2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Flashback] [Abel/Gen] Freedom is from within

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Gen Caleb
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Juin 2072

Après des semaines à tout retourner dans ma tête, j'avais finalement décidé de réagir à la fameuse missive sur Internet. Pour une fois, j'avais réussi à ne pas trop m'étendre et à ne pas trop sauter du coq à l'âne - il faut dire que passer par l'écrit et non par l'oral aidait à filtrer et à me calmer les nerfs. J'avais une sacrée diarrhée verbale quand j'étais stressée, j'en étais bien consciente, mais cette fois, j'avais réussi à faire simple: j'étais une Listener employée à la CIA, je voulais joindre leur cause, so call me maybeee ! La réponse n'avait pas trop tardée - moins que je ne le pensais. Ils devaient avoir de bonnes sources, ou alors je m'attendais tellement à ce que personne ne me réponde que le délai m'avait forcément paru plus court. Je croyais avoir fait succint, ben ils avaient fait mieux encore: tout ce que j'avais reçu en réponse, c'était une date, une heure, et un numéro d'entrepôt. Rien d'autre.

Inutile de dire que je n'en menais pas large le jour venu: j'ai trouvé l'endroit facilement et je m'y suis glissée. Un grand entrepôt, clairement abandonné depuis des années: la lumière du soleil couchant était filtré par des vitres crasseuses, il y avait de la poussière et de la tôle rouillée partout, et NOM DE DIEU EST-CE QUE C'ÉTAIT UN RAT MORT ??? Ah, oui, c'était bien un rat mort. Très classe, comme endroit, pour les entretiens d'embauche. En plus, pour l'heure, j'étais toute seule avec le rat mort - je pouvais même pas faire la conversation, du coup. Je me suis assise sur un vieux bloc de béton poussiéreux et j'ai attendu. Et attendu. Bon, j'avais un peu d'avance, mais j'étais à peu près sûre qu'on me faisait attendre exprès pour me faire passer un message ou tester ma patience, genre "tu m'attends, pas l'inverse". Pas grave, j'allais attendre le temps qu'il fallait. J'étais spécialiste des missions de surveillance: attendre, ça me connaissait.


"Those who make peaceful revolution impossible will make violent revolution inevitable."

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Abel Henoch
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Après la profession de foi de Liberation et sa diffusion massive sur les réseaux, Eve et lui avaient recu myriade de candidatures plus ou moins sérieuses pour les rejoindre. Certaines venaient clairement de jeunes idéalistes qui ne savaient pas le début de la réalité d’un combat clandestin. D’autres puaient le piège à plein nez. Et puis certains étaient intéressants. Ils étaient une poignée, et au final, il n’en avait recruté que deux pour travailler avec eux : une égérie du MSS, comme eux, et un transfuge de la CIA qui avait regardé Eve d’une drôle de façon dès qu’il avait eu les yeux posés sur elle. Abel avait d’ailleurs été très partagé, le concernant, mais Eve s’était montrée convaincante.

Et puis le message de cette Listener de la CIA avait retenu leur attention à tous les deux. Une discussion assez brève les avait trouvés d’accord sur le sujet : ca pouvait être un piège, mais cela valait le coup de tenter un contact. Ils lui avaient donc donné rendez vous dans un entrepôt, au bord du fleuve, et Abel s’y était rendu seul - avec tout de même la couverture de Libby, désormais leur ange gardien aérien. Par la suite, il ferait aussi certains entretiens dans des lieux publics où Gen pourrait se fondre dans la masse et lui donner des informations précieuses sur ce qui pouvait animer son interlocuteur. Mais pour l’instant, il était seul pour ce travail.

Il arrêta la voiture à quelque 500 m de l’entrepôt, suffisamment loin pour s’assurer ne pas être suivi, et pouvoir disparaitre à pied pour rejoindre ensuite tranquillement la voiture si besoin. C’était aussi un test : la motivation d’une personne tient dans sa capacité à attendre. Et une protection : si c’était un piege, l’attente relachait l’attention.
Il arriva à pied, de sa démarche souple, mais néanmoins clairement militaire et l’air on ne pouvait plus sérieux - comme d’habitude. Il s’arrêta à une dizaine de mètres de la jeune femme. Il ne s’étonnait jamais de la proportion de femmes prêtes à se battre dans les messages reçus. De là où il venait, elles n’étaient pas traitées différemment. On peut remercier les camps d’entrainement à la dure pour effacer toute trace de sexisme.
Campé donc face à Gen, il braqua un regard laser sur elle.

