2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [Alex/Angie/Matt] Question pour un champion, chapitre 2

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Matthew Ethan Dare
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Il n'allait pas mourir non mais il aurait pu... Qui pourrait prédire d'avance comment allait finir une telle action ? J'espérais juste qu'il avait pris le temps de réfléchir avant, qu'il ne s'était pas juste enflammé pour finalement courir tête baissée comme il avait failli le faire avec Jane. J'étais peut-être réfléchi voir même trop et pas assez spontané mais lui de son ôté n'était pas loin de faire l'inverse. Ou peut-être était-il juste sans entraves ?

Je l'observais sans mot dire alors qu'il rejoignait son tabouret et damoiselle bière, lâchant au passage un soupir abyssal. Etait-ce si dur de me parler ? Alex était pourtant plus aisément volubile que moi. En même temps ce genre de conversation nous n'en tenions pas souvent, c'était même une première. Et là... Je haussai un sourcil tandis qu'il faisait encore allusion à l'Underground. Si ma couverture n'était pas grillée je ne savais pas ce que c'était... Je le regardais fixement la tête penchée alors que la deuxième partie de sa phrase s'insinuait en moi. Taper sur les doigts des petites frappes des rues sombres ? Alex jouait-il les justiciers ? Avais-je bien compris ce qui se cachait derrière ? Alex pourrait-il... être affilié à Libération ? Quand on y regardait il avait plus la psyché de quelqu'un qui penchait pour Libération plutôt que pour l'Underground. Etait-ce pour cela qu'il insistait tant sur mon appartenance à l'Underground ? Devais-je me méfier ? J'avais du mal à croire que l'Alex que je connaissais puisse être aussi... extrême. Mais en même temps que savais-je de lui en dehors du bar ? Rien. Ceci dit entre le club, le bar et les nanas ça devait lui laisser peu de temps pour jouer les super-héros. Bref, je ne voulais pas m'attarder sur cela maintenant, tout de suite. De plus ce n'était qu'une supposition je n'avais aucune preuve à l'appui, je pris donc le parti de tout garder pour moi je garderai juste un œil plus vif sur Alex à l'avenir.

Finalement je souris et vins m'asseoir sur le tabouret désigné. Quoi, je n'avais même pas le droit à une petite bière ? Pas pour moi personnellement ? Je l'avais bien compris va.

- "Je préfère ça."

J'esquissai un sourire en coin empreint de malice et le taquinai :

- "Veux-tu que je t'achète une cape de super-héros pour Noël ? Ou pour ton anniversaire ? C'est quand d'ailleurs, tiens ?"

Je fronçai les sourcils à sa prochaine phrase, je n'étais pas Angela pour ne pas faire attention à moi, à l'entendre ce qui était arrivé n'était pas une première et se produisait régulièrement.

- "Je fais toujours attention Alex, ce n'est pas parce que j'ai été blessé une fois par des fous furieux extrémistes que je suis bourré d'inconscience."

Quand il recommença à parler de Sunny je lui répondis de mauvaise grâce, je n'étais pas sûr de vouloir avoir ce genre de conversation avec lui, ni avec personne d'ailleurs. Je ne sais pas, quelque part je le voyais bien m'encourager à me rapprocher de la jeune femme ce que je ne souhaitais pas.  Comment lui expliquer que je ne voulais plus personne dans ma vie amoureuse sans aborder le passé, les souvenirs plus intimes ?

Je soupirai puis entrepris de lui répondre.

- "C'est ce que je comptais faire Alex, lui parler. Il y a plusieurs façons de se renseigner."

Quand il disait qu'elle s'inquiétait pour moi... avait-il été en contact avec elle après ce jour-là ? Je passai volontairement sur la peur de la morsure et continuai en haussant les épaules.

- "Difficile à dire dans le feu de l'action, ne parlons même pas d'après l'action." - Je pris le temps de réfléchir - "Je crois qu'elle a aspiré quelque chose en moi, mon énergie pour nourrir son pouvoir. Et  je pense, oui, je pense que j'aurais pu inverser la tendance."

C'était comme avec Hannah, il y avait quelque chose de ma sœur en elle. Etait-ce ça au final ? Nos pouvoirs étaient-ils complémentaires ? Je crois... Je crois qu'à un moment elle a touché mes lèvres... et qu'elle a englouti le peu d'énergie qui restait en moi. Est-ce que cela se reproduirait si je l'embrassais ? Que ?!

Je sentis mes joues rougir alors que je prenais conscience d'où me menaient mes réflexions et pour le coup j'espérais vivement que les nanites traceraient vivement un réseau lumineux sur ma peau pour le cacher. Je relevai ma tête et mes yeux qui s'étaient baissés pendant que je réfléchissais et j'enchaînai, mi-blasé mi-goguenard.

- "Tu veux dire en dehors d'utiliser ma main comme tazer ? Aucune idée."


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Alex Peterson
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J’ai souri en baissant la tête.

« 21 août. J’aurai 30 ans, cette année. » J’ai levé la bouteille pour la porter à mes lèvres et en boire une nouvelle gorgée salvatrice. « J’ai parfois l’impression d’avoir tellement plus. »

Il n’était pas si rare que j’écoute Matt attentivement même si je n’en donnais pas l’air, mais ce soir-là, je tendais davantage l’oreille. J’étudiais plus ses réactions, les expressions de son visage… D’une certaine façon, j’aimais ce que captaient mes oreilles et mes yeux. Comme un nouveau stade de notre amitié. Le premier avait été franchi des années plus tôt et ça avait mis des mois. Je n’étais déjà pas du genre à m’attacher, mais avec Matt… C’était impossible de faire autrement. S’il avait du charme sur les filles, il en avait autant sur moi, dans un autre domaine bien sûr. En vérité, je ne me voyais plus vivre sans les personnes qui constituaient cet endroit.

Je n’avais pas revu Sunny depuis l’ouverture du club. Elle ne passait plus comme avant en faisant mine d’avoir des infos pour nous ou… Une fois, on lui a offert des cerises.

Des cerises.

Et elle est venue les partager avec nous. Elle n’était pas obligée et vu comment elle regardait les fruits, je suis presque certain qu’elle les aurait volontiers gardées pour elle. Mais elle a préféré venir les manger ici… Avec Matt surtout. Moi, tout le monde s’en fiche. D’ailleurs, je suis quasiment persuadé qu’elle ne m’aime pas. C’est à peine si elle me regarde. Ou alors, c’est qu’elle ne voit que Matt. Ca doit être ça parce que je me souviens qu’elle m’a souri quand je lui ai dit que je dirai à Matt qu’elle était passée.

Ce que je n’ai pas fait pour plein de raisons.

« Dans le feu de… »

J’ai préféré boire une longue gorgée pour ne pas rire. Matt avait cette innocence, cet esprit sain et pur. Ou alors il le faisait exprès. J’ai tourné les yeux pour le regarder continuer… Très concentré sur sa réflexion. Et j’ai froncé les sourcils. Avant de les hausser. Finalement, j’étais bien loti avec mon pouvoir. J’en avais que des avantages. Je me demandais toujours de quoi Matt était réellement capable. Etait-ce un rougissement que je voyais ou un autre reflet des néons ? J’ai reposé la bouteille et j’ai souri. De plus en plus. Regardez-moi ça… Il n’osait même plus me regarder alors qu’un réseau lumineux parcourait sa joue jusqu’à sa tempe. Ca s’était pourtant calmé depuis qu’il avait retiré ses lunettes. Pourtant, je n’ai rien ajouté.

J’avais eu de la retenue la première fois, mais sur sa dernière réflexion, j’ai manqué de m’étouffer avec le goulot de ma bière. Je me suis mis à tousser en avalant ma gorgée de travers et je me suis frotté les lèvres du revers de la main en riant.

« Elle a fait ça ?! »

Je l’ai regardé en haussant les sourcils, visiblement étonné. Sunny ne m’est jamais apparue comme une amazone capable de gérer une situation comme celle du tribunal par elle-même, sans la protection rapprochée de celle de Matt. Tout simplement, je n’ai pas imaginé un instant que la situation ait pu être inversée. Mais je crois que je n’imaginais pas du tout cette fille… Tout court.

J’ai secoué la tête doucement et j’ai reposé la bouteille. Pensif, le regard sur la rondelle d’eau qui s’était dessinée sur le comptoir j’ai fait tourner ma bière entre mes doigts, mon sourire toujours sur mes lèvres.

« Quoiqu’il en soit… » J’ai acquiescé, doucement. « Je suis content que tu ailles bien. Que tu sois revenu. Le bar ne serait plus du tout le même sans toi. »

Comprendre, moi, en réalité.

