2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Flashback] [Abel/Maddie] Everywhere and Nowhere

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Maddison DeLuca
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Avril 2074

Quatre mois, six jours et vingt trois heures. Personne ne m’avait jamais perdue de vue aussi longtemps. Est-ce qu’il m’avait cherchée ? Sûrement. M’avait-il trouvée ? Non… Je me levais le matin, je travaillais pour l’Underground, j’allais enfiler mon uniforme de police et je rentrais à la maison, je continuais mes tâches habituelles, je dormais… Et une nouvelle journée reprenait ensuite. J’ai fait ça pendant plus de trois mois. Il n’y avait pas un matin où je ne pensais pas à lui et où la peur ne tiraillait pas mes entrailles. J’avais repoussé l’échéance mais j’avais aussi besoin d’un peu de temps pour moi. Pendant un long moment, j’ai même cru que c’était fini. Mon téléphone a arrêté de sonner, les messages ont stoppé et j’ai pensé « Pourquoi continuer d’y croire ? ». Une part de moi a cherché à faire une croix sur Abel, me servir de ce qui m’était arrivé comme d’une leçon à retenir. Etrangement, j’avais maigri. J’en rêvais toutes les nuits, j’en cauchemardais lorsque je m’endormais dans la voiture le temps que Jefferson appelle son fils ou sorte chercher des sodas… J’étais fatiguée, je m’endormais n’importe où, n’importe comment. Il était le seul au courant, il était mon partenaire, mon co-équipier, je n’aurais jamais pu lui cacher une chose pareille à cause du travail. Comment je pouvais justifier une attaque dans le métro qui s’était transformée en une semaine d’arrêt pour hospitalisation ? Simplement à cause d’un coup de barre à mine ? Jefferson ne posait que rarement des questions, mais il n’était pas stupide. Qui plus est, j’avais eu besoin d’en parler à quelqu’un. J’aurais dû me tourner vers Reese à ce moment-là mais il aurait fallu que j’explique tout. Et c’était une chose pour laquelle je n’étais pas prête, pas à ce moment-là, en tout cas.

La douleur a fini par s’apaiser et le moral est repassé en tolérance. L’Underground était content de me retrouver aussi présente et j’avais rattrapé tout mon retard. Mais je continuais à penser à lui et avec le moral remontant, j’ai à nouveau eu envie de le revoir. Je me suis perdue du côté du Sanctuaire dans l’espoir de l’apercevoir… Je voulais savoir comment il allait, ce qu’il faisait. Son visage commençait à s’effacer de ma mémoire, comme celui de mes parents avec la force des années. Je n’aimais pas ça, je ne voulais pas oublier. Pour ça que de temps en temps, je faisais des petits voyages dans le passé, pour les revoir. Mais ce jour-là, c’est lui qui m’a trouvée. Il faut croire qu’il me cherchait plus que je n’avais essayé de l’oublier. C’était récurrent, entre lui et moi, cette sensation de… De le sentir lorsqu’il était près de moi. Plus que son odeur, c’était l’aura qu’il dégageait ou les vibrations de sa voix au milieu de celle des autres. Je l’ai entendu, inconsciemment. Le stress, mêlé à la chaleur m’a provoqué une de ces crises détestables. J’ai d’abord manqué d'oxygène et j’ai senti mes poumons en feu, comme si chaque goulée d’air me brûlait de l’intérieur. Des plaques rouges ont envahi mes mains et mon visage, mes bras et mes jambes. Personne ne savait que j’étais ici, j’étais seule mais je n’en étais pas à ma première chute au Sanctuaire, je détestais y venir. Je me protégeais toujours quand je venais voir Abel mais idéalement, nous nous retrouvions en Ville Basse, bien plus agréable pour moi à respirer.

Mais je l’ai senti. Je ne l’ai pas vu tout d’abord, mais j’ai senti sa main dans mon dos alors que je m’effondrais. Il m’a soutenue alors que je toussais à en cracher des flammes. J’ai serré son poignet d’une main tremblante. J’avais fait profil bas mais je ne m’étais, je crois, jamais sentie aussi faible de toute ma vie qu’à cette période-là. Je savais que c’était lui, j’ai entendu sa voix et j’ai finalement reconnu son odeur au creux de son cou quand il m’a soulevée dans ses bras pour me mettre à l’abris.

Ces mois, sans lui, ont été les plus rudes de toute ma vie. J’avais fait l’armée, j’avais perdu mes parents, mais, sans comprendre pourquoi, l’absence d’Abel m’avait été encore plus dure à assumer et à surmonter. Peut-être parce qu’il était la cause de mon état à ce moment-là. Parce que j’aurais voulu qu’il soit là pour moi, et me soutienne. Je n’avais pas voulu traverser une telle épreuve seule mais j’avais jugé que c’était ce qu’il y avait de mieux. Je n’aimais pas mêler d’autres personnes à ce que je vivais. De plus… Et s’il avait tenté de m’en empêcher ? Cela me semblait assez incongru de la part d’Abel mais quelque chose me disait qu’il était contre ces formes d’esclavage moderne, aux contrôle des naissances par la force. Je n’avais pas pris le risque qu’il puisse m’empêcher de faire ce qui était nécessaire.

Une fois au Saloon, il m’a jetée toute habillée dans une douche froide pour m’apaiser jusqu’à ce que je semble enfin retrouver un rythme normal. J’ai ingurgité 1 L d’eau en suivant. Les plaques rouges ont finalement disparu peu après. Je ne me souviens pas comment il m’a amenée au Saloon sans que je n’ai le temps de perdre connaissance en chemin, mais qui sait ce qui me serait arrivé s’il n’avait pas été là… Il était seul au Sanctuaire à connaître ma très mauvaise résistance à la chaleur et je n’avais pas récupéré toute mon énergie pour la supporter aussi bien qu’avant.

Il ne m’a rien demandé. Il a attendu là, que j’aille mieux mais il n’a posé aucune question. J’avais honte pour l’heure et je ne me jugeais pas méritante. Je n’étais pas aussi causante que d’habitude, non plus. Pour ainsi dire, j’étais muette, malgré mes sourires, certes faibles. Je voulais juste être contre lui, je me sentais plus en sécurité, alors.

Je me suis endormie assez rapidement et les heures sont passées sans que je m’en rende compte. J’étais épuisée, mais surtout, je n’ai fait aucun cauchemar, ni de rêve agité. Sa présence et sa chaleur m’ont accompagnée toute la nuit lorsqu’il a été près de moi et je me suis réveillée aux aurores, le nez enfoui contre son bras. J’ai inspiré profondément en redressant la tête, une main sur le front. Où étais-je, quel jour étions-nous et qu’est-ce que je faisais là ? J’ai baissé les yeux sur Abel, à peine visible dans la pénombre de l'aube. Il avait l’air paisible quand il dormait. Paisible et raide comme une statue. Je n’avais aucune envie de le déranger et en l’observant, j’ai souri. Rien de tout ça n’était terminé. Ca ne faisait que commencer. Je n’ai pas osé le toucher, de peur de le réveiller, Abel n'était pas exactement le genre de personne au sommeil très lourd, contrairement à moi.

Mes vêtements trempés, il m’avait fait enfiler un de ses t-shirts. J’ai eu l’impression d’avoir maigri plus que je ne le pensais, d’ailleurs. Lentement, je me suis levée et dans la salle de bain, j’ai cherché à récupérer mes affaires, les serrant sous un bras. Je prévoyais de me faufiler hors du Saloon et de décamper, pour ne plus jamais revenir. Mais alors que je revenais dans la chambre, mes chaussures à la main, je l’ai à nouveau observé.

Quatre mois, six jours et vingt trois heures. J’avais renoncé à lui pendant à lui tout ce temps durant et il m’a semblé avoir atteint ma limite du supportable. J’ai soupiré en baissant les yeux et j’ai finalement ouvert la porte doucement. Je n’avais pas envie de fuir, ce n’était pas vraiment dans mes habitudes d’agir ainsi non plus. Seulement… Soyons honnêtes : je n’avais pas envie de le confronter non plus.



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Abel Henoch
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Quatre mois, six jours et vingt-trois heures.

Jamais un silence ne lui avait paru si assourdissant. Non que Maddison et lui ait eu jusque là ce qu'on pouvait appeler une relation suivie. Non qu’ils aient jamais admis avoir besoin de se voir l’un l’autre. C’était meme plutôt l’inverse. Et pourtant… qu’elle cesse de retourner ses appels, ses messages lui avaient laissé un vide qu’il n’avait jamais expérimenté et qu'il avait du mal à traiter.
Ca ne l’avait pas empêché de continuer ses taches habituelles. Il n’avait rien négligé, il était resté égal à lui même. Il avait appris à vivre avec ce vide, renoncant finalement à la contacter. Il avait de toute facon d’autres chats à fouetter et s’était donc fait une raison.

Après tout, Maddison avait été une distraction, une source d’information. Il n’y avait rien de plus, ils ne pouvait y avoir rien de plus entre eux. Ils ne poursuivaient pas les memes objectifs, ne vivaient pas les memes vies. Et leurs vies respectives ne laissaient pas de place à plus. Peu importait ce qu’ils pouvaient vouloir, au fond.
Bien sur, s’il se laissait aller, une part de lui avait toujours voulu vivre la vie de famille de ses parents, sans l’inquiétude, sans mettre sa vie en jeu à chaque instant ou presque. Mais tel n’était pas son lot, et il était peu probable qu’il en ait jamais l’occasion. Il s’était fait une raison depuis bien longtemps, il avait accepté que le cours de sa vie avait pris un virage inéluctable lorsqu’il avait huit ans. Rien ne changerait ce fait.
La seule chose qu’il pouvait faire, c’était de mettre à terre les systemes qui l’ont mené à ce point, qui lui ont volé sa vie et l’avenir qu’il aurait pu avoir. Finalement, il n’avait plus de distraction, ce n’était pas plus mal.

Et pourtant...

Il s’était surpris plusieurs fois à jeter un oeil sur celles qu’il croisaient qui auraient pu être Maddison. Une cascade de cheveux noirs, une silhouette athlétique et son regard cherchait l’éclat vert de la belle - qu’il ne trouvait jamais. C’était plus un réflexe qu’une quête éperdue et s’était fait à la pointe de regret qui l’accompagnait.
Jusqu’à ce jour où l’impression de voir Maddison… N’était pas une impression.
Elle était là. Elle était au Sanctuaire. Il s’était approché d’elle avec lenteur, mais avait accéléré le pas en la voyant défaillir. D’un geste sur, il l’avait rattrapée, l’empêchant de s’effondrer au sol et la serrant contre lui.
« Tu aurais mieux fait de prévenir… Regarde toi… » A dire vrai, s’il savait qu’elle supportait mal la chaleur, il ne l’avait jamais vue ainsi. Dire que son état le préoccupait n’était pas peu dire.
Il l’avait portée jusqu’à sa voiture, fait rapidement les quelques kilometres qui séparait le coeur du Sanctuaire du Saloon et l’avait montée de même jusqu’à la douche où il avait pris soin de la rafraîchir. Elle avait alors retrouvé une couleur plus normale - et cet éclat doré que ses yeux prenaient sous l’eau.