En silence.


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Gen Caleb
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Je l'avais senti venir un peu avant qu'il entre dans l'entrepôt grâce à mon pouvoir, et j'avais su. Avant même de le voir, j'ai su que j'avais eu raison et je me suis redressée, histoire d'avoir l'air un minimum sérieuse. C'était lui, aucun doute à avoir, l'homme dont j'avais officiellement "perdu la trace" alors qu'en réalité, j'avais choisi de le laisser en liberté. Je me suis mordue la lèvre inférieure, attendant - en vain - qu'il parle. Sans blague, après l'attente avec le rat mort, on me faisait le coup du silence-avec-regard-d'acier comme si j'étais née de la dernière pluie et que je n'avais jamais entendu parler de ces tactiques ?

Il était froid, militaire jusqu'au bout des ongles - et avec ce que j'avais vu dans sa tête, je ne m'attendais pas à autre chose, mais s'il pensait que ça allait me déstabiliser, il se mettait le doigt dans l'oeil. Et notez bien que j'attendais toujours qu'il parle ou bouge un muscle, hein ! Mais non, il restait là, immobile et silencieux, et je n'avais pas besoin d'être une Listener pour savoir qu'il me gaugeait. Plutôt calme, comme entretien, pour l'instant.

Bon... le silence, ça n'avait jamais été ma force, il fallait bien l'avouer - que ce soit pour le maintenir ou le supporter, donc j'ai fini par inspirer lentement et profondément avant de prendre la parole: "Je savais que ce serait toi." Boom. J'ai senti un léger sourire se dessiner sur mes lèvres: il aurait pas le choix de répondre à ça, quand même ! Normalement, si j'avais bien fait mon travail, il n'avait jamais eu conscience d'avoir été suivi, sinon, fallait croire que je m'y étais prise comme un manche en Asie.


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Abel Henoch
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La patience était une qualité que Abel tenait en haute estime. Il en fallait pour être un agent efficace. Pour monter un plan, et s’y tenir. Attendre des heures qu’une cible se présente. Attendre des jours, des semaines pour que les conditions soient réunies pour mener une mission à bien. Et puis… Abel n’était pas un bavard. Rompre la glace n’était pas son fort, et il avait constaté que les premiers mots d’une personne pouvaient être riches d’enseignements.

Ce que la brunette lui sortit ne manqua effectivement pas d’être surprenant. Elle savait que ce serait lui ? Cela signifiait qu'elle le connaissait… Plus tard, Abel se ferait la réflexion qu’il était heureux pour tout le monde qu’il en connut si peu sur elle à ce moment là. Eut-il su qu’elle avait été chargée de le surveiller, il n’aurait pas accepté sa candidature. Peut être même l’aurait-il éliminée comme une faille potentielle - elle savait comment les trouver, désormais, après tout.
Mais pour l’instant, tout ce qu’il sait d’elle, c’était qu’elle était assez motivée pour leur présenter sa candidature. Plus tard, Jericho créerait quelque chose de plus dur à percer à jour. Mais pour l’instant, ils avaient besoin de recrues. Autant rester relativement faciles à atteindre.

Il eut donc un haussement de sourcils - un frémissement serait plus juste - interrogatif.

« Je ne pensais pas être si prévisible… » Rétorqua-t-il. Il ne rendit pas son sourire à Gen. Non que cela arriverait si souvent par la suite, d’ailleurs. Mais pour l’instant, il était surtout sur ses gardes. Si elle avait ce genre d’idée sur lui, c’est qu’elle le connaissait depuis assez longtemps.