Je me suis levé et j’ai posé une main sur son épaule pour lui serrer brièvement avant de contourner le comptoir pour jeter la bouteille.

« Vu l’heure, j’imagine que tu dors ici ? »



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Matthew Ethan Dare
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Je le regardai fixement, le visage atone pendant qu'il riait et s'exclamait jusqu'à ce que je laisse transpercer peu à peu un sourire. Je n'étais absolument pas vexé qu'il réagisse ainsi mais j'avais bien le droit de m'amuser moi aussi. Je ne savais pas ce qu'il pensait de Sunny, comment il la voyait mais à l'évidence pas en baroudeuse. Je ne la voyais pas ainsi non plus il me fallait bien l'avouer mais c'est là que l'ancienne vérité prenait toute sa place, cette pensée selon laquelle on ne découvrait le réel caractère des gens, leurs réactions que lors de ce genre d'événements.  On ne pouvait pas savoir avant si nous étions des héros, des monstres ou des lâches. Ceux qui protègent, ceux qui détruisent, les suiveurs ou les fuyards.

J'acquiesçai à mon tour, comprenant bien ce que sous-entendait Alex. Il n'était vraiment pas du genre à dire ces chose en face... Mais pouvais-je lui en vouloir ? Cependant nous étions sur la même longueur d'onde. Je lui répondis finalement, un sourire au coin des lèvres.

- "Je sais, Lady Coffee ne s'en remettrait pas."

Je ne m'attendais à ce qu'il me serre l'épaule et sur le coup je ne répondis rien. Une fois qu'il eut jeté sa bouteille je m'avançai vers lui et posai ma main sur son épaule saine l'air grave, les yeux dans les yeux.

- "Ecoute Alex... tu sais que je t'apprécie beaucoup et je suis honoré par ta proposition, vraiment. Malgré tout je vais devoir décliner ton invitation et te dire bonne nuit ici, je préfère les femmes tu comprends ?" - Sourire narquois faussement angélique - "Mais je serais ravi qu'on reste amis tous les deux."

Comment ça je me foutais de sa gueule ? Pas du tout ! Enfin pas plus que ce jour-là à la marina où il m'avait demandé si j'étais Positif... Je ne lui laissai pas le temps de répondre et me dirigeai vivement vers la porte qui reliait le bar et le club, riant silencieusement. La fatigue que voulez-vous... Elle réveillait cette fois l'enfant malicieux qui était en moi. Avant de refermer la porte et de prendre possession du petit studio à l'étage j'élevais la voix pour qu'Alex m'entende bien.

- "Bonne nuit Bro !"

Je me réveillai quelques deux heures plus tard, parfaitement reposé et ma foi, cela faisait longtemps que je n'avais pas aussi bien dormi, mes nuits n'avaient pas été des meilleures depuis le tribunal. Alors que je me retournais je pris conscience que je tenais mon réveil serré contre moi. Tout s'expliquait... En particulier ma recharge rapide alors que j'étais bien fatigué hier... et l'appareil qui s'éteignit quand je le reposai sur la table. Oups, j'aurais à le soigner plus tard.

Il était pas mal tôt. Je pris une douche rapide, habillai le bas jean déboutonné et laissai le haut dénudé. A une heure pareille je ne risquais pas de croiser foule de personnes... Il me fallut quand même tout ça pour remarquer que mon réseau lumineux s'était calmé. Oh il était toujours là mais différent maintenant que je m'étais apaisé en quelque sorte il en avait fait autant et je sus au fond de moi qu'à présent nous pourrions vivre en harmonie. Qu'il ferait profil bas quand il le faudrait et que je le laisserais faire à sa guise le reste du temps. Et là pour l'instant, jusqu'à ce qu'arrive l'heure de préparer le bar à son ouverture, il pouvait bien frétiller comme il voulait.

Avec un sourire je pris ma guitare et descendis, je me sentais bien de gratter quelques notes à l'air libre pendant que tout est encore calme. Après un arrêt côté rue puis côté cuisine je m'installai dans la cour sur un des sièges qui  nous étaient réservé, déposant une coupelle de lait mêlée d'eau et un reste de viande dans une autre coupelle au sol. Il faisait frais mais pas trop. Je commençai à jouer en me laissant bercer par la musique, il n'y avait rien de complexe dans les notes que j'égrenais sur le moment, c'était juste pour m'échauffer et pour le plaisir. J'en vins bien vite à jouer un morceau rempli de souvenirs que j'avais appris enfant, comme s'il était naturel qu'il ressorte là maintenant.


Je laissai mon regard traîner sur la boule de poil qui essayait d'attraper une brindille en souriant, si jeune, à peine sauvée et déjà énergique sur ses doublement petites pattes. Je la quittai et chantonnai doucement avant d'entamer un nouveau morceau qui cette fois-ci accompagnerait ma voix.


Depuis combien de temps n'avais-je pas joué ainsi ? Trop longtemps assurément, si on venait à me trouver là on ne pourrait que me croire ailleurs.


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Alex Peterson
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Avec un sourire sur les lèvres, j'ai salué Matt d'une main alors qu'il s'échappait. Retrouver son humour et notre complicité, c'était une des choses les plus importantes pour moi.

"Bonne nuit, Bro…"

J'ai secoué la tête d'un rire et j'ai fini de ranger avant de monter me coucher, m'effondrant du même coup sur mon lit dans un soupir. Depuis que je vivais ici, j'avais pris l'habitude de dormir la fenêtre ouverte, celle qui donnait sur la cour derrière les cuisine. Un arbre m'offrait de la fraîcheur et je n'avais jamais aussi bien dormi que depuis que j'avais un vrai chez moi, même si celui-ci était au-dessus du club.

Malgré tout, mon corps s'était habitué à des horaires irrégulières et je ne dormais que quatre heures par ci, quatre heures par là. Quand j'ai entendu les premières notes de guitare, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de Lexy. Je l'avais déjà entendue, regardée, écoutée… Même si elle chantait, elle aimait également jouer. Mais ces notes là, en prime, m'ont apaisé. D'une part parce qu'il s'agissait de Lexy et que ça voulait dire qu'elle était là, d'autre part parce que par conséquent, en sa présence, j'étais en sécurité. Je ne me suis pas demandé ce qu'elle faisait là, je l'ai juste imaginée sur une heure matinale, à se laisser aller à des rêveries.

Plus mon corps se réveillait au fil des notes, moins mon cerveau n'imprimait de cohérence avec la présence de Lexy. Nous n'avions pas été ensemble très longtemps et cela remontait à des années. De plus, Lexy n'était jamais là quand il était temps pour moi de dormir. Mon esprit a alors cru à un réveil ? Une radio ? Pourtant, aucune voix ne s'est faite entendre.

Ce qui m'a réellement réveillé, c'est quand la musique s'est arrêtée. J'ai inspiré profondément en m'étirant et je me suis retourné dans mon lit pour regarder l'heure avant de me frotter le visage. J'ai regardé ensuite autour de moi mais il n'y avait personne. Ni de Lexy, ou de guitare, juste une légère brise de vent et un soleil émergeant encore bien timide. J'ai froncé les sourcils puis je me suis levé, convaincu que tout ça ne devait être rien de moins qu'un doux rêve que je pouvais aisément faire toutes les nuits. Je me sentais assez en forme, comme si la musique m'avait bercé. En me maintenant dans ce demi sommeil, ça m'avait empêché de sombrer trop loin et je m'étais mieux reposé, il faut croire.

Je me suis passé une main dans les cheveux pour les ébouriffer et je suis descendu, sans m'habiller, ne portant que mon pantalon en coton. Puisque j'étais déjà réveillé, j'allais en profiter. J'ai traîné les pieds encore endormis en m'attachant les cheveux jusqu'à la cuisine et j'ai envisagé de me faire un grand café avec plein de crème… Quand j'ai à nouveau entendu la guitare.

Je me suis figé en relevant la tête. J'ai d'un coup haussé les sourcils quand j'ai entendu une voix qui accompagnait l'instrument. Celle-ci, j'étais certain de ne pas la connaître, ou alors, quelqu'un m'avait menti. Mon esprit bien éveillé cette fois, je me suis souvenu que Matt avait probablement dormi au bar, cette nuit. Je me suis approché, doucement de la porte entrouverte. Je n'en croyais pas ce que je voyais. C'était bien lui et j'avais vraiment du mal à me faire à cette idée. Abasourdi, je suis resté là tout le temps ou presque à profiter.  Encore une fois, je me rendais compte à quel point je ne savais rien de Matt, et je me sentais coupable de n'avoir rien demandé jusque là. Ou de ne pas l'avoir fait comme il se devait. J'ai hésité à le rejoindre, je ne voulais pas le déranger. Pourtant, cette fois, je ne voulais plus manquer mon meilleur ami, je voulais en apprendre plus sur lui. A moitié de dos, il ne m'avait pas remarqué et j'en ai profité pour verser le reste du café dans une autre tasse.