Il n’avait rien dit.
Il l’avait laissée se réhydrater.
Il l’avait laissée reprendre ses esprits.
Il l’avait laissée choisir le moment où elle lui dirait la raison de son silence.

Il savait être patient. Tout ce qu’il avait souhaité, c’était de la retrouver. Il n’avait pas besoin de la voir longtemps, ni souvent. Juste de la voir. Il réalisait qu’il avait vécu ces derniers mois avec une tensions sourde qui l’avait quitté au moment où elle s’était effondrée dans ses bras.
Ca lui suffisait pour l’instant. Les explications viendraient plus tard.

A dire vrai, Maddison n’était pas encore prête à parler de quoi que ce fut. Etait-ce son « coup de chaud » ou autre chose, elle avait sombré dans un sommeil paisible en un temps record. Il s’était allongé auprès d’elle, veillant sur elle. Il la regarda dormir une bonne partie de la nuit - il ne pouvait pas dire qu’il était fatigué - en se demandant la raison de son silence. La raison de son retour.
Il n’aurait cependant pas de réponse avant qu’elle ne se réveille, et il finit par cesser de se poser de vaines questions, préférant finalement dormir.

Quatre mois, six jours et vingt-trois heures… Et lorsqu’il ouvrit les yeux, ce fut pour la voir ouvrir la porte, ses vêtements en main et un t-shirt à lui sur le dos. Comptait-elle s’esquiver ?
Il fronça les sourcils et ouvrit les yeux. Il ne bougea pas cependant.

« J’ai souvenir de départs plus agréables… »


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Maddison DeLuca
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Bien sûr, quand vous faites attention à qui peut vous surprendre, et qu’il n’y a aucun bruit autour de vous, le moindre son vous ramène à la réalité. J’avais espéré, vraiment, qu’il ne m’entende pas. Ma crainte de l’affronter dominait sur celle de rester auprès de lui. Je m’étais tournée une fois de trop, et j’avais perdu suffisamment de temps pour hésiter, le coeur battant. Alors quand sa voix a résonné, sans que j’en sois alertée au préalable… J’ai hurlé. Je me suis redressée d’un coup et j’ai claqué la porte, pensant qu’il s’agissait de quelqu’un de l’autre côté de la porte. Ce qui est stupide car je savais que c’était lui, mais j’avais réagi dans un réflexe. Mon téléphone aurait sonné, j’aurais réagi de la même manière.

Dos contre la porte, le coeur menaçant d’exploser à travers ma poitrine, j’ai soupiré, les yeux fermés en murmurant quelques incantations bibliques à la gloire de Jesus. J’ai serré mes affaires contre moi. Il fallait reconnaître que ce type dans le métro ne m’avait pas ratée. J’avais salué l’hospitalisation avec soulagement, au moins je m’étais sentie en sécurité. Ce qui était profondément stupide quand je savais que le plus j’étais en sécurité, c’était ici. J’ai écarté des cheveux de mon visage et rouvert les yeux sur lui. Nerveuse et ne sachant que faire, j’ai agité mon index en serrant ma veste dans la main et j’ai dégluti.

N’importe quand, n’importe qui, j’aurais inventé un gros mensonge. En retard pour le boulot : je ne travaillais que de soir, jamais de matin. J’ai une soeur jumelle et je ne sais pas où je suis ni qui il est : j’avais un pouvoir suffisamment unique pour ne pouvoir être confondue. Rien ne servait d’essayer de m’enfuir. Je n’étais pas habillée et le temps que j’arrive en bas, il m’aurait rattrapée. Rien que sa réplique m’ordonnait de ne plus bouger. D’une certaine manière. Je savais le décoder. Abel se suffisait au ton de sa voix pour se faire entendre et surtout respecter. J’ai baissé la tête et les yeux.

« Désolée. Je ne voulais pas te réveiller. »

Ah oui, il y avait ce mensonge là aussi. Mais il était facile, celui-ci.



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Abel Henoch
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La réaction de Maddison ne l’avait pas pris au dépourvu. D’abord parce qu’il n’était pas facile à surprendre. Ensuite, la tentative d’esquive de la jeune femme avait tout de celle d’un voleur. Normal donc qu’elle soit surprise de se faire prendre.
En d’autres circonstances, il aurait peut être souri de sa réaction. Mais là, il commencait à être légèrement agacé : qu’elle reparut sans rien dire était une chose, d’autant qu’elle avait subi un sévère choc de chaleur la veille. Il appréciait beaucoup moins qu’elle tentât de se faufiler hors de chez lui sans lui décrocher un mot. Bon ok, lui n’était pas du genre bavard, mais il n’aurait jamais quitté quelqu’un de la sorte.

« Il fallait rester au lit, si tu ne voulais pas me réveiller. »
Il sortit du lit d’un geste fluide. Il ne portait qu’un calecon, ce qui était plus habillé que certaines fois où ils s’étaient retrouvés.
Sans se presser, il couvrit les quelques metres qui les séparaient et se planta devant elle, les yeux dans les yeux. Il n’avait pas l’air spécialement énervé ni en colère, mais il n’en pensait pas moins. Il se tenait à quelques centimètres d’elle, sentant son odeur et sa chaleur, mais il ne la toucha pas, se contentant de se nourrir de sa présence.

« Alors tu comptes faire quoi, exactement ? »La question était ouverte et large. La réponse pouvait porter sur ce qu’elle voulait faire maintenant, partir ou reste. Sur ce qu’elle pouvait vouloir lui dire sur sa fuite ou sur la raison de ses quatre mois de silence. Il ne voulait la forcer à rien - même s’il voulait tout. Alors le mieux qu’il pouvait lui offrir, c’était de choisir ses armes.


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Maddison DeLuca
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J’ai retenu ma respiration quand il a commencé à se lever. Et alors qu’il s’approchait, j’ai resserré mes affaires contre moi en tentant, si c’était possible, de devenir la porte dans mon dos en la faisant fusionner avec chaque centimètre de mon corps. Je ne lui avais encore jamais menti. Ou alors, jamais de façon très directe. Peut-être une ou deux choses par ci par là, mais rien qui ne puisse entacher sa confiance. Le genre « Pourquoi tu as remis la brique de lait vide au frigo ? » « Ce n’est pas moi. » Alors que c’est vous. Ma mère aurait sûrement dit que la confiance passe avant tout par l’honnêteté, même des petites choses. Abel et moi ne connaissions pas… De petites choses. Si j’ai oublié de jeter la brique de lait, c’est parce que je n’ai pas osé demander où était la poubelle parce que je ne voulais pas qu’il puisse croire que je me sentais chez lui comme chez moi. Ou bien que je voulais pas que cette « chose » qu’était la relation que nous « entretenions » prenne une tournure pareille. Vous voyez ? Donnez moi une brique de lait, je vous révèlerai votre moi intérieur.

Je l’ai suivi des yeux alors qu’il s’arrêtait face à moi. Si la porte ne me stabilisait pas, je crois que j’aurais pu trembler comme une feuille. Mais je crois que de là où il était, il a pu entendre les basses de mon rythme cardiaque. Mes joues me brûlaient et j’avais le souvenir de la première fois que je m’étais retrouvée ici. J’ai perdu le compte des jours quand j’ai commencé à compter ceux de mon absence. Je le regrette car c’était bien plus de jours de ma vie avec lui que le temps avait accordé à mon père. J’ai frémis des lèvres en comptant dans ma tête. Les chiffres m’aidaient à rester rationnelle. Plus de 500 jours, en tout cas.  Je ne savais pas si je devais compter les jours où l’on ne s’était pas vus ou bien m’en tenir à ceux que nous avions passé ensemble. Dans ce dernier cas, c’était moins que je n’en avais eu avec mon père, mais plus que je n’avais passé dans un foyer pour jeunes délinquants. Mais après tout, pourquoi ne compter que ces jours-là ? Je n’avais pas besoin de le voir pour le ressentir, après tout, non ? Qui sait, il m’avait peut-être vue sans m’aborder aussi ! Oh mon dieu et s’il me connaissait d’avant notre rencontre mais qu’il n’en avait rien dit ?

On dit souvent que lorsqu’une femme désire un homme, elle dégage une certaine aura, uniquement perceptible par l’homme en question. Une sorte de 6e sens, ou un ultra son que seul lui peut entendre. De la même manière, quand la femme recherche un partenaire - quel qu’il soit - cette aura se propage sur plusieurs mètres tout autour d’elle. Dans le cas d’Abel, je me suis souvent demandé si ce n’était pas l’inverse. Je me sentais inexorablement attirée à lui par une force invisible et cette fois ne faisait pas exception. Certains parlent de code télépathique, une connexion visuelle qui se créé entre l’homme et la femme. D’autres y voient une variante aux âmes soeurs, ce n’est pas une attirance, c’est… Ainsi que les choses doivent être. Vous le savez, au plus profond de vous, en votre âme et conscience, vous le sentez et vous le ressentez à travers tous vos os et muscles. Défier cette attirance est aussi difficile que soulever 200 kilos à mains nues sans être champion du monde de WWE cinq années consécutives dans la catégorie poids lourd. Et on regardait pas mal de catch à l’Underground alors je sais de quoi je parle. Je savais qu’en revoyant Abel, si je croisais son regard, je ne pourrais jamais repartir. A moins que cette lueur quitte ses yeux. Voilà pourquoi j’avais évité le Sanctuaire pendant des semaines, encore plus que d’habitude. Mais maintenant...

J’ai dégluti alors que toutes ces pensées affluaient comme un torrent dans mon esprit. Une chance qu’il ne soit pas télépathe. J’étais là, à le fixer en me retenant de fondre comme neige au soleil. Et je ne savais pas quoi dire. C’était la deuxième fois que je me retrouvais dans cet endroit un peu à contre sens, sans l’avoir prévu et qu’il me faisait ces yeux-là. Ce que je comptais faire ! Très bonne question. Et puis, quelque chose m’a frappée. Si Abel avait voulu que je parte, il m’aurait laissée partir et n’aurait pas réagi. Pour ainsi dire, il m’aurait juste aidée la veille parce qu’il n’était pas aussi raide qu’il voulait que le monde le croit. Alors j’ai souri et j’ai ouvert la bouche pour parler mais aucun son n’est sorti. Et puis, j’ai tourné la poignée pour rouvrir, m’abaissant légèrement sans quitter la porte, essayant d’éviter tout contact.

