2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Hayden/Maddie] Courant alternatif

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Maddison DeLuca
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Elle n’avait pas grand chose de différent, finalement. Un tatouage ou deux en plus… D’accord, beaucoup plus. Ses cheveux étaient un peu plus courts, ses vêtements plus serrés, son corps plus fin. Elle avait cependant un langage bien plus violent que le mien, elle était clairement plus excentrique. Elle n’avait peur de rien, elle n’avait plus personne, plus de famille, elle vivait une vie de survivante. Dans un sens, elle était l’opposé de moi.

En rentrant dans la pièce, elle alluma la lumière en jetant son téléphone - un machin plein de strass formant « Hayden » au dos, un couteau suisse miniature pendant de la coque et une photo d’eux en état d’ébriété avancée en guise de fond d'écran - et ses clés sur le petit meuble à côté de la porte d’entrée. Elle soupira en avançant dans l’appartement et a alluma la cuisine pour se servir un verre d’eau fraîche. Elle grimaça légèrement à cause d’une coupure sur le menton, sur laquelle elle fit passer son pouce avant d’en juger l’apparence rougeâtre. J’avais obtenu cette cicatrice en tombant bêtement lors d’un entraînement à l’armée. Mais elle n’avait pas suivi le même parcours que moi. Elle reposa le verre dans l’évier, surprise de ne pas l’entendre venir la rejoindre.

« Hayden ? » Elle se redressa pour tendre l’oreille à travers l’appartement. Je dois admettre que j’avais déjà songé à ces tatouages mais que je m’étais résignée, à cause de mon travail. De chaque côté du visage, à côté des yeux, trois petits points agrémentaient son maquillage noirâtre qui faisait implacablement ressortir le vert électrique de ses iris. Elle soupira avec humeur et quitta la cuisine à sa recherche. Quand ils achevaient une mission, ils ne rentraient jamais ensemble. Question de sécurité. Elle avait beau être dangereuse, elle n’en était pas moins maligne ni stupide. Mais il aurait dû être là avant elle. Hayden restait… Quoiqu’il arrive, le même. Imprévisible. C’était un trait de caractère qui me rendait dingue mais elle… Ca la rendait malade. Surtout d’inquiétude. Principalement d’inquiétude.

« Hayden ! » Le chercher dans l’appartement lui fit prendre conscience de certaines choses qui manquaient, ou qui n’étaient pas à la même place. La virer sans crier gare était sûrement une de ses « imprévisions ». Alors, elle fila dans la chambre dans l’idée de se changer. Le petit lot de torture qu’ils avaient offert ce soir avait osé tacher son débardeur d’un groupe mexicain. Mais en ouvrant l’armoire… Il n’y avait que les affaires d’Hayden. Et à la réflexion, l’odeur de l’appartement était différent. Tout était différent. En revenant, elle avait noté des choses étranges, comme des immeubles qu’elle n’avait pas reconnus. Elle avait mis ça sur le compte de la fatigue et du fait qu’elle avait emprunté un itinéraire différent pour rentrer.

Mais pour le coup, elle était perturbée, chose qui ne lui arrivait jamais.



I've made some mistakes. And I paid for them. I just hope I don't have to keep paying for them my entire life.
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Hayden Walsh
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La journée avait été longue. Deux contrats s’étaient succédés ne lui laissant que peut de répit et bien peu d’excitation dans les veines. A croire que plus personnes n’avait de comptes à rendre ou de connaissances à faire disparaître. L’ennui qui le dévorait jour après jour ne cessait de grandir et les rares moments de satiété émotionnelle qu’il pouvait trouver avait tous en point commun Maddison De Luca. Il était incapable d’établir clairement pourquoi cette femme attisait autant son intérêt et sa curiosité, mais lorsqu’elle montait dans les tours, il sentait la rage et l’excitation monter dans ses veines. Un instant, bref instant, il reprenait le contrôle d’une partie de lui-même qui lui restait irrémédiablement inaccessible.

Depuis la course clandestine à laquelle il avait participé, il n’avait pas revue la jeune femme. Obligé d’abandonner sa moto sur place pour ne pas se faire prendre, il lui devait une faveur pour lui avoir permis de s’enfuir. Il avait sacrifié une partie de son honneur de mâle pour permettre à Abel de gagner la course tout en court-circuitant deux adversaires au passage… Tout ça pourquoi ? Il avait effectivement éjecté deux concurrente, dont Maddison, mais avait du laisser sa moto et voir l’Underground repartir avec les gains. Non là vraiment s’était un peu trop pour son orgueil. Mais une dette restait une dette et s’il était de peu de foi, de trois fois rien de scrupule et d’encore moins de compassion, Hayden n’en était pas moins un homme de parole et d’honneur.

D’autres part, s’il trouvait amusant la façon dont Maddison gesticulait furieuse après lui, s’il s’évertuer à la faire sortir de ses gongs et à l’entraîner dans de folles courses poursuites à travers la ville, jamais il n’avait songé à lui faire le moindre mal. Tout d’abord parce qu’il n’y avait pas de contrat sur sa tête mais aussi parce qu’alors plus rien d’amusant ne serait advenu et il serait retombé dans cet ennui mortel qui plongeait son esprit dans une lassitude et une langueur dangereuse. Et puis il fallait bien dire ce qu’il en était, elle lui rendait plutôt bien la pareille. De loin, il l’avait déjà vue, maligne, griffer sa toute nouvelle peinture avec une paire de clés, lui faire un doigt d’honneur discret dans un rétroviseur en patrouille. Même s’il n’en avait pas la preuve, il était prêt à mettre sa main au feu qu’elle était également responsable de la chute de sa moto, un jour où il l’avait laissé quelques minutes sur le trottoir pour aller régler quelques histoires. Une carrosserie avait été à refaire et il en était sûr, à ce drame il n’était pas permis de croire au hasard…

Ce soir là, il rentrait donc las et à pied. Les mains enfoncées dans les poches de sa longue veste noire, le col était remonté sur ses joues rosies par le froid. Il était tard et les rues étaient désertes, tant mieux. La discrétion avait toujours était son sauf conduit et il ne comptait pas se mettre ne danger par manque de précaution. Dans le quartier, il savait se faire invisible, ombre parmi les ombres, de telle sorte que personne n’aurait su dire s’il l’avait vraiment vue ou bien si tout cela n’était qu’un jeu de leur esprit. Ici, il n’utilisait que rarement son pouvoir et n’acceptait jamais de contrat situé à proximité. Cela aurait inévitablement finis par attirer l’attention. Cependant, malgré toute la prudence dont il savait faire preuve, lorsqu’il s’engouffra dans la ruelle sombre menant à son appartement, il sentie immédiatement que quelques chose n’allai pas. Relevant la tête, il fronça les sourcils lorsqu’il aperçue de la lumière parvenant par la fenêtre de sa cuisine.

Il n’avait plus de famille, personne ne savait où il habitait et ses voisins ne lui adressait jamais la parole. Qui pouvait bien avoir pénétré dans l’appartement si ce n’était un collègue, un concurrent, ou un furieux ? La raison aurait crié à n’importe qui de fuir, pour sa part, la colère et la haine prédominé largement. Il s’en voulait d’avoir manqué de professionnalisme en laissant passer quelqu’un, mais il ne laisserait pas passer cet affront et comptait bien laver son honneur. Sortant une main de sa poche, il la passa dans sa veste pour en sortir un silencieux, tout ce qu’il y avait de plus efficace. Entrant dans l’immeuble, il monta sans bruits les quatre premiers étages avant de marquer une courte pause devant sa porte d’entrée. La poussant lentement, il entra plus souple qu’un félin, plus silencieux qu’une ombre. Jetant un bref regard sur le téléphone laissé sur le meuble bas, il vit son nom écrit en strass et il se demanda si une groupie surexcité n’était surement pas pire qu’un tueur à gage… Parcourant les pièces les unes après les autres, il entendit du bruit venir de sa chambre. Comblant avec agilité les quelques mètres qui lui manquait, il braquait à présent son arme sur le dos d’une jeune femme à quelques mètres de lui et dont il ne pouvait distinguer le visage. Elle semblait musclée, sauvage et ses formes laissaient envisager une belle femme sans aucun doute. Ses épaules dénudées lui firent un drôle d’effet et une étrange sensation de déjà vue lui traversa l’esprit alors qu’il avait le sentiment intime de la connaître. Un autre détail le frappa également. Cette femme là ne ressentait aucun peur mais une inquiétude troublante pour ses sens. L’inquiétude de la savoir absent entre autres choses…

Malgré son trouble, la raison prédominait toujours et il attendait le moment où elle se retournerait, où il pourrait enfin voir son visage, alors qu’immobile dans l’encadrement de la porte il la tenait toujours en joue de son arme…


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Maddison C. DeLuca
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Hayden aurait pu être le plus discret possible qu’elle l’aurait entendu, quoi qu’il arrive. Ces deux là partageaient une sorte de connexion. Aussi étrange que cela puisse paraître, je la ressentais aussi mais j’avais décidé de l’éviter, de l’ignorer. J’avais d’autres chats à fouetter qu’un décérébré macabre et dangereux sociopathe. Bien sûr, j’étais intriguée, curieuse et attirée par cette part de sombre en lui. Elle était ce que j’avais décidé de ne pas être et j’imagine que si mes choix avaient été différents, j’aurais été à sa place ce jour-là. C’est amusant de voir comment votre vie peut être radicalement différente selon les choix que vous faites. Des choix qui m’avaient parus bien anodins à une époque, s’étaient révélés d’une détermination significative. Elle était le résultat de quelque chose d’autre, pas uniquement d’une décision mais d’un événement inconnu à ma propre connaissance.

Si Hayden m’amusait de plus en plus, il jouait de ma curiosité et je le laissais faire. Cependant, il y avait peu de chance que cette connexion avec lui s’établisse comme avec elle. Elle appartenait à un monde, et moi à un autre, mais dans le sien, ils étaient faits l’un pour l’autre.

Elle a roulé des yeux en sentant sa présence dans son dos. Qu’il reste silencieux l’exaspérait au plus haut point. Il avait viré toutes ses affaires et maintenant, il allait sûrement lui dire de dégager. Il fallait bien que ça arrive un jour. Leur vie était si différente de totu ce que j’aurais pu imaginer pour moi. Elle incarnait cette ado que Reese avait connu, celle qu’il avait réussi à calmer, à apaiser et à apprivoiser. Quant à elle, personne n’avait été là pour lui montrer un autre chemin. Tout ce qu’elle avait connu, c’était Hayden, le danger permanent, l’adrénaline de la peur qui courait dans ses veines comme l’essence d’un moteur puissant. Elle n’avait pas de limite, pas plus que lui. Ils étaient prêts à tout, capables de tout… Parfois je me demande s’ils avaient une âme. Il y avait des humains, des Négatifs. Puis des Positifs et des Candidats. Au-delà, il y avait… Elle et Lui.

Elle s’est retournée en soupirant d’exaspération. « C’est la pire façon de rompre que tu m’aies—» Elle a écarquillé les yeux en voyant l’arme pointée sur elle. Malgré son sursaut, elle n’a pas levé les mains. Son arme était restée dans sa veste, au salon, sinon quoi, elle lui aurait répondu de la même façon. Au lieu de ça, elle s’est mise à grimacer… et la colère a éclaté.

« SÉRIEUSEMENT, HAYDEN ?! C’est tout ce que tu as trouvé ?! Me menacer d’une arme ? Tu me soules ! Vider l’appart de mes affaires, ça suffisait pas ! Vraiment ! »

De rage, elle a avancé d’un pas décidé avant de lui brusquer l’épaule de la sienne pour sortir de la pièce. Aussi dangereuse qu’était leur relation « professionnelle », leur relation « personnelle » était semée de « Je t’aime, moi non plus. », une sorte de sport, de défi. Un challenge à leur hauteur. J’ai souvent été envieuse, de cette connexion entre eux, de ce lien incassable malgré les temps, les années, et les épreuves. Cette faculté inébranlable qu’ils avaient de ne jamais se trahir, un amour inconditionnel, sans peur de l’avouer ni de le montrer, à leur manière. Je n’aurais jamais été capable d’une telle chose. Quoique nous partagions avec Abel, ou même Reese, ça ne sera jamais aussi fort et aussi solide que ces deux-là. Un jour, Abel me tuerait, je le savais. Alors oui, quand j’y repense, je suis un peu jalouse et c’est sûrement la raison pour laquelle je n’ai jamais quitté Hayden des yeux, même de loin. Je n’étais pas proche de lui, mais j’en avais au moins l’impression.

« J’aurais dû m’arracher déjà la dernière fois ! »[/b] Elle avait déjà dit ça la fois d’avant. [b]« Tu sais quoi, j’en ai ras le cul de tes jeux, ça te dirait pas de te faire pousser des boules deux minutes ?! D’être un peu un homme dans ta tronche ! TU SAIS QUOI ! » Et des disputes… C’était un lot quotidien. C'était leur façon de communiquer, de se parler. Sûrement une façon de se montrer leurs sentiments, s’ils en avaient. Elle a levé une main en attrapant son téléphone, juste histoire de lui éviter la peine de répondre. Elle n’avait décidément rien à voir avec moi. Sa façon de parler était plus acerbe, sa voix était plus éraillée que la mienne et elle avait un accent bizarre, comme si elle avait grandi dans la rue, ce qui s’accordait avec sa façon de marcher un peu bancale. J’avais évolué. J’avais grandi. Mais elle était restée cette ado perturbée, frustrée et terrifiée que j’étais avant de m’engager dans l’armée. Être abandonnée la paralysait, mais c’était bien la seule chose. Par conséquent, Hayden était le seul à ressentir ce sentiment qu’elle avait car il était le dernier à pouvoir la laisser tomber.

« Cette fois, je me casse ! » Et elle disait toujours ça, aussi, avec un doigt bien senti en prime. Mais parce qu’elle savait que Hayden était à elle et que quoi qu’il arrive, il le serait toujours, il ne saurait pas vivre sans elle, pas plus qu’elle ne savait respirer sans lui. C’était probablement la seule chose qu’ils ne s’avouaient pas clairement. Elle espérait toujours qu’il la retienne, ce qu’il ne faisait quasiment jamais et qui la mettait dans une rage sans nom. Du moins, l’espace de quelques heures jusqu’à ce qu’elle revienne. « Tu me verras plus jamais, t’entends ?! » Si seulement...


