2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Garin/Angela] Le Facteur Yoko

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Garin DeLyons
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Décembre 2074

Il m’avait fallu des semaines pour reprendre contact avec le labo. Mais j’avais besoin de savoir ce qui se passait avec mon pouvoir. Je m’amusais à les chercher quand David et Angela n’étaient pas là. Cela dit, rester enfermé me rendait dingue alors je suis aller du côté des ruines pour essayer de reprendre contact avec mon ancien fournisseur qui faisait le lien. Mais impossible de lui mettre la main dessus. S’ils me cherchaient, ils devaient être discrets. Pour tout vous dire, je préférais que ce soit moi qui aille à eux et pas l’inverse. Ces gars-là me faisaient suffisamment flipper comme ça. Mais si je pouvais remonter au labo, je pourrais éventuellement faire passer un message qui, de fil en aiguille, atteindrait sûrement le MSS à un moment ou à un autre. Je ne savais pas grand chose d’eux mais Jericho m’en avait parlé suffisamment pour que je sache que les mettre sur la piste d’Abel me foutrait la paix un sacré bout de temps. Je leur dirais où il est, que sa soeur est morte plus tôt dans l’année et je n’aurais plus qu’à attendre le retour de foudres. Cette fois, celui qui serait sur le carreau, ce ne serait pas moi et il n’y aurait personne pour le relever, lui.

J’ai réussi à reprendre contact avec le laboratoire par internet. Jericho a toujours cru pouvoir me faire confiance et il m’a appris quelques petits trucs pour rester caché. Je n’étais pas mauvais en ordinateur, meilleur que Jason, en tout cas mais ça me suffirait. J’ai suivi leurs indications, acheté un téléphone jetable là où on m’a dit de le faire et j’ai attendu qu’on prenne contact avec moi dans un endroit loin de chez Angela. En réalité, ils ont été contents de savoir que j’allais bien, je leur offrais tout de même un bon cobaye de Candidat, il fallait bien le reconnaître. J’étais volontaire, je passais tous leurs tests avec brio, ils avaient failli me perdre à plusieurs reprises mais j’avais toujours survécu, j’avais été malade comme pas permis et en même temps, j’avais prouvé que mes défenses naturelles étaient hors-compétition !

J’étais certain qu’ils voulaient se faire la CIA à un moment donné et j’attendais patiemment le moment où ils m’engageraient pour détruire les cellules des services secrets que le gouvernement dissimulait précautionneusement. On disait de la Chine mais ces abrutis en avaient fini avec la guerre. Aujourd’hui, ils voulaient simplement acquérir le plus de territoires pour que les Etats-Unis repartent pleurer dans les lacs de leur maman. Non, depuis plusieurs années, alors que le PRD, puis la Waleman, profitaient de la Chine pour faire du business sur le dos des Candidats (et des Positifs), la Chine, elle, tentait d’y mettre fin. Les rôles inversés, vous connaissez ? Et pendant ce temps, l’Amérique se porte en martyr, pauvre territoire en danger. De vous à moi, je n’avais pas de parti pris. J’étais neutre, je me foutais bien de savoir qui taperait plus fort sur l’autre. Tout ce qui m’intéressait, c’était de vivre et dans quel monde ? Je m’en fichais aussi. Je n’étais pas aussi utopiste que l’Underground et je m’en carrais bien d’être aussi supérieur que Liberation. Je n’étais pas non plus aussi bas que Megalopolis. Non, j’étais plus neutre encore qu’un dictionnaire, même si mes idées étaient plus du côté d’Abel. Ce connard avait de la suite dans la caboche. Un assassin de sang froid, un abruti congénital, un robot sans âme, oui… Mais un vrai soldat. Je n’ai jamais voulu être comme lui. C’est pour ça que je me suis barré quand j’en ai eu l’occasion.

« Je viendrai. Est-ce que vous avez travaillé à ma requête de la dernière fois ? » Il y a eu un blanc et mon interlocuteur au fort accent chinois a repris.
« Oui. Nous avons bien reçu votre échantillon. Mais il faudrait que nous voyions la fille. Vous pouvez venir avec elle ? » J’ai serré les dents une seconde. Je m’étais toujours demandé pourquoi ils n’avaient pas eu besoin de prélever son sang, comment un seul cheveu avait suffit à les décider. C’était le problème avec les Chinois : on ne savait jamais ce qu’ils pensaient et ce qu’ils avaient dans la tête. Que je les intéresse encore plus maintenant, c’était mon affaire, mais je craignais ce qu’ils pouvaient lui faire. Le fait que je vienne avec elle était une meilleure chose que prendre directement contact avec elle. C’était ma seule requête. Ils sauvaient Angela ? Je leur vendais de précieuses informations sur certains de leurs agents perdus. J’avais espéré que cela affolerait quelque peu les foules, ça n’avait pas loupé. Angela contre Abel. C’était, selon moi, un excellent compromis.
« D’accord. Envoyez-mo l’adresse. Nous viendrons. »
« Très bonne résolution, jeune Dani. Nous vous attendons pour bientôt. »

Et il avait raccroché. J’ai baissé les yeux et j’ai regardé le téléphone, à présent inutilisable. Je détestais qu’on emploie mon prénom, je le pressentais comme une menace. Mais est-ce que j’avais vraiment le choix ? J’ai soupiré et j’ai jeté le téléphone dans la baie. Je ne voulais pas qu’un charognard trouve encore mes empreintes. Puis, je suis rentré. J’ai attendu David pour lui en parler un soir où Angela travaillait. Je voulais la jouer clair avec lui, je voulais qu’il sache et qu’il comprenne que ce que je faisais, c’était pour elle et qu’il ne pouvait s’interposer simplement parce qu’il n’était pas d’accord. C’était sa vie à elle, pas la sienne à lui. J'avais fait une promesse à la jeune femme, j’entendais bien la tenir.

Alors, je lui ai tout dit. Les expériences, ce laboratoire avec lequel je traitais. Je voulais lui faire peur suffisamment pour qu’il se rende compte que je ne m’adressais pas à n’importe qui, et par conséquent, à des gens qui étaient bien plus doués et de génie que toute la population de Megalopolis réunie, malgré les gros cerveaux de la Waleman. Je ne m’attendais pas à ce qu’il reste sage et gentil mais quoiqu’il arrive, ce ne serait toujours pas à lui de décider. Bien entendu, j’ai arrangé quelques faits, comme par exemple, je lui ai simplement dit que j’avais demandé pour Angela et qu’à présent, ils voulaient la consulter pour voir s’ils pouvaient faire quelque chose. La vérité étant qu’ils savaient pouvoir faire quelque chose pour elle mais qu’ils ne le diraient qu’à elle.

La jambe relevée contre mon torse, j’étais assis dans la cuisine, un poing contre les lèvres. Je réfléchissais à ce que je relisais dans mon carnet en attendant que Angela rentre pour lui parler. Et à force de réfléchir, je ne lisais même plus, je me contentais de fixer la page sans bouger.


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Angela Foster
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Décembre… L’hiver, le froid, Noël qui approchait. Ca avait toujours été une période que j’aimais particulièrement. Je ne craignais pas le froid, au contraire. Je le trouvais vivifiant, j’aimais sentir sa morsure sur mon visage. Quand j’avais encore les cheveux longs, j’aimais les voir voler autour de ma tête. Il faut dire aussi que j’avais un blouson bien chaud, un bon bonnet, une écharpe toute douce et une bonne paire de gants. Non, je ne craignais pas le froid.

J’aimais aussi voir les vitrines des magasins se parer de rouge et de vert, la couleur traditionnelle de Noël. Les pères Noël faisaient leur apparition à tous les coins de rue, il y avait des guirlandes, des lumières (dans la médiane en tout cas) et les gens étaient moins grincheux qu’à l’accoutumée. Ils semblaient moins pressés aussi, et surtout, ils pensaient un peu moins à eux que le reste de l’année. Oui, j’aimais cette période de l’année.

Je n’étais pas rentrée tout de suite en sortant du boulot. J’avais reçu ma paye quelques jours auparavant. Depuis que je bossais au bar, mon quotidien s’était amélioré en même temps que mon compte en banque. Oh bien sûr, je n’étais pas encore capable de payer ma part du loyer à David, mais au moins maintenant, je pouvais payer l’hôpital en temps et en heure. Et vous savez, c’était un sacré soulagement de ne plus avoir de dettes. Du coup, maintenant que je pouvais me le permettre, j’en ai profité pour faire un détour par un magasin d’accessoires de moto. Cela faisait maintenant six mois que je roulais toujours avec le même casque pourri. Il était grand temps que j’en change. Ca me boufferait mes économies, mais... la sécurité valait bien ce prix, non ? J’en avais profité aussi pour commencer mes cadeaux de Noël.

Avec David, on préparait une surprise depuis un moment pour Garin. Vous savez, ça faisait un bon bout de temps qu’il était chez nous maintenant. Nous nous étions habitués à sa présence. Ca avait été plus long pour David, mais il avait fini par s’y faire et je crois qu’au fond, il l’aimait bien aussi. Bref, nous avions pris nos marques, nous l’avions totalement intégré à notre vie. Pour David et moi, notre appart était maintenant le sien tout autant que le nôtre. Et pourtant, il dormait toujours sur le canapé. On savait bien que cette situation ne pourrait pas durer définitivement, qu’un jour où l’autre, Garin s’en irait. Mais on s’était dit que d’ici là, il apprécierait peut-être d’avoir un endroit vraiment à lui, un endroit qui ne soit pas un lieu de passage comme pouvait l’être le salon. Nous avions profité de ses moments d’absence pour réaménager le bureau de David. La chambre de mon frère était déjà assez remplie, mais il avait réussi à y caser son bureau et ses dossiers. On ne savait pas ce que Garin aimerait alors on avait fait aussi sobre que possible, l’idée étant qu’il s’approprie la pièce et en fasse ce qu’il voulait. Et ce soir, je venais d’acheter la touche finale pour notre surprise.

Je garai ma moto dans l’allée, comme d’habitude et entrai dans l’appart avec un grand sourire, mon  casque flambant neuf dans une main et le paquet pour Garin dans l’autre. J’étais particulièrement de bonne humeur ce soir, et j’avais l’impression que rien ne pourrait s’attaquer à mon moral.

- Hey David ! J'ai acheté la...

Mon regard tomba sur Garin et je planquai aussitôt le paquet derrière mon dos. Je le reconnais, ce geste était particulièrement suspect, mais je ne voulais pas gâcher la surprise.

- Oh, salut Garin ! Ca va ? David est rentré ?

Fiou, c’était moins une. Sauf que maintenant, je me sentais un peu bête à cacher ce truc derrière mon dos l'air de rien. J'essayai alors de détourner son attention.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Ouais je sais, on fait mieux dans le genre, pour détourner l'attention de quelqu'un. Mais que voulez-vous, on est doué ou on ne l'est pas. Et personnellement, je faisais plutôt partie de la seconde catégorie.
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Garin DeLyons
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Je n’avais aucune idée de ce qu’ils préparaient. Pour ainsi dire, j’étais tellement occupé à mes affaires que je faisais tout juste attention à eux. Même quand j’étais là, je réfléchissais, tout le temps. Je souriais, je leur répondais mais mon esprit était… Ailleurs. Ce n’était pas contre eux, je n’arrivais pas à m’en empêcher, mon désir de vengeance était si fort.

Quand j'ai entendu Angela, j’ai laissé ma jambe rejoindre le sol et j’ai fermé mon carnet en relevant les yeux vers elle. J’ai inspiré profondément, je n’avais même pas remarqué son geste. Je ne remarquais plus rien depuis un moment. Elle aurait pu avoir les cheveux longs, je n’aurais pas réagi.

« Si, mais il est reparti, un truc pour le boulot, je sais pas trop quoi. Angie… » Je me suis levé et je l’ai rejointe au salon en lançant mon carnet sur la table basse. « Il faut que je te parle d’un truc. » Je me suis installé sur le canapé et j’ai tapoté la place à côté de moi pour qu’elle me rejoigne. « J’en ai discuté avec David, déjà. Je t’attendais, en réalité. »

J’ai tapoté le dossier du canapé en inspirant profondément. On n’en avait jamais reparlé. Je lui avais promis de l’aider et puis plus rien. Je suis mort, on a eu d’autres chats à fouetter. Je vous avouerai même j’avais oublié Angela jusqu’à ce que je me demande ce que je pouvais échanger contre Abel. Je ne l’aurais donc pas oubliée longtemps, je suis pardonné d’avance. J’ai repris en faisant durer le suspens. Je n’étais pas totalement certain qu’ils feraient quelque chose pour elle, mais je savais que si eux n’y pouvaient rien, alors personne ne pourrait la sauver. Partant de là et à voir le soin qu’il prenait avec moi, je les voyais mal échouer. Aussi, selon moi, j’étais sur le point de lui annoncer une bonne nouvelle et je voulais le savourer.

« Il y a quelques temps, toi et moi, on a eu une discussion. » J’ai plongé mon regard dans le sien en levant la main du canapé pour ponctuer ma phrase. J’avais dissimulé ma cicatrice sous un nouveau bracelet, un seul, plus épais et en cuir. Mes cheveux avaient un peu poussé et la barbe avec, il fallait dire que je me négligeais plus maintenant qu’avant. Mais je me sentais en confiance, je ne m’étais jamais senti aussi fort et aussi robuste qu’à ce moment-là. Cependant, je ne parlais pas de notre discussion quant à une éventuelle relation. Ni de ce que je lui reprochais quant à ses imprudences. « Et je t’ai fait une promesse. Je te l’ai dit, quand je dis quelque chose, je le fais. Si je n’y crois pas, je ne dis rien. Alors… »

J’ai pincé les lèvres et je me suis redressé avant de me pencher sur la table basse pour extraire deux pochettes de mon carnet. C’était elle qui rentrait avec un cadeau mais c’était moi qui cachait le mieux le mien ! « Tadaaaa… » Je lui ai souri en lui présentant deux billets d’avion et deux passeports. « Je sais que l’espoir, c’est plus trop ton truc et que tu dois te demander où on va. Je t’ai déjà parlé des types que je voyais pour mes problèmes respiratoires… Avant. Je t’avais promis que je leur parlerai. Ils m’ont répondu il y a deux jours. Ouais, ils ont eu du mal à me mettre la main dessus étant donné que je suis mort et que mes liens d’avant ne sont plus en service. Bref… Ils doivent te voir pour procéder à des tests, des analyses. Ils ont une idée, tu n’es pas la première qu’ils essayent de guérir mais tu es visiblement la première qui les rend aussi pressés, j’imagine qu’ils ont donc un traitement. Je viens avec toi, faut qu’ils vérifient que tout va bien chez moi. » Je lui ai montré les billets de l’index. « Parce qu’on ne va pas dans un territoire américain, ils m’ont fourni les billets et les passeports pour la douane. Nous serons donc un couple de jeunes mariés qui partent en vacances en Colombie ! On a un visa pour deux semaines, en espérant que ça suffise autant pour toi que pour moi. David a tiré la gueule, mais… Je lui ai dit que c’était ton choix. Je l’ai convaincu en lui disant que te montrer un peu le soleil, ça te ferait pas de mal. Qu’est-ce que t’en penses ? Toi… moi… Le soleil, les cocotiers… » J'ai souri d'autant plus.

En Colombie ? Vraiment, Garin ? Bien sûr, emmener Angela avec moi signifiait qu’elle en saurait plus sur moi que n’importe qui d’autre, même plus que Eve. Est-ce que j’étais prêt à ça ? Pas vraiment… Mais est-ce que j’avais le choix ? Pas vraiment.


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Angela Foster
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Oulah… J’eus un temps d’arrêt. Ce genre de formule « il faut que je te parle », n’annonçait généralement rien de bon. J’avais un drôle de pressentiment. Je le suivi du regard tandis qu’il venait s’installer sur le canapé, me demandant ce qu’il pouvait bien avoir à me dire avec cet air si sérieux. Il n’y avait qu’une seule chose qui me venait à l’esprit et je n’étais pas sûre de vouloir l’entendre. Comme je disais tout à l’heure, on s’était habitué à avoir Garin à la maison. Ne plus le voir allait faire comme un grand vide. Et nous qui étions en train de lui faire une chambre… Je sortis le paquet de derrière mon dos et le regardais un instant. Mouais. Dommage. Je le jetai sur le dessus d’un meuble et m’approchai du canapé.

La suite ne me rassura absolument pas. Au contraire, elle me conforta dans ce que je pensais déjà. De quoi d’autre aurait-il pu parler avec David sinon ? Oui bon ok, je ne savais pas ce qu’ils complotaient derrière mon dos, sinon, je ne me serais pas posé cette question.

Je me suis assise lentement sur le canapé a côté de lui et posai mon casque sur le sol.

- Qu’est-ce qui se passe ?

Je redoutais un peu ce qu’il allait me dire, mais je préférai le laisser cracher le morceau avant de dire ou de faire quoi que ce soit. Je hochai lentement la tête quand il me rappela que nous avions eu une discussion mais je restai « en attente ». Nous avions effectivement eu une discussion, nous en avions même eu plusieurs. Je ne me souvenais pas de la majorité d’ailleurs. J’avais une sorte de facilité à dialoguer avec Garin alors…

Et puis quand il parla de promesse, je commençai à faire le rapprochement. J’écarquillai les yeux, hésitant entre le planter là et en écouter un peu plus. Je le sentais partir sur une pente savonneuse et je me demandais jusqu’où il allait pouvoir aller. Vous savez, j’avais essayé d’aborder ce sujet avec Alex, ça faisait un moment déjà. Je n’étais pas entrée dans les détails, mais j’avais essayé de comprendre ce qu’il aurait fait à ma place. J’avais espéré qu’il pouvait me guider quand à l’attitude à avoir lorsque Garin me parlerait de sa promesse. Mais en réalité, même si Alex m’avait dit beaucoup de choses censées, je n’avais toujours pas réussi à me décider.

Je ne m’attendais absolument pas à ce qu’il allait faire ensuite. Quand il me sortit les billets et les passeports, je n’ai rien compris. Mon regard passait de lui à ce qu’il tenait dans la main pour revenir sur lui.

- Qu’est-ce que…

Je n’eus pas le temps de poser ma question, Garin avait déjà enchaîné, m’expliquant, en gros, ses projets. M***, il était vraiment sérieux là ? Il se moquait de moi ?

- Je te demande pardon ?

Non, j’avais dû mal comprendre. Avait-il parlé d’espoir, de traitement ? J’hésitais entre partir, purement et simplement, juste pour ne plus entendre ses bêtises, ou bien lui foutre une claque retentissante pour lui faire passer l’envie de se moquer de quoi. Alors, quand il me posa sa dernière question avec un sourire radieux, je répondis du tac au tac sans même prendre le temps de réfléchir.

- Non.

Je me levai et me mis à faire les cents pas, tournant autour du canapé. Je passai mes mains dans mes cheveux et les posai sur ma nuque. Il ne pouvait pas me demander ça. Il n’en avait pas le droit. Je lui étais reconnaissante de vouloir m’aider, bien sûr. Le pauvre me souriait d’ailleurs comme s’il était persuadé de me faire le plus beau cadeau du monde. Mais comme on dit, chat échaudé craint l’eau froide. J’évitai de le regarder, juste pour ne pas voir son sourire. Il avait l’air tellement content de lui. Il savait pourtant parfaitement ce que je pensais de l’espoir, il venait de le dire. Il savait parfaitement que j’en avais ras le bol d’espérer chaque fois un peu plus, pour rien. Alors pourquoi il me disait ça hein ? Pourquoi il me parlait de traitement, sachant pertinemment que j’allais me remettre à espérer peut-être et qu’une fois encore, je serais déçue. Je lui avais dis que je n’étais pas sûre de le supporter encore une fois, non ? Je lui avais bien dit, n’est-ce pas ?
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Garin DeLyons
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"Sans déconner. Tu te fous de moi ?!"

Ca m'est venu du coeur, une fois la surprise passée. "Non" ?! Elle disait non ?! Je me suis levé subitement, les yeux ronds. David avait dit non, bien entendu… Pendant une minute. Mais c'était pour la protéger. J'étais persuadé qu'en lui-même, il voulait dire oui. Mais on en avait déjà parlé avec Angela, on était d'accord !

"Est-ce que tu imagines de quoi ces gars sont capables ?! Si je suis encore en vie, c'est grâce à eux ! Angie, c'est pas n'importe qui ! Ils n'auraient pas accepté s'ils n'étaient pas certains de pouvoir faire quelque chose. Hey ! Ca te ferait rien de me regarder quand je te parle ?"

J'étais furieux. Pour deux raisons. La première parce que je n'avais pas du tout envie de repasser ces tests mais que c'était un des arguments principaux pour arriver à la faire passer en priorité auprès d'eux, et lui donner de la valeur - ce que je croyais, mais ils n'avaient pas eu besoin de moi pour ça. La seconde, j'avais besoin d'elle pour vendre Abel et me venger. J'en avais assez de la convaincre de tout et de rien, à croire qu'elle n'écouterait jamais rien ni personne. Je lui ai mis les billets sous le nez en me rapprochant d'elle.

"C'est une chance inouïe tous frais payés qu'on t'offre sur un plateau d'argent ! Tu n'as pas l'air de te rendre compte. Ce n'est pas un laboratoire d'analyses comme les autres. Ils sont ceux qui viennent AVANT les brevets, les tests… Ce n'est pas simplement un espoir qu'ils t'offrent, sinon ils ne te feraient pas venir ! C'est illégal, Angela ! Pourquoi tu crois que j'en ai parlé à ton frère avant ?! Tu me connais maintenant, tu sais que tout ce que je fais n'a rien de très réglo. Tu sais que je t'emmènerais pas là-bas si moi-même si j'étais sûr de pas avoir à faire à des gros bonnets de la science ! Alors est-ce que oui ou non tu vas bouger ton train et prendre cet avion avec moi ?"

Je ne suis pas très fier de ce que j'ai fait ni de ce que j'ai dit. Mais j'avais besoin d'elle contre Abel. Et je croyais, en effet, qu'ils pourraient la sauver et je ne voulais pas qu'elles gaspillent cette chance. Elle n'avait rien à voir avec nous, elle était une innocente. On ne mourrait plus de mort naturelle ou de maladie de nos jours… Je me suis redressé et je l'ai dévisagée sans comprendre, outré même et le regard furieux. J'ai reculé d'un pas et j'ai jeté les billets sur la table d'un geste rageur.

"Réfléchis bien, t'auras qu'un essai. J'ai déjà tout payé, tout est arrangé. J'ai signé pour je sais pas combien de tests et d'expériences pour qu'ils acceptent de t'aider." Vraiment pas fier… "A toi de te décider si tu as confiance en moi, à la fin, ou pas." Je ne pouvais pas lui en vouloir, je ne me ferais pas confiance non plus si je me connaissais pas ! J'ai secoué la tête et j'ai tourné les talons, feintant de quitter la pièce.