Sortant alors dans la cour pour venir jusqu'à lui, je lui ai posé le café à côté avant de me redresser, ramenant des cheveux derrière mon oreille, et je me suis installé dans ma propre chaise, un truc tout défoncé, à côté du meuble. Tenir compagnie au chat ne m'aurait pas dérangé mais il faut croire que celui-ci avait d'autres projets. Ou d'autres préférences. Comme fuir. Les animaux et moi ne nous entendions pas très bien, pourtant je ne leur voulais aucun mal. J'ai posé mon mug par terre à côté de la chaise.

Je n'ai rien osé dire. D'abord par crainte de briser un moment - j'aurais aussi bien pu rentrer et le laisser tranquille mais je n'en avais pas envie cette fois - mais aussi parce que j'aimais que sa voix résiste dans ma tête, suffisamment pour ne pas la gâcher avec la mienne.



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Matthew Ethan Dare
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Il faisait encore noir quand je suis sorti dans la rue et que j'y ai trouvé le chaton et il faisait encore noir quand je me suis installé dans la cour même si la nuit s'était faite moins profonde. Quand j'ai relevé le nez de ma guitare au son d'une tasse que l'on posait je me suis rendu compte en les regardant elle puis Alex qui le soleil avait commencé à signaler lointainement sa présence. Mes doigts qui avaient commencé à égrener une nouvelle mélodie alors que je me préparais à chanter une nouvelle chanson continuèrent machinalement leur tâche comme je regardai mon voisin que je n'avais pas vu arriver.

- "Merci."

Je déposai ma guitare dans son étui puis attrapai le mug à moitié rempli de café et y réchauffai mes mains.

- "Je ne t'ai pas réveillé au moins ?"

Je n'avais absolument pas pensé à regarder si sa fenêtre était ouverte quand je m'étais décidé à jouer dans la cour, honte à moi.

Alors que je portais la tasse à mes lèvres pour prélever un peu de café je regardai ses tatouages avec une certaines curiosité, j'avais  déjà vu ceux de son bras, aperçu un bout à son épaule... Je fixai la tasse qu'il avait à l'abdomen, à cet endroit de l'abdomen. Etait-ce une coïncidence ? Finalement je lui lançai une petite pique taquine à ce sujet, pointant le tatouage du menton.

- "J'ai toujours su que tu vouais un culte à Lady Coffee."

Et bien sûr un sourire en coin et une lueur malicieuse dans les yeux suivirent ma remarque à moitié cachés par la tasse que je ramenais mes lèvres à nouveau.


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Alex Peterson
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"Non, ce qui m'a réveillé, c'est le silence."

Je me suis penché sur le côté pour ouvrir un petit tiroir dans le meuble pourri à côté de moi. J'en ai sorti un petit sachet de cuir, noué dans un lacet du même textile. Et j'ai froncé les sourcils à sa remarque. Je me suis redressé et j'ai suivi son regard jusqu'à mon tatouage. Celui-ci était assez récent. Il datait de février, juste avant ma mission stupide pour Liberation qui a manqué de me tuer. Comme je le disais, j'avais un tatouage pour chaque expérience de ma vie. Et aussi représentant ma famille et les gens que j'aimais. Comme Matt. Lexy avait le sien, mais j'avais été plus long à me décider pour Matt. Finalement, ça m'est apparu comme une évidence. Celle-la même qu'il me servait à cet instant précis.

Si j'ai souri, ce n'est pas aussi franchement ni aussi malicieusement qu'on ne me connaissait. Je l'ai étudié du regard un moment avant d'acquiescer, plus énigmatique que je ne l'aurais voulu.

"On peut dire ça comme ça, oui."

Le tatouage était récent, je l'oubliais encore facilement. Le dessin était un peu grunge, pas très linéaire ni forcément très propre et dans la fumée, un nom "Lady" s'évaporait. Il représentait autant le bar, que la tasse d'Alice, que la machine à café que Matt avait baptisé Lady. Quant à l'emplacement, Yuna m'avait parlé de sa blessure à l'abdomen. Je ne me suis jamais demandé si j'avais visé juste. J'ai baissé les yeux sur ma petite liasse de cuir que j'ai déroulée entre mes genoux, sur la chaise longue. J'ai ramené une mèche de cheveux derrière mon oreille.

"Ca me fait bizarre. Je suis toujours seul le matin, à cette heure-ci. Je me demande si ça va devenir une habitude. Ou une sorte de rituel, un truc comme ça. On vit dans un monde en perpétuel changement, alors avoir des habitudes, c'est un luxe, j'imagine."

J'adorais fumer un peu quand j'étais seul. Soit le soir quand tout le monde était parti, soit le matin quand je me levais plus tôt que prévu comme ce jour-là. Fut un temps, Lexy se joignait à moi. Mais dernièrement, je n'avais pas eu beaucoup l'occasion de me retrouver seul et encore moins de prendre ce temps. Je ne fumais pourtant pas de cigarette mais j'appréciais un peu d'exotisme une fois ou deux par semaine. Le dimanche, surtout. C'était symbolique. La fin d'une semaine, le commencement d'une autre. Mais avec le club, une semaine, c'était plutôt de vendredi à jeudi. Alors mes habitudes avaient changé et je m'étais plus difficilement retrouvé seul à déroger à ma règle des habitudes saines, quand bien même j'avais fêté l'ouverture du club avec une belle tulipe, accompagné par Lexy vers les 4h du matin. À peine plus tôt que ce matin-là.

Je préparais mon tout en réfléchissant à voix haute.

"Il y a des jours où Sunny me pose des questions. Ou Yuna, Angela… Lexy, surtout, je crois. Mais je ne sais répondre à aucune d'elle, je trouve ça un peu frustrant. D'où tu viens, c'est quoi ton pouvoir." J'ai inspiré profondément en tournant la feuille de papier de cigarette entre mes doigts avertis. "Ta couleur préféré, ta chanson préférée, ta… Matière préférée au lycée, est-ce que tu préfères les blondes ou les brunes, je t'en passe des questions aussi stupides les unes que les autres." Je me suis gratté le front mais à aucun moment je ne l'avais regardé. "Malgré toutes ces banalités, j'aimerais bien savoir répondre à tout ça quand on me pose la question. J'ai l'impression de savoir qui tu es mais de ne pas te connaître. D'après Angela… Je dis jamais rien, je demande jamais rien parce que ça m'arrange bien. Quand je t'entends, je me demande si tu penses pas la même chose." J'ai haussé une épaule. "J'en sais rien, je crois que j'aimerais apprendre à te connaître." J'ai relevé les yeux sur lui, enfin. "Savoir ce que tu aimes lire… Chien, chat, singe, iguane, caleçon, slibard - je te jure que la question m'a été posée - s'il ne restait qu'un homme sur la planète, est-ce que tu le ferais quand même… Ce genre de conneries." Et j'ai désigné la guitare d'un geste de la main en souriant plus franchement. "Visiblement, tu joues de la guitare et tu as plus d'une octave dans le gosier, j'imagine que c'est un bon début !"

J'ai tassé le tabac en levant le regard sur la bâtisse. Elle ne payait pas de mine, mais c'était chez moi. Chez nous. Même si je savais maintenant que le "chez Matt" se trouvait plus à un niveau de métro que de l'Empire State Building...

"Ce bar n'est pas juste… Un bar. Qu'est-ce que t'en penses ?"



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Matthew Ethan Dare
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Le silence, quel silence ? Celui qui avait pris place pendant que je regardais le chaton jouer ? Ou alors il n'avait pas fermé l'oeil de la nuit ? Non ça se voyait qu'il s'était reposé et il n'avait pas l'air de se moquer... Je suppose que je devais en déduire que la guitare l'avait bercé. Mais ce n'était pas le plus important n'est-ce pas ? Ca c'était plutôt sa façon de répondre à ma boutade, son sourire qui n'atteignait pas ses yeux, le regard qu'il portait sur moi. Je posai un regard pensif sur la Lady's cup, une coïncidence hein...

Un petit sourire effleura mon visage et je me réinstallai au mieux sur la chaise tandis qu'Alex continuait de préparer sa cochonnerie exotique. Dans ce vieux meuble pourri, sérieusement ? Au moins maintenant je savais pourquoi sa chaise attitrée y était quasiment toujours collée.