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Hayden Walsh
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Hayden était… un cas à part. Si Maddison de part ses choix et son histoire possédait plusieurs futurs possibles dans des espaces temps différents, lui demeurait unique quelque soit le chemin emprunté, un seul destin pour une seule réalité. De là d’où venait la jeune femme qui lui faisait face, il était autre tout en restant le même. Il exerçait le même métier, appréciait les mêmes choses, son caractère et son style vestimentaire était identique et son appartement également. L’histoire le ramenait irrémédiablement vers le même but et au fond la même personne… Toujours… Mais ça il ne pouvait pas le savoir. Comment aurait-il pu prévoir ses réactions ? Comment aurait-il pu alors qu’il ne la connaissait pas ? Tout du moins pas ici…

Elle était, ce qu’il aurait pu lui-même qualifier sans honte, son âme sœur. Ils s’étaient trouvés par hasard sur le bord d’une route alors qu’ils n’étaient que deux enfants. Mais dans leurs yeux brillaient déjà cette même soif, ce même désir d’être sauvage et libre. Leur vie avait été à cette image. Sauvage, brutale, excitante et sulfureuse. Leur amour n’avait aucune limite tout comme leur soif de sang et de danger. C’était ce qui les faisait vivre et avancer. Et quand enfin, fourbu d’une longue journée, après c’être abandonné l’un et l’autre ils baissaient les armes, c’est à ce moment là qu’ils se perdaient.

Si Hayden admettait parfaitement bien que Maddison lui appartenait, il revendiquait cependant haut et fort son indépendance et son libre arbitre. Disparaissant parfois, seul et macabre, sans laisser ni téléphone ni destination, il redevenait son propre maître, libre de toute attache, de tout sentiment. Cela se finissait toujours de la même manière. La jeune femme prenait ses affaires, partait en le maudissant et promettait de ne plus se laisser prendre. Il n’avait alors qu’à patienter, assis dans son vieux fauteuil en cuir, un verre à la main, Hayden attendait que la rage s’apaise et qu’elle revienne. Elle était ainsi, un rossignole qui ne pouvait trop longtemps s’éloigner de sa cage. Maddison se glissait alors dans son dos, lui promettait quelques morts atroces s’il s’autorisait à recommencer et alors qu’il la faisait chavirer dans ses bras, sous les draps de leur lit, il lui rappelait, murmurant à son oreille : Pars… pars encore et tant que tu voudras… Mais tu es à moi c’est un fait. Pour toujours et n’importe où…

C’était la turbulence de ses sentiments contradictoires qui le toucha lorsque la jeune femme lui bouscula l’épaule. Impassible, il n’avait rien dit, rien fait, observant cette scène aussi irréaliste qu’improbable. Evidemment, il l’avait reconnu aussitôt rien qu’au son de ça voix. Pourtant entre ce qu’il connaissait et ce qu’il était en train de voir, quelque chose ne collait pas. C’était Maddison, ça il pouvait y mettre sa main au feu sans risque. Cependant ces mèches, ces tatouages, ce corps plus fins et nerveux sous un débardeur hasardeux d’un chanteur brésilien dont il ne connaissait rien… Tout ça ne collait pas. Et puis comment aurait-elle pu savoir qu’il vivait ici. Pourtant, il le sentait au fond de lui, chacun des ports de sa peau le lui criait : c’est elle, c’est elle ! Mais elle qui ?

Alors qu’elle continuait de tempêter sur sa goujaterie et la fin d’une relation inconnue, il ne broncha pas, la suivant du regard, pesant le pour et le contre, la raison et l’instinct. Elle était ce qu’il cherchait sans l’être pour autant. Et sa quête, si elle finissait toujours par la mener au même but, n’avait pas pour objet le même serment. Dans ce monde ci, il n’avait de cesse de poursuivre ce que son pouvoir lui avait confisqué, l’emprise sur ses sentiments. Né positif, il avait payé le prix fort dès sa naissance pour avoir le droit de se promener sans aucune impunité dans le cœur même des gens. Le vide était né parce qu’il n’y avait eu aucun rossignole pour venir le combler… De l’autre côté, il y avait les débordements, l’épanchement affectif et la domination de cet amour trop fort, trop violent pour de simples mortels. Le vide était né par besoin d’un endroit simple et silencieux où tout oublier… Et le but, le but ultime qui prévalait toujours au-delà de tout, rester le seul et unique maître de sa vie sans se trahir ni se résigner à quelque sort que ce soit.

Hayden avait senti la demande silencieuse et presque suppliante de la jeune femme qui lui disait « retiens moi, ne me laisse pas partir ». Mais ce n’est pas ça qui lui fit esquisser un pas dans sa direction alors qu’elle s’était retourné, une main sur la poignée de la porte. Non, il y avait une autre question à laquelle elle devait absolument répondre avant cela ! La saisissant violement par le bras, il lui fit faire volte face et la plaque férocement contre le mur, son coude appuyé sur l’épaule de la jeune femme pour la maintenir immobile. De l’autre main, il avait braqué son arme droit sur son cœur. Son visage n’exprimait rien mais ses yeux brillaient d’une lueur haineuse. Plus grand qu’elle de quelques centimètres, il se pencha à son oreille avant de lui murmurer dans un souffle glaciale.

- Qui es tu ?


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Maddison C. DeLuca
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J'ai toujours été douée pour maîtriser mes émotions. J'avais beau les ressentir, dans mes veines, alimentant les battements de mon coeur, j'en avais parfois eu le tournis et l'impression que mon pouvoir allait exploser dans tous les sens tant l'afflux sanguin était vif. Mais mes sentiments, les organiser, les comprendre et en faire cas, ça non. J'ai longtemps confondu mes émotions et mes sentiments. De cette façon, j'ai longtemps cru que Reese était celui qu'il me fallait, qu'il était celui que je voulais, une sorte d'âme soeur. Mais ce n'étaient que des émotions, ressenties sur un coup de tête, un "moment" fugace. Parce que j'ai toujours aimé avoir le contrôle sur ma vie, et sur mes émotions, je ne m'avouais pas la vérité parce qu'il était plus dur d'accepter que je ressentais rien… Plutôt que faire croire que je débordais d'expression. Une imposture, en somme. Elle ne faisait pas exception à cette règle, comme quoi, peu importait l'univers, quoi que j'essaye, je n'avais rien à regretter, ni à me reprocher. J'étais juste ainsi.

Elle s'est laissée faire lorsqu'il la plaquée contre le mur et l'a dévisagé avec des yeux immenses étonnés, en même temps qu'un sourire naissait sur ses lèvres. D'abord parce qu'il répondait à sa supplication - toujours à sa manière très particulière - mais parce qu'il engageait un de leurs jeux préférés. Du moins, c'est ce qu'elle a cru, jusqu'à ce qu'elle sente l'arme contre sa poitrine. Si son sourire s'est effacé dans la seconde, elle a néanmoins porté sa main sur la sienne qui tenait l'arme. "Oui, tu as raison, vise bien le coeur, des fois que tu me rates, la tête on est jamais assez sûr." L'adrénaline parcourait son corps et faisait vibrer son regard. Sa poitrine se soulevait contre le canon à un rythme lent mais profond. C'était normalement à ce moment-là qu'il l'embrassait et que tout reprenait son cours normal. Mais il y avait quelque chose dans le regard d'Hayden. Quelque chose en plus, qu'elle n'arrivait pas à comprendre. C'était comme une fausse note. Elle a essayé de se dégager mais il la tenait bien fermement. Et quand il a posé sa question, elle aurait dû trembler de peur. Elle aurait dû frissonner. Au lieu de ça, l'adrénaline l'a faite sursauter et elle s'est sentie insultée.

"Excuse-moi ?!"

Elle a reculé la tête autant que possible afin de le voir, de mieux détailler son visage. Et lui, qui était-il ? Il était le même. Du bleu de ses yeux à la froideur de ses expressions. Elle pouvait sentir sa chaleur contre sa poitrine et son odeur reconnaissable entre tous. C'était la même, tout était identique. La couleur des murs, jusqu'à l'interrupteur cassé, au jeu des 7 erreurs, Hayden n'en avait aucune et l'appartement non plus. Mais il ne jouait pas, pas ce soir, et ça, elle l'a bien senti. Elle a entrouvert les lèvres en soutenant son regard du sien. Oui, l'inquiétude refaisait surface. Et si on lui avait fait un lavage de cerveau ? Il était en retard, il aurait dû rentrer plus tôt. Et s'il lui était arrivé quelque chose en chemin ?

La vérité, c'était que ce qui était arrivé, ça n'avait rien à voir avec Hayden. C'était moi. Et elle commençait doucement à en prendre conscience. Et parce qu'elle maîtrisait aussi bien ses émotions que moi, elle a réussi à contrôler la panique qui l'envahissait soudainement. L'immeuble bizarre qu'elle avait remarqué, la pluie battante qui n'était plus, ses affaires inexistantes… A quel moment aurait-il pu vider l'appartement sans qu'elle s'en aperçoive ? Ils étaient tout le temps ensemble, ne se quittaient jamais. Quand bien même, où aurait-il mis ses affaires ? L'évidence l'a frappée et avec elle, la panique de l'incertitude soudaine d'un jour pouvoir rentrer chez elle et retrouver cet Hayden qui était le sien. Celui qu'elle avait aimé au premier regard et qu'elle n'avait plus jamais quitté. Si elle n'était pas chez elle, qui était cet Hayden-là qui ne semblait même pas la connaître ? C'était pourtant le même, jusqu'à la moindre ride au coin des yeux, jusqu'à la moindre tache de naissance.

Elle avait cru que peu importait la dimension, l'univers, le monde, Hayden était et serait toujours à elle. Il lui avait déjà dit, il lui avait promis que quoi qu'il arrivait, ils s'appartenaient l'un à l'autre. Or, il venait de lui faire comprendre qu'elle avait été bien crédule de croire une chose pareille. Comment je ne pouvais pas avoir trouvé en Hayden ma propre âme-soeur, cela la dépassait. Elle n'avait jamais pu imaginer sa vie sans lui alors qu'il n'avait jamais fait partie de la mienne. Cette incohérence impensable l'a prise aux tripes. Elle ne m'avait pas crue et à présent, elle était sur le fait accompli.

Lentement, elle a baissé la tête, comme si elle cherchait quelque chose en silence. Puis, elle a relevé sa main qui tenait son téléphone et lui a montré son fond d'écran. Elle a reporté ses yeux dans les siens, comme si elle le suppliait de la reconnaître, attendant sa réaction. Il y avait toujours en elle ce côté enfantin, l'adolescente blessée qui avait espoir en tout, malgré toutes les épreuves de sa vie. Elle ne cessait jamais de croire, elle avait toujours la foi. Je n'ai connu qu'une seule version de moi-même qui n'avait pas la foi et qui ne possédait aucune lumière au plus profond de son coeur. Et elle est morte devant mes yeux. Si de l'extérieur, je n'étais jamais la même, il fallait croire qu'à l'intérieur, je ne changeais presque jamais.

Cette photo, ils l'avaient prise en plein hiver et les joues de Hayden étaient rougies par le froid. Même les siennes, malgré sa résistance au froid, ils avaient dû se trouver dans un endroit vraiment glacial sur fond de montagne enneigée, seulement réchauffés par l'alcool dont ils étaient imbibés - et probablement d'autres substances dont je n'avais pas connaissance. Ils n'étaient même pas habillés chaudement mais qu'il s'agisse de son sourire à lui, comme du sien alors qu'ils s'embrassaient en jetant un doigt d'honneur - et une bouteille d'eau de vie pur feu - à l'univers autour d'eux, c'était probablement une définition du bonheur. Ils se fichaient pas mal de ce qui les entourait, des autres. Leur monde, c'était eux seuls. A leur image, à leur niveau, ils étaient heureux ainsi ensemble. Oui, j'en étais jalouse. C'était un luxe que je ne m'étais jamais autorisé.

"Et toi, qui es-tu ?"

Sa voix était à peine audible et chargée d'une émotion qu'elle ne ressentait que très rarement. Elle a resserré sa main autour de celle d'Hayden, tenant toujours l'arme. Elle résistait à l'envie de toucher son visage comme pour s'assurer qu'il était réel et qu'elle ne rêvait pas. La colère avait disparu, remplacée par la crainte d'avoir perdu tout ce qui la rendait heureuse, à savoir : lui.


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Hayden Walsh
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Sentir la main de Maddison sur la sienne ne le fit pas ciller. Dans ce monde ci, bien peu de choses en étaient capable. Non pas qu’il fut dénué de tout sentiment. La colère et la haine par exemple faisait très facilement partie de ses moteurs. Mais toute émotion de nature positive ou optimiste lui était étrangère, tout comme la peur, la déception et la peine. Il ne ressentait rien ni en bien, ni en mal. La colère et le désarroi de la jeune femme en face de lui, lui glissaient dessus sans rien accrocher d’autre qu’un peu de curiosité et quelques questions pratiques. Se doutait-il que quelques part, dans un espace temps différent du sien, il avait pu faire un serment si fort qu’il en devenait de ce fait irrémédiablement lié à quelqu’un d’autre ? Non, bien sûr que non.

Alors comment pouvait-il expliquer que le parfum de la jeune femme lui rappelait soudain comme un souvenir fugace, que sa peau contre la sienne appelait un désir dont il ne savait rien, que sa voix résonnait au fond de lui-même tel un écho lointain ? Il ne pouvait pas l’expliquer. Ni cela, ni le picotement dans sa nuque lorsque Maddison lui montra l’écran de son téléphone. Cette image n’existait pas, elle ne le pouvait pas mais il ne pouvait pas non plus douter de ce qu’il voyait. Qu’attendait-elle de lui ? Pour elle comme pour lui, il y avait erreur sur la personne. Et pourtant…

Il prit le temps un instant de la détailler. Son visage, fondamentalement, était le même, le même éclat dans les yeux avec plus de sauvagerie peut-être et surtout de l’angoisse. Tout le reste avait été changé. Son style vestimentaire était plus sensuelle, ses tatouages et sa coupe de cheveux plus libre, il n’y avait plus rien de l’agent de police chez cette fille là. Alors quoi ? Comment pouvait-on être unique et deux à la fois ? Que signifiait cette photo ? La seule chose dont il pouvait être certain, c’est qu’ils étaient tout les deux tout aussi surpris de ne pas avoir trouvé la réponse à la seule véritable question qu’ils s’étaient posées.

