2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 Sharleen O'Donnell - UNDERGROUND

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Sharleen ODonnell
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feat Melissa MaCBride
Sharleen O'Donnell
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[X] NÉGATIF [ ] POSITIF [ ] CANDIDAT

Lieu et date de naissance
12 Mai 2015 à Chicago
Déclaré(e) [X] OUI - [ ] NON
Sharleen a eu une puce, il y a longtemps. Comme beaucoup, elle l'a faite enlevée.
Identité(s) connue(s)
Sharleen. Elle n’utilise plus son nom.
Activité
Elle n'est plus en activité aujourd'hui. Jadis elle fut secrétaire dans une entreprise de recherche en biocybernétique.
Situation
Veuve. Sans enfants.
Groupe
UNDERGROUND

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Description comportementale
La personnalité de Sharleen est plus complexe qu’il n’y parait. C’est une femme forte, pétrie de l’expérience de la vie. La sienne, jonchée de deuils, aurait pu en faire quelqu’un d’effacé, dépressif ou tout simplement suicidaire. Mais ce n’est pas le cas. Elle fait montre d’une volonté de fer, accepte ses faiblesses en s’appuyant sur ses forces, ne renie rien de ce qu’elle a vécu mais ne s’apitoie pas dessus.
Tantôt maternante, tantôt intimidante, elle sait user de sa gentillesse et de ses convictions pour se faire entendre. Les enfants l’adorent et elle le leur rend bien. Les grands enfants l’adorent aussi, et elle le leur rend tout autant.
Elle croit profondément en les vertus de l’amour et de la compassion et les combats qu’elle mène sont toujours motivés par ces sentiments.
Si elle sait que la mort a toujours le dernier mot, elle ne lui lâche rien sans avoir tout donné.

Description physique
Ce fut une très belle femme qui garde encore les vestiges de cette beauté malgré son âge, qu’elle ne fait pas d’ailleurs. Elle est élancée, sportive et possède une très bonne condition physique. Ses cheveux blancs sont coupés courts ce qui donne du caractère à son visage de porcelaine. Ses yeux gris bleus sont doux mais prennent parfois la teinte de l’acier quand elle est en colère.
Elle ne recherche pas l’esthétisme dans son style vestimentaire et s’attache uniquement au fonctionnel. C’est pourquoi vous la verrez souvent habillée de pantalons et de simples chemisiers. Sa tenue n’enlève rien à sa classe naturelle ni à sa démarche de danseuse.

Particularité(s)
Sa seule cicatrice connue est celle qu'a laissé sa puce au niveau du poignet.

DÉVELOPPEMENT


Ville Ville Basse
Quartier de l'Underground Quartier des Sliders

Histoire
Mai 2075 - Underground
La flamme vacillait mollement.
Parfois elle se courbait quand elle rencontrait le souffle régulier de Sharleen.  
Assise à une table de bois fonctionnelle, elle regardait la bougie, sa lumière hypnotique, et les souvenirs affluèrent comme autant de vagues qui la submergeaient, la noyant tantôt de douleur, tantôt de joie.
Elle pencha la tête sur son épaule, auréolée d’une masse de cheveux blancs, et ses mains ridées qui trahissaient son âge plus que son visage, vinrent réchauffer ses bras. Elle n’avait pas froid pourtant. Mais elle se sentait glacée.
Aujourd’hui, Sharleen fêtait ses 60 ans.

Mai 2015 - Chicago

Le bébé écarta les bras dans un réflexe antédiluvien puis il se mit à brailler aussi fort que ses petits poumons le lui permettaient.

- C’est une jolie petite fille ! Félicitations !

Les parents s’embrassèrent tandis que la sage-femme posait le chérubin sur les seins de sa mère encore rouge de l’effort accompli. Les techniques modernes d’accouchement avait permis que tout se passe dans les meilleures conditions. La mère n’avait pas souffert et le bébé était en pleine forme, robuste, et faisait déjà la démonstration d’un fort caractère qui fit rire le père.

- Elle est belle !  c’est la plus belle chose que j’ai jamais vue !
Ils gardèrent le silence quelques instants, tout à leur contemplation. Le bébé avait trouvé le mamelon et tétait avidement.
- Elle me fait penser à ma grand-mère, lui répondit-elle. Regarde ses yeux, et son nez…
- Sharleen ?
- Oui…. Qu’est-ce que tu en penses ?
- Sharleen. C’est doux. Et puis j’aime beaucoup ta grand-mère. Va pour Sharleen.

Et il embrassa de nouveau sa femme, cet être merveilleux qui aujourd’hui, avait fait de lui un homme.


8 Octobre 2026 – Novo Centro de Estudos Oceanográficos – Appartements privés - Cuba

Sharleen lisait dans le salon, allongée sur le tapis Ikaé.
Elle avait reçu le dernier tome de la trilogie « Noon » et allait enfin savoir si Belinda, héroïne aux yeux bleus et au front blond,  allait suivre l’amour de sa vie, Kevin, jusqu’en Moldavie, pour connaître enfin les origines de son pouvoir secret : communiquer avec les esprits pas encore morts.
Ses pieds battaient l’air à la mesure des trépidations de son cœur.
Dans le canapé, sa mère ne lui prêtait aucune attention.
Elle était effarée, hébétée, ses yeux dévorant la télé et les images sans cesse repassées, amateurs ou professionnelles, montrant sous tous les angles et dans toutes les configurations cet avion chinois qui avait défié la surveillance aérienne américaine.
Les cris des commentateurs ajoutaient à l’effroi quand venait l’instant fatidique où l’avion lâchait sa cargaison sur le territoire.
Les informations diffusées étaient succinctes, peu claires, étayées par des suppositions mais peu de faits. Une seule certitude, il ne s’agissait pas d’une bombe atomique ou à hydrogène. Pour autant, personne ne s’en réjouissait. Tout le monde se souvenait soudainement de ces avions qui n’avaient eu besoin d’aucun chargement, si ce n’est humain, pour mettre à terre deux symboles de l’impérialisme économique américain à peine 25 ans plus tôt.
Sa mère se mit à pleurer silencieusement. Elle porta la main à sa bouche pour contenir les éventuels sanglots qui s’échapperaient de sa gorge.
Elle se précipita alors sur le téléphone pour joindre son époux, en déplacement professionnel sur Chicago, mais une voix mécanique, implacable, lui annonça que toutes les lignes étaient occupées.
Alors elle s’effondra à genoux, serrant le combiné à s’en blanchir les phalanges.
Inlassablement les images se succédaient, identiques, effroyables, inéluctables.

Novembre 2027 – Chicago

Au fond de son lit spartiate, sous des draps de récupération, Sharleen délirait. La fièvre ne l’avait pas lâchée depuis 5 jours et sa mère, à son chevet, alternait inlassablement des gants d’eau froide et des caresses apaisantes. La colère, dans l’éventualité de la perdre elle aussi, lui vrillait les entrailles et surpassait sa peine et sa peur. Dans ses instants, elle se serait accrochée à n’importe quoi pour trouver des réponses et ne pas perdre espoir, elle qui avait enterré toute sa famille.
Il ne lui restait plus que Sharleen et elle ne pouvait s’empêcher de penser que la puce récemment implantée dans son bras depuis leur retour sur le continent était la cause de son mal. Mais elle devait se rendre à l’évidence. Les symptômes ressemblaient plus à ceux qui avaient emporté son mari qu’à une simple réaction inflammatoire.
Le temps ferait son œuvre.
Elle remonta les couvertures sur le corps brûlant sa fille et pria. Elle ne l’avait encore jamais fait.

2031 - ?

Le cercueil descendit lentement sous le jeu des poulies mécaniques installées pour l’occasion. Le pasteur débitait son discours formaté, prêt à l’emploi, indifférent à la jeune fille qui serrait les poings dans les poches de son jean, les yeux perdus dans le trou qui accueillait la dépouille de sa mère.
A ses côtés, son beau-père ne savait que dire. Il était démuni face à la détresse de cette adolescente qui n’était pas sa fille mais qu’il aimait quand même. Sharleen n’était pas toujours juste avec lui mais elle devait reconnaître qu’il avait toujours tout fait pour elle, comme si elle était de son sang.
Il posa une main maladroite sur son épaule et elle ne le repoussa pas.
Les larmes ne venaient pas. Affres de la jeunesse. Il lui faudrait encore des années avant qu’elle ne comprenne qu’elles étaient une bénédiction, une preuve de son humanité, et non pas un aveu de faiblesse.
Le pasteur termina son homélie et les quelques amis de son beau-père qui étaient venu lui apporter son soutien prirent la direction de la sortie.
Il lui pressa l’épaule.

- Viens. Rentrons.

Petit animal blessé, orpheline. Elle n’avait plus de famille, il ne lui restait que lui. Alors elle obéit, s’accrochant à cet homme bienveillant qui lui témoignait toute l’affection dont il était capable. Sharleen savait combien cela était précieux dans ce monde.

Elle ne fit pas la conversation mais tint à rester présente parmi les gens. Elle ne toucha pas non plus aux plats que chacun avait amenés, mais elle fit l’effort de tenir un soda à la main pour se donner un peu de contenance. Quand il la salua, elle ne lui accorda pas un regard et répondit mécaniquement.

- T’es la belle-fille, hein ? belle, c’est bien vrai !

Qui était cet abruti qui se sentait de lui sortir un plan drague le jour de l’enterrement de sa mère ? Ses pupilles grises prirent la teinte de l’acier quand elle leva les yeux sur lui. Il était gauche, maladroit dans ses gestes, mal à l’aise surtout. A son sourire niais elle comprit qu’il avait tenté un peu d’humour pour la détourner de sa peine. Raté. Il s’en rendit compte et son sourire se transforma en rire débile.

- Désolé ! vraiment ! j’suis trop con des fois… moi c’est Cliff, j’suis un neveu de ton beau-père.

Elle salua l’effort qu’il faisait pour se rattraper aux branches. Cela lui décrocha un sourire et elle prit le temps d’observer ce garçon malhabile. Il n’était pas beau, du moins pas dans les critères qu’on se fixe à 16 ans, mais un léger strabisme lui donnait un air doux et attachant. Il était taillé dans la masse, une légère tendance à l’embonpoint le guettait, et il était petit.

- Moi c’est Sharleen.


Décembre 2039 – Philadelphie

Sharleen roula sur le dos, encore parcourue des frissons de l’orgasme. A ses côtés, Cliff reprenait son souffle.
Il avait de plus en plus de mal à respirer tant son poids le gênait. Pour lui, faire l’amour était une performance physique qui valait tous les marathons. Pour autant, il était attentif à son plaisir, à son bien-être et lui témoignait tout l’amour qu’il avait pour elle à chaque fois qu’elle le désirait. Et elle ne l’en aimait que plus pour cela.
Elle portait attention à leur alimentation, à leur mode de vie, mais si elle gardait cette ligne fuselée qui faisait d’elle une belle femme, il continuait de grossir. Cela ne la dérangeait pas physiquement. Elle l’aimait bien trop. Mais elle craignait de le perdre chaque jour des suites de sa mauvaise santé.
Leur vie était confortable pourtant. Cliff, ingénieur en biocybernétique, occupait un poste dans une petite entreprise gouvernementale prometteuse en début d’année. Depuis un mois maintenant, il exerçait comme chef de projet et semblait promis à un brillant avenir.
De son côté, elle avait décroché un boulot de secrétaire dans la même compagnie. Ses facultés littéraires et son professionnalisme lui avait permis de surpasser les compétences de toutes ses concurrentes.
A leur bonheur, il ne manquait qu’un enfant. Mais ils étaient jeunes encore, ils avaient tout le temps.

- Hey ! tu veux m’épouser ?

Sharleen tourna la tête vers lui.

- Quoi ?
- Tu veux m’épouser ? tu sais le truc qu’on fait quand on s’aime et qu’on veut vieillir ensemble… tu veux ?

Elle le regarda et ses yeux s’embuèrent de bonheur.

- Un peu que j’veux !

Et bien qu’elle sut qu’elle risquât de le tuer, elle l’embrassa goulûment et glissa sous les draps pour lui exprimer tout son amour.

Aout 2047 - Philadelphie

Il était parfait.
Ses petits poings roses serrés, il dormait comme un ange dans le berceau.
Sharleen ne se lassait pas de le regarder, cette petite merveille, son don de Dieu, son trésor. Elle sentait dans ses tripes combien d’être devenue mère, après toutes ses tentatives ratées et ses fausses couches, lui donnait une force insoupçonnée.
Oh combien elle avait souffert à chaque fois qu’elle s’était retrouvée face à son désespoir, ses rêves piétinés quand ses sous-vêtements tachés lui jetaient à la figure leur brutale vérité ! Et cette fois, où elle crut mourir, tandis qu’on extirpait de son ventre, du cimetière qu’il était devenu, cette petite fille qui ne respirerait jamais.
Cliff et elle avaient sombré dans une véritable dépression cette fois-là. C’est leur amour mutuel qui les avait sorti de ce puits, mais elle avait conscience combien la douleur aurait pu les séparer, les détruire.
Et maintenant le voilà. En pleine forme. Avec le nombre exact de membres, parfait, pas une marque, pas de cicatrice encore là où sera implantée la puce. Cette grossesse était tellement inespérée qu’elle n’avait pris conscience de son état qu’au 5ième mois.
- Odin.
Un nom merveilleux, celui de ce Dieu antique et puissant, qu’elle avait trouvé dans les pages d’un roman qu’elle avait lu récemment.
Tandis qu’elle répétait inlassablement le prénom de son fils, Cliff entra dans la chambre. En un seul regard elle comprit. Un seul échange et elle sut qu’il devait lui annoncer quelque chose. Il la connaissait bien et il ne s’embarrassa pas de fioritures mais baissa la voix.

- Il est positif.

Sharleen encaissa le coup. Elle regarda son mari qui s’assit lourdement sur la chaise de la chambre, perdu dans ses pensées.

- On s’en fout !

C’était venu du cœur, de ses tripes. Son amour était inconditionnel et positif ou pas, Sharleen s’en contrefichait.

- Ouais ! t’as raison, lui dit Cliff. On s’en fout. Il est là et c’est tout ce qui compte. Je ferai ce qu’il faut. On va rentrer à la maison et on emmerde le reste du monde.

Dieu qu’elle l’aimait de partager avec elle ce sentiment. D’être un père, un amant et un homme bon, merveilleux. Avec eux trois ils seraient invincibles. Odin ne manquerait de rien, et surtout pas d’amour.

Juin 2048 – Philadelphie

Sharleen chantonnait dans la cuisine. Le gâteau serait bientôt cuit et il répandait une savoureuse odeur de sucre et de brioche dans tout l’appartement. Odin n’allait pas tarder à se réveiller.
Têtu comme sa mère, il avait hurlé dès qu’elle avait tenté de le coucher pour la sieste dans son petit lit. Etant donné qu’elle n’aimait pas le contrarier, elle l’avait laissé jouer avec ses hochets jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue sur son tapis de jeu.
Elle le couva des yeux, débordante d’amour pour ce petit être qui avait apporté la part de bonheur qui leur manquait. C’est alors que le téléphone sonna.
Sharleen se précipita dessus pour décrocher avant que l’alarme ne réveille Odin en sursaut mais trop tard. Le petit se redressa, commença à geindre, tandis que sa mère tentait de se débarrasser de son interlocuteur.
Les gémissements se muèrent en galimatias impérieux. Il voulait quelque chose et son babil se faisait pressant à l’encontre de sa mère.

- Oui… Non… euh si hier… je peux vous…

Cette dernière ne parvenait pas à se débarrasser du gêneur.
Alors il se produisit un miracle.
Sur le rebord de la table où Sharleen n’avait pas fini de ranger tout le bazar quotidien, un biberon de jus de fruit trônait encore, à peine entamé, à portée de vue d’Odin. Ce dernier s’assit sur sa couche pleine puis tendit une main potelée en direction de son graal. En une seconde le biberon s’éleva dans les airs et trouva sa destination.
Bébé colla la tétine dans la bouche et téta, indifférent à l’ahurissement de sa mère.

- Je vous rappelle !

D’autorité, elle coupa court à la conversation et se rua sur son fils. Elle savait qu’il serait différent depuis sa naissance mais pas à quel point.


Janvier 2063 – Philadelphie

- Putain papa ! j’te dis que je recommencerai pas !
- Tu me parles pas sur ce ton, fils !

Cliff était rouge de colère. Pour rien au monde il n’aurait levé la main sur Odin mais il devait admettre que se confronter à l’adolescence mettait les nerfs à rude épreuve. Sharleen se tenait derrière son mari, les bras croisés, le visage fermé.
C’était la quatrième fois depuis le début de l’année que le Lycée les alertait sur le comportement d’Odin. Adolescent insolent, buté et leader d’un groupe de petites frappes de gosses de riches. Il avait fait de son don un exercice de foire, ce qui lui avait permis de se forger sa petite notoriété. Lui et quelques autres positifs sous secret semaient le désordre dans les bas quartiers et les rues de la ville quand ils faisaient le mur.
Cette fois ci, Cliff l’avait trouvé in extremis avant qu’il ne termine chez les flics.

- Ils t’emmèneront.

Elle avait parlé d’une voix posée, calme, percutante. Cela suffit à ce que son fils et son mari se tournent vers elle d’un seul mouvement.

- Ils ne te laisseront pas en liberté s’ils te jugent dangereux Odin. Ils t’emmèneront et te mettront au silence. Et tu seras leur prisonnier, leur esclave ou leur couteau. Tu es en âge de le comprendre. Je ne tolèrerai pas que tu fasses comme si tu ne le savais pas.

Puis elle prit la direction de sa chambre. Avant de disparaitre, dans l’encadrement de la porte, elle se retourna.

- On se le tient pour dit. Il n’y a rien d’autre à ajouter.


Décembre 2069 - Megalopolis – Ville haute.

Sharleen caressa du doigt la photo numérique maintes fois imprimée.
Il était vêtu de son uniforme militaire aux couleurs de la nouvelle nation, rayonnant, fier et aussi beau qu’elle en avait rêvé quand elle l’avait mis au monde. A sa droite, Cliff souriait aussi largement que le lui permettait sa bouche. Sa silhouette imposante prenait la moitié du cliché. A sa gauche, elle-même, fière, ses yeux gris brillant de joie.
Ce jour là, Odin avait reçu son premier grade important. L’avenir militaire qui s’offrait à lui était plein de promesses. Dans ses souvenirs, elle se rappelait même d’une jeune fille : Millie, une petite brune adorable qui emplissait tout l’horizon de son fils quand elle entrait dans son champ de vision. Elle l’avait aimée dès qu’il lui l’avait présentée juste parce qu’elle le rendait heureux.
Les larmes affluèrent et elle laissa aller son chagrin.
Quelque part, ses sanglots la soulageaient, l’aidaient à tenir. Elle refusait de croire ce que lui rapportaient les rumeurs. Cliff lui-même s’était emporté un jour qu’un de leur voisin, au détour d’une conversation anodine, avait fait une allusion à la voie que ce serait choisi Odin. Il lui avait fallu beaucoup de persuasion pour calmer son époux et l’empêcher de mettre sa vie en danger.
Son cœur était trop fragile.
Dans son for intérieur, elle se demanda ce qu’elle avait pu manquer dans son éducation. Où avait-elle foiré ? à côté de quoi était-elle passée ? Qui étaient ces gens qu’il trouvait extraordinaires et qui avaient réussi à le convaincre de renier toute sa vie pour rejoindre leur combat ?
Voilà des mois qu’elle n’avait plus de nouvelles. Et ce silence la meurtrissait plus qu’aucune autre arme.
Sharleen remit la photo dans le tiroir de son vaisselier et retourna ranger son linge.

Novembre 2070 - 20h43– Megalopolis – Ville haute.

Cliff n’était pas rentré. Ce n’était pas dans ses habitudes pourtant. Depuis quelques temps, la compagnie le déchargeait des plus gros dossiers, préparant doucement mais surement sa mise à la retraite.
Sharleen laissa un couvert et les restes de gratin sur la table puis scruta la nuit. Dehors, la ville haute brillait de mille feux. A mesure que son regard se perdait vers l’horizon, traversant les quartiers, les lumières se faisaient plus rares, les ombres plus menaçantes.
La sonnerie du téléphone retentit brusquement.
Soulagée qu’il appelle enfin, elle décrocha, sourire aux lèvres.

- Madame O’donnell ? Lieutenant Donahue, Police de la ville…
Son sang se glaça.
- Oui c’est moi….
Elle fit tout pour donner à sa voix l’assurance qui lui faisait défaut. Aux aguets, elle se prépara au pire.
- Nous aurions besoin de vous à l’hôpital pour des renseignements. Vous pouvez venir ou devons-nous vous envoyer une voiture ?
- A l’hôpital ? quelqu’un est blessé ?
- Je ne peux pas vous en dire plus, Madame. Si vous pouviez venir… Je vous envoie quelqu’un, il sera là dans une minute.
- Oui d’accord. Je dois prévenir mon mari avant…
- C’est inutile, nous nous en chargerons.
La voix de l’homme n’admettait aucune discussion. Son autorité transparaissait à travers le combiné. C’est d’ailleurs lui qui mit fin à la conversation.
- Nous vous attendons Madame O’donnell. A tout de suite.
Et il raccrocha.
Sharleen resta paralysée, indécise, le téléphone dans la main. Comme un automate, elle le reposa sur le petit meuble du salon et se contenta de le regarder, longuement, comme s’il s’agissait d’une bête curieuse. L’irrationnel qui se fit une place dans sa tête lui suggéra que l’homme allait rappeler, se présenter comme un mauvais plaisantin et la libérer de son angoisse.
Mais rien de tout cela n’arriva.
Et elle ne sut combien de temps elle se tint droite devant son téléphone.
Puis l’interphone vibra, indiquant que son chauffeur était déjà là.

Novembre 2070 – 21h30 – Megalopolis – Morgue de l’Hôpital – Ville Haute

Les médecins étaient de grands professionnels. Leur annonce était emprunte d’une profonde empathie et leur sincère attention mue par une véritable expérience. Mais cela n’avait rien enlevé à sa douleur.
Cliff était encore dans la chambre dans laquelle ils avaient prodigué les soins d’urgence. Malgré leurs efforts, son cœur n’avait pas redémarré, trop épuisé. Pourtant quand les flics l’avaient trouvé allongé près du corps de son fils, dans ce quartier de la ville basse, il respirait encore. Le trajet lui avait été fatal.

Là, dans cette morgue polaire aux allures de boucherie high tech, des hommes anonymes en costume et armes de poing lui faisaient une haie d’ »horreur ».
Le médecin légiste attendit qu’elle se fût approchée pour ouvrir le tiroir, exposer le corps sur sa table d’inox et rabattre le drap.
Aucun doute.
Une mère reconnait toujours son fils.
Odin gisait, paisible, aussi beau que dans son souvenir. Rien ne laissait voir de ce qui avait bien pu lui ôter la vie.
Une main compatissante se posa sur son épaule, mais contrairement à un autre moment tragique de sa vie, celle-ci ne dégageait nulle chaleur. C’était une main mécanique, froide, manucurée et qui avait tué plus souvent qu’elle n’avait caressé.
Sharleen se dégagea de l’étreinte, adressa un regard d’assentiment au médecin légiste et fit demi tour.
Le couloir du sous-sol de l’hôpital lui sembla infini alors qu’elle cherchait à regagner la surface pour respirer ou mourir à son tour.

Novembre 2070 – 04h42 – Salle d’attente des urgences de l’Hôpital – Ville Haute

Melissa avait pris son service de nuit depuis 6 heures maintenant. Dans la relève qu’elle avait effectuée avec ses collègues en début de nuit, elle avait été mise au courant des drames de la soirée et des protocoles à suivre.
Elle avait couru partout pour dispenser les soins aux malades en observation puis ceux en réanimation, s’octroyant peu de temps pour une pause.
La nuit avançait et le service des urgences se calmaient, s’enfonçait dans cette torpeur des petits matins sur le point d’éclore.
D’abord elle n’avait pas prêté une grande attention à cette femme perdue dans ses pensées qui semblait attendre. Puis elle était allée se renseigner auprès du médecin de service qui lui expliqua rapidement la situation.
Son cœur d’infirmière se serra d’émotion et, depuis, chaque fois qu’elle était passée devant la pièce, elle observait Sharleen.
Aux heures glaciales de l’aube en ce matin de janvier, avant de terminer son service, elle alla chercher un café au distributeur automatique et pénétra à pas feutrés dans la salle d’attente.
- Madame ?
Elle n’obtint pas de réponse alors elle insista, joignant le geste à la parole.
- Madame ? Tenez… ca vous réchauffera, il fait froid ici.
Sharleen leva lentement la tête et la regarda comme une extraterrestre avant de se souvenir de l’endroit où elle se trouvait. Ses yeux se posèrent sur le café mais elle n’esquissa pas un mouvement pour le prendre.
- Il est tard maintenant. Vous devriez rentrer chez vous… quelqu’un peut vous ramener ? vous voulez qu’on vous appelle un taxi ?
Elle comprit que Melissa ne faisait que son boulot, essayait d’être gentille, sincèrement. Mais comment pouvait-elle mesurer tout ce que Sharleen venait de perdre ? Tout ce qu’on lui avait dit sur son fils ! ces mensonges ! Des abysses insondables s’étaient ouvertes sous ses pieds et elle chutait, chutait, chutait, sans rien qui la retint.
Trouvant un reste d’énergie dans ses membres engourdis, elle se leva.
- Merci, dit-elle seulement.
Quand elle franchit les portes vitrées automatiques, la nuit la dévora et Mélissa ne la revit jamais.

Novembre 2070 – 7h58 – Bar « Alice was a Junkie »  – Ville basse.

Le bruit de la ville au réveil se répandait sur les trottoirs extérieurs, ainsi que les saoulards éméchés qui avaient survécu à la nuit. A cette heure, soit elle croisait un tueur, soit tout le monde s’en foutait. Dans les deux cas, elle n’en avait rien à faire. Mourir, vivre, qu’importe.
Sharleen ne sait pas ce qui l’attira ici. Pourquoi entra-t-elle ? Pourquoi s’assit-elle au comptoir ? Pourquoi, elle qui n’avait jamais bu une goutte d’alcool de sa vie enchaina-t-elle les shoots de whisky même si elle trouvait ca immonde ? Et surtout… Pourquoi répondit-elle aux sourires peinés de cet homme étrange qui s’était assis à côté d’elle et qui, sans lui poser de questions, semblait savoir qu’elle n’était pas elle-même, au-delà de ce petit déjeuner incongru ?


Mai 2075 – Underground – Ville basse.

Sharleen essuya ses larmes silencieuses d’un revers de main.
Elle souffla la bougie et l’obscurité reprit ses droits.


POLITIQUE


Opinion : Que pensez-vous des Positifs et des Candidats ?
Tout le monde a le droit de vivre en paix et aimés quels qu’ils soient, quels que soient leur choix.

Regard : Que pensez-vous du monde actuel ?
Tout reste à faire et les dissensions ne nous apporteront rien de bon. Ceux qui contribuent à diviser l’humanité le paieront tôt ou tard.

Sondage : Si vous étiez Slider avec la faculté de voyager à travers le temps, changeriez-vous l'histoire ? Si oui, quel événement ?
Je reviendrai dans le temps pour mourir aux côtés de mon tendre époux et de mon fils adoré. Ma vie actuelle n’est qu’un sursis.


"On a tous un masque qui nous protège"


Comment doit-on t'appeler ? Avec la bouche et sans siffler.
Es-tu majeur, petit enfant ? Largement. Longuement aussi.
On est tous métissés graves, ici, et toi ? Du tout.
Quel est ton film d'horreur préféré ? Celui de ma vie.
On est des gros fadas de musique, ici, c'est quoi ton genre à toi ? La musique c'est pour les gens gais.
On te demandera pas si tu as lu le règlement, c'est démodé. Mais t'as lu quoi dernièrement ? 15 fois mon BG
Commentaires, Suggestions Y'a des cookies ?
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Save the Day
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Bienvenue à toi, survivant de l'univers !



Pour moi, c'est bon, juste, le bar en 2070, ça a été validé avec Matt ? Parce qu'il me semble qu'il n'arrive à Megalopolis qu'en 72. A moins que ce ne soit qu'un clin d'oeil à comment Matt a rejoint l'Underground, vous aviez prévu quelque chose ?

Tout le reste est bon, on l'avait travaillé ensemble.


superman


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Sky Cervantes
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Tu m'as dit que finalement ct pas Matt, que finalement c'était chaipuqui ! Et non, du coup, nous n'avons pas discuté de comment il rejoignait l'underground et du lien avec Sharleen mais on peut boucler ca rapidos. On essaiera de se pécho sur chatbox pour boucler viteuf.

Ct pas Dean que tu m'avais balancé comme nom ?






She's from a different world
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Save the Day
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Bienvenue à toi, survivant de l'univers !


Qu'est-ce que je ferai sans toi... Oui, c'est Dean, pardon. Je te fais un topo par MP soit aujourd'hui, soit demain.

Tu rejoins le groupe des NÉGATIFS.

Tu peux d'ors et déjà aller créer ton Carnet de Bord, qui permettra de recenser tes liens et tes sujets, et permettra aux autres joueurs de te faire des demandes de liens et RP.

Et bien sûr, tu peux te lancer dans ton premier RP ! Nous t'invitons à prendre connaissance des éventuelles animations RP ainsi que des accomplissements et Hauts-faits qui feront remporter des points à ta faction, ici : UNDERGROUND - Sliders.

Libre à toi de demander des liens aux personnages qui t'intéressent en passant par leurs Carnets.

Tu peux en apprendre plus sur l'univers de Lux Aeterna dans cette section, régulièrement mise à jour au fil des RP et des modifications apportées par les joueurs et le jeu. Si tu es perdu, que tu as un problème, la section des Incubateurs est là pour ça. Peut-être que tes interrogations pourront aider d'autres joueurs.

Dans la mesure où notre forum connaît une charte graphique un peu particulière, tu peux également demander ton avatar à Maddison.

Enfin... Le Centre du PRD est une section Flood est mise à disposition des joueurs : jeux, défouloir, musique et cinéma, pour parler de tout et de rien ! Et surtout de tout. Sache que cette section est invisible aux invités et aux membres non validés par les MJs pour conserver une vie privée sans intrusion.


Bon jeu !


superman


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http://www.childrenofluxaeterna.com
Camy Adriacco
avatar
Rebienvenue ^^ j'aime beaucoup ce perso, en plus je connaissais pas l'avatar, elle en impose je trouve :) nice !



The storm is coming but I don't mind
People are dying, I close my blinds

All that I know is I'm breathing
Now

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Garin DeLyons
avatar
Ce fut intéressant comme recherche de visage ouais, on est un peu euh... Passé par plein d'idées LOL !


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Sky Cervantes
avatar
Merci camy ;) J'espère qu'on aura une bonne occasion de rp ensemble now \o/

Ouais t'aimais pas mes idées de mamie nova :p

Qu'est-ce que je la trouve belle cette femme. Quand je serai grande j'voudrais bien être belle comme elle....






She's from a different world
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Garin DeLyons
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Comme Mamie Nova ?

Je réclame le divorce.


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Sky Cervantes
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Hell yeaaah ! Une vraie mamie nova !







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Maddison DeLuca
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C'est pas celle que t'avais montrée...



I've made some mistakes. And I paid for them. I just hope I don't have to keep paying for them my entire life.
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Matthew Ethan Dare
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Oh donc je connaîtrais pas Sharleen d'avant... tant pis.

Bienvenue.


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Maddison DeLuca
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Non mais j'avais émis l'idée qu'elle puisse te recruter, en revanche.



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Abel Henoch
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Sky Cervantes a écrit:
Merci camy ;) J'espère qu'on aura une bonne occasion de rp ensemble now \o/

Oh yeah, ca sera carrément plus facile ;)


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Sharleen O'Donnell - UNDERGROUND
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