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Angela Foster
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La réaction de Garin m’a laissée sans voix. Je ne m’attendais tellement pas à ce qu’il me réponde avec une telle… violence. C’est vrai quoi, il s’agissait quand même de ma vie, c’était une décision que je devais prendre moi-même. Je devais y réfléchir avant. Bon ok, pour être honnête, ça faisait des mois que j’y réfléchissais. Et j’en étais venue à la conclusion que j’en avais marre, ras la casquette, d’espérer continuellement et de retrouver u pied du mur systématiquement. Je ne le supportais plus, je ne tiendrais plus très longtemps à ce rythme là. Les échecs auraient raison de moi bien plus vite que la tumeur elle-même.

Je me laissai tomber sur le canapé tandis qu’il déversait sur moi toute sa colère. Je me passai une main dans les cheveux et relevai les yeux sur lui. Je ne comprenais pas pourquoi il réagissait comme ça. Je ne comprenais pas pourquoi ça lui tenait tant à cœur. Parce qu’il m’avait fait une promesse ? Mince, il existait encore des hommes qui tenaient leur promesse ?

Plus il parlait et moins je savais où j’en étais. Quand je lui avais dit « non », j’étais déterminée. Maintenant, je ne savais plus. Il me parlait de ces spécialistes, de cette chance inouïe qui m’était offerte et que je ne devais, selon lui, pas laisser passer. Il avait l’air tellement convaincu que ça pouvait marcher ! J’avais envie de le croire, de lui faire confiance, mais j’étais terrorisée à l’idée d’un échec.

Je posai mes coudes sur mes genoux et passai mes mains derrière ma nuque. Il me parlait maintenant de ce qu’il avait du faire pour m’obtenir cette chance. Je tendis lentement la main pour prendre les billets. Est-ce que j’avais confiance en lui ? Oui, c’était évident ! Mais ce n’était pas aussi simple. Ou du moins, je n’arrivai pas à me mettre les idées au clair.

Et une idée germa alors dans ma tête. Enfin, pas vraiment une idée, plus une question. Pourquoi faisait-il tout ça ? Pourquoi tenait-il tant à m’aider alors que manifestement, il n’était pas ravi à l’idée de devoir passer tous ces tests en contrepartie. Qu’est-ce que ça allait lui apporter, à lui ?

Je relevai les yeux vers lui et fronçai les sourcils.

- Et qu’est-ce que tu recevras, toi, en compensation ? A t’entendre, ça n’a pas l’air d’être une partie de plaisir tous ces tests que tu devras passer pour me permettre d’avoir accès à cette chance. Tu ne fais certainement pas ça juste par altruisme alors, c’est quoi ta récompense ?

Je plongeai mon regard dans le sien et attendis sa réponse. Il avait intérêt à me répondre quelque chose de valable, parce que c’était ce qui ferait pencher la balance en faveur du « ok, on y va » ou du « hors de question ».


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Garin DeLyons
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Elle craquait pas tout de suite, mais je pouvais la comprendre. Je n'étais pas le premier à lui faire croire que tout n'était pas encore joué. J'ai inspiré profondément avant de me retourner. J'avais feint d'être gêné à l'idée de répondre mais ce n'était pas vraiment le cas. Je savais que cette question finirait par tomber à un moment ou à un autre. J'avais espéré qu'elle se contente de ce que je lui offrais sans chercher à en savoir plus, mais c'était Angela… J'ai haussé les épaules en m'humectant les lèvres et regardant ailleurs.

"Je tiens toujours mes promesses." J'ai reporté mes yeux sur elle en gardant le silence une seconde. "Je t'ai dit que je le ferai, je leur aurais dit d'aller se faire foutre s'ils n'avaient pas laissé entendre qu'ils avaient les moyens de te guérir. Quoiqu'il en soit, j'ai besoin de savoir. J'ai besoin de savoir ce qui m'est arrivé, pourquoi je suis comme ça, ce que ça implique pour moi. Ca ne s'arrête pas à juste des mecs en blouse blanche qui ont fait le serment d'Hippocrate." J'ai poussé un profond soupir en posant mes mains sur mes cuisses afin de me rasseoir à côté d'elle. J'ai alors croisé mes doigts pour continuer. "Je ne l'ai pas dit à ton frère mais ces gars là sont des encyclopédies sur pattes issus du gouvernement chinois. Yu, les mutations, c'est leur boulot, leur spécialité. Ca doit faire deux ou trois ans maintenant qu'ils essayent des tas de trucs sur moi." J'ai haussé une épaule. "Je suis volontaire pour ça. Pour faire ce qu'ils font, ils n'ont que très peu de volontaires et rarement aussi résistants que moi. Donc quand je demande quelque chose, ils ont plutôt intérêt à m'obéir s'ils veulent conserver des droits sur leur cobaye."

Je lui ai souri, plus doucement. Le pire était que je ne mentais pas. Tout au plus, j'exagérais un peu. J'ai pris sa main pour la serrer dans les miennes et j'ai baissé les yeux en réfléchissant un instant. "Okay, ces gars là craignent et font flipper. Je comprends que ça te terrifie. Les tests sont pas très agréables, non plus. On te fait passer dans des machines glacées et t'es à moitié à poil sous une blouse qui sent le vieil hôpital. Mais au moins, on aura vue sur la mer." Les yeux bas, j'ai secoué la tête. "Je te parle pas d'une clinique spécialisée, Angela, ni de traitements expérimentaux dernier cri. Ils peuvent t'aider." J'ai enfin relevé la tête vers elle pour plonger mon regard dans le sien. "Je le sais, je les ai vus. Viens avec moi." Je lui ai souri un peu plus. "Tu voulais voyager non ? Même si le test n'est pas concluant, tu auras voyagé gratuitement à plus d'une heure de chez toi ! Là-bas, on parle une autre langue, on a pas la même couleur de peau."

Et puis, je me suis décidé à lui dire la vérité. J'ai roulé des yeux.

"Quand je leur ai demandé la première fois, ils m'ont demandé un échantillon d'ADN. J'imagine qu'avant de se dévoiler, ils voulaient être sûrs d'avoir un truc à faire. Alors je leur ai envoyé un cheveu à toi. De là, ils ont pu dire qu'ils avaient une solution mais qu'ils devaient faire d'autres tests sur toi. J'imagine des prélèvements sanguins pour étudier, sûrement des scanners, ce genre de trucs." J'ai haussé les épaules sans lâcher sa main. "Je te l'ai dit… Ils ne te feraient pas venir pour rien."


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Angela Foster
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La première partie de sa réponse aurait suffit à me convaincre. Enfin, pas complètement cela dit, mais ça m’amenait déjà à revoir ma position. Je me trompais peut-être, peut-être que je ne comprenais pas bien ce qu’il me disait, mais j’avais l’impression que c’était comme un donnant-donnant. Il semblait prêt à disparaitre de la vie de ces spécialistes s’ils ne m’aidaient pas et en même temps, il avait besoin d’eux, pour qu’ils répondent à ses questions. En somme, il m’offrait la possibilité de guérir, peut-être, et en contrepartie, si j’acceptais, je lui permettrais de comprendre mieux ce qu’il venait de vivre.

Vous le savez, j’aurais fait n’importe quoi pour aider Garin depuis que je l’avais trouvé dans cette poubelle. Risquer ma vie ne me faisait pas peur parce que je savais que je ne la garderai pas bien longtemps quoiqu’il arrive. Et je crois que je préférais la perdre en aidant quelqu’un plutôt qu’à cause de la maladie. Mais je n’aurais jamais pensé une seule seconde qu’aider Garin pourrait être quelque chose comme ce qu’il me proposait. C’est vrai quoi, réfléchissez-y, quand on acceptait d’aider un ami comme Garin, on savait qu’on aurait probablement quelque chose à y perdre, et c’était comme ça que se mesurait l’amitié d’ailleurs (enfin pas que mais un peu quand même), en voyant ce qu’on était prêt à sacrifier. S’imaginer une seule seconde qu’il fallait d’abord qu’on accepte un cadeau pour l’aider, ça avait quelque chose de surréaliste. Non ? Bon, peut-être que je me trompe alors.

Alors oui, simplement ça, ça aurait probablement suffit. Enfin, j’aurais voulu prendre le temps de la réflexion et j’aurais fini par accepter de toute façon. Mais Garin avait repris la parole, m’expliquant plus en détail ce qu’étaient ces spécialistes, ce que ça pouvait signifier d’aller là-bas. Et je commençais à comprendre pourquoi il avait voulu en parler à David avant. Pendant quelques secondes, je me demandais comment mon frère avait réagi à cette idée. David était un représentant de l’ordre, l’idée de me voir faire quelque chose d’illégal l’avait probablement fait tiquer. Peut-être qu’il avait trouvé ça trop dangereux ? Mais je le connaissais assez pour savoir qu’il ne pouvait pas refuser cette idée en bloc. Si Garin était sincère et que ces types pouvaient vraiment faire quelque chose, David avait probablement finit par accepter.

J’esquissai un sourire et secouai la tête quand il me rappela que je rêvais de voyager. Ca m’apparaissait comme l’argument suprême, la dernière carte qu’il pouvait jouer pour me convaincre. Quand il eut vraiment fini de parler, je détournai le regard et fixai le mur en face de moi pendant quelques secondes, le temps nécessaire à ce que je prenne ma décision. Je me levai alors, fis quelques pas dans la pièce, jetai un dernier regard aux billets que j’avais toujours dans la main et me retournai finalement vers Garin. Mon regard se posa alors sur les passeports encore sur la table, et quelque chose qu’il m’avait dit tout à l’heure me revint en mémoire.

- Des jeunes mariés hein ?

Je secouai la tête en souriant et finis par planter mon regard dans celui de Garin.

- Quand est-ce qu’on part ?


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Garin DeLyons
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J'ai souri en acquiesçant doucement. "Ouais, c'est plus simple, comme ça et on se méfiera moins de nous. Ils ne prennent pas le risque de venir sur un territoire allié des Etats-Unis." Et j'ai souri d'autant plus, mes lèvres s'étirant fièrement. Que la fête commence...

Deux jours plus tard, on atterrissait à Bogota. L'Amérique du Sud, c'était genre, le continent qui fuyait les USA avec l'Afrique. Tout ce conflit, qu'il s'agisse des Américains ou des Chinois, ils préféraient ne pas en faire partie. Pas de puce électronique, de vrais billets, une technologie que beaucoup auraient considérée comme retardée… La Colombie avait tout simplement poursuivi son cours sans fioritures, sans chercher le progrès à tout prix. En un sens, c'était un autre monde. La chaleur, même en décembre, était assez écrasante quand on est habitué à l'air marin de Megalopolis.

Je n'avais pas dormi du voyage, je n'avais eu de cesse de réfléchir à ce que j'allais dire et comment en espérant que mon deal soit suffisant. Et je n'arrêtais pas de penser à ce qu'ils allaient trouver sur moi, ce qu'ils découvriraient bientôt. Est-ce que c'était une mauvaise chose, qu'est-ce que ça impliquait ? On en avait discuté avec Angela mais elle n'avait pas leur expérience ni leurs ressources… Jusque là, nous n'avions que des théories. Un de leurs gars nous avaient retrouvés à Megalopolis et avait embarqué avec nous. J'imagine qu'il n'était pas seul et je n'ai pas demandé à quelle organisation ils appartenaient, c'est le genre d'informations qu'on ne souhaite pas connaître pour ne pas en savoir trop. Et j'étais un bon cobaye docile. Mais une fois à Bogota, la sécurité était moindre. On nous a laissés avec un groupe d'hommes genre accueil de grand standing, richissime jeune couple marié que nous étions.

Je n'ai pas pu m'empêcher de jouer la comédie à l'aéroport, la prenant contre moi avec des sourires mièvres, ce genre de trucs. Si je ne nous savais pas suivis et protégés, je n'aurais pas pris le risque de me faire remarquer. Pas alors que tout le monde me croit encore mort. Mais hey, ces petits trucs d'infiltration, ça me faisait marrer. Ca me manquait pour le peu que j'avais connu en tant qu'agent. Avec mon âge, je pouvais me faufiler un peu partout, c'était un avantage ! Pour tout le monde, Angela était en arrêt maladie, au fond de son lit chez elle et ne pouvait répondre au téléphone. Moi, j'étais mort depuis des années, tout le monde s'en foutait. Enfin, présumé. Ca faisait toute la différence… On nous avait donné de faux noms pour sortir du pays et avaient utilisé notre ADN pour les passeports, ça aidait sûrement. Quant à nos prénoms, ils avaient utilisé les nôtres. Sûrement pour me rappeler qu'ils savaient exactement qui j'étais et que quoi qu'il arrive, j'étais à eux. Subtile comme tactique, pas vrai ?

Mais ça marchait. Je restais prudent.

Moyennant quoi, le groupe de mecs nous ont fait monter dans une voiture et plus les heures passaient, plus j'étais fatigué, plus j'avais mal au derrière, plus on s'enfonçait dans la forêt. Le paysage ne cessait de changer, de moins en moins peuplé, c'est ce qui m'a tenu éveillé. J'avais un peu voyagé en tant qu'agent mais je n'avais jamais été bien loin. Je suis allé une fois en Chine pour les voir, mais c'est tout. Inutile de nous bander les yeux, la prochaine fois, ils seraient ailleurs. Le lendemain, on arrivait enfin dans un espèce de village côtier à l'ouest du pays. Et le premier pied que j'ai posé au sol, j'ai cru que j'allais m'évanouir. Il faisait chaud et même si je ne craignais rien de tout ça, le voyage m'avait éreinté. J'avais l'impression que la voiture roulait encore alors que j'étais les deux pieds par terre. Sans un mot - plus besoin de jouer la comédie, ici - on nous a donné une petite maison dans un petit village et on nous a dit de nous reposer, que demain serait une longue journée.

Je n'ai rien avalé. J'avais trop chaud et j'avais peur que la chaleur ne tourne et ne réagisse à mon pouvoir. Pour être honnête, je ne me sentais pas bien et c'était la première fois depuis que Angela m'avait ramené. Il n'y avait pas de climatisation, juste deux lits côte à côte, on se serait cru dans un camp de vacances mais personne n'approchait de la maison, malgré les fenêtres et portes ouvertes. Ici, il n'y avait pas de bruits, que des voix à l'extérieur, une brise de vent… On se croyait sourd. Je me suis évanoui d'épuisement sur le lit sans même prendre le temps de me changer. Je voulais juste dormir en espérant que ma température baisse avant que je n'explose...

Et puis, le matin alors que je dormais profondément grâce à la fraîcheur de la nuit… J'ai senti une présence près de moi. J'ai doucement ouvert les yeux en me rappelant où j'étais et ce qu'on venait faire là. J'ai vu Angela sur son propre lit, toujours endormie mais j'avais toujours cette sensation étrange alors que je ne ressentais pas le toucher des autres. Je me suis éveillé lentement et je me suis tourné avant de le voir, assis à côté de moi, sur le bord du lit. J'ai inspiré profondément et j'ai reculé dans la tête de lit en sursautant, m'exclamant dans ma surprise à la gloire de Jesus !

L'homme me fixait avec son sourire si énigmatique que j'aurais reconnu entre mille. Je me suis frotté le visage en soupirant, le coeur battant la chamade. Ses yeux rieurs étaient toujours aussi flippants et il portait ce même costume à chaque fois.

"Vous avez fait bon voyage, jeune Daniel ?" J'ai grogné en plongeant ma tête dans mes mains. Son accent me donnait des frissons. Il n'avait pas l'air méchant mais je savais qu'ils n'étaient pas réglo-réglo, si vous voyez ce que je veux dire. "Bien, bien… Heureux de vous voir en vie ! C'est votre amie, encore assoupie ?" J'ai acquiescé sans parler. Il usait de sa voix monocorde, douce et basse pour ne pas réveiller Angela. "Parfait… Prenez votre temps." Il m'a tapoté la cuisse. "Le petit déjeuner est bientôt prêt, vous devez avoir faim ! Comment vous sentez-vous, la chaleur n'est pas trop éprouvante ?" Bien sûr qu'il l'avait fait exprès ! J'ai relevé des yeux meurtriers sur lui et je les ai roulés dans mes orbites avant de regarder ailleurs. "Non, ça va, merci."

Il m'a invité à prendre une douche, à réveiller Angela et à le retrouver au coeur du village pour bien démarrer la journée. Moi, je voulais juste qu'on en finisse. La douche. Un don du ciel. Je me frottais les cheveux quand je me suis assis aux côtés d'Angela et j'ai frotté son bras pour la réveiller.

"Hey, princesse. Le destin t'attend… C'est l'heure."


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Angela Foster
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Je n’avais jamais pris l’avion de toute ma vie. Logique, vu que je n’avais jamais vraiment voyagé. Quand j’étais enfant, nous allions régulièrement chez mes grands parents, dans l’Ohio, mais nous y allions toujours en train. Je n’appelai pas ça un voyage, enfin, pas au sens où je l’entendais. Alors quand on est arrivé à l’aéroport, j’étais fébrile. Le fait de ne pas savoir ce qui m’attendait là-bas était déjà assez angoissant, en soi et je devais avouer que l’avion n’arrangeait rien. Mais avoir Garin à côté de moi, qui jouait cette petite comédie du jeune couple marié, ça m’aidait à me détendre.

Je n’ai pas dormi non plus. L’angoisse. Et aussi quelque chose qui ressemblait à de l’émerveillement. Voyager, c’était quelque chose que j’avais toujours voulu faire sans pouvoir le faire. La maladie me retenait à la ville médiane, et à son hôpital. Alors là, je n’avais pas l’intention d’en perdre une miette. Et ça m’aidait à ne pas trop penser à ce qui se passerait après, quand nous aurions atterrit.

Quand nous avons atteint les nuages, la scientifique en moi s’est réveillée. Vous savez que respirer un nuage, c’est mortel ? A l’époque où les pilotes d’avion n’étaient pas enfermés dans une carlingue et volaient à l’air libre, un certain nombre d’entre eux étaient parfois retrouvés morts, noyés, alors qu’ils étaient en plus milieu des terres. Il a fallu des années pour comprendre que c’était à cause des nuages. Ben oui, ils sont constitués d’eau, et on ne peut pas respirer de l’eau. Il avait fallu des années pour comprendre ça et c’était à partir de là que les carlingues étaient apparues sur les avions. Dingue non ? Bref… Quand l’avion a commencé doucement à redescendre, j’ai pu découvrir un paysage totalement différent qui s’étalait sous mes yeux. J’ai tourné la tête vers Garin et je lui ai souris brièvement avant de reporter mon attention sur l’extérieur. Il avait raison finalement, rien que pour ça, ça valait le coup de venir.

Un comité d’accueil nous attendait à la sortie de l’aéroport et l’angoisse est revenue au galop. Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai pris la main de Garin, comme pour me rassurer. Quelque chose me disait que tant qu’il était là, ça irait. Vous savez, c’était peut-être idiot, mais avec ce qu’il avait traversé, la façon dont il s’était relevé alors qu’il aurait dû être mort, ça me donnait l’impression qu’il était comme invincible. Que rien ne pouvait l’abattre. Et c’était bon d’avoir quelqu’un comme ça à ses côtés.

Ils nous ont fait monter dans une voiture et nous avons roulé pendant des heures. Je ne sais pas vraiment combien, au bout d’un moment, j’avais perdu le compte. Je suis restée silencieuse pendant tout le trajet, regardant pas la fenêtre le paysage qui défilait, essayant d’enrayer l’angoisse qui montait. Quand nous sommes arrivés à la maison, j’ai fait exactement la même chose que Garin, je me suis laisser tomber sur un lit. Le voyage et la chaleur harassante m’avait achevée. La fatigué étant plus forte que l’angoisse, j’ai rapidement sombré. J’ai dormi comme une masse jusqu’à ce que je sente quelque chose qui me frottait le bras. Une bonne nuit d’un sommeil de plomb, ça vous fait facilement oublier certaines choses.

Je me retournai et enfouis ma tête sous l’oreiller, le bloquant avec mes bras pour qu’on ne me l’enlève pas.

- Laisse-moi dormir David.

Ce n’est qu’en entendant la voix que je compris que ce n’était pas comme d’habitude. Ce n’était définitivement pas la voix de mon frère, et puis il ne m’appelait jamais princesse lui. Quand ce n’était pas Angie, c’était Microbe. Je repoussai mon oreiller et ouvris les yeux sur Garin. Et puis tout me revint, où nous étions, pourquoi nous étions là. Et l’angoisse aussi. Et je savais qu’elle ne partirait pas tant que je ne saurais pas ce qu’ils avaient en tête pour moi. Je pris une profonde inspiration pour essayer de faire disparaitre cette boule que j’avais dans ma gorge et je me redressai.

- Ok, j’arrive.

J’attrapai de quoi me changer et je dirigeai vers la salle de bain. J’en ressorti quelques minutes plus tard, les cheveux trempés et me sentant un peu mieux.

- C’est quoi le programme pour aujourd’hui ?

Je m’installai à la table pour le petit déjeuner. Je n’avais pas mangé grand-chose pendant le voyage, et j’étais morte de faim maintenant.
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Garin DeLyons
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En mettant un pied dehors, j'ai mis ma main en visière. Il était encore tôt mais la chaleur tapait déjà. C'était incroyable qu'il reste encore des paysages comme celui-ci dans le monde. On s'habituait vite à la pollution permanente de Megalopolis. Dans cette dynamique, c'était à croire qu'il n'y avait… que ça au monde. A la question d'Angela, j'ai haussé les épaules.

"Je ne sais pas. A partir de maintenant, je suis au même point que toi." J'ai poussé un profond soupir en approchant de la table dressée pour nous. Sous un grand parasol, il y avait de tout. Jus d'orange, fruits, pain, café… thé sûrement… Des tables quand on voit pas à Megalopolis. Il s'est alors levé, tout sourire et s'est incliné plein de fois devant Angela en lui prenant la main pour la serrer dans les siennes. Il faisait toujours ça quand quelqu'un l'intéressait et ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Il l'a saluée en se présentant, Monsieur Seung-Li, un nom BIEN chinois... avant de l'inviter à s'asseoir, tirant la chaise pour qu'elle s'y installe. Il a fait de même pour moi - la chaise en moins - et je me suis assis à côté d'Angela pendant qu'on nous servait à boire et de quoi manger. J'ai regardé autour de moi et s'il y avait des gens dans ce village, ils ne s'intéressaient pas à nous. Soit ils avaient l'habitude, soit trop peur, soit ils étaient simplement en confiance. Il nous a donc imité ensuite, toujours serré dans son costume, son sourire aux lèvres et les yeux rieurs. Mais tout ce qui l'intéressait… C'était Angela.

"Le jeune Daniel nous a beaucoup parlé de vous ! Il nous a dit que vous étiez malade ? Dans la tête, je crois !" Je t'ai dit une tumeur au cerveau, abruti, tu crois que c'est où, dans ton cul ? Bien sûr que c'est dans la tête, jackass. Heureusement, aucun PSY n'était dans les environs pour entendre mes pensées. J'étais un peu sur mes gardes, je détestais qu'on utilise mon prénom. Définitivement. Et je n'avais pas à les aimer simplement parce que j'avais besoin de ces types. "Expliquez-moi un peu plus ce que vous avez. Nous ferons quelques tests complémentaires quand vous aurez repris des forces après un si long voyage !"