Je l'écoutai sans rien dire, pensif. Alex n'était pas du genre avare en paroles mais il ne m'avait jamais parlé pour autant aussi longtemps et de cette façon là. Depuis hier soir on gravissait des escaliers à pas de géant ou on les descendait c'était selon. Après les habitudes vint... le reste, une foule d'interrogation. J'étais assez mitigé. Voulais-je apprendre à le connaître moi aussi ? Au fond de moi je savais que la réponse était oui. Voulais-je prendre ce risque ? C'était une toute autre histoire.

J'ignorais qu'autant de gens posaient tellement de questions sur moi, mes collègues, Yuna, Sunny... Pourtant Lexy était une des personnes avec qui je conversais le plus, surtout quand je la ramenais chez elle après le boulot ce qui était devenu rare depuis qu'elle s'était trouvé un nouveau prétendant.  Pour les autres à qui on devait toutes ces questions farfelues et bien, je n'étais pas aveugle face au comportement de certains de nos clients. Intérieurement je répondais à certaines questions. D'où je venais ? D'un tas d'endroits. Une couleur préférée ? J'en avais plusieurs, le vert principalement. Le vert des plaines, parfois brûlées. L'orangé des Rocheuses quand la neige ne les recouvrait pas. Matière préférée au lycée ? J'étais curieux de tout, de quoi hésiter. En plus avec tous nos déménagements j'avais pu essayer un paquet d'options. Journalisme, photographie, mécanique, informatique... Blondes ou brunes ? Ce n'était pas le plus important, il y avait l'intérieur ...et les formes.

Allait-il me regarder un jour ? Je fronçai légèrement les sourcils à la suite. On se connaissait sans se connaître, ce n'était pas nouveau. Et pour ce que disait Angela... C'était ça notre relation non ? Depuis le début - quand on oubliait la marina – on avait plus ou moins décidé d'un accord tacite de ne pas s'enfoncer plus profondément. Pour ce que j'en savais, ce qui m'avait semblé, c'était ce que nous désirions tous les deux car cela nous arrangeait bien. Et maintenant il en était à apprendre à nous connaître, déjà... Pour le coup c'était moi qui avait fini le regard vaguement fixé sur le sol. Je suivis le mouvement de sa main que j'avais aperçu du coin de l'oeil et posai mes yeux sur ma guitare, je sentais nettement le sourire dans sa voix. Je relevai la tête tout en passant la main dans mes cheveux presque secs, les ébouriffants. Je suivis son regard, avec sa question j'eus l'impression de revenir plusieurs années en arrière. Que devais-je faire maintenant ? M'ouvrir à lui ne serait-ce qu'en partie ? Je n'étais même plus sûr de savoir comment faire... L'avais-je d'ailleurs déjà su ?

Finalement je souris en me rappelant une partie de la conversation de ce jour-là.

- "Et ce n'est toujours pas un sanctuaire c'est bien ça ?"

Je repris cependant rapidement mon sérieux, j'avais senti la gravité sous-jacente de sa question.

- "Tu as raison bien sûr, ce bar n'est pas juste un bar c'est- "

Une famille. Je m'arrêtai de parler quand je réalisais ce que je n'avais jamais voulu m'avouer, pendant que des sentiments contradictoires se battaient en moi. Je finis par refermer la bouche tandis que je tournais machinalement la tasse dans mes mains, la tête détournée, troublé.


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Alex Peterson
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Que Matt soit discret et silencieux ne m'étonnait absolument pas, au contraire. Il se serait mis à parler que je me serais demandé s'il ne s'agissait pas d'une usurpation d'identité.

Une famille. C'était ce que je m'attendais à entendre, pour autant, avec l'Underground, je me suis dit que ce n'était sûrement pas le cas. Ca m'attristait dans un sens. Pas parce qu'il était de l'Underground mais parce qu'il n'était pas... Comment dire... Ici chez lui. Pas chez nous. cependant, j'ai acquiescé sans rien dire.

J'ai joué en silence avec ma petite tulipe entre mes doigts. J'ai fini par l'allumer en regardant les vagues à la surface de mon café dans sa tasse. Je me suis passé le pouce sur le nez et j'ai bu une ou deux gorgées. Puisque Matt avait fait une remarque nostalgique sur nos premiers échanges, j'ai décidé de revenir dessus. Je me souvenais de sa réaction la première fois que je ui avais demandé ce qu'il était et il avait fait un jeu d'esprit. Aujourd'hui, les choses ont changé mais à part Lexy, personne ne connaissait mon histoire. Après quelques minutes de silence, j'ai inspiré profondément.

"Je ne suis pas Positif. Mon père était - ou est toujours - un Positif phm, tu sais, ceux avec des caractéristiques insolites." J'ai froncé les sourcils, moulinant vaguement du poignet en plissant le nez. J'ai relevé la tête pour regarder la bâtisse du bar. "Quand ma mère est tombée enceinte, elle était déjà pas hyper vive d'esprit ni très optimiste, on va dire..." J'ai tourné brièvement la tête vers lui. "Elle est dépressive chronique." J'ai haussé les épaules. "Mais en Iran, on s'en fout un peu des lois prénatales donc elle a attendu que je vienne au monde avant de rentrer chez elle. Elle a tourné le dos à mon père et... Elle est rentrée avec un gamin Négatif dans les bras. pour autant qu'on sache, je n'avais pas hérité de mon père à part le physique. J'ai son nez, il paraît. Et son visage en général, même. Va savoir, j'en sais rien. Pour les autorités, tout était en règle. Soit disant né de père inconnu, tout ce qui va bien... La totale, ma mère dans toute sa beauté. Une femme des plus charmantes." J'ai eu un rire en secouant la tête. "J'imagine que je suis pas sympa compte tenu du fait que c'est elle qui m'a soigné en février..."

Je ne sais pas si c'était le fait de fumer un truc pas légal ou juste la conjoncture des événements qui me rendaient soudain plus ouvert, mais je crois surtout que j'en avais marre de jouer la comédie. D'être celui dont on ne sait rien, le comédien qui faisait toujours bonne figure. Je voulais en savoir plus sur Matt mais c'était injuste de ne rien donner en échange. Pas vrai ? Je me suis humecté les lèvres avant de reprendre.

"Ma mère s'est recasée avec un gars à Boston et quand on est arrivés à Philadelphie, quand j'étais petit, je suis tombé malade. Un truc à la con, mais sur le moment, personne ne savait ce que j'avais alors ils ont fait des tests sanguins, bla bla bla... La routine. Etrangement, quelques jours plus tard, des hommes sont venus à la maison, ma mère a dit que c'était un camp de vacances, on était en été. Mon beau père était plus qu'impatient mais je n'avais aucune idée de pourquoi. Il disait que ça me ferait le plus grand bien, que ça me détendrait et que ça finirait de m'aider à me remettre de cette énorme grippe en profitant du soleil et d'autres gamins...Le camp de vacances s'est transformé en un truc assez bizarre avec plein de tests que mon esprit a pas mal ausculté depuis. Quoiqu'il en soit, je suis rentré chez moi, j'étais fatigué, mais j'avais l'impression d'être plus solide. Plus le temps passait et plus mon beau père devenait violent, énervé et ma mère a commencé à prendre des trucs pour sa tension, sa dépression, son angoisse etc. Bref, le genre de famille que tu retrouves facilement aujourd'hui dans les bas quartiers."

J'ai haussé les sourcils en me redressant et j'ai inspiré. Etrangement, tout ça m'était totalement indifférent, maintenant. J'en parlais et je m'en fichais éperdument.

"Et puis un jour, ce connard a cherché à lever la main sur moi. En me défendant - parce que j'avais déjà une grande gueule - je suis tombé dans les escaliers et je me suis ouvert le bras. Mais vraiment." Je me suis penché pour lui montrer une cicatrice sur le dessus, assez longue, effilée et à peine visible aujourd'hui. J'ai casé ma tulipe dans le coin de mes lèvres pour lui montrer des doigts. "Ca partait genre de là à là. Un truc grotesque et moche. J'ai rien senti tellement c'était douloureux. J'avais juste l'impression d'avoir perdu mon bras." J'ai récupéré ma tulipe et me suis repassé le pouce sur le nez en reprenant. "L'os était fracturé à plusieurs endroits, je me demande comment a fait ma mère pour ne pas tomber dans les vapes, mais elle est infirmière, alors j'imagine... Bref. Elle a quand même paniqué et mon paternel s'est mis à m'engueuler. Comme si c'était ma faute si cet enfoiré m'avait foutu par les escaliers parce que je remplissais pas ses attentes !" J'ai secoué la tête en riant. "On fait tous ça quand on a 9 ans. C'est dans nos gènes, ça nous fait marrer, on se dit 'Tiens, je vais rouler dans les escaliers pour voir !' Quoiqu'il en soit, ça a commencé. Je suis tombé dans le Schwartz presque aussitôt et quand je me suis réveillé, quelques heures après, l'os s'était totalement ressoudé et j'avais juste une plaie béante que ma mère avait pansé et soignée."