Relâchant lentement la pression sur son arme, il finit par la baisser totalement, ne quittant pas la jeune femme des yeux. Son expression se détendit légèrement et la haine se dissipa peu à peu pour ne plus laisser place qu’à une extrême lassitude. La journée avait été trop longue pour jouer encore aux devinettes. Faisant soudain volte face, il disparu un instant dans la cuisine pour en revenir avec deux verres de scotch. Il en tendit un à la jeune femme avant de se diriger droit vers son fauteuil trônant fièrement dans le salon. Plongeant son regard dans la cendre de la cheminée éteinte, il médita silencieusement sur le hasard, le destin et la raison située en toute chose. Parce qu’admettons le, quels étaient les probabilités pour qu’un tel évènement puisse arriver un jour ?

Ce silence, cette réflexion contemplative qu’il s’octroyait parfois était le seul moment de sa journée où il s’autorisait à divaguer sur des sujets purement spéculatifs. Cela avait le mérite de faire passer le temps et de remettre à l’endroit toutes les informations accumulées. Une mise à jour du système nécessaire à son bon fonctionnement… Relevant le menton, il tourna la tête et chercha le regard de cette femme qu’il reconnaissait si bien sans pour autant la connaître.

- Je sais que tu n’es pas elle, tout comme je ne suis pas l’homme que tu sembles chercher. Mais je te reconnais et toi de même. Qu’as-tu à dire là dessus ? Que veux dire cette photo ?

Mais il ne comptait pas la laisser simplement avec ça. Retournant à sa contemplative étude pyrotechnique, il finit par murmurer presque pour lui-même.

- Si je sais exactement ce que je dois faire mais que j’en ignore la raison, dois-je le faire pour autant ? Parce que vois-tu… Ce que tu m’inspire là tout de suite n’as rien de descend ni de raisonnable… Et j’ai toujours détesté être raisonnable…

Non, dans ce monde ci, l’amour n’était pas un sentiment palpable pour lui, cependant ce n’était pas le cas de son désir pour la chair. Ressentait-il se même attrait pour sa Maddison ? Non certainement pas, tout du moins pas encore. Elle était à la fois plus et moins que la jeune femme qu’il avait à ses côtés actuellement. Celle là était plus brut, plus sauvage et faisait naître en lui un désir qu’il ne pouvait pas véritablement maîtriser. Il y avait quelque chose de violent chez elle qui émoustillait son esprit d’aventure et faisant lentement couler l’adrénaline dans ses veines. A lui qui ne connaissait rien aux sentiments ni à la vie en tant que telle, comment pouvait-il se douter que c’était elle, dans un autre temps qui avait brisé les chaines ?


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Maddison C. DeLuca
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Ne plus sentir l'arme contre sa poitrine a tout de même été un soulagement. Elle l'a observé longuement, sans rien dire, sa respiration suspendue à un temps qui lui a semblé éternel. Elle a espéré qu'il n'était pas ce qu'elle pensait qu'il était, elle me maudissait en elle-même. Toute la colère qu'elle éprouvait, elle était pour moi. Elle me haïssait de toutes ces forces à cet instant. Je lui avais enlevé son Hayden, sa version du bonheur et j'avais fait voler en éclat tout ce qu'elle croyait connaître. Je l'avais forcée à voir les choses d'une autre manière, je lui avais ouvert une porte qu'elle n'avait jamais osé approcher. Elle a levé une main, cherchant la peau d'Hayden sous ses doigts mais il a fait volte face. Elle a dégluti alors qu'il s'éloignait. Autant elle ne supportait pas de le sentir si loin, autant elle n'a pas osé le rattraper. Elle n'a même pas bougé, elle est restée dos contre le mur, à attendre qu'il décide de ce qu'il allait faire.

Le verre ? Elle l'a descendu d'une traite sans demander son reste. Elle l'a longuement observé, assis là à réfléchir. Il était si… identique ! Elle avait l'impression de voir le même Hayden, c'en était perturbant et le sentiment de rejet était d'autant plus fort qu'elle en était profondément blessée. Elle a pincé les lèvres quand il a repris la parole mais elle n'a pas battu une seule aile de papillon. Elle a alors vidé le verre pour le reposer avec son téléphone sur le meuble et elle s'est approchée de lui avant de se laisser tomber à genoux dans une grâce inexistante. Elle a posé une main sur le bras du fauteuil comme elle faisait à chaque fois qu'il était en colère et qu'elle essayait de l'apaiser. C'était à son tour de le dévisager comme une curiosité.

"Elle disait vrai, alors…"

Elle a penché la tête alors qu'il continuait. Son visage exprimait une certaine tristesse, mais plus il parlait, plus elle souriait d'une humeur badine. J'avais détruit une partie de sa vie. Ou du moins, c'était ainsi qu'elle voyait les choses. Je n'avais pourtant fait que lui dire la vérité, mais elle ne l'acceptait pas. Et quand Hayden était concerné, elle était aveugle et sourde. Je n'aimais pas beaucoup que l'on me dise quoi faire de ma vie. Mais elle… C'était bien pire. Elle n'avait aucun filtre dans ses émotions. Elle les ressentait et les exprimait. Et si j'avais perturbé son champs de vision, elle avait soudain eu envie de… Mettre le souk dans le mien.

Aussi, elle a fait glisser sa main sur le genou de Hayden en souriant un peu plus. "Tu n'as jamais réputé pour ça, en effet." Elle s'est redressée avec un regard félin et elle l'a enjambé avec pour seul bruit dans l'appartement que le cuir de son pantalon suivant le geste d'approche délicate. "La raison, c'est pour les cons." Même sa voix était féline. Hayden ne possédait plus la cheminée comme point d'observation mais les colliers excentriques qui dansaient autour de son cou à elle. Elle a alors pris doucement le verre des mains d'Hayden pour le poser à côté. Si la journée avait été longue, elle le sentait bien, ce n'était pas quelque chose qui passait inaperçu pour elle. D'autant qu'elle savait comment l'apaiser et le détendre, si tant est que cela puisse être réel. Je n'ai jamais imaginé quelqu'un comme Hayden capable de se détendre.

J'avais un côté masculin mais elle avait clairement hérité de mon côté féminin bien enfoui. Les bracelets brinquebalants, les colliers en plastique, les strass sur le téléphone ? Les coquetteries tatouées au coin des yeux ? Honnêtement, si ce trait de caractère était présent chez moi, jamais je ne l'exprimais. J'avais grandi dans un environnement stable et chargé de challenge, contrairement à elle. Elle avait ce complexe de Peter Pan et je pense que c'était ce qui plaisait à Hayden. Cette innocence qui lui était si caractéristique. Elle était capable de tout parce qu'elle n'avait conscience de rien. Peu importait les conséquences de ses actes, elle s'en fichait. Elle était là pour vivre, pas pour réfléchir à une quelconque raison… Ca ne vous rappelle personne d'autre ? D'une voix douce, elle a repris, sûre d'elle.

"Je viens d'un endroit où toi et moi, c'est plus qu'une question de raison." Ses mains glissaient sur ses bras jusqu'à ses épaules avant de se faufiler dans une caresse autour de sa nuque. Elle a approché son visage du sien mais sans le toucher. Elle ne le quittait pas des yeux, c'était pour elle un moyen de le captiver, de capturer son attention. "Je ne cherche personne… Je t'ai déjà trouvé. C'est toi qui ignore que l'on te prive d'une vie à laquelle tu appartiens et dans laquelle tu es heureux, avec moi. Je n'ai jamais voulu croire qu'il pouvait exister un monde sans qu'on soit ensemble. C'est tellement absurde !"

Elle a froncé les sourcils, attristée d'être séparée de lui, l'espace d'un seul monde, et elle a laissé son pouce caresser sa lèvre avec une douceur qui n'avait d'égale que l'innocence dont elle faisait preuve. Elle n'avait pas peur de lui, ça n'avait jamais été le cas, pas même quand elle avait senti son arme contre sa poitrine. Elle avait eu peur pour lui, pour elle sans lui, pas jamais de lui. Elle n'avait pas non plus peur qu'il la rejète. Il le faisait quand il était en colère ou quand ils s'amusaient à qui tromperait l'autre en premier… Ce genre de jeux stupides. Mais dans son esprit, comment pourrait-il la rejeter, il était si identique qu'elle pouvait presque l'entendre penser. Pour le Hayden de son monde, comme pour elle, il n'y avait personne d'autre possible. Je reconnais, je l'admets. Le terme d'âme-soeur prenait avec eux toute sa définition. J'ai beau me dire que c'est un sentiment que j'ai ressenti lorsque nous étions enfant, maintenant que je m'en souviens, mais j'ai la lucidité de me dire que cette relation auto-destructrice, je n'en veux pas. Je n'en ai jamais voulu. J'enviais leur relation fusionnelle, oui, j'enviais la force de leur complicité et je me sentais coupable de ne pas ressentir autant de choses pour Abel, quand bien même nous n'avions jamais eu besoin de nous parler pour exprimer ce que nous ressentions l'un pour l'autre. Mais contrairement à eux, j'ai toujours été raisonnable. A ma façon, certes, mais raisonnable. Dans une voix silencieuse et pour briser l'espace intime qui les séparait encore, elle a répété la promesse d'Hayden.

"Tu es à moi. Pour toujours et n'importe où…"

Partant de là, elle ne s'est pas contentée de mettre le souk dans ma propre vie… Elle a jeté un pavé dans la mare. Elle a planté l'idée dans la tête d'Hayden. Et rien ne restait à l'état d'idée pour Hayden. Quand bien même la surface de l'eau est redevenue lisse, le pavé est resté au fond et jamais personne n'a jugé utile de m'en débarrasser. Est-ce que je lui en veux ? Non. Lui en ai-je jamais voulu ? … Je suis de ceux qui aiment à penser que ce qui a un jour été perdu n'est pas forcément amené à être retrouvé.


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Hayden Walsh
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Immobile et silencieux, Hayden planta ses yeux dans ceux de la jeune femme, ne la quittant pas un seul instant du regard. Impassible, il n’était pourtant plus très loin de laisser son instinct de mâle prendre le dessus et réduire Maddison au silence. Cependant, au dernier moment, alors qu’il la vit sûre d’elle, abattre sa dernière carte, il se sentit ancrer à son fauteuil, une colère sourde au fond du cœur. Cette phrase résonnait encore et encore comme complainte connue pourtant elle lui donnait une envie irrépressible de violence et de mort. Qui était cette femme pour croire qu’il lui appartenait ? Qui était cette femme et quel était ce monde dans lequel il avait choisi d’abandonner la seule chose qu’il possédait : le contrôle de sa vie ? Cette colère qui lui collait si bien à la peau refit soudain surface, teintant ses yeux bleus d’un éclat métallique glacial, porteur de toute sa haine et de sa suffisance. Un sourire en coin naquit sur ses lèvres, lui donnant un air de prédateur affamé. Glissant une main sur son coup, il se pencha vers son oreille.

- Comment as-tu pu croire un seul instant qu’il te disait la vérité ?

Sa voix était suave et le plaisir sadique qu’il ressentait à proférer de tels mots rendait l’instant presque surréaliste. Resserrant soudain l’emprise qu’il avait sur la gorge de la jeune femme, il se servit de son bras libre pour la déséquilibrer et la faire tomber à genoux à ses pieds. Il ne savait rien de cette vie mené dans un autre temps ni de la relation qui le liait à cette Maddison là. Cependant, la jeune femme avait soulevé des possibilités qui ne lui était pas accessibles et surtout la prétention de pouvoir influencer sa vie. Comment était-il tombé si bas ? Ou bien avait-il déjà trouvé les réponses qui lui échappaient encore ? Il ne pouvait pas le savoir, il n’avait pas envie de le savoir. Ce qui le dérangeait en revanche, c’était cette sourde vengeance qui couvait sous les propos de cette femme. Une colère qui ne lui était pas adressé mais qui le touchait sans qu’il ne sache pourquoi.

Cette Maddison là était bien différente et ne correspondait pas à ce qu’il envisagé. Ce qui lui plaisait dans ce jeu du chat et de la souris, c’était l’insouciance qu’il y mettait, l’excitation de l’inconnue et surtout cet avantage de savoir quelque chose qu’elle ignorait. Il ne pouvait pas nier l’existence d’une certaine attirance physique mais pour le reste… Il n’y avait que de la curiosité, incapable lui-même d’en ressentir d’avantage. Seul dans son salon, avec cette autre femme, les rôles étaient inversés. Elle savait tout et lui, ignorant, subissait une situation où il était urgent de reprendre l’avantage.

Hayden se pencha vers Maddison et resserra une dernière fois ses doigts autour de la gorge de la jeune femme. S’il n’était pas un monstre de muscle, il savait parfaitement comment s’y prendre pour immobiliser quelqu’un et assurer son emprise sans lui couper complètement le souffle. Leurs visages se touchaient presque à présent et il plongea une nouvelle fois son regard de glace dans ceux de la jeune femme. Il semblait y chercher les dernières réponses, mais surtout les secrets, tout ce qu’elle ne disait pas et qui aurait pu lui révéler quel était cet autre qui s’était résigné à s’attacher et qui était lui, ailleurs, dans un autre temps. Pourtant, s’il ignorait tout de cet homme, il y avait des vérités qui capable de transcender n’importe quel monde.

- Pour toujours et dans n’importe quel monde… Je n’aurais jamais besoins de personne d’autre que moi-même. Regarde-toi au travers de mes yeux, crois-tu y voir autre chose qu’une simple distraction ? Le bonheur n’existe pas, ni l’amour, ni quoique ce soit d’autre, tu te fourvoie si tu te crois capable de changer cela.

Passant un doigt tendre sur la joue de la jeune femme, il reprit toujours aussi suave.

- Tu es une si petite chose. Tu te tortilles et pestes contre ce que l’on t’a pris. Mais là tu seulement mérité ? Que tu m’appartiennes cela ne fait aucun doute… Mais je reste à jamais, ici et n’importe où ailleurs, le seul maître de ma vie.

La repoussant, il se dégagea du fauteuil, récupéra ses clés et se dirigea vers la porte. Se tournant une dernière fois vers elle, il conclu toujours aussi froid.

- Tâche de ne plus être ici lorsque je rentrerais…

La menace était à peine voilé mais bien plus sérieuse que tout ce qu’il avait pu dire jusqu’à présent. Cela valait pour son monde, mais pour tous les autres également…


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Maddison C. DeLuca
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Elle était plus dangereuse que moi, oui. Plus sauvage, plus… « folle ». Mais elle n’était pas aussi intelligente et maligne que moi. Sans fausse modestie. Elle était quelque part assez naïve, ce qui me rappelait mon adolescence, encore une fois. Elle n’avait pas voulu croire qu’il existe, au moins un, un Hayden qui n’ait pas vécu sans elle. Elle a cru que celui-ci serait égal. Parce que physiquement il était identique, que tout chez lui était pareil, elle a pensé que ses sentiments seraient ravivés par son simple concert. Elle s’était trompée.