A côté de lui, il y avait pourtant un homme bien plus jeune, qui parlait bien mieux Anglais, même s'il n'avait pas encore ouvert la bouche. Je l'aimais bien, il était plus doux, plus honnête et il prenait soin de moi à chaque fois. J'avais bien plus confiance en lui que dans le reste de leur peuplade. Il m'a adressé un sourire et un hochement de tête après m'avoir servi mon café et je lui ai rendu, un brin plus timidement. J'étais sur mes gardes car c'était la première fois qu'ils sortaient les cotillons de la sorte. J'avais traversé l'enfer avec eux et à cause d'eux et c'était la première fois qu'on m'offrait un café sur une plage de sable fin. J'ai porté mon attention sur Angela. Si elle avait besoin de moi, ou que j'intervienne, ou bien de mon soutient… Elle l'aurait dans mon regard. Il faut parfois être prêt à faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons.


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Angela Foster
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L’ignorance de Garin quand à la suite des événements n’allait certainement pas me rassurer. Je reportai mon attention sur la table qui se trouvait dehors. Cette table était, ma foi, vraiment bien fournie. Il y avait tout ce qu’on pouvait imaginer manger ou boire à un petit déjeuner. Moi qui mourrais de faim, je sentais que ce problème au moins pourrait être réglé rapidement !

A côté de la table, il y avait deux hommes, asiatiques, à en croire les traits de leurs visages, certainement chinois d’après ce que Garin m’avait expliqué. J’hésitais un instant, je n’étais pas certaine de vouloir entendre ce qu’ils avaient à me dire. Mais c’était trop tard pour me dérober de toute façon. Je pris une profonde inspiration et rattrapais Garin qui avait commencé à s’avancer. A sa façon de les regarder, je compris qu’il savait déjà qu’ils étaient là. Il n’avait pas l’air surpris en tous cas. Quand nous sommes arrivés à la table, l’un des hommes s’est aussitôt levé et s’est mis à me saluer en s’inclinant un nombre incalculable de fois. Je tournai la tête vers Garin et haussai un sourcil interrogateur. Je n’avais pas tellement l’habitude de ce genre d’attentions. J’avais l’impression que monsieur Seung-Li était bien empressé. S’il n’avait pas été chinois et si je n’avais pas connu Garin un peu mieux, j’aurais presque pu croire que j’étais tombée dans une sorte de traquenard visant à me marier en échange de je ne sais quoi pour Garin, comme ça n’arrivait que dans les films. Oui, je sais, je vais trop au cinéma. Enfin bref, en tout cas, il semblait plutôt gentil, ce monsieur Seung-Li.

Je lui adressai un sourire et m’installai sur la chaise qu’il avait tirée pour moi. Et puis il se mit à parler. Le nom de Daniel me fit tiquer légèrement. J’avais déjà remarqué que c’était celui qui était utilisé sur le passeport de Garin, mais allez savoir pourquoi, ça m’étonnait qu’il le sache.

- Daniel ?

Manifestement, c’était sous ce nom qu’ils le connaissaient. Je savais déjà que Garin n’était pas son vrai prénom. Se pouvait-il que ce soit Daniel ? Je reportai mon attention sur lui tandis qu’il parlait de ma maladie. Wow, directement comme ça, alors qu’on s’apprêtait à prendre notre petit dej’ ? Heureusement que ce n’était pas une maladie trop dégueu parce que sinon…. Bon appétit ! Mais attendez une minute, comment ça « dans la tête je crois » ? Je croyais que Garin leur avait expliqué la situation, je croyais qu’ils voulaient que je vienne parce qu’ils savaient pouvoir faire quelque chose. Et ils n’étaient même pas sûrs de la localisation de la tumeur ? C’était quoi cette blague ? Je tournai la tête vers Garin et l’interrogeai du regard. Il avait une expression méfiante, un brin agacé. Je hochai la tête au moment où Zeung-Li reprit la parole. Que je lui explique ? J’hésitai un instant, ne sachant pas vraiment comment expliquer ça. Qu’est-ce que je pouvais dire de plus d’ailleurs ?

- C’est un glioblastome. Pas accessible, donc pas opérable. Il a été diagnostiqué il y a...

Quand est-ce qu’on était déjà ? Avec cette chaleur, j’avais vraiment du mal à me croire en décembre.

- … 3 ans. Mais il n’est pas impossible qu’il soit déjà installé depuis plus longtemps parce que ça fait déjà un bon moment que les premiers symptômes sont apparus. J’ai subi un bon nombre de traitements qui ont réussi à ralentir sa progression mais sans l’arrêter totalement.

Si ce type était vraiment médecin, il était inutile que je définisse le mot « glioblastome ». Quant à Garin, il savait déjà ce qui ne tournait pas rond. Il était inutile également de préciser que généralement l’espérance de vie de ce genre de cancer était très faible. Et que même si j’avais pu être opérée, de toute façon, les risques de récidives étaient trop élevés pour que je passe à côté.

Je tournai à nouveau la tête vers Garin. On n’avait jamais vraiment abordé tout ça, lui et moi. Il savait juste que j’étais malade, point. Ce n’était pas un sujet sur lequel j’aimais m’étendre. Je ne disais déjà pas à mon frère quand un nouveau symptôme s’ajoutait à la liste alors à Garin… J’observai son visage quelques instants, cherchant à lire dans ses pensées. Il ne se départissait pas de son air méfiant. Quelque chose n’allait pas ?
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Garin DeLyons
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Il l'écoutait avec une attention toute particulière. Il hochait la tête à tout ce qu'elle disait, on aurait presque cru qu'il était comme ça en permanence. En fait, oui. Cependant, j'appréciais qu'il ne s'amuse pas à adoucir les angles. Nous étions là pour une raison, et on n'avait pas le temps de jouer aux osselets. J'ai relevé ma jambe contre ma poitrine en jetant un regard à Angela. Bien entendu, je n'ai pas répondu à la mention de mon prénom. Mais elle avait dû le comprendre à mon regard. J'ai tout juste acquiescé du menton pour lui assurer que tout allait bien et c'est son voisin qui a repris. Il avait dû sentir la réticence d'Angela et venait à son secours. Il était doué pour… Ressentir les émotions des autres. Il a croisé les bras sur la table. Il me connaissait aussi et quand bien même j'avais passé un accord, je n'étais pas non plus à donner Angela en pâture à des éléphants de la génétique. Il voulait la mettre en confiance autant que moi.

"Finalement, c'est une chance que vous ayez rencontré Garin, encore quelques mois et cela aurait peut-être été trop tard." Vraiment ? C'était ça, sa manoeuvre ? Il a doucement levé une main sur la table pour m'empêcher d'envisager même de l'ouvrir. C'est Seung-Li qui a poursuivi en tendant du lait à Angela.

"Tous ces traitements dont vous parlez sont inefficaces ! C'est de la poudre aux yeux. Ils ne font rien, véritablement, que ralentir la date fatidique. Mais nous étudions depuis des années une autre approche de ces maladies qui nous rendent si impuissants. Si votre tumeur est inaccessible pour eux, elle ne l'est pas pour nous ! Nous possédons du matériel bien plus élaboré, ce n'est pas uniquement à l'état expérimental."

J'ai relevé les yeux sur lui. Je me méfiais toujours de lui. Toujours. En même temps, je me méfiais de tout et de tout le monde, point. L'autre a expliqué un peu à Angela ce qu'ils faisaient, combien ils voulaient faire avancer le monde, venir à bout des maladies les plus incurables, que jusque là, ils avaient réussi sur des maladies bénignes. J'ai fini par l'interrompre à un moment donné, sans les regarder, le nez dans mon café.

"Vous allez la guérir oui ou non ?"
Seung-Li m'a offert ce sourire plus confiant et plus calme que son habituelle joie communicative.
"Cela dépendra de vous."
J'ai reniflé en me redressant et j'ai plissé le nez, désinvolte. Je détenais le pouvoir, je le savais. Je ne connaissais pas le vrai nom d'Abel et ils ignoraient son pseudo aux Etats-Unis. Alors je les tenais fermement.
"Nah. Je dirai rien tant que j'ai pas la certitude qu'elle est tirée d'affaire. Vous la sauvez. Je vous dis ce que vous voulez savoir. Pas l'inverse."

Le plus jeune a repris la parole en s'adressant à Angela. Je ne suis même pas sûr que je connaissais son prénom. Je l'appelais "le gars que je vois quand je m'endors et celui que je vois quand je me réveille."

"Nous avons fait un bond considérable dans la médecine mais pour des personnes à votre stade, nous avons toujours échoué." J'ai relevé les yeux sur lui, attendant la suite. "Ceux que nous avons tenté de sauver, leur corps n'a pas supporté le traitement, il leur manquait quelque chose. Nous avons tout essayé mais à chaque fois, nous les perdions." J'ai froncé les sourcils. En quoi était-ce rassurant au juste ? "Nous avons analysé l'échantillon de votre ADN que Garin nous a fait parvenir il y a quelques mois, nous l'avons étudié sous tous les angles, nous n'avions pas droit à l'erreur." J'ai entrouvert les lèvres en commençant à comprendre. "Nous avons toujours su ce qu'il manquait aux patients que nous avons traités mais nous n'avons jamais réussi à trouver quelque chose qui puisse remplacer cet élément manquant. Cet élément que vous possédez et qui rendra le traitement concluant."

"Hors de question."

Ils ont tourné les yeux vers moi alors que je les dévisageais. J'avais parlé dans un souffle parce que je ne revenais pas de ce que j'entendais. Je venais de comprendre ce qu'ils comptaient faire et… Je n'étais pas d'accord.

"Garin…"

J'ai grimacé en m'indignant. "N'essayez même pas de me prendre par les sentiments, c'est non. De toutes les idées que vous pouvez extraire de vos tronches de cake, c'est sûrement la pire que vous ayez pu avoir ! C'est non !"
"Garin, ce n'est pas ta décision."
Mais je ne l'écoutais pas. Plus j'y pensais, plus la rage me montait dans la poitrine. J'ai abattu mon poing sur la table et je me suis penché dessus pour avoir mon visage plus près du leur. "Vous n'avez pas suffisamment fait en 50 ans, maintenant vous attendez qu'on ait plus que ça à foutre de nos vies ?! Ne me Garinez pas, je dis que c'est non ! Je ne l'ai pas faite venir ici pour ça !"
"Tu t'es porté volontaire, pourtant, non ?"
Qu'il reste aussi calme face à moi me rendait absolument dingue. "J'avais 18 piges, n'importe qui se serait porté volontaire pour cette merde ! Mais personne ne pouvait prévoir ce qui m'arriverait. Vous n'avez AUCUNE certitude de la sauver avec ça ! je ne vous laisserai pas toucher un seul de ses cheveux dans ces conditions. Vous pouvez dire adieu à votre précieux agent parce que je vous dirai pas où il est. Ca se saurait si Yu pouvait sauver des gens !"
"C'est un risque à prendre. Nous savons que Yu agit sur l'ADN mais ce qu'il révèle est toujours propre à la personne."
J'ai tiré sur mon t-shirt. Je n'étais pas indigné, j'étais scandalisé et cela s'entendait dans ma voix. "Quoi ?! Conneries ! Vous croyez sincèrement que j'ai rêvé de ça ?!"

Cette fois, c'est Seung-Li qui m'a répondu. Sans un seul sourire, un simple "Oui" et j'avais le bec cloué. Le souffle coupé, je l'ai dévisagé alors que son voisin avait la tête baissé. Quand il a enfin eu mon attention, il a pu m'expliquer. "Vous êtes toujours vivant, non ? Vous avez toujours eu ce don inné pour la survie. Plus que ce dont vous êtes capable, vous avez toujours eu une passion pour la vie, vous vous êtes toujours défendu ardemment, c'est pour ça que vous faites un excellent sujet. Votre désir de vivre est plus fort chez vous que chez n'importe qui. Vous êtes prêt à tout pour ça, même du pire. Vous faites ce qui est nécessaire. Regardez-vous… Il y a un an, vous seriez en train d'agoniser par terre à cause de la chaleur. Et pourtant, vous êtes là, resplendissant et en bonne santé. Si nous pouvons faire de vous un miracle, pourquoi pas de cette très chère Angela ?" Il a souri à nouveau en se penchant vers elle. "Ce n'est pas à vous de décider de votre destin, Daniel, ce n'est pas votre vie qui est en jeu, cette fois."

Je me suis tourné vers Angela, l'air pressé. "Dis non, Angie. Ils veulent faire de toi une Candidate. Dis-lui non."
"Chère Angela, je compte faire plus que ça de vous, je compte vous sauver la vie. Je n'en suis pas à mon premier essai."
"Tu ne sais pas où tu mets les pieds, ton ADN peut réagir de milliers de façon."
"Son corps a besoin de survivre, Yu lui permettra de trouver les ressources nécessaires à sa survie."
Je ne m'intéressais absolument pas à ce qu'il disait, tout ce qui m'importait, et qui m'inquiétait ouvertement à présent, c'était Angela. "Regarde-moi, tu m'as vu. Tu sais que ça ne plaisante pas. Tu sais comment on traite les Positifs à Megalopolis. Refuse !"

Mais mon pouvoir m'avait effectivement sauvé la vie plus d'une fois. Et Angela en avait même été témoin… Elle avait vu mes cicatrices propres, mes blessures refermées rapidement, elle savait qu'une balle ne me tuait pas. Il avait bien joué son jeu. Il avait besoin d'elle… Et il se servait de moi pour la convaincre. Montrer à Angela les bienfaits de Yu grâce à moi, c'était subtil. Il savait que j'aurais refusé, il savait que je réagirais de cette manière. Il savait que cela convaincrait Angela...

[Désolé, désolé oups…]


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Angela Foster
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Je hochai la tête, l’air sombre. Oui, je savais que mon temps était compté, je savais bien que je ne tiendrai pas longtemps. Les médecins avaient même revu mon espérance de vie à la baisse la dernière fois que j’avais passé des examens. 1 an, peut-être 2, grand maximum. A moins qu’ils ne parviennent à freiner la tumeur encore un moment. Alors oui, avoir rencontré Garin était un sacré coup de pot. Et pas uniquement pour ça d’ailleurs, si vous voulez mon avis. Mais je ne vais pas m’étendre là-dessus, ce n’est pas le sujet.

Quand Seung-Li a repris la parole, je n’ai pu m’empêcher de froncer les sourcils. Ils avaient une technologie si avancée que ça qu’ils pensaient pourvoir m’opérer (parce que je n’imaginais pas d’autres solutions à l’entendre parler) sans causer trop de dégâts ?

Et puis Garin est intervenu, et la discussion a pris une tournure inattendue et quelque peu incompréhensible.

- Dire quoi ?

J’avais le pressentiment que Garin ne m’avait pas tout dit quand aux raisons pour lesquelles il m’avait amenée ici. De ce que je comprenais, il semblait détenir des informations que les chinois voulaient, et moi, j’étais la contrepartie. Est-ce que je devais me sentir flattée qu’il ait pensé à moi ou indigné de n’être qu’une monnaie d’échange ? Mais après tout, ça allait probablement me sauver la vie, alors je n’allais pas m’en plaindre.

Le plus jeune (je ne connaissais toujours pas son nom d’ailleurs) a repris la parole. Et ce qu’il disait n’était pas pour me rassurer. Comment ça ils perdaient leurs patients à chaque fois ?

- Attendez, pourquoi vous m’avez fait venir si vous n’arrivez pas à garder vos patients en vie ?

Et puis, il a répondu à ma question, de lui-même. Qu’est-ce que mon ADN pouvait avoir de si spécial pour qu’ils pensent que leur traitement allait fonctionner sur moi ?

- Quel… ?

Je ne parvins pas au bout de ma question. Garin venait d’intervenir, dans un souffle. Je tournai la tête vers lui et fronçai les sourcils. Il venait manifestement de comprendre quelque chose qui m’avait échappé.

- Qu’est-ce qui est hors de question ?

Et puis Garin s’est mis en colère et je ne comprenais toujours pas pourquoi. Lui et le chinois ont commencé à, pas se disputer parce que le chinois restait étonnamment calme face à la colère de Garin, mais presque. Pour le coup, ils ne s’occupaient plus du tout de moi. Pas que ça me dérange vous me direz, mais j’avais toujours une impression bizarre quand on parlait de moi comme si je n’étais pas là. Je les écoutais se renvoyer la balle, interloquée. Je crois que je commençais à comprendre, mais je n’en étais pas certaine. Est-ce qu’ils voulaient m’exposer à Yu en espérant que ça allait me guérir ? Mais, c’était impossible. Pour l’avoir étudier, je savais qu’un simple négatif n’y survivait pas. Je ne savais pas encore que je possédais l’anomalie génétique qui permettrait à mon corps d’assimiler Yu sans qu’il me tue.

Et puis, les choses se sont accélérées. Alors que quelques instants plutôt, ils ne se préoccupaient plus de moi, ce qui me permettait de comprendre et de réfléchir à ce que j’entendais, j’étais redevenue le centre de leur attention. Garin et Seung-Li s’enchainaient, chacun essayant de me convaincre, Garin de refuser, le chinois d’accepter. Mon regard passait de l’un à l’autre et plus ils parlaient, plus je me sentais mal. Je finis par lever les mains.

- Stop !

Je tournai la tête vers Seung-Li.

- Qu’est-ce qui vous fait croire que ça pourrait marcher ? Vous dites que vous n’en êtes pas à votre premier essai et pourtant, votre collègue vient de dire que vous aviez perdu tous vos patients ? Qu’est-ce qui vous dit que ça sera différent pour moi ?

Je plantai mon regard dans le sien et secouai la tête.

- J’ai étudié Yu, je sais ce qu'il fait aux négatifs qui ne possèdent pas l’anomalie qui leur permet de l’assimiler. Etes-vous en train d’insinuer que je possède cette anomalie ? Et comment pouvez-vous être sûrs que ça me guérira ? Yu modifie l’ADN, or je suppose que vous savez aussi bien que moi que cette tumeur n’a rien à voir avec mon ADN.
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Garin DeLyons
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J'espérais qu'elle ne considère pas sérieusement la question. Je ne voulais pas qu'elle soit de ces gens qui croient qu'être Candidat, c'est super cool. Ca a ses avantages, j'imagine mais je préfère les Positifs. Ils sont nés avec, ils n'ont peut-être pas choisi de naître avec, mais cela fait partie d'eux, ils ont le droit de le réclamer et d'en être fier. Moi, j'avais volé mon pouvoir à quelqu'un qui en avait besoin pour faire des choses avec. Mais je ne m'étais pas révélé très utile en fin de compte.

"Vous possédez cette anomalie, oui et peu importe la nature de votre tumeur, elle est en vous, quoi qu'il arrive, je n'ai pas besoin de vous le dire de dix manières différentes, vous le savez." Je l'ai étudié alors qu'il parlait à Angela. Il ne souriait pas, il était toujours très précis, technique, clinique, il ne faisait pas de rond de jambes. Il expliquait ce qu'il pensait et laissait plus souvent la parole qu'autre chose. J'étais toujours persuadé qu'il cachait quelque chose mais je ne pense pas que ça ait une importance dans notre situation. C'était étrange, son comportement me donnait confiance mais quand Seung-Li était à côté de lui, je flairais la connerie à des kilomètres. Il a levé les mains au-dessus de la table pour répondre à Angela, ponctuant ses phrases de petits gestes communicatifs. "Si vous avez déjà étudié Yu, alors vous savez à quel point il est complexe et irrégulier. Yu ne se contente pas de se greffer à vous, il révèle quelque chose qui sommeille en vous. Vous savez sûrement également que notre cerveau n'exploite pas la totalité de nos capacités, mais s'il le pouvait, que ferait-il pour vous, finalement ? Depuis 50 années maintenant que YU fait partie de nos vies, nous avons eu largement le temps de l'étudier et de l'analyser, de le tester dans plusieurs domaines. Nous avons des personnes comme Garin qui nous aident à comprendre le phénomène, comment il évolue, ce dont il a besoin… Mais rares sont les volontaires et les mutations sont si variées que nous avons parfois besoin d'emprunter un chemin moins conventionnel, je vous l'accorde, je ne suis pas là pour vous mentir mais pour vous expliquer que nous savons ce que nous faisons et que si nous n'étions pas sûrs de nous, nous ne prendrions pas le risque sur une personne non volontaire. Vous êtes la première personne que nous pouvons en réalité guérir et de façon totalement volontaire. Nos essais n'ont jusque là pas été concluants car les corps de nos sujets n'étaient pas aptes à supporter les mutations. Nous voudrions, grâce à vous, comprendre comment fonctionne Yu. Jusque là, nous n'avions pas les bonnes personnes, ou bien pas le bon matériel, ou pas les bons scientifiques… Aujourd'hui, toutes les conditions sont réunies ! Connaissez-vous la différence entre un Positif et un Candidat, Mademoiselle ?"

J'ai froncé les sourcils en penchant la tête. Et maintenant qu'il se faisait passer pour un Saint… Il allait où ? L'inviter à dîner ? Lui offrir des fleurs ? Sérieusement ?! Je connaissais la différence, alors j'ai soupiré en roulant des yeux, et j'ai plongé mon nez dans le café. Quitte à être ici, autant en profiter ! Angela ne m'écouterait jamais face à un gars comme lui. Il était mignon, en plus, c'était inhumain d'être aussi monstrueux, charmant, attirant, charismatique, séduisant et… J'ai plissé le nez. Une seconde… Oubliez ce que je viens de dire.

"Un Positif est né avec la mutation de Yu, cela fait partie de son patrimoine génétique. Un Positif ne nait plus de parents Négatifs, ce n'est plus possible, Yu a été éradiqué de l'air et la nourriture, l'eau, tout est contrôlé au milligramme près. Si vous êtes Positif, c'est qu'au moins l'un de vos parents ou de vos grands-parents l'est aussi. Ou bien qu'il est Candidat. Ce gène si particulier fait alors partie d'un héritage. Il est, pour ainsi dire indissociable et souvent, le Don qui en résulte coïncide avec celui des parents ou, s'il est différent, a des répercutions d'ordre physique, comme par exemple, si votre père était un chien, et que vous pouvez lire dans les pensées, il y a des chances que vous ayez hérité d'une part canine comme lire dans les pensées des canidés, ou bien votre odorat, votre ouïe, vos sens en général, en plus de votre don de PSY, sont décuplés, à l'égal d'un canidé. Un Candidat est exposé à une forme pure de l'agent mutagène et n'en possède pas d'héritage."

"Hey..." Je me suis indigné, oui, enlevant une main. Non, je ne portais pas d'héritage, mais je ne voulais pas qu'on porte les Positifs comme des Anges et les Candidats comme des affreux démons ! Mais il m'a ignoré.