J'ai retrouvé le silence un petit moment en regardant ma cicatrice que je devinais à peine maintenant. Avec l'âge, elle s'était presque totalement effacée. J'ai regardé Matt avec un sourire.

"Lexy ne m'appelle pas Bones Cracker par hasard. Ce n'est pas parce que j'aime faire craquer mes phalanges." J'ai à nouveau haussé les épaules en le dévisageant. "Ce que j'essaye de te dire, c'est que peu importe ton histoire, je peux l'entendre. Celle de Lexy n'est pas des masses plus rutilante que la mienne. Celle de Yuna non plus. Et je crois que celle d'Angela est pas piquée des vers non plus..."

Non, une BLAGUE ! J'ai ri. Mais très jaune. J'ai secoué la tête en fermant les yeux. Il ne valait mieux pas que j'amène Angela dans la conversation.

"Mais je ne veux plus que tu me regardes comme tu le fais depuis le début, comme si tu ne pouvais rien me dire, ou que... J'étais un danger, pour toi. J'ai longtemps cru que le bar s'en sortirait mieux si chacun gardait ses vaches, mais je suis en train de réaliser que ce n'est pas la bonne tactique. Et j'en ai marre de ne rien savoir sur toi."



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Matthew Ethan Dare
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J'étais soulagé et à la fois un peu déçu qu'Alex ne s'attarde pas sur ma réponse incomplète. Que pouvait-il imaginer maintenant, qu'en pensait-il ? Mais le silence était peut-être mieux, quoique je le trouvais gênant pour l'heure, presque oppressant. Enfin, jusqu'à ce qu'Alex se mette à parler et que je mette à l'écouter. Je ne dis rien bien sûr, je me contentais de lui prêter l'oreille en silence, tournant enfin la tête vers lui. Je pouvais dire rien qu'à son départ que ça serait long et que j'allais découvrir un peu comme un autre Alex.

Que je ne répondais pas ne signifiait pas que je ne réagissais pas. J'ai hoché la tête quand il me parlait de la particularité de son père, froncé les sourcils à la mention du pseudo camp de vacances – ils... l'avaient vendu ou quoi ? -. Ne parlons même pas de son bras cassé sur lequel je m'étais penché... mais il en riait et je me demandais où il en était de tout ça, avait-il vraiment réussi à tout mettre derrière lui ou riait-il pour exorciser son passé ? Il avait l'air de s'en ficher...

Sa réaction quand il parla de notre histoire à chacun me laissa perplexe. C'était ce qu'on avait coutume d'appeler un rire jaune non ? Et pourquoi avais-je la très nette impression qu'il s'adressait à Angela en particulier... Eh bien peut-être ne le saurais-je jamais, Angela et lui s'étaient plus rapprochés ces derniers temps qu'elle et moi ne le seront jamais.

Un danger... J'inspirai et regardai le ciel au-dessus de nous, les feuilles de l'arbre qui bruissaient légèrement au gré du vent. Je ne savais pas quoi lui répondre, pouvait-on trouver autre chose que des banalités à renvoyer à ce genre d'histoire ? Et pour le danger je ne pouvais quand même pas lui dire ce qu'il en était vraiment... Je ne m'étais plus livré depuis longtemps et je ne l'avais jamais fait entièrement de toute façon, sauf avec Lizzie et je n'étais plus sûr de savoir comment faire. Je crois qu'en quelque sorte cela me demandait plus de force que d'aller courir un marathon cauchemardesque.

- "A dire vrai je préfère garder les moutons plutôt que les vaches, ils sont bien plus intelligent qu'on ne le prétend et je l'ai déjà fait en plus, j'ai même déjà participé à un rodéo-mouton quand j'étais gosse."

Je soupirai en hochant la tête puis je retournai mon regard vers Alex.

- "Je ne sais pas quoi te dire Bro c'est une sale histoire que tu as vécu, la mienne a des allures de jeune bergère à côté. Si j'étais moins moi je te dirais que j'espère que ton beau-père pourrit dans un trou à l'heure qu'il est. Voir même que tu lui as fait sa fête." - Je haussai un sourcil à son égard - "Ne le dis pas aux filles okay ?" - Court silence - "Je te dirais bien que je suis désolé pour toi et je le suis vraiment mais je sais pas j'ai toujours ressentis ce genre de paroles comme de l'hypocrisie même quand c'était sincère et je n'ai pas envie de sortir des mots qui ont des relents de ça pour toi, je suis même pas sûr que tu prendrais bien ce genre de phrase."

J'eus une moue ironique qui se refléta dans le ton de ma voix.

- "Et comme tu as dû le remarquer en m'écoutant parler ces dernières minutes je ne suis pas habile ou même à l'aise avec tout ça. Pas plus à parler de moi d'ailleurs. Manque de pratique."

Et puis ça me rendait nerveux aussi, il devait s'en rendre compte là.

-"Maintenant si ce n'est pas à toi que je livre ça, à qui le diraiss-je ?" - Je regardai le marc de café au fond de mon mug et le montrai à Alex - "Tu vois même lui est d'accord, tu sera la deuxième."

Il sera la deuxième personne à qui je me confierai et ce même si je ne lisais pas dans les marcs de café. J'apprendrais peut-être un jour, allez savoir.

Ce que je m'apprêtais à faire je l'avais toujours vu comme un risque énorme autant pour moi que pour ma famille, mes parents m'avaient inculqué très tôt qu'il fallait que je cache ma Positivité, que je sois un enfant aussi normal que possible à tel point que c'était devenu une seconde nature chez moi, je ne sais pas si Alex se rendait compte. Je cessai de le regarder et m'amusai distraitement à faire tourner le marc de café.

- "Mon histoire est plus banale, je suis un Positif né de père Positif. Basique. Ma mère a accouché dans un coin paumé du pays, va savoir ce qu'ils ont foutu..." - Je passai le bout de ma langue sur mes lèvres, cherchant mes mots. - "Mes parents ne voulaient pas qu'on sache ce que j'étais, pas qu'ils aient honte ou quoi que ce soit mais ils avaient peur que je me fasse tabasser tôt ou tard, c'était plutôt courant ce genre d'événement. Je crois que quelque part ils étaient plutôt content que mon don ne se réveille pas, on en était venu à conclure que ça devait être un Pouvoir de type purement complémentaire. Ma mère était plutôt soulagée même si ça la gênait de l'avouer, mon père était plus mitigé. Il craignait qu'un jour je croise la personne adéquate et que ça me pète à la figure."

Je regardai un instant le chaton qui avait l'air décidé à jouer avec le bas de mon jean avant de replier mon autre jambe et de continuer.

- "Il n'avait pas tort. Ca a fini par arriver quand j'étais môme, lors d'une promenade on a croisé un enfant Phm guère plus vieux que moi qui se faisait tabasser par une bande d'ados débiles." - Je secouai la tête – "Mon père est intervenu et nous l'avons raccompagné à l'orphelinat, c'est là que je l'ai rencontrée, une fillette de mon âge. J'étais parti pour visiter l'orphelinat et jouer avec les autres enfants pendant que mes parents discutaient avec le directeur quand je me suis senti comme attiré dans le réfectoire. Deux super aimants, vraiment. On a failli faire sauter les machines du réfectoire à nous deux, je crois même que si on n'était pas venu nous séparer on aurait fait sauter plus que ça." - Je tournai à nouveau mon regard vers Alex - "C'est étrange tu sais- "

Je fronçai les sourcils en regardant le chaton qui pesait dans le vide les griffes autant plantant dans mon jean que dans ma peau, je l'attrapai par la peau du cou et le posai sur Alex tout en parlant fermement au chaton :

- "Va voir Tonton toi."

Je repris ensuite où j'en étais.

- "On dit toujours qu'un Pouvoir reflète la personne, qu'il lui est adapté, enfin tu vois sûrement ce que je veux dire. Déjà petit je m'imaginais plus... nature. Mes grand-parents vivent à la campagne, j'y allais en vacances et j'adorais ça, pour moi il était logique que j'y ferai ma vie, loin de toute technologie. Mon père il était là dedans, la mécanique, les machines, la robotique... Mais moi ? Absolument pas, je tenais plus de Grandpa pour ça. Tu m'aurais mis dans un ranch en pleine nature c'était parfait. Partir faire du ranching avec uniquement des plaines et des montagnes à perte de vue, encore mieux."