Ses premiers mots lui ont glacé le sang. Que Hayden puisse les prononcer lui donnait des sueurs froides, ce qui l’a confortée dans l’idée que j’avais ruiné sa vie. Les larmes ont manqué de pousser dans ses yeux mais déjà il l’attrapait à la gorge pour la remettre à sa place : au sol. Elle ne s’était jamais sentie dominante et n’avait pas cru que Hayden la percevrait de cette manière. Dans un sens, j’avais de la peine pour elle. Faire face à un Abel qui ne me connaissait pas comme je le connaissait était aussi perturbant. Au moins avais-je la décence de ne pas le prendre pour acquis. Là où elle n’avait pas de scrupule à aimer l’idée de Hayden, peu importe l’univers, je n’étais pas capable d’aimer un autre Abel que le mien. Eprouver quelque chose pour un autre que celui que je connaissais ? Je me serais sentie tellement coupable, c’aurait été comme le tromper, le trahir. Je n’étais pas capable de ça. Elle, ne faisait pas la différence. C'est de là qu’est venu le problème.

S’il la maintenait fermement, elle tenait son poignet dans ses mains, les lèvres pincées. Elle n’a pas quitté son regard un instant, désireuse de lui montrer sa force et qu’elle n’avait pas peur de lui. Mais au fond, il la tuait. C’était comme s’il ne la reconnaissait pas. Il ne se contentait pas de la repousser. Il l’ignorait.

Quand il l’a finalement lâchée, elle s’est mise à tousser en s’appuyant d’une main au sol. Les jambes repliées, elle l’a regardé s’éloigner avec l’impression de l’avoir perdu comme jamais ça ne lui était arrivé. Il avait parfois crié, il éprouvait souvent de la colère, il sait aussi des choses juste pour la faire sortir de ses gonds… Mais jamais il ne l’avait sérieusement menacée. Elle l’avait vu faire avec leurs « contrats », c’était une procédure chez lui, cela faisait partie du jeu. Mais ici, Hayden ne jouait pas. Elle n’avait jamais senti, non plus, contrôler la vie de Hayden. A dire vrai, elle se sentait plus souvent à sa merci que l’inverse. Le Hayden de son monde pensait-il de la même manière ? Qu’elle l’avait adoucit ? Lui mentait-elle ? Toutes ces questions, elle ne se les était jamais posées. Mais aujourd’hui, les choses étaient différentes.

« Elle se souvient de toi ! »

Elle frôlait l’exclamation désespérée. Si elle ne pouvait l’atteindre alors peut-être que moi, je le pourrais. C’était sa façon de voir les choses. Je dois reconnaître que c’était pour le coup plutôt malin, mais j’ai douté de la réussite d’une telle provocation. Hayden n’était pas de ceux qui répondaient présents à la provocation. Il faisait partie de ceux qui incarnaient la provocation. Elle a dégluti, ses yeux brillants toujours figés sur lui. Elle ne s’était pas relevée et sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration légèrement angoissée.

« L’Autre… Elle m’a dit qu’elle savait pas qui tu étais, alors je lui ai raconté. Elle m’a dit qu’elle se souvenait, maintenant. Qu’elle avait jamais revu ce petit garçon, qu’elle n’avait même pas connu son nom, mais qu’elle y pensait souvent. Je la croyais pas quand elle m’a dit qu’elle te connaissait pas. » Sa voix s’est faite plus douce et suppliante, d’une certaine manière. Mais elle n’a pas perdu de vue son but : mettre un peu de sel dans ma vie en jouant les… entremetteuses ? « J’ai connu que toi. Mais toi, tu te souviens d’elle, n’est-ce pas ? Je n’ai jamais contrôlé ta vie, Hayden… Mais tu as sauvé la mienne. C’est toi qui m’a choisie. »

Elle n’avait pas peur. Elle était convaincue qu’il y avait une part de son Hayden dans le mien et qu’il lui suffisait de le raviver. Alors non, elle avait décidé que malgré la menace, s’il sortait, elle serait toujours là quand il rentrerait.


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Hayden Walsh
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Ainsi donc elle avait mis fin au jeu. Maddison savait qui il était, le mystère était résolu, fin de la partie. La main en suspend sur la poignée de porte, Hayden était incapable de l’actionner. La colère s’était dissipée aussi vite qu’elle était apparue et il ne ressentait plus rien à présent. Le vide avait reprit le dessus. Les mots de la jeune femme avaient balayés ses théories et il avait comprit qu’elle ne mentait pas. Un instant, une dernière seconde, il tourna la tête pour l’observer. Elle semblait désespérée et ses yeux brillants trahissaient ses inquiétudes. L’image de cette femme triste lui parlait pourtant beaucoup moins que les mots qu’elle avait prononcés et il aurait été bien incapable du moindre geste de compassion pour elle. S’il avait eu le pouvoir des slyders, celui de traverser les univers, qu’aurait-il vue là bas ?

Tout avait commencé par une sorte de jeu de piste, une énigme qu’il fallait résoudre coûte que coûte, peut importait alors jusqu’où cela pouvait mener. Lorsqu’il l’avait vue pour la première fois, ce même écho sourd, venu d’un état de conscience supérieur, l’avait assailli d’une vérité sans détour. Lux aeterna était en feu, une bonne partie des gens présents étaient morts. Il pouvait choisir de passer devant cette fille sans même relever la tête, poursuivre sa route et l’ignorer, enterrer le cadavre de sa sœur. Il pouvait également décider de s’arrêter et de provoquer le destin. Il lui avait pris la main, l’avait emmené avec lui sans un mot mais avec la seule certitude un peu flou qu’elle portait en elle toutes les réponses. Au début, toute cette histoire n’avait jamais été qu’un jeu idiot entre adolescents sociopathes. Mais au fur à mesure des jours et des semaines passées à deux, Maddison avait commencé à semer le doute dans son esprit, à faire germer des idées qui peu à peu lui avait donnait l’impression d’avoir plus d’emprise sur ce qu’il était. Jusqu’au jour où il s’était surpris lui-même, en l’observant de dos, qu’une fille comme ça était faite pour lui et que par conséquent, il interdirait à qui que ce soit d’autre de l’approcher. C’était ce jour là qu’il lui avait dit pour la première fois qu’elle lui appartenait. C’était aussi depuis ce jour là qu’il l’avait surnommé Nightingale : le rossignol. C’était sa conception de l’amour, la seule qu’il connaissait, celle qu’elle lui avait appris. C’était elle l’oiseau, volage et chantant qui partait séduire sur les plus hautes branches et lui, lui il s’était laissé prendre à trop l’écouter. Il la chassait pour mieux la voir revenir, tremblante et anxieuse même si à chaque fois il le savait, elle était prête à partir pour de bon. Mais elle revenait toujours et il la trouvait plus belle et désirable à chaque fois. Elle revenait parce qu’elle était à lui, mais aussi pour lui. Qu’aurait-il fait seul, à contempler les barreaux d’une cage vide ? Hayden n’avait jamais était un homme de foi, mais Maddison avait semé en terre stérile les graines d’une âme qui n’appartiendrait jamais qu’à elle.

Une Maddison pour en chasser une autre. Parce que leur histoires n’étaient pas identiques et que le destin les avaient conduits sur d’autres voies, il se retrouvait à présent face à deux possibilités qui le laissait pantois. Ce qui aurait pu se passer, au bout du compte, à la fin de cette course effrénée en quête d’une réponse n’existerait jamais. Ces courses poursuites, ces insultes et le mystère, tout perdait de son sens. Maintenant, il en voulait à la jeune femme en face de lui. Elle qui ne semblait pas perdre la foi, qui croyait dur comme fer à ce que son cœur lui criait, elle avait rompu le seul lien qui avait eu un sens pour lui. Il ne jalousait pas ce qu’elle lui racontait. Cet autre vie devait être agréable sans doute, mais elle ne le concernait pas, tout comme cette fille là ne le concernait pas. Elle n’était pas Maddison. Elle n’était pas la fillette qu’il avait croisée à Lux, silencieuse et déterminée. Cette enfant qu’il n’avait jamais revu ensuite mais qui avait touché quelque chose en lui qu’il n’avait jamais élucidé. Ce jour là, il avait choisi de l’ignorer.

- Si tous les futurs ne sont pas identiques mais que tu dis vrai, peut-être qu’un peu de temps aurait suffit… Maintenant que tu lui as tout révélé, tu as toi-même mis un point final à l’histoire.  

Appuyant sur la poignée de porte, il l’entrouvrit.

-  Je te souhaite de retrouver la route vers chez toi, Nightingale. Profites-en pour m’apporter tout mes vœux de bonheur !

Sa voix était vide, sans sarcasme et sans vie. Refermant la porte sur lui, il descendit quatre à quatre les marches pour se lancer dans la nuit et les rues froides de la ville basse. Enfonçant ses mains dans les poches, il traversa la route les yeux sur ses pieds, le regard plongé à l’intérieur de lui-même, à ce demander ce qui allait bien pouvoir le faire frissonner à présent… Il n’entendit pas la voiture, ne vit pas les phares et sentit à peine l’impacte. Allongé et immobile sur le sol froid, il espéra secrètement que le visage n’avait pas été touché...


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Maddison DeLuca
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« Empruntée ! Mon père l’a EMPRUNTÉE au PRD. C’est une histoire très drôle, au passage, je refuse que tu critiques la jeep qui a servi à sauver des Positifs et des Candidats du sous sol d’une multinationale dangereuse et opportuniste ! Et elle marche très bien, pas besoin d’aller chez un garagiste ! Allons, Stark, tu ne peux pas être à ce point sans coeur, c’est une valeur sentimentale ! »

Notre dispute avait commencé quelques minutes plus tôt, en sortant du Diner où on avait pris notre repas. Je raccompagnais Jefferson chez lui quand il avait jugé l’état de ma voiture - n’ayant plus de moto le temps que Matt lui refasse une beauté, merci Hayden - je me déplaçais avec cette vielle jeep qui faisait plus de bruit qu’un autobus et fumait plus qu’un camion de pompiers en pleine intervention. Mais quand j’avais commencé mon histoire, Jefferson s’était emballé. Que je puisse enfreindre la loi le dépassait. La jeep était une voiture volée qui avait été modifiée pour ne pas être repérée. Elle avait environ une vingtaine d’années et j’estimais qu’elle avait encore de beaux jours devant elle tant qu’elle ne me laissait pas en carafe sur le bord de la route.

Et pendant que nous nous disputions, je pensais à Hayden. A la fois où j’avais rayé sa moto, celle où j’avais laissé une marque de rouge à lèvres sur son parebrise avec un mot « Je t’ai vu. », à la course poursuite à contre sens où nous n’avions pas réussi à l’attraper. Je n’arrêtais plus de penser à lui depuis que j’étais « revenue ». Cette histoire-là, je vous la raconterai une autre fois. Revenons au présent. Elle se serait sentie abattue et délaissée s’il ne lui avait pas donné ce surnom - qui à mon sens était parfaitement stupide, mais ma mère était une chanteuse dont un titre était paru dans les hits #1 d’une année, alors il fallait croire que ce n’était peut-être pas si incohérent. Comment pouvait-il savoir, après tout ? Toujours est-il qu’il y a vu comme une réminiscence, un souvenir qui aurait traversé les mondes. Un destin qu’il n’avait pu échapper. Mais le temps qu’elle se lève pour l’empêcher de sortir, la porte s’était refermée sur elle. Crier son nom pour qu’il revienne n’avait servi à rien.

Jefferson a eu beau hurler le mien, c’était trop tard. Comme un fait exprès, le frein de la jeep n’a pas répondu. D’en haut, par la fenêtre de la cuisine, elle l’a anticipé. Je crois même l’avoir entendue hurler, des étages plus haut. Je suis sortie en trombes sans prendre la peine de refermer la portière, criant à mon partenaire d’appeler une ambulance - ce qu’il devait déjà être en train de faire à tous les coups. Bien sûr, la voiture n’avait rien, elle aurait pu avaler un mur sans se faire une seule carie. Le PRD avait toujours eu du bon matériel pour sa chasse aux mutants. Je me suis laissée tomber à genoux à côté de lui et je suis restée interdite une seconde en réalisant que c’était lui. Ses yeux étaient ouverts mais je ne suis pas sûre qu’il ait été conscient de ce qu’il se passait. L’impact l’avait fait voler quelques mètres plus loin et sa tête avait heurté la chaussée. Du sang emmêlait déjà ses cheveux et j’ai… paniqué. Ses paupières menaçaient de se refermer et j’ai pris son visage entre mes mains.

« Hayden ? Tu m’entends ? Regarde-moi, garde les yeux ouverts ! Reste avec moi. Tu dois rester éveillé ! »

Quelle était cette ironie de le chasser à travers toute la ville pendant des mois, sans jamais réussir à mettre un nom, une adresse ou quoi que ce soit d’autre sur ce visage totalement inconnu… et de le trouver finalement sous les roues d’une voiture dont le destin était d’aider des gens mal intentionnés à réduire en cendres des gens dotés de dons particuliers ? Il a fermé les yeux sans une seule réaction et je me suis sentie rejetée en arrière, les fesses heurtant le sol.

« Ne le touche pas ! »

C’est amusant comme on peut avoir une voix et ne pas la reconnaître. Son style, en revanche, n’était pas passe-partout. Elle m’a poussée et m’a écartée d'Hayden comme si j’étais capable de lui faire du mal. J'entendais déjà les sirènes au loin et j’ai jeté un regard à Jefferson avant de me redresser pour attraper l'Autre par les épaules. Elle a violemment repoussé mon geste en se levant et m’a faite reculer d’un coup dans la poitrine. Surprise par sa présence, je me suis laissée faire sans riposter. Je n’ai osé imaginer la réaction de Jefferson.