"Il se greffe, comme une pièce rapportée, il révèle un Don égal à celui d'un première génération ce qui peut s'avérer, en effet, très dangereux ou très aléatoire. Mais nous avons pu observer que Yu développe quelque chose qui est en vous, et l'a toujours été. Il lit votre schéma ADN et vous aide à avancer dans ce sens. Si vous êtes chétif, il choisira probablement de vous rendre plus fort ! Comme votre ami."

"HEY !" Ca suffisait les exemples ! "Je n'ai jamais été chétif !" Toujours est-il que ça l'a fait sourire. Est-ce qu'il m'aimait bien ?! Etait-ce… De l'humour ?! Il a reprit la parole à nouveau, et son sérieux.

"Mais ces mutations ne deviennent légitimes qu'à la seconde génération. Nous cherchons un moyen d'extraire Yu des Candidats, ce que nous ne pouvons faire avec un Positif, Yu est trop accroché, implanté ! Nous risquerions de tuer le sujet. Vous saisissez la différence ? C'est pourquoi je suis convaincu que cette procédure peut fonctionner sur vous. Si nous avons rencontré beaucoup d'échecs, cela ne signifie pas que nous ne sommes pas passés par des réussites. Nous savons que Yu a des pouvoirs curatifs. Et nous aurions besoin de vous pour le prouver, Mademoiselle. Si nous pouvons comprendre comment Yu réagit à un patient comme vous, nous pouvons imaginer de nouvelles possibilités dans le cadre médical."
"Toujours est-il… Que ça fait d'elle une Candidate."
"Je n'ai aucune garantie que cela améliore votre condition, ou que vous retrouviez vos capacités d'enfant, mais c'est le mystère de Yu, il est capable de tout. Il révèlera ce dont vous avez besoin pour vous défendre, ou ce dont vous rêvez sans même vous en rendre compte."
"Un véritable jeu d'enfant à expliquer à ton frère..." Sarcastique ? Cynique ? Ironique ?
"Mais c'est à vous de choisir, Angela."


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Angela Foster
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Je l’écoutai en silence, cherchant à comprendre l’étendue de tout ce que cela signifiait pour moi. Une candidate… Il n’y a pas si longtemps encore, je ne savais pas que ça existait. Je croyais qu’il n’y avait que des positifs et des négatifs. Des positifs qui étaient mis au ban de la société parce qu’ils possédaient des mutations génétiques. Mes parents m’avaient expliqué que c’était comme ça parce que la majorité des négatifs n’acceptaient pas ce genre de différence, mais que nous n’avions pas à avoir peur d’eux simplement parce qu’ils n’étaient pas comme nous. C’était difficile à comprendre à l’époque pour la petite fille que j’étais. Mais avec le temps, j’avais compris. J’avais compris, surtout, que ce n’était pas le fait d’être négatif ou positif qui devait me faire apprécier une personne ou non. C’était ce qu’il avait à l’intérieur, sa façon de penser, d’agir, de ressentir. J’avais appris que ce n’était pas le fait d’être négatif ou positif qui faisait de nous de bonnes ou de mauvaises personnes. Et puis j’avais rencontré Garin, et j’avais appris l’existence des candidats. Mais cela n’avait pas changé ma façon de penser. J’avais toujours soutenu les « mutants ». Je n’aimais pas ce mot, je le trouvais dégradants, péjoratifs, même si c’était ce qu’ils étaient. Je les admirais quelques fois, parce qu’à mon goût, ils avaient le courage de continuer, d’espérer une vie meilleure. On leur interdisait beaucoup de choses, on essayait même de les faire disparaitre (c’était comme ça que je voyais les lois sur la natalité), mais ils étaient toujours là, ils résistaient.

Je me suis toujours demandé ce que ça serait d’avoir un pouvoir. Tout le monde se pose forcément cette question un jour. Quelques fois, je rêvais d’en avoir un. Il arrivait des moments où j’avais tellement honte d’être négative que je me surprenais à regretter de ne pas être née positive. J’avais souvent l’impression de ne pas être du bon côté de la barrière. Pour autant, je ne m’étais jamais posé la question de savoir si j’étais prête à la franchir ou non. Avant Garin, je n’imaginais tout simplement pas que cela puisse être possible. Et puis, malgré la maladie, je pouvais mener une vie normale. Je n’étais pas soumise aux restrictions imposées pour les positifs et les candidats. Ma vie était simple, facile, si on exceptait la maladie bien sûr. Si je n’avais pas été malade, je crois que j’aurais refusé la proposition des chinois. Je n’étais pas sûre d’être prête à sacrifier tout cela pour un pouvoir. Parce que c’était comme ça que je résumais la chose, même si j’en occultais certainement beaucoup d’aspects.

J’écoutai attentivement pendant qu’il m’expliquait, qu’il répondait à mes questions. Je savais déjà la différence entre les positifs et les candidats, Garin me l’avait expliqué lors de notre première rencontre. Mon cerveau n’avait pas encore effacé ces informations. Mais j’écoutais quand même le chinois. Par politesse, certainement, mais aussi et surtout parce que je réfléchissais en même temps. Je n’arrivais pas à le quitter des yeux, au fur et à mesure qu’il avançait, l’idée cheminait dans ma tête.

Vous savez, je crois qu’il n’aurait pas pu me convaincre autrement qu’en disant qu’il comptait se servir de moi pour avancer dans leurs recherches médicales. Ca rejoignait ce que j’avais toujours  voulu faire. Ce rêve que j’avais abandonné. Je voulais contribuer à soigner les gens, c’était mon projet d’avenir. La tumeur me l’avait enlevé, mais et si aujourd’hui, elle me le rendait ? J’étais partagée entre l’envie de dire oui et Garin. J’ignorais chacun de ses interventions, mais je savais qu’il était résolument contre cette idée. Et j’avais peur de ce qui pourrait arriver si j’acceptais. C’était inutile de prétendre le contraire, je m’étais attachée à Garin et je ne voulais pas le perdre. En somme, c’était mon rêve, ma vie, ou lui. A quoi tenais-je le plus ? La réponse aurait dû être évidente, mais pas tant que ça. Parce que dans la balance, il fallait ajouter tout ce que le fait de devenir candidate pouvait apporter. Toutes les incertitudes que soulevait le chinois, tout ce que Garin s’efforçait de me faire comprendre.

Je l’avais vu s’effondrer, ne parvenant plus à respirer. J’avais du la cicatrice sur son ventre. Il m’avait parlé de ses cauchemars, du fait que sa vie ne tenait qu’à un fil. Je n’étais pas sûre d’avoir bien compris pourquoi, mais je supposais que c’était lié à son pouvoir. Peut-être ne parvenait-il pas complètement à le contrôler ? Et je l’avais retrouvé à moitié mort, non, complètement mort en fait à en croire ce qu’il me disait (et je le croyais) entre deux poubelles. Je l’avais aussi vu cicatriser bien plus vite qu’un humain normal. Hey, il était même revenu à la vie ! Sa condition de candidat lui avait sauvé la vie. Et en même temps… Il ne m’avait jamais expliqué les raisons pour lesquelles on avait voulu se débarrasser de lui. Et je ne pouvais m’empêcher de penser que ça avait un rapport avec le fait d’être candidat. Aurait-il fini entre ces poubelles s’il avait été négatif ?

Et puis, j’avais aussi l’exemple d’Alex… Je n’aurais jamais soupçonné qu’il eut put être un candidat s’il ne me l’avait pas dit lui-même. Il semblait mener une vie normale (cela dit, je ne le connaissais pas en dehors du boulot). Je ne savais pas quel était son pouvoir, je ne lui avais jamais posé la moindre question à ce sujet, par respect pour l’accord tacite que nous avions tous passé. Mais il ne semblait pas souffrir autant que Garin.

Je posais mes coudes sur la table et pris ma tête entre mes mains. Qu’est-ce que je devais faire ? Il n’y avait aucun moyen de savoir à l’avance comment mon corps réagirait à l’exposition à Yu. En même temps, je n’arrivais pas à m’ôter de la tête ce que le chinois avait dit : « Nous savons que Yu a des pouvoirs curatifs. Et nous aurions besoin de vous pour le prouver, Mademoiselle. Si nous pouvons comprendre comment Yu réagit à un patient comme vous, nous pouvons imaginer de nouvelles possibilités dans le cadre médical. » Et si ça ne fonctionnait pas, et si ça m’achevait (autant imaginer le pire) mais que ça leur permettait d’avancer dans leurs recherches ? Se sacrifier pour l’avancement de la médecine… cela faisait longtemps que j’avais décidé que j’étais prête à ça. C’était à l’époque où j’avais commencé mes études. Etais-je prête à perdre Garin aussi ? Probablement pas, mais si ça pouvait les aider à sauver la vie d’autres patients… j’avais été assez égoïste comme ça. J’avais l’occasion de faire quelque chose pour les autres, je ne pouvais décemment pas la laisser passer.

Je pris une profonde inspiration et relevai la tête. Je posai d’abord un regard douloureux sur Garin et reportai mon attention sur Seung-Li et son collègue.

- D’accord…
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Garin DeLyons
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"Tu n'es pas sérieusement en train de considérer la question, Angie…"

Penché vers elle, j'avais ouvert les mains, les yeux ronds alors que je la voyais hésiter. Je ne la connaissais pas très bien, malgré tout ce que nous avions traversé, mais je la savais butée, obstinée, imprudente et insouciante à la fois. J'ai relevé le menton quand elle a porté ses yeux dans les miens. Non, elle n'était pas sérieuse. L'expression horrifiée sur mon visage n'avait d'égale que la détermination d'Angela à cet instant. Et quand elle a accepté, à peine avait-elle entamé ce simple mot que je frappais la table du plat de ma main en me levant. J'ai bousculé ma chaise en tournant les talons dans un geste rageur.

"Tu n'as pas le droit de décider de sa vie."

Je me suis retourné, les lèvres pincées et j'ai désigné Angela d'un index impérial. J'étais tellement furieux que je sentais de la chaleur dans mes yeux avec l'impression qu'ils devaient brûler de flammes vus de l'extérieur. J'ai parlé entre mes dents en faisant un seul pas de retour vers eux.

"Et quand vous vous planterez, vous lui expliquerez que c'est fini pour elle et que le peu d'espoir que vous lui donnez, c'est de la merde ! Et au passage, vous appellerez son frangin pour le tenir au courant. Ce serait pas la première fois que j'ai le FBI au cul !"

Et j'ai continué de m'éloigner. J'étais plus que furieux, j'étais hors de moi et quand le plus jeune a voulu se lever pour me faire entendre raison, Seung-Li l'a retenu d'une main sur le bras. Il a repris son visage enjoué et son sourire confiant avant de tendre un fruit à Angela.

"Laissez-le, il se calmera. Comme toujours. Prenez des forces, très chère Angela. La journée risque d'être longue et quelque peu éprouvante, vous en aurez besoin." Et puis, avec une trace d'humour noir, il a pouffé d'un très léger rire qui ont courbé un peu plus ses yeux. "De toute façon, si nous échouons, vous êtes condamnée quoi qu'il arrive…" Il avait vraiment un humour particulier… Le jeune a tourné le regard vers lui, l'air sûrement outré mais il n'a rien dit. Il s'est contenté d'observer Angela quelques secondes avant de baisser les yeux. Être sûr de soi ne signifiait pas ne pas douter. Il y avait toujours une part d'imprévu, un risque à courir… Et Angela était prête pour ça. Pas moi.


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Angela Foster
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- Garin…

C’était ce que je craignais. Je tendis la main pour le retenir tandis qu’il se levait furieusement. Mais ma main ne se referma que sur du vide. Je comprenais sa position. Je crois. Il avait beaucoup souffert, bien plus que je ne pourrais jamais me l’imaginer certainement. Garin était quelqu’un de très mystérieux, de secret, il ne parlait pas facilement de lui. Je n’avais pas réussi à en apprendre beaucoup sur son passé. Et en même temps, je n’étais pas sûre d’avoir envie de savoir.

Je le suivis des yeux tandis qu’il se dirigeait à grand pas vers la maison. Je me levais à mon tour. Il fallait que je lui parle, que je lui explique mon point de vue. Il n’accepterait peut-être pas de m’écouter, mais je ne pouvais pas le laisser partir comme ça. J’allais me mettre à marcher quand il se retourna vers nous, pointant son doigt sur moi. Cela eu pour effet de m’arrêter net. Je ne parvenais pas à détacher mon regard de lui. Il était furieux, plus que ça même, si c’était possible.

Je fermai les yeux et soupirai douloureusement lorsqu’il tourna les talons pour entrer dans la maison. Je n’ouvris les yeux que lorsque Seung-Li repris la parole. Je tournai la tête vers lui. Le laisser ? Attendre qu’il se calme ? Je ne sais pas si c’était la meilleure idée. Je voulais lui parler, lui expliquer ce que moi je ressentais. Lui faire comprendre.

Je baissai les yeux sur le fruit que Seung-Li me tendait. Comment pouvait-il croire que j’avais encore faim ? Comment pouvait-il continuer à sourire de la sorte ? J’écarquillai les yeux en entendant sa conclusion. Ca avait beau être vrai, ce n’était pas vraiment délicat de sa part de dire ça comme ça. En riant en plus ! Je comprenais maintenant pourquoi Garin ne semblait pas l’aimer plus que ça.

Je lui lançai un regard noir, repoussai sa main d’un geste rageur, le faisant lâcher le fruit. Je n’avais pas envie de rire moi. Je savais que j’étais condamnée quoiqu’il arrive, qu’est-ce qu’il y avait de drôle la dedans ? Du coin de l’œil, je vis le plus jeune me regarder avant de baisser la tête. Lui, au moins, avait la décence de ne pas rire. Il semblait désolé, compatissant. Et tout de suite, il m’apparut bien plus sympathique que son collègue.

Je m’exhortai au calme. Ils allaient me soigner, mieux valait ne pas me les mettre à dos. Je pris une profonde inspiration et relevai la tête.

- Excusez-moi un moment.

Je retournai vers la maison et rejoignis Garin à l’intérieur. Je n’osais pas m’approcher de lui. Autrefois, j’avais été capable de soutenir son regard, de lui faire face sans ciller, même si son attitude était plutôt menaçante. Aujourd’hui, ce n’était plus tellement le cas, probablement parce que j'étais très ébranlée par tout ça. Je m’appuyai contre le chambranle de la porte.

- Garin, s’il te plait. Laisse-moi t’expliquer.
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Garin DeLyons
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J'ai relevé la tête du lavabo et j'ai pris une serviette pour m'essuyer le visage.

"Je n'ai rien envie d'entendre. Tu fais ton choix, c'est parfait. Je comprends parfaitement. A dire vrai ! Je comprends vraiment ! Et je m'en fiche !" En m'essuyant les mains, je me suis approché d'elle et j'ai haussé les sourcils. "J'ai saisi, l'inconnu, c'est ton truc. Tu vois un mec dans le noir, deux jours plus tard, tu t'imagines un relation avec ce gars-là ! Une paille !" J'ai haussé une épaule. "Un autre gars encore plus louche te dit qu'il veut faire de toi un monstre, sous prétexte que ça va te sauver ! Tu dis oui ! Bien sûr, je comprends totalement." J'ai retrouvé mon sérieux et ma voix tranchante. "Maintenant, excuse-moi, je voudrais aller sur la plage pour tester ma résistance à la flotte, ce que je n'avais pas avant qu'on me balance entre deux poubelles et qui–" J'ai levé un index interrogatif. "–par je ne sais quelle étrangeté génétique, m'a rendu encore plus résistant qu'avant ! Sûrement le même truc qui va te guérir, c'est sûr et certain."

J'ia reculé d'un pas en levant les mains pour lui passer à côté. Je n'avais pas envie qu'elle me touche. Je n'avais pas envie encore une fois de ne pas la sentir sur ma peau. J'évitais soigneusement d'ailleurs, depuis un moment, de la toucher. Peau contre peau, je veux dire. La sensation était si désagréable. Ne rien sentir me perturbait. J'avais hâte qu'ils m'aident à en comprendre la raison. J'étais là pour ça. Mais j'étais fatigué et je n'avais pas envie de me battre. J'ai secoué la tête, l'air abattu.

"Fais ce que tu veux, c'est… C'est toi que ça regarde mais garde tes explications pour ton frère. Une part de moi te dirait que si j'étais Négatif encore aujourd'hui et dans ta situation, je sauterais sur l'occasion. Mais ton frère, lui, il comprendra pas. T'inquiète pas, ils viendront te chercher quand ils seront prêts… J'ai pas envie de parler de tout ça, Angela."

Et ils sont venus la chercher. Autant j'ai voulu tester l'eau de mer, autant j'ai évité. Au lieu de ça, je suis resté assis dans le sable, les coudes sur les genoux à regarder l'océan. Pacifique, de ce côté là ! Toute ma vie, je me suis contenté de l'Atlantique et je dois vous dire une chose : c'est pareil. J'ai soupiré en réfléchissant. Au fond de moi, je devais le savoir que c'était ce qu'ils comptaient faire, et à dire vrai, je ne voyais pas ce qui pourrait la sauver à part ça. Je veux dire, si ça ne marchait pas alors rien ne marcherait, pas vrai ? Il avait raison, ce n'était pas à moi de décider.

Ils sont venus me chercher moi aussi. Ils avaient eu raison en pensant que je voudrais être là. Angela passerait en premier, ils s'occuperaient de moi après. Pendant qu'ils la préparaient, ils ont juste essayé de me faire une prise de sang mais ma peau résistait tellement qu'ils ont dû employer un moyen plus drastique… Ils avaient l'habitude, ma peau était juste beaucoup plus dure maintenant qu'avant. J'ai massé mon bandage au bras en entrant dans la pièce de liaison. Une rangée d'ordinateurs, de moniteurs, de bruitages de tension, pouls et compagnie… Et à travers la vitre, j'ai vu Angela, allongée, prête à entendre les premiers tests. Ils l'avaient habillée d'un short et d'un débardeur blancs. Me sentant coupable de lui avoir parlé aussi sèchement plus tôt, j'ai demandé l'autorisation à entrer avant qu'ils ne lancent la machine. Permission accordée !

J'ai retrouvé le gars que j'aimais bien en train de lui rappeler les règles : ne pas bouger, pas même les yeux, rester calme et ne pas paniquer. J'ai pris sa main dans la mienne et je lui ai souri. Il faisait tellement meilleur ici que dehors ! On devait être dans une sorte de sous sol, un abri anti atomique ou quelque chose du genre. A croire que ce matériel avait toujours été là mais je vous parie que si je revenais plus tard, il n'y aurait plus rien.

"On va lui faire des tests tout l'après-midi. Ce soir, on sera fixés et demain, on pourra enclencher l'exposition. Angela, je serai de l'autre côté de la vitre, n'hésitez pas à hurler si quelque chose ne va pas."

J'ai dégluti et il a acquiescé à mon attention avant de nous laisser seuls une minute.

"Je sais ce que je t'ai dit mais ne place pas la barre trop haute, d'accord ?"


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Angela Foster
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Je l’ai regardé, totalement interloquée.

- Mais ça n’a rien à voir avec ça !

Mais il ne m’écoutait pas. Il déversait toute sa colère sur moi et j’étais incapable de dire quoi que ce soit. Tout simplement parce qu’il ne m’écouterait pas. Mais ce n’était pas juste ! Il n’était pas à ma place. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Si on ne faisait rien, je mourrais. Si on faisait quelque chose et que ça foirait, je mourrais aussi. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat était le même. Je me disais juste que dans la première option, la mort serait beaucoup plus longue à venir, plus difficile à attendre, plus angoissante. En vérité, je n’étais pas sûre d’être capable de l’attendre jusqu’au bout. Il viendrait forcément un moment où je choisirais d’aller à sa rencontre. Je ne pouvais pas ne rien faire. Et si ça marchait ?

Il ne me comprenait pas. Croyait-il vraiment que c’était juste pour vivre une nouvelle expérience, un grand frisson ou un truc de ce genre ? Il n’avait toujours pas compris comment je fonctionnais ? Ca faisait plusieurs mois qu’on vivait sous le même toit lui et moi, qu’on se croisait quasiment tous les jours. Et il ne me connaissait toujours pas ? J’ai senti une vague d’amertume monter et serrer ma gorge. J’étais… déçue, je crois que c’était le mot. Il me décevait, tout simplement. J’avais pensé qu’avec ce qu’il savait, il aurait compris. Je n’avais plus rien à perdre, alors autant que ma vie serve à faire avancer la médecine. Si ça ne marchait pas, les chinois n’auraient plus qu’à chercher une autre piste. Et si ça marchait…

Je détournai la tête tandis qu’il me passait à côté pour sortir. C’était idiot, il m’en voulait parce que j’avais accepté la proposition des chinois. Mais en y réfléchissant bien, qui m’avait convaincue de venir les rencontrer ? Et je lui en voulais un peu pour ça. Je lui en voulais de nous avoir mis dans cette situation, lui et moi. Je fermai les yeux et me laissai glisser contre la porte jusqu’à me retrouver assise par terre. J’étais épuisée, angoissée, et je le sentais s’éloigner. J’ai toujours essayé de me montrer forte devant les autres, je soutenais leur regard, je les toisais avec un air de défi, je refusais de montrer que je pouvais avoir peur d’eux. Mais ça ne voulait pas dire que je ne craquais jamais. Et aujourd’hui, maintenant que Garin avait quitté la maison, je  craquai.

Quand ils sont venus me chercher, plus tard, c’est comme ça qu’ils m’ont trouvée. J’ai fait tout ce qu’ils me demandaient, comme un petit animal docile. Je n’avais aucune raison de résister, ma décision était prise. Je regrettais juste que Garin ne tienne pas assez à moi pour passer au-dessus de ça.

Le jeune était resté près de moi, c’était lui qui allait me faire passer les tests. Et ça me rassurait, quelque part, je crois que je ne faisais pas vraiment confiance à Seung-Li, pas après ce qu’il m’avait dit juste avant que je ne parte comme une furie à la poursuite de Garin. Il était en train de m’expliquer ce qu’ils allaient faire justement, n’oubliant pas au passage de me rappeler les règles lorsque Garin est entré. J’ai tourné la tête vers lui et j’ai pris une profonde inspiration. J’étais soulagée qu’il soit là. Il ne me comprenait pas, mais il était là quand même.

L’examen en lui-même n’était pas ce qui m’inquiétait le plus. J’avais l’habitude. Je m’inquiétais plutôt de ce qu’ils allaient en tirer. Je connaissais mon cerveau par cœur à force de l’avoir vu sur les images des scanners. J’étais capable, en fermant les yeux, de situer précisément cette ancienne lésion qui résultait d’un accident que j’avais eu, ado, et qui m’avait plongée dans le coma pendant plusieurs jours. J’étais capable, aussi, de situer précisément la tumeur. Même si, d’examen en examen, on pouvait se rendre compte qu’elle grossissait doucement. Alors, non, les tests en eux-mêmes ne me faisaient pas peur. Je m’inquiétais bien plus de la suite.