« Manger ! Je meurs de faim. »

J’ai essayé de me décaler en conservant mon sourire, comme si je voulais le rassurer de quelque chose. « Alors pourquoi tu ne vas pas... te rafraîchir un peu et, moi, je vais… » J’ai commencé à me tourner, épaule contre la porte et j’ai désigné l’extérieur d’un index.



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Abel Henoch
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Qu’on ne se leurre pas, se tenir auprès d’elle de la sorte sans la toucher tenait de la torture. Il avait l’impression que chaque fibre de son être appelait à un contact qu’on lui avait refusé pendant plus de quatre mois. Tant qu’ils avaient été séparé, il avait été conscient de son absence mais c’était maintenant qu'il l’avait devant lui qu’il se rendait compte à quel point elle lui avait manqué - à quel point il avait besoin d’elle. Cette constatation n’était pas forcément pour lui plaire.

Il avait été conditionné pour ne penser qu’à la mission, pour écarter de sa vie tout ce qui n’était pas essentiel aux buts qu’il s’était fixé. Bien sur, l’endoctrinement n’avait pas été aussi puissant pour lui que pour ceux qui avaient été arrachés au berceau par le MSS. Mais il n’en était pas moins resté une constante : ce qui n’était pas essentiel devait être ecarté. Il s’était donc convaincu qu’il entretenait son lien avec Maddison uniquement pour les informations concernant l’Underground qu'elle pouvait prodiguer.
Il réalisait seulement à quel point il s’était égaré : depuis plus d’un an qu’ils se voyaient, il n’avait jamais tiré d'elle la moindre information concernant son groupe. Il n’avait même jamais cherché à le faire. Alors pourquoi ?
Une part de lui voulait encore croire qu’il n’avait pas dépassé le point de non retour : ce n’était qu’un désir physique. Mais force était de constater, alors qu’il l’avait à quelques centimètres de lui, que cela allait au dela. Il n’était pas capable d'expliquer pourquoi ni comment il en était arrivé là. Il ne savait même pas s’il était capable de s’en détourner. A dire vrai, de l’avoir si près de lui, il n’était pas sur d’en avoir seulement envie. Et dans un coin de son être, ca lui faisait un peu peur - oui, Abel avait peur, ca arrivait, des fois. Sans rire. Et notamment, il avait peur de ce qui se passerait et de ce que cela signifierait s’il la touchait à cet instant précis.

Alors il restait là, en apparence aussi placide qu’à son habitude, mais son être était en ébullition - raisonnable, c’est Abel quand meme, faut pas déconner. Il attendait jusque que Maddison répondît.
Elle commenca par sourire, ce qui le fit légèrement froncer les sourcils. Il ne s’attendait pas à la suite. Il joua un peu de la machoire, mais que pouvait-il faire d’autre que de la laisser agir à sa guise ? Aussi ignorant des relations humaines basiques qu’il était, il se rendait en tout cas bien compte que de la forcer à quoi que ce fut contreferait ce qu’elle était profondemment.
Il poussa donc un soupir discret et eut un vague sourire.

« Tu seras encore là quand je descendrai ? » Vaine question, car elle pourrait fort bien lui mentir. Quoi qu’elle répondît, il saurait si elle lui mentait - il voulait en tout cas croire qu’il le pouvait - et il voulait trouver cette réponse dans son regard et lui ne détournait pas le sien.


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Maddison DeLuca
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De tous les sacrifices que j’avais fait, toutes les volontés que j’avais éprouvées, au cours de ma vie, au cours de mon adolescence, à la guerre comme à la maison, avec ou sans personne à défendre ou à protéger… Renoncer à Abel est probablement la chose la plus difficile qu’on m’ait demandée. Et ce n’est pas quelque chose que j’ai accompli en un jour. Ni en une seule fois. Ce jour-là était une nouvelle démonstration de ma faiblesse. Ni la première, ni la dernière.

Je déteste l’idée d’être perçue comme la part d’un couple impossible typé Romeo et Juliette. Ce qui nous a séparés n’a rien à voir avec ce que nous ressentions, ni avec les groupes auxquels nous appartenions, nous aurions pu faire face à ça. A la routine, aussi. Nous, ce qui nous a séparés, tout bêtement... C’est la même chose que la plupart des couples : nous avons eu des opinions divergentes, ce qui, à notre niveau, ne signifiait pas une petite chose. Et ça a suffit.

Alors, quand il m’a posé la question, je me suis sentie… Vidée. Tout d’un coup. Même s’il ne le disait pas, il me le faisait sentir. Dans son regard, dans ce qu’il dégageait, il me transmettait ses pensées : il voulait que je reste. Et très honnêtement, je ne comprenais plus pourquoi j’avais tant voulu l’éviter. Enfin, si, je le savais. Mais pourquoi ne pas être simplement revenue plus tôt, prétextant des doutes ou simplement trop de travail, avoir été suivie, ce genre de choses, et reprendre où nous nous étions arrêtés ? Pourquoi j’avais donc voulu que tout ça se termine ? Son sourire m’a déclarée KO par forfait. Sans réponse à ma propre question, j’ai soupiré en fermant les yeux. J’ai lâché la poignée pour me frotter le visage. Ma voix n’était qu’un murmure, une pensée basse en regardant dans le vague.

« Bon sang, Maddison… » J’ai inspiré profondément, puis j’ai rouvert les yeux sur lui. J'avais abdiqué en retrouvant un visage naturel, sans sourire et je me suis avouée vaincue. « Oui. Je serai là. » J’ai enfin hoché la tête. « Je vais… Voir ce que je trouve pour nous préparer quelque chose. » J’ai haussé les sourcils et lui ai montré la salle de bain, insistante.

Quand il s’est enfin détourné, j’ai secoué la tête, mais mes lèvres se sont étirées en un demi sourire quand je me suis retrouvée hors de la chambre, et donc, hors de son champs de vision. Il s’est agrandi une fois seule. J’ai posé mes affaires sur une chaise et je suis allée vers la cuisine en me passant une main dans les cheveux. Une habitude, j’ai allumé la radio, il était tôt et j’aimais le son que les émissions matinales produisaient. Après tout, Abel avait déjà cuisiné un petit déjeuner pour moi, une fois et je n’avais jamais eu l’occasion de lui retourner le compliment.

Dix minutes plus tard, je me suis retrouvée à préparer des pancakes recette de ma mère alors qu’ils passaient son tube ultra planétaire qui datait de 20 ans, maintenant. Une reprise qu’elle avait faite avec un mexicain populaire à l’occasion d’une grande émission de télé. Je me suis retrouvée en train de chanter ce truc entraînant en Espagnol à tue-tête - et faux - avec une cuillère, les fesses dansantes. Je connaissais cette chanson par coeur, comme tout le monde, et si je n’avais pas hérité de la justesse de sa voix, j’avais au moins gagné son timbre un peu rauque… Mais surtout de son coffre ! Chaque similitude avec ma mère était un trésor pour moi.



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Abel Henoch
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Etait-ce l’envie de fuir qu’il avait percu ? Avait elle eu l’intention de disparaitre - définitivement - pendant qu’elle le collait dans la douche ? Il n’en était pas certain. Ce dont il était sur par contre, c’est que la Maddison qui releva les yeux vers lui pour lui assurer qu’elle serait là était sincère. Elle ressemblait plus à la Maddison qu’il connaissait que celle au sourire forcé de tout à l’heure.
Il eut donc un sourire en coin lorsqu’elle lui désigna une nouvelle fois la salle de bains. Un autre que lui se serait offusqué en prétendant qu’elle trouvait qu’il puait ou un autre truc peu romantique. Mais il n’avait pas ce genre de réflexe. A la place, il acquiesça doucement et se détourna pour se rendre dans la pièce d’eau. Il fit couler l’eau et commença à se frictionner énergiquement. Ce n’est qu’en se rincant qu’il s’appuya contre le mur et se mit à réfléchir, la tête penchée entre ses bras tendus, l’eau ruisselant sur son corps. Il n’avait pas pour habitude de gaspiller l’eau - et pour cause - mais en l’occurrence, ca l’aidait à réfléchir.
Il se repassait ces dernieres années en tête, les moments passés avec Maddison, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt sur ce moment. Sur cet instant où ils avaient cessé d’être des adversaires pour être… autre chose. Il ne voyait pas où ni quand les choses avaient changées. Mais il savait désormais qu’ils partageaient quelque chose de particulier. Et il savait qu’elle ressentait la même chose. Il ignorait ce qui avait causé ce long silence, mais il était convaincu que ces retrouvailles marquait un tournant autant pour elle que pour lui.

Il coupa l’eau et se passa la main sur le visage. Le tout était de savoir quel serait ce tournant. Il vaporisa l’eau pour se sécher - l’avantage de son pouvoir : on fait des économies de serviettes - et sortit de la salle de bains pour attraper un pantalon et un t-shirt.
Il enfila un calecon propre avant son jean noir et, t-shirt blanc à la main, il descendit vivement l’escalier, pieds nus, marquant néanmoins un temps d’arrêt en entendant la musique brailler. Pas que la musique d’ailleurs. La voix de Maddison tentant d’interpréter un morceau qui lui était vaguement familier le fit hausser un sourcil. Il enfila son t-shirt et s’approcha de l’entrée de la cuisine d’un pas feutré. Ce n’est que le pas de porte atteint qu’il vit Maddison se dandinant en rythme, en train de traficoter il ne savait quoi - et il s’en fichait.
La vision était tellement inattendue qu’il se fendit d’un sourire en coin. Il croisa les bras et s’appuya contre le chambranle de la porte, et la regarda faire. En silence - as usual. Décidé à ne pas rompre ce moment de lui-même.


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Maddison DeLuca
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Le tout était de ne pas se tromper dans la chorégraphie. Et en ça, j’étais une experte, après-tou, je l’avais aidée à la créer, non ? Je n’avais que 7 ans et beaucoup de souvenirs de cette époque s’étaient effacés. Mais pas celui-ci. Nous vivions à Los Angeles à ce moment-là et je me suis souvent demandée ce que ma mère serait aujourd’hui si sa carrière s’était poursuivie. Quand je pense que la mère d’Amber apparaît sur son album, ça me fait toujours bizarre. Nous sommes proches et pourtant si différentes, lointaines.

Alors, entre deux pancakes… Je dansais. Et en ça, en revanche, je n’étais pas mauvaise. Bien sûr, je ne l’ai pas entendu arriver, l’inverse m’aurait surprise. Je déambulais et une fois le pancake dans l’assiette, je me suis servie de la poêle comme micro. Je l’ai reposée sur le feu. Sean m’avait appris une ou deux choses, comme créer des personnages… Un stormtrooper, un lapin crétin… Je n’étais pas douée en dessin mais à force de les faire, j’avais pris le coup de main. Pour quelqu’un qui ne voulait pas d’enfants, je n’étais pas si mauvaise pour m’en occuper, pourtant. Mais c’est une chose de les avoir 1h avant qu’ils retournent chez leurs parents, que de les garder à vie.