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Gen Caleb
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Oh ! Oh ! OH ! Des mots ! Et presque, oui, presque une réaction sur son visage ! J'ai secoué doucement la tête. "Ce n'est pas tant être prévisible que le fait que... je te connais. À ton insu, mais je te connais." J'ai fait un pas vers lui, inspirant leeeeeeentement et profondément. Maze Ellis avait plutôt bien pris le coup du "j'ai vu tes pires souvenirs Invisible ", outre le fait qu'il s'était inquiété pour l'Underground, mais j'ignorais comment cet interlocuteur allait réagir. Malgré cette crainte, il ne me serait même pas venu à l'idée de lui cacher. Quelque chose me disait que si je lui mentais, ça ne tiendrait pas bien longtemps. Et puis, j'aurais du mal à justifier ma motivation - question qu'il allait sans doute soulever dans un avenir assez rapproché - sans lui parler de mon élément déclencheur. Et mon élément déclencheur, c'était lui, alors...

Eeeeeeeeeeeeexpirer. "J'ai été envoyée sur ta trace il y a quelques mois. J'étais supposée te repérer pour qu'une équipe tactique fasse le reste. Je t'ai trouvé, mais je n'ai pas résisté à la tentation de voir en toi et j'ai vu..." Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiinspireeeeeeeeeeeeeer. "L'entraînement." Eeeeexpirer. "Le conditionnement." J'ai dégluti, j'avais du mal à le regarder dans les yeux mais je soutenais quand même son regard. "Je suis remontée assez loin pour voir un gosse convaincre sa petite soeur en larmes qu'il fallait suivre les agents du MSS pour pas que leurs parents soient tués et c'est à partir de là que j'ai su que je devais désobéir aux ordres. J'ai menti, j'ai dit que je t'avais perdu." Et je m'étais pris un savon du feu de dieu en rentrant au pays, mais ça, c'était mon problème. J'ai fait un autre pas vers lui, en espérant qu'il ne décide pas de me liquider, soit parce que j'en savais trop à son goût, soit parce que je l'énervais. "C'est à ce moment que j'ai su que je ne pouvais simplement pas continuer à faire le travail que je fais."


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Abel Henoch
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Les bras croisés, il ne savait pas exactement à quoi s’attendre avec la jeune femme. Mais il comptait bien rester imperturbable - ce qui, avec lui, n’était pas difficile en soi. Rester stoïque était une seconde nature, chez lui. Voire même une première nature. Et même carrément la seule nature, en fait. Après tout, c’est comme ca qu’il avait été élevé. Eduqué. Formé. Dressé. Au choix.

Cependant, il ne s’était pas attendu aux explications de Gen. A l’évidence, la jeune femme devait être psy. Listener. Il serra les mâchoires lorsqu’elle commença en évoquant son entrainement. Mais son regard devint noir et encore plus glacial qu’il ne l’était déjà lorsqu’elle évoqua ce point précis de son passé. Ce jour noir où le MSS avait débarqué dans leur maison, quand il avait huit ans. Ce jour où tout a basculé. Où tout aurait basculé, peu importe le choix qu’il aurait fait alors. Il a choisi la voie qui protégeait ses parents. Mais en trahissant sa soeur pour le faire. C’était quelque chose qu’il avait gardé pour lui. C’était quelque chose qu’il n’appréciait pas du tout de se faire voler. Alors s’il avait pu être impressionnant auparavant, il l’était encore plus maintenant. Et le regard laser qu’il lui servit quand elle s’approcha encore était propre à liquéfier les plus solides.

« Et je dois te remercier ? » Le fait qu’elle ait fouillé dans ses souvenirs ajouté au fait qu’elle faisait partie de l'ennemi le fit sortir son arme et la pointa sur Gen sans autre forme de cérémonie. Signe, s’il en fallait, qu’elle avait touché une corde très sensible. Et puis elle en savait trop.
« Donne moi une bonne raison de ne pas te neutraliser immédiatement. Parce que pour l’instant... » Il fit une moue dubitative. « … je n’ai rien entendu de convaincant. »