« Tu en as assez fait, comme ça ! Tout ça, c’est de ta faute ! »
« Ma faute ?! Je n’ai rien fait ! Et il s’est jeté sous ma voiture ! » J’ai désigné Hayden, inconscient, l’air réprobateur. « Qu’est-ce que tu fais ici ?! »
« C’est toi qui m’a amenée ici ! Et je veux que tu me ramènes chez moi ! »
« Je n’ai RIEN fait du tout ! Mais tu dois t’en aller. »
« Je n’irai nulle part sans lui ! »

A court de patience, je l’ai agrippée par les épaules et j’ai rapproché mon visage du sien. Pendant deux secondes, on ne pouvait entendre que les sirènes des pompiers qui arrivaient. Mes yeux dans les siens, j’ai pincé les lèvres. « Tu iras où je te dirai d’aller parce que je ne peux pas expliquer une soeur jumelle sans puce et sortie de nulle part dans un hôpital. »

Elle avait les larmes aux yeux et j’ai ressenti de la peine pour elle. Les lèvres tremblantes, elle n’a pas beaucoup bataillé face à ma décision. « Reviens pour lui, s’il le faut. Il ne peut pas mourir ! Il m’a sauvé la vie ! »

J’ai secoué la tête. « Non. Il n’a rien fait pour toi. Ni pour moi. Pas lui. »
« Promets-moi que tu reviendras pour lui ! »
« Je ferai tout ce que je peux pour lui. Maintenant, va-t-en. »

Cela n’indiquait pas un autre voyage dans le temps. J’avais retenu ma leçon. Ce qui doit arriver arrive. Et dans le cas présent, c’était une fatalité, pas un événement survenu à cause d’un autre que j’avais modifié. Il n’y avait eu aucun pouvoir de Yu, ici… Je lui ai donné mon téléphone en lui disant que je la retrouverai et je l’ai poussée pour qu’elle tourne les talons. Elle a fini par se mettre à courir sans jamais se retourner et je l’ai suivie du regard, une main devant la bouche, les doigts tachés d’un sang que je n’aurais jamais cru porter, alors qu’elle disparaissait dans la nuit. J’ai tourné la tête vers Jefferson et j’ai dégluti. Pendant des années, notre relation était restée « normale ». Mais depuis quelques temps… Ces « conneries » de mutants m’arrivaient souvent et je ne supportais pas l’idée qu’il puisse être impliqué. Mais avais-je vraiment le choix ? J’ai soupiré alors que les paramedics prenaient en charge Hayden et j’ai espéré, secrètement, que tout irait bien. Non parce que je n’aurais pas supporté d’en être la cause. Mais parce que je n’aurais pas supporté qu’il lui arrive quoi que ce soit.



I've made some mistakes. And I paid for them. I just hope I don't have to keep paying for them my entire life.
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Jefferson Stark
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- Non mais j’espère que tu n’es pas sérieuse là !

Il y avait des choses que Maddison était capable de faire et qui me dépassait franchement. Des idées saugrenues, des initiatives douteuses mais surtout, surtout un manque de gène total pour la loi quand il s’agissait de son confort personnel. Alors oui, même le ventre plein et l’esprit détaché du travail, j’étais furieux ! Non seulement cet engin aurait suffit à lui seul à faire mourir l’espèce humaine d’un cancer du poumon mais en plus elle était allé le voler au PRD… Vraiment là c’était trop pour moi. Enfin c’est ce que je croyais jusqu’à ce que je relève la tête et que je ne vois l’homme que nous allions percuter.

- DELUCA FREIIINE !!


Mais c’était trop tard, je la vis tenter de freiner sans succès et puis il y eu l’impact, le bruit et le silence lorsqu’enfin la voiture s’était arrêtée. Maddison sortait déjà de la voiture alors que j’en avais encore le souffle coupé. Saisissant mon téléphone, j’appelais aussitôt une ambulance et prévenait pas la même le centrale. Lorsque je relevais la tête, tentant d’apercevoir ma collègue par la vitre, je vis soudain un tourbillon de rage se jeter sur elle. Instinctivement, j’avais saisi mon arme de service et était sortie de la voiture, prêt à intervenir. Cependant, ce que je vis me laissa sans voix. S’il était depuis longtemps convenu que ni elle ni moi ne devions parler de notre vie privée, je connaissais tout fois quelques lignes tout comme elle. Cependant et à aucun moment je n’avais entendu parler d’une sœur jumelle.
D’un point de vue strictement physique, elles étaient pareilles. Cependant, nous avions à faire ici à Dr Jekyll et Mr Hyde. L’arme au point, je ne mis en joue personne pour autant. L’affaire qui se déroulait sous mes yeux n’avait rien à voir avec moi et j’avais le sentiment qu’il valait mieux ne pas m’en mêler. Si mon sang ne fit qu’un tour lorsque l’inconnue s’en prit à ma coéquipière, je n’avais cependant aucune marge de manœuvre et j’aurais pris le risque de blesser Maddison. Quand finalement elle lui intima l’ordre de partir, je restais sans voix. Quoique tout cela puisse signifier, cette fois ci, elle me devrait des explications. Lorsqu’elle chercha mon regard, je la toisais d’un œil sévère. Etre constamment border line ne pouvait pas vous laisser éternellement indemne et nous risquions tout les deux de plus en plus gros. J’aurais donné ma vie pour elle, sans hésiter une seule seconde, mais je ne pouvais rien si elle continuait, inconsciente, de provoquer le destin.
La quittant des yeux, je découvrais enfin en m’approchant qui était notre pauvre victime. Me relevant vivement, je me retournais vers Maddison et la saisit à mon tour par les épaules tout en la secouant. J’étais furieux.

- Non mais c'est une blague ? Ce type après qui on court depuis des semaines ? Franchement ? Dis moi que tu l’as fait exprès bon dieu !


La lâchant, je m’éloignais un instant en poussant un juron alors que les sirènes raisonnaient au loin. M’approchant de l’homme à terre, je posais une main sur son coup, cherchant un pouls, une respiration, n’importe quoi qui aurait limité les dégâts. S’il était identifié, nous étions morts. Ca passerait sans aucun doute pour un règlement de compte personnel et cette fois ci aucun de nous deux n’aurait échappé à la mise à pied. Si je n’avais pas été aussi empressé d’appeler des secours, j’aurai encore pu jeter le corps dans la tamise… Un homme comme lui, qui le regretterait ? Quand les ambulanciers arrivèrent je leur signalais qu’il respirait à peine. M’écartant pour les laisser passer je me dirigeais à nouveau vers Maddison.

- Tu montes dans la voiture et on les suit jusqu’à l’hôpital. Tu me racontes tout en chemin et je te préviens, le droit de véto tu te le mets là où je pense !


Sans un regard je retournais à la jeep côté conducteur et allumais le moteur alors que l’équipe de secours embarquait notre bonhomme. Il était bien pâle maintenant, loin de l’hardi qui nous mettait des bâtons dans les roues depuis plusieurs semaines. Coincé entre des boudins et une minerve il me faisait penser à un pantin désarticulé, une perfusion avait été installée à la va vite. Secrètement j’espérais qu’il ne s’en remette pas. Outre le fait de mettre une pagaille sans nom dans la ville, il commençait également à menacer notre équipe et je ne pouvais pas le permettre. Et ça, quelque soit les liens qui pouvaient exister entre ma coéquipière et lui. Je prévenais centrale que nous partions avec l’ambulance et chassait les protestations par un service qu’il était bon de me rendre. Un silence réprobateur me répondit mais je savais que nous serions tranquilles quelques temps. Des dizaines de questions tournaient en boucles dans ma tête. Qui était-il ? Qui était cette femme qui ressemblait à DeLuca mais qui n’était pas elle ? Quel était ce lien qui les unissait tous ? Qu’arriverait-il s’il mourrait ? Je gardais pour moi mes interrogations lorsque Maddison s’installa à mes côtés. Je prendrais ce qu’elle voudrait bien me donner, comme d’habitude…

Avait-il entendu quelqu’un crier son nom ? Etait-elle réelle cette terrible angoisse qu’il avait ressentit dans le timbre de cette voix de femme au dessus de lui. Qui étais ce ? D’où cela pouvait-il bien venir ? Il sentit à peine les mains se poser sur ses joues et dans le brouillard qui enveloppait peu à peu tout autour de lui, Hayden parvint tout de même à distinguer le visage inquiet de Maddison. La vrai. Quelle ironie du sort… C’était la première fois qu’elle prononçait son prénom et lui devait bien avoir piètre allure. Elle devait vraiment être très fâchée pour lui avoir roulé dessus ainsi. Décidément cette journée n’en finissait pas d’être longue. Vraiment trop longue. Fermant les yeux, il se laissa bercer par le sommeil qui lui vanter les bienfaits du repos du guerrier. Un sourire en coin, il trouvait ça presque amusant, la façon dont toute cette histoire se terminait.

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Maddison DeLuca
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Mais je n’avais pas fait exprès…

Un tour de cadran. Plus de 24h sans une seconde de sommeil. J’étais éreintée. Reese m’avait appelée, Matt et Elvis avaient essayé de me joindre lorsque le premier n’avait pas réussi. Mais ils n’avaient pas le numéro de Jefferson, alors… Je n’ai jamais reçu leurs appels. J’étais là, à regarder Hayden à travers une vitre en m’arrachant un ongle entre les dents. C’était ma faute, j’avais causé tout ça. Si j’avais écouté Jefferson, si on avait pris sa voiture, lui aurait freiné.

J’avais refusé de dire quoi que ce soit dans la voiture. Jefferson avait élevé la voix, il m’avait même menacée mais ça n’avait rien changé. Les histoires de Yu ne le regardaient pas, il ne pouvait pas comprendre. Quand bien même je comprenais ce qui le dérangeait, je ne m’étais pas résignée à parler. Ce qui n’était à la base qu’un petit complexe d’amourettes s’était transformé en un délicat déséquilibre entre plusieurs mondes. Mon indécision nous mettait tous en danger. Chacun en payait les frais à un moment donné et ce soir-là, c’était Hayden.

Les médecins avaient pronostiqué un traumatisme crânien en plus de plusieurs fractures et quelques os cassés. Une chance qu’il soit dans un coma, aussi, il ne sentait rien. J’ai senti la présence de Jefferson à mes côtés et j’ai serré les dents, les mains tremblantes. Non, je n’avais jamais voulu ça, je n’avais jamais voulu lui faire de mal. Nous avions ce jeu, auquel j’avais fini par prendre goût au fil du temps. Son nom ne m’intéressait plus. D’où il venait, qui il était… Non, je jouais avec lui, maintenant. J’avais ressenti, comme lui, la déception lorsque le mystère s’était levé. Je ne pouvais pas tout dire sur moi à mon collègue. Mais je pouvais au moins lui parler de lui.

« Son nom est Hayden Walsh. Je l’ai appris il y a quelques jours. Enfin, récemment… On était dans le même foyer pour mutants il y a près de vingt ans, c’est pour ça que je ne l’ai pas reconnu. » J’ai pris une profonde inspiration. « Il a le pouvoir de sentir ta peur et de s’en servir contre toi. Je connais sa soeur, il faudrait… Que je la prévienne, je crois. » J’ai reniflé et j’ai passé mon poignet sous nez avant de me tourner vers mon co-équipier - et meilleur ami. J’ai relevé des yeux déterminés sur lui. « Je sais ce que tu veux savoir, mais tu dois accepter que je ne peux pas te le dire. Je ne peux pas, non parce que c’est interdit mais parce que je ne veux pas te mêler à mes bêtises ! » La fatigue, sûrement, les larmes ont commencé à me monter aux yeux. « Je sais que tu m’en veux, que tu veux comprendre, et que je nous mets en danger en le protégeant, que je risque gros et que si je tombe, tu tombes avec moi ! Mais Jefferson, je ne peux pas, parce que j’ai fait une très grosse bêtise ! » Et… nous y voilà. « Je dois te protéger de tout ça parce que s’il t’arrivait quelque chose, Stark, je ne m’en remettrais pas, tu dois me faire confiance ! Tu es mon meilleur ami, la meilleure chose qui me soit arrivée, je t’ai confié des choses que je n’ai dites à personne mais ça, je ne peux pas. Ce n’est pas ta guerre… S’il te plaît, ne me pose pas de questions, c’est la première fois que je te le demande et je te promets que ce sera la dernière ! »



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Jefferson Stark
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Évidemment elle n’avait pas dit un mot. Tête de mule obstinée, Maddison avait surmonté tous mes stades de colère sans rien dire, plongée dans ses pensées. Il avait fallu que je prenne sur moi en arrivant à l’hôpital pour ne pas la secouer une fois de plus. Mais je savais que je n’aurais rien obtenu de plus de sa part. Les heures avaient filées à toute vitesse et j’avais dû appeler la nounou de mon fils pour la prévenir de mon absence. Habituée aux aléas de mon emploi du temps, elle n’avait pas posé de question et avait assuré qu’elle prendrait soin de lui jusqu’à mon retour. A présent nous étions tout les deux devant cette immense baie vitrée à contempler l’homme que nous avions renversé. Il allait s’en sortir, son état était critique mais stable, tout ne dépendait plus que de lui maintenant. Mais au vue de tout ce qu’il nous avait déjà fait subir, je ne m’inquiétais pas trop. J’avais rejoins Maddison après un entretient avec notre chef de police, Eddie Andersen et avait obtenu qu’il la laisse tranquille encore quelques heures avant de l’interroger sur sa version des faits. Mes excès de zèles, ma droiture et nos résultats avaient eu raison de ses réticences et il avait accepté de repasser plus tard, quand la situation se serait apaisée.

Immobile et silencieux à ses côtés, j’attendais patiemment qu’elle rompe le silence. Maddison ne montrait presque jamais ses sentiments. Je ne l’avais jamais vue particulièrement triste, pourtant elle semblait ce soir tellement désemparée que je ne pouvais pas continuer d’être en colère contre elle, ce n’était pas de cela dont elle avait besoins. Lorsqu’elle s’était enfin décidée, je pris soin de ne pas l’interrompre. Je sentais dans sa voix vibrer toute son inquiétude et sa détermination et si je ne parvenais toujours pas à comprendre ce qui pouvait être aussi terrible pour ne pas oser m’en parler, je savais aussi que je n’avais pas le droit de lui en demander plus. Glissant une main derrière ses épaules, je l’attirai contre moi un instant et posait un baiser sur le sommet de sa tête. Des instants comme celui-ci se comptaient sur les doigts de la main mais je ne les aurais sacrifiés pour rien au monde. Elle était mon ami, pour le meilleur et pour le pire. La relâchant, je me tournais vers elle, cherchant un instant son regard.