Je ne sais pas si Abel parlait Espagnol - j’imagine… - Mais en tout cas, mes paroles n’avaient pas un grand sens très… littéraire. Mais c’était amusant, c’était entraînant et c’était le principal. Ignorant mon admirateur secret, je me suis hissée pour attraper le sirop d’érable - je savais où il le cachait… - dévoilant mon tatouage dans le bas de mes reins sous mon t-shirt. Et puis… Je me suis penchée pour attraper une assiette dans un des placards du dessous, dévoilant autre chose. Lui, il avait pris le temps de se rhabiller complètement. Moi, j’avais juste troqué un débardeur trempé contre un t-shirt sec et un pantalon serré, mouillé aussi à attraper la mort par… Rien. Et Abel était grand et costaud, mais je n’étais pas en reste. Là où pour toutes les filles, son truc aurait fait guise de pyjama, pour moi, il était juste un peu grand. Et j’ai remué des fesses jusqu’à ce que je me redresse.

La chanson s’est terminée et pendant que les pubs passaient, j’ai continué à chantonner pour moi-même en dodelinant de la tête. Pendant que le pancake cuisait, j’ai répondu à un ou deux messages sur mon téléphone puis je me suis tournée pour le reposer sur la table dans mon dos, face à Abel. Et c’est là que je l’ai vu. J’ai sursauté. Le genre de sursaut qui vous fait faire des faux mouvements. Mon poignet a heurté le manche de la poêle, créant un effet balance et le pancake a volé à travers la pièce. J’aurais pu m’indigner ou rougir, ce que vous voulez, mais au lieu de ça, j’ai simplement souri en fermant les yeux une seconde, une main sur la poitrine pour essayer de calmer le coeur battant.

« Depuis combien de temps tu es là ? »



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Abel Henoch
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Appuyé au chambranle de la porte de la cuisine, il se demandait quoi faire, tout en appréciant le moment et en répugnant à le rompre. Pourquoi le rompre, d’ailleurs ? Il ne l’avait jamais vue ainsi, et il découvrait toute une nouvelle facette de la jeune femme. Et ca lui plaisait.
Il ne connaissait pas ce détachement, cette façon de se libérer de toute maitrise et de s’abandonner - à la musique, par exemple. Ca ne rentrait pas dans son éducation, dans sa formation, dans son mode de fonctionnement. Alors là qu’il était témoin de ce que cela pouvait être, il en observait l’expression avec une certaine curiosité - et un plaisir évident.

Lorsqu’elle se mit à utiliser la poêle comme micro, il sourit plus largement. Il était lui-même incapable d’imaginer ce genre de choses. Imaginer faire ce genre de choses. Ce n’était absolument pas dans son mode de fonctionnement. Ca aurait pu, mais la spontanéité avait quitté sa vie quand il avait quitté l’Islande. Alors l’observer chez quelqu’un d’autre - à fortiori chez Maddison - avait un côté fascinant.

Lorsqu’elle se pencha pour attraper une assiette, ce sont ses sourcils qui se haussèrent, surpris. Non qu’il ne l’avait jamais vue sous cet angle, mais c’était tellement inattendu… Et le déhanchement-frétillement le fit encore plus sourire. En fait, un autre aurait surement rit, et il n’en était pas loin. Mais il préférait la garder ainsi, fraiche, détendue - comme il l’aimait. Même s’il ne le dirait jamais de cette façon.

Et puis la chanson s’arrêta, et elle continua de chantonner. Le sourcil haut et un sourire mutin aux lèvres, il attendait le moment où elle le repérerait - ce qui ne manqua pas d’arriver, avec un grand sursaut et le sacrifice d’un pancake. Il ferma les yeux et baissa le nez comme s’il se retenait de rire et releva les yeux pour la regarder alors qu’elle lui demandait depuis combien de temps il était là - depuis combien de temps il la regardait.

« Depuis assez longtemps pour savoir que tu sais mieux danser que rattraper les pancakes… » Dit-il avec un coup d’oeil pour la crêpe assassinée, au sol.
Il se fendit d’un sourire en coin. « Je dois d’ailleurs te remercier pour la vue... » Il s’avanca d’un pas, les bras croisés, vers Maddison. Plus un test qu’autre chose : avec ses quatre mois de silence, il n’était pas sur qu’elle réponde favorablement à une approche.


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Maddison DeLuca
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J’ai rougi en souriant. Ah si seulement j’avais pu le voir sourire. Je savais qu’il n’était pas incapable de rire, ni même de sourire naturellement, mais c’était le genre de choses qui arrivaient si rarement que c’était toujours chaque fois un peu plus un véritable trésor. Alors qu’il s’approchait, j’ai instinctivement fait un pas en arrière, dissimulant mon mouvement en me penchant pour récupérer la poele et le pancake. Je me suis redressée en inspectant la petite galette dorée et j’ai reposé l’ustensile sur le feu. J’ai soufflé dessus et je l’ai porté à ma bouche pour le goûter - et aussi parce que j’avais vraiment faim. Pas de gâchis à Libération mais nous en faisions aussi le moins possible à l’Underground.

La radio, au retour de pubs, s’est fendue de quelques mots sur ma mère en rappelant son nom et une partie de sa (courte) carrière. Elle n’avait pas fait grand chose mais une seule avait suffit. Se rappeler de son nom était toujours difficile mais la chanson, tout le monde la connaissait.

« Merci… pour hier. »

J’ai éteint le feu et lui ai souris en me retournant vers lui. J’aurais peut-être préféré qu’il n’agisse pas. J’aurais peut-être pu préférer qu’un autre intervienne. Mais j’étais contente qu’il l’ait fait lui, et pas un autre. Mon pancake dans la bouche, j’ai pris l’assiette et la sauce et je suis revenue dans le saloon pour poser le tout sur une des tables.

« Les premiers beaux jours, c’est fatal pour moi. »

Je lui ai montré l’assiette d’un index avant de le tordre entre mes autres doigts.

« Je t’ai fait des personnages, je connaissais pas ton préféré alors j’ai fait un de chaque. »

J’ai regardé dehors puis j’ai attrapé mon pantalon pour l’enfiler.

« Je vais pas m’attarder… » J’avais juste dit que je serais là quand il reviendrait, pas que je resterais. « Je ne voudrais pas qu’on me trouve ici. » J’ai sauté pour remonter mon pantalon avant de reprendre mon morceau pancake et de le finir.



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Abel Henoch
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Si elle avait tenté de maquiller son esquive, Abel n’était pas dupe. Il ne savait pas - et ne saurait pas de sitot - la raison de sa disparition pendant ces derniers mois, mais il ne faisait aucun doute que ca avait sérieusement entamé sa spontanéité. Elle n’était clairement pas à l’aise, et il se demandait ce qui avait pu arriver pour qu’elle soit aussi gauche - plus gauche que lors de leur premiere rencontre. Alors il avait ralenti son avancée pour ne pas lui mettre de pression, mais il n’avait pas cessé de réduire l’espace entre eux. Il s’était fendu d’un léger sourire « yeah whatever » quand elle le remercia.

« Je sais. Ce n’est pas la premiere fois, tu sais… » L’année précédente avait vu se produire le meme genre de situation, c'était à cette occasion qu’elle lui avait expliqué quoi faire. Seulement l’année précédente, ca n’avait pas été leur premier contact apres des mois de silence. Plutôt intense comme retrouvailles...

Il n’était plus très loin d’elle quand elle lui passa à côté avec les pancakes et le sirop d’érable - qu’elle se permette de fouiller dans SA cuisine en disait long sur l’état de leur relation, malgré tout - et retourna dans la salle du Saloon. Il bloqua un temps avec un sourire ironique et se tourna pour la suivre, d’un pas lent. De même, il contourna la table, regardant ce qu’elle avait préparé avec un sourire en coin. Les petits personnages réalisés par Maddison ne lui évoquait pas grand chose. Ses cours de culture américaine, vaguement… Néanmoins, c’était amusant, et elle s’était donné du mal.

« Tu sais… J’en n’ai pas vraiment, alors… Mais c’est… Mignon ? » Maddison enchaina et ce n’était pas plus mal. Au moins, ils n’auraient pas à épiloguer sur son « mignon ». Ce n’était pas vraiment dans son vocabulaire habituel. Par contre, le fait qu’elle envisage de partir rapidement lui fit froncer les sourcils. Il se rapprocha avec douceur d’elle une nouvelle fois, les yeux dans les siens. Elle se recula à mesure qu’il avancait en direction du comptoir.
« Il n’y a pas plus de risque que d’habitude qu’on te trouve ici... » Eve était passée la veille, et elle était la seule à débarquer au Saloon à cette heure-ci. En général. Et d’habitude, ca ne la dérangeait pas.
Il s’arrêta lorsqu’elle heurta le comptoir. Il ne la coinca pas plus, se contentant de maintenir un minimum de distance sans la toucher et de la regarder avec un sourire en coin.
« Il n’y a pas plus de raison que d’habitude de se précipiter... »


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Maddison DeLuca
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Je n’ai même pas fait attention au terme « mignon ». J’étais bien trop pressée de partir. J’ai relevé la tête pour ramener mes cheveux en arrière, les mains sur le bouton de pantalon. Et puis je l’ai vu approcher. J’allais rétorquer quelque chose comme « On n’est jamais assez prudent. » Mais je nous trouvais plutôt ironiques d’engager une telle réflexion. J’ai dégluti en me redressant, oubliant mon pantalon et son t-shirt est retombé sur mes hanches alors que je reculais.

J’avais envie de le toucher, j’avais envie de sentir son contact. Mais je savais que si je cédais, je ne pourrais jamais quitter cet endroit. Alors je suis devenue quelque peu blême, essayant de conserver tout ce qui me restait de courage et de volonté pour le garder éloigné et nous protéger. Lui comme moi. L’Underground comme Liberation. Vous voyez, j’ai essayé. Mais il ne m’a pas rendu les choses faciles.

Mon dos a heurté le comptoir et je me suis raidie, de moins en moins à l’aise. Détourner mes yeux des siens était impossible, comme si une force m’en empêchait et qu’une autre m’attirait. J’ai senti mes veines cogner dans mes tempes et mon coeur battre d’autant plus dans ma poitrine. Cette fois, il était clair que je l’évitais et qu’il s’en rendait compte. J’ai soutenu son regard quelques secondes, les yeux ronds de ne pas savoir quoi répondre ni quoi justifier. J’ai finalement menti avec une voix plus douce que je ne m’en pensais capable. Avec une pointe désolée, peut-être.

« J’ai beaucoup de travail… »

J’ai baissé les yeux dans un sourire que je n’avais pas cherché à faire des plus tendres mais que j’aurais volontiers accompagné d’une caresse sur sa joue. Mais j’ai retenu mon geste à temps en serrant le poing, accentuant un peu plus mon sourire d’excuse. J’ai rentré la tête dans les épaules en glissant contre le comptoir, comme si je cherchais à me protéger de son propre toucher.