Je hochai la tête à l’intention du jeune. « Hurlez si ça ne va pas », t’inquiète pas pour moi, je connais. Je le suivis du regard tandis qu’il sortait de la pièce, me laissant seule avec Garin. Celui-ci en profita pour prendre la parole. Je relevai les yeux vers lui et secouai la tête.

- Je n’ai plus rien à perdre Garin, je mourrai de toute façon, si on ne fait rien. Ce sera juste plus lent et moins supportable, pour moi comme pour mes proches.

Je retirai ma main de la sienne et détournai le regard.

- J’espérais juste que tu me connaissais mieux que ça. Que tu aurais compris pourquoi je le fais. Mais tant pis.

Mais au fond, je n’arrivais pas à en vouloir vraiment à Garin. Je crois qu’il ne s’attendait pas à ce que les chinois me fassent cette proposition. Il avait certainement espéré autre chose, quelque chose de moins… dangereux ? Pendant quelques secondes, je me demandai pourquoi il s’inquiétait autant, pourquoi il avait refusé cette option aussi violemment. Mais ce n’était pas le moment de lui poser la question. Quand ce serait terminé, peut-être. Si ça se terminait bien.  

Je tournai alors la tête et plantai mes yeux dans ceux de Garin.

- Dis, tu crois qu’on sera rentrés pour Noël ?

Une question idiote pour essayer de dédramatiser la situation. Je ne pouvais pas m'empêcher de le faire à chaque fois que je voyais David si inquiet de l'autre côté de la vitre. Et j'avais l'impression que Garin avait besoin de se détendre un petit peu. Mince quoi, c'était pas lui qui allait être examiné par une machine. Pas encore.
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Garin DeLyons
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Mais elle se trompait. Des machines, des médecins, j’en avais vu. Peut-être même plus qu’elle, si c’était possible. J’étais bien incapable de me souvenir de leurs noms, ni exactement où je les avais rencontrés à chaque fois. Mais je n’étais pas le genre à jouer à qui était le pire des deux. Alors, je me suis contenté de me pencher vers elle avec un léger sourire sans joie.

« Peut-être que je ne connais pas bien. Mais tu n’oublieras pas que je suis déjà passé par là. Et tu n’as aucune idée de ce qui t’attend. » Je voulais qu’elle le sache. Je voulais qu’elle m’écoute, pour changer. Mais je savais qu’elle n’en ferait rien. Alors, je me suis redressé et je l’ai dévisagée quelques seconde. Je n’avais pas idée de l’avoir autant déçue mais… je crois que ça m’était égal. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle acceptait mais c’était aussi ma faute, je l’avais amenée ici.

« Garin. »

J’ai tourné la tête vers la vitre et j’ai acquiescé. J’allais tourner les talons lorsque Angela a repris. J’ai considéré sa question, celle-ci même qui suivait ce que j’appelais une critique. J’aurais aimé lui mentir pour la rassurer, lui dire quelque chose qui lui fasse du bien. Mais elle était si forte, vous savez ? Elle n’avait peur de rien… Pas vrai ? D’une manière assez énigmatique, j’ai souri et j’ai secoué la tête.

« Comme je te l’ai dit, tu n’as aucune idée de ce qui t’attend. Mais moi non plus. »

Et je suis sorti. J’ai retrouvé les scientifiques dans leur bocal à machines alors qu’ils discutaient en Chinois d’Angela. Ils montraient les écrans du doigt et pour ce que j’en savais, je n’y connaissais rien, et je n’avais aucune idée de ce qui se passait. Plus les clichés avançaient, plus ils entortillaient leur index, comme s’ils cherchaient un chemin, ou quelque chose. Je n’étais jamais de ce côté quand c’était moi dans cette machine, quoi que je n’y avais pas été si souvent. On m’a tendu un cachet en hochant la tête, m’incitant à le prendre. Je crois que c’était une aspirine, ou quelque chose comme ça à cause de mon bras. Mais je n’avais pas envie de rester là à observer l’intérieur de la tête d’Angie, c’était trop bizarre. Tout ce que j’ai réussi à comprendre, c’est combien c’était moche. Alors, quand on m’a appelé pour aller procéder à quelques tests banals, je suis sorti volontiers. Tension, respiration, récit de ce qui m’était arrivé, étape par étape. J’ai enfin pu dire à voix haute toute la vérité, celle que je ne pouvais révéler à Angela. Ils m’ont dit qu’ils auraient mes résultats avec ceux d’Angela et m’ont dit d’aller me reposer.

Je suis allé attendre Angela sur la place, les fesses dans le sable, les bras autour de mes genoux. Le soleil n’était plus très loin de se coucher maintenant et c’était la première fois que je voyais un ciel pareil. Ma couleur préférée. Je me sentais si… Calme. J’étais anxieux, oui… Mais calme. J’ai déroulé mon bandage et j’ai considéré ma plaie. Ils avaient émis une théorie, je voulais la vérifier par moi-même. J’ai pris un peu de sable et je l’ai étalé sur mon bras doucement, en grimaçant. Bien sûr, sur le moment, rien ne s’est produit et j’ai été quelque peu déçu. J’ai soupiré en refermant le bandage et j’ai posé mon menton sur mon bras pour reprendre mon observation du ciel.


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Angela Foster
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Les Chinois n’avaient pas menti. La journée me parut horriblement longue et fatigante. J’étais épuisée lorsque je rentrai à la maison. Epuisée, inquiète, mais je tenais encore sur mes jambes. J’avais l’intention d’aller me coucher directement cela dit. Je ne savais pas où était Garin et à vrai dire, je m’en fichais un peu. Je n’étais pas sûre d’avoir envie de le voir pour l’instant. Je n’étais pas sûre de pouvoir supporter son regard.

Mais quand je le vis, assis seul sur cette plage, je dus me faire violence pour ne pas le rejoindre tout de suite. Au lieu de ca, j’entrai dans la maison et préparai du café. Je revins m’adosser au chambranle de la porte pour regarder le coucher de soleil tout en le buvant et posai à nouveau mon regard sur Garin. Je l’aimais beaucoup, et quelque part, ça me faisait mal de le voir s’éloigner de moi. D’autant que c’était de ma faute. Je soupirai, rentrai à l’intérieur pour verser une autre tasse de café et rejoignis finalement Garin.

Je lui tendis sa tasse de café sans un mot et m’assis à côté de lui. Il n’était pas obligé d’en vouloir. D’ailleurs, il faisait peut-être trop chaud pour boire un café ? Moi, en tout cas, ça ne me dérangeait pas. Je fixai l’horizon et le coucher de soleil quelques secondes.

- On n’a pas des couchers de soleil aussi beau à Mégalopolis.

Je laissai le silence s’installer tandis que je restai fixée sur l’horizon. Mon regard se fit lointain lorsque je pensai, tout à coup, que d’ici quelques semaines, quelques mois peut-être, avec un peu de chance, je risquais de ne plus jamais en voir. Enfin, ça, c’était si finalement je refusais la proposition des chinois.

Je portai ma tasse à mes lèvres et, les yeux toujours rivés sur l’océan, j’engageais la conversation. Je redoutais ce moment parce que je savais que nous étions en désaccord, mais je ressentais le besoin de lui en parler. Peut-être parce qu’il était là, et que je savais qu’il avait traversé la même chose. Du moins pour ce qui était de l’exposition à Yu. Ou peut-être juste parce que c’était lui et que j’espérais qu’il arriverait à me pardonner. A moins que je ne sois plus très sûre de vouloir le faire, allez savoir.

- Qu’est ce que ça fait, d’être candidat ?

J’avais légèrement hésité avant de poser cette question. Je me disais que c’était peut-être trop personnel. En même temps, Garin m’avait dit plusieurs fois que je ne savais pas ce qui m’attendait. Et s’il m’expliquait ? Je n’attendais pas de lui qu’il me rassure, j’attendais qu’il me dise la vérité, sans aucune exagération et sans rien me cacher. Il avait raison quand il disait que je ne savais pas. Et j’avais envie de savoir.


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Garin DeLyons
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Je l'ai entendue arriver et j'ai tourné la tête pour l'apercevoir par-dessus mon épaule. J'ai relevé le menton avant de prendre le café qu'elle me tendait et d'acquiescer. Et puis j'ai ri, sûrement ma façon de m'excuser et de passer à autre chose.

"On ne voit jamais de coucher de soleil à Megalopolis."

Je lui ai souri et j'ai repris mon observation silencieuse également. J'ai bu une gorgée de café et me suis humecté les lèvres en reposant le gobelet dans le sable. J'ai joué avec en creusant un mini trou entre mes pieds. Et quand elle a posé sa question, j'ai relevé la tête presque aussitôt en riant.

"Mal." J'ai à nouveau baissé la tête sur mon café mais j'ai réfléchis à une meilleure réponse. Avant de lui dire, j'ai préféré choisir mes mots. J'ai alors pris une profonde inspiration. J'ai relevé les yeux sur l'horizon et j'ai plissé le nez à la réflexion. "Dans mon cas, ce n'est pas quelque chose d'agréable, mais pour d'autres, l'expérience est totalement différente. Cela dit, depuis que je suis revenu, je n'ai plus mal. En réalité, je ne sens même plus rien." J'ai eu un léger sourire en lui montrant mon bras d'un geste las. "Ils disent que ma peau s'est tellement renforcée que j'en ai perdu presque toutes les sensations. Je sais pas trop…" J'ai haussé les épaules en soupirant et j'ai froncé les sourcils en réfléchissant. Qu'est-ce que ça faisait d'être Candidat, au juste ? De quoi je me plaignais ? De la douleur ? C'est tout ? Je n'avais pas à me plaindre d'autre chose ? Je n'avais pas connu le racisme, ni la discrimination, on m'avait choisi pour ça, on m'avait engagé pour être ce que j'étais… J'ai dégluti.

"Je n'en sais rien, Angela, la vérité, c'est que… C'est tellement aléatoire, ce que j'ai vécu, ce que tu vas vivre, ce sont deux choses totalement différentes. J'étais en parfaite santé quand j'étais encore Négatif, et je suis devenu malade après. Certaines mutations tuent leur hôte, d'autres les sauvent, j'imagine que c'est la sélection naturelle." J'ai finalement tourné la tête vers elle, mon expression inquiète de nouveau sur mon visage. "C'est dangereux. C'est inconnu, incertain, aléatoire, risqué, c'est tout ça à la fois, ce n'est pas naturel. Les Positifs sont naturels, nous, on est que des cobayes. Pourtant…" J'ai secoué la tête et en reportant les yeux sur l'océan. "Ce qu'il dit est vrai. Les mutations sont le reflet de ce que nous sommes, de ce qu'il y a au plus profond de nous. Jason était sourd, avant. Il ne l'est plus. Moi… Je voulais être différent. Je voulais prouver ce dont j'étais capable, je voulais être meilleur que les autres, plus fort. Je voulais être invincible, bon en tout. Je voulais sauver ma mère, rendre mon père fier, je voulais que mon meilleur ami soit mon frère… Et d'une certaine manière, assez ironique et pathétique à la fois, j'ai eu tout ça. J'ai toujours voulu savoir qui j'étais, d'où je venais et… Ca aussi, je l'ai eu. Alors à ta propre manière ironique et pathétique, j'espère que tout ça répondra à tes questions et à tes attentes." J'ai penché la tête pour jouer à nouveau avec le café. "J'espère vraiment que ça te sauvera."


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Angela Foster
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Je ne me serais pas attendue à ça, mais quand j’ai posé ma question, la première réaction qu’il eut fut de rire. Je tournai la tête vers lui, un peu étonnée. Qu’est-ce que j’avais dit de si drôle ? Ou ce n’était que de l’ironie peut-être ? En tout cas, il s’était calmé depuis ce matin. Il était moins sec, moins froid. Quelque part, c’était rassurant. Parce que je n’imaginais pas vivre cette expérience sans lui. C’était quelque chose que je ne voulais pas vivre seule, c’était trop angoissant. Parce que oui, même si j’essayais de ne pas le montrer, j’étais morte de peur.

Je lui adressai un petit sourire et baissai de nouveau les yeux sur ma propre tasse tandis qu’il se remettait à parler, plus sérieux cette fois. Et moi, je l’écoutai, sans rien dire. Tournant ma tasse dans le sable, l’enfonçant toujours un peu plus. Garin n’était ni rassurant ni inquiétant. Il était franc, c’était ce que je lui demandais. J’avais légèrement relevé la tête lorsqu’il avait évoqué les changements qu’il avait subits. Il ne m’en avait jamais parlé jusqu’à présent. Pourquoi l’aurait-il fait en même temps ? Il était si secret, il ne parlait pas beaucoup de lui. Et moi, je respectais ça, je ne posais pas de questions. Jusqu’à aujourd’hui. Parce que, comme il me l’avait dit, il était passé par là avant moi. Et même si, à l’entendre, chaque mutation était différente, il était quand même la seule personne susceptible de me répondre.

Quand il eu terminé, je relevai les yeux sur lui, le regardai une seconde et fixai à nouveau l’horizon.

- On le saura bien assez vite.

J’ai posé mes mains dans le sable derrière moi pour prendre appui dessus et j’ai allongé mes jambes devant moi, reversant ma tasse au passage, mais elle était vide, de toute façon. Je réfléchis un instant à ce qu’il venait de dire. Et quand j’ouvris la bouche pour lui répondre, je me sentis un peu honteuse de ce que j’allais dire.

- J’aimerai bien. Mais je me demande si ça en vaut vraiment la peine. Je n’ai plus rien, cette saloperie de maladie m’a tout pris. Mes rêves, le seul homme que j’ai réellement aimé, mes projets d’avenir. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est en train de me prendre mes yeux.

Mon regard se fixa sur l’horizon, mais je ne le regardai pas vraiment.

- J’ai toujours voulu faire quelque chose pour faire avancer la médecine. C’est pour ça que j’ai étudié l’anatomie et la biologie, que je me suis spécialisée dans la microbiologie. Aujourd’hui, alors que je croyais ce rêve perdu à jamais, on m’offre la chance de participer à quelque chose qui pourrait faire avancer les traitements contre le cancer. Et de toute façon, comme l’a dit ce cher Seung-Li, « De toute façon, si nous échouons, vous êtes condamnée quoi qu'il arrive… ».  Alors même si je ne survis pas, ça les aidera. Si ça ne doit pas m’aider moi, je veux que ça serve aux autres, avant que la maladie ne leur enlève tout ce qui compte.

Je secouai la tête, me redressai soudainement et regardai Garin avec un sourire.

- Mais ne pensons pas à ça. Tu sais ce dont j’ai envie, là, maintenant ?

J’indiquai la mer d’un geste.

- D’aller me baigner. La dernière fois que j’ai piqué une tête dans la mer, c’était dans la baie, et c’était pas franchement ragoûtant. Je n’aurais peut-être pas d’autres occasions, je ne vais pas la laisser passer. Tu viens ?

Je me remis debout et lui tendis la main comme pour l’inviter à se relever et à me suivre.
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Garin DeLyons
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Je ne comprenais pas. Elle voulait être sauvée mais n'en voyait pas l'utilité ? Elle voulait juste servir la science ? Qui s'en intéressait à un tel point d'abnégation, ça n'avait aucun sens ! Pas pour moi, en tout cas. J'ai à nouveau ri à la citation de Seung-Li.

"Admets au moins qu'il est honnête avec toi. Mais si tu as tout perdu alors dorénavant il te reste à tout gagner."

Et ça aurait dû être la fin de cette conversation. Elle savait ce que j'en pensais, je savais ce qu'elle en voulait, j'avais répondu à ses questions et demain serait un jour nouveau pour elle. Une seconde naissance. Je l'ai regardée se lever et j'ai souri doucement en secouant la tête.

"Je ne me baigne pas, Angie. Je ne prendrai pas ce risque tant qu'ils ne m'auront pas dit ce qu'il en est exactement à présent. De plus…" J'ai à nouveau montré mon bras avec un sourire plus ferme. "Je ne vais pas m'amuser à mettre de l'eau de mer là-dessus, si tu vois ce que je veux dire."

Qu'avais-je perdu et qu'avais-je gagné ? A l'époque j'avais presque tout, ma mère était déjà dépressive mais vivante. Mon père n'était pas vraiment là mais il m'appelait des fois. J'avais un meilleur ami, comme un frère. Les filles me regardaient avec des yeux mutins, en coin et estimaient que je devais déjà remplir tellement de demandes qu'elles ne pensaient pas que je les verrais… Et puis j'ai eu mon pouvoir, des problèmes de mémoire, de respiration, j'ai perdu ma mère, mon père, mon meilleur ami s'est révélé mon meilleur ennemi et tout a changé. Jusqu'à présent, j'étais l'inverse d'Angela, aussi, j'espérais qu'elle connaitrait donc l'opposé de ce tout ce que j'avais vécu. Son frère serait heureux de la savoir en vie, elle retrouverait l'espoir en son avenir, un homme à aimer… Et moi...

Et moi, mon job serait terminé ici.

"Mais vas-y. Je t'attends ici. Tu me diras si elle est bonne."


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Angela Foster
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J’aurais pu l’écouter, le laisser là et aller me baigner, comme j’en avais envie. Au lieu de cela, je baissai ma main et me rassit par terre, en tailleur, face à lui.

- Je viens de me rappeler que je n’ai pas  emmené de maillot de bain.

Notez qu’en temps normal, cela ne m’aurait absolument pas dérangé. Je portais un short en jean et un débardeur noir,  je n’aurais eu aucun problème à plonger dans l’eau directement. J’avais de quoi me changer à quelques mètres ! Mais Garin venait de soulever des questions que j’avais bien envie de lui poser. Mais par où commencer ? Comment ? Et surtout, qui me disait qu’il accepterait d’y répondre ?

- C’est quoi l’histoire avec l’eau ? C’est en rapport avec ton pouvoir, c’est ça ?

Je fronçai les sourcils tandis que je posais cette question. Je venais de me rendre compte que je ne savais même pas ce qu’était son pouvoir, réellement. Je me souvenais qu’il m’avait dit être très résistant (ce que j’avais pu vérifier de mes yeux), et, je ne sais pas si c’était un tour que me jouais ma mémoire, mais je l’entendais encore me dire que ce n’était même pas ça son pouvoir.  Mais je me trompais peut-être.

- Tu ne m’as d’ailleurs jamais vraiment expliqué en quoi consistait ton pouvoir, je crois…

Mon regard se posa alors sur le bandage qu’il avait au bras. Je ne me souvenais pas de l’avoir vu avec. Je crois que j’étais trop obnubilée par les examens qu’on s’apprêtait à me faire passer pour m’en rendre compte. Je tendis la main et pris son bras, comme si je voulais regarder la plaie de plus près, ce qui était idiot, vu qu’il avait un bandage.

- Ils t’ont examiné toi aussi ? Tu crois qu’ils pourront répondre à tes questions ?

Je passais une nouvelle fois la main sur le bandage et j’allais lâcher son bras lorsque je sentis des grains de sables sous mes doigts.

- Garin ! Qu’est-ce que c’est que tout ce sable ? Tu devrais faire attention, s’il pénètre dans la plaie, ça risque de mal cicatriser ou de s’infecter !

Comment étais-je censée savoir que Garin n’était pas soumis aux mêmes règles que nous autres, pauvres négatifs ?
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Garin DeLyons
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J'ai doucement acquiescé à sa première question. Et j'ai souri à la suivante. Pour le peu qu'Angela s'était intéressée aux Candidats en général et à moi en particulier, je n'avais pas été très éloquent. Selon moi, qu'elle soit Négative ne la portait pas à mon niveau. J'entends par là qu'elle ne serait jamais à même de comprendre ce qui se passait en moi et pour moi. Mais les choses changeaient et il me semble qu'il était vraiment important qu'elle comprenne ce que cela impliquerait pour elle. Yu pouvait déconner. A plein tube, comme ça pouvait être totalement l'inverse. Elle devait connaître tous les paramètres tant qu'il était encore temps. Elle avait encore la possibilité de dire non. Ils auraient quoi qu'il arrive la position d'Abel. Pourquoi ? Parce que je m'étais servi d'Angela pour arriver jusque là mais que si elle se retirait de l'équation alors je n'avais aucune pression à mettre. Je me rendais surtout compte que, même sans Abel, ils auraient pris Angela pour la simple et bonne raison qu'ils avaient besoin d'elle, peut-être même plus qu'ils n'avaient besoin d'un nom hypothétique que j'avais sous entendu être intéressant… J'ai doucement secoué la tête en dévisageant Angela. J'aurais aimé vous dire que le fait qu'elle devienne Candidate la rendait attrayante mais je crois que je n'étais tellement pas dans l'acceptation de cette optique que pour moi, c'était comme un cheval malade à l'abattoir… Quand bien même des activistes viendraient la sauver, elle resterait dans un pré, à la retraite et moi je choisirais un cheval plus en forme. Chaque mutation venait avec un équilibre. Yu ne la sauverait jamais sans une contre partie...

Elle a voulu prendre mon bras et je me suis raidi en inspirant profondément. J'aurais voulu retirer mon bras et éviter son toucher mais je ne pouvais pas l'éviter toute ma vie ! J'ai pincé les lèvres et j'ai acquiescé. Bien sûr qu'ils avaient commencé les tests sur moi. Je n'étais pas ici en touriste ! Mais sa réflexion m'a tellement fait rire que j'ai pris sa main pour lui rendre.