- Nous faisons tous des erreurs DeLuca. Mais ce qui est arrivé ce soir n’est qu’un accident auquel personne ne pouvait rien faire. Cesse un peu de vouloir me protéger et protéger les autres, occupes toi d’avantage de toi, ça limitera peut-être les grosses bêtises… Je ne suis qu’un négatif après tout, c’est vrai que je n’y comprends rien à toute vos histoires de génétiques, mais ce n’est pas pour autant que mon amitié n’est pas à la hauteur des épreuves que tu traverses. Et puis tu sais bien que je tire mieux que toi, ça compte quand même non ?

Je soupirais avant de reprendre un peu las.

- S’il s’en remet et j’ai peu de doute la dessus, n’oublie pas que tu as fais une promesse mais que la tâche sera rude. A part toi et moi personne ne connait son nom, il n’a pas de puce, de papier… Il n’existe aux yeux du monde que parce qu’il est cloué à ce lit. L’en faire sortir sans qu’il ne se fasse prendre va relever de l’exploit. Si tu décides de l’aider, fais attention à toi. S’il te plait, ne te mets pas en danger inutilement… Et si tu sais que tu va le faire, appelles moi avant d’accord ?

Honnêtement ? Je savais bien qu’elle ne le ferait pas. Qu’elle le laisserait se débrouiller ou se débrouillerait seule une fois de plus, mais je ne pouvais pas partir sans le lui avoir dit avant.

- Pour Eddie, il repassera en début d’après midi pour avoir ta version des faits. Je lui ai dit qu’il avait surgit devant nous sans prévenir, que nous ne pouvions pas l’éviter. Personne n’a jamais vue sa tête au poste, je n’ai pas dis qu’il était recherché. Fais attention à ne pas tout pourrir. Ca ça serait vraiment une très grosse bêtise !

Observant une dernière fois Hayden, tout du moins ce qu’il en restait sous les tuyaux et les bandages, je fis volte face en direction de la sortie.

- Mon fils m’attend DeLuca et toi tu devrais te reposer, y aurait de quoi replonger dans le coma rien qu’en voyant ta tête …

Lui adressant un dernier petit signe de la main, je partie en direction du hall, de ma voiture et de la maison. Des nuits blanches de ce genre là ça faisait longtemps que ce n’était plus arrivé !
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Maddison DeLuca
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C’est un soulagement qui m’a vibré dans toute ma colonne vertébrale et j’ai fermé les yeux en me laissant aller contre lui. J’ai soupiré en me calmant et j’ai reniflé à nouveau en reportant mon regard sur Hayden, immobile. Si tout n’était pas entièrement de ma faute, j’étais tout de même responsable d’un tas de choses et sûrement beaucoup que j’ignorais. J’ai relevé les yeux sur Jefferson en le bénissant de tout mon coeur. Il avait toujours été là quand j’avais eu besoin et ce, depuis le début, sans jamais poser de questions. Ses conseils pour aider Hayden me sont allés droit au coeur. Ce n’était pas la première fois que je le laissais s’enfuir, j’avais toujours fait en sorte que notre jeu continue sans passer par la case « Prison ». J’avais des cartes joker à jouer, je les utilisais. Il faisait de même et ainsi, the show must go on.

« Merci. »

Aussi silencieux et chargé d’émotions, c’est à peine si ma voix a percé l’espace qui me séparait de Jefferson. C’était bien plus que je ne lui demandais et ma gorge était si serrée que j’étais incapable de dire quoi que ce soit d’autre. Je n’ai tout simplement rien trouvé de mieux pour exprimer toute ma gratitude envers lui. Les yeux brillants, j’ai acquiescé lorsqu’il a tourné les talons, non sans lui offrir un sourire en espérant le rassurer, ne serait-ce qu’un peu.

J’ai attendu qu’il disparaisse et j’ai inspiré un grand coup avant d’entrer dans la chambre. J’ai lentement refermé la porte derrière moi. Je n’étais pas fatiguée. Ou alors, les nerfs me tenaient en éveil. Je me suis approchée du lit en déglutissant. On n’entendait que le bruit du néon dans la chambre mais pas une seule mouche, tout juste les voix des soins intensifs en fond sonore. J’ai contourné le lit en posant une main sur la barre froide et je l’ai observé de près, ce que je n’avais jamais pu faire jusque là.

« Il faudrait que je prévienne ta soeur, je crois… » J’ai fait deux pas de plus vers lui et j’ai fait boxer mes mains dans le vide dans un rire. « Ouais, parce que je sais qui tu es maintenant ! Ha ! » J’ai reniflé en arrivant à hauteur de son torse et je lui ai donné un petit coup dans l'épaule. « Mais je suis sûre que tu ne connais pas mon nom entier ! Ni ce dont je suis capable ! Joue encore ! » J’ai repris mon sérieux dans une profonde inspiration. J’ai gardé le silence un long moment en l’observant avant de tirer une chaise jusqu’à lui. Je l’ai placée à l’envers, afin d’y croiser mes bras sur le dossier et d’y poser ma tête. J’ai ressassé tout ce qui m’était arrivé dernièrement dans ma tête en le dévisageant et dans une grimace, j’ai repris. « Je la trouve bizarre, moi aussi. »

Quand on m’a réveillée, j’ai réalisé que je m’étais endormie comme une masse, même dans une mauvaise position. Mes bras me brûlaient et une de mes joues était rouge avec la marque de ma montre. Je me suis levée en essuyant le coin de mes lèvres et en me redonnant un mouvement de cheveux pour rejoindre mon supérieur qui venait d’arriver. Les mains dans les poches, la tête rentrée dans les épaules, j’ai donné ma version : dans le noir, je ne l’ai pas vu, mes freins ont lâché, je n’ai pas réussi à freiner à temps… Ca leur a pris deux heures pour m’informer de ma suspension. Contrairement à Jefferson, ma réputation au sein du poste était moins immaculée que la sienne. J’étais plus réputée pour mon sang chaud et mes actions impulsives. Et je commençais à en accumuler. Aussi, sur une durée encore indéterminée, ils m’ont suspendue. N’importe quand, je me serais révoltée. J’aurais déchiré les murs et leur tapisserie en m’opposant à cette décision. Mais là, pas plus que depuis que j’étais face à eux, je n’ai pas réagi. Je n’ai pas cillé, j’ai simplement acquiescé en acceptant mon sort. J’étais tellement fatiguée, je n’avais pas envie de me battre. De plus, j’y voyais là une opportunité de faire sortir Hayden plus facilement. Ma tête a dû les convaincre aussi de me donner des vacances. Assurément que Jefferson ne serait pas totalement d’accord avec cette décision mais en ce qui me concernait, elle m’arrangeait.

Une fois libérée, je n’ai pas quitté l’hôpital, malgré le conseil avisé des infirmiers. Non, je suis allée me chercher un café et je suis retournée auprès d’Hayden. « Merci pour les vacances, tête de noeud ! » J’ai retourné la chaise pour m’asseoir cette fois sur le dossier, les pieds sur le siège et les coudes sur les genoux. Le gobelet dans mes mains, je me suis exclamée. « Où en étais-je ? Ah oui ! Je sais qui tu es. » J’ai bu une gorgée et j’ai commencé par le début. « Tu as aimé mon dernier message sur ta moto ? Oh, et merci, au fait ! » J’ai soulevé la manche de mon pull pour lui montrer l’attèle à mon poignet. Je ne m’en plaignais pas : il avait perdu. Il avait fait tout ça pour rien. « Ce que je suis devenue ? Je te remercie de le demander ! Tu es trop aimable. Comme tu le sais, je suis entrée dans la police ! Et j’arrête des gens qui roulent à contre sens. Enfin, j’essaye… »

J’ai continué comme ça les jours suivants. Je venais tous les soirs, il y avait moins de monde et tant que personne ne savait qui il était, Hayden ne bougeait pas de ce lit. J’ai dormi pendant des heures, pendant des jours. Je m’occupais de l’Underground comme jamais, j’ai rattrapé tout mon temps perdu. Et dès que je pouvais m’éclipser, je venais ici. Il était bien plus en sécurité ici pour le moment, rien ne servait de le bouger. D’autant plus que tout le monde me connaissait, maintenant. Les jours ont passé et ses blessures ont guéri, il ne portait plus de bandage et les tuyaux ont disparu. Il ne restait d’Hayden qu’un bracelet médical marqué « John Doe » et un surnom « Sleeping Charming ». Les infirmières rouspétaient parfois parce que je dessinais des petits coeurs sur ses mains… ou son visage… au feutre noir. Et je m’appliquais. Je le rasais, je le coiffais comme un jeune premier, j'écrivais dans son bras "je suis un trou du cul", pour qu'il garde ainsi toujours un souvenir de moi.

J’espérais qu’il m’entendait. Je lui ai raconté mon escapade dans l’autre monde, ce que j’y avais découvert sur lui et l’autre moi. « Tu imagines ? Toi et moi. Yeurk. Je préfèrerais me jeter dans l’Hudson un 31 décembre ou jouer à la roulette russe avec un 9mm. » Mais je lui parlais presque tout le temps. De tout, de rien… Des ragots de l’hôpital, des procédures stupides de mes supérieurs… Chaque course poursuite à la télé, je l’ai regardée à ses côtés avec des chips et du soda. Bourratif et grossissant ! A la fin, j’avais presque l’impression de le connaître. Je ne lui racontais rien sur ma vie, je ne lui parlais pas d’Abel, ni de Jefferson. Je ne causais pas non plus de l’Underground mais j’ai parlé de l’armée et de mon frère qui suivait mes traces. Je me suis souvent comparée à l’autre moi en lui demandant s’il était d’accord, partant du principe qu’il me connaissait. Parfois, je venais lire et je critiquais l’oeuvre avec une grimace. Il m’est arrivé de m’endormir sur le bord du lit, aussi.

C’est d’ailleurs dans un de ces moments qu’il a enfin décidé de se réveiller. Je voulais être là. Je voulais le prévenir, de ne pas donner de nom, et d’attendre que je trouve une solution. Je n’en avais pas eue jusqu’à présent, je ne savais pas comment le sortir d’ici. J’avais bien une idée, mais c’était jouer à quitte ou double. Je n’avais quasiment pas vu Abel de tout le temps que j’avais passé avec Hayden. Je me sentais coupable autant pour l’un que pour l’autre mais Abel avait ses propres occupations et nous n’avions jamais été du genre à rester l’un sur l’autre en permanence. Nous aimions notre indépendance et notre liberté individuelle. Du temps qui m’était imparti pour l’Underground et pour Hayden.

La tête tournée vers la télé qui diffusait les informations et les interviews de la campagne de Richard Aberline, les débats pour les candidats à la présidence, j’avais fermé les yeux et je m’étais assoupie. Appuyée contre mes bras croisés, sur le bord du lit, mon majeur touchait le sien et malgré le mal de fesses et de dos, j’étais plutôt bien et au chaud.

Ne lui répétez jamais ce que je viens de vous dire...



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Hayden Walsh
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Lorsqu’il s’était laissé sombrer dans le sommeil, Hayden avait perdu tout contact avec la réalité. Plongé dans un silence cotonneux, son esprit s’était replié au plus loin de lui-même pour le préserver des douleurs insupportables que son corps endurait. Là, assis dans le noir, il n’y avait pas eu de lumière blanche, de tunnel auréolé de cheveux d’ange, d’âme bienveillante pour le conduire tranquillement dans l’au-delà. Mais lorsque les anesthésiants s’étaient dissipés et qu’on l’avait reconduit en salle de soins intensifs, lentement, il avait commencé à émerger. C’était sa voix tout d’abord qui l’avait tiré de sa léthargie. Une voix de femme qu’il connaissait bien maintenant. Alors qu’il se trouvait en train de flotter entre ses différents stades de consciences, elle l’avait ramené à la réalité peu à peu. Mais même s’il était en état de l’entendre, il ne pouvait ni bouger, ni parler. En vérité, plus la voix de Maddison devenait claire et plus il se rendait compte de l’étendu des dégâts. Aucune partie de son corps ne lui répondait, il était là, statue immobile au fond de son lit, dévoré par une douleur dont il n’avait encore jamais fait l’expérience. Sentant bien qu’il était à deux doigts de lâcher prise face à ce qu’il ne pouvait combattre, il décida pourtant de se concentrer sur la voix de la jeune femme. Il était hors de question de se laisser abattre de la sorte. Non, s’il n’était pas mort complètement, il ne devait pas, l’histoire n’était pas terminée.

« Il faudrait que je prévienne ta soeur, je crois… »
Même si elle ne pouvait le voir, il ne pu s’empêcher de grimacer.
* Tu es sérieuses ? Dans le genre idée bien pourrie, tu attendrais des sommets si tu faisais ça ! Autant m’achever tout de suite… *
« Ouais, parce que je sais qui tu es maintenant ! Ha ! Mais je suis sûre que tu ne connais pas mon nom entier ! Ni ce dont je suis capable ! Joue encore ! »
* Hééééé ça fait mal ! Je ne suis pas une chochotte mais tout de même ! Tu m’as roulé dessus je te rappel ! Un peu de respect pour les mourants ! *
Un petit sourire sarcastique naquit au coin de ses lèvres, là où lui seul pouvait le contempler. Mais qu’importe, la vie, tout du moins ce qu’il lui en restait, se basait sur son lot de petites satisfactions personnelles !
* Et encore heureux que je connaisse ton nom en entier. Tu me prends pour qui franchement ? Toujours avoir une longueur d’avance, on ne te l’a jamais appris à l’école de police ? *
Hayden l’entendit alors tirer une chaise et s’y assoir. Elle resta silencieuse un moment et il la sentit tout à coup beaucoup moins légère, plus sérieuse.
* Bizarre ? hmmmm… Folle à liée serait plus juste. Je ne suis pas spécialement cartésien non plus mais là elle y est allé un peu fort ! D’un autre côté, ce style un peu sauvage ça lui allait pas mal, tu devrais essayer de temps en temps ! Ca te décoincerais si tu veux mon avis… *

Elle s’était alors assoupie et il était resté seul avec lui-même à écouter le rythme lent de sa respiration. Jusqu’à présent, il n’avait jamais été dans une pareille situation. Ce qui l’amusait s’était surtout l’ironie de la chose. C’était lui qui avait le corps brisé, mais c’était aussi lui qui l’écoutait dormir. Lentement, il sombra lui aussi dans le sommeil, inconsciemment emporté par les dernières paroles de l’autre Maddison. «Je n’ai jamais contrôlé ta vie, Hayden… Mais tu as sauvé la mienne. C’est toi qui m’a choisie. »
Plongé dans le coma, il n’avait pas vraiment conscience du temps qui s’écoulait. Quand il entendit à nouveau sa voix, il était bien incapable de dire si une heure ou trois jours venaient de s’écouler.