« J’ai oublié mon téléphone. »

J’ai rasé les murs jusqu’à la cuisine et j’ai récupéré mon portable sur la table en soupirant avant de me retourner pour sortir, bien décidée à quitter les lieux, une bonne fois pour toute. Je n’étais pas prête pour ça. Je n’en étais même pas capable. Je ne savais pas pourquoi mais si je ne partais pas maintenant… Je ne partais jamais.



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Abel Henoch
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Il aurait vraiment aimé savoir ce qui était à l’origine de son trouble. Lui ? Pourquoi aurait-elle été au Sanctuaire, alors, s’il était un probleme ? Pour autant qu’il en savait, elle n'avait pas l’habitude de venir aussi loin de Polis District. D’un autre côté, vu son empressement à se faire la malle un instant plus tôt, c’était possible, après tout. Avait-il fait une erreur ? Il n’en avait pas eu l’impression, mais ca pourrait expliquer son silence des mois derniers et sa distance aujourd’hui. Mais comment savoir ? En lui demandant, sans doute, mais en l’état, il avait surtout envie de voir disparaitre l’espace entre eux. Et puis elle s’esquivait moins il se sentait patient. Il subissait une situation qu’il ne comprenait pas et dont il ne voyait que deux issus : soit il réclamait des explications et la discussion ne serait pas agréable, soit il laissait parler son instinct et envahissait son espace personnel.
Et lorsqu'elle sortit l’excuse de son travail pour s’esquiver une nouvelle fois, il prit son parti.

Il lui emboita le pas pour la rejoindre dans la cuisine, et il n’était pas question qu'elle s’esquive, cette fois. Sans hate mais avec conviction et le regard braqué sur elle, il s’approcha de Maddison. Il n’était pas question qu’elle recule, en tout cas pas sans raison. Il n’allait donc plus lui laisser de choix. Elle n’avait de toute facon que le comptoir de la cuisine derriere elle et aucune autre issue.
Dans le même geste à la fois impérieux et tendre, il passa une main sur sa taille puis dans son dos, l'autre lui pris la nuque et se perdit dans ses cheveux. Et puis apres avoir croisé son regard une derniere fois, il l’embrassa. Qu’il se serrait contre elle ou qu’il la serrait contre lui, c’était difficile à dire. Dans cette étreinte, il prenait pleinement conscience de ce qu’elle lui avait manqué et à quel point il avait dépassé toutes les limites acceptables, compte-tenu de leurs histoires respectives. Il aurait été incapable de mettre des mots dessus, mais les choses étaient néanmoins limpides : il avait besoin d’elle, et c’était quelque chose qui lui était totalement nouveau.

Après un temps qui lui parut à la fois trop court et infini, il se recula lentement, caressant son nez du sien et posa son front sur le sien.

« Reste. » dit-il seulement, son pouce caressant sa joue.


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Maddison DeLuca
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Bien sûr qu’il ne lâchait pas. Je me suis figée et j’ai entrouvert les lèvres en reconnaissant son regard. Je l’avais déjà vu et j’ai commencé à secouer la tête en faisant un pas en arrière.

« Non. S’il te plaît, ne me fais pas ça. » J’ai cessé de respirer en sentant sa main sur ma nuque avec l’impression de me brûler. Mes joues se sont empourprées et j’ai fixé ses yeux en continuant de secouer la tête. « Laisse-moi partir… » Dieu m’a été témoin que j’ai essayé de résister. Je n’ai rien lâché, jusqu’au bout. J’ai résisté, avec violence et volonté. Je lui ai demandé de me libérer. Ironique, vous ne trouvez pas ? En guise de réponse, il m’a faite taire, ma tête basculant en arrière sur le coup. J’imagine que Dieu, dans sa grande bonté - s’il avait un quelconque rôle à jouer là-dedans - ne m’en a pas voulu de céder. Je n’ai pas répondu tout de suite. J'ai essayé. J’ai lutté. Encore. Mais sa chaleur, son simple contact et je sentais son coeur dans sa poitrine contre la mienne. C’était assez étrange, cette sensation que j’avais. Je ne lui en avais jamais parlé, je crois. J’avais énoncé le sentiment, une fois, qui avait conduit à ce que nous étions devenu, petit à petit, au fil des mois. Le sentir vivant. Le savoir vivant. Le voir vivant était la chose la plus importante dans ma vie. Ca le rendait chaque fois un peu plus… Réel.

J’ai cédé.

Je me suis redressée pour lui répondre, le faisant presque reculer d’un pas à son tour et mon portable a glissé de mes mains alors que je les portais à à ses épaules, puis son cou. Je n’ai même pas entendu le téléphone s’éventrer sur le sol. Je me suis surprise à respirer pour la première fois depuis des semaines… Depuis des mois. C’était ma façon de lui dire combien il m’avait manqué. Ma façon de lui dire que je l’aimais. J’ai serré le col de son t-shirt entre mes doigts pour le serrer d’autant plus contre moi, même quand il s’est reculé de quelques millimètres. Je n’ai pas rouvert les yeux, le souffle court et je l’ai laissé faire sans rien dire, un sourire grandissant sur mes lèvres. M'embrasser, c’était sa façon de me dire que je lui avais manqué. Me dire de rester, c'était sa manière de me dire qu’il m’aimait. J’ai acquiescé doucement, mon sourire s’étirant encore plus.

« D’accord. » J’ai enfin rouvert les yeux dans les siens et j’ai appuyé mes lèvres contre les siennes en étouffant un demi rire alors que mon pouce longeait doucement son arcade. « Tout ce que tu voudras. » Et j’ai refermé les paupières en jouant de mon nez avec le sien avant de me répéter dans un murmure. « Tout ce que tu voudras. »



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Abel Henoch
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Elle n’aurait eu qu’un seul moyen d'éviter le contact qu’il voulait à tout prix, c’était d’utiliser son pouvoir, parce qu’aucune de ses paroles, aucun de ses gestes n’auraient pu l’empêcher d’aller au bout, aurait-il du en mourir. Et dans un premier temps, elle continua de résister, de se refuser à lui. Et puis il sentit le moment où elle s’était abandonnée et lui rendait son étreinte. Voire même le renvoyait dans ses cordes avec fougue.

Bon sang ce qu’elle lui avait manqué...

Il savourait chacune de ses réponses, avec une conscience aigue de chacun des gestes de Maddison : sa poitrine contre la sienne, le moment où elle s’est redressée, l’obligeant à résister à son étreinte à son tour, ses mains sur ses épaules et son cou, ses doigts sur son t-shirt l’attirant à elle… Que le portable de Maddison était aller étreindre le sol, par contre, ca lui était passé loin au dessus. Rien ne l’intéressait d’autre à dire vrai. Avec du recul, une part de lui finirait par s’inquiéter un peu de cet oubli total de son environnement lorsqu'il était avec elle.

Lorsqu’ils avaient arrêté leur baiser, elle avait gardé les yeux fermés, mais elle souriait. Et sa réponse fit sourire Abel alors qu’il jouait avec ses cheveux. Tout ce qu’il voudrait ? « Vraiment ? »
Ses mains glisserent le long de ses hanches puis de ses côtés et il la prit sous les aisselles et la souleva pour l’asseoir sur le comptoir avec un sourire mutin. Il l’incita à lui passer les jambes autours de ses hanches et l’enlaca pour l'embrasser à nouveau, passionnément. Et puis, il se recula, les yeux plongés dans les siens. Il lui passa une nouvelle fois la main sur la joue et dans la nuque avec un sourire un peu rêveur.

« Tu as vraiment besoin d’aller bosser ? »

Spoiler:
 


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Maddison DeLuca
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Peut-être pas « tout » ce qu’il voudrait. J’ai souri un peu plus, cependant, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de répondre et de lui faire part de certaines craintes qu’il m’avait déjà soulevée et moi… Je me suis raidis en inspirant profondément avant de recevoir ses lèvres contre les miennes. Légèrement détendue, je lui ai finalement souri, mes mains sur son torse remontant vers ses épaules. Je me suis mordue une lèvre à sa question et j’ai finalement secoué la tête.

« Non… Pas avant cet après-midi. » Je l’ai embrassé à mon tour, brièvement et je l’ai poussé du nez. « Ca va être froid. »

Ce n’était pas vraiment dans ses habitudes que je lui dise… « Non ». Même si je ne l’avais pas prononcé de façon explicite, j’espérais que mon message serait assez clair. Il était intelligent et voyait toujours plus de choses que le commun des mortels. Mais je ne voulais pas le repousser. Plus maintenant. C’était étrange. J’avais atterri chez lui la première fois, un peu de la même façon. J’étais restée le matin… Un peu pour les mêmes raisons. Il y avait encore des pancakes et du sirop d’érable dans l’équation, ainsi qu’un téléphone portable. Je me souvenais très bien comment ça s’était terminé, j’en avais toujours des frissons quand je me repassais les images dans la tête. Mais je ne voulais pas que ça soit comme ça aujourd’hui. Je voulais… Autre chose.

Cette fois, c’est moi qui suis revenue l’embrasser en passant mes mains dans le bas de son dos. Je l’ai resserré contre moi d’autant plus, malicieuse et avec un immense sourire amusé.

« Moi, je me souviens d’avoir fait honneur à ton petit déjeuner… »



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Il n’avait pas eu vraiment d’autres intentions. Il n’avait pas non plus oublié leur premiere rencontre, mais il n’éprouvait pas les mêmes choses qu’à ce moment là. Alors, ils venaient juste de se rencontrer et la situation était tres différente. Encore qu’il ne suffirait pas de grand chose à Maddison pour réveiller cette faim d’elle qu’il pouvait parfois avoir. Mais en l’occurence, il voulait profiter de ce qu’il avait cru avoir perdu. La simple présence de la jeune femme suffisait à satisfaire ce sentiment de vacuité qui l’avait pris depuis plusieurs semaines.
Une routine ? Pas vraiment. Mais une familiarité confortable sur laquelle il pouvait compter et qui le rassurait.

Il sourit quand elle lui confirma qu’elle n’était pas si pressée que cela, tourna la tête en direction de la salle et sourit plus largement en sentant les bras de la jeune femme l’enserrer un peu plus et l’embrasser.
Il plongea les yeux dans les siens, franchement amusé.

« Je m’en souviens oui. Mais en l’état, je peux difficilement rejoindre ma chaise… »
Il plaqua ses mains sur ses fesses pour la ramener plus étroitement contre lui, alors qu’il caressait sa joue de son nez, descendant dans son cou pour y déposer ses lèvres.