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Gen Caleb
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Woh. Okay. J'ai levé les mains au niveau de mes épaules, autant par réflexe que pour montrer que je venais en paix. La réaction que j'avais redoutée chez Maze, c'était lui qui l'avait, finalement. J'étais venue armée, aussi, au cas où le message serait faux et que je tomberais dans un piège, mais avec son arme pointée sur moi, aucune chance que j'arrive à dégainer avant de me prendre une balle, et puis ce n'était pas le but: j'étais venue pour joindre sa cause, pas pour faire un duel de cowboys. Respire, respire et réfléchis, bon sang. "Je ne suis pas venue ici pour te descendre ou te piéger," ai-je commencé. Si ça avait été mon intention, la CIA lui aurait payée une petite visite en Asie et on ne serait pas dans cet entrepôt en train de faire un superbe entretien d'embauche avec le rat mort comme témoin, mais j'ai gardé cette remarque pour moi. À cran comme il était, il risquait de prendre un commentaire du genre comme une menace, et pour l'heure, une menace signifiait une balle entre mes deux yeux. Et même sans arme braquée sur moi, une menace contre cet homme ne me servirait à rien - il avait un but, et il voulait l'atteindre. Si je n'étais pas là pour l'aider à passer du point A au point B, j'avais intérêt à me pousser du chemin parce qu'il ne ferait pas de détour pour moi.

"Ce n'est pas un piège, je n'ai pas de micro, il n'y a pas d'équipe tactique en train d'encercler cet endroit. Regarde, je vais même enlever ça." Lentement, mais L-E-N-T-E-M-E-N-T, sans faire aucun geste qui pouvait avoir l'air brusque, j'ai écarté un pan de ma veste pour lui montrer l'arme à ma ceinture.. "Je m'en débarasse, okay ? J'en ai pas besoin." DOU-CE-MENT, j'ai retiré le holster de ma ceinture et, sans le quitter des yeux, je me suis penchée pour déposer l'arme sur le sol avant de me relever, tout en lenteur. De toute façon, l'arme à ma hanche ne me servirait à rien s'il décidait de me descendre, peut-être que la déposer à mes pieds allait me gagner un semblant de confiance de mon interlocuteur. "Je suis désolée. De ce qui t'est arrivé, et d'avoir dû te le rappeler, mais je doute que tu arrives à me croire honnête sans que je te dise pourquoi j'ai répondu à ce message - et la réponse, c'est toi." Respirer, c'est la vie, les enfants, il ne faut pas oublier de le faire. "J'ai commencé à avoir des doutes sur ce que la CIA faisait et sur la vraie nature de mon travail quand je t'ai vu, j'en ai eu la confirmation quand j'ai rencontré un autre Candidat." Les mains toujours levées, je ne le lâchais pas du regard. "Y'a pas que le MSS. La CIA aussi crée des Candidats et mène des expériences sur eux. Il était volontaire, le sont-ils tous ? J'en doute fort. Celui que j'ai rencontré est un rescapé, mais combien sont encore là-bas ? Combien sont morts ?"

L'arme était toujours pointée vers moi, et je n'osais pas bouger. "Nous méritons une place dans ce monde, et puisqu'on ne va pas nous la donner sur un plateau d'argent, il faudra la prendre par la force. Voilà pourquoi je suis ici, voilà pourquoi j'ai répondu au message." J'ai légèrement penché la tête sur le côté, le fixant toujours du regard. Je n'essayais pas à proprement parler de le lire, mais une pensée - outre celle de me mettre une balle entre les deux yeux histoire d'être débarassé de moi - prenait une grande part de son attention, si bien qu'elle m'a accrochée. "Si tu veux vraiment tuer Howard Stenton..." et là j'ai prié pour ne pas me prendre une balle rien qu'en mentionnant ça... "Si tu veux envoyer à cette ville, ce pays, ce monde, mème, le message que ceux qui nous oppriment ne sont plus en sécurité, peu importe à quel point ils se disent importants, je peux t'aider. Beaucoup." J'ai lentement inspiré - le niveau de trahison que j'étais en train de commettre envers mon pays, je vous racontais pas. Mais, en l'occurrence, c'était plutôt mon pays qui m'avait trahie en me faisant faire son sale boulot. "La CIA est responsable de plusieurs aspects de la sécurité personnelle de Stenton. J'ai des accès, et je peux avoir des plans, des horaires. Quant au reste..." Oui, je pouvais l'aider à liquider Stenton, mais après, je serais compromise - si je n'avais pas ma place auprès d'eux après l'assassinat, je n'aurais plus ma place nulle part. "Je suis une Listener. Je lis l'esprit des gens, et je peux influer sur leurs actions. Si tu crois sincèrement que je ne peux pas être utile à ta cause, d'aucune façon..." Du bout de mon pied, j'ai éloigné encore plus l'arme que j'avais déposée par terre au début de la "conversation". "... alors vas-y, débarasse-toi de moi." J'ai relevé la tête, l'air brave et plus en confiance que je ne me sentais vraiment.