Je le regardai et continuai, clairement moqueur et sarcastique envers tout ça.

- "Mais non, moi je suis technopathe."

Je finis par sourire, c'est que je m'y étais habitué à mon Pouvoir et à l'heure actuelle je ne l'échangerais pas même si on me le proposait.

- "Son Pouvoir à elle était pleinement complémentaire au contraire du mien qui ne s'est plus désactivé par la suite." - Je fis une pause, pensif - "Mes parents l'ont adoptée, on a passé beaucoup de temps à tester nos Pouvoirs par la suite, c'était comme un jeu. Genre quelle serait la plus grande bulle qu'elle pourrait créer dans notre bain ? Si on remplissait un robot de notre Yu, est-ce qu'il finirait par prendre vie ? J'ai toujours été un enfant très curieux mon père n'a pas dû me forcer beaucoup pour que j'accepte d'apprendre à maîtriser mon Pouvoir, j'avais la chance contrairement à beaucoup que nous en ayons des similaires lui et moi, ça m'a beaucoup aidé." - J'inspirais - "Il y a eu deux événements qui m'ont fait comprendre que c'était plus qu'un jeu, une normalité ou une tenante du « Il faut que vous cachiez votre don » de mes parents. Une fois le Pouvoir de ma sœur nous a surpris, la plupart du temps son don alimentait le mien ce jour-là la tendance s'est inversée sans qu'on y soit préparé. Ca s'est fini à l'hôpital."

Ca devenait dur de lui parler de tout ça, je souffrais encore de l'absence d'Hannah à l'heure actuelle. Si proche et à la fois si lointaine.

- "Nous y avons réagi différemment. Elle s'est mise à rejeter son Pouvoir, elle ne s'en servait plus et ne voulait plus en entendre parler encore moi à apprendre à le maîtriser. Entre ça, les émissions de télé sur la discrimination envers les mutants et l'adolescence elle a commencé à me fuir. Quand je n'étais pas près d'elle elle avait tout d'une Négative. De mon côté ce qui s'était produit m'avait motivé à apprendre à maîtriser mon Pouvoir à la perfection, je ne voulais pas prendre le risque de blesser quelqu'un et encore moins une personne chère, j'y passais énormément de temps. J'ai fini par découvrir en l'absence de ma sœur que mon Pouvoir était moindre loin d'elle, je le savais déjà mais pas à quel point. De plus, ce que certains aiment appeler nos malus de Pouvoir réapparaissaient loin d'elle. Je ne l'ai pas revu depuis qu'elle est partie pour l'université."

Comme toujours je sentis la tristesse s'insinuer en moi à ces souvenirs, jamais je n'aurais cru que j'aurais dû passer par ce que j'étais passé sans ma sœur de cœur à mes côtés. Je bravais un sourire avant de conclure.

- "Eh bien je peux discuter avec les machines à défaut de parler à ma sœur."


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Alex Peterson
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Matt avait raison de croire que je n’aurais pas aimé des réflexions à la « je suis désolé pour toi. » Je ne le suis pas pour moi-même, je n’en attends pas autant des autres. Je n’attends pas non plus qu’on ait quoi que ce soit à dire. Alors j’ai froncé les sourcils.

« Il n’y a rien à dire. » C’était plus fort que moi, il fallait que je parle en même temps que lui. Il était hors de question qu’il me voit comme une victime, ce que je n’étais pas. « C’est pas… Il pourrit six pieds sous terre, oui. » Quant à qui l’y a mis… J’ai relevé un regard bizarre sur Matt. Plus bizarre que je ne l’aurais voulu. Oui, j’avais fait la tête à mon beau père, mais est-ce que Matt avait besoin de savoir cette partie-là de l’histoire ? Pour le monde entier, il avait juste dégagé, décampé, bref, comme tout le monde s’y attendait. Qu’arriverait-il si un jour on le retrouvait ? Megalopolis pourrait décider de raser le quartier de ma mère pour y implanter quelque chose et alors il retournerait son jardin… J’ai baissé la tête. « Je ne te demande pas d’être désolé, je te raconte une histoire, c’est la mienne, point à la ligne."

J'ai ouvert la bouche pour démentir ou faire une remarque mais Matt m'a stoppé dans mon élan. Le deuxième quoi ? Se livrer ? A moi ? Je n'ai pas quitté Matt du regard tout le temps qu'il a parlé, absolument pas intéressé par le chat. Je vous le dis, les animaux, c'est pas mon truc. Je l'ai écouté parler de son pouvoir, de sa soeur. Il avait une soeur ?! Avais-je déjà parlé de la mienne ? Je fumais tranquillement en l'écoutant et je n'avais pas de mot pour décrire à quel point j'étais heureux d'apprendre enfin à le connaître. Même, je devais avoir un sourire sur mes lèvres. mais quand il m'a déposé le chaton, j'ai reculé d'un coup sur ma chaise en levant les bras.

"WOW !"

J'ai fusillé Matt du regard. Pourquoi le chaton ? Pourquoi sur moi ? J'ai rattrapé ma tasse de justesse avant qu'elle ne chavire et elle a rejoint les airs. Si la panthère noire me sautait dessus, toutes griffes dehors, je promettais de hurler. Mais déjà, Matt reprenait. Est-ce qu'un pouvoir était véritablement le reflet d'une personne ? Je me voyais mal être capable d'autre chose que ce que je savais faire à l'heure actuelle : guérir de mes blessures un peu plus vite en évitant le pire. De plus, ça m'avait offert une bonne connaissance en la matière pour mon travail... Au noir. A mon grand soulagement, le chaton préférait Matt et il est vite retourné à l'envoyeur pour gravir son pantalon jusqu'à ses genoux.

Il m'a fallu me concentrer néanmoins pour comprendre le pouvoir de Matt. Le mien était si simple qu'à côté le sien demandait un bac +10. En même temps, j'essayais de resituer ce qui avait tellement inquiété Sunny quand je l'avais eue au téléphone mais je ne savais déjà même pas quel était son propre pouvoir. Alors quant à comprendre ce qui s'était passé entre ces deux-là...

Malheureusement, dans ma réflexion, j'ai peu suivi toute l'histoire de Matt. Ou du moins, pas d'une fine oreille. J'ai continué de réfléchir, perdu dans mes pensées et j'ai fini par secouer la tête.

"Je ne comprends pas. Tu as un pouvoir complémentaire qui m'a l'air assez... Destructeur, finalement si j'en crois ce que tu dis, en tout cas, quand tu es proche de ta soeur. Avec moi il ne se passe rien, de toute évidence, mais c'est logique. Et Sunny panique à l'idée que son propre don ait pu te nuire ! Alors que si je t'écoute... Tu es une sorte de catalyseur ?"

J'ai relevé les yeux sur Matt.

"Qu'est-ce que tu entends par malus ?" Pour ma part, en dehors d'une bonne massue en travers de la tête et il n'y paraissait plus. J'étais fichtrement bien loti pour un Candidat, non ? "Je croyais que les Positifs rencontraient moins de problèmes, que les Candidats étaient toujours plus virulents. Je me suis renseigné il y a quelques temps parce que je me tenais des migraines de malade à m'en frapper la tête contre les murs. En fait, il s'est avéré que j'avais juste un méchant virus mais du coup, ça m'a permis de me documenter, un peu. Ouais, j'avais 9 ans, je croyais que c'était un vaccin, pas un agent mutagène, j'étais curieux, mais surtout dans le coltard. Bref, j'ai lu que les Candidats avaient une version plus pure, un truc comme ça ? Un comme si les Positifs étaient dilués dans l'eau. Sans vouloir t'offenser, j'aime mon whisky sans glace, pour ma part. Laisse-moi remettre tout ça dans l'ordre."

Je me suis accoudé sur mes genoux, légèrement penché en avant et j'ai levé les mains.

"Tu pompes l'énergie des machines et si je comprends bien... Celle de ceux qui ont un pouvoir générant une énergie qui te soit, d'une manière ou d'une autre, vitale. Ta soeur a donc un potentiel... De bombe. Ce qui me laisse imaginer qu'en prime, elle est canon, je parie. Et à côté de ça, j'ai une assistante sociale hystérique à qui tu as pompé de l'énergie aussi, va savoir laquelle." J'ai regardé Matt, un sourire en coin. "Tu le sais que c'est censé être l'inverse, n'est-ce pas ?" Et j'ai secoué la tête en retrouvant mon sérieux. "Mais aux dernières nouvelles, Sunny n'a pas de circuits imprimés tatoués sur les joues..."