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Maddison DeLuca
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Ses mains sur moi, qui me rapprochaient encore plus de lui, j’ai senti mon corps se raidir encore plus et ma tête rentrer dans mes épaules. Que je fasse le geste était une chose, qu’il prenne les devants me rendait frileuse. J’ai inspiré profondément en frissonnant au contact de ses lèvres dans mon cou et j’ai fermé les yeux dans une grimace, regrettant déjà mon geste.

Mes mains ont rejoint son torse pour le reculer doucement. J’ai rouvert les yeux pour lui sourire et je me suis laissée glisser de la table. Je n’avais pas conscience à cet instant de tous les films que Abel pourrait se faire compte tenu de mon comportement pour le moins… lunatique. J’avais encore moins conscience de l’importance qu’il m’accordait. Mais lui non plus, je crois bien.

Je ne voulais pas le repousser, j’étais juste… frileuse. Peu encline à être proche de lui dans ce « sens ». Et puis j’ai vu mon téléphone et j’ai pesté dans un soupir avant de me pencher, ramenant mes cheveux en arrière. J’ai ramassé l’objet avec une moue dépitée.

« Il était neuf… »

Je me suis relevée et j’ai recollé les morceaux ensemble avant de reporter mon regard sur lui… Et de lui sourire à nouveau. Un aspect de moi qu’il ne connaissait pas : la timidité.



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Il cilla légèrement quand elle le repoussa. Ce n’était pas un rejet violent, cela ressemblait plus à une demande de temporiser, plutôt. Il n’y voyait à vrai dire aucun probleme, dans le fond. Ils ne s’étaient pas vus depuis plus de quatre mois, et sans raison énoncée. C’était un non-dit qui existait entre eux, et s’il n’était pas nommé à proprement parlé, il créait forcément une gène entre eux. C’est à cela qu’il attribuait la réserve de la jeune femme, sans se douter une minute du sujet précis du non-dit.

Il se laissa donc faire avec un sourire en coin et la laissa ramasser les restes de son téléphone défunt.

« Techniquement, il l’est toujours. Juste, ca ne se voit pas. Tu n’as pas un technopathe capable de le remettre en état ? » Demanda-t-il en se dirigeant vers la table à nouveau.
Il s’efforcait de faire preuve d’une certaine nonchalance, lui laissant la place dont elle semblait avoir besoin. Forcer les choses ? Mauvaise idée et certainement pas dans la nature d'Abel.

Il s’installa à la table dressée par Maddison et se tourna vers la cuisine. « Je t’attends… Un petit dej pareil, ca s’honore à deux ! »


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Maddison DeLuca
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J'ai acquiescé.

"Si, j'ai quelqu'un mais... Enfin, je n'ai pas envie de l'embêter avec ça. Et puis, en terme de carrosserie, il ne pourra rien faire, de toute façon."

Concentrée sur les débris de mon téléphone, je l'ai laissé s'éloigner, ressentant à nouveau le vide de sa présence sans trop m'en rendre compte. Une fois que l'on touchait Abel, c'était comme un magnétisme. Lorsqu'il s'éloignait suffisamment, c'était comme si ce magnétisme, cette pression, s'estompait jusqu'à disparaître. Avec lui, je me sentais si vivante que lorsqu'il n'était pas là, j'avais l'impression d'errer comme une âme en peine. Il était mon énergie. Vous croyez qu'on appelle ça des âmes soeurs ? Vous pensez que c'est ça ?

En entendant sa voix, j'ai relevé la tête, les yeux alertes portés sur lui. Et mon visage s'est illuminé dans un immense sourire. J'ai laissé les restes de mon téléphone sur la table de la cuisine et je l'ai rejoint. La musique nous parvenait comme un bruit de fond et un peu plus, on aurait pu croire que tout était normal dans le plus normal des mondes. Je suis passée à côté de lui et mes doigts ont caressé sa nuque avant de glisser sur sa gorge. Je me suis penchée sur lui pour lui embrasser la joue.

"Honorons, alors."

Je me suis laissée glisser contre lui pour m'installer sur ses genoux, un bras enlaçant son cou, tout en regardant la table. J'ai tendu une main pour prendre un pancake et lui présenter fièrement... et pédagogiquement.

"Je te présente Monsieur Patate."

Je l'ai fait danser au rythme de la musique le penchant d'un côté puis de l'autre, et je l'ai présenté aux lèvres d'Abel avec un immense sourire plein de dents.

"Une façon ludique d'apprendre à connaître ses grands classiques."



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Abel Henoch
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Sans qu’il en ait vraiment douté, elle vint le rejoindre avec une caresse et un baiser. Il se fit la réflexion qu’elle était un peu difficile à suivre, entre rejet et affection. Encore une fois, il se demanda ce qui avait pu se passer pendant ces mois de silence pour l’inciter à couper la communication de la sorte. Le fait qu’elle soit là l’incitait à penser qu’il n’en était pas la cause. Alors quoi ? Son travail ? L'Underground ? Dans un cas comme dans l’autre, il ne pouvait de toute facon pas le lui demander. Il n’avait pas à s’ingérer dans ces affaires là. Mais cela ne l’empêchait pas de s’inquiéter passablement pour elle. Aurait-elle eu un probleme grave qu’il n’aurait eu aucun moyen de le savoir… Mais après tout, c’était le lot qu’il avait accepté depuis plus d’un an, désormais, sauf que sa réaction témoignait d’à quel point leur relation avait pris plus d’importance qu’il ne l’avait souhaité au départ.

Plus curieux encore que ces gestes doux, elle vint s’installer sur ses genoux. Décidément bien ambivalente, aujourd’hui… Il l’accueillit néanmoins avec un sourire bienveillant, son bras trouvant naturellement sa place autours de sa taille.
Son sourire se fit largement amusé lorsqu’elle entama sa petite danse du pancake, ou plutôt de Monsieur Patate, peu importe de qui il s’agissait. Avec un petit rire, il attrapa la crêpe de sa main libre, la considéra un instant avant de regarder à nouveau Maddison en
levant légèrement l’objet de son éducation.

« Monsieur Patate, hein ? D’accord… Et c’est un classique qui vient d’où ? »


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Maddison DeLuca
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Ah pour ça oui, j'étais chancelante dans les émotions. Mais les habitudes reviennent vite en général. Le temps qui s'était écoulé sans lui, et même si je commençais à m'y faire... Il n'avait pas fallu plus d'un baiser pour que revienne. J'aurais aimé dire que tout était redevenu comme avant, mais je me leurrais. J'ai souri doucement à sa question, sauf que je ne le regardais pas lui. Sur ses genoux, légèrement en hauteur, je regardais sa tempe, mon pouce lui caressant évasivement. J'ai haussé les épaules.

"Je ne sais pas." Mes doigts se sont faufilés dans ses cheveux en une carresse. "Je ne cherche pas l'origine de tout, ça ne m'intéresse pas forcément, j'aime bien prendre les choses comme elles viennent et si je les apprécie, alors tant mieux."

J'ai baissé les yeux dans les siens et je lui ai souri d'autant plus. Je parlais bien sûr du pancake.

"Bon, et celui-ci, alors ?" Je me suis à nouveau attachée à son cou pour y prendre appui alors que je me penchais pour prendre un autre pancake et lui montrer. "Non ? Rien ? Quoi, tu n'as jamais regardé de dessins animés ?" Qui ne connaissait pas Bob L'éponge ?! En attendant, j'ai enfourné le pancake dans ma propre bouche. En me regardant les doigts, les bajoues gonflées, j'ai demandé.

"Tu es sûr que personne ne va débarquer ? C'est pas comme si chez toi, c'était super fermé et verrouillé... Tu n'as jamais songé à te prendre un endroit plus à toi et intime ? Je veux dire, combien de personnes passent par ici tous les jours ? A se demander si c'est vraiment chez toi ou si tu dors dans une liquette dans un coin de ton bureau." J'ai porté mon pouce à mes lèvres pour en récupérer le sirop et je l'ai dévisagé. "Mon chef des fois, il fait ça." Et j'ai haussé une épaule. "Je trouve pas ça très sain mais... Vous êtes des hommes qui travaillent tout le temps, je comprends. Homer Simpson ?" J'ai haussé les sourcils en lui présentant un nouveau.



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Abel Henoch
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Il écouta son explication avec un sourire en coin. Pour sa part, il avait été formé à chercher les détails, alors l’origine des choses, il s’y attachait beaucoup. Il était par contre beaucoup plus mauvais avec les gens : il ne savait pas quoi chercher, quoi demander, comme à présent avec Maddison. Il se contentait d’apprécier sa présence, comme elle le disait.

« En tout cas, lui, je l’apprécie. » Répondit-il en déglutissant sa bouchée de pancake.
Lorsqu’elle lui présenta le nouveau personnage, il secoua la tête à la négative.
« Les dessins animés ne faisaient pas vraiment partie de ma formation. » Et il n’avait pas vraiment gardé de souvenir de ce qu’il pouvait regarder avant le MSS. En tout cas, le petit personnage présenté par Maddison ne lui évoquait qu’une brique avec un sourire débile.

« Personne ne vient à cette heure ci sans que ca ne soit prévu. Ils connaissent mon programme matinal, et ils n’ont pas besoin de venir. Et puis oui, c’est chez moi. Je te rappelle que tu as visité ma chambre dès ta première venue ici... » Dit-il avec un regard entendu, avec une lueur coquine en prime, prouvant qu’il gardait par ailleurs un tres bon souvenir de leur premiere nuit ensemble. Mais il reprit son sérieux avec un froncement de sourcils en regardant le nouveau pancake qu’elle brandissait devant lui.
« Un aspirateur ? »


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Maddison DeLuca
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"Un as..." J'ai regardé le pancake en fronçant les sourcils. "Nonnnn !!! Homer Simpson ! Oh allez, c'est le plus connu de tous !" J'ai ri et j'ai gonflé la poitrine en me raclant la gorge pour entreprendre ma meilleure imitation du personnage. Et après une légère toux, j'ai même imité sa femme Marge ! J'avais été une enfant un jour et j'avais passé des heures devant une télé. Et à ce moment-là, je ne savais pas encore d'où Abel venait. Alors ça me semblait absurde ! Sa formation n'avait pas pu commencer avant qu'il n'ait la joie de la télé. Mais comme le reste de mes questions, je n'ai rien demandé.

"Et ta chambre est très impersonnelle. Comme le reste de cet endroit. Détrompe-toi, je suis toujours très bien dans... Ta.. Chambre." Mon nez a grogné dans un rire moqueur avec l'impression d'être une lycéenne qui passe par la fenêtre sur le toit pour rejoindre son Romeo. "Et si un jour, ils ont une urgence ? Ou qu'ils n'ont pas compris que ton... Programme matinal inclut quelqu'un comme moi ?" J'ai haussé les sourcils en resserrant un peu mon bras autour de son cou et approchant mon nez du sien. Et puis je lui ai montré un nouveau pancake : un Stormtrooper. "Je devrais appeler mon bonhomme ici présent en renforts, tu crois ?"