"Oui, Angela, c'est le but ! Que ça cicatrise !" J'ai été secoué d'un nouveau rire en la regardant. Elle avait accepté un traitement dont elle ne savait rien. Et c'était maintenant qu'elle posait des questions… "Je suis résistant, c'est dans ma peau, dans mes os, c'est partout, c'est en moi. Je suis fait de carbone, mon épiderme est si compacte qu'ils ont dû y aller plus fort que d'habitude pour me faire une prise de sang. J'attends mes propres résultats mais ils ont émis la possibilité que les sédiments du Sanctuaire m'aient aidé à me régénérer quand je leur ai montré ma cicatrice à la jambe. Tu ne réalises vraiment pas ce que c'est, pas vrai ? Tu…" En réalité, je n'arrivais pas à ne pas rire. Ca ne m'amusait pas plus que ça, je vous arrête. Mais son innocence et sa prise de conscience me laissait sans voix. "Devenir Candidat, c'est assumer que ton corps tout entier va changer et répondre à des règles qui dépassent ta logique. Les aiguilles se pètent quand on essaye de me faire une piqure, mes os sont incassables, j'ai la mémoire carbone de mes ancêtres génétiques dont je revis les événements les plus marquants en rêves ! J'ai choisi le nom de Garin car c'est l'identité carbone la plus ancienne dont j'ai réussi à me souvenir. C'est lui que j'ai vu la première fois qu'on m'a exposé à Yu, c'est lui qui m'a laissé ça." J'ai soulevé mon t-shirt pour lui montrer la cicatrice à mon abdomen. "Je ne me suis pas fait ça tout seul, c'est… De l'autosuggestion. J'ai vécu sa propre mort, ça m'a laissé une trace. J'ai vécu les morts de tous mes ancêtres, un par un. Angela, être Candidat - ou Positif - c'est comme jouer à la roulette russe. Tant que tu n'es pas exposée, le barillet continue de tourner et de tourner, encore… Mais une fois que tu seras sous son emprise, sache qu'à aucun moment tu n'auras une chance de ne pas tomber sur la balle. Quand notre corps mute, c'est pour toujours. Si Yu fait bien son boulot - et je l'ai vu faire des choses remarquables, vraiment - tu devras en accepter les conséquences. Te sauver ne sera pas la seule chose qu'il t'offrira. Probablement des maux de tête, peut-être que tu seras aveugle, peut-être que tu n'aurais plus la sensation des choses comme moi ! Tu peux aussi avoir une queue qui te pousse dans le dos ou des oreilles de lapin !" Je me suis approchée d'elle, mes yeux dans les siens et j'ai à peine cligné des paupières. "Mes yeux n'ont pas une couleur banale. Ils étaient verts avant." J'ai reculé la tête et je lui ai souri, plus indulgent et plus compréhensif peut-être. "Yu a fait des merveilles, chez certains, mais ce qu'il offre n'est pas gratuit. Il y a toujours une contre partie. Est-ce que tu es prête à accepter autant de compromis et de variables dans une équation à mille inconnues ? Quand je me suis porté volontaire, personne ne m'a expliqué ce qui allait m'arriver, personne n'a pris la peine de me dire que Yu faisait partie de mon contrat. Tu as encore le choix. Je sais que si je m'écoutais, je retournerais là-dedans pour avoir un nouveau pouvoir, en découvrir plein ! A m'entendre, on dirait que c'est monts et merveilles mais Angela, c'est faux. Ce que je traverse n'est pas une merveille, c'est pénible, douloureux, je ne peux pas m'immerger dans l'eau très longtemps, la chaleur me rend malade, l'oxygène est un poison pour moi et je suis une bombe humaine à retardement. Je ne peux pas faire la moitié de ce que la plupart des gens font, de ce que les couples font…"

J'ai soupiré en la dévisageant. J'aurais aimé qu'elle refuse. Vraiment. Mais après tout… et si ça marchait vraiment ?

"Angela, je voudrais que tu réfléchisses à tout ça, à ce que ça implique pour toi, ton frère, ton avenir. Je suis l'exemple de ce qui n'est pas reluisant avec Yu mais je n'ai pas le droit de te dire que tout le monde est dans mon cas. Jason a été sauvé par ses mutations et il n'est pas le seul. Je n'ai pas le droit non plus de te dire ça… Quand mon propre pouvoir m'a sauvé la vie, à moi aussi. Mais j'en paye le prix. Tu as encore le temps de refuser. Ce n'est pas grave si tu le fais."

En fait, si. Si elle refusait alors qu'ils avaient besoin d'elle, je les voyais mal la laisser repartir comme ça. Il était évident qu'il la ferait muter de force. J'ai fermé les yeux en réalisant. Abel n'avait jamais été une monnaie d'échange...


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Angela Foster
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Que ça cicatrise… Tandis qu’il m’en expliquait un peu plus sur lui, le fait qu’il soit fait de carbone notamment, et que ce soit peut-être le sable qui l’ai aidé à cicatriser la plaie qu’il avait à la cuisse, une petit idée faisait doucement son chemin dans ma tête. Et plus il m’expliquait ce qu’il vivait, ressentait, plus je développais mon idée. Il venait de réveiller, une fois de plus, mon esprit scientifique. Et pour une fois, c’était pour quelque chose de bien plus complexe qu’une histoire de nuages qui vous noient si vous les respirez.

Je ne l’écoutais que d’une oreille, à moitié perdue dans mes pensées. Mais je l’écoutais quand même. Et plus il parlait, moins j’étais sûre de vouloir le faire. C’est vrai, il me disait que ça pouvait marcher, qu’il avait vu des cas où ça marchait même très bien. Mais il disait également le contraire… Je relevai la tête lorsqu’il me parla de ses yeux. J’avais déjà remarqué qu’ils étaient d’une drôle de couleur et qu’ils réfléchissaient la lumière d’une façon différente des yeux « normaux ». Je me doutais que c’était peut-être dû à Yu, mais je n’en avais aucune confirmation. La génétique était parfois à l’origine de surprise. Je me souvenais d’une fille, à l’école, qui avait les yeux vairons. Ca lui donnait un regard étrange, avec un œil vert et l’autre marron.

Garin n’avait pas eu de chance, c’était ce qu’il m’expliquait. Et même s’il me disait que ce n’était pas le cas de tout le monde, je comprenais que ça pouvait être mon cas à moi aussi. Alors quand il me parla des conséquences que ça avait entrainées chez lui, pour la première fois, je me posai la question de savoir si c’était vraiment ce que je voulais ? Etait-ce un risque que j’étais prête à prendre ? J’aurais aimé dire que j’étais altruiste au point de dire que oui sans la moindre hésitation, tant que ça aiderait la science. Mais je devais reconnaitre qu’une petite partie de mon être me hurlait que non. Je voulais survivre, mais pas à ce prix-là. Je voulais aider la médecine, mais pas à ce prix-là non plus ! Si encore j’avais su où je mettais les pieds, ça aurait pu m’aider à prendre la bonne décision, une décision sur laquelle je ne reviendrais pas. Mais comme le disait Garin, il n’y avait aucun moyen de savoir avant ce que ça allait donner.

Je serrai mes genoux contre ma poitrine et posai mon menton sur mes bras.

- Garin. J’ai peur. Peur de ce qui peut se passer si je les laisse faire ce qu’ils veulent, peur de ce qui se passera à coup sûr si je ne fais rien. Je suis terrorisée à l’idée de me retrouver un jour complètement dans le noir et je sais que ce n’est pas le pire de ce qui viendra. Je ne suis pas sûre d’être assez forte pour supporter cela encore longtemps. Je me dis qu’avec un peu de chance, ça se passera mieux pour moi que pour toi. Et puis, je pense aux autres que ça pourrait aider. Et en même temps… je ne suis pas sûre d’en avoir envie. Je suis prête à certains sacrifices, mais pas…

Je m’interrompis, j’allais dire « mais pas à ceux que tu as fait toi », mais vis-à-vis de Garin, ce n’était peut-être pas la meilleure chose à dire. Je me frottai la nuque et relevai les yeux sur Garin.

- C’est vraiment une mauvaise idée d’après toi ?
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Garin DeLyons
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"A la bonne heure ! Bien sûr que tu as peur ! Enfin ! Je commençais à m'inquiéter !"

J'ai souri en secouant la tête et j'ai reporté mon regard sur l'horizon. Elle avait enfin peur, c'était rassurant dans un sens. Si je l'écoutais, j'avais surtout l'impression que pour la première fois, elle m'écoutait. Elle prenait en considération ce que je lui disais. Enfin. J'étais amusé cette fois alors qu'elle me confiait ses peurs. Et la tête basse, je jouais avec le sable entre mes pieds. Je n'avais connu personne pour qui ça s'était passé encore pire que moi. Six mois de quarantaine sans aucun contact avec l'extérieur ou d'autres personnes non protégées… Avant d'être agent, j'étais une sorte de monstre. Je ne faisais pas briller le soleil, je ne faisais pas pousser les plantes, je ne guérissais personne… Mon pouvoir était au moins aussi égocentrique que moi ! Il ne protégeait que moi, ne guérissait que moi… Sa phrase en suspend, j'ai relevé les yeux sur elle, sondant son regard en cherchant ce qu'elle voulait dire. Et d'une voix que je n'ai pas voulu triste, j'ai terminé pour elle.

"Mais pas à vivre ce que j'ai traversé, c'est ça ?" J'ai doucement souri. "Ca va, t'en fais pas, je comprends."

J'ai inspiré profondément et j'ai froncé les sourcils en encerclant mes genoux de mes bras. J'ai serré mon poignet dans mon autre main et j'ai réfléchi. "Je n'ai jamais dit que c'était une mauvaise idée…" Je ne pouvais plus reculer. Avec ou sans sa volonté, ils feraient d'elle un Candidat. Ils m'aidaient parce que je leur étais utile. Ils acceptaient Angela parce qu'elle leur était utile. Le reste, ils s'en fichaient. Je me suis humecté les lèvres. Ils attendaient de moi que je la mette volontairement sur cette table. Je n'avais pas été si mal entraîné, je connaissais les scénarios, j'étais plus malin et plus intelligent que je ne voulais le laisser entendre. Pourquoi je n'avais pas compris plus tôt ce qu'ils voulaient ? Est-ce que je m'étais menti à moi-même ? Est-ce que j'avais refusé de voir ? J'ai détaché chacun de mes mots précautionneusement.

"Je t'ai dit combien c'était dangereux, aléatoire, risqué… Mais je t'ai aussi dit que si c'était à refaire, je le referais probablement." Il valait mieux que je l'aide à rester volontaire . Pour son bien, comme pour le mien. J'ai dégluti en poursuivant. "Je ne voulais juste pas que tu plonges là-dedans la tête baissée… Sans réfléchir, comme tu fais tout le temps, sans savoir dans quoi tu allais parce que tu es buté, têtue, que tu n'écoutes rien et que tu n'en fais qu'à ta tête sous prétexte que tu n'as plus rien à perdre, que ta vie ne vaut plus rien. Tu as tout à gagner à présent. Demain…" J'ai finalement tourné les yeux vers elle. "Tout sera différent pour toi."


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Angela Foster
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La réaction de Garin me tira un petit sourire. Evidemment que j’avais peur, comme tout le monde. Qu’est-ce qu’il croyait ? Que j’étais une sorte de robot téméraire adepte du « même pas peur » ? Oui, bon, ok, j’avoue, j’étais un peu comme ça. Je me souviens de l’impression que j’avais dû lui donner la première fois qu’on s’était rencontré. Il avait essayé de se montrer inquiétant, voir même légèrement menaçant sur les bords, mais je n’avais pas cillé. Mais il ne m’avait jamais vue dans le noir, prête à céder à la panique parce que je n’arrivais pas à trouver l’interrupteur. Ne vous moquez pas, quand vous entrez dans une pièce noire et que vous tâtonnez encore et encore à la recherche de l’interrupteur, je peux vous jurer que l’angoisse monte vite quand on ne le trouve pas. Surtout quand on se sait pas ce qu’il y a à l’intérieur de la pièce et que la porte s’est refermée derrière nous. Non, ça ne vous fait pas ça ? Bon ben… c’est que moi alors.

Quand il continua ma phrase, je relevai la tête et lui jetai un regard désolé. Il avait parfaitement compris ce que je n’avais pas été capable de dire tout haut. Et ça n’avait pas l’air de le perturber plus que ça. Je hochai doucement la tête, pour confirmer que c’était bien ça, mais n’ajoutai rien. De toute façon, il reprenait déjà la parole, pour répondre à ma question.

Mon regard se perdit dans le vide un instant. Il y avait quand même quelque chose que je n’arrivais pas à comprendre. A l’entendre, sa mutation avait été, et était encore, très difficile. J’avais l’impression qu’il ne vivait pas vraiment, plutôt qu’il survivait. Sa mutation semblait avoir été la cause de plus d’inconvénients que d’avantages. Je ne comprenais pas qu’il soit prêt à revivre ça. Où cela l’avait-il mené ? Entre deux poubelles ? Chez nous ? Ce n’était certainement pas la vie que j’aurais aimé avoir à sa place. Oui, même la partie qui se passait chez nous. Parce que s’il était là, ce n’était pas suite à un choix qu’il avait fait, mais justement parce qu’il n’avait pas d’autre choix. Je l’avais compris, ce soir-là, lorsqu’avec David, ils avaient un peu haussé le ton dans la cuisine.

- Pourquoi ? A t’entendre, c’est plus un calvaire qu’autre chose. Pourquoi recommencer quand même ?

Question peut-être trop personnelle, mais ce soir, il semblait disposer à me répondre franchement alors… J’écoutai le reste de son discours et relevai les yeux sur l’horizon. Demain tout serait différent. Probablement. Restait à savoir si ce serait pire, ou meilleur, ou simplement une copie de la journée d’aujourd’hui. Le discours de Garin me semblait parfois un peu contradictoire. Au début, il s’insurgeait contre le fait que j’accepte cette proposition, et maintenant… j’avais l’impression qu’il cherchait les bons mots pour me convaincre d’y aller. Mais peut-être n’était-ce qu’une impression. Et aussitôt, me vint une autre question, que je ne m'étais pas tellement posée auparavant parce qu'elle n'avait pas lieu d'être.

- Pourquoi tu t'intéresses à mon sort ?

Après tout, je n'étais qu'une négative, et la première fois que nous nous étions rencontré, il m'avait clairement fait comprendre qu'à ses yeux, les négatifs ne valaient pas les positifs ou les candidats. Au fil du temps, nous nous étions rapprochés un peu, mais je n'avais jamais vraiment eu l'impression qu'il revenait sur sa position. Il était gentil, vivait en paix avec David et moi, mais n'avait jamais montré le moindre intérêt à ce qui pouvait m'arriver. Ah si, il me faisait des sermons quelque fois, sur ma façon de vivre ma vie. Mais je ne mettais pas ça sur le compte d'une réelle inquiétude, plutôt sur le regret de me voir gaspiller ma vie (pour reprendre ses mots). Alors pourquoi, soudainement, se préoccupait-il de sauver la vie d'une négative ?
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Garin DeLyons
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J'ai haussé une épaule.

"Ouais mais c'est aussi assez marrant, des fois. Un jour, je me marierai. J'aurai plein de gosse et pas besoin de travailler. Pis quand je mourrai, je leur lèguerai mon corps. Ils seront riches sur dix générations." Avec un sourire amusé, j'ai regardé Angela. "Mes os sont en diamant. Ne le répète à personne, j'ai assez des Chinois sur les fesses… Rien que pour ça, ça vaut le coup, non ?"

Et puis j'ai soupiré.

"Et pourquoi pas ? Je m'intéresse pas à ton sort. C'est une contrepartie. Je suis de ceux qui disent que les choses doivent se faire et que si elles arrivent, c'est pour une raison. Qu'on ne doit pas les changer et ne pas regarder en arrière pour regretter. Ca ne sert à rien et ça fait perdre du temps. Mais tu m'as sauvé la vie, alors… Il est normal que je fasse de même. Tu n'as pas réfléchi quand on t'a dit où j'étais et que j'avais besoin de toi et je n'ai pas posé de questions, je me suis simplement montré reconnaissant. Alors fais pareil."

Mon ton était sans appel. Peut-être trop froid. J'aurais probablement dû être plus doux et plus conciliant. Mais ce n'était pas vraiment moi. Pourquoi je l'aidais ? Aucune idée. Parce que je le pouvais, certainement. Et parce que je voulais ma revanche. Et parce que s'il y avait une chance qu'effectivement Angela change les choses en se portant volontaire… Pourquoi pas ?! Je suis resté pensif un moment, jusqu'à ce que le ciel ait perdu de son orange, se remplaçant par un bleu foncé qui serait bientôt noir.

"C'est ta vie. Ta condition. Des gens meurent tous les jours, de cause naturelle, maladie ou autre… C'est comme ça, il faut l'accepter, c'est tout. Tu as un frère. Des parents, une maison. Un nom qui t'appartient. Et tu auras toujours ça quand tu seras Candidate." J'ai tourné la tête vers elle en levant un bras. "Ce que tu es déjà, par ailleurs, c'est juste une extrapolation nominative pour confirmer l'état Positif sans l'être." J'ai baissé la tête pour prendre le café entre mes doigts et j'ai posé une main au sol. "Si tu ne le fais pas pour toi parce que ta vie ne t'importe plus, songe une seconde à ceux pour qui tu comptes et qui sont prêts à tout pour ne pas te perdre. Même à me tirer dessus."

Et je me suis levé en tournant les talons. J'étais dur, je le savais. Mais je n'arrivais pas à m'en empêcher. Je me savais injuste mais je n'arrivais pas à réagir différemment. Je demeurais toujours en colère, mais pas contre elle. Contre le monde entier. Un jour, ça devrait cesser. Mais pas aujourd'hui.


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Angela Foster
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- En diamant ? Je suis fauchée comme les blés et c’est à moi que tu dis ça ? Tu n’as pas peur que je profite de ton sommeil pour te piquer un bras ou une jambe ? Vu que tu sens rien…

Je lui adressai un franc sourire. La vache, c’était probablement mon premier vrai sourire de toute la journée, ça faisait du bien. Mais ce sourire ne perdura pas bien longtemps. Il disparut dès que Garin reprit la parole. Je l’écoutai, la tête baissée. Et plus il parlait, plus je sentais mon expression se durcir. Alors c’était ça ? Juste ça ? Un prêté pour un rendu ? Et pan Angie, prend toi ça dans la tronche. J’avais espéré que ce serait plus que ça. J’avais espéré qu’il m’appréciait, ne serait-ce qu’un petit peu, juste assez pour tenir à moi. Pas plus. Mais il avait le mérite d’être clair, et franc. Je savais à quoi m’en tenir maintenant. J’ai relevé la tête, le regard vide, l’expression neutre. Je n’étais pas déçue, je n’allais pas le lui montrer, j’étais plus forte que ça.

Je laissai le silence s’installer, je n’avais aucune envie de reprendre la parole. Je crois qu’on s’était tout dit. Pour ce soir. Sur ce sujet. Je n’ai même pas tourné la tête vers lui lorsqu’il s’est levé, je n’ai rien ajouté de plus, je l’ai juste laissé partir. Alors qu’il me parlait de David, je ressenti comme un pincement au cœur. Mon frère… c’était, avec Tom, la personne qui comptait le plus pour moi. J’avais besoin de lui parler, d’entendre sa voix.

Je sortis mon téléphone de ma poche et l’appelai. Je pris alors le temps de tout lui expliquer : les chinois, l’anomalie génétique, le projet qu’ils avaient de m’exposer à Yu en espérant que ça me guérisse, les risques que j’encourais, les possibilités que ça pouvait m’offrir, le fait que Garin n’était pas au courant de tout ça quand il m’avait demandé de venir avec lui. David m’écouta sans un mot tandis que je vidais mon sac. Je le sentais tendu, je savais qu’il s’inquiétait. Je m’attendais à ce qu’il se mette en colère, qu’il ne veuille même pas entendre parler de cette solution, mais il n’en fit rien. Je crois qu’il me comprenait. Il m’avait toujours compris mieux que personne. Il se contenta de me dire que, quelque soit ma décision, il serait toujours là pour moi, que ça ne changerait rien. Il ajouta qu’il ne voulait pas me perdre, mais qu’il ne voulait pas non plus que je survive si je devais en souffrir.

Lorsque je raccrochai, j’étais au bord des larmes. David était le frère dont toute fille pourrait rêver. A bien y réfléchir, il pouvait même être le copain dont toute femme pourrait rêver. Mais c’était mon frère, peut-être n’étais-je pas assez objective. Quoiqu’il en soit, pendant quelques minutes, je ressassai ce qu’il venait de me dire. Je me disais que je lui avais déjà assez gâché la vie comme ça. Et si la tentative échouait ? Et si je me retrouvais plus mal encore que maintenant ? Et si je devenais un fardeau pour lui ? C’était une idée que je ne pouvais pas supporter. Et en même temps, si je ne faisais rien, je crois que je regretterais cette opportunité toute ma vie (enfin, le temps qu’il me restait à vivre).

Je restai sur cette plage jusqu’à ce que la moindre couleur ait disparue. Petit à petit, mais pensées avaient suivi leur cours. Elles s’étaient ramenées sur Garin et son pouvoir. Il avait piqué ma curiosité avec ses explications, et je n’aimais me retrouver face à une énigme. Surtout pas lorsqu’il s’agissait de sciences ! Je finis par me relever, emportant ma tasse avec moi, et retournai jusqu’à la maison.

- Garin, j’ai réfléchi un peu à cette histoire de carbone. C’est pas illogique, en fait, que les sédiments du sol t’aient aidé à cicatriser. Il y a du carbone dans les sédiments, et ton corps a probablement récupéré celui qu’ils contenaient pour compenser ce qu’il avait perdu.

Je haussai les épaules, c’était une hypothèse comme une autre. Et ce n’était pas la seule que j’avais.

- J’ai une petite idée aussi sur le pourquoi tu ne ressens plus rien.
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Garin DeLyons
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Elle pouvait m’en vouloir, ça m’était égal. Et ça m’était égal pour plein de raisons. La première : notre présence ici. N’allez pas croire que je jouais les chevaliers servants, les princes voleurs avec plus bonté au compteur que de crimes. Ce n’était pas moi, non. Mais si tout dégringolait, il était plus facile pour moi d’être détesté, comme d’habitude, qu’être la cause d’une déception. J’étais content qu’elle me laisse partir, j’avais moi aussi besoin d’être seul. Je n’avais juste personne à appeler. J’aurais voulu que Gen soit là pour discuter. Ou Annie pour l’écouter me raconter sa journée. Elles me manquaient toutes les deux. Ma vie à Libération me manquait. Ma caravane, Eve… J’avais réussi à avoir une certaine stabilité, voilà ce qui me manquait le plus.

En rentrant dans la maison, j’ai pris une nouvelle douche avant de me laisser tomber sur le lit en allumant la tête. Un bras sous la nuque pour me redresser, je grignotais des biscuits que j’avais achetés à l'aéroport quand elle est revenue. Je l’ai suivie du regard, passant devant la télé - un espèce de vieux truc, je ne saurais même pas vous le détailler, il y’a fait un éclat noir dans un coin de l’écran. Ah, et maintenant, j’étais donc la curiosité génétique… La bouche entrouverte, j’ai joué avec ma langue derrière une dent. Je ne savais pas si je devais la prendre au sérieux, me sentir flatté qu’elle se réveille enfin ou bien fatigué qu’elle doive être concernée pour comprendre la gravité de la chose.

« On sait ça, la question qu’on se pose, c’est comment mon pouvoir m’a ramené à la vie, ou du moins, m’a empêché de mourir. Ou un truc comme ça. Ecoute, c’est pas important, ne te force pas à réfléchir, ils sont déjà sur le coup. » J’ai inspiré profondément et je me suis redressé en roulant des yeux. « Angela, je n’ai pas dit que je ne sentais plus rien. Tu voudrais m'arracher un bras, tu serais morte avant de finir parce que je t’aurais éclatée la tronche contre le mur. Je suis pas insensible, je ressens la douleur. Je ne ressens presque plus rien, en terme de toucher, seulement. Ma peau est si hermétique que tu pourrais me balancer de l’eau gelée, je te dirais que ça picote parce que j’aime pas l’eau. » J’ai levé une main et j’ai secoué la tête, las. « Je ne sens pas ta main quand tu me touches. Je sais qu’elle est là parce que y a un truc. Mais… C’est tout. Et ça me dérange, mais j’apprendrai à faire avec. Comme d’habitude. S’il te plaît, ne cherche pas… A comprendre tout ça, c’est suffisamment déprimant comme ça et j’aime pas déprimer, ça me rend grognon. »

Je l’ai dévisagée une seconde et j’ai fini par demander.