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Matthew Ethan Dare
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Je n'avais pas manqué le sourire sur ses lèvres, l'air heureux qu'il affichait à mesure que je me dévoilais. Je ne pensais pas que ça lui tenait autant à cœur, il était loin de son attitude habituelle sans question. Je ne savais pas ce que je devais ressentir, je ne savais même pas vraiment ce que je ressentais. Une angoisse quelque part, de l'incertitude... du soulagement ? J'ai vécu toute ma vie comme une pièce de théâtre à toujours tout cacher et simuler ce que je n'étais pas. C'était pesant. Je me rendais compte petit à petit que la disparition de ma famille n'était pas la seule chose qui m'avait mené au suicide, c'était aussi tout ce qu'il y avait avant. Une vie à marcher en équilibre sur un fil vacillant entre ce que j'étais et ce qu'on voulait que je sois, des déménagements incessants qui étaient autant de fuites et de pertes, des changements de vie et d'école à toujours s'adapter, l'éloignement de Hannah et l'éclatement de notre famille, l'attachement que je rejetais en virevoltant de filles en filles... Tout n'avait été qu'une longue suite d'accumulations avec perdu au milieu deux années de bonheur brisées tragiquement. J'étais conscient que les deux fois où j'avais perdu de mon contrôle et que je m'étais retrouvé à élever la voix contre Alex suivaient encore une accumulation. Ca ne faisait même pas cinq ans depuis ma tentative de suicide, quand on y regarde dans une vie c'est peu et pourtant en janvier j'avais lutté pour rester alors qu'il y a encore si peu de temps je ne demandais qu'à mourir. Je n'étais qu'un mort-vivant quand j'étais arrivé à Megalopolis et je n'aurais jamais pensé qu'un jour quelqu'un ou quelque chose s'infiltrerait suffisamment en moi pour inverser cela. Et pourtant... pourtant il fallait que j'ouvre les yeux, il y avait l'Underground et le bar, Sliders et mes collègues, mes amis et ma famille. Ca devrait me faire fuir hein ? Mais ils étaient tous comme moi et capables de se défendre, ils connaissaient cette vie.

Quand Alex sortit de ses pensées et qu'il commença à parler j'avais perdu ma nervosité et j'affichais un vague sourire énigmatique, à ses paroles je haussai les sourcils.

- "Un catalyseur ? Oui ça définit bien ma particularité. J'aspire de l'énergie en continue, l'emmagasine voir la transforme pour me nourrir ou la redistribuer à des machines. Pour le côté purement destructeur..." - J'eus un mouvement d'épaules – "J'étais tout môme quand mon Pouvoir s'est débloqué et c'est arrivé sans crier gare, c'était un peu comme si... comme si mon Pouvoir était bloqué quelque part et qu'on avait ouvert les vannes. Un peu comme si un barrage sensé retenir des tonnes d'eau explosait et que l'eau tout à coup déferlerait comme un raz-de-marée. Est-ce qu'on aurait réellement pu tout faire sauter ou était-ce juste un ressenti enfantin ? Je ne sais pas mais le micro-onde lui c'est certain qu'il n'en était pas loin."

Je le laissai continuer et mes pensées se tournèrent un instant vers Sunny, cette histoire entre nos deux dons me turlupinait. Jusqu'à présent mon don n'était entré en résonance qu'avec celui d'Hannah et je ne savais pas ce que cela présageait.

Je l'écoutai donc et finis par lever les yeux au ciel en remuant la tête de droite à gauche quand il quitta le sujet de ses recherches pour en venir au whisky sans glaçon. Sérieusement ?
Ouais, ouais... Le regard à nouveau tourné vers lui je le laissai tout remettre dans l'ordre sans intervenir, je me contentai de froncer les sourcils quand il évoqua la beauté de ma sœur et de faire une moue à sa taquinerie. Sur le coup je ne vis pas ce qu'il voulait dire avec son dernier commentaire, pourquoi aurait-elle eu le même phénomène apparent que moi ? Je baissai les yeux pensivement sur mon corps, passai les doigts sur une des lignes qui voyageait sur mon bras et la regardai s'illuminer plus vivement comme si les nanites remontaient au plus haut de ma peau. Bientôt d'autres traits vinrent s'agglutiner d'eux-même sous ma main, j'en avais presque oublié que les circuits « autoroutes » se déplaçaient à leur guise sur mon corps depuis que je m'étais levé.

Je les délaissai et reportai mon attention sur Alex.

- "Non en effet elle n'en a pas mais en même temps je ne vois pas pourquoi elle en aurait, ce n'est pas un trait commun aux technopathes et puis je ne pense pas qu'elle fasse partie de cette catégorie de pouvoir." - Je restais pensif un instant – "Si nos pouvoirs sont effectivement entrés en résonance... Elle n'a pas besoin d'être une cyber pour ça, Hannah ne l'était pas non plus son truc c'était les champs électromagnétiques."

Je le regardai par la suite avec un sourire narquois.

- "Et oui ma sœur est une bombe mais je te préviens j'ai déjà cassé le nez d'un mec qui la collait de trop près au lycée."

Je gratouillai le chaton qui avait fini par s'installer sur mes genoux et qui jouait avec la poche de mon jean.

- "Pour revenir à ta question ce que j'appelle « malus » c'est un peu le revers du décor qu'a tout Pouvoir même s'il diffère de l'un à l'autre, bien sûr plus on avance dans la maîtrise et l'acception de son don et plus il faiblit mais seulement jusqu'à un certain point. Ca peut être une sensibilité, une faiblesse toujours présente... L'électricité qui détraque le don, des os plus fragiles, un élément comme l'eau qui peut te blesser par son contact ou pire. Ca peut aussi n'être actif que lorsque tu utilises ton Pouvoir comme la perte de conscience de ton environnement ou l'affaiblissement voir la perte d'un de tes sens. Ou alors ça peut arriver suite à l'utilisation du Pouvoir, je crois bien que ce sont les plus fréquents. Migraines, fatigue, douleur, vomissements pour les plus gentils. Moi je suis dans la catégorie des malus omniprésents activés par une source extérieure."

Je soupirai.

- "Est-ce que les Positifs rencontrent moins de problèmes je ne dirais pas ça comme ça, les problèmes rencontrés avec les Pouvoirs ne dépendent pas que de la virulence de Yu mais aussi de la nature du Pouvoir et de la personnalité de la personne qui le porte ainsi que de sa capacité à l'accepter. Après c'est vrai que Yu se diluent au fil des générations mais de combien de pourcent ? C'est probablement différent à chaque fois mais n'oublie pas Alex qui Yu reste récent, 2026 c'est presque avant-hier hein on a pas beaucoup de générations en arrière pour en juger et je pense que ça dépend aussi de la force du premier Positif de la lignée. Regarde moi je suis un Positif de Deuxième Génération, mon père s'est pris le bombardement de Yu quand il était bambin. L'agent mutagène est très virulent chez lui mais son corps s'est particulièrement bien adapté."

Etait-ce dû à son extrême jeunesse et à la facilité d'adaptation des enfants ? Je continuai avec un visage mi-ange mi-démon, une expression à la fois sadique et joueuse.

- "Dorénavant compte sur moi pour te mettre un glaçon dans chaque alcool que je te servirais."

Et même deux à l'occasion.


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Alex Peterson
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J'ai souri à la mention de sa soeur. Je ne pouvais pas m'en empêcher. J'aimais les femmes, je n'allais pas me cacher. Ca me rendait curieux, en plus. Je ne craignais pas plus un retour de Matt que de rencontrer sa soeur, à l'entendre. Par ailleurs, son pouvoir, à côté du mien, était d'une rare complexité. J'ai plissé les paupières en réfléchissant. Je ne sais pas si c'était ce que je fumais qui m'embrumait le cerveau, ou bien si c'était vraiment tordu comme Yu en avait le secret. J'ai penché pour la deuxième possibilité. Je n'en étais pas à mon premier pétard. Dans un sourire, j'ai secoué la tête.

"Je n'ai rien de tout ça. Juste de grosses fatigues. Je me pète le bras…" Je me suis redressé et j'ai levé une main pour balayer l'air en ponctuant ma phrase. "Et je suis dans le schwartz pendant quelques heures. Tu remarqueras que c'est plutôt pratique, ça m'a fait ça quand j'ai pris la balle, aussi. Pouf. Mon corps me protège naturellement de la douleur." J'ai pris une gorgée de mon café et j'ai haussé les épaules. "Pour ce que j'en sais, quand on me connaît pas, je passe pour un Négatif. Ca aide dans la vie, cela dit."