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Abel Henoch
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La premiere phrase d’excuse de la jeune femme aurait pu lui arracher un sourire s’il n’avait pas été furieux. C’était typiquement le genre de phrase bateau qu’on sortait pour ne pas se faire tuer. Qu’elle lui précise qu’elle était bien seule était tout aussi inutile : Libby surveillait les alentours et lui aurait signifié la moindre menace. Eut-elle repéré la plus petite equipe de renfort qu’il l’aurait su. Et abattu Gen sans autre forme de procès. Le fait qu’elle soit en vie prouvait que malgré sa colère, il avait l’intention d’écouter ce qu’elle avait à dire. Qui plus est, peu importait les sentiments qui pouvaient l’animer, y compris les plus violents, ils ne ne dictaient pas sa conduite. Jamais. Alors les précautions inutiles de la jeune femme était tout aussi susceptibles de l’amuser, s’il s’était autorisé à l’être. Au lieu de cela, il était froid. Le regard noir. Et méthodique. Il ne pensait pas lui pardonner jamais cette intrusion dans ses souvenirs les plus durs, mais elle avait des choses à dire.

Il l’écouta donc débiter son petit discours, se contentant de ciller - à peine - lorsqu’elle parla de Stenton. Ces Listener… Ils avaient leur intérêt, indubitablement. Mais leur curiosité pouvait être un sacré probleme. Néanmoins, son petit discours avait fait mouche. Avoir les information à la source était sans doute le meilleur moyen d’atteindre leur cible - sa cible, en réalité. Liberation ne savait pas encore quelle était leur premiere cible, que lui, qui montait son plan, pièce par pièce. Il en manquait encore beaucoup, mais la transfuge de la CIA serait peut être la colle qui lui permettrait de finir le piège d’un coup. Sans parler des informations sur les actions de la CIA qui pouvaient se révéler précieuses. Il avait toujours eu des doutes que la jeune femme pouvait - venait - de confirmer.

Il était toujours parfaitement immobile et fermé, dans un long silence qui pouvait être gonflant, reconnaissons le. Son bras était parfaitement tendu et ne tremblait pas. Mais il n’avait pas le doigt sur la gâchette.
« Si je ne pensais pas utile, je ne serais pas là. Tu comptes faire quoi ? Nous aider à éliminer Stenton, et ensuite ? Est-ce que tu sais ce que nous rejoindre implique ? » Il fit une petite moue. « Notre liberté n’est pas de celles qui se vivent sur une plage. Jusqu’où tu es prête à aller pour ca ? » En gros : tu vas en chier et tu vas te coller une cible sur le fion. Tu es prêtes à ca ?


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Gen Caleb
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L'arme était toujours braquée sur moi, mais il n'avait toujours pas appuyé sur la gâchette, alors je suppose que c'était un bon point pour moi. Mon discours l'avait peut-être convaincu. Ou au moins, commencé à le convaincre. Disons qu'avec une arme à feu pointée vers moi, je n'osais pas trop utiliser mon pouvoir sur lui pour savoir si, oui ou non, ce que je venais de lui dire faisait pencher la balance en ma faveur. J'ai dû endurer un long silence - encore ! - comme ça, où je préférais ne pas l'ouvrir pour le laisser réfléchir en paix, jusqu'à ce qu'il parle. J'ai haussé un sourcil. Si on était en entretien d'embauche, est-ce qu'il était en train de sortir le contrat de travail de sa poche ?