« Qu’est-ce que tu vas faire, alors ? »


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Angela Foster
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Okayy… Je voulais juste l’aider à comprendre ce qu’il se passait, le fait qu’il ne sente plus quand on le touchait. Juste parce que je savais qu’il se posait des questions, je me doutais qu’il n’aimait pas ça. Juste parce que je m’étais fait la promesse de l’aider quoiqu’il arrive et que j’étais incapable de la trahir.

Je gardai le silence tandis qu’il me débitait son petit discours d’un air las. Je n’étais pas en colère, juste déçue, une fois de plus. Et exténuée aussi. Depuis ce matin, il changeait sans arrêt d’humeur. Un coup je m’en prenais plein la tronche, le coup d’après, il m’expliquait les choses et me parlait calmement et hop, quelques temps plus tard, je me faisais à nouveau renvoyer sur les roses. Et vous savez quoi, je commençais à en avoir marre de ses sautes d’humeur. Je ne savais plus où j’en étais, si je voulais réellement faire confiance aux chinois ou non. J’avais peur de ce qui pourrait arriver si j’acceptais, de ce qui arriverait si je n’acceptais pas. J’étais angoissée, stressée, je n’avais pas en plus besoin qu’il me repousse de la sorte.

Alors quand il a posé sa question, je me suis contentée de le toiser d’abord. Mais sans mépris, c’était juste, de la lassitude. Alors quoi ? Ca l’intéressait maintenant ? Et une fois que j’aurais fini de parler, qu’est-ce que j’allais me prendre dans la figure ? Une de ces phrases cinglantes dont il avait le secret ou bien quelque chose de gentil et compatissant ?

- En premier lieu, remballer ma théorie et la « peut-être » solution qui va avec, puisque ça ne t’intéresse pas et qu’il est inutile que je me creuse la tête. Et puis je vais aller prendre une douche et me coucher. Satisfait ?

Je n’attendis pas sa réponse. Je savais pertinemment que ce n’était pas de ça qu’il me parlait. Je répondais sciemment à côté de la plaque. J’étais fatiguée, et je n’avais pas envie d’entendre ses reproches parce que j’aurais choisi l’une ou l’autre des options qui s’offraient à moi. Parce qu’à force de l’entendre parler, j’avais fini par avoir le sentiment que, quelque soit le choix que je ferais, il ne serait pas content.

Je me penchai au dessus de ma valise et m’emparai d’un débardeur propre dont je me servais comme pyjama parce qu’il était devenu trop court pour le porter au quotidien.
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Garin DeLyons
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Je crois que quand on est proche de quelqu’un, on en perd toute son objectivité. Pour moi, Angela était belle et bien vivante. Alors, je ne supportais pas de la voir… traîner les pieds d’une certaine façon et se dire condamner, sans aimer qu’on lui rappelle. Je la provoquais, sciemment, dans l’espoir de la voire renforcer, mais pour de vrai. Elle allait avoir besoin de plus de force qu’elle ne faisait semblant d’en montrer si elle voulait affronter Yu. Alors non, je n’étais toujours pas satisfait. Il me manquait quelque chose. Je ne savais juste pas quoi. Quelque chose ne collait pas. Comme s’il lui manquait un truc pour être une vraie Candidate, quelque chose… pour le mériter.

Ma condition m’offrait bien du souci, oui, mais je ne mentais pas quand je disais que j’aurais refait la même erreur quand j’avais 18 ans. Signer ce contrat… Tout ça me rendait dingue, j’avais la tête qui brûlait, il faisait chaud, j’avais des perles de sueur sur les tempes, et j’étais fatigué, accompagné par la douleur dans mon bras. Alors quand elle est partie à sa douche, je n’ai même pas répondu. J’ai roulé des yeux et me suis laissé retomber sur le lit pour regarder la télé.

Je n’avais pas envie qu’elle me trouve des solutions. Ca voudrait dire que je lui devrais encore quelque chose. Je détestais devoir quoi que ce soit, à qui que ce soit. Encore plus à elle. Quand elle est enfin sortie de la salle de bain, je l’ai à nouveau suivie du regard et je lui ai tendu un biscuit.

« Et donc, tu vas faire quoi ? »

« C’est une bonne question. »

J’ai sursauté en entendant la voix sur le pas de la porte et je me suis redressé en manquant de m’étouffer dans mon biscuit. Il était là à me regarder avec un demi sourire. Il s’est épaulé contre l’encadrement de la porte et il a regardé Angela avec un air confiant.

« Les tests ont été concluants, on va pouvoir préparer la salle pour demain matin. Je viens vous chercher vers 9h. Ne mangez rien en attendant, ça vous évitera d’être malade. Enfin… Vous voyez ce que je veux dire. »

J’ai froncé les sourcils. Etait-ce juste moi ou…

« Et qu’en est-il pour moi ? »
« Ils n’ont pas fini les tests. »
« Comment ça, pas finis les tests ? Une prise de sang, une radio, roulez jeunesse, je vais bien, on en parle plus, je rentre chez moi. »
« Il y a une anomalie. Dans ton sang. »
« Quoi ? Qu’est-ce que ça– »
« Je ne peux pas t’en dire plus, Garin. Nous avons besoin d’étudier ça encore avant d’être sûrs de ce que nous avançons. Demain. Ils doivent d’abord tout préparer pour Angela. »
"Mais..."

Il a reporté son attention sur elle et lui a souri. Non...

« Je viens vous chercher demain matin, alors, d’accord ? »

J’ai tourné la tête vers Angela et j’ai haussé les sourcils.


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Angela Foster
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Prendre cette douche était la chose la plus agréable que j’ai pu faire dans cette journée. Aussi en profitai-je, longtemps. Le menton relevé, je sentais l’eau frapper mon front et ruisseler sur mes joues. J’en ressortis bien plus zen que lorsque je m’étais glissée sous le jet d’eau. Plus zen, et aussi plus sûre de moi. J’avais pas mal oscillée entre le oui et le non durant l’après midi. C’était Garin qui m’avait fait hésiter, tout ce qu’il me disait, sa façon qu’il avait de me faire comprendre qu’il ne fallait pas que j’accepte, et en même temps qu’il ne fallait pas que je laisse passer cette occasion.

Vous savez ce que je crois ? Il avait beau être révolté, horrifié presque, quand les chinois avaient enfin joué carte sur table, expliquant qu’ils souhaitaient m’exposer à Yu, je crois qu’au fond de lui, il savait déjà. Ne m’avait-il pas dit que ces chinois étaient des spécialistes de Yu ? Alors comment espérait-il qu’ils allaient me soigner autrement qu’en utilisant Yu ?

Je rejoignis Garin en me frottant les cheveux pour les sécher un peu. Il n’avait pas tort quand il disait que j’étais butée. Je n’avais pas la moindre intention de me prendre la tête avec lui alors je l’ignorai. Je ne jetai même pas un regard au biscuit qu’il me tendait tandis que je déboutonnais mon short pour me coucher. Sauf que l’ignorer, s’il se mettait à parler, c’était plus difficile. Je ne daignai même pas me tourner vers lui et m’apprêtai à lui répondre quelque chose du genre « Je t’ai donné mon programme tout à l’heure. J’en suis à l’étape 3, me coucher, tu te rappelles ? » lorsque j’entendis une voix qui n’était pas censée être là. Je me retournai vivement en refermant mon short. Le collègue de Seung-Li était là, dans l’entrebâillement de la porte.

Je ne répondis rien à la déclaration du chinois, me contentant d’hocher la tête pour indiquer mon approbation. J’avais pris ma décision, la douche bien chaude m’avait permis de mettre mes idées au clair. Lorsque Garin reprit la parole, je fronçai les sourcils à mon tour. Comment ça, une anomalie dans son sang ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Qu’est-ce que ça impliquait ? Je jetai un regard en coin à Garin pour voir comment il prenait la nouvelle. Inutile de dire qu’il était… surpris, et pas franchement ravi d’apprendre ça. Mais bizarrement, le chinois semblait s’en moquer royalement. Il avait reporté son regard sur moi et me souriait, quêtant mon approbation encore une fois.

- D’accord. Mais puisque je me remets entre vos mains, j’aimerais que vous me promettiez trois choses auparavant.
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Garin DeLyons
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Le Chinois - je vais l’appeler comme ça, ça lui va bien - a croisé les bras sur sa poitrine en acquiesçant, à l’écoute. J’ai à nouveau roulé des yeux en me laissant retomber dans mon oreiller. J’ai jeté un oeil au Chinois, un autre à Angela, allant de l’un à l’autre.

Elle posait ses conditions, maintenant ? Voilà qui devenait intéressant. Y aurait-il plus de poitrine que ce débardeur ne voulait bien dévoiler ? Et il la laissait faire ? Quoi, sa présence, ma présence, les informations sur Abel ne suffisaient pas à payer ? Elle posait… Ses propres conditions maintenant. Mais il ne semblait pas être dérangé, au contraire. Est-ce que je m’étais trompé ? Est-ce qu’elle avait le choix ? Ca m’étonnait. Vraiment. Ces gars-là ne rigolaient pas, ces types… ne faisaient que ce qu’ils voulaient. Avais-je tort ?

J’ai froncé les sourcils d’autant plus, intrigués par ce que Angela allait demander et à quel point le Chinois allait accepter. En tout cas, il l’a incitée à poursuivre.

« Ce que vous voudrez. »

Pardon ?


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Angela Foster
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« Ce que vous voudrez ». Le chinois m’a encouragée à continuer. Parfait. Techniquement, je n’étais pas sûre d’être en position de pouvoir négocier quoique ce soit, vu que c’étaient eux qui m’aidaient. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils n’y allaient pas avec le dos de la cuillère, ils allaient essayer de me sauver la vie tout de même ! Mais quelque chose m’était revenu en mémoire, quelque chose qu’il avait dit. Je n’étais pas la première qu’ils aient essayé de soigner, seulement moi, j’avais quelque chose en plus. Quelque chose qu’ils ne retrouveraient peut-être pas aussi facilement : l’anomalie génétique qui permettrait à mon corps d’assimiler Yu sans que cela ne me tue. Et en ça, je me disais, peut-être à tort, qu’ils n’allaient pas me lâcher maintenant qu’ils m’avaient trouvée.

Le chinois s’en rendrait compte tout de suite, mes conditions ne seraient pas si difficiles à respecter, il leur suffirait juste d’un peu de bonne volonté. Je pris une profonde inspiration et croisai mes bras sur ma poitrine.

- Tout d’abord, quoiqu’il m’arrive, que tout ça réussisse ou non, je veux que ça serve à la recherche contre le cancer. Si ça doit rater, je veux que vous appreniez de votre erreur. Si on contraire ça fonctionne, vous devrez utiliser cela correctement. Vous devrez faire votre possible pour lutter contre cette saloperie. Je veux également que les personnes à qui vous proposerez cela, sachent précisément à quoi s’attendre, qu’elles connaissent les risques qu’elles encourent, qu’elles sachent que ça pourrait être pire qu’avant.

Ca, c’était ma première condition, celle qui me tenait le plus à cœur, et celle qui m’avait finalement décidée une bonne fois pour toute. Finalement, mon désir d’aider les autres avait réussi à surpasser ma peur.

- Deuxièmement, si toutefois cela devait mal tourner, autant imaginer le pire, on ne sait jamais, je suis donneuse d’organes. Mais ils ne devront servir qu’à des gens qui en ont véritablement besoin. De préférence des personnes qui n’auraient pas les moyens de se payer une greffe et qui, par conséquent, risqueraient de perdre la vie à cause de ça. Et vous rapatrierez mon corps à mon frère, à vos frais.

Autrement dit, si je venais à mourir sur votre pu*** de table, ne faites pas n’importe quoi avec mes restes.

- Quand à la troisième choses…

Je jetai un regard à Garin et entrainai le chinois hors de portée de voix.

- Vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour l’aider. Vous répondrez à ses questions, vous l’aiderez à comprendre ce qui lui est arrivé. Vous l’aiderez à trouver une solution pour essayer de lui rendre une vie un peu meilleure, je sais que son pouvoir ne lui laisse pas tellement de répit. Ou du moins, c’était le cas avant qu’il ne… meure. Vous ne prendrez pas de repos tant que vous n’aurez pas trouvé. Et vous répondrez présent à chaque fois qu’il vous sollicitera, sans rien lui demander en retour.

Je plongeai mon regard dans celui du chinois et ne cillai pas.

- Promettez-moi tout ça. Promettez-moi de respecter ces conditions. Sinon, c’est inutile de venir me chercher demain. Et il n’est bien sûr pas nécessaire de vous dire que je tiens à ce que vous respectiez ces promesses. Faute de quoi, vous seriez un homme sans le moindre honneur.
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Garin DeLyons
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Regardez-moi ça… Le héros du jour ! Le Chinois a haussé les sourcils à la première condition. Et moi aussi, d’ailleurs. Il a levé une main de son bras.

« Nous avons déjà discuté de ça ce matin, Mademoiselle. Ce n’est pas une condition. C’est un fait. Si nous n’avons rien dit, c’est parce que nous pensions que votre ami l’avait déjà fait. Vous avez mise en garde. »

J’ai tourné les yeux vers Angela pour sa seconde condition puis vers lui, impatient de connaître sa réponse.

« Angela, vous ne mourrez pas. Ca n’a jamais été une option. La question est plutôt de savoir si cela va marcher comme nous l’espérons. Mais nous mourrez pas demain. Pas à cause de nous. »

Je n’avais pas pensé à dire les choses comme ça, tiens… Mais pour la troisième condition, j’ai retenu ma respiration. Qu’est-ce qu’elle faisait, là ? Je l’ai laissée sortir avec le Chinois mais ne me demandez pas pourquoi. Ca n’aurait servi à rien que je me lève, que je m’insurge… Je me suis contenté de soupirer en regardant le plafond.

A l'extérieur, le Chinois a froncé les sourcils, curieux. Et plus elle parlait, plus il souriait. Quand elle a eu fini, il a planté son regard sombre dans le sien.

« Il ne vous a rien dit ? Vous n’êtes pas en mesure de poser vos règles, ici. Il le sait. Si vous êtes ici, ce n’est pas grâce à lui. Et vous croyez que nous ne faisons rien pour lui ? Qu’il n’est qu’un numéro pour nous ? Quelque chose ne va pas avec lui et nous ne dirons rien tant que nous ne saurons pas précisément de quoi il s’agit, nous ne parlons pas pour ne rien dire, Mademoiselle Angela. Mais je peux vous dire une chose… Il est en bien meilleure santé qu’il ne l’a jamais été. Vos conditions… Ne sont pas des conditions. Vous enfoncez des portes ouvertes. Garin n’est pas un prisonnier, ni un cobaye. C’est un volontaire. Comme vous. » Mais il n’a jamais cessé de lui sourire. Si ça l’amusait, il n’en riait pourtant pas. Il a finalement acquiescé. Il a posé sa main sur son épaule et l’a frictionnée quelque peu comme pour la rassurer.

« Vous devriez vous reposer, maintenant. La journée sera longue demain. Pour tous les deux. »

Et il a tourné les talons. N’y tenant plus, je me suis levé et me suis arrêté à la porte pour regarder Angela et le Chinois s’éloigner, ignorant à présent Angela.

« Qu’est-ce qu’il a dit ? Tu sais quoi, oublie ce que j'ai dit... T'es vraiment suicidaire... »


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Angela Foster
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J’ai écouté le Chinois bien attentivement tandis qu’il répondait à chacune de mes exigences. J’imaginais que j’avais le choix, j’imaginais qu’ils avaient besoin de moi. Mais la réponse qu’il me fit me laissa sans voix. Manifestement, je m’étais trompée. Et, en même temps que j’en arrivais à cette conclusion, je sentis comme un goût amer emplir ma bouche.

- Comment ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi je suis là alors, si ça ne vient pas de lui ?

Mais le Chinois avait déjà tourné les talons et il s’éloignait maintenant, sans même me répondre. Je ne sais pas d’où cette impression est venue, mais je me sentais comme prise au piège. Comme si, dorénavant, je ne pouvais plus reculer. Je le suivis des yeux, fronçant les sourcils. J’avais l’impression d’avancer inexorablement vers quelque chose sur lequel je n’aurais aucun contrôle et je n’aimais pas ça. Je n’aimais pas  cette sensation qu’on me refuserait le droit de dire non au dernier moment.

Je ne me tournai même pas vers Garin, lorsqu’il me rejoignit dehors, gardant les yeux fixés sur l’endroit où le Chinois venait de disparaitre.

- Que je n’étais pas en mesure de fixer mes règles, que tu le savais déjà, et que tu étais en meilleure santé que jamais. Il a dit aussi que ce n’était pas grâce à toi si j’étais là…

A la réflexion de Garin, je me retournai brusquement pour lui faire face. Je sentis la moutarde me monter au nez, m’efforçai de me contrôler, mais n’y parvins pas tellement.

- M** Garin, qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi ? Ce matin, il était hors de question que tu entendes parler de cette option. Cet après-midi, tu me démontres à quel point c’est risqué mais tu insistes sur le fait que ça peut marcher et que tu serais prêt à recommencer si c’était toi, et maintenant tu me traites de suicidaires ? Tu sais quoi ?

Je croisai les bras et le toisai de toute ma hauteur. Heureusement pour moi, il n’était pas tellement plus grand que moi.

- Je suis épuisée, et morte de trouille, je n’ai pas besoin, en plus, d’entendre tes reproches à peine voilés. Et j’en ai plus que ras le bol de tes changements d’humeurs, t’es pire qu’une femme qui a ses règles. Même moi je ne suis pas à ce point là. La dernière chose dont j’ai envie ce soir, c’est que tu me prennes la tête ! Tu n’aimes pas les sujets déprimants parce que ça te rend grognon ? Fort bien, alors trouve un sujet marrant ou ferme-là !

Je le plantai sur le seuil de la porte, me débarrassai de mon short et me glissai dans mon lit. Etape 3 de mon programme effectuée.
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Garin DeLyons
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Et j’avais des sautes d’humeur, hein ? J’ai roulé des yeux en levant les mains alors qu’elle me passait à côté. Cette fille… Etait insupportable. Et elle ne cessait de bouger. Je n’étais pas sûr d’avoir envie de lui dire toute la vérité. Pas ce soir. J’avais fait des erreurs, j’aurais dû comprendre, j’aurais dû deviner et je ne l’aurais pas amenée ici. Ou est-ce que je l’aurais fait ? Je n’étais pas sans coeur, je n’avais aucun intérêt à la vendre ainsi. Mais quelque chose me disait que si elle y allait comme ça, cela ne ferait qu’empirer les choses.

Je suis rentré et j’ai éteint la télé et je me suis laissé tomber sur le bord de mon lit dans un profond soupir. Je me suis frotté le visage. J’aurais préféré qu’elle me déteste simplement, ça aurait été plus simple.

« J’ai compris cet après-midi, seulement, qu’ils ne te laisseraient pas partir… Et je n’ai compris que ce matin ce qu’ils avaient en tête, je pensais que j’avais ce qu’ils voulaient, mais ce qu’ils voulaient, c’était toi. Moi, ils m’ont déjà, ils n’ont pas besoin. S’ils font des tests sur moi, c’est parce que quelque chose chez moi guérit d’une manière qu’ils n’ont jamais étudiée. Il n’a jamais été question de bonté d’âme. Ils n’en sont juste pas capables, ce n’est pas rentable pour eux. Ta première condition, c’est tout simplement la raison pour laquelle tu es là. Deuxièmement, non, il n’a jamais été question que tu meures à cause d’eux. Je n’ai jamais parlé de ça. Donc quoi qu’il se passe dans ta tête… Tu ne mourras pas demain. Enfin… »

Quand bien même elle avait le dos tourné, j’ai penché la tête en fronçant les sourcils, quelque chose n’était vraiment pas clair chez cette nana.

« Qu’est-ce qui t’a fait penser une seule seconde que tu pouvais les dominer, d’une manière ou d’une autre. Ce sont des Chinois, Angie ! Tu t’attends à quoi, à signer un papier ?! Quant à ta dernière condition, si elle me concernait… Pourquoi tu continues à faire ça ? »

J’aurais pu la laisser dormir. Et dormir moi-même. Mais il fallait que quelqu’un fasse taire cette fichue rebelle dans sa tête avant le lendemain...


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Angela Foster
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Le problème, c’est que sur ce coup-là, Garin était un peu comme moi. Lui demander de se taire, c’était comme demander à un chat de ne pas jouer avec un fil alors qu’on l’agite sous son nez. Alors forcément, il n’est resté silencieux que le temps qu’il rentre dans la pièce, et puis il s’est remis à parler.

Je soupirai d’agacement. « Trouve quelque chose de marrant ou ferme-là », c’était pourtant clair non ? Qu’est-ce qu’il ne comprenait pas là-dedans ? Parce qu’à l’entendre soupirer comme ça, c’était évident qu’il n’allait pas changer de sujet. Quand il se mit à parler, je me tournai légèrement vers lui, de façon à pouvoir le voir au-dessus de mon épaule.

- Attends, Garin, ne me dis pas que t’es naïf à ce point ? Ce sont des spécialistes de Yu, tu le savais, c’est ce que tu m’as dit pour me convaincre de venir. Tu croyais qu’ils allaient me soigner comment ? Bon sang ! Ils ne t’ont demandé que mon ADN, n’est-ce pas ? A aucune seconde il ne t’es venu à l’idée que même le meilleur spécialiste du monde aurait eu besoin de voir une image de mon cerveau avant de te dire si oui ou non il pouvait faire quelque chose ?

Je l’avoue, j’y allais peut-être un peu fort, je n’avais moi-même, pas vraiment fait le rapprochement au départ. Enfin… si, je l’avais imaginé l’espace d’une seconde, mais j’avais tout de suite refoulé cette hypothèse, je ne savais pas que je possédais l’anomalie.

Et puis, il se mit à analyser mes conditions. Je soupirai une nouvelle fois et me remis dans ma position initiale.

- Garin, je te rappelle que j’étais là quand le Chinois a répondu à tout ça. Mes oreilles fonctionnent encore très bien.

Et puis il me posa sa question.

- Continue à faire quoi ? Garin, qu’est-ce qui te fais croire que ma troisième condition était en rapport avec toi. Tout ne tourne pas autour de toi ! Il ne t’est jamais venu à l’idée qu’il pourrait y avoir des choses dont je ne voudrais pas parler devant toi ?

Oui, bon, ok, ça avait carrément rapport avec lui en fait. Mais quelque chose me disait qu’il ne valait mieux pas qu’il le sache ?

- Et maintenant, laisse-moi dormir. Le Chinois a dit que la journée serait longue demain. Pour toi, comme pour moi.