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Abel Henoch
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Abel sourit à l’imitation de la jeune femme. Ou plutot aux deux imitations. Mais malgré l’effort de Maddison, ca ne lui évoquait strictement rien. Certes, sa formation avait intégré des éléments de la culture US. Mais il y avait tellement de choses à retenir qu’il en avait oublié plus que sa part. Il en savait assez pour ne pas passer pour un pur étranger, mais tout ce qui faisait les souvenirs communs de toute cette population lui était étranger pour l’essentiel.

« Impersonnelle ?? » Il haussa un sourcil dubitatif. Il trouvait que sa chambre était plutôt sympa pour ce qui le concernait. « Je croyais que les ambiances bois étaient plutôt appréciées par ici… D’après les magazines, ca donne une ambiance chaleureuse, et je suis assez de cet avis... » Il n’ajouta pas que comparé aux cellules de béton qui avaient hébergé son enfance, sa chambre était d’un luxe incroyable. Et sacrément plus chaleureuse. Surtout, il l’avait choisie comme ca.
Le reste lui tira une petite grimace. « Même en imaginant que ca arrive, on aurait le temps de se mettre de la distance et prétexter ensuite que tu viens de n'importe où sauf de l’Underground. Une maraichaire du Canada par exemple… Je te verrais bien cultiver des salades au fin fond du Saskatchewan... » Il regarda le pancake d’un air concentré.
« C’est un bonhomme ? Je croyais que c’était un transistor... » Il désigna les gros yeux d’un doigt. « Les hauts parleurs... » Et puis la grille respiratoire. « … et les plages de programmation de la fréquence… Il vient d’où ce bonhomme-radio alors ? »


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Maddison DeLuca
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"Une ambiance, ça ne personnalise pas un endroit."

Avec un léger rire, attendri, je jouais de mes doigts dans son cou. Des moments comme celui-ci, nous en avons eu plus qu'il n'y paraît. C'était même assez notre quotidien, si toutefois on pouvait appeler ça comme ça. Parfois, on se retrouvait chez lui mais en général, c'était soit en Ville Basse, soit on prenait nos motos pour aller se balader sur les routes. C'est étrange de se dire que quelque part, on était heureux ensemble. Compte tenu de nos vies respectives, c'était assez paradoxal. Je me demande souvent pourquoi on se cachait. On se faisait confiance même sans se le dire, après tout. Je crois qu'on aimait notre intimité plus que tout. Ca l'apaisait autant que moi.

J'ai haussé une épaule sans le quitter des yeux, mon pouce glissant sur sa nuque.

"Je te dis ça mais ça m'est égal, tu verrais la mienne, il n'y a rien. C'est un bloc de béton avec une ampoule qui tombe du plafond. J'ai un bureau, je ne m'en sers pas à part pour jeter des fringues. De toute façon, je ne vois jamais cette pièce, je ne fais qu'y dormir, alors..."

Avec le recul, je me rends compte du nombre de fois qu'on s'est croisés. Soit par la pensée, soit dans nos expériences... Mais comme on ne disait rien ou presque, on ne pouvait pas savoir. A ce moment, je ne savais surtout pas d'où il venait, je ne connaissais pas jusqu'à son nom. J'ai haussé les sourcils en figeant mon geste dans son cou, l'air désabusé.

"Des salades ? Vraiment ? Une maraichère ? Oh vraiment !" J'ai ri et je lui ai donné une légère tape sur l'épaule quand il s'est moqué de mon Stormtrooper. Malgré tout, j'ai serré mon bras autour de lui pour lui embrasser la mâchoire en riant. J'ai tourné la tête, collant ma joue contre la sienne et j'ai suivi son doigt. De vous à moi, il avait tellement raison que j'en suis restée interdite. Vu comme ça... Et quoi, même ça il ne connaissait pas ?! J'ai tourné le visage pour voir le sien et un sourire a largement étiré mes lèvres. Je l'ai étudié quelques secondes, cherchant comment répondre à sa question simplement, facilement et avec honneur. Si le reste n'avait pas grand intérêt, les origines de celui-ci méritaient d'être saluées. Alors, d'une voix douce, avec des yeux qui le dévoraient, j'ai repris.

"Il vient d'un mythique film centenaire (ouioui), dont la morale dit : 'Que la force soit avec toi.'" Mon pouce a dessiné un arc de cercle sur sa joue alors que je me penchais pour embrasser ses lèvres, délicatement. J'ai reposé le Stormtrooper dans son assiette, dans mon dos, pour libérer ma main afin qu'elle rejoigne son visage également. Et après quelques secondes, je me suis éloignée suffisamment pour que mon front demeure contre le sien. J'ai glissé mon index sur sa lèvre en souriant. "Et toi, je te vois bien faire de la laine de mouton dans les montagnes."



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Abel Henoch
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Abel fronca les sourcils. Il comprenait la nuance, mais il ne voyait pas vraiment où elle voulait en venir. Le Saloon était son domicile, et il l’aimait ainsi. Il ne voyait pas quoi y faire d’autre. Ni même pourquoi il y ferait autre chose que les réparations salubres. Et à dire vrai, il ne voyait pas vraiment la différence avec la chambre de Maddison telle qu’elle la décrivait : sa chambre était nue aussi. Evidemment, il ne saisissait pas la nuance sur le fait qu’elle ne l’avait pas forcément choisie comme cela. Ni qu’elle s’en fichait, en réalité.

Par contre, le fait que son idée de marchande de salade la fasse rire lui tira un sourire en coin. Et il lui rendit un sourire taquin quand elle lui tapa l’épaule. Il savait qu’il avait tort, mais il n’avait de toute facon pas d’autre idée. Alors autant trouver une autre explication. Il écouta son explication avec une grimace.
« Que la force soit avec toi ? C’était un film sur quoi ? Sur des lutteurs olympiques ? » Dit-il en sachant parfaitement qu’il tapait sans aucun doute à côté.

De toute facon, l’heure n’était pas vraiment à ce genre de question. Elle se laissa aller contre lui, et il la laissa faire sans bouger. Il avait bien sentit qu’il ne fallait pas grand chose pour qu’elle se rétracte comme une anémone de mer effarouchée, et il n’avait pas l’intention de briser ce qui semblait se reconstruire. Doucement. Il n’était de toute facon pas pressé.
Et lorsqu’elle imagina une autre vie pour lui, sa proposition le fit doucement rire.
« Des moutons ?! » Il parut réfléchir, mais il n’avait absolument pas l’air de le faire sérieusement. « Je ne saurais même pas comment les nourrir… Ou les tondre… Je me souviens d’une vieille vidéo de bergers australiens qui tondaient à une vitesse ahurissante. Et qui éventrait un mouton ou deux au passage… » Bon la vidéo devait dater des années 70, et servait la propagande du MSS sur la barbarie de l’Occident. Mais bien évidemment, ca marquait, ce genre d’image...


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Maddison DeLuca
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"Nonnn ! Star Wars, tu connais pas ? Tu as forcément entendu le nom, c'est obligé."

Ma main glissait dans son cou et mes doigts jouaient à la naissance de ses cheveux, doucement. J'ai pouffé de rire en grimaçant et je me suis redressée.

"C'est répugnant." J'ai froncé les sourcils en l'étudiant un instant. Il ne connaissait rien des dessins animés, pas plus de des films emblématiques, qu'il les ai vus ou non. Je commençais à me dire qu'il avait grandi dans une cave. Pourtant, son aisance avec moi, dès le début, me faisait penser qu'il s'agissait d'autre chose. J'ai tenu son regard quelques secondes alors que je me posais un tas de questions qui ne franchiraient pas mes lèvres avant des mois.

"A croire qu'il n'y a pas une seule image de paix dans ton esprit." Ca ne serait pas incohérent avec ce qu'il était, finalement, mais je me suis bien gardée de le dire. "Je sais que je côtoie beaucoup d'enfants, mais... J'en ai été une moi-même." J'ai caressé sa mâchoire de mon pouce en étirant un peu plus mon sourire intrigué. "Tu ne regardes rien d'autre en dehors des écrans de surveillance ou des plans de bâtiments ? Ca ne t'arrive pas de t'asseoir tranquillement avec des amis pour regarder un film ou... Faire tout simplement quelque chose d'autre, qui ne mette pas ta vie en jeu."



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Abel Henoch
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La réaction de Maddison ne manqua pas de venir lorsqu’il démontra sans doute possible qu’il ne connaissait pas la référence. Cela dit, il dut bien répondre positivement à sa question.
« Maintenant que tu me le dis, oui. Je croyais que c’était un film de science-fiction, j’ai du mal à faire le lien avec la notion de force. Je pensais que dans cette thématique, c’était plutot la science et la technologie qui étaient mises en avant ? » Il était bien évident que le MSS n’allait pas épiloguer outre mesure sur un film qui traitait autant des notions de bien et de mal ainsi que sur une philosophie qui pronait la tolérance. La Force n’était clairement pas avec eux...

Il rit assez franchement à l’écoeurement de sa compagne lorsqu’il évoqua les affres du métier d’éleveur de moutons selon sa conception du monde. Pour lui, ca venait surtout d’un conflit entre l’image idyllique que pouvait en avoir une jeune femme élevée en ville et la réalité. Il ne lui vint pas trop à l’idée qu’il pouvait lui aussi être en complet décalage avec le reste du monde.
La suite du discours de Maddison le calma quelque peu, lui tirant plutôt un froncement de sourcils. La jeune femme touchait un peu le coeur de ce qu’il était, mais ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait partager avec elle sans la mettre en danger.
Il avait cessé d’etre un enfant à 8 ans, et il avait vite oublié ce que c’était. Ses souvenirs d’Islande avaient été relégués dans un coffre presque hermétique, dans son esprit : ca avait été son seul moyen de survivre. Quant à la paix, il commençait juste à apprendre ce que c’était : depuis qu’il vivait au Saloon, il s’offrait ces moments de paix, le matin. Mais même dans ce calme, son esprit restait essentiellement tourné vers leur prochaine action. Et puis sa vie… était toujours en jeu.

Il haussa les épaules.
« Pas depuis très longtemps. Liberation occupe l’essentiel de mon temps. » Réponse évasive s’il en était… Mais il ne pouvait pas se montrer plus précis.