Je me suis mordillé la lèvre inférieure. "Je peux vous aider à l'éliminer là où il se croit le plus en sécurité, chez lui. Je peux couper son domicile de la centrale de sécurité, il faudra du temps pour que les autorités viennent faire une vérification de routine. Largement assez de temps pour faire le travail. Mais..." J'ai inspiré. Ne me mets pas une balle, surtout. "Je ne peux le faire sans me compromettre." C'était vrai: je pouvais atteindre la console et faire ce que j'avais à faire, en évitant et déjouant les gardes, mais après l'assassinat, les caméras me montreraient clairement lorsqu'on voudrait voir ce qui s'était passé pour que le système de sécurité ne fasse pas son travail. "Si j'ai ta parole qu'après la mort de Stenton, j'aurai ma place dans votre groupe, je t'aiderai. Tout ce que je sais et tout ce que je peux faire sera à toi. Sinon... autant me tuer tout de suite, ce sera fait." J'ai baissé les mains. "Je sais très bien ce que tout ça signifie. Tuer Stenton, c'est une première étape et un message à envoyer. Ce message, je le comprends et je suis d'accord avec. Pour le reste, je ne pensais pas joindre un Club Med, non. Mais s'ils servaient la liberté sur des plateaux d'argent sans qu'on lève le doigt, ça se saurait."


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Abel Henoch
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Il n’avait toujours pas bougé, mais les explications de Gen l’intéressaient au plus haut point.
La faille dans son plan était de devoir attaquer Stenton comme de vulgaires malfrats. Le message aurait manqué de force. Or, il voulait frapper au coeur. Quoi de mieux que de s’en prendre au symbole de la chasse aux Positifs alors qu’il est à l’abri même de son domicile ? Oui, l’idée le séduisait.
Le petit échange de bon procédé qu’elle demandait le fit ciller. Ce genre d’ultimatum, il appréciait moyen. Il avait cru comprendre qu’elle était candidate au recrutement, pas qu’elle négociait des informations. Dans la premiere option, les choses allaient de soi, et il n’avait aucune garantie à lui donner. Dans le second cas, effectivement, il ferait aussi bien  de l’abattre dès à présent.
Mais le discours de la jeune femme semblait convaincu et donc convainquant.

Cela dit, si elle voulait des garanties, alors lui aussi.

« Bien. » Il baissa son arme et croisa les mains devant lui sans lacher le revolver et haussa une épaule avec une grimace. « Prouve le. Tu veux nous rejoindre ? Prouve le. Etre membre de Liberation veut dire disparaitre du monde. Tu veux être des notres ? Quitte le monde. » A voir si elle était un peu maligne.

Le monde se matérialisait très simplement aux yeux de Abel : la puce electronique dont le gouvernement sertissait chacun de ses citoyens symbolisait tout ce qu’il fallait abattre dans ce monde : le contrôle, le fichage, le tracage… Une prison volontaire pour toute une société qui avait troqué liberté contre une sécurité relative et de toute facon fictive. Retirer cette puce était la premiere chose qu’il demandait à chacune de ses recrues. Il ne se passait rien tant que cet acte de rebellion contre le systeme n’était pas accomplit. A condition que la recrue ait le cran de s’entailler la peau. Personne n’avait encore reculé, mais il parait qu’il faut une premiere fois à tout... Si elle echouait, il avait toujours son arme à portée.


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Gen Caleb
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Je pouvais presque entendre le petit hamster courir de toutes ses forces dans sa petite roulette: j'étais bien consciente que je ne manquais pas de souffle de demander une garantie à un homme pareil - qui braquait une arme sur moi et avait l'air tout à fait disposé à faire feu si nécessaire, qui plus est - mais sans assurance, je ne bougerais pas. Être recherchée avec un groupe de gens semblables pour me couvrir les arrières, j'étais prête à y faire face: être traquée alors que j'étais seule dans la nature, j'étais nettement moins chaude à l'idée.