« Merci pour les vacances, tête de noeud ! »
Il lui fallu un peu de temps pour réussir à comprendre ce qu’elle entendait par la. La brume ralentissait ses facultés et lui donnait la fâcheuse impression d’être parfaitement nié.
* Pour tentative de meurtre du devrais déjà être dans le couloir de la mort minette ! Tu as de la chance que je ne puisse pas porter plainte tiens ! Ca t’arrange bien ça hein ! Que je ne puisse pas répliquer pour une fois. Tu veux savoir ce que j’en pense ? Non ? Je m’en fiche c’est pareil ! Tu as triché ! Voilà ce que j’en pense ! Tu as enfreint les règles ! *
« Tu as aimé mon dernier message sur ta moto ? Oh, et merci, au fait ! »
* Ce n’est qu’un juste retour des choses ! Le rouge à lèvre c’est atroce à enlever sur un pare brise ! Et au fait elle est où ma moto ? Non mais parce qu’en y réfléchissant bien, si tu ne me l’avais pas confisqué, je n’aurais pas été obligé de traverser la route à pied et tu ne m’aurais pas tué ! Accables toi de mon sort et regrette ! Je sais que tu regrettes ! *

Il ricanait tout seul, encore et encore. Arrêter les gens en contre sens ? La bonne blague ! Qui était-elle pour croire qu’il était aussi facile que ça de lui tomber dessus ? Les rares fois où elle l’avait recroisé, où elle s’était permise de lui laisser un message ou l’autre à son intention, Hayden avait toujours été là, de loin à l’observer. Depuis combien de temps ne l’avait-il plus quitté des yeux ? Probablement depuis la toute première fois, lorsqu’il l’avait reconnu, lors de cette course improvisée dans les rues de Megalopolis. Et puis Maddison était rentré chez elle. La première nuit, il n’avait pas réussi à dormir. Il se demandait si elle reviendrait mais aussi cherchait à comprendre pourquoi cela avait-il l’air si important. Quand elle était revenue le lendemain et les jours suivants, il avait continué à s’entretenir avec elle. Ils avaient beaucoup parlé, mais en vérité il s’était souvent contenté de l’écouter. Elle ne lui parlait jamais d’elle directement, mais beaucoup de sa famille, de son passé, de ce qu’elle avait fait après Lux. Elle branchait la télé, parlait fort en mettant des miettes partout. Hayden protestait souvent, râlait beaucoup, mais au fond de lui, il devait l’admettre, il s’impatientait toujours de la voir franchir le seuil de sa chambre. Les jours filaient de plus en plus vite, les cœurs sur ses joues, les mots sur ses bras et les tuyaux qu’on débranchait petits à petits le ramenait de plus en plus souvent vers la réalité et surtout sur ce qu’il allait bientôt devoir faire pour sortir d’ici.

C’était peu de temps avant qu’il ne se réveille que cela se produisit…

Il était tard. Quelle heure exactement il ne pouvait pas le dire mais pas celle des visites c’était certain. Pourtant elle était là, grande et raide dans une robe noire très élégante. Ses cheveux d’un blond de paille était tiré en un chignon stricte et ses yeux bleus aux reflets polaires scruté la pièce à la recherche d’un quelconque intrus. Semblant satisfaite, la jeune femme s’approcha du lit d’Hayden. Un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres parfaites lui donnant un air de folle furieuse sortie tout droit d’un mauvais film d’horreur. Elle se pencha alors avec grâce jusqu’à l’oreille du malade.

- Je sais que tu ne dors pas, n’oublie pas qui je suis, tu ne peux pas tricher avec moi…
Elle le toisa un instant de son œil sévère avant de poursuivre.
- La prochaine fois que quelqu’un essaye de te tuer, je m’assurais de finir correctement le travail… C’est de l’amateurisme à plein nez !
Isis soupira avec élégance, comme prise soudain d’une grande affliction pour son frère aimé.
- Mon pauvre ami… Je le vois bien ce qu’elle a fait de toi, mais toi tu ne t’en rends pas compte n’est ce pas ? Quelle ironie !

Hayden s’était contenté de fermer les yeux, soupirant de lassitude lorsqu’Isis s’était enfin décidée à sortir. De quoi voulait-elle parler ? Un instant il regretta que Maddison ne puisse être là. Une bonne vanne n’aurait pas été de trop. Sursautant, il se reprit soudain en se demandant ce qui pouvait bien lui arriver. Nostalgique ? Lui vraiment ? Les jours suivants, il ne parla pas à la jeune femme de la venue d’Isis. Il y avait des secrets qu’il valait mieux garder pour soi, surtout quand la personne concernée était potentiellement encore plus dangereuse que vous ! La vie suivait son court jusqu’à cet après midi où enfin il reprit connaissance. Maddison s’était endormi tout comme lui mais le bruit de fond de la télé avait fini par le réveiller. Mais cette fois ci, c’était différent. Il avait soudain la sensation de son corps, de ses paupières lourdes, des doigts de la jeune femme contre les siens. Malgré le marteau piqueur qui continuait de lui broyer le crâne, il fit soudain un effort considérable qui dû lui faire rougir les joues. Parvenant enfin à ouvrir un œil, puis l’autre, il fit connaissance pour la toute première fois avec sa chambre d’hôpital. La lumière blanche des néons lui piquait les yeux et une larme se mit à couler le long de sa joue. Se concentrant de toute ses forces, il parvint à lever une main jusqu’à son visage et l’essuyer. Si Maddison le voyait pleurer, quelle idée allait-elle bien pouvoir se faire de lui ? Alors qu’il se débattait avec sa propre morale et l’importance que l’opinion de la jeune femme pouvait avoir, il tendit une main vers elle et la posa sur sa tête avec douceur. L’autre main attrapa lentement les doigts qui la frôlaient.

- La prochaine fois que tu veux me tuer, ne me rate pas s’il te plait, ça fait vraiment mal… Si tu veux, samedi prochain on joue à la roulette russe !


Fermant les yeux, un sourire léger naquit sur ses lèvres. En moins d’une minute, il venait de vider toutes ses réserves. Il était fatigué, très fatigué, mais peut importait les raisons qui l’avait poussé à se dépenser ainsi. Il se sentait bien, au chaud et en sécurité. Qu’Isis aille au diable, depuis le début il savait qui détenait la vérité.


Tell me would you kill to save a life
Tell me would you kill to prove you're right
Crash, crash, burn, let it all burn
This hurricane's chasing us all underground
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Maddison DeLuca
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J’ai d’abord senti ses doigts sur les miens. Ce n’était pas une sensation que je connaissais, Abel ne m’approchait jamais de cette façon et je n’avais plus vu Reese dans un lit d’hôpital depuis des années. C’est le frisson qui m’a parcouru toute l’échine qui m’a réveillée. J’ai gigoté des épaules en inspirant profondément, encore dans un demi sommeil et je me suis redressée en me passant une main sur le visage avant d’entendre sa voix. J’ai sursauté en tournant vivement la tête vers lui et je me suis redressée alors qu’il refermait les yeux.

« Hayden. » Mais il ne répondait déjà plus. Il fallait pourtant que je lui parle. Je ne pouvais pas ne pas être là quand il se réveillerait, ce n’était pas envisageable. « Hey ! » J’ai secoué son épaule mais il n’a pas réagi. Debout, penchée sur lui, j’ai commencé à le secouer avant de lui mettre une baffe. Je vous dis que j’avais besoin d’être là à son réveil. « HEY ! Réveille-toi bon sang ! Il faut que je te parle ! Hayden ! »

« Qu’est-ce que vous faites ! » J’ai tourné la tête pour voir une infirmière me toiser d’un regard meurtrier. J’ai serré les lèvres. Personne ne pouvait se mettre en travers de mon chemin, ça ne m’était pas permis. J’ai balbutié en lâchant Hayden. « Il vient de se réveiller, je… J’ai paniqué quand il a refermé les yeux. » L’infirmière n’a pas semblé me croire ni être très crédule. Elle s’est approchée avec des yeux sévères et et m’a montré le moniteur pour que je m’aperçoive par moi-même que tout allait bien si je réfléchissais deux secondes. Cependant, elle a elle-même vérifié ses signes vitaux pour s’assurer qu’il était effectivement « sorti d’affaire. »

« Je vais appeler le médecin. Ce n’est pas parce qu’il s’est réveillé qu’il n’a pas besoin de repos. Je vous conseillerais d’ailleurs d’aller voir ailleurs s’il y est ! Nous vous rappellerons lorsque– »
« Non ! Je reste, je veux être là à son réveil ! »

L’infirmière m’a soudainement toisée de haut en bas. Elle me voyait tous les jours maintenant et j’avais toujours la même réponse à lui donner : non j’ignorais qui il était, je me sentais juste coupable de l’avoir renversé et je faisais mon travail de bonne citoyenne en assumant mes actes. Mais encore une fois, elle n’était pas folle. Elle a plissé les paupières. « Vous faites partie de ces gens qui préfèrerais mourir que de dormir quand un patient n’est pas près d’ouvrir les yeux. Vous vous fatiguez pour rien et je vous vois souvent endormie ! Vous avez besoin de repos vous aussi ! Vous êtes sûre de ne pas connaître cet homme ? Je vous ai entendue l’appeler Hayden. »

J’avais deux solutions. La vérité, le mensonge ou l’omission. La vérité était exclue et je détestais mentir, je ne me souvenais pas toujours des versions que je donnais. Alors, j’ai opté pour la triche. J’ai regardé Hayden et j’ai ouvert les lèvres en réfléchissant avant de me lancer, aussi convaincante que possible. « Je trouve qu’il a une tête de Hayden. J’ai commencé à imaginer plein de choses à son sujet. Je pense qu’il n’est pas marié ! Il a l’air plutôt jeune, peut-être une sorte d’auto-entrepreneur ! Il semble avoir environ mon âge et euh… Si vous voulez mon avis, c’est un abruti pour traverser une rue sans regarder ! » J’ai pouffé de rire en acquiesçant et je crois que c’est ce qui a suffit à l’infirmière pour ne pas répondre. Elle a soupiré et secoué la tête avant de sortir de la pièce, non sans m’avoir à nouveau toisée. Je me suis rassise en sortant mon téléphone de ma poche et j’ai appelé Jefferson. « Il s’est réveillé. Je vais avoir besoin de ton aide. »

Mon plan était simple, il ne pouvait rencontrer de faille. Si tout le monde me voyait dans le hall, personne ne songerait que j’ai tenté de le faire s’évader. De plus, tout le monde savait qui j’étais ici, si on m’apercevait dans la chambre avec lui, personne ne se poserait de questions. Jefferson serait ma diversion pendant que l’autre moi le ferait sortir… en toute discrétion.



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Hayden Walsh
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Ses limites physiques atteinte, Hayden avait sombré dans un sommeil sans rêve. Il était déjà bien loin lorsque Maddison le secoua jusqu’à le gifler. Sans doute aurait-il eu deux ou trois choses à dire sur le sujet mais pour l’heure il n’avait plus aucune conscience du monde extérieur. Un auto-entrepreneur célibataire ? La comparaison l’aurait fait sourire. Maddison ne manquait pas d’imagination. Hayden savait aussi en ouvrant les yeux que la suite des évènements allait sûrement être agitée. Coincé dans ce lit d’hôpital depuis plusieurs semaines, il avait eu le temps de faire le tour de la question lorsqu’il se retrouvait seul avec lui-même. Comment allait-il bien pouvoir sortir ? Il était un positif, sans puce et sans identité, John Doe devrait bien finir par rendre quelques comptes à l’administration… Un moment, il s’était dit qu’il pouvait peut-être simplement rester là, à jouer au comateux pour une période indéfinie. Mais Hayden avait finis par se rendre à l’évidence lorsqu’il avait senti que les brumes commençait lentement à se dissiper, le coma n’était pas un état sur lequel on pouvait avoir une emprise. L’amnésie ? Trop basique… Il avait songé également à provoquer une vague de terreur dans l’hôpital, un genre de folie collective qui lui aurait permis de sortir tranquillement. Mais compte tenu que le fait de lever un simple petit doigt lui demandait trois heures de sommeil, la démarche aurait sûrement avorté dans l’œuf. Hayden devait bien se rendre à l’évidence, s’il voulait sortir d’ici sans histoire, il devrait laisser faire Maddison. Après tout, si elle était encore là, c’est qu’elle devait bien avoir de lui sauver la mise. Elle lui avait roulé dessus, la jeune femme lui devait bien ça !

Hayden avait commencé à refaire surface beaucoup plus tard dans la journée. Il ne sentait plus la lumière du jour sur ses joues et en déduisit que la soirée devait tout juste commencer. Si son corps était lourd et engourdis, il sentait son esprit plus vif et éveillé. Sa tête lui faisait toujours un mal de chien mais il en serait sûrement ainsi pour un bon moment. Franchement, un bus n’aurait pas fait mieux que son 4x4. Il se savait seul dans la chambre, le silence du monitoring donnait le rythme de son cœur et il s’amusait à caler sa propre respiration dessus. Cela lui donnait le sentiment de contrôler quelque chose de son corps, de s’appartenir à nouveau. Lorsque la porte s’ouvrit, il su aussitôt que c’était elle. Son parfum, le bruit de son pas, sa respiration… L’obscurité du coma avait décuplé ses autres sens et il aurait presque était capable de dire comment elle était habillée. Un sourire naquit sur ses lèvres alors qu’il tourna la tête vers elle, les yeux grands ouverts, scrutant chaque détail de la jeune femme, de la petite ride d’expression au coin de ses yeux à la courbe de ses hanches…

- Bonsoir à toi amour de ma vie… Comment vont les enfants ?

Son visage exprimait un sérieux sans faille et sa voix toute l’honnêteté d’un homme ravi de revoir sa compagne. Non bien sûr il n’était pas devenu amnésique ou schizophrène, cependant, il ne comptait pas laisser Maddison s’en sortir aussi bien sans la faire tourner en bourrique un peu avant.