J'ai réfléchi un instant, le regard dans mon mug et j'ai repris.

"Juste un barman, la blague facile, un ado à problèmes comme n'importe lequel… Ma puce est même déclarée comme Positif, pas comme Candidat. Les gens posent trop de questions. Pour la plupart, ils ne savent même pas ce qu'est un Candidat." J'ai coulé un regard vers Matt l'air de dire 'Bande d'abrutis laissés dans l'ignorance par une société bercée par les mensonges' "On aura juste de la chance si ça s'arrête avec nous. Je veux dire, je suis fier de ce que je suis, ça m'a ouvert des opportunités et je suis pas non plus dans le besoin. Seulement… J'estime que mes enfants n'ont pas à vivre la même chose. Tu me diras, mon père était un Natif, ça équivaut à un Candidat, j'ai eu de la chance de pas en hériter. Mais j'imagine qu'avec doubles gènes de Candidat, mes chiars y passeront un jour ou l'autre."

J'espérais surtout que ma fille n'ait rien. Et ça, je n'avais moyen de le savoir qu'en vivant avec elle. Oups… Ce n'était pas le cas. J'ai relevé la tête pour regarder devant moi. Je sentais ma tête s'embrumer alors j'ai éteint le tout dans un petit bol à côté avant d'inspirer profondément.

"Pour ça, je dois retrouver une Madame Peterson. Ce qui, vu mon emploi du temps, est assez compromis."

Il n'y aurait pas eu de nouvelle Madame Peterson, même si j'avais eu un emploi du temps plus souple. Je n'en voulais pas de 'nouvelle'. Je n'avais pas quitté la première pour cause de divorce silencieux, parce que je ne l'aimais plus ou parce qu'on ne s'entendait plus. J'ai grimacé en regardant Matt.

"Sale époque pour avoir des gosses, si on me demande mon avis."



"The secret to happiness with men ?
Lower your expectations.
Because deep down, in my heart... I know Big Foot is real."
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Matthew Ethan Dare
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Des grosses fatigue et quelques heures dans le schwartz hein ? Ca ressemblait à de malus à s'y méprendre mais pas le pire qu'on puisse rencontrer, quoique dans certaines situations... J'embêtais le chaton pendant qu'il réfléchissait et levai à nouveau les yeux sur Alex au son de sa voix. A l'écouter il était juste banal, hmmm, je me demandais ce qui se cachait là dessous autre qu'une certaine affiliation à Libération ou plutôt comment il s'y affiliait. Je l'écoutais distraitement, lui offrant une moue désabusée au regard qu'il coulait vers moi. Mes pensées s'éloignèrent ensuite sur ce qu'il venait de dire. Est-ce que ses enfants avaient plus de chances de finir Positif ? Je ne le pensais pas, après tout son père ne lui avait pas refilé Yu de base et sachant que de toute façon deux natifs ne donnaient pas obligatoirement naissance à un Positif... Ce n'était pas comme s'il avait reçu deux doses ou une super dose non plus. Enfin, je n'étais pas un pro en génétique ce n'était pas mon domaine.

Je rattrapai le chaton au vol, clairement attiré par le bol ou plutôt par le pétard qu'Alex venait d'y écraser.

Une ombre passa sur mon visage à ses prochains mots et je serrai les dents, la tête baissée en direction du chaton. Les gosses... Si on ne vous les tuait pas avant même leur naissance la société se chargeait de faire d'eux des parias même si on avait vu quelques améliorations ces dernières années.

Je restai silencieux quelques instants puis je finis par répondre.

- "En même temps ce n'est pas comme si nous étions sensés pouvoir en avoir nous autres Mutants. Et même... avec la société telle qu'elle est actuellement on aurait de quoi avoir peur pour eux. Grandir comme des parias ou en étant obligé de regarder par dessus son épaule à chaque instant ce n'est pas une vie." - Je m'arrêtai le temps d'une inspiration - "Ouais, comme tu dis, sale époque pour avoir des gosses."

Est-ce qu'un peu d'amertume s'était glissée dans ma voix à un moment ? Un éclat de souffrance que je n'aurais pas pu cacher entièrement ? Probablement oui, je n'étais pas infaillible après tout.

Après qu'un nouveau silence uniquement traversé par les ronronnements du jeune félin se soit installé, bercé par des pensées morose, je percutai soudainement ce qu'il avait dit plus tôt. Une nouvelle Madame Peterson ?

Je relevai la tête vers lui et haussai un sourcil tandis qu'un léger sourire prenait place sur mes lèvres.

- "Une « nouvelle » Madame Peterson hein ? Je n'aurais jamais imaginé que tu ais pu être marié."

D'une, nous autres Mutants n'avions pas légalement le droit de nous marier et de deux Alex était plutôt du genre volage. Maintenant que j'y pensais...

Mon visage s'assombrit  nouveau.

- "Désolé, j'espère que je n'ai pas fait de gaffe."

Après tout je ne savais pas ce qu'il lui était arrivé à cette madame Peterson, ma propre fiancée était bien dans la tombe... Qui sait si Alex ne cachait pas une tragédie sous son attitude blagueuse ?


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Alex Peterson
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"Je n'irai pas jusqu'à être aussi pessimiste." Je regardais le mur en face de moi en jouant avec mes doigts, un léger sourire sur mes lèvres, quoiqu'un peu ironique. "On n'est pas des Mutants, on est juste des gens avec des capacités uniques. C'est pas pareil. Je croyais que chez vous vous prôniez l'égalité…"

Cependant, je savais qu'il y avait plus que ça chez Matt. Chaque fois que j'approchais le sujet, de près ou de loin, il réagissait de la même manière et se fermait comme une huitre. Avais-je envie d'en savoir plus, oui, très certainement, mais il avait toujours cette tendance à se défiler, à changer de sujet assez rapidement. Et comme je n'étais pas du genre à poser des questions, je n'avais jusque là rien dit. Mais les choses étaient en train de changer et je ne voulais plus ne pas connaître Matt.

Je jouais avec ma tasse sur la chaise longue, la tournant entre mes doigts et j'ai souri à sa remarque.

"Pourquoi, c'est Angela qui te fait dire ça ?"

Personne ne m'imaginais jamais marié. Angela la première, je crois que pour un peu, et elle riait. Mais comme je n'ai pas répondu tout de suite, que j'ai gardé les yeux bas en secouant la tête, Matt l'a interprété comme une gaffe. Dans la situation inverse, j'aurais fait exactement la même chose. Sauf que pour ma part, ça aurait vraiment été une gaffe. Oui, je cachais une tragédie, mais elle ne concernait pas ma femme. Dans un bref reniflement, je me suis passé une main sur le visage en lissant ma barbe éparse.

"Techniquement, je le suis toujours." J'ai souri un peu plus, mes épaules se secouant dans un rire sans beaucoup de joie. "Mais parce que je peux pas m'empêcher de tout foutre en l'air… J'ai merdé." Un temps. "Ma soeur lui a dit où j'étais. Tu sais, l'autre jour, le coursier qui est venu déposer un pli pour moi…" J'ai inspiré profondément. "Ce sont les papiers de divorce que je dois signer." J'ai porté ma tasse à mes lèvres. "Mais je ne l'ai pas encore fait."

En reposant ma tasse sur la chaise longue, je me suis senti ragaillardi et je me suis redressé pour regarder Matt.

"Parce que figure-toi que ça dérange personne quand on se marie jeune, et un peu sur un coup de tête ! C'est joli, ce jeune couple un peu rebelle qui décide de prendre la tangente comme acte de leur amour ! Mais quand il s'agit de se séparer, c'est plus la même chanson !" Je me suis un peu plus tourné vers lui en comptant sur mes doigts. "Il y a la pension, la garde des mômes, la pension des mômes, comme si t'étais riche comme un sultan ! Et puis le partage des biens. C'est marrant, mais depuis toutes ces années que je suis dans ce bar, elle m'a jamais faite chier une seconde ! Elle a toujours pris l'argent que je lui ai envoyé, elle a jamais moufté, elle est jamais venue jusqu'ici ! Mais depuis le club, c'est marrant, tout à coup, elle me trouve une valeur financière et m'envoie les papiers de divorce et la seule chose que j'entends c'est 'C'est bien fait pour ce connard.'"

J'étais particulièrement injuste, je savais très bien qu'elle n'était pas vénale, j'avais juste besoin de trouver un truc à lui reprocher. J'ai soupiré en me frottant les yeux.

"Moralité, ne te marie jamais. Ne fais jamais d'enfants."

Et là je faisais une bourde sensationnelle…



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[Alex/Angie/Matt] Question pour un champion, chapitre 2
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