Lorsqu'il a parlé de disparaître de ce monde, j'ai tiqué. Pas parce que je ne comprenais pas, pas parce que je ne m'en doutais pas, pas parce que je n'y étais pas prête. Je comprenais l'idée et, oui, merci, une fois Stenton mort, la dernière chose que je voudrais, ce serait d'être aussi facilement traçable, mais... encore un mais, ma vie en était fan: "Je ne peux pas vous aider à mener cette mission à bien si je n'ai plus accès à la CIA et à sa centrale de sécurité. Je n'y ai pas accès sans ma puce électronique qui certifie que je suis un agent autorisé. Lorsque Howard Stenton sera mort, je disparaîtrai." J'ai rajusté ma veste. "Et avec joie, même. Je comprends tout à fait le message derrière cet acte, mais pour faire ce que j'ai à faire, il me la faut jusqu'à ce moment. Ou alors..."

J'ai soutenu son regard. "Si vraiment c'est ce que tu souhaites, rappelle-toi que ça va me prendre plus de temps pour tout. Avec ma puce, dans vingt-quatre heures tu as les plans en main sans que personne ne se doute de rien. Sans, ça va me prendre des semaines. Je suis formée à l'observation et aux interrogatoires, je ne suis pas une hacker." Je me foutais de la puce. Je me foutais de m'entailler le bras. Mais s'il voulait Stenton vite, ma puce me servirait beaucoup.


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Abel Henoch
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Comme à chaque fois, la demande plus ou moins voilée de faire tomber la puce jetait un froid. C’était un bon test pour séparer le bon grain de l’ivraie : les grandes gueules manquaient de tourner de l’oeil dès qu’une lame approchait leur bras. Ils prouvaient alors rapidement qu’ils n’avaient pas ce qu’il fallait pour être membres de Liberation. Abel les laissait avec leurs désillusions - et la promesse plus ou moins explicite de les tuer s’ils parlaient.
D’autres dévoilaient alors leurs intentions et nourrissaient désormais les poissons de la baie - s’il y en avait encore.
Et puis une catégorie se cherchait une échappatoire. Comme Gen en ce moment même. Une excuse pour retarder l’échéance - ou pour ne pas y passer.

Seulement la jeune femme cumulait beaucoup trop de choses pour être laissée libre sans une réelle preuve de son engagement : elle venait de la CIA, elle devait leur fournir des informations pour une mission majeure… Et elle en savait beaucoup trop sur lui. Pas question donc de la laisser se balader dans Megalopolis avec autant de choses sensibles sans la mettre elle-même dans la mouise. Elle serait une des leurs - ou ne serait plus.

Il fit une petite grimace.
« Des hackers, ce n’est pas ce qui manque dans ce pays. »
Il continuait de lui rendre regard pour regard, et le coin de sa lèvre se souleva très légèrement.
« Un plan sans accroc ne se combine pas en vingt-quatre heures. »


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Gen Caleb
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Mais c'est qu'il n'en démordait pas, bien sûr. Je me suis retenue de soupirer. D'un côté, je le comprenais: j'en savais clairement beaucoup trop sur lui pour qu'il me laisse me balader dans la nature comme je le voulais, sans aucune garantie que j'étais réellement de son côté. De l'autre côté... c'était mon petit hamster qui courait dans sa roulette, maintenant. Contribuer à l'assassinat de Stenton ne serait pas aisé sans ma puce électronique, mais maintenant que j'y pensais, sans elle, rien ne serait vraiment aisé... autant m'y faire tout de suite ? "Bien," ai-je dit.

C'est tout ce j'ai dit avant de sortir le couteau de ma poche - oui, y'a que les novices pour aller où que ce soit sans un couteau. En l'occurrence, c'était surtout un couteau suisse, donc on était loin du couteau de militaire, mais ça devrait faire l'affaire en guise de scapel de fortune. Détachant mon regard d'Abel pour la première fois depuis qu'il était entré dans l'entrepôt abandonné, j'ai baissé les yeux alors que je passais lentement mon doigt à l'intérieur de mon avant-bras droit, remontant vers le poignet jusqu'à ce que je sente la puce sous ma peau. Là, elle était juste là, je la sentais à peine sous mes doigts: nom, statut, emploi, comptes bancaires, en plus de permettre d'être retrouvée à la trace... mince, c'était si petit pour être si important !