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Maddison DeLuca
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Les paroles d’Abel m’ont laissée songeuse. J’ai continué de jouer avec la naissance de ses cheveux dans son cou, tout en le dévisageant. J’étais toujours tellement intriguée par son regard qui était si vif, si sombre et si… Eteint à la fois. Je n’avais jamais réussi à m’enlever de la tête notre première rencontre et le fait qu’il s’était dit mort. Je ne voulais pas qu’il croit ça et je ne voulais pas le croire, non plus. J’ai observé son visage, fascinée par cette aptitude qu’il avait de ne rien exprimer et de tout montrer à la fois. Tout le monde pense qu’à ne rien montrer, on paraît vide. C’est faux. La froideur, finalement, est bien plus une preuve de souffrance et d’indifférence, d’abandon que n’importe quel autre sentiment de colère ou de tristesse. Abel n’a jamais eu besoin de crier pour montrer sa colère, il aurait tout aussi bien pu l’être à cet instant que son visage aurait été le même. Mais son regard, lui, disait tout. Pensive, j’ai penché la tête doucement avec une voix basse.

« De bien trop sombres idées dans une si jolie tête. »

C’était dommage, peut-être mais… Sans Liberation, je me demande ce qu’Abel aurait pu être, certainement pas l’homme qui était là, en face de moi. J’ai inspiré profondément en laissant ma main glisser de sa nuque à son épaule et je me suis redressée pour tendre le bras vers les pancakes. A force de parler, le temps passait et surtout, le dévorer des yeux ne me nourrissait pas. J’ai plié la crêpe en deux.

« Je dois aller faire réparer mon téléphone avant d’aller au travail. » J’ai mordu dedans en le dévisageant puis j'ai tendu un morceau vers ses lèvres. « Mais je peux revenir demain, si tu veux. »



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Abel Henoch
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La remarque de Maddison le fit la regarder directement, et lui tira un sourire teinté d’ironie. Une jolie tête ? Il n’avait pas entendu ca depuis… depuis qu’il avait cinq ans. C’était sa mère qui employait ces mots quand il commençait à bouder : « bouh, une grimace pareille, ca ne fait pas de jolies têtes ! » Elle avait arrêté de l’employer pour lui quand Eve avait été assez grande pour la subir à son tour. Et puis il avait finit par arrêter de bouder en présence de sa mère, aussi...
Mais il refoula ce souvenir - relier Maddison à sa mère avait quelque chose de … curieux. Il se contenta donc d’un sourire en coin.

« Peut être… Mais nous ne vivons pas dans un monde paisible, tu sais… » Difficile dans ces conditions d’avoir des pensées de paix, en effet.

A son tour, il attrapa un pancake, le roula d’une main et mordit dedans. Son autre main était toujours posée dans le dos de Maddison. Qu’elle évoque son départ imminent le fit grimacer intérieurement, comme à chaque fois. Peut être plus qu’auparavant, même : quelle garantie avait-il de la revoir prochainement ?

« Tu n’as pas un techno-kinétique sous la main pour le réparer rapidement ? » Demanda-t-il, un sourcil levé, en attrapant le morceau que Maddison lui tendait. Il pensait surtout à l’Underground, mais peut être que la police employait aussi des Positifs pour ce genre de taches. Et si ca pouvait être interprété comme un moyen d’évaluer les forces de l’Underground, il n’en était rien. Pour le coup, la question d’Abel était sans arrière-pensée.
Et puis elle proposa de revenir le lendemain, apaisant du même coup les craintes qu’il avait eues un instant plus tot. Cependant, il se demandait quoi répondre. La réponse lui était évidente, mais au moment de la formuler, les mots semblaient avoir du mal à sortir de facon aussi directe.
Il eut un bref froncement de sourcils, agacé de sa propre bêtise, et la regarda un moment, repoussant une nouvelle fois une mèche de cheveux derrière l’oreille de la jeune femme.
« Oui… tu peux... » Finit-il par dire doucement.


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Maddison DeLuca
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J’ai acquiescé en finissant ma bouchée.

« Si, j’en ai même deux. Mais pour ça, je dois les retrouver, attendre, me préparer et repartir. Ils sont doués, mais ils ne sont pas à ma disposition. »

J’ai souri doucement et ma peau s’est réchauffée au contact de sa main. Mes yeux dans les siens, c’en était difficile et je sentais que mon coeur accélérait rien qu’à l’idée de lui mentir par omission. J’étais déjà étonnée qu’il n’aie pas déjà hurlé. Vu sa réaction à mon égard en cet instant, je me demandais même pourquoi il ne s’était pas déjà énervé. Peut-être était-il simplement soulagé et qu’il avait peur de me faire fuir. Peut-être qu’il s’en fichait et qu’il vivait au présent sans se poser de questions. Les miennes n’auraient pas de réponses avant un moment. J’étais injuste avec lui et j’en ai baissé les yeux, honteuse de ne pas mériter son attention, finalement.

Très honnêtement, je pense qu’Abel n’a jamais su la force qu’il insufflait aux personnes qui le cotoyaient, même celles qui ne le connaissaient pas personnellement. C’était très probablement la personne la plus charismatique que j’ai connue dans ma vie et pourtant, j’en ai connu. Mais ça n’avait tellement rien à voir avec Reese, ou Maze. Par son simple état d’esprit, Abel a façonné une génération entière de Positifs et à plus forte raison de Candidats. Il a levé une armée sans l’avoir appelée. Il parlait et tout le monde y a vu l’espoir et la révolution tant attendue d’un monde. Même moi… Je ne m’imaginais pas Abel comme un véritable être vivant. Même pour moi… Il était plus une idée qu’un homme. C’est ce qui l’a rendu immortel. Aujourd’hui encore, on parle de Luther King, Hitler, Churchill, Obama… Abel. Il fait partie de l’histoire. Finalement, je ne suis qu’une anecdote dans la sienne.

« Pour ce que ça vaut, je suis désolée. Je sais que je n’ai pas donné beaucoup de nouvelles ces derniers temps, j’étais… » J’ai haussé les épaules en jouant un bout de son t-shirt au niveau de son ventre. « Un petit souci au boulot. Et j’ai chopé un sale virus, je ne voulais pas te le refiler. Ca m'a mise dans le schwartz pendant un moment. »

Je ne mentais pas réellement, finalement. Ca m'avait vraiment mise KO. J'ai chopé tous les virus qui sont passés à cette même période.

« Et je ne sais pas, j’étais un peu perdue, je crois que j’avais besoin de recul. De faire un peu le point et… J’ai tellement l’impression qu’on me suit. On me posait de plus en plus de questions sur où j’étais, ce que je faisais, pourquoi je ne rentrais pas aussitôt après le travail, pourquoi je partais beaucoup plus tôt au travail… Pourquoi je passais plus de temps avec mon coéquipier qu’à l’Underground. Je me suis dit… Que quelques jours, ça serait pas mal. Ca s’est transformé en semaines, je suis désolée, je voulais pas… M’éloigner autant. Il m’a juste fallu le temps de me remettre. Mais je vais mieux, maintenant. Depuis quelques jours, en fait, j’ai repris le travail. »

J’ai relevé les yeux sur lui et je dois vous avouer que j’ai redouté la tempête de neige. Techniquement… Je ne mentais pas vraiment. J’ai vraiment été malade comme un chien. Je ne disais pas tout, en revanche, je le concède.

[C'est un peu la merde, j'ai pris des risques mais si tu penses que ça forcerait les questions d'Abel, dis-le moi, j'éditerai pour qu'on reste cohérents.]



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Abel Henoch
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Il s’était attendu à ce qu’elle saute sur ses pieds et file finir de se préparer, ramasser ses affaires et disparaitre pour la journée - ou plus. Il n’avait pas imaginé qu’elle se fendrait d’une excuse. Encore moins d’une explication. Il n’en avait pas demandé, jugeant qu’il n’avait pas à exiger des réponses qu’elle ne voulait pas donner. Ou ne pouvait pas.

Les sourcils froncés et le regard attentif, il l’écouta raconter ce qu’il s’était passé. Il n’était pas dupe, il savait qu’elle ne disait pas tout. Mais il ne pouvait pas le lui reprocher : il y avait quantité de choses qu’il ne lui disait pas. Sur Liberation, par sécurité pour lui et ses compagnons. Sur lui. Par habitude. Par sécurité aussi. Il identifiait encore mal ce que Maddison pouvait représenter pour lui, il ne pouvait donc pas se permettre de tout lui dire. Les membres de Liberation en savait sans doute moins qu’elle, s’il y réfléchissait bien. Il ne pouvait pas prendre plus de risque. Leur relation même était déjà une faille dans la sécurité du groupe, sans que cela suffise à ce rompe ce lien.
De fait, il pouvait difficilement lui reprocher de ne pas tout lui dire. Ce qui lui importait, c’était qu’elle ne lui mentait pas. L’honnêteté n’était pas incompatible avec une part de secret, surtout dans leurs vies. Jusqu’à ce jour, jamais leurs engagements n’avaient altéré la bulle qu’ils s’étaient construite, cet espace isolé du cours du temps où ils étaient seuls au monde. Il savait bien qu’un jour ou l’autre, la réalité en fracasserait les parois irrémédiablement, mais pour l’instant, le reste du monde leur laissait encore du répit.

Il lui sourit donc, se satisfaisant de sa justification honnête, même incomplète, amusé par l’espèce d’inquiétude inutile qu’il lisait dans son regard, et lui passa une main sur le cou, remontant dans sa nuque.
« Au moins, tu n’as pas oublié le chemin jusqu’ici… » Il l’embrassa longuement avant de relacher son étreinte et de lui asséner une petite tape sur la cuisse. « Va finir de te préparer, alors. Je ne voudrais pas être responsable d’un blame sur ton dossier professionnel ! »


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Maddison DeLuca
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J'ai souri et posé ma main sur la sienne. J'étais étonnée qu'il ne réagisse pas plus, et soulagée également. J'ai accueilli ses lèvres en souriant un peu plus, le soulagement s'évadant dans le reste de mon corps.

bien sûr, le poids était toujours aussi lourd, bien sûr, ne pas tout lui dire était un choix difficile. Il l'aurait mérité et la suite l'a prouvé mais à cet instant, ce moment précis, j'étais persuadée de faire le bon choix. J'étais d'autant plus dans le doute qu'avant, ce qui conduirait mon pouvoir à partir en live… J'ai répondu à son baiser et pouffé d'un léger rire à sa tape.

Je me suis levée pour finir de boutonner mon pantalon, les cheveux tombant de mon épaule et je suis allée récupérer mon téléphone cassé, et j'ai enfilé mes chaussures. Une fois prête, je suis repassée derrière lui en faisant glisser mes mains sur ses joues et lui pencher la tête en arrière. J'ai embrassé ses lèvres à nouveau en croisant mes doigts sur son torse. Je n'avais pas oublié le chemin, non. Pourtant, c'était lui qui avait fait sa route jusqu'à moi.

"Alors à demain."

J'éprouvais des difficultés à partir. Je préférais me casser le cou et profiter du calme qui m'apaisait ici, mais une fois plus loin de lui, le doute me laisserait tranquille. Je l'ai embrassé une dernière fois en souriant et je me suis enfuie. Cette fois avec son accord.



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[CLOS] [Flashback] [Abel/Maddie] Everywhere and Nowhere
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