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Maddison DeLuca
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Je suis repassée le soir, pour m’assurer qu’il ne s’était pas à nouveau réveillé, qu’il n’avait pas bougé, que personne n’était venu le transférer, bref, pour gagner une nouvelle chance de le faire sortir d’ici. Le destin étant ce qu’il était, il a attendu que je revienne. Je venais tout juste d’entrer et je répondais à un message sur mon - nouveau - téléphone, l’autre ayant gardé l’ancien pour que je puisse la contacter. J’ai d’abord entendu sa voix et j’ai relevé les yeux sur lui, l’air blasé. « Amour de sa vie » ? Vraiment ? J’ai soupiré. J’avais du le cogner plus que je ne le pensais...

« Je les ai laissés chez ta psy. Ok, Hayden… »

J’ai immédiatement retrouvé mon sérieux en rangeant le téléphone dans ma poche et je me suis précipitée vers lui. Un genou sur le lit, je me suis penchée pour reprendre d’une voix basse. « Je vais bientôt te sortir de là, mais tu vas devoir avoir le moins de contact possible avec le personnel. Si on te demande, feint l’amnésie. Il me reste un petit détail à arranger avant. En attendant reste discret. Inutile de faire ton petit… truc, là, sur qui que ce soit, tu ne ferais qu’attirer l’attention. Il y a du monde dans l’hôpital, c’est autant de Positifs et Candidats qui peuvent se tenir en obstacles devant toi. Il va falloir que tu me fasses confiance. Ca va aller ? Tu vas pouvoir tomber si bas ? C’est pas tous les jours que tu as besoin de moi, pas vrai ? »

Je lui ai adressé un clin d’oeil et le sourire enjôleur qui allait avec. S’il tentait de me rendre dingue, l’inverse était aussi vrai. Mais il y avait une chose qui me tournait dans la tête depuis que je savais. Mon sourire s’est adouci alors que je le dévisageais, c’était également la première fois que je le voyais de si près, je n’avais jamais réalisé que ses yeux étaient aussi bleus. A bien y réfléchir, il était vrai qu’il ressemblait à sa soeur, d’une certaine manière. Ils avaient la même froideur. Ma voix s’est également faite plus tendre.

« Tout ce temps, tu t’es souvenu de moi ? Tu m’as reconnue quand j’aurais pu te passer à côté un milliard de fois sans te voir. Comment ? »

Quelque part, j’étais touchée et en même temps, je me demandais bien ce qui le poussait à me suivre de la sorte. Le jeu, sûrement mais d’où lui venait l’idée ? Je n’étais pas certaine que les sentiments soient sa tasse de thé, encore moins leur expression. Je me doutais qu’il me répondrait avec un humour douteux dont il avait le secret. Mais je ne pouvais m’empêcher de lui demander, nous n’aurions probablement plus l’occasion de nous retrouver seul à seul avant un moment. De plus, il m’intriguait, je ne pouvais nier tout ce que l’autre m’avait raconté, je ne comprenais pas ce que je pouvais lui trouver et ce qui pouvait l’attirer chez moi. D’autant que nous étions deux personnes totalement différentes ! Je parle d’elle et moi… Personne ne pouvait être comme Hayden, pas même un tant soit peu proche. A part elle, peut-être.



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Hayden Walsh
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Le sourire d’Hayden se fit conciliant, et il sembla la couver d’un regard presque bienveillant.

- Ce n’est pas étonnant mon aimée, puisqu’ils ont hérité de ton charmant caractère !

Se redressant un peu, il se calla confortablement contre les oreillers, écoutant religieusement ce que Maddison avait à lui dire sans l’interrompre. Elle veillait sur lui depuis des jours pour ce discours là, il pouvait bien lui faire grâce de l’écouter jusqu’au bout même s’il n’en pensait pas moins. Hayden avait bien conscience qu’il ne parviendrait pas à sortir de l’hôpital sans aide extérieur. Il n’aurait jamais suffisamment de force pour cela et lorsque les médecins auront attesté qu’il était bien réveillé, il risquait d’avoir quelques comptes à rendre. Ce qui pour l’heure ne l’enchantait pas vraiment. Au fur été à mesure que la jeune femme parlait, Hayden reprenait son sérieux jusqu’à ce que son regard se face à nouveau froid et métallique. Le sourire l’avait quitté et une sourde détermination dansait dans ses yeux bleus.

- Ne me prends pas pour un idiot Maman… je sais encore ce qu’il est judicieux de faire ou non pour me sortir de ce trou à rat. Mais aussi de qui il est bon ou non de savoir se servir. Je n’ai pas besoin d’être chaperonné et si c’est pour cette raison que tu es resté tout ce temps à côté de ce lit, tu n’avais pas besoins de te donner autant de mal…

Il laissa une seconde le silence reprendre ses droits avant de poursuivre d’une voix glaciale.

- On appelle ça à charge de revanche non ? Tu m’écrases à moitié, je peux bien tolérer le fait que tu me fasses sortir d’ici.

Hayden n’avait jamais eu besoins de personne. Si Maddison n’avait pas été là, il y aurait eu une autre solution, un autre chemin. Elle était sa seule chance immédiate parce qu’elle était aussi la plus confortable. Mais au fond, il aurait tout aussi bien pu trouver autre chose, plus chaotique sûrement, mais pas irréalisable.

La voix de la jeune femme s’était radoucis, pourtant à sa question et encore sous le coup de la contrariété, il failli être désagréable. Mais pour la première fois, quelque chose d’étrange se passa en lui. Alors qu’il allait parler, il se ravisa soudain, ravalant sa fierté dans un soupir un peu las. Il était à nouveau fatigué, mais des choses bien plus perturbantes venaient également troubler son équilibre et ses certitudes d’homme. Les mots de la jeune femme, à son appartement, continuaient de tourner dans son esprit et prenait une consistance très étrange en lui. Comme un écho sourd d’une vie ailleurs, semblable et différente à la fois.

- Je me souviens de tout, de chaque détail, de chaque jour c’est comme ça… Ce jour là, à Baltimore, tu étais semblable à moi et mon pouvoir ne pouvait pas te toucher. C’était la première fois que cela arrivait. Je voulais comprendre pourquoi, je n’ai jamais cessé d’y songer.


Il l’a fixé de son regard d’azure sans qu’aucune émotion ne le trahisse. Sa voix n’avait pas vacillé et il semblait sonder Maddison au plus profond d’elle-même à présent, comme pour y trouver une réponse aux questions qu’il ne s’était pas encore posé.


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Maddison DeLuca
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Qu'il récupère son air glacial avait quelque chose de rassurant. Je n'aimais pas particulièrement ses petites attentions, je trouvais ça assez désagréable, pour être tout à fait honnête. S'il se souvenait de moi, ce n'était pas mon cas et je trouvais que c'était plutôt déplacé, de mon point de vue. Mais je n'ai rien dit. Je ne sais pas pourquoi. Je n'étais pas son aimée ! Pourtant, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un courant d'air dans mon dos. J'ai baissé la tête, incapable de soutenir son regard et j'ai joué avec la couture de la couverture entre mes doigts, un genou replié sous ma jambe, je l'ai écouté sans rien dire. C'était plus qu'étrange et j'ignorais totalement comment répondre à ça. Je ne savais pas que quelqu'un pouvait se souvenir de moi de la sorte. Et j'en ai souri, en me mordant la lèvre. Je crois même que d'une certaine manière, j'ai rougi. Je ne savais même pas vraiment de quoi il était capable. Je ne pensais pas être le genre de personne contre qui un pouvoir ne fonctionne pas. J'ai relevé les yeux dans les siens et mon sourire s'est quelque peu élargi, mais j'étais gênée.

"J'étais tellement terrifiée ce jour-là, je me souviens à peine du reste."

Je ne me souvenais pas n'avoir ressenti aucune peur. Tout ce qu'il restait de ma mémoire, c'était une journée épouvantable, beaucoup de mort et des flammes. Je parlais d'une voix basse pour qu'il soit le seul à entendre ce que je confessais, mais je n'en étais pas totalement consciente. J'ai inspiré profondément et j'ai laissé mon regard se perdre dans le vague en me souvenant. Ma voix a commencé à couler au fil des images qui traversaient ma tête. Je ne pouvais jamais parler de tout ça avec qui que ce soit. Personne ne se souvenait, à part peut-être Dean. Personne n'avait été là, Hayden était le premier de Lux Aeterna que je retrouvais.

"Je me souviens… De mes parents. Ma mère était enceinte à l'époque. Et des flammes. Beaucoup de flammes. Ca hurlait dans tous les sens." J'ai légèrement froncé les sourcils. "J'étais tétanisée, je ne comprenais rien de ce qui se passait. La seule raison pour laquelle je me suis souvenue de ce petit garçon quelque part tout ce temps, c'est que… Il était si calme. Si paisible. J'ai eu l'impression que tout irait bien. J'ai ressenti une sorte de connexion, tu sais, ce genre de trucs clichés qu'on te montre dans les films genre au ralenti et tout ça… Je n'avais aucune raison d'avoir peur. Alors, je m'en suis persuadée. Et c'est devenu plus simple. Et avec le temps, c'est devenu… Une seconde nature." J'ai replongé mon regard dans le sien avec un léger sourire énigmatique en plissant le nez. "C'est étrange, tu ne trouves pas ?"

Il avait changé ma vie. Je m'en rendais compte maintenant. Bien sûr, il n'avait pas été le seul ce jour-là à jouer un rôle déterminant dans ce que j'allais devenir. J'avais moi-même joué mon propre rôle. J'étais entourée de personnes calmes. Reese, Abel, Jefferson, Matt, Dean, Maze… Ils étaient tous une force tranquille à mes côtés, ils m'aidaient à rester stable, ils étaient les piliers de ma vie, tous avec la force qui leur était propre. Et à y repenser, je me suis trouvée stupide alors j'ai ri en secouant la tête et j'ai baissé le regard.



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Hayden Walsh
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Les mots de Maddison coulait sur lui et prenait place lentement dans sa propre histoire. Peut-être que c’était cette connexion qui, ce jour là, avait attiré son attention et détourné son pouvoir. Le temps avait passé, si ses souvenirs étaient tenaces, il n’était pourtant pas en mesure de revenir en arrière, d’étudier d’avantage la situation. Dans quelles circonstances avait-il rencontré l’autre Maddison ? Qu’est ce qui avait été différent ce jour là ? La scrutant de haut en bas, il semblait chercher à lire entre les lignes, découvrir un secret qu’il ne parvenait pas lui-même à trouver. Tout ça lui paraissait bien étrange. Il n’était pas habitué à avoir autant d’état d’âme. La fatigue commençait lentement à revenir et ses idées devenaient moins claires. Quittant des yeux la jeune femme, il se mit à fixer le plafond d’un air pensif.

- Etrange ? Il y a des évènements et des sentiments bien plus étranges que cela. La peur ou l’absence de peur n’est qu’une manifestation de la maîtrise rationnelle et irrationnelle de ses pensées profondes. Pourtant c’est la peur qui paralyse ou décuple tous les autres sentiments humains comme la colère ou l’amour… Maîtriser ses peurs, c’est être sûr d’avoir le plein pouvoir sur soi-même…


Sa voix n’était qu’un murmure, une conversation avec lui-même. Soudain, il se reprit et se redressa légèrement, cherchant à nouveau le regard de Maddison.

- Et comment comptes-tu me faire sortir d’ici sans éveiller les soupçons ? Je ne doute pas de l’efficacité de ton plan, mais être mis dans la confidence m’intéresserais fortement ! C’est quand même moi le premier concerné dans toute cette histoire ! Le beau gosse aux tempes grisonnantes sera là au moins ?


Hayden ne doutait pas que son collègue serait mis à contribution. Il semblait exister entre eux un lien très fort qui dépassait le cadre strictement professionnel. Il devait avouer, pour avoir touché son âme, que l’image de Maddison y était très présent, pas en tant que femme, mais comme quelque chose de presque… fraternel. Elle n’était pas la personne la plus importante de sa vie, mais n’en était pas très loin. Les relations humaines complexes étaient quelque chose qu’Hayden avait appris à connaître au travers de ses observations et de ses incursions dans l’esprit de ses victimes. Cependant, la seule personne qui dépassait le stade de vague connaissance aujourd’hui était Maddie. Sa propre sœur avait disparu de sa vie le jour où ils avaient quitté Lux. Il avait alors cessé toute relation avec le commun des mortels, sans que personne ne trouve jamais grâce à ses yeux.

- Est-ce que j’aurais le droit d’être escorté en VIP ?


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Maddison DeLuca
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J’ai eu un sourire sur les lèvres. Au moins, Hayden allait mieux et ne perdait pas le nord. Si son teint restait assez pâle, ses yeux brillaient. La mention de Jefferson a fait échapper un rire de ma gorge et j’ai acquiescé.

« On fera diversion. Mais non, ce n’est pas moi qui vais te sortir d’ici. On me connaît, on me voit régulièrement. Même sans toi, je viens ici un peu trop souvent à mon goût, si tu veux mon avis. Disons que je ne vais pas te faire sortir par la grande porte, c’est trop risqué et il y a trop de monde. Je t’ai prévu un traitement… Spécial. »

Je lui ai fait un clin d’oeil en me redressant et je me suis tournée pour récupérer ma veste. Je l’ai enfilée alors qu’il me posait sa nouvelle question et j’ai soulevé mes cheveux pour les sortir de mon col, laissant sortir un nouveau rire. J’ai posé ma main sur son épaule pour lui serrer quelque peu.

« On peut dire ça oui. En attendant, repose-toi. Et ne t’en fais pas, j’ai l’habitude. »

Et en effet, je n’en étais pas à ma première évasion. Le lendemain, à notre arrivée, Hayden dormait encore. Elle était avec lui, j’étais avec Jefferson. J’avais prévu un grand scandale, comme j’en avais le secret. Alerter la sécurité, impliquer le personnel pour chercher à m’apaiser lorsque Jefferson serait la cause de ma mauvaise humeur… Et pendant ce temp là, personne ne s’inquiéterait de savoir ce qui se passe à quelques mètres de là !

Elle s’est infiltrée dans la chambre alors qu’on m’entendait hurler à l’autre bout du service et elle a agité une petite fiole sous le nez de Hayden pour le réveiller de force. Les médicaments devaient l’assommer et nous avions eu peur qu’une simple gifle ne serve à rien. Je dois avouer que le réveil de force était mon idée. Je crois qu’elle commençait à avoir un mauvais effet sur moi.

Et quand Hayden a enfin ouvert les yeux dans les siens, elle a souri, faisant frémir les tatouages sous ses arcades. Accoudée contre son oreiller, elle attendait qu’il se réveille, une main sur son torse.



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[CLOS] [Hayden/Maddie] Courant alternatif
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