J'ai doucement posé la lame contre ma peau, et je sentais encore et toujours son regard sur moi. Il me fixait avec un regard perçant, il pensait quoi ? Que j'avais peur d'une petite coupure sur mon bras ? Que je craignais de me casser un ongle en retirant la puce ? J'ai compris, finalement: c'était le point de non-retour et il le savait autant que moi. J'allais faire quoi, si je me ravisais après coup ? Aller à l'hôpital avec ma puce en disant que, c'était balot, mais j'étais tombée sur un canif et ma puce était tombée toute seule ? J'ai levé briêvement les yeux sur lui, déterminée, avant de reporter mon attention sur mon poignet. Bon, allez, à trois ! Un, deux, trois - AÏE ! J'ai serré la mâchoire comme jamais en coupant comme en retirant la puce - putain, c'est pas pour rien qu'ils la posent à la naissance, c'est pour pas qu'on se rappelle !

J'ai laissé la puce tomber sur le sol avant de presser légèrement mes doigts sur la coupure - c'était pas une grosse coupure, quand même, mais j'aimerais bien éviter de perdre du sang juste pour le plaisir de perdre du sang. J'ai relevé les yeux vers lui en espérant que, si c'était une sorte de test, je m'en étais bien sortie.


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Abel Henoch
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La jeune femme avait pris le temps de réfléchir, et il ne pouvait pas le lui reprocher. Ils y avaient tous longuement réfléchi avant de passer le pas. Retirer la puce qui faisait leur vie à proprement parlé, ca équivalait à une sorte de suicide. Ils quittaient littéralement la vie, et devenaient des parias. Ca compliquait clairement les choses, Gen l’avait souligné avec raison. Mais il n’y avait pas de passe droit. Personne ne rentrait dans Liberation à proprement parlé sans faire ce sacrifice. Il ne se satisferait pas d’une promesse de passer le pas plus tard. Lorsque Liberation acceptait un membre, ils s’engageaient aussi. C’était leur sécurité et leur idéal qui était en jeu, il fallait donc que le sacrifice soit à la hauteur.

Pas de passe droit.

Et sous le regard intense de Abel, Gen sortit son couteau. Il savait que ce n’était pas un cap facile. Se mutiler sois-même, même pour se libérer d’un joug aussi léger et lourd de sens à la fois, n’était pas des plus faciles. Mais il ne doutait pas qu’elle soit capable de le faire. Et il ne s’était pas trompé, puisque la jeune femme passa le pas.
Abel ne détourna pas le regard - pourquoi faire ? - et lorsqu’il vit la puce tomber sur le sol, il se fendit d’un petit sourire de satisfaction.

Et puis...

Il tourna les talons.

Il fit quelques pas et se tourna à moitié.

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Gen Caleb
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Oh ! Oh ! J'avais eu droit à... était-ce vraiment un sourire ? Ma foi, quelque chose me disait que ça ne lui arrivait pas souvent, à cet homme, alors autant noter la date sur mon calendrier. Lorsqu'il m'a tourné le dos et a commencé à s'éloigner, j'ai été perplexe: quoi, c'était tout ? Et je faisais quoi, maintenant, je rentrais chez moi pour bouffer des crêpes ? Avant que je n'ai le temps de lui demander "et maintenant ?", cependant, il s'est retourné pour me demander - pardon, m'ordonner, quelque chose aussi me disait qu'il faisait nettement plus dans les ordres que dans les demandes - de le suivre.

Ayant rangé mon couteau dans ma poche et récupéré mon pistolet, coinçant l'arme dans ma ceinture - faut pas déconner, je n'allais quand même pas le laisser derrière - je l'ai suivi sans aucune hésitation. De l'extérieur, je pouvais avoir l'air folle - quand votre maman vous dit de ne pas suivre les étrangers, ça sous-entend aussi de ne pas suivre les gens en rébellion ouverte contre le gouvernement et qui planifient d'assassiner un homme juste pour envoyer un message - mais de mon point de vue, de quoi au juste étais-je supposée avoir peur ou me méfier ? Non seulement j'avais fait ce qu'il me demandait, mais en plus, je me proposais de l'aider à réaliser son plan. Certes, j'en savais trop à son goût sur lui, mais si on en était encore là, je serais déjà morte, non ?


"Those who make peaceful revolution impossible will make violent revolution inevitable."

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