Comme si je pouvais dormir…
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Garin DeLyons
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"Ah oui ?! Alors, il t'a dit que j'allais très bien à toi, mais à moi qu'il fallait encore faire des analyses mais BIEN SÛR QUE NON, ce que tu lui as dit 'en secret' n'avait rien à voir avec moi ! Tu te fous vraiment de la gueule du monde quand tu t'y mets ! Et OUI, j'ai cru que je possédais suffisamment de choses contre eux, des choses qui n'ont absolument aucun rapport avec toi, et OUI il m'arrive d'être quelque peu optimiste ! Pas comme d'autres ! Tu…" J'ai levé les mains, cette fois, elle m'énervait pour de bon, en plus. "Tu sais quoi ? Tu as raison. Bonne nuit."

Et je me suis relevé brusquement pour sortir à nouveau. Le tout, en claquant la porte, bien sûr. C'était toujours jouissif et ça me faisait du bien. Il faisait trop chaud dans cette pièce et je n'étais pas ici pour rester enfermé. Tant que je le pouvais, je voulais profiter de l'extérieur et du ciel clair.

Je ne suis pas rentré de la nuit. Je me suis finalement endormi sur une chaise devant la maison. J'aurais pu avoir froid mais je sentais tout juste le changement de température. Au contraire, j'étais juste comme il fallait. C'est le jour qui m'a réveillé. J'avais mal partout, dans le dos, les reins, la nuque… Un gamin me fixait, sûrement depuis un moment maintenant, et il a détalé comme un lapin en me voyant ouvrir les yeux. Je me suis redressé en inspirant profondément et je me suis frotté le visage avant de sentir quelque chose de gênant dans mon bras. J'ai baissé les yeux sur le bandage et je l'ai doucement retiré pour voir la petite plaie dessous. De là à dire qu'il n'y avait plus rien, c'était un gouffre. Mais la cicatrice se formait, de la même manière que mon poignet, ma cuisse ou même mon abdomen. Elle brillait en petites étincelles selon la lumière qui se reflétait. J'ai passé ma main dessus pour retirer tout le sable et j'ai senti quelque chose de plus dur au niveau de la plaie, comme si ça s'était renforcé à ce niveau là, comblant l'épiderme par du sable… ou un truc du genre.

Quand le Chinois est venu chercher Angela, j'étais déjà sur le pont avec les scientifiques qui observaient mes cicatrices sous toutes les coutures. Ils n'avaient toujours pas compris ce qui se passait dans mon sang et j'ignorais encore ce qu'ils avaient découvert sur les radios mais je les ai laissés faire. Mais quand j'ai entendu dire que Angela était prête, j'ai demandé à y assister. Je suis rentré dans la petite pièce adjacente pour regarder le Chinois parler à Angela à travers la vitre.

La pièce était totalement vide, sûrement pour éviter qu'elle se blesse si quelque chose devait arriver comme… Vous savez… un aimant à métaux ou de la télékinésie pas contrôlée. Ce genre d'accidents. Elle était donc debout au milieu de la pièce et il lui plaçait des électrodes sur les tempes.

"Si vous en avez la possibilité, dites-nous ce que vous ressentez au fur et à mesure. Nous allons contrôler l'évolution dans votre cerveau afin d'obtenir une image de ce qui se passe et de comment fonctionne l'agent."

J'étais allongé sur une table. Je m'en souvenais comme si c'était hier et j'ai dégluti. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait, je pensais à un sérum du genre Captain America mais aussi un truc style Hulk. Je pensais que ça me rendrait plus fort, plus… Je trouvais ça cool. Je m'imaginais comme le prochain Iron Man de Megalopolis. Je croyais que j'allais faire de grandes choses.

"Je sais que ce que je vais vous demander est très difficile, mais vous devez rester calme et tranquille pour éviter une réaction inattendue. Yu se défend lui-même contre son hôte si celui-ci résiste."

Et j'ai résisté… Si fort. Personne ne peut rester calme à cet instant.

"Je ne peux rien vous donner pour vous apaiser, cela pourrait altérer l'expérience mais je vais vous dire ceci : tout ira bien. Je vous le promets. Si vous avez besoin de quelque chose, c'est maintenant ou jamais. Tout sera différent pour vous, après."

Je me souviens d'une femme pendant mon exposition. Elle s'était voulue aussi rassurante que lui. Je l'ai crue parce qu'elle était jolie et j'espérais avoir à faire à elle si mon pouvoir déconnait. C'est ce qui s'est produit mais elle n'a pas été mon médecin référent. Ils devaient avoir trop peur que j'abîme son joli visage, j'étais trop imprévisible dans mes mouvements quand j'étais inconscient. Il a posé sa main sur son bras pour lui serrer doucement.

"Prête ?"


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Angela Foster
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J’eus beaucoup de mal à m’endormir. Je n’arrêtais pas de me tourner et de me retourner dans mon lit. J’étais en colère contre Garin. Pourquoi réagissait-il de cette manière à tout ce que je faisais ou disais ? J’avais l’impression que quoique je fasse, cela ne lui plaisait jamais. Et il ne se cachait pas pour me le dire. Pourquoi ne comprenait-il par que la dernière chose dont j’avais besoin c’était de l’entendre me faire des reproches ? J’étais inquiète, à cran, il le savait, je le lui avais déjà dit. J’avais besoin qu’il me rassure, ou qu’il m’aide à penser à autre chose. J’avais besoin qu’il me soutienne, il était la seule personne que je connaissais ici. Mais non, c’était comme si tout cela le laissait particulièrement indifférent. Il se comportait comme… un abruti de première, voilà le mot. Il me cherchait, et il me trouvait systématiquement. En temps normal, j’étais déjà incapable de ne pas répondre alors imaginez ce soir où j’étais sur les nerfs !

Je finis néanmoins par m’endormir, mais ce fut pour sombrer dans un sommeil agité, peuplé de cauchemars. Je me réveillai plusieurs fois en sursaut durant la nuit. Au troisième cauchemar, je ne parvins pas à me rendormir. Je repoussai ma couverture et me levai. J’étais couverte de sueur, j’avais besoin de prendre l’air. Alors que je jetai un coup d’œil au lit vide de Garin en passant à côté, j’eux comme un pincement au cœur. Il n’était toujours pas rentré. Peut-être avais-je été trop loin cette fois ?

Je sortis de la maison et pris une grande bouffée d’air en fermant les yeux. Ce ne fut qu’en les ouvrant que je me rendis compte que Garin était là, endormi sur une chaise. Ca ne devait pas être très confortable, mais il dormait, profondément. Je soupirai et m’assis un instant sur les marches du perron, à quelques pas de lui. La question qu’il m’avait posée avant de partir comme une furie en claquant la porte me revint en mémoire. « Pourquoi tu continues à faire ça ? » J’avais préféré ne pas lui répondre sur le moment, consciente que ma réponse n’allait pas lui plaire. Elle ne me plaisait pas à moi non plus d’ailleurs, mais il était inutile de se voiler la face.

- Parce que je tiens à toi, espèce d’abruti. Et je me demande bien pourquoi…

Je jetai un œil à Garin pour vérifier qu’il dormait toujours et reportai mon regard sur l’horizon. Le soleil commençait à se lever.  Plus que quelques heures avant que le Chinois ne vienne me chercher, avant que ma vie ne bascule. Pour quelque chose de mieux ? Je l’espérais. Contrairement à ce que j’avais dit à Garin, j’avais vraiment envie que ça marche. J’étais plus calme désormais, et je me dis que ce serait peut-être une bonne idée de retourner me coucher, d’essayer de dormir encore un peu. Je me relevai, hésitai un peu et posai ma main sur la joue de Garin en passant à côté de lui. Il dormait toujours comme une souche, et il ne sentait plus vraiment quand on le touchait alors ça n’allait probablement pas le réveiller, pas vrai ? Et je retournai me coucher.

Lorsque le Chinois arriva, j’étais prête. Enfin, douchée et habillée quoi. Je le suivis sans un mot et le laissai me préparer pour la suite des événements. Il prit le temps de m’expliquer comment ils allaient procéder. Je l’écoutai sans l’interrompre, hochant la tête pour lui dire que j’avais bien compris. Son attitude se voulait rassurante, mais j’entendais encore son discours d’hier, la façon dont il avait répondu à mes conditions, la façon dont il m’avait asséné que de toutes façons, ce n’était pas moi qui posais les règles.

Et voilà le moment fatidique, la dernière question avant le lancement de l’exposition. Je relevai les yeux sur lui et plantai mon regard dans le sien. Je voulais avoir l’air assurée, déterminée.

- Oui

Mais il n’en était rien. Je crois que personne ne pourra jamais être réellement prêt à quelque chose comme ça. Je sentais ma vie sur le point de changer du tout au tout, j’avais hâte de voir le résultat, et peur, en même temps. Tout le monde a plus ou moins peur de l’inconnu n’est-ce pas ? Je suivis le chinois des yeux jusqu’à ce qu’il sorte de la pièce. Je m’assis contre le mur, attendant que ça commence, me demandant ce que j’allais ressentir. Le Chinois m’avait dit de leur expliquer, mais je ne savais pas si j’en serais capable. Je relevai la tête et croisai le regard de Garin. Pourquoi était-il là ? Pourquoi n’était-il pas en train de passer ses propres tests ? Je m’en voulais de ce que je lui avais dit hier soir, et quelque part, sa présence me rassurait, mais je n’avais pas envie qu’il assiste à ça.
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Garin DeLyons
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Si je pouvais, je me serais arraché les ongles. Le Chinois a posé une main rassurante sur la joue d'Angela et a acquiescé avant de la laisser seule. Il n'avait toujours fait que répondre aux ordres mais je savais qu'il n'était pas d'accord avec la moitié des choses. Il était le seul à réagir de cette façon, il était le seul à nous rassurer. Il m'était arrivé, une ou deux fois, de ne pas être seul et il agissait pareil avec les autres. Il avait quelque chose de différent. Pendant longtemps, j'ai cru à un Positif. Ou un Candidat. Qui mieux pour nous comprendre que quelqu'un comme nous, pas vrai ?

J'ai posé une main sur la vitre en m'approchant pour fixer Angela. On aurait pu dire ce qu'on voulait, faire n'importe quoi. Nous étions tous à notre place et nous avions tous voulu que cela arrive. Parce que je voulais qu'elle vive, parce qu'elle voulait survivre et parce qu'ils voulaient apprendre. Nous trouvions tous notre compte dans cette situation, quoi que nous disions. Mais j'essayais de garder ma raison hors de l'eau. J'étais tellement partagé, je ne savais quoi en penser. C'était une aubaine pour elle mais une malédiction à long terme. Bien sûr qu'ils avaient tout prévu pour qu'elle repasse la frontière et ils ne la lâcheraient plus jamais, elle serait des leurs, maintenant, comme moi. Mais en vie.

Le Chinois a posé une main sur mon épaule pour me faire reculer de la vitre. J'ai reculé d'un pas et j'ai levé les yeux sur lui.

"Il faut que j'aille avec elle."
"Garin…"
J'ai tourné la tête vers lui.
"Je ne risque rien, pas vrai ?"
"On ne sait pas. Nous n'avons pas encore décidé de prendre le risque de surexposer un Candidat. Maintenant, reste tranquille."

Il a acquiescé à nouveau, sûrement pour me rassurer. J'ai entendu un bruit de sas et Angela était à présent véritablement seule dans la pièce. Les portes étaient scellées et plus personne ne pouvait entrer ni sortir. Ils ont commencé à s'activer sur leurs moniteurs. J'ai reporté mon regard intense sur Angela et j'ai dégluti. Je ne sais pas trop ce qui m'a pris. J'ai poussé un des Chinois pour appuyer sur un bouton et m'adresser à Angela.

"Tout ira bien, d'accord ? On sera rentrés pour Noël. Et le suivant, aussi. C'est promis."

Et je tenais toujours mes promesses, pas vrai ? On m'a fait reculer en me hurlant dessus et on m'a même montré la sortie mais je n'ai pas répliqué. Je suis resté là à fixer Angela, les yeux ronds. Je n'avais pas peur de l'expérience, en réalité. J'avais surtout peur de ce que cela impliquait pour elle, à long terme. Le Chinois m'a poussé jusqu'au coin de la pièce pour laisser les laborantins travailler. J'ai finalement tourné la tête pour les regarder faire, parler dans leur patois incompréhensible, montrer les vidéos, les radios qui prenaient des clichés toutes les secondes. J'ai retenu ma respiration lorsqu'ils ont activé le mécanisme sans s'arrêter de parler. Ils devaient sûrement donner les constantes au compte goutte, ce genre de choses.

Et puis, j'ai froncé les sourcils. Il ne se passait rien. Quand je vous dis rien, c'est rien. Et ça devait les étonner aussi car ils n'arrêtaient pas de montrer l'évolution sur les écrans tout en vérifiant Angela à travers la vitre. Le Chinois, s'il était Candidat, devait avoir le même souvenir que moi car il avait la même expression que moi sur son visage : l'incompréhension. Pourtant, la tache marquante de Yu est bien apparue sur les moniteurs et bientôt, les Chinois ont stoppée l'exposition. Ils ont continué d'étudier Angela et la réaction de Yu mais ses constantes étaient invariables, elle ne semblait - en apparence - absolument pas affectée par l'arrivée de Yu dans son organisme. J'ai fait un pas vers le Chinois qui n'a pas réagi à ma présence et nous avons tous les deux regardé Angela à travers la vitre. Est-ce qu'elle avait senti quelque chose ? Yu continuait son avancée et se localisait principalement dans sa tête, comme l'avait prévu Seung-Li.


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Butterfly Effect
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Angela, Yu a agi sur toi comme un bouclier protecteur autour de la tumeur. Cela ne signifie pas que celle-ci a été éliminée, ni opérée. Toujours présente, les symptômes seront toujours là mais les crises cessent à partir de maintenant. Le seul effet qu'Angela aura ressenti de l'expérience, ce sont des picotements à peine perceptibles, comme des fourmis dans les pieds à force de rester assis à par terre. Puis, au bout d'un moment, la pression sur la tumeur est assommante et tu sombres dans l'inconscience comme si on t'avait posé un masque à gaz anesthésiant.

Ton réveil se passe quelques heures après, dans la même pièce, mais tu es installée sur une sorte de lit, rattachée à plusieurs moniteurs qui vérifient tes signes vitaux en continu. Ton coeur ne s'est pas emballé, ta respiration ne s'est pas coupée, ton pouls ne s'est pas alarmé, tu t'es simplement… Endormie en te demandant à quel moment ça allait enfin commencer. A toi de décider à ton réveil comment tu te sens.

Seul Seung-Li est à tes côtés, de la même façon qu'il l'était au réveil de Garin la veille au matin. Et il te sourit, toujours.


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Angela Foster
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J’ai soutenu le regard de Garin quelques secondes avant de rompre le contact visuel. J’ai fermé les yeux, pris une profonde inspiration et appuyé ma tête contre le mur derrière moi. J’ai entendu le sas se refermer. J’étais seule maintenant, et personne n’allait entrer dans la pièce tant que l’exposition ne serait pas terminée. La voix de Garin m’a fait rouvrir les yeux et j’ai redressé la tête.

- J’y compte bien, je veux voir la tête que tu feras en ouvrant ton cadeau. Il est hors de question que David soit le seul à en profiter !

Je lui adressai un petit sourire et reposai ma tête contre le mur. Dire que j’étais enfin prête n’était pas l’exacte vérité, mais j’étais calme. Je m’efforçai de suivre les conseils du Chinois et je devais avouer que ce n’était pas si compliqué. Et puis, je me mis à attendre que ça commence. Je devrais forcément ressentir quelque chose une fois que je serais en contact avec Yu, non ? Alors j’ai attendu. Et attendu encore. Et rien. Tout juste quelques fourmillements, comme si mon corps protestait contre l’immobilité à laquelle je le forçais. J’aurais pensé qu’ils auraient commencé l’exposition tout de suite après que le Chinois soit sorti. Etait-ce le cas ?

Et puis, j’ai senti comme une profonde fatigue m’envahir. Ce n’était pas étonnant, après la nuit que je venais de passer. Le Chinois m’avait bien dit de me reposer, mais hey, j’avais fait ce que j’avais pu, seulement mon subconscient semblait en avoir décidé autrement. Je me suis sentie glisser, tout doucement.

Je me suis réveillée plus tard, comme on se réveille après une bonne nuit de sommeil. Une nuit sans cauchemar, juste un rêve étrange, dans lequel j’étais mariée à Garin et où il m’avait emmenée en Colombie pour que je devienne une candidate. Il y avait des chinois qui jouaient le rôle des médecins et qui me faisaient passer des sortes de tests. Vraiment bizarre comme rêve. Je me demandais ce que ça voulait dire. J’entendais un bip régulier. Bizarre, ça ne ressemblait pas à la sonnerie de mon réveil.

J’ai froncé les sourcils et ouverts les yeux pour les poser sur… Seung-Li. Et en un instant, tout me revint. Ce n’était pas un rêve, c’était la réalité. Je tournai la tête pour observer ce qu’il se passait. J’étais toujours dans la même pièce dans laquelle je m’étais endormie, mais j’étais allongée sur un lit cette fois. Et le bip régulier venait des appareils qui surveillaient ma respiration, mon rythme cardiaque, ce genre de choses.

Je reposai les yeux sur Seung-Li. Il me souriait. En même temps, il souriait quasiment tout le temps.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que c’est fini ? Ca a marché ?

Je ne me sentais pas tellement différente.
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Garin DeLyons
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Seung-Li a souri d'autant plus quand elle a ouvert les yeux sur lui.

"Ah, vous êtes enfin réveillée, jeune Angela !" Il a posé sa main sur son épaule pour la tapoter doucement. "Très bien passé. A la perfection ! C'est la première fois que tout se passe aussi bien, d'ailleurs. Comment vous sentez-vous, jeune fille ?"

On ne m'avait pas laissé rester avec elle. J'avais mes propres tests à passer. Seung-Li n'était pas encore revenu vers moi pour Abel mais je me suis dit qu'il attendrait le dernier moment. Je ne voulais pas qu'il croit que lui donner cette information était plus importante pour moi que le fait qu'il l'ait. A chaque fois que je demandais comment allait Angela, on me répondait qu'elle n'était toujours pas réveillée. Et je n'avais pas accès aux moniteurs. On m'avait doucement fait une fleur pour l'exposition, mais il ne fallait pas rêver. Je n'étais pas un des leurs. Personne n'était capable de dire si elle était sauvée ou non, pour le moment. Yu était en place, c'était un fait, mais personne ne savait encore à quels desseins.

Quand Angela s'est réveillée, j'avais terminé mes analyses et le Chinois traduisait pour moi ce qu'il en était ressorti. Mon pouvoir n'avait tout à fait agi comme je le pensais. Ce qu'ils avaient trouvé dans mon sang n'avait pas non plus à voir avec moi, ni ma composition. J'étais même un peu sous le choc, pour tout vous avouer.

"Vous devez avoir faim, je vous ai fait amener quelques fruits. C'est bon pour la santé et c'est frais ! Vous voulez une pomme ? Elles sont très bonnes et très juteuses !"

Dans certains cas, la mutation n'opérait que très tardivement. Dans d'autres, comme pour moi, elle était immédiate. Dans le cas d'Angie, elle a été immédiate mais ne s'est manifestée que tardivement… J'étais jaloux. En fait...


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Angela Foster
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La première fois que ça se passait aussi bien ? J’ai écarquillé les yeux, un peu étonnée. Comment c’était possible que ce soit la première fois ? Ils avaient déjà dû effectuer bien d’autres expériences de ce genre avant moi ! Qu’est-ce que j’avais de spécial ? Comment ça se faisait que ça se soit passé aussi bien pour moi et pas pour les autres. Je songeai à Garin l’espace d’une seconde. Sa mutation à lui ne s’était pas très bien déroulée d’après ce que j’avais compris. Comment réagirait-il en sachant que la mienne était passée comme une lettre à la poste ?

- Je me sens… bien, je crois.

Je me redressai pour m’asseoir et passais une main dans mes cheveux.

- Je me serais attendue à me sentir, je ne sais pas, différente, mais… j’ai l’impression que tout est comme avant. Comme si je m’étais simplement endormie. Est-ce que ça a fait disparaitre la tumeur ?

Je jetai un œil au plateau de fruits. C’est vrai que j’avais assez faim. En fait, je n’avais rien mangé depuis la veille. Le Chinois me l’avait déconseillé, pour m’éviter d’être malade. A la proposition de Seung-Li, je tendis la main pour attraper une pomme et croquai dedans à pleines dents. C’est vrai qu’elle était bonne !

- Où est Garin ?

Il était là lors de l’exposition, je l’avais vu à travers la vitre avant de m’endormir. Je l’avais entendu me promettre que nous serions de retour chez nous pour Noël. Je n’avais pas voulu qu’il assiste à ça, mais comme je ne l’avais dit à personne, il avait été là quand même. Alors, je m’étais attendue à ce qu’il soit là à mon réveil aussi. Mais il devait être en train de passer ses propres examens.

- Est-ce qu’il va bien ? Vous avez trouvé ce qui se passait avec son sang ?
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Garin DeLyons
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Bien sûr, Yu n'a pas fait son travail comme les Chinois l'espéraient. Du moins, il n'a pas agi comme ils avaient imaginé qu'il le ferait. Si Angela était sauvée, ce que l'on apprendrait plus tard, à la force des examens sur un plus long terme, on ne la pensait pas sortie d'affaire si vite. Seung-Li a secoué la tête.

"Non, votre tumeur est toujours présente. Mais il faut un peu plus de temps pour que l'on puisse comprendre ce qui vous arrive. Nous allons vous garder en observation un moment. Voici… Une radio de votre tête avant." Il lui a montré un cliché avant l'exposition, le genre qu'elle connaissait déjà par coeur. Et puis il lui en a montré un plus récent de quelques minutes à peine. "Et voici maintenant. Vous voyez cette couleur qui entoure cette tache sombre qui vous embarrasse depuis des années ? C'est Yu. Ce qu'il y fait, nous l'ignorons encore. Mais par sécurité, nous allons vous garder quelques jours et suivre son évolution." Il a reposé les clichés et s'est retourné vers elle pour répondre à ses questions.

"Votre ami va bien. Il n'a eu de cesse que de demander après vous. Il a clairement un problème avec l'autorité et la négation ce que, je vous avoue, parfois, je prends personnellement. Ce que nous avons trouvé, cependant, venant s'ajouter à votre… Coopération, si j'ose dire, est bien au-delà de nos espérances alors j'attends, avec impatience, sa réaction."

Il a tapoté son épaule et allait pour sortir mais il s'est retourné en levant un index.

"J'ai oublié de votre remercier pour votre aide ô combien précieuse. Je suis certain que nous ferons une très bonne équipe et que nous accomplirons de grandes choses ensemble ! Une infirmière va venir vous voir très vite. Ne quittez pas le bâtiment sans notre accord. Nous ne sommes encore sûrs de rien et nous ne voudrions pas que le jour vous anéantisse ou que le soleil vous brûle, sait-on jamais. Un peu de patience."


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[CLOS] [Garin/Angela] Le Facteur Yoko
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