2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Sunny/David] Besoin d'aide

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David Foster
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Avril 2075


Après plusieurs tentatives ratées, nous y étions. Enfin.

La dernière fois que j’avais vu Sun Sullivan, elle m’avait dit qu’elle voulait me voir ailleurs que dans la pièce que le FBI mettait à sa disposition. Elle voulait me voir dans un endroit qui me parle à moi, un endroit où je n’étais ni l’agent spéciale David Foster, ni le grand frère d’une fille malade (qui d’ailleurs était guérie maintenant mais qui, du même coup, était devenue Candidate, mais ça, personne ne devait le savoir). Elle voulait me voir dans un endroit où je serais juste moi.  

Elle voulait également que ce soit moi qui la rappelle. Surement pour être sûre que j’étais prêt à accepter son aide, ou que je reconnaissais que j’en avais besoin. Pour être honnête, j’avais eu du mal à l’admettre, mais je savais qu’elle avait raison. Alors je l’avais rappelée. Plusieurs fois même. Mais nous n’avions jamais réussi à caler un rendez-vous. A chaque fois, j’avais un empêchement, ou bien elle. Et quand je l’appelais, cela ne durait jamais très longtemps, il y avait toujours un truc qui venait nous interrompre. A croire que nous étions maudits. Je n’avais jamais vu ça. Sérieusement, pour m’en sortir, il me fallait une sacrée persévérance quand même. Mais  cette fois, c’était bon. Elle avait un trou dans son agenda, et moi aussi. Enfin, restait à espérer que personne n’allait m’appeler en urgence…

Je n’avais pas eu besoin de réfléchir longtemps à un endroit pour notre prochaine entrevue. Un endroit où j’étais vraiment moi, il n’y en avait pas beaucoup. Il y avait la salle où je m’entrainais au tir, chez moi, et ce parc dans la baie où j’allais quand j’avais besoin d’être seul, de réfléchir et de me déconnecter du boulot, d’Angie, de tout en général. Le premier était trop bruyant pour qu’on puisse y parler tranquillement et le second, je ne l’avais même pas envisagé une seule seconde. Ne restait donc plus que la troisième.

Je l’attendais donc dans le parc, appuyé sur la rambarde de sécurité. C’était mon jour de congé (oui, il m’arrivait de le prendre, quand j’en avais besoin pour une raison ou pour une autre), j’avais donc laissé mon « uniforme » d’agent du FBI au placard. Un jean et t-shirt à manches courtes ne cachant pas totalement mes tatouages, c’était aussi ça le vrai David Foster. J’avais également laissé ma plaque et mon arme de service à la maison. En somme, j’étais un homme comme les autres, au milieu des autres.

Les yeux fixés sur l’océan, perdu dans mes pensées, je ne l’ai pas entendue s’approcher.


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Sunny Sullivan
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Quoiqu'il pouvait arriver à Sunny, elle se refusait de laisser un patient dans la panade. Surtout lorsque celui-ci venait de lui-même. Malheureusement, depuis les émeutes, sa vie avait pris un nouveau tournant. Elle avait commencé par ouvrir les yeux sur le véritable conflit qui opposait les Négatifs et les Positifs, elle qui n'avait jamais connu cette guerre, pas même au sein de sa propre famille. Pourtant née d'un couple de Négatifs, elle aurait pu en subir les conséquences. Au lieu de ça, elle avait été élevée comme n'importe quel autre Positif.

Et puis il avait fallu s'occuper du Casino. Sans Matt et avec ses béquilles pour soulager sa jambe blessée, les choses avaient été plus difficiles. Entre les écoles, ses patients habituels, son fils avait plus souvent été chez son père que chez elle. Sa seule récréation avait été une soirée au bar avec Alex et Angie et l'ouverture du club. En dehors de ça, Sunny travaillait plus que jamais. Lorsque David a rappelé, les choses s'étaient enfin calmées. Sa jambe était guérie, le Casino n'était plus à sa seule charge et des bénévoles l'aidaient régulièrement, et bien malgré l'absence de Matt dont elle s'était habituée à la présence quasi quotidienne, elle reprenait doucement sa vie en main.

L'orage avait cessé de jouer à cache cache sur la Ville Médiane depuis quelques semaines, le caractère de Sunny s'était finalement apaisé et surtout, rendue consciente de l'évolution de son pouvoir, elle y faisait nettement plus attention.

L'endroit que David avait choisi n'était pas si loin de chez elle et elle le rejoignit avec un gobelet de café qu'elle lui tendit avec un sourire, une fois à sa hauteur.

"Café ?"

Sans savoir ce qu'il préférait, elle avait choisi le plus simple. Le vent agitait des mèches de cheveux sur son visage et le soleil faisait d'autant plus ressortir le reflet ambré et lumineux de ses yeux. Elle semblait toujours un peu sortir du lit mais au moins les cernes avaient diminué.

"Enfin, je vous revois ! J'ai cru que je n'y arriverai jamais ! Je suis vraiment désolée, ces derniers mois ont été..."

Elle grimaça d'excuse et se replaça une mèche de cheveux derrière l'oreille. Son style vestimentaire ne changeait pas de d'habitude en ce qui la concernait : ses bottes habituelles, ses collants sombres, sa jupe, son chemisier, son veston et son petit foulard...

"Comment allez-vous ?"



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David Foster
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Sa voix arriva jusqu’à mes oreilles avant même que j’ai entendu le bruit de ses pas. C’était plutôt étonnant d’ailleurs, j’étais généralement assez attentif à ce genre de détails. Déformation professionnelle, certainement. Mais aujourd’hui, mon instinct d’agent du FBI avait été remisé dans le placard de ma chambre, au même titre ma panoplie. J’étais en congé, et j’entendais bien l’être vraiment. J’avais même coupé mon portable. J’étais donc totalement injoignable, que ce soit pour le bureau, ou pour Angie. On avait eu assez de mal à se débloquer un créneau comme ça, hors de question que quelque chose vienne nous interrompre avant la fin de l’entrevue.

Je tournai la tête vers elle et me redressai en la reconnaissant. Je lui accordai un sourire timide et hochai la tête en signe de salutation.

- Avec plaisir. Merci.

Je tendis la main pour la débarrasser du gobelet qu’elle me tendait et m’adossai à la rambarde pour la détailler un peu. La dernière fois que je l’avais vue, ou plutôt croisée, c’était à l’hôpital, juste après l’émeute. Elle s’était pris une balle dans la jambe et avait vraiment mauvaise mine. Elle était couverte de sang même, et je n’étais pas totalement sûr que ce soit uniquement le sien. Mais nous n’avions pas eu le temps de discuter. Sa famille était là, et moi, on m’avait rapidement appelé pour s’occuper de ma cheville. Et quand j’étais ressorti de la salle de soin, elle n’était plus dans le couloir. Le moins que je pouvais dire, c’est qu’elle avait meilleure mine aujourd’hui.

Je balayai ses excuses d’un geste de la main.

- Ils ont été plutôt intenses pour moi aussi. Ne vous en faites pas.

« Comment allez-vous ? » Elle me posait cette question à chaque fois, et c’était étonnant comme elle pouvait me mettre mal à l’aise. Je n’avais pas tellement l’habitude qu’on me la pose en attendant une vraie réponse. Je veux dire, la plupart des gens vous posent cette question en espérant que vous allez dire oui et qu’ils pourront passer à autre chose, c’est juste une question de politesse. Mais peu s’intéressent vraiment à la réponse que vous allez donner. Et je savais que Sun faisait partie de ce petit nombre de personnes qui y accordaient de l’importance.

Mais ce n’était pas la seule raison au fait que j’avais du mal avec cette question. L’autre raison, c’est que je ne savais jamais vraiment quoi lui répondre. Aux autres, je pouvais me contenter d’un « ça va » et on me laissait tranquille,  quand bien même ça n’allait pas. Elle, je me doutais qu’elle creuserait plus loin, quand bien même je lui répondrais par l’affirmative.

Je me passai une main dans les cheveux et haussai les épaules.

- Ma foi… je suis bien content d’avoir enfin un jour de repos, mais ça va. Et vous ? Vous vous êtes bien remise ?

Je plantai mon regard dans le sien. Pour avoir été blessé par balles plusieurs fois dans ma vie, je savais que ce n’était pas toujours un événement facile à vivre. Non seulement c’était très douloureux physiquement, et il arrivait que certaines blessures se fassent toujours sentir même après des années, mais c’était également difficile psychologiquement parlant. Surtout quand on n’y était pas préparé. Et je doutais que Sunny le soit. Pas comme moi en tout cas.


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Sunny Sullivan
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Voir David n'avait rien à voir avec les autres patients. D'abord, il était le seul du FBI qu'elle avait. Ensuite, il était l'un des rares adultes. S'occuper des enfants n'était qu'un heureux hasard finalement. Mais elle eut l'impression de voir un vieux copain et aussi étrange que cela puisse paraître, il était loin de tous les petits… soucis qu'elle rencontrait. C'était reposant de faire quelque chose de "normal", même si rien de tout ça ne l'était pour David. C'était sa vie à elle. Aussi, elle acquiesça en souriant un peu plus.

"Oui ! Merci. Ca a secoué, je dois admettre, mais concilier ma vie avec le Casino est encore un peu abstrait à l'heure actuelle. Mais ça commence à aller mieux, c'est un rythme à prendre, j'imagine ! Et puis, je ne suis plus toute seule, je peux déléguer plus de tâches et reprendre un peu de temps pour moi."

Si personne n'avait entendu parler de Sunny, une bonne partie de la ville avait entendu dire que le Casino était rénové pour un foyer de jeunes. Mais en parler n'était pas ce qu'elle était venu faire ici. Elle se rapprocha et posa son gobelet sur la rambarde pour regarder autour d'eux. C'était un endroit qu'elle connaissait, où elle emmenait parfois son fils et si c'était le préféré de David, elle s'étonna de ne l'y avoir jamais croisé. Cependant, il n'avait plus du tout la même allure en "civil" et puis, il y encore quelques mois, elle n'aurait même pas fait attention à lui.

"C'est un bien bel endroit. J'aime ce qu'ils ont fait de la baie. On a parfois les relans du port à quelques kilomètres d'ici, mais au moins, on a la mer à nos pieds ! Je n'ai jamais l'impression que ça bourdonne, par ici. Ca vous évoque la même chose ?"

Une façon détournée de lui demander pourquoi c'était son endroit préféré, mais au moins, la question n'était pas directe et donc moins intrusive afin qu'il garde cette même confiance en elle qui l'avait poussé à la rappeler. C'était un effort précieux qu'elle ne voulait pas gâcher. Parler comme deux copains n'était pas son but, mais installer une relation plus normale et moins psy à patient l'aidait toujours à mieux communiquer avec eux.



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David Foster
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Comme beaucoup de monde à Mégalopolis, j’avais entendu parler de ce casino qui était rénové et réaménagé dans le but d’en faire un foyer d’accueil pour les enfants et les jeunes. Et personnellement, je trouvais l’intention fort louable. Il y avait tellement de jeunes qui trainaient dans la rue, livrés à eux-mêmes (essentiellement dans la ville basse d’ailleurs, autant l’avouer). Je me disais que ce genre de foyer pouvait les aider à se remettre sur les rails et à filer droit. A condition qu’il soit conduit par la bonne personne, quelqu’un qui se soucie vraiment d’eux et de leur devenir. Et contrairement à la plupart des gens, le nom de Sun Sullivan me parlait, à moi. Et je pensais qu’elle était, justement, cette bonne personne dont les jeunes avaient besoin. Il ne m’avait pas fallu longtemps pour arriver à cette conclusion. Il n’y avait qu’à voir la façon dont elle se comportait avec moi. Elle faisait son métier et elle essayait de le faire bien, malgré les réticences qu’on pouvait lui opposer.

J’acquiesçai et lui adressai un léger sourire. J’étais content que les choses se passent bien pour elle. Il me semblait qu’elle le méritait.

A son commentaire sur l’endroit où nous nous trouvions, je portai mon café à mes lèvres et me retournai pour m’appuyer à nouveau sur la rambarde, de façon à me retrouver à nouveau face à l’océan. Et, ensuite seulement, je hochai la tête.

- Tout dépend de l’heure à laquelle on passe, mais généralement quand j’y viens, il est plutôt calme.

Je bus une nouvelle gorgée de mon café et continuai.

- Le parc est agréable, il n’y a pas trop de monde. On est loin des bruits de la ville aussi. On se sent moins oppressé, plus libre. Ici, c’est facile de se déconnecter du quotidien pour prendre le temps de réfléchir. Et puis, la ville a parfois tendance à me rendre claustrophobe, j’ai besoin de grands espaces pour me ressourcer. Et l’océan a toujours eu un effet apaisant sur moi. Ça me manquait, quand j’étais à Atlanta.

Je tournai la tête vers elle et l’interrogeai du regard.

- Je ne savais pas que vous connaissiez déjà cet endroit. Vous y venez régulièrement ?

Je ne me souvenais pas de l’y avoir déjà croisée. Mais pour être honnête, ce n’était pas tellement étonnant, je venais surtout le soir, tard, après le travail. Ou lors de mes rares journées de congé, comme aujourd’hui. Il m’arrivait aussi de venir avec Angie. Des voies d’escalade avaient été aménagées sur les falaises. Et elles présentaient de beaux défis pour les grimpeurs que nous étions.


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Sunny Sullivan
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Sunny suivit son geste et l'imita avant de poser ses coudes sur la rambarde. Elle l'écouta parler, un sourire en coin comme toujours. Certains auraient même pu dire qu'elle le dévorait du regard, mais elle le couvait plutôt de bienveillance. Elle faisait partie des chanceux qui n'avaient pas de patients à risque bien qu'un ou deux aient tenté de la draguer, en vain. Il devenait parfois difficile de faire la différence entre la psy et la femme. Cette chance de n'avoir jamais eu de problèmes, Sunny la recalait à l'effet du nombre, elle n'avait pas beaucoup de patients, finalement, tout juste une dizaine.

Elle sourit un peu plus à sa question et se détourna légèrement pour lui montrer les résidences, plus haut, en tendant son gobelet.

"J'habite un peu plus loin."

Quoiqu'en ce moment, elle vivait bien au Casino, profitant que son fils soit chez son père. Elle désigna alors un autre endroit, bien plus près, à quelques 10 mètres derrière eux. Un banc, à côté d'un arbre qui venait de se libérer.

"Ca vous ennuie si on s'assied ?"

Sa jambe lui tirait de temps en temps le soir, surtout quand elle avait cavalé toute la sainte journée. Mais quand les enfants lui avaient demandé si ça faisait mal de prendre une balle, elle avait dit oui, beaucoup ! Mais au final, elle s'était attendue à une douleur tellement pire, c'était étrange. Elle pensa que ce n'était rien en comparaison de Matt et cette idée l'avait aidée à relativiser et probablement à ne pas sentir la douleur. Ca et… L'inquiétude. Plus que ça, même, l'angoisse, le stress… Des sentiments qu'elle ne connaissait que trop bien et qui l'avaient quittée depuis qu'elle était arrivée aux Etats-Unis, d'autant plus à Megalopolis. Quand beaucoup de personnes se sentaient mal et développaient des situations anxiogènes, Sunny vivait l'inverse. Ici, il y avait l'océan, du soleil, son frère était à des milliers de kilomètres d'elle, et son ex avait accepté de rester en ville pour qu'elle puisse voir son fils. La vie de Sunny roulait plutôt bien, en somme. Il y avait même un garçon qui lui plaisait, chose qui n'était plus arrivée depuis qu'elle avait rompu avec son ex. Mais la jeune femme était loin du genre frivole et elle avait cru que son couple durerait toute la vie. Elle n'avait pas songé pouvoir aimer qui que ce soit d'autre, c'était presque hors de question, alors que lui menaçait déjà de refaire sa vie, surtout depuis qu'ils s'étaient décidés à tirer un trait définitif sur leur relation, après les émeutes. Mais rien de tout ça n'était lisible sur son visage, non parce qu'elle le cachait ou ne souhaitait pas en parler, mais parce qu'elle avait une forte faculté à positiver et à toujours voir sa vie du bon côté. Du moins, depuis qu'elle vivait ici, ce n'était pas le cas à Vancouver.

"Alors, agent Foster… Tout ce temps perdu que nous aurions dû nous voir, que s'est-il passé ?"



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David Foster
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Je suivis du regard la direction qu’elle m’indiquait et fronçai les sourcils. Je savais ce qu’il y avait dans cette direction… Il y avait ma maison, à quelques kilomètres du parc. Certainement plus loin du parc que la jeune femme, j’habitais presque à la limite entre la ville médiane et la ville basse.

Sa main changea de direction pour me montrer un banc, quelques mètres plus loin.

- Non, bien sûr.

J’avais remarqué qu’elle ne s’appuyait pas totalement sur sa jambe blessée, comme si elle voulait éviter de faire reposer trop de poids dessus. Sa blessure devait se rappeler à elle. Je savais ce que c’était. Les miennes se réveillaient aussi, de temps en temps. En particulier celle causée par la balle que j’avais reçue à l’épaule juste avant que je ne me décide à quitter l’armée pour intégrer le FBI. Cette blessure avait été bien plus grave que les autres, ça pouvait expliquer que l’endroit soit plus sensible désormais. Je la sentais quelque fois, quand le temps était humide, ou quand je forçai trop sur mon bras. Néanmoins, elle était assez vieille maintenant pour ne pas trop m’handicaper.

Je proposai mon bras à la jeune femme afin qu’elle puisse se reposer dessus et soulager sa jambe. Mes parents m’avaient bien élevés. Ils m’avaient appris à être soucieux des gens qui m’entouraient et à être à l’écoute de leurs besoins. Certains appelaient ça l’altruisme. Chez nous, on disait plutôt que c’était du bon sens. On se devait d’aider les autres quand on le pouvait, à condition qu’ils n’en profitent pas trop non plus.

Bref.

Je l’accompagnai donc jusqu’au banc et m’installai à ses côtés. Sa question me laissa songeur un moment et je reportai mon attention sur l’océan.

- Rien de particulier en fait.

Menteur ! Si j’avais été comme ma sœur, Sunny aurait tout de suite vu sur mon visage que je mentais (quoiqu’Angie avait fait des progrès ces derniers temps). Mais ce n’était pas le cas. Attendez, je suis spécialisé dans les infiltrations, vous croyez vraiment que le FBI enverrait sur le terrain un gars qui ne sait pas mentir ?

Je réfléchis rapidement à ce qui avait pu se passer (et surtout à ce que je pouvais lui en dire) entre la dernière fois que nous nous étions vus, et aujourd’hui. Ca remontait à quand ? Novembre ? Un truc dans le genre.

- On a eu pas mal de boulot après les émeutes et ça ne s’est toujours pas calmé. Et je suis parti en mission quelques temps le mois dernier.

Je haussai les épaules et tournai la tête vers elle avec un léger sourire.

- La routine quoi.

Je pris une nouvelle gorgée de mon café. Sunny avait eu parfaitement raison en en prenant un tout ce qu’il y avait de plus classique. Rien ne valait le vrai café.

- J’ai entendu parler de votre foyer. C’est une bonne chose, je trouve. Les jeunes ont besoin de quelqu’un comme vous. Je veux dire, quelqu’un qui s’intéresse vraiment à eux et sur qui ils puissent compter. Il devrait y avoir plus de foyers comme le votre dans cette ville.


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Sunny Sullivan
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En souriant, Sunny secoua la tête.

"Ce n'est pourtant pas le premier. Je me suis juste attaquée à un monument de la ville, alors forcément, j'ai secoué quelques fourmilières, avec l'aide de certaines personnes d'un bar de la Ville Basse. Une des serveuses connaît bien les systèmes d'association et elle en ville depuis bien plus longtemps que moi. Et le barman m'a trouvé des petites mains volontaires. Eux aussi font des choses vraiment bien en ville." Elle pouffa de rire. "Parfois je me demande lequel a fait le plus de pub à qui."

En retrouvant peu à peu son sérieux, elle étudia un instant David avant de reprendre. "Mais ce n'est pas du Casino que vous êtes venu me parler, si ? Comment s'est passée votre dernière mission ? Vous savez…"

Elle secoua la tête en lissant sa jupe sur ses jupe, suivant son geste des yeux.

"Vous pensez que c'est la routine mais ça ne l'est pas. Chaque nouvelle mission, déplacement, chaque nouvelle enquête vous demande de l'énergie mais je parie que vous êtes un peu perfectionniste à en juger par le pincement de vos lèvres. Alors quelque chose me dit qu'à chaque nouvelle mission, vous cherchez à vous surpasser, encore et encore. Aussi, je me demande. A qui cherchez-vous à prouver quoi ?"

Sur un ton plus léger et frivole, elle reprit en croisant les jambes, posant son gobelet sur ses genoux.

"Avez-vous suivi mon conseil de la dernière fois ? Il me semble vous avoir conseillé de vous ouvrir aux autres, de… Mieux regarder ceux qui vous entourent. Notamment…" Elle pencha la tête et chercha son regard, un sourire naissant de plus en plus. "Des femmes ?" Absolument pas moqueuse, elle n'en demeurait pas moins curieuse, au-delà de la psychologue en elle. Plus sérieusement, elle précisa. "Qui était la jeune femme avec vous à l'hôpital ?"



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David Foster
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Il s’était peut-être passé pas mal de temps depuis notre dernière séance, mais la jeune femme n’avait pas changé. Elle était toujours fidèle à elle-même, toujours aussi bavarde. Elle me posait des questions, ne me laissait même pas le temps d’y répondre.  J’avais tout juste le temps de me gratter l’arcade sourcilière, pour réfléchir à ce que je pouvais répondre qu’elle enchainait directement sur autre chose.

C’était un peu contradictoire non ? Elle était là pour m’aider, non ? Son boulot n’était-il pas de me faire parler pour comprendre ce qui clochait chez moi ? Et pour autant, elle ne me laissait même pas le temps d’en placer une. Mais pour autant, je n’allais pas tellement m’en plaindre, si ? Cela me permettait de garder le silence. Je n’étais pas réputé pour être très bavard, et je n’aimais pas parler de moi. Donc au final, j’étais plutôt gagnant sur le coup. Sceptique, mais gagnant tout de même.

Et puis de toute façon, si elle m’avait laissé le temps de lui répondre, que lui aurais-je dit ? Ma mission ? J’en étais revenu entier, et vivant, c’était tout ce que j’avais à en dire. Qu’est-ce que je cherchais à prouver et à qui ? Je n’en avais pas la moindre idée. Je faisais mon travail du mieux que je pouvais, tout simplement. J’étais consciencieux parce que je ne voulais pas me planter. Sur certaines enquêtes, il suffit parfois de pas grand-chose pour envoyer un innocent finir le reste de ses jours en prison. Je ne voulais pas être à l’origine d’une erreur judiciaire. Sans compter que je risquais ma peau et peut-être même celle de ma coéquipière sur certaines missions alors j’avais tout intérêt à être perfectionniste, comme elle disait. J’exerçais un métier dans lequel on n’a pas droit à l’erreur.

Mais comme je le disais, elle ne me laissa pas le temps de répondre à ces questions. J’aurais préféré pourtant. Parce que celle sur laquelle elle s’arrêta, n’était pas franchement celle à laquelle j’étais le plus à l’aise pour répondre. Bon, la deuxième partie de la question était la plus facile, autant me débarrasser de celle-là pour me concentrer sur l’autre.

- Un agent de sécurité de la Waleman. On s’est trouvé par hasard dans la même épicerie au moment d’un hold-up et on a associé nos forces pour arrêter les braqueurs.

Inutile d’être devin pour comprendre à ma voix que ça s’arrêtait là. Nous avions bossé ensemble une fois, nous ne nous étions jamais revu, excepté à l’hôpital, et elle m’était totalement indifférente. Point. Il me fallait maintenant répondre à l’autre partie de la question, la plus difficile. Je me laissai aller contre le dossier du banc et posai mon pouce sur la cicatrice que j’avais à la lèvre. Pour qui me connaissait bien, c’était un autre de mes gestes habituels (ça ou me gratter l’arcade sourcilière) pour quand je devais répondre à une question qui ne me mettait pas forcément à l’aise.

- Vous savez, c’est le premier jour de congé que je prends depuis les émeutes… je n’ai pas eu tellement le temps de sortir et de rencontrer des gens.

Ah mais attendez !

- Enfin si, y’a eu cette jeune femme que j’ai emmenée manger un morceau. Je l’avais arrêtée dans le cadre d’une enquête. Elle venait de passer la nuit en cellule de dégrisement, je ne voulais pas qu’elle tombe d’inanition.

Notez encore une fois le détachement dans ma voix. J’étais un cas désespéré hein ?

- Je ne suis pas très doué avec les gens. Je suis plutôt du genre solitaire.

Comme si ça pouvait m’excuser.


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Sunny Sullivan
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Sunny posait les questions comme elles lui venaient, finalement. Elle en écouta les réponses avec un demi sourire. Elle comprenait pourtant ce qu'il voulait dire. Le temps qui passe, le travail prenant, elle n'aurait jamais pu vivre avec un agent du FBI, ou n'importe quel autre officier de l'ordre. Il existait trop de danger, Sunny n'était pas une suicidaire. Se battre ne faisait pas vraiment partie de son plan de carrière, du moins, pas avec des armes à feu, des badges ou des gilets par balles. Son combat était plus interne, plus centré, moins… effet de foule.

Elle haussa un sourcil. Sans connaître la personne qu'il avait invitée à manger, cela pouvait ressembler, de loin, à une gamine arrêtée pour vole à l'étalage, mais elle se garda bien de révéler ce qui se passait dans sa tête. Sunny n'était pas un juge, elle détestait penser ce qui n'existait pas, être paranoïaque. Elle l'avait été pendant si longtemps, à Vancouver. Finalement, elle haussa une épaule avec un sourire réconfortant.

"Certaines personnes ont plus de facilités que d'autres. Certaines personnes ont moins besoin des autres. Ce n'est pas une tare, là où je trouve ça dommage, c'est que votre monde semble tellement rétrécit de cette manière. Vous n'avez de temps que pour votre travail. Et quand vous rentrez, si je me souviens bien, vous vous occupez de votre soeur." Elle porta une main à sa poitrine. "De là où je me tiens, et ça peut ne pas être la vérité du tout, c'est un gâchis. Je vous dis les choses comme je les perçois, d'accord ? Vous ne donnez pas l'impression de vivre. Vous avez besoin de recul, de mettre de la distance entre votre travail et vous. Être agent du FBI ce n'est pas de tout repos, votre conscience est remise en question chaque jour que Dieu fait. Vous êtes moralement mal traité et psychologiquement dévasté par tout ce que vous faites."

Le but n'était pas de critiquer son travail et Sunny ne voyait pas d'un bon oeil les comparaisons faites avec d'autres personnes. A son sens, quand elle avait un patient, il n'existait que lui, et il était unique. Les autres ne l'intéressaient pas et ils étaient totalement différents.

"C'est comme un vieux couple marié. Il y a cette femme, ou cet homme, qui a un jour été fou amoureux d'une personne. Mais le temps passe et les épreuves sont de plus en plus difficiles et le couple s'étouffe à vouloir faire que ça marche et que ça tienne la route. Mais c'est un amour inconditionnel alors ils continuent et ils forcent, persuadé que l'espoir suffira à les maintenir en vie… Votre travail est l'amour de votre vie, cependant, je ne sais pas si c'est une bonne chose dans votre cas."

Elle l'étudia une seconde.

"Vous êtes visiblement très affecté par tout ce qui arrive et vous avez besoin de repos. Si vous ne le faites pas, la cocotte minute qui est en vous va imploser et il sera trop tard pour envisager des remèdes. Vous avez besoin de ce recul et de cette distance pour survivre et d'accepter de prendre des jours de repos. Plus que ça. Vous avez besoin de vous retrouver, agent Foster, vous et vous seul. D'avoir une vie, même si elle est prenante, mais sinon, j'ai bien peur que votre travail finisse par avoir raison de vous, associé avec votre foyer qui n'est pas non plus de tout repos."



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David Foster
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Tandis qu’elle se remettait à parler, je me redressai pour me pencher en avant et poser mes avant-bras sur mes genoux. Les mains jointes autour de mon café, je gardai la tête basse, fixant le gobelet.

Ces paroles, ce n’était pas la première fois que je les entendais. Sunny avait déjà abordé le sujet la dernière fois que nous nous étions rencontrés. Elle m’avait fait part de ses inquiétudes eut égard au train de vie que je menais. Et aujourd’hui encore, ces inquiétudes se faisaient sentir tout au long de son discours. Je m’impliquais trop dans mon travail, passais trop de temps à m’occuper d’Angie (même si les choses de ce côté-là s’étaient améliorées depuis qu’elle était « guérie) et j’oubliais de prendre du temps pour moi. Mais je n’en avais pas vraiment conscience avant que Sunny ne m’en parle. Je n’estimais pas avoir besoin de le faire. C’était comme si je portais des œillères. J’étais entrainé par le courant, ma vie se déroulait devant, m’emportait dans son sillon, je m’efforçai d’en suivre le cours sans pour autant parvenir à relever la tête assez longtemps pour me rendre compte de ce qu’il se passait réellement. Comme on dit parfois, j’avais la tête dans le guidon.

Et puis Sunny avait débarqué, et elle m’avait ouvert les yeux. J’avais eu du mal à comprendre le mal qu’il y avait à vivre comme je le faisais. L’homme qu’elle décrivait me paraissait dévoué et loyal et cela me semblait plutôt être une bonne chose. C’était deux qualités qu’on cherchait à mettre en avant chez les défenseurs de l’ordre. Mais son inquiétude avait fini par me gagner. C’était pour ça que je l’avais rappelée d’ailleurs. Elle m’avait fait comprendre qu’il était temps que je fasse quelque chose. Il fallait que je redevienne acteur de ma vie plutôt que spectateur et que je me ressaisisse pour me remettre sur les rails.

- Je ne peux pas nier que mon travail est prenant et que je m’y implique beaucoup. Peut-être trop, c’est vrai. Mais je me dois d’être consciencieux dans ce que je fais. On m’envoie souvent en mission d’infiltration.

Je tournai légèrement la tête vers elle, comme pour l’interroger du regard. Cette information était certainement consignée dans mon dossier, l’avait-elle lue ?

- Je n’ai pas le droit à l’erreur. Certaines missions sont relativement dangereuses, et le moindre petit détail pourrait me coûter la vie et compromettre l’enquête. Et en ce moment, nous sommes débordés de boulot. J’admets que j’ai besoin de repos de temps en temps et que je ne suis pas un élément indispensable du bureau, mais les enquêtes ne se résoudront pas toutes seules et tout le travail que je ne fais pas retombe sur le dos de mes collègues qui croulent déjà sous leurs propres enquêtes.  

Je soupirai et reportai mon regard sur l’océan.

- Ecoutez, je sais que c’est un travail psychologiquement très dur et on nous dit toujours qu’il faut un mental d’acier pour s’accrocher. Mais sincèrement, ce n’est pas pire que l’armée. Ici au moins, j’ai le sentiment de faire quelque chose de juste.

Mon passage à l’armée devait être notifié dans mon dossier également. Mais si toute fois Sunny ne l’avait pas lu, elle n’aurait qu’à légèrement tourner la tête pour voir la devise du 75th ranger regiment (Sua Sponte) surmontée de son insigne dépasser légèrement de la manche de mon t-shirt.

- Quant à mon « foyer », la situation s’est un peu améliorée depuis la dernière fois. Ma sœur va mieux et elle semble vouloir se remettre sur les rails.

Cela ne m’empêchait pas pour autant de continuer à m’inquiéter pour elle, mais c’était pour une autre raison désormais.


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Sunny Sullivan
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Un sourire doux se dessina sur ses lèvres et elle secoua doucement la tête.

"Vos infiltrations sont votre travail. Ne soyez pas en infiltration dans votre vie."

Elle se tourna un peu plus vers lui et plia une jambe sous son corps en serrant son gobelet entre ses doigts.

"Vous êtes perfectionniste, et c'est honorable. Vous faites du bon travail et c'est admirable. Mais vous ne courrez pas un 100m. La rapidité ne vous conduira qu'à votre perte. Vous êtes sur un marathon et il vous faut économiser vos forces, ne pas les gaspiller. Être à fond toute la journée ne vous amènera rien. Cette force qui vous anime et qui est une grande qualité, vous en aurez besoin toute votre vie, il faut vous ménager. S'il manque du personnel au FBI, ce n'est pas de votre ressort, ce n'est pas votre problème, ce n'est pas votre vie. C'est la responsabilité d'autres, vous devez à tout prix considérer vos propres obligations et ne pas vous soucier de celles des autres. Vous allez mourir au travail, d'épuisement et manquer 50 années de votre vie, simplement parce que vous n'avez pas voulu accepter que vous êtes un être humain, et que comme votre soeur et moi-même, vous avez besoin de respirer et d'exister. Vous êtes vivant, agent Foster. Il serait temps de s'en apercevoir, vous ne pensez pas ?"

Elle haussa les sourcils. Plus que capter son regard, elle cherchait son âme, elle cherchait à comprendre la fausse note, qu'est-ce qui faisait que cet homme s'était perdu à ce point dans son travail. Un ancien militaire ? Il était peut-être le premier qu'elle traitait mais elle s'était énormément renseignée et documentée. C'était des cas qui la fascinaient, de façon un peu morbide, d'ailleurs. Mais elle sentait que ces hommes-là possédaient un véritable problème psychologique et qu'avec eux, elle aurait le sentiment de faire quelque chose qui en vaille la peine, de véritablement les guérir.

"Combien de temps avez-vous servi ?"



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David Foster
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« Ne soyez pas en infiltration dans votre vie ». Dans un premier temps, j’eus du mal à comprendre où elle voulait en venir. Quand j’étais en infiltration, je me créais une personnalité que je gardais jusqu’à la fin de la mission, je n’étais pas moi-même. Or là, face à elle, qui pouvais-je bien être sinon moi ?

Et puis, je finis par comprendre. En infiltration, j’étais sur mes gardes en permanence, je m’efforçais de ne pas faire le moindre faux pas. Je faisais attention aux moindres détails susceptibles de griller ma couverture. Et je devais me rendre à l’évidence que je faisais exactement la même chose au quotidien. Je ne laissais pas les gens s’approcher d’assez près pour qu’ils puissent apprendre à me connaitre. Je m’efforçai de garder mes distances en toutes circonstances, comme s’il pouvait arriver quelque chose de mauvais. Et avec Angie, j’étais en permanence sur le qui-vive.

Je relevai les yeux sur elle. J’avais compris son message. Je ne voyais pas encore comment corriger ça et j’avais conscience que cela me demanderait un gros travail sur moi-même. Il faudrait que j’apprenne à lâcher prise, et ce n’était pas gagné. Mais au moins, j’avais compris le message.

Je reportai mon regard sur l’océan tandis qu’elle continuait à m’expliquer les choses, la façon dont elle voyait tout ça. Lorsqu’elle eut terminé, je hochai la tête, conscient de la véracité de ce qu’elle avançait.

Je portai mon café à mes lèvres avant de répondre. Je n’aimais pas m’étendre sur mon expérience à l’armée, mais si je devais travailler sur moi-même, il était nécessaire de parler de ça également. Simplement parce que l’armée faisait partie de mon passé, ce que j’avais vécu là-bas contribuait fortement à ce que j’étais devenu aujourd’hui.

- 5 ans.  

Je soupirai et secouai la tête.

- Je sais, ce n’est pas très long, mais ça suffit pour changer un homme.


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Sunny Sullivan
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"Cinq années, ce n'est pas rien, au contraire. Parfois, il suffit d'une fraction de seconde pour changer un homme. Un coup de foudre, la naissance d'un bébé. Cessez de vous dévaloriser ainsi, en tant qu'humain et en tant qu'homme. Vous n'êtes pas simplement un agent de l'ordre, de la sécurité, voué à protéger l'humanité, vous êtes aussi un homme et notre vie ne se résume pas à ce que nous faisons pour les autres, mais aussi à ce que nous sommes. Ce que nous représentons, ce que nous offrons au monde de par notre nature. Nous existons sur cette planète depuis un paquet de temps, maintenant et à moins d'une apocalypse, nous allons y rester encore un moment. Pensons donc à ce que nous laissons, à ce qui est vraiment important."

Elle parlait avec ses mains, insistant sur chaque terme. Il lui semblait que David n'abandonnait pas facilement son travail, mais qu'il s'abandonnait vite lui-même, ce qu'elle ne trouvait absolument pas sain. Elle avait une grande foi en l'être humain et en l'avenir, elle était bien plus optimiste à Megalopolis qu'elle ne l'avait jamais été. Vancouver avait failli la tuer par la dépression et Albuquerque par l'hyper activité. Ici, elle avait enfin trouvé un équilibre et par son métier, elle voulait enseigner des choses aux autres, tout en y mettant beaucoup du sien.

"Je sais bien que ce n'est pas facile tout ça, cela demande du temps, un travail sur soi-même et un peu plus d'écoute de soi-même. Notez qu'il vaut mieux ça que ne penser qu'à soi et ne voir que soi. Cela étant, il est beaucoup plus difficile d'accepter ce que nous ne voulons pas voir, que ce que nous n'arrivons pas à voir... Vous le savez, c'est là, devant vous. Je peux vous aider, bien sûr, je suis là pour ça mais mon but, c'est que vous y arriviez tout seul, parce que vous le voulez."

Elle haussa les épaules et se pencha légèrement en avant. On aurait dit une collégienne en train de discuter avec un copain à la sortie des cours.

"Qu'est-ce que vous aimez faire ! En dehors du travail, vous lisez ? Je veux dire, quand vous avez du temps. Maintenant que votre soeur va mieux, vous faites des choses ensemble ?"



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David Foster
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Je gardai la tête basse, les yeux toujours fixés sur mon gobelet de café tandis que ses mots s’imprimaient en moi. Je n’avais jamais vraiment vu les choses sous cet angle jusqu’à présent. Contrairement à ma sœur, j’étais plutôt du genre à faire passer les autres en premier. Je veillais à leur bien-être et à leur sécurité. Quant à moi, je m’occupais de moi s’il me restait du temps, et de l’énergie. Et c’était rarement le cas. Certaines personnes bien avisées auraient d’ailleurs pu relever l’ironie de la situation : avec mon comportement à l’exact opposé de celui de ma sœur, c’était un peu comme si je contrebalançais les choses. Mais que voulez-vous, c’était dans ma personnalité. Depuis tout petit je m’étais mis au service des autres. Ce n’était pas pour rien que j’avais voulu entrer dans l’armée et que je m’étais tourné vers le FBI ensuite.

Je hochai la tête et portai mon café à mes lèvres pour le terminer. Je voulais que ça change, oui. Parce qu’à entendre Sunny parler, la situation actuelle craignait vraiment. Et je sentais, au fond de moi qu’elle avait parfaitement raison. Je commençais déjà à ressentir cette espèce d’épuisement dont elle avait parlé. Je voulais redresser la situation. Et j’avais besoin de son aide pour ça. J’étais tellement habitué à cette vie que je ne savais pas vraiment comment la changer.

Sa question suivante me surprit un peu. Mais je m’étais rendu compte avec le temps que Sunny passait facilement du coq à l’âne. Comme si elle disait tout haut chaque pensée qui lui venait. Elle était parfois difficile à suivre, mais je devais reconnaitre qu’une conversation avec elle était loin d’être monotone.

Je pris le temps de la réflexion avant de lui répondre. Ce que je faisais en dehors du travail ? Pas grand-chose. Enfin, si, mais rien de vraiment passionnant.

- Avec Angie ? Ca nous arrive de grimper ensemble quelques fois, quand on a le temps. On fait de l’escalade depuis qu’on est gosses. C’est notre activité commune. Sinon…

Je réfléchis encore quelques secondes avant de continuer. Qu’est-ce que je faisais en dehors du boulot ? Quand je prenais le temps de faire autre chose que le boulot…

- Je lis, oui, un peu. Je joue du piano aussi. Et surtout, je m’entraine au tir et je fais du sport.

Quels passe-temps fantastiques ! Notez que deux d’entre eux étaient plutôt liés à mon travail d’ailleurs. Mais pas seulement, j’aimais le tir, je m’entrainais pour améliorer toujours un peu plus ma précision et surtout pour ne pas perdre la main. Quand au sport, c’était quelque chose que j’avais dans le sang. J’avais besoin de me dépenser et ça m’aidait à rester en forme.


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Sunny Sullivan
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Sunny acquiesça doucement. A l'entendre, elle se demanda comment il pouvait caser dans son emploi du temps toutes ces activités. Mais voilà qui la rassurait et maintint son sourire sur son visage.

"Ca fait beaucoup de choses ! Dans ce cas, trouvez-vous un peu plus de temps à consacrer à ces activités qui vous aident à penser à autre chose. Si j'ai un conseil à vous donner, votre travail vous demande énormément d'énergie, principalement physique. J'imagine que de ce fait, vous ne tenez plus en place une fois en repos… Mais pour autant, essayez d'équilibrer vos forces. Ne dépensez pas la même énergie dans votre travail que chez vous. Prenez plus de temps pour jouer au piano, lisez un peu tous les soirs en vous couchant. Essayez-vous à ces activités de calme et de véritable repos pour apaiser vos muscles et leur apprendre à rester un peu tranquilles."

Elle le détailla de la tête aux pieds. Son ex était plutôt en forme, même avec un travail "d'intello" mais il se maintenait en forme en salle de sport, ou en jouant au foot avec des copains. Mais David n'était pas du tout fait pareil. Il semblait plus... Comment dire... Elle releva les yeux sur lui.

"Quant au sport… Continuez comme ça. C'est toujours une activité salvatrice qui vous aide à extérioriser beaucoup de choses…"

Elle pencha la tête.

"Vous avez d'autres disciplines que l'escalade ?"



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David Foster
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J’esquissai un léger sourire tandis qu’elle analysait mes différentes activités. Effectivement, je ne tenais pas en place. Mais ce n’était pas tant à cause de mon travail. Oui bien sûr, ça me demandait pas mal d’énergie qu’il fallait que je canalise ailleurs quand le boulot était fini, mais tout ne venait pas de là. J’étais comme ça depuis que j’étais petit, je bougeais tout le temps. J’avais besoin de me dépenser et de faire du sport. Comment croyez-vous que j’ai atteint mon niveau actuel d’escalade ? Je m’entrainais plusieurs fois par semaines. Et le reste du temps, je faisais du vélo, je courais, tout ça en plus du sport qu’on faisait à l’école bien sûr. Et malgré tout le sport que je faisais, j’avais quand même galéré sévère quand j’étais arrivé à l’armée. Le parcours du combattant, il m’avait fallu pas mal d’entrainement pour le faire dans un chrono acceptable.

- Hormis l’escalade, je n’ai pas vraiment de discipline particulière. Je cours un peu tous les jours avant d’aller bosser. Je m’entraine au combat rapproché avec mes collègues. C’est mon point faible, j’ai la force, mais pas la technique.

Je pris quelques secondes de réflexion. Qu’est-ce que je faisais d’autre ?

- Bon et puis, y’a le tir aussi. C’est considéré comme un sport, vous savez ? Certain le justifient en disant que ça mobilise pas mal les muscles de maîtriser le recul d’une arme. Mais j’ai l’habitude alors je ne m’en rends pas forcément compte.

Je haussai finalement les épaules et secouai la tête.

- J’ai toujours été comme ça, vous savez. Mes parents disaient toujours que j’étais infatigable. L’énergie, elle ne me vient pas uniquement de mon boulot, j’en ai toujours eu à revendre. De mémoire, il n’y a qu’à l’armée que je suis vraiment allé au bout de mes forces. Et encore, l’entrainement militaire a pas mal repoussé mes limites.

Je relevai les yeux sur elle et lui adressai un nouveau petit sourire tout en me redressant pour venir à nouveau m’appuyer sur le dossier du banc. Je relevai une jambe pour poser mon pied sur le banc et appuyai mon bras dessus. Je commençais à me détendre, et ça se voyait. La différence entre mon attitude au bureau et celle que j’avais aujourd’hui, dans ce parc, était plus que notable

- Vous n’êtes pas la première à me dire que je devrais en faire moins, prendre plus de temps pour me poser. Mais le fait est que je n’y arrive pas. Enfin, si mai ça ne dure jamais très longtemps. Quand je joue du piano, c’est le temps de deux ou trois morceaux, guère plus. Angie arrive à me faire rester assis devant un peu plus longtemps, mais seulement lorsqu’elle m’accompagne. Mais… je ne sais pas… j’ai besoin de me dépenser. J’ai la sensation que je ne serais pas capable de me reposer totalement si je ne m’épuisais pas avant.

Un souvenir me revint en mémoire et j’eus un sourire ironique tout en baissant la tête.

- Je crois que je n’ai jamais aussi bien dormi que lorsque je suis arrivé à l’armée et je m’écroulais littéralement de fatigue le soir.


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Sunny Sullivan
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Sunny l'étudia sans rien dire. Pour changer un peu. Le fait qu'il parle un peu plus était un bon signe et elle voyait bien qu'il se détendait enfin, voilà qui lui faisait bien plaisir. Elle écouta avec attention tout ce qu'il disait et elle comprenait pourtant bien ce qu'il entendait par "ne pas rester en place". Elle était pareille, finalement, et on lui avait très longtemps reproché ce trait là de caractère, notamment à Albuquerque où elle semblait totalement infatigable. Mais pour sa défense, cela était en lien avec son pouvoir. A Megalopolis, elle avait réappris à se poser un peu, même si elle travaillait tout le temps, c'était aussi une question d'argent et de ce côté, elle douta que David rencontre les mêmes problèmes. Quand bien même, Angela devait coûter cher en frais hospitaliers mais son fils ne lui coûtait pas moins cher et autant son ex qu'elle, ils ne roulaient absolument pas sur l'or. Le Casino ne lui fournirait pas non plus plus d'argent mais elle aimait ce qu'elle faisait, de toute manière.

Finalement, tout à coup, elle se redressa en posant son gobelet sur le banc, calé contre son sac.

"Montrez-moi."

Elle retira sa veste et lui tendit la main. Mais avant qu'il ne puisse lui prendre, elle sursauta et retira son fouloir pour le mettre dans son sac. Elle se redressa à nouveau en agitant les doigts pour l'inciter à prendre sa main et se lever à son tour.

"Allez, donnez-moi un cours ! Je suis molle, je n'ai aucun réflexe, je suis nulle, je ne sais pas me battre et je voudrais pouvoir me défendre avec autre chose que les jouets en mousse de mon fils si quelqu'un tente à nouveau de cambrioler ma maison !"

Ou que quelqu'un essaye à nouveau de la tuer… La culpabilité d'avoir pu faire tuer Matt la hantait encore chaque nuit...

"De toute façon, vous ne tenez plus en place, je le vois à vos mouvements. Le yoga ne servira à rien sur vous à part brasser de la mousse. Vous voulez faire quelque chose de bien dans votre vie et qui sert, non ? Vous ne savez pas rester en place bien longtemps, et en même temps, vous avez besoin de vous dépenser en pensant à autre chose qu'au travail. Alors, mettons tout ça en pratique. Ca n'a strictement aucune valeur thérapeutique mais qui sait ! Faire quelque chose, pour quelqu'un, qui n'implique pas votre travail mais plutôt vos passe temps, c'est très important aussi Alors… Montrez-moi comment me défendre."

Et elle était sérieuse.



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David Foster
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Hein ?

Je relevai brusquement la tête et écarquillai les yeux en la regardant. Que je lui montre ? Mais que je lui montre quoi ? Le tir, le piano, le combat ? Je n’eus pas besoin d’attendre longtemps la réponse à ma question. Rapidement, elle se débarrassa de sa veste et de son foulard avant de m’inciter à me lever à mon tour. Mais je restai quelques secondes supplémentaires, totalement interdit, assis sur ce banc, le bras nonchalamment appuyé sur mon genou.

Attendez, non, pas le combat ! Le piano ou le tir encore, ça aurait pu être envisageable. Bon pas au milieu de ce parc, mais il ne fallait pas longtemps pour rejoindre la salle de tir et au pire, j’avais mon piano à la maison. Mais le combat ? Pitié, dites-moi que ce n’était pas ce qu’elle voulait que je lui montre !

Sauf que c’était vraiment ce qu’elle voulait. Son discours était on ne peut plus clair. Et tandis qu’elle m’expliquait ses raisons, je ne pouvais m’empêcher de la regarder avec le même regard que quand j’avais entendu « Montrez-moi ».

- Je vous demande pardon ?

Je reposai mon pied au sol et redressai le buste sans pour autant me lever du banc.

- Vous n’êtes pas sérieuse ?

A voir son regard, si elle l’était. Je déglutis et secouai la tête.

- Je ne peux pas faire ça. Vous avez entendu ce que je viens de dire ? J’ai la force mais pas la technique. Je pourrais vous blesser simplement en essayant de vous montrer les mouvements. Et en plus…

Mon regard la détailla des pieds à la tête, s’arrêtant sur ses bottes et sa jupe.

- On ne peut pas dire que vous ayez la tenue adéquate pour un exercice de combat rapproché.


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Sunny Sullivan
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Sunny s’indigna en haussa les sourcils.

« Quoi, je n’ai pas le droit d’apprendre à me battre ? Vous n’avez peut-être pas la technique mais vous connaissez les bases, non ? J’ai fait de la danse, vous savez ! »

Elle souleva le menton, par défi.

« Et puis, vous n’êtes pas obligé de me frapper ! Juste, montrez-moi ! Ca ne sera pas une forte activité, non plus. »

Elle se redressa et croisa les bras, face à lui.

« Vous savez ce qu’on fait aux grands blessés ? Après une longue période sans bouger les jambes ou les bras, on leur fait faire de la rééducation et cela passe aussi par la thérapie. Et vous savez comment on fait ? On leur apprend à marcher. Comme les enfants ! Depuis quand n’avez-vous pas révisé vos bases, agent Foster ? Je suis persuadée que cela vous ferait le plus grand bien ! »

Elle plissa les paupières.

« Vous n’allez pas non plus me mettre à terre, juste pour pour vous amuser, non plus. Je ne crains rien. J’ai pleinement confiance en vous ! De plus… Avant d’apprendre à compter, il faut savoir que 2 vient après 1. Et que 9 arrive avant 10. Et qu’on a 5 doigts à chaque main. Rappelez-vous les bases ce que vous êtes au plus profond de vous-même. Et montrez-moi. »

Et Sunny donna un coup de menton pour acquiescer.



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David Foster
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Wow, mais c’est qu’elle insistait en plus ! Je n’arrivais plus à détacher mon regard d’elle. Attendez, elle voulait vraiment apprendre à se battre ? Aujourd’hui ? Dans ce parc ? Avec les promeneurs qui nous passaient régulièrement à côté ? En jupe en plus !? C’était une blague, dites-moi que c’en était une. Y’avait une caméra cachée quelque part ?

Le problème, c’est que plus je la regardais, plus elle me semblait vraiment sérieuse. Si je m’y étais attendu à celle-là ! Et je n’avais même pas d’excuse valable pour refuser. Je venais de donner les deux seules que j’avais et regardez ce qui m’était revenu ? Elle se targuait de m’apprendre à compter maintenant !

Dites-moi juste une chose, à partir de quel moment dans la conversation Sunny avait-elle cessé d’être ma psy pour devenir celle que j’avais en face de moi ? Vous pourrez dire ce que vous voudrez, mais vous en connaissez beaucoup, vous, des psys qui demandent à leur patient de leur apprendre à se battre ? Moi non. Bon, ok, je ne connaissais pas beaucoup de psy non plus, mais le fait est que c’était plutôt rare, non ?

Je finis par soupirer et lever une main devant moi, paume vers elle, comme pour l’empêcher d’en dire plus.

- Ok, ça va, c’est bon. Pas besoin de monter sur vos grands chevaux.

Je finis par quitter mon banc et vins me placer face à elle. Bon ok, comme élève de self-défense, on pouvait trouver pire. Mais j’aurais quand même préféré qu’on soit dans une salle, avec des tapis au sol (question de sécurité autant pour elle que pour moi) et qu’elle soit, je ne sais pas moi, en jogging ? Ou au moins en pantalon, avec des baskets ou… bref, un truc dans lequel elle aurait été plus à l’aise pour bouger. Mais bon, puisqu’elle insistait…

Je me passai la main sur la nuque et relevai les yeux sur elle.

- On est d’accord que ce n’est que pour vous défendre, et uniquement en dernier recours ? La plupart du temps, on conseille de désamorcer la situation, avec des mots ou des gestes apaisants, avant de s’engager dans un corps à corps.

Ouais bon, elle allait me répondre oui, évidemment, et ensuite, elle attendrait de moi que j’entre dans le vif du sujet. Mais c’est que je n’étais pas prof d’auto-défense moi. J’étais agent du FBI, je m’entrainais avant tout pour moi. Et une grande partie de ce que j’avais appris, c’était à l’armée. Inutile de vous dire que notre instructeur n’y allait pas avec la même délicatesse qu’un prof avec ses élèves.

- Bon… hum… Ok. Admettons que je vous attaque de face. D’instinct, qu’est-ce que vous feriez pour vous débarrasser de moi.


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Sunny Sullivan
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Sunny hocha vivement la tête. Que pour se défendre, oui. Elle se frotta les mains et secoua la tête, cette fois.

"Je garde les mots pour quand j'ai le temps de les dire. Mais quand on me tire dessus, je veux me défendre. Et pas avec un coup de chance."

Sa question la pris au dépourvu. Elel fit un pas vers lui, prête à lui montrer mais réalisa bien assez tôt qu'elle était à deux doigts de lui envoyer une pêche mûre dans le nez. C'était son patient, pas l'inverse ! Qui plus est, elle n'avait pas de raison de le frapper. Aussi, elle se redressa et baissa les mains pour regarder david de haut en bas. Il est grand, musclé, plutôt costaud. Elle a fait de la danse, d'accord, mais c'était il y a longtemps. Elle fronça les sourcils en réfléchissant à toute vitesse, tentant de se remémorer les émeutes. Elle n'avait rien eu le temps de faire. On lui avait agité un tazer à plusieurs reprise dans l'estomac. Elle déglutit et inspira profondément en laissant le courage la gagner.

"Je… Pas le torse, je vais me briser les os de la main. J'ai une batte à la maison, j'irai la chercher. Je… vise l'entrejambe !"

Fière de sa réponse, David restant un homme, elle releva des yeux brillants sur elle.

"Non ? Admettons que je vous fasse pas payer les séances. Grande Seigneur, gratos pour le FBI ! Vous m'apprenez un coup contre une question !"

Sunny n'avait décidément rien à voir avec les autres psy de la ville. Ni avec aucun autre psy, tout court. Elle composait en fonction de la personne qu'elle avait en face, au fil du temps et des besoins.

"Je suis certaine que vous n'aurez aucun mal à apprendre les bases à une quidam dans mon genre !"



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David Foster
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Je dévisageai Sunny quelques secondes. Je n’étais pas le psy dans l’histoire, mais je craignais de comprendre quelque chose derrière ses paroles. Sunny avait été blessée lors des émeutes, et forcément, ça l’avait affectée. Elle semblait craindre que cela ne se reproduise et qu’elle ne soit pas plus en mesure de l’éviter qu’à l’époque. J’aurais aimé lui dire que cette peur n’était pas justifiée, que ces émeutes étaient des circonstances exceptionnelles, mais ça aurait revenu à lui mentir. Je pressentais que ce n’était que le début de quelque chose.

Je plongeai mon regard dans le sien et secouai la tête, un peu navré.

- Face à une arme, à moins que le tireur ne soit à bout portant, il n’y a pas grand-chose que vous puissiez faire. Juste prier pour qu’il ne sache pas viser et plonger pour éviter la balle. Mais si vous étiez face à un tireur comme moi, même avec de très bons réflexes, il vous faudrait énormément de chance pour vous en sortir…

Je n’étais pas seulement un bon tireur, j’étais un excellent tireur. Mon entrainement de sniper m’avait appris à envisager toutes les situations. J’atteignais toujours ma cible, même lorsqu’elle bougeait. La seule possibilité pour que je la rate, c’était justement dans des cas de réflexe comme celui-là, où on ne peut pas savoir à l’avance si la personne va plonger à droite ou à gauche. Et encore… quelques fois on pouvait le deviner, quelques fractions de secondes avant qu’elle le fasse. Et là, c’était à nous d’avoir de bons réflexes.

J’examinai Sunny tandis qu’elle répondait à ma question. Son premier mouvement avait été de s’avancer vers moi. Pour me frapper certainement. Je m’attendais à ce qu’elle le fasse, je dois dire. Dans un cours d’autodéfense, la « victime » ne reste pas debout sans rien faire, à seulement réfléchir. Mais c’était ce que Sunny faisait. Et je compris, à l’instant même où elle ouvrit la bouche, que sa réponse ne collait pas avec ce qu’elle aurait fait, d’instinct.

J’allais lui répondre lorsqu’elle me devança. Une réponse pour un coup ? C’était ça son deal ? Et pourquoi pas ? La dernière fois que nous étions vus, Sunny avait dit quelque chose « j’en apprendrai de vous autant que vous en apprendrez de moi ». Ou un truc dans le genre. Je m’étais demandé ce qu’elle aurait bien eu à apprendre de moi, mais c’était peut-être ça, finalement. J’acquiesçai pour montrer mon accord et revint à mou « cours » de self-defense.

- C’est une idée. Mais si j’étais réellement en train de vous attaquer, vous n’auriez même pas le temps d’analyser ma carrure et de choisir la meilleure option comme vous venez de le faire. Quand au coup à l’entrejambe, oui, ça peut marcher, mais sur une cible statique. Si je bouge, vous aurez plus de difficulté à viser et je pourrais plus facilement l’esquiver. Et si j’avais une arme, vous auriez pu faire partir le coup. Quand on frappe ou qu’on tire sur quelqu’un, à moins de le faire au bon endroit, la personne a des réflexes incontrôlables, tels que refermer le poing. Si elle a une arme dans la main, elle appuie sur la gâchette, sans même le vouloir.

Je penchai la tête sur le côté et la désignai du menton.

- Mais ce n’était pas votre première idée, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que vous alliez faire, avant de vous reprendre ?


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Sunny Sullivan
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Sunny s'indigna, d'une certaine manière. C'était un exercice et il lui demandait d'agir pour répondre à une question. Elle ouvrit la bouche et tendit une main vers lui en répondant d'une voix aigue. Bizarrement, tout ça l'amusait plus que le reste. Chacun de ses patients la rendait nerveuse, elle préférait entretenir une relation plus détendue, quitte à franchir quelques barrières. Beaucoup lui avaient déconseillé ces méthodes, mais elle s'en sortait finalement plutôt pas mal. Elle avait probablement beaucoup de chance. Mais l'idée d'apparaître plus comme un psy que pour ce qu'elle était la rendait malade. Personne ne voulait parler à un psy. Personne ne voulait d'un psy. Les gens voulaient quelqu'un à qui parlait sans avoir à penser à l'argent que cela coûte ou à l'humiliation que certaines personnes peuvent juger.

"Vous me demandez ce que je ferais, laissez-moi au moins analyser la situation !"

Néanmoins, elle écouta attentivement tout ce qu'il lui dit, les yeux rivés sur lui, curieux et vifs. Sa première idée ? Quelle première idée ? Elle avait voulu le frapper de toutes ses forces et quelque chose lui dit que ce n'était pas la bonne façon de faire. Elle fronça les sourcils.

"Vous mettre une grosse gifle." Il s'agissait de Sunny, une personne non violente dont l'arme était une batte en mousse. Elle rougit en souriant. "J'ai un problème avec l'espace vital, je n'aime pas être envahie." Elle éleva ensuite la voix, comme si elle se réveillait.

"Mais je ne vais pas vous frapper ! C'est ridicule ! Je ne veux pas vous faire mal. Qu'est-ce que vous faisiez au tribunal, en janvier, vous travailliez ?"

Oui, passer du coq à l'âne, c'était toujours une idée.



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David Foster
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Je secouai la tête, l’air on ne peut plus sérieux. J’aurais pu lui adresser un sourire cela dit. Mais il faut croire que j’étais trop professionnel. Elle me demandait de lui apprendre à se défendre, elle avait insisté pour ça, alors j’essayais de le faire, du mieux que je pouvais.

- Dans une situation d’agression, je doute que votre agresseur vous laisse le temps d’analyser la situation. C’est pour cela que je vous ai demandé ce que vous feriez, d’instinct.

Je l’écoutai cependant m’expliquer sa première idée et là, je ne pus m’empêcher de sourire en l’entendant parler de gifle. C’était bien ce qu’il m’avait semblé. Ou du moins, un truc dans le genre, alors que je l’avais vu faire un pas vers moi et esquisser un geste. Lorsqu’elle mentionna l’espace vital, j’ouvris la bouche, pour lui dire que c’était mon cas aussi, ainsi qu’à un certain nombre de personnes. Personne n’aimait qu’on pénètre dans son espace vital sans y avoir été invité. C’était… naturel. Mais elle ne me laissa pas le temps de parler, déjà, elle reprenait la parole. Et pour le coup, cela me fit rire, l’espace de deux secondes, avant que je reprenne mon air sérieux.

Pourquoi le rire ? Parce que je l’imaginais mal me faire du mal. Je n’avais peut-être pas beaucoup de technique, mais je n’étais pas non plus des plus nuls. J’aurais certainement esquivé sa gifle sans la moindre difficulté. J’aurais également pu parer son coup, de façon à lui montrer que dans ce genre de situation, il ne fallait jamais attaquer la première. Et puis, de toute façon, j’avais connu bien pire qu’une gifle, pas vrai ? Je m’en serais vite remis.

Pourquoi l’air sérieux ? Parce qu’elle venait de passer du coq à l’âne, sans même prévenir. Je ne m’attendais pas à ce genre de question. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle m’en pose une aussi vite d’ailleurs.

- Non, pas vraiment. Mais ça fait partie de mon boulot de suivre l’actualité judiciaire. Et c’était un procès qui m’intéressait.

Et je revins aussitôt à nos moutons.

- Vous avez bien fait de vous retenir, pour la gifle. Attaquer en premier n’est jamais la bonne solution. Vous devez rester bien campée sur vos jambes et laisser l’agresseur s’approcher. Son mouvement fragilise son équilibre et vous pouvez vous servir de ça contre lui pour le déséquilibrer totalement et le mettre hors d’état de nuire. Je vous montre ?

Je fermai les poings et les levai devant moi, dans une position de combat.

- Rassurez-vous, je ne vous toucherai pas.  


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Sunny Sullivan
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Au moins, il sourit. Il riait même un peu. C'était contagieux et Sunny l'imita en rougissant un peu. Ah s'il savait ce qu'elle avait fait pendant les émeutes, dans le feu de la panique, il ne serait pas si sûr de lui quant au fait que Sunny ne lui ferait pas de mal. C'était souvent les moins entraînés, qui réagissaient avec le plus d'instinct et par conséquent, les moins prévisibles. Difficile d'anticiper dans ces cas là.

Quoiqu'il en soit, tout comme elle, il s'était trouvé là un peu par hasard. Il aurait pu regarder le procès de chez lui, en sécurité. Elle aurait pu laisser Matt contourner le tribunal… Elle acquiesça alors et imita sa position en prenant un air sérieux. Elle agita même le popotin comme pour se tenir prête.

"Donc, je vous attaque où vous venez ne pas me toucher ?"

Elle sourit, amusée par tout ça, finalement. Sunny n'était pas si différente de David, elle n'aimait pas rester dans un seul point et voilà longtemps qu'elle n'avait plus fait un peu de sport. Mère à un âge où toute votre vie se bouleverse déjà et il lui a bien fallu s'adapter et faire des sacrifices. Si au début, les temps ont paru être un enfer, le soleil du Nouveau-Mexique l'a aidée à positiver et donner la jeune femme d'aujourd'hui. A aucun moment Sunny ne songea que son pouvoir pouvait se manifester ici, comme il l'avait fait récemment au Casino avec la visite de l'ami de Matt. Mais elle était calme ici, la température était douce, il y avait du soleil… Non, il ne pourrait rien lui arriver ici. Elle était son propre psy et quelque chose lui disait que tant que son humeur restait stable, alors le temps aussi.

"D'accord, je m'approche, c'est ça ?"

Elle fit un pas en avant et… Visa un de ses poings du plat de la main pour lui faire dévier, songeant créer une ouverture pour un coup suivant. Elle se souvint que pendant ses études, son ex lui avait parfois montré quelques coups quand elle s'y était intéressée. C'était même comme ça qu'ils avaient fini ensemble. Mais elle s'était dégagée en disant que le combat, ce n'était décidément pas sa tasse de thé. La violence, tout ça, ça l'horripilait. Il était un peu bagarreur lui-même et cela faisait des sujets de dispute.

"Vous savez, je n'aime vraiment pas me battre. Je trouve ça ridicule. Comme si les gens ne savaient plus parler ! J'en viens à me sentir obligée de savoir me défendre si je veux survivre dans ce monde alors que j'ai pensé toutes ces années que le simple fait de communiquer suffirait !"



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David Foster
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J'allais lui répondre de me laisser commencer mais une fois encore, elle agit avant que j'ai eu le temps de dire ou faire quoique ce soit. Pas grave, elle en était quitte pour la leçon numéro un. Rapidement, j'esquivai son coup. Du poing qu'elle avait visé, je détournai son mouvement, décalant son bras vers le côté. Puis je posais mon autre main à plat sur son avant bras et la tirai doucement vers moi. Mon intention ici n'était pas de lui faire mal, simplement de lui montrer comment parer une attaque frontale. Et surtout d'illustrer mes propos précédents.

Sans la lâcher, je pris le temps de lui répondre.

- Aussi ne vais-je pas vous apprendre à vous battre mais bien à vous défendre. Le but de l'autodéfense est de vous donner les moyens de parer les coups, et d'arrêter votre agresseur suffisamment longtemps pour avoir le temps de fuir ou de trouver de l'aide.

Je relâchais légèrement son bras pour qu'elle puisse se remettre droite mais gardai la position. Si on l'attaquait de front comme elle venait de le faire, c'était le meilleur moyen de parer un coup.

- Ne jamais attaquer la première. Vous avez déjà oublié ? Votre mouvement vous déstabilise et il est  facile pour moi de m'en servir pour vous déséquilibrer. Là je n'ai plus qu'a vous donner un bon coup de genou et vous êtes hors d'état de nuire pour quelques secondes. Ce qui me laisse le temps de vous jeter au sol pour vous assommer complètement ou de me dégager et de m'enfuir.

Je lâchai complètement son bras et repris ma position initiale, les poings levés.

-  Aller, à vous.

Je tendis mon poing sa direction. J'étais un peu trop loin pour la toucher, mais suffisamment près pour qu'elle puisse reproduire le mouvement.

- Parez mon coup et forcez-moi à me pencher en avant.


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Sunny Sullivan
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Sunny se confondit en excuses.

« Pardon, pardon, oui, désolée. » Elle tendit le menton et parla d’une toute petite voix sans que ses yeux n’aient quitté l’étreinte de David, ferme ou non. « Mon bras… Merci… » Elle fut soulagée lorsqu’il la lâcha et se racla la gorge et réajusta ses vêtements en tordant légèrement son coup pour reprendre sa position.

Il était loin, le temps où Sunny avait de gros soucis dans sa tête mais il arrivait que cela revienne dans des périodes instables comme celle-ci, depuis les émeutes. C’est elle qui avait voulu qu’on lui apprenne à se défendre, mais elle préférait contrôler ses gestes. Au pire, elle pourrait décréter l’entraînement terminé, userait d’un sourire et déclarerait que finalement, ce n’est vraiment pas pour elle. Son frère était autiste et avait en partie motivé son choix de carrière, en plus de son éloignement. Mais pendant longtemps, elle s’était demandé si elle n’en était pas victime elle aussi, tant l’approcher était complexe. C’était une question de confiance, mais aussi de feeling. Par exemple, bien que conservant des distances avec Matt, elle se sentait moins sur le qui vive avec lui, quand bien même David n’était pas un danger, c’était… Un homme, un adulte, sérieux, l’air grave, responsable. Matt avait son âge et malgré son air triste, elle savait qu’à l’intérieur, il y avait un enfant malicieux, c’était ce qui l’attirait chez lui. L’on pouvait donc facilement dire, vu d’ici, qu’en quelques sortes, David l’intimidait bien plus qu’il ne le croyait. Pourtant, la psy, c’était elle ou lui ?

Elle fixa ses poings et attendit qu’il bouge. Quand elle vit son bras s’étendre, elle lui attrapa, comme il le lui avait montré et elle tira d’un coup fort pour le faire pencher en avant. Ses réflexes parlaient plus vite qu’elle. Elle le lâcha et recula d’un pas.

« Pardon, vous ne vouliez peut-être pas que je le fasse pour de vrai ! »



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David Foster
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A vrai dire, la femme que j’avais en face de moi me semblait un peu trop calme, trop douce, et trop délicate pour ce genre d’exercice. Attendez, quand je lui avais demandé ce qu’elle me ferait si je l’attaquais de face, elle m’avait répondu qu’elle me donnerait une gifle. Une gifle ? Dans le genre pas très méchant et certainement pas suffisant à arrêter quelqu’un. A moins qu’elle n’y aille vraiment de toutes ses forces. Mais même là, je doutais que ça marche.

Aussi, lorsque je la vis bouger et y aller de tout cœur, je fus un peu surpris. J’avais déjà décidé que je me laisserai faire et je ne comptais pas lui opposer de résistance particulière. Du coup, je n’étais pas totalement prêt à me faire embarquer comme ça. Je m’y serais attendu, j’aurais peut-être un peu plus assuré mes appuis, mais bon. Bref. Elle parvint donc, sans grande difficulté, à me tirer vers elle tandis que je laissai échapper un léger « wow ».

- Ok.

Elle me lâcha aussitôt, comme si elle venait de prendre conscience de ce qu’elle venait de faire et se confondit en excuses. Je levai la main pour protester et, pour la première fois peut-être depuis le début de l’entretien, un franc sourire vint éclairer mon visage.

- Non, non, c’est très bien. Je ne m’attendais pas à ce que vous vous preniez vraiment à l’exercice. Mais c’est ce qu’il faut, c'est bien. Mais je dois vous avouer que je suis content de ne pas vous avoir montré tout de suite le coup de genou qui suit généralement ce genre de mouvement.

Je reculai d’un pas, comme si elle me faisait peur et mon sourire s’effaça petit à petit tandis que je revoyais la scène au ralenti.

- En tous cas, on peut dire que vous apprenez vite.

Elle avait agi, comme par réflexe, comme si… elle avait vraiment cherché à se défendre. Je n’avais pourtant pas de mauvaises intentions, et elle le savait. Et puis c’était elle qui me l’avait demandé. Mais est-ce que mon geste n’avait pas ravivé quelques souvenirs ?

Je fronçai les sourcils et étudiai son visage quelques secondes.

- Vous voulez continuer ?


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Sunny Sullivan
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Sunny inspira profondément et ramena une mèche de cheveux derrière son oreille. Ses yeux tournèrent sans réussir à se poser sur une cible particulière. Elle haussa alors les épaules et fit une moue dubitative en secouant la tête.

"Bien sûr ! Pourquoi vous dites ça ?"

Puis elle lui sourit... En rougissant quelque peu. Oui, il venait de dire lui faire un compliment tout de même. Puis elle ouvrit une main.

"Vous ne m'avez pas dit de lancer le genou... Et puis, quand je vous ai dit que je voudrais viser l'entrejambe, vous m'avez dit non ! Alors... Je ne l'ai pas fait. Vous allez me le montrer maintenant ?"

Rapidement, elle secoua la tête.

"Pas que j'ai envie de vous émasculer, mais est-ce que vous saviez que aux États-Unis, 86 % des filles âgées de 12 à 16 ans ont subi une forme de harcèlement sexuel ou une autre dans les écoles publiques." Elle haussa les sourcils. "Plus de 50% d'entre elles sont Positives." Elle acquiesça, les yeux ronds. "Au Canada et aux États-Unis, entre 60 et 70 % des victimes féminines d'assassinat ont été tuées par leur partenaire intime. Plus de la moitié est Négative. J'ai beaucoup étudié ces derniers temps. Et j'ai des adolescentes au Casino, j'aimerais bien leur apprendre à se défendre."

Après tout, la police de Megalopolis visait n'importe qui, maintenant. Positif comme Négatif et Sunny avait fait irruption subitement dans un monde sur lequel elle n'avait jamais ouvert les yeux. Soit par peur de découvrir la vérité, soit par naïveté et grâce à la protection de ses parents, mais aussi avec la chance de n'y avoir jamais été confrontée. En plus d'une nouvelle peur, son âme syndicaliste et féministe avait refait surface.

Quand Sunny était nerveuse, il lui était bien plus simple de parler avec des faits. Souvent, elle parlait même un peu trop vite. Mais les statistiques, c'était sûrement la chose la plus déprimante qui soit, voir le monde dans un graphique en fromage. Pourtant, c'était ce qui la calmaient le mieux. Rationnels, globaux, factuels, les statistiques ne mentaient pas.

"Même si je sais que vous n'êtes pas comme ça, je veux dire... Pour qu'elles se défendent.... Contre les autres ! Vous voyez ?"



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David Foster
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Elle rougissait ? Pourquoi elle rougissait ? Qu’est-ce que j’avais bien pu lui dire pour la faire rougir ? J’avoue que cela suffit à me désarmer quelque peu. Jusqu’à présent, je la voyais surtout comme un psy. J’imaginais qu’elle avait assez de distance pour ne pas être touchée par mes paroles. Bon, certes, avec le temps, je commençais à oublier son côté psy et je me détendais, petit à petit. Encore heureux, sinon, j’aurais eu quelques difficultés à lui parler. Il fallait bien avouer aussi que le petit cours que je lui donnais contribuait, quelque part, à la rendre moins intimidante. Mais bref, cela m’étonnait qu’elle réagisse de la sorte à mes mots. Vous vous souvenez de l’hostilité dont j’avais fait preuve la première fois que je l’avais rencontrée ? En bonne psy, elle s’était montrée assez détachée pour ne pas en être affectée.

Je l’écoutai me demander de lui en apprendre un peu plus, puis m’en expliquer les raisons. Je soupirai et enfonçai les mains dans mes poches.

- Oui, je sais. On se bat contre ça, chaque jour.

Même si ce genre d’agression n’était pas forcément du ressort du FBI. Mais nous faisions partie des forces de l’ordre, et en tant que tels, nous luttions contre toutes les formes de criminalité. Et ça nous était arrivé, également, de traiter ce genre d’affaire, quand elles prenaient des dimensions trop importantes pour les forces de police locales.

- Je crois que certains de mes collègues proposent des cours d’auto-défense sur leur temps libre. Des cours cadrés, en groupe et ouvert à tous. Vous pourriez y inscrire vos adolescentes. Elles y apprendraient de bonnes bases, avec des professionnels qui savent de quoi ils parlent.

J’aurais pu lui proposer de le faire, aussi. J’avais les bases pour le self-défense et je pouvais les leur enseigner comme je le faisais avec Sunny, mais je n’étais pas sûr de pouvoir gérer un groupe d’adolescentes. Cela dit, si elle me le demandait, je lui rendrais ce service, évidemment. Je sortis les mains de mes poches et esquissai un sourire avant de reprendre ma position de combat.

- Bon, pour le coup de genou, ce n’est pas très compliqué. Une fois que vous avez paré le coup de poing, la personne est plus ou moins immobilisée pendant une fraction de seconde. Ca vous laisse le temps de viser et de frapper. Mais pour être sûre de la mettre à genou, il faut être rapide et frapper fort. Même si vous visez à côté, un coup de genou dans le ventre, c’est toujours douloureux et vous aurez quand même le temps de partir en courant. On y va ?

Je scrutai son visage quelques secondes, me préparai à lancer mon poing, mais préférai tout de même préciser quelque chose, avant. Au cas où.

- Si vous pouviez éviter d’y mettre autant de cœur que tout à l’heure pour le coup de genou, j’avoue, ça m’arrangerait.

J’attendis qu’elle soit prête et lançai mon poing dans sa direction.


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Sunny Sullivan
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(Chut.)

Sunny se gratta la tempe en étudiant son geste, puis elle pouffa de rire en l'entendant préciser une chose essentielle. La jeune femme hocha la tête et releva les yeux sur lui.

"Promis, je ferai attention."

Elle leva les mains et se tint en position en attendant le poing. Alors que David le lançait, elle sursauta et lui attrapa d'un geste.

"Attendez, attendez, attendez !"

Sunny garda le bras de David dans sa main et ses yeux s'écarquillèrent face à ceux de David.

"Ma question !"

Elle fit une moue à la réflexion, mais tout à coup rien ne lui vint. A dire vrai, à un moment, elle n'avait plus de questions à lui poser, c'était son tour de parler. Et elle avait vite compris que ce ne serait pas chose aisée. Et même plus, qu'il ne s'ouvrirait jamais à elle si elle ne lui montrait pas d'abord sa confiance. Leur petit exercice en plein air était donc une manœuvre réfléchie autant pour elle que pour David. Elle agita les mains en se reculant, lâchant son bras.

"Non, oubliez, je n'ai plus de questions. Cela dit, une confession pour un coup ! Je suis certaine que vous avez des choses intéressantes à dire ! J'en sais rien moi, euh... ce qui vous vient à l'esprit. N'hésitez pas, hein, je ne vous jugerai pas, je suis juste curieuse."

Elle balaya l'air d'un bras désinvolte et se racla la gorge en se préparant de nouveau à intervenir, lui indiquant de s'y remettre.

"Quand vous voulez, je suis prête !"

Elle parlait du poing, pas de la confession, bien sûr. Et quand David s'avança, elle lui attrapa le bras - bien plus doucement, cette fois - et releva le genou, sans toucher son ventre.

"Comme ça ?"

(Hallelujah ! *regarde l'heure* Enfin ! Putain, j'ai cru que personne me laisserait écrire !)



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David Foster
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Je la remerciai d'un hochement de tête et lançai donc mon poing quelques fractions de secondes avant qu'elle ne me stoppe dans mon élan. Mon poing vint heurter doucement la paume de ses mains et je relevai les yeux vers elle, un peu étonné.

- Votre question ?

Ah oui, c'est vrai, le deal. Une question pour un coup. J'attendis patiemment qu'elle me lâche le bras et qu'elle me pose sa question. J'avais accepté le marché, je m'y pliais donc de bonne grâce. Et même si je redoutais quelque peu les questions qu'elle avait à me poser, je savais que j'y répondrai, dans la mesure du possible. Je savais cependant qu'il y avait des sujets qu'il valait mieux qu'elle évite et auxquels je ne répondrais pas. Elle dirait certainement que je me montrais peu coopératif, mais au fond, je crois qu'elle n'aurait pas le choix. Elle ne pourrait pas me forcer à parler, n'est-ce pas ?

Aussi, quand elle se mit à agiter les mains pour me signifier qu'en fait, elle n'avait pas de question, je la fixai, interdit. Je baissai les poings et ouvris la bouche, mais rien n'en sortis. Que je lui dise quelque chose ? Ce qui me viendrait à l'esprit ? Oui, d'accord, mais quoi ? Parce que forcément, à ce moment précis, je ne pensais plus à rien. Rien ne me venait. Et de toute façon, comme à son habitude, elle ne me laissa pas forcément le temps de lui répondre.

Je lançai à nouveau mon poing pour constater cette fois qu'elle y allait avec beaucoup plus de douceur. Je lui adressai un sourire en me redressant et hochai la tête.

- Oui, c'est très bien. Bon, je suppose qu'il est inutile de vous préciser qu'en conditions réelles, il faut aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. Mais vous avez le mouvement de base. C'est bien.

Je crois qu'il était temps de répondre à sa non-question maintenant.

- Vous savez que me demander de vous dire ce qui me vient à l'esprit, c'est le meilleur moyen de me faire taire ? Parce que si je pensais à quelque chose avant, évidemment au moment où vous me dites ça, je ne pense plus à rien. Le seul truc qui me vient à l'esprit là, maintenant, c'est "qu'est-ce que je pourrais bien lui dire ?"  Alors je préfère que vous me posiez des questions. Au moins, ça me donne une piste de réflexion.

J'enfonçai les mains dans mes poches et l'indiquai d'un geste du menton.

- Et ne me dites pas que vous n'en avez pas. Je ne vous crois pas. Vous avez toujours des questions. Vous en avez même trop. Et vous ne me laissez pas toujours le temps de vous répondre. Et n'essayez pas de me mentir une nouvelle fois, n'oubliez pas que vous êtes face à un agent du FBI, je suis formé pour détecter le moindre petit détail qui indique que vous mentez.


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Sunny Sullivan
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"Oui mais si je vais plus vite, agent Foster, je vous éventre !"

Sunny rit et se redressa en passant une main dans ses cheveux pour les ramener en arrière. Elle l'étudia pendant qu'il parlait, se fichant du vent qui faisait voler ses mèches blondes. Elle sourit et attendit qu'il ait fini pour reprendre d'une voix douce.

"Pour quelqu'un qui ne sait pas quoi dire, vous êtes plutôt bavard tout à coup." Puis elle rit en ouvrant les bras. "Je vous assure que je n'ai plus de questions. En tout cas, pas pour l'instant. Ma curiosité a des limites, vous savez ?"

Elle leva une main vers lui en signe d'apaisement et souffla dans un sourire.

"Je pense que ça ira pour aujourd'hui."

Et en souriant, elle reprit sa place sur le banc en remettant sa veste sur ses épaules pour se protéger du frais. Elle sortit une bouteille d'eau de son sac dont elle dévissa le bouchon et reprit.

"Vous savez, vous pouvez me parler de toute ce que vous voulez. Même de votre petit déjeuner, du moment que vous me parlez. Et puis si un jour, vous avez besoin, vous m'appelez et on discute tous les deux."

Elle porta la bouteille à ses lèvres en le suivant des yeux.

"Vous n'êtes pas obligé de me parler. Si vous n'en avez pas envie, c'est votre choix. Même si j'aimerais bien que vous le fassiez, je ne suis pas du genre à dire que tout ça vient des relations avec votre père." Elle but une nouvelle gorgée d'eau. "Je vous ai déjà demandé le principal ! Pourquoi le travail que vous faites, nous avons déjà parlé du besoin de vous poser, comme de vous dépenser... J'ai envie de parler de vous, pas de votre soeur, ni même de vos parents, j'estime que vous êtes un individu unique et que je n'ai pas besoin d'entendre des témoignages pour savoir qui vous êtes."

Et puis d'un coup, elle haussa les sourcils.

"Vous aimez les animaux ? Les petits chiens..."



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David Foster
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- Et ce n’est certainement pas le but de la manœuvre, n’est-ce pas ?

Regardez un peu qui se mettait presque à plaisanter avec elle ? Je dois avouer que je m’étonnais moi-même. La réplique était sortie toute seule, sans que j’aie eue besoin d’y réfléchir ou de me forcer pour parler. En ça, on pouvait dire que Sunny faisait bien son boulot. Elle m’amenait à me détendre, et, ma foi, ce n’était pas désagréable. C’était un peu comme quand j’avais senti sa main sur ma tempe. Je ne m’y attendais pas, et le geste en lui-même ne n’avait pas forcément mis très à l’aise, mais le contact de sa main, je ne pouvais pas dire que ça avait été désagréable.

J’acquiesçai tandis qu’elle me signifiait la fin du cours et la suivis des yeux tandis qu’elle se réinstallait sur le banc. Contrairement à elle, j’avais beau être en t-shirt, je ne sentais pas le froid. Je n’étais pas du genre frileux. Et pour autant, je ne pouvais pas dire non plus que j’avais du mal à supporter la chaleur. Quand nous étions en Turquie, j’étais de ceux qui vivaient le mieux de devoir garder l’uniforme alors que les rayons du soleil nous frappaient de plein fouet. Je devais être fait d’une constitution étrange. Ou alors, c’était l’armée qui m’avait forgé à ça, m’avait poussé à m’adapter.

Contrairement à elle également, je préférai rester debout, face au banc sur lequel elle s’était assise. Les mains dans les poches, je l’écoutai m’expliquer que je pouvais lui faire confiance. Je relevai la tête, sur le point de lui répondre quelque chose quand sa question sur les animaux me prit de court.

- Euh… Oui, bien sûr. Enfin, pas au point d’en avoir un moi-même. Mais oui. Pourquoi ?

Qu’est-ce que c’était que cette question ? Cela n’aurait pas dû m’étonner pourtant. Si la première particularité de Sunny était d’enchaîner les questions, la seconde était de sortir des questions comme celle-ci, comme un cheveu sur la soupe.

Je soupirai et vins me rasseoir sur le banc à côté d’elle, reprenant le fil de mes pensées et fixant mes mains pour ne pas perdre de vue ce que je voulais lui dire.

- Ecoutez, ce n’est pas que je ne veux pas vous parler. C’est surtout que je ne sais pas par quoi commencer. J’ai conscience que je n’arriverai pas à changer certaines choses si vous n’êtes pas là pour me dire quoi changer, seulement, je ne sais pas ce qui est susceptible de vous intéresser ou non.

Je relevai les yeux sur l’océan, me remémorant ce qu’elle venait de me dire et repris la parole sans lui laisser le temps de répondre.

- Qui suis-je, à votre avis ? Qu’avez-vous déduit de nos différentes rencontres ?


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Sunny Sullivan
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Sunny haussa les épaules. Cette question, pourquoi ? Comme ça, pour bavasser d’autre chose que de problèmes, pour se détendre, pour entretenir une conversation normale, comme il ne doit pas en avoir tous les jours. Elle l’écouta patiemment alors qu’il retrouvait son sérieux. Et elle, aussi. Sa question néanmoins la prit au dépourvu. Chacun son tour, alors ! Elle haussa les sourcils de surprise et sembla hésiter, mais surtout réfléchir. Elle se gratta la tête et inspira profondément en regardant l’océan. Très bonne question.

« Je ne sais pas trop, justement, je n’en ai rien déduit, ce n’est pas tellement mon travail. Je préfère vous amener à vous poser les bonnes questions. » Elle secoua doucement la tête et regarda à nouveau David. « Mais je ne suis personne pour vous dire qui vous êtes, agent Foster. Vous seul savez qui vous êtes et ce que vous valez. Vous êtes un homme bien, ça c’est certain. Mais je pense que les réponses à ces questions seraient bien plus intéressantes de la part de votre entourage. Car c’est leur avis qui compte. Pas le mien, ni celui du FBI. Vous avez besoin d’être entouré des gens qui vous aiment et qui vous respectent. Vous avez besoin de comprendre que les choses qui vous arrivent ne sont pas normales. Vous avez besoin de valeurs sûres, dans votre vie. »

Elle lui sourit et acquiesça doucement.

« Nous en avons tous besoin. »

Elle le dévisagea quelques secondes et soupira.

« Nous ne sommes vus que deux fois, parce que je ne compte pas la première où vous avez manqué de me mordre. Il est encore trop tôt pour dire quoi que ce soit. Mais je peux vous dire d’ors et déjà que vous n’êtes pas un cas désespéré. »

Elle lui sourit un peu plus et pencha la tête.

« Et vous, qui pensez-vous être ? »



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David Foster
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- Moi ?

Je pris une profonde inspiration et rivai mes yeux sur l’horizon. Les coudes appuyés sur mes genoux, les mains jointes, les poings fermés, j’avais tout de l’attitude du type qui porte le monde sur  ses épaules. Mais ce n’était pas mon cas. Je réfléchissais à la bonne façon de lui répondre, tout simplement. Quelque chose me disait qu’on y était, au moment où je devais lâcher prise, être lucide sur moi-même et être honnête avec elle. Elle était là pour m’aider non ? Comment le pourrait-elle si elle ne savait pas vraiment ce qui se passait dans ma tête ?

- Je suis un homme hanté par son passé et qui aimerait bien ne plus l’être. Je suis un ancien soldat qui a vu des choses qu’aucun homme ne devrait voir et qui a tué des innocents parce qu’on lui en donnait l’ordre, pour la patrie ; un frère qui prend d’autant plus soin de sa petite sœur depuis qu’il a failli la tuer ; un ami qui n’aurait pas dû survivre à ses blessures mais qui l’a fait alors que son meilleur ami y est resté. Et je suis un agent du FBI qui fait son maximum pour combattre l’injustice et la criminalité parce qu’il veut se racheter et croire en un monde meilleur.

Je détachai mes mains l’une de l’autre pour venir les joindre sur ma nuque quelques secondes, comme si je voulais la masser et repris ma position initiale tandis que je me remettais à parler.

- C’est ce que je suis. Pour l’instant. Ce n’est pas très glorieux et quoi qu’on fasse, cela ne changera pas. Mais j’ai besoin de vous pour m’aider à devenir plus que ça. Vous pensez pouvoir le faire ? Ce sera peut-être long, il est des sentiments qu’on ne fait pas disparaitre aussi facilement.

Je tournai la tête vers Sunny et plongeai mon regard dans le sien. La dernière chose dont j’avais besoin maintenant, c’était de la compassion ou du rejet, et c’était pourtant ce que je m’attendais à lire dans son expression.


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Sunny Sullivan
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Quand David se mettait à parler, le moins que l’on pouvait dire, c’est qu’il ne parlait pas pour rien dire. Sunny força ses mèches blondes à rester derrière son oreille alors que le vent la narguait. Elle écouta l’agent parler de lui avec une grande attention. Quoi qu’il ait vécu, elle songea qu’il ne s’agissait pas là que d’un militaire. Oui, il semblait bien porter le poids du monde sur ses épaules mais il était également bien trop facilement touché. Malgré la protection qu’il s’offrait, il se rendait coupable de bien des choses. Même elle qui considérait avoir abandonné sa famille et ne pas être une mère exemplaire n’en était pas à ce point.

Cependant, elle n’avait jamais vu la guerre et elle en frissonna à cette idée. Elle aimerait que ça n’arrive jamais. En tout cas, pour quelqu’un qui ne voulait rien dire… Il m’indiquait tous les points à traiter avec lui et avec tout ça, il lui sembla voir de longs mois de palabres se profiler.

Mais alors qu’elle estimait de mauvaise augure d’entrer au FBI pour se « racheter », elle conserva cette idée dans un coin de sa tête, pour le moment. Sunny pencha doucement la tête sans le quitter des yeux. Elle arborait un visage assez neutre et pensif.

« 'Plus que ça', c'est vague. Qui voulez-vous être, agent Foster ? »



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David Foster
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Ni l'un ni l'autre. J'examinai son visage tandis qu'elle gardait le silence quelques temps après mes révélations. Elle voulait que je lui parle ? Elle était servie. Je venais de lui confier en une seule fois tout ce que j'avais sur le coeur. Quelque part, c'était comme de retirer un pansement. Il faut tirer d'un coup sec pour tout arracher en une seule fois sinon ça faisait trop mal et on n'osait plus y toucher. Et plus on prenait son temps, plus c'était douloureux. C'était ce que je venais de faire avec Sunny. Je lui avais tout expliqué, en une seule fois. Et maintenant je me sentais comme soulagé. Une chose qui est faite n'est plus à refaire. Quand bien même je savais qu'il nous faudrait certainement revenir sur le sujet de temps en temps, au moins, elle savait.

Je vous ai dit que je m'attendais à voir de la compassion ou du rejet dans son regard suite à tout ça. Mais elle conserva une expression neutre. Soit elle était aussi douée que moi pour cacher ce qu'elle ressentait vraiment quand elle travaillait, soit elle était vraiment neutre. Quoiqu'il en soit, c'était certainement à ça qu'on reconnaissait une bonne psychiatre. Et tandis qu'elle conservait cet air sérieux, je me surpris à penser qu'elle était tout de même plus jolie quand elle souriait. Comme tout le monde, vous me direz. Quoique, Emily avait toujours eu une expression assez marrante quand elle réfléchissait. Mais Emily, je crois que je la trouvais mignonne en toutes circonstances.

Alors que Sunny me demandait ce que je voulais être, j'aurais pensé qu'il m'aurait fallu quelques secondes pour y réfléchir. Mais en réalité, la reponse me vint instantanément.

- Je voudrais...

Il me fallut tout de même quelques secondes pour trouver les mots qu'il fallait.

- J'aimerais être capable de me détacher de mon passé pour avancer. Je veux être un bon agent, qui fasse son boulot du mieux qu'il peut pour contribuer à protéger les habitants de cette ville sans en oublier d'être juste. J'aimerai être un frère qui emmène sa soeur au cinéma, qui fasse les 400 coups avec elle comme quand on était gamins et qui la protège, mais de loin, sans l'étouffer. J'aimerais être un mari, qui remercierait le ciel chaque jour d'avoir une femme aussi merveilleuse et qui ferait tout pour la rendre heureuse. Et j'aimerais être un père aimant, qui passe du temps avec ses enfants et qui leur apprend à devenir des gens biens.

Je baissai à nouveau la tête pour me replonger dans la contemplation de mes mains.

- Mais il est évident que je n'aurai pas tout ça tant que je n'aurai pas fait la paix avec moi-même.


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Sunny Sullivan
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Petit à petit, Sunny retrouva son sourire. Elle n'aurait jamais pensé y arriver aussi vite, pas avec lui. Elle avait même cru que cela prendrait plusieurs semaines avant d'en être à ce point-là. Pour le coup, elle était plutôt contente. Satisfaite serait un terme plus exact. David s'ouvrait bien plus qu'il ne le pensait et puis, il n'était pas du tout un cas désespéré. Elle était même rassurée, il était on ne pouvait plus normal, avec des désirs réalistes, et une volonté tout à fait légitime. Il ne lui sembla pas avoir un gros travail à faire, David avait déjà parcouru un bon morceau du chemin. Elle acquiesça lentement et répondit, pensive.

"Au moins, maintenant, nous savons où nous allons."

Car c'était là tout ce dont elle avait réellement besoin : savoir ce qu'il attendait d'elle pour être à même de l'aider et de l'accompagner. Il lui donnait finalement un ordre de mission, pour parler en termes militaires et elle savait un peu plus quoi faire. Pour le comment, ils avaient le temps de trouver.

"Il ne faut pas abuser des bonnes choses et je suis contente que vous m'ayez appelée. Et puis que vous m'ayez parlé. C'est déjà très important."

Elle rangea sa bouteille d'eau dans son sac et inspira profondément. "Séance terminée !" Et lui tapota le genou brièvement. "Vous voyez, ça ne fait pas si mal."

Et son nez se plissa dans un rire léger et moqueur.

"On peut se revoir ici, si vous voulez."



There's a certain beauty to your resistance.
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David Foster
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Avoir mis des mots sur ce que je ressentais vraiment, et les avoir exprimés à haute voix, était quelque chose que je ne me serais pas cru capable de faire jusqu’à présent. Je n’étais pas le genre d’homme qui s’exprime facilement. Cela ne m’empêchait pas d’être lucide, cela dit. Mais je n’avais jamais parlé de tout cela à personne. Même à Angie, qui était pourtant la plus proche de moi, la seule à laquelle j’aurais vraiment pu parler. C’était la seule à qui je parlais, d’ailleurs, avant. Mais depuis l’armée, j’avais changé. Et elle aussi. Je commençais à me demander si notre complicité n’était pas juste l’illusion d’une époque révolue. Mais non, peut-être pas. Elle continuait à me regarder comme une espèce de super-héros et elle me parlait, elle. De nous deux, c’était peut-être moi qui avait le plus changé finalement…

Bref, tout ça pour dire qu’en parler avec Sunny, ça n’avait pas été très évident. Mais j’avais reconnu avoir besoin d’aide et j’avais décidé de lui faire confiance. Quelque chose me disait qu’elle était la bonne personne pour ça. Mais elle ne pouvait pas m’aider si je ne lui en donnais pas la possibilité, pas vrai ? Et puis, en dehors du fait qu’elle avait réussi à s’accorder ma confiance, elle m’avait convaincu de la nécessité de parler, de ne pas tout garder pour moi, pour pouvoir avancer. Je n’arrivais pas encore à comprendre comment elle avait fait mais je crois que pour ça, le FBI avait choisi celle qu’il fallait.

Je relevai les yeux vers elle et hochai la tête, répondant par un léger sourire à sa petite tape sur mon genou. Sunny avait certainement dû se rendre compte que je n’étais pas le genre à perdre facilement son air sérieux. J’avais beau sourire, mon regard conservait toujours cette intensité qui pouvait parfois donner aux gens l’impression que j’étais capable de les percer à jour, quoiqu’il arrive. Il avait d’ailleurs beaucoup d’effet sur Angie, ce regard, elle était incapable de me mentir ou de me cacher quelque chose sans se sentir aussitôt coupable et tout balancer dans les minutes qui suivaient. Il était néanmoins possible de faire disparaitre cette expression de mon visage, Sunny y parviendrait peut-être, un jour.

- Oui, ça me parait être le bon endroit. Je m’y sens mieux qu’au bureau en tout cas.

Et surtout, au bureau, j’étais l’agent spécial David Foster, et rien d’autre, et j’avais l’attitude qui allait avec. Ici, j’étais plus détendu, plus moi-même. Comme lorsque je m’asseyais face à un piano et que je laissais l’instrument exprimer ce que je ressentais à ma place.

- Et si toute fois vous aviez besoin de quelqu’un pour enseigner les bases de l’autodéfense à vos protégées, je serai content de vous rendre ce service.


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Sunny Sullivan
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« N’importe qui se sent mieux qu’à son bureau, peu importe qui il est. C’est un lieu de travail et la thérapie est un lieu où on doit s’y détendre. C’est pour ça que je vous ai demandé de choisir l’endroit. »

Sunny acquiesça vivement. Si elle ne lui dit pas tout de suite, pour ne pas l’effrayer ou le stresser, c’est aussi parce qu’elle songe aux recherches qu’elle va devoir faire pour mieux appréhender le côté « armée » de David. Mais elle envisagea sérieusement une hypnothérapie expérimentale sur lui. Mais ça, elle le garda pour elle en attendant. Elle ne lui en parlerait que lorsqu’elle serait certaine d’en venir là.

« Je n’ai pas que des filles, j’ai aussi sûrement des garçons qui adoreraient apprendre à se défendre. Certains s’enferment dans leur chambre toute la journée, mais je peux comprendre, le monde est un peu rude et Megalopolis n’est pas une ville tranquille. Je pense que des cours d’expression, qu’elle soit orale ou physique, leur ferait le plus grand bien pour reprendre confiance en eux et ce qu’ils sont, tous. Ce n’est que récemment que j’y ai pensé, finalement ! J’en parlerai au FBI. »

Sunny finit par se lever et ramena son sac à son épaule en tenant la hanse de ses deux mains. Sans plus quitter son sourire, elle pencha doucement la tête.

« Vous faites un bout de chemin avec moi pour rentrer ? Ou bien vous préférez rester ici ? »



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David Foster
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J’acquiesçai aux paroles de Sunny et me laissai aller contre le dossier du banc tandis qu’elle se levait. Allez savoir pourquoi, j’avais beau être soulagé d’avoir fini par exprimer tout ce que j’avais sur le cœur (enfin tout, c’était un bien grand mot tout de même), je me sentais également plutôt vidé. Comme si j’avais dû fournir un effort particulier pour sortir tout ça. Mais peut-être que ça avait été le cas.

Quoiqu’il en soit, cet état n’était que passager. D’ici quelques minutes, je me serais repris et j’aurais retrouvé toute mon énergie. Et puis hey, c’était mon premier jour de congé depuis des mois, alors je n’avais pas l’intention de le passer à ne rien faire. Et puis pour tout vous avouer, j’étais resté tranquille un bon moment, à discuter avec Sunny. J’avais besoin de bouger un peu maintenant.

Je me levai du banc alors que Sunny reprenait la parole. Je la dévisageai quelques secondes et secouai la tête.

- Non, je pensais…

Je me passai la main dans les cheveux et relevai la tête avec un sourire ironique.

- … Aller toucher quelque cible. Ca fait un moment que je ne me suis pas vraiment entrainé.

Quelques jours, tout au plus. Mais je n’aimais pas rester trop longtemps sans m’entraîner. A l’armée, je passais plusieurs heures par jour sur le stand de tir. C’était ainsi que j’avais pu développer mes capacités de tireur d’élite. Et j’avais l’impression, en n’y allant pas chaque jour, que j’allais régresser. Etre un excellent tireur était un atout dans mon boulot, je ne voulais pas le perdre.

Je récupérai nos gobelets de café sur le banc et allai les jeter dans la poubelle les plus proches avant de rejoindre Sunny et de lancer le mouvement vers la sortie du parc.


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