. C’était rassurant, quelque part, de savoir qu’elle ne me lâcherait pas, de me dire que si je n’avais personne, je l’avais peut-être elle, un peu. Mais ça semblait aussi tellement irréalisable. Je haussai un sourcil un brin ironique, ce ne serait peut-être pas bien difficile, mais je n’étais pas sûr qu’elle se doute de l’étendue des « dégâts ». Parce que mes « problèmes de gestion de colère et de stress » n’étaient pas entièrement liés à Angie, n’est-ce pas ?

Je retrouvai mon air sérieux et plongeai mon regard dans le sien. Je pris une profonde inspiration et me lançai finalement.

- Je vais faire de mon mieux, mais certaines choses sont enfouies depuis tellement longtemps, je ne suis pas sûr d’être capable d’en parler.
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Sunny Sullivan
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Sunny lui sourit en acquiesçant. David concédait enfin à voir autre chose en elle qu’une simple psychothérapeuthe. Elle devenait peut-être plus apte à l’écouter et le comprendre. Elle n’était pas son ennemie et elle était ravie qu’il ait fini par le comprendre.

« Ce que je veux, c’est que vous retrouviez un équilibre sain et la tête haute. Parce que notre ville a besoin de vous et cela passe par votre lucidité à percevoir le monde qui vous entoure. Mais vous savez, j’apprends beaucoup de chacune des personnes qui me consultent. J’aime à croire que mon travail n’est pas à sens unique. J’aime aussi à croire qu’il passe par la santé mais aussi une force mentale car c’est là notre centre de gravité le plus solide. »

Dans un soupir à moitié soulagé, elle tendit les mains vers lui, s’attendant à ce qu’il les prenne en gage de réconciliation, d’acceptation ou de reconnaissance. « Chaque chose en son temps, agent Foster. Ceux qui ont le plus besoin de parler sont régulièrement ceux qui disent ne pas en avoir besoin. Alors je serai là. Quand vous aurez besoin, appelez-moi. Et je viendrai. Et vous parlerez. Quand vous serez prêt. »

Sunny lui sourit un peu plus avant de lui montrer la sortie.

« En attendant, ménagez-vous. Essayez de donner plus de libertés à votre soeur, écoutez mieux ce qu’elle a à vous dire, ne vous forcez pas à renoncer à une femme qui vous plaît si c’est le cas. Prendre des risques n’est pas toujours négatif, sachez-le. Il n’y a pas de courage sans peur. Vous avez déjà fait un pas vers moi, la prochaine fois, ce sera mon tour. J’attends donc votre signal. »



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David Foster
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«  Un équilibre sain et la tête haute ». Pendant quelques secondes, je me pris à rêver que c’était possible, que je pourrais, un jour, retrouver cet équilibre dont elle parlait. Mais j’avais parfois l’impression d’avoir un poids tellement lourd sur les épaules que je n’étais pas sûr de pouvoir relever la tête un jour. J’avais vu tellement de choses pendant que j’étais dans l’armée. Je n’étais pas le seul, bien sûr, et contrairement à d’autre, je m’en sortais bien, mais mine de rien, l’armée, les conflits, ça change un homme en quelques minutes. Et personne n’en sortait indemne, surtout pas moi. Ajoutez à tout cela la maladie d’Angie dont, quelque part, je me sentais responsable. On avait beau me dire que ce n’était probablement pas de ma faute, il y avait toujours cette petite probabilité qui persistait et c’était suffisant pour que je me sente coupable.

Je soupirai et relevai la tête. Même si je n’étais pas le gars le plus compliqué de la planète et certainement pas le cas le plus difficile qu’elle ait eu à traiter, Sunny allait tout de même avoir du boulot avec moi. Quand à savoir ce que j’allais lui apporter, moi, j’avoue que je n’en avais aucune idée. Et de quoi parlait-elle d’ailleurs, de quelque chose sur le plan humain ? Ou bien allait-elle jouer la carte du service à rendre contre aide donnée ? Dans ce cas là, effectivement, je me sentais capable de lui apporter quelque chose. Restait à savoir quel service elle pourrait attendre de moi.

Et puis elle tendit ses mains vers moi. Je les regardai quelques secondes, un peu décontenancé. Qu’attendait-elle que je fasse ? Que cherchait-elle à me faire passer comme message en me tendant ses mains de cette façon ? Que se passerait-il  si je les prenais, ou au contraire si je ne faisais rien ? J’étais le genre de personne qui pense qu’une poignée de main est bien plus qu’un certain geste, qu’il représente une sorte de pacte, une promesse, une alliance, un truc de ce genre, un truc sérieux quoi. Etait-ce également le cas de Sunny ? Je relevai les yeux vers elle pour essayer de déchiffrer un indice, quelque chose sur son visage qui me dirait ce qu’elle attendait, ce qu’elle cherchait à exprimer par ce geste. Et puis je captai son regard, et j’y vis comme une petite étincelle qui m’incitait à lui faire confiance. Alors je finis par le faire, ce geste qu’elle attendit. Je tendis mes mains à mon tour et pris les siennes, juste le temps d’une seconde. Je les lâchai quand elle se remit à parler.

- D’accord. Je vous appellerai.

Quand je serai prêt. Je ne savais pas encore quand ce serait, je me disais qu’il me faudrait certainement du temps pour ça, mais contrairement à la dernière fois, je savais que ce jour viendrait. J’enfonçai à nouveau mes mains dans mes poches et jetai un coup d’œil à la sortie quand elle me l’indiqua. Alors qu’elle se remettait à parler, je commençai à hocher la tête et m’arrêtai net quand elle en revint à l’histoire des femmes. Je n’en étais pas encore là, vraiment pas. Je n’y pensais même pas !

- Ok… hum… ouais, ça… on verra. Chaque chose en son temps, comme vous le dites si bien.

Je me passai une main sur la nuque et esquissai une moue un peu gênée. Je dois bien avoue que je me sentais un peu idiot sur le coup. Si on m’avait dit que la conversation aurait pu prendre cette tournure à un moment donné, je n’étais pas certain que j’aurais quand même rappelé Sunny. Je m’avançais vers la porte et posai la main sur la poignée avec de me retourner une dernière fois vers la jeune femme.

- Merci.

Je ne lui laissai pas le temps de répondre à cela. Il n’y avait rien à répondre de toute façon. J’ouvris la porte, sortis dans le couloir et la refermai derrière moi.
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[CLOS] [Sunny/David] Je n'abandonne